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Age of Uprising: The Legend of Michael Kohlhaas

In sixteenth century in the Cevennes, horse dealer Michael Kohlhaas has a prosperous and happy family life. After being treated unjustly by a local lord, Kohlhaas – a fair and honorable man – raises an army and rampages through the country in his quest for justice.



Réalisateur: Arnaud Des Pallières
Acteurs: Mads Mikkelsen, Mélusine Mayance, Delphine Chuillot
Production year: 2013

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture


KOHLHAAS, CÉSAR et JÉRÉMIE chevauchent sur des collines. Ils tirent des chevaux avec eux. Ils arrivent devant un pont où une barrière a été élevée. Un GARDIEN qui porte une épée garde la barrière. Un homme est posté derrière lui.


KOHLHAAS

C'est quoi, cette barrière?

C'est nouveau?


GARDIEN

Privilège accordé par

la princesse au jeune baron.


KOHLHAAS

Le vieux est mort?


Le GARDIEN hoche la tête.


KOHLHAAS

Dommage!


GARDIEN

C'est à vous, les chevaux?

Vous avez un permis?


KOHLHAAS

Un permis?

Je suis passé ici vingt fois

sans permis.


GARDIEN

Plus personne ne passe

sans permis.

Vous avez un permis ou vous

retournez d'où vous venez.


KOHLHAAS remarque le BARON qui s'approche de l'autre côté de la rivière. Le gardien parle au BARON et lui indique les cavaliers.


KOHLHAAS

(Fort)

Je les emmène à la foire.


Le GARDIEN transmet un message à KOHLHAAS puis revient parler au BARON. Le BARON fait « non » de la tête.


KOHLHAAS

(Fort)

Trente et je vous les laisse.

J'ai déjà baissé.

Je les ai achetés vingt livres

il y a six mois.


GARDIEN

Il peut pas passer,

il a pas de permis.


KOHLHAAS

C'est sérieux,

cette histoire de permis?


GARDIEN

Ou alors il laisse

quelque chose. Des chevaux.

Les deux noirs, les moreaux!

Il les reprendra au retour,

quand il aura un permis.


KOHLHAAS

Des chevaux. C'est idiot.

Je dois les vendre.


Le BARON pointe tranquillement un pistolet à silex en direction de KOHLHAAS. KOHLHAAS soutient le regard menaçant du BARON. Le BARON descend son arme.


BARON

D'accord.

Laisse les moreaux.


Le GARDIEN enlève la barrière et emporte deux chevaux noirs. KOHLHAAS donne une bourse à CÉSAR qui l'accompagne.


KOHLHAAS

César, reste.

Occupe-toi des chevaux

jusqu'à mon retour.


CÉSAR suit à cheval le GARDIEN et les chevaux qui s'éloignent.


Titre :
Michael Kohlhaas


Fin générique d'ouverture


CÉSAR arrive à pied dans un hameau. Il entre dans une écurie. Un garçon balaie le sol.


CÉSAR

Où sont mes chevaux?

Les deux noirs qui étaient là.


Le garçon s'éloigne sans répondre. CÉSAR le suit. Il voit les deux chevaux noirs qui tirent un chariot. Les chevaux sont couverts de boue. CÉSAR fait stopper le chariot et bouscule les deux hommes qui mènent les chevaux. Il libère les chevaux du chariot et les tire par les rênes.


KOHLHAAS arrive dans un village avec ses autres chevaux. Le GOUVERNEUR s'approche de lui.


GOUVERNEUR

Kohlhaas.


KOHLHAAS

Gouverneur.


Les hommes s'enlacent en souriant. KOHLHAAS montre un cheval blanc au GOUVERNEUR qui l'examine.


GOUVERNEUR

Magnifique.

Il est superbe.

Mais il est vraiment

exceptionnel.

Je ne comprends pas

comment tu fais.

N'importe quel marchand l'aurait

gardé pour lui, mais toi...

Tu veux m'assassiner,

n'est-ce pas?


CÉSAR nettoie les chevaux noirs avec l'eau de la rivière. Le GARDIEN s'approche de lui en compagnie de trois hommes et deux chiens.


GARDIEN

Qu'est-ce que tu fais là, toi?

Qui t'a autorisé à les sortir?


Les chiens aboient agressivement vers CÉSAR. Un homme repousse CÉSAR et récupère les chevaux.


GARDIEN

Voleur!


CÉSAR ramasse une grosse branche et recule dans la rivière.


KOHLHAAS

Va chercher!


Les hommes lâchent les chiens qui se jettent sur CÉSAR. CÉSAR crie de douleur.


La nuit dans une grotte, KOHLHAAS lit un livre près d'un feu. Le jeune JÉRÉMIE qui l'accompagne nourrit le feu avec du bois.


JÉRÉMIE

C'est pas la Bible.

Vous lisez pas à voix haute.


KOHLHAAS

C'est la Bible...

mais pas en latin.

Tu aimerais lire?


JÉRÉMIE se penche vers KOHLHAAS et regarde dans son livre.


KOHLHAAS

À...

tra...

vers...

le...

verre...

sombre.


JÉRÉMIE

À travers le verre sombre.


KOHLHAAS

C'est une image.

Une façon de voir le monde.


JÉRÉMIE

Sombre.


KOHLHAAS

Quelque chose que tu vois,

mais... que tu reconnais pas.


JÉRÉMIE

Un ennemi.


KOHLHAAS

Ou un ami.

Ou soi-même.


Au matin, KOHLHAAS s'approche de JUDITH.


Dans une maison, JUDITH sert un repas à KOHLHAAS et l'aide à retirer son manteau.


KOHLHAAS

J'ai quelque chose pour toi.


KOHLHAAS dépose une sacoche sur la table.


JUDITH

J'ose pas regarder.


KOHLHAAS ouvre la sacoche et en sort une robe. JUDITH met la robe et rejoint KOHLHAAS à l'extérieur. Elle l'embrasse.


À l'intérieur, KOHLHAAS regarde la jeune LISBETH dormir. JUDITH pose sa tête sur l'épaule de KOHLHAAS.


JUDITH

Tu sais à quoi j'ai pensé

la première fois que je t'ai vu?

"Si je pouvais toucher

cet homme...

"rien qu'une fois.

"Il est si beau.

Je boirais sa tendresse

dans l'auge d'un cochon."

Tu rougis.


JUDITH est couchée sur un lit. KOHLHAAS la déshabille. Ils commencent à faire l'amour. LISBETH se lève et les regarde.


LISBETH

Vous allez faire l'amour?


KOHLHAAS et JUDITH arrêtent de bouger.


KOHLHAAS

Quoi?

Oh!


LISBETH

Maman dit

que j'ai pas le droit

de faire semblant de dormir

quand je vous entends.


KOHLHAAS et JUDITH respirent profondément.


LISBETH

Je vous ai entendus.


KOHLHAAS et JÉRÉMIE arrivent au hameau près du pont. KOHLHAAS cherche les chevaux noirs dans l'écurie. Ils trouvent les chevaux en compagnie de cochons. Ils sont sales et blessés. Le GARDIEN s'approche de lui.


KOHLHAAS

Qui a fait ça?

Où est mon valet?


GARDIEN

Il est parti.

On s'est occupé des chevaux

nous-mêmes.

On les a fait travailler

pour payer l'entretien.


KOHLHAAS

Qu'est-ce qui s'est passé

avec lui?


GARDIEN

Il s'est enfui,

avec les chevaux.

Voilà ce qui s'est passé.

Alors, on a rattrapé

les chevaux,

mais lui, il s'est sauvé.


KOHLHAAS

Je crois pas ce que vous dîtes.


GARDIEN

Croyez ce que vous voulez.


À l'extérieur du hameau, le BARON et deux autres hommes arrivent sur des chevaux. KOHLHAAS salue le BARON de la tête.


KOHLHAAS

Je cherche mes chevaux,

monseigneur.

Des chevaux de selle.

Noirs.

Qui étaient chez vous

en garantie.


GARDIEN

Ils sont à l'écurie.

Il vient de les voir.

Il fait toute une histoire

parce qu'ils sont sales

et qu'on les a fait travailler.


KOHLHAAS

Ce sont pas mes chevaux.

Je vous ai laissé deux bêtes

magnifiques,

bien nourries,

en bonne santé.

Je veux mes chevaux

comme ils étaient.


Le BARON reprend son chemin sans rien dire. KOHLHAAS monte sur son cheval et le rejoint.


KOHLHAAS

Monseigneur!

La princesse ne donne plus

de privilège de péage!


KOHLHAAS sort une lettre de sa poche la montre au BARON.


KOHLHAAS

Vous vous êtes moqué de moi.

Maintenant, je veux mes chevaux.

J'irai en justice, seigneur!


Le BARON et son entourage entrent dans le hameau. La porte se ferme devant KOHLHAAS.


Dans une maison, KOHLHAAS pose de l'argent sur une table devant un avocat. CÉSAR se tient à proximité.


AVOCAT

Pourquoi exactement

tu me donnes cet argent?


KOHLHAAS

CÉSAR)

Montre.


CÉSAR retire péniblement ses vêtements. Il est blessé sur tout le corps.


KOHLHAAS

Je veux que tu déposes

une plainte au tribunal.

Demande réparation des dommages

subis par César et par moi.


L'AVOCAT écrit sur une feuille.


KOHLHAAS

Le droit de péage n'existe plus.

La chancellerie l'a confirmé.

César est à mon service

depuis toujours;

on a lâché les chiens sur lui.

Je te laisse estimer

la valeur du préjudice.

Et dis...

que je veux mes chevaux

comme ils étaient:

bien nourris

et en parfaite santé.


Dans une stalle, une jument met bas. KOHLHAAS l'assiste en tirant sur le poulain. JUDITH et LISBETH regardent.


KOHLHAAS

LISBETH)

C'est un poulain.

C'est ton cheval.

Regarde...

il va se mettre debout.


Le petit poulain essaie maladroitement de se lever.


À l'extérieur, l'AVOCAT arrive sur un cheval. KOHLHAAS s'approche de lui.


AVOCAT

Je reviens du tribunal.

Ta plaine est rejetée.

C'est la troisième fois;

il n'y en aura pas d'autres.

Le baron qui t'a fait du tort

est parent avec un gentilhomme

de la Cour.


L'AVOCAT donne un papier à KOHLHAAS.


AVOCAT

Je te conseille d'aller

reprendre tes chevaux.


KOHLHAAS

Pourquoi tu descends pas

de cheval?


AVOCAT

Je peux pas rester.

Je dois repartir.


KOHLHAAS

Tu veux pas manger

quelque chose?


AVOCAT

S'il te plaît...

n'insiste pas.


KOHLHAAS

On t'a menacé?


AVOCAT

Kohlhaas...

l'équilibre de ton commerce

est-il si fragile

qu'il ne peut supporter

la perte de deux chevaux?


KOHLHAAS

Pourquoi tu réponds pas?


AVOCAT

Va chercher tes chevaux;

on te les rendra.


KOHLHAAS

Quels chevaux?

Des bêtes à moitié mortes

que j'ai laissées

il y a plus de trois mois?


L'AVOCAT remet une bourse à KOHLHAAS.


AVOCAT

Je préfère que tu me laisses

en dehors de ça.


L'AVOCAT s'éloigne. JUDITH s'approche de lui. KOHLHAAS lui donne le papier que lui a remis l'AVOCAT après l'avoir lu. LISBETH sort de l'écurie.


LISBETH

Maman!

Viens voir!


Dans l'écurie, le poulain tète sa mère. JUDITH lit à voix haute l’ordonnance de la cour.


JUDITH

"Constatant que le marchand

de chevaux

"Michel Kohlhaas

est un procédurier;

"que le seigneur chez qui

il a laissé ses chevaux

"ne les retient

d'aucune manière;

"que ledit marchand

peut les envoyer chercher

"ou indiquer au seigneur

où il doit les amener;

"déboutons Michel Kohlhaas pour

procédure abusive et téméraire

"et l'informons qu'il ne peut

plus importuner la chancellerie

"avec de telles plaintes...

sous peine d'incarcération."


KOHLHAAS et son VOISIN se tiennent sur des chevaux sur une colline qui surplombe le domaine de KOHLHAAS. KOHLHAAS donne un papier à son VOISIN qui le lit.


VOISIN

Tu vends le domaine?


KOHLHAAS

Si tu achètes maintenant,

je discute pas le prix.

Tu donnes combien pour le tout?


VOISIN

Tout quoi?


KOHLHAAS

Tout.

Les terres, les maisons...


Dans une chambre, KOHLHAAS s'approche de JUDITH qui est couchée sur un lit.


JUDITH

C'est vrai, ce que dit César?


À l'extérieur, le tonnerre gronde.


KOHLHAAS

Que tu veux porter ta plainte

à la princesse?


KOHLHAAS se couche à côté de JUDITH.


JUDITH

Que tu vends la maison?

Tu te débarrasses de nous?


KOHLHAAS soupire.


KOHLHAAS

Judith...

Dieu m'a donné une femme,

des enfants...

...que j'aime plus que tout.

Tu veux que je le regrette

pour la première fois de ma vie?

Qu'est-ce que je dois faire?

Présenter mes excuses au baron?


JUDITH pleure. Elle se lève, se déshabille et se recouche.


JUDITH

Donne-moi la plainte.

Laisse-moi y aller.


KOHLHAAS

Judith!

Il y a un cercle

autour de la princesse.


JUDITH

Que tu comptes franchir

comment?

À coup d'épée?

Le cercle autour de la

princesse, c'est une Cour.

Si tu veux vraiment

que la plainte lui parvienne.

Mon amour, laisse-moi y aller.


Dans une forêt, KOHLHAAS et LISBETH se promènent sur un cheval. LISBETH indique une jument et son poulain qui trotte dans la forêt. KOHLHAAS descend de son cheval et s'approche de la jument avec une pomme. Il attache une bride et des rênes sur la jument. Une charrette passe près d'eux dans la forêt. KOHLHAAS monte sur son cheval.


KOHLHAAS

LISBETH)

Rentre à pied avec la jument.

J'irai plus vite sans toi.


KOHLHAAS galope sur le chemin. LISBETH lâche les rênes de la jument qui s'enfuit. Elle court sur le chemin à la suite de KOHLHAAS.


À son domaine, KOHLHAAS soigne JUDITH qui est couverte de sang.


LISBETH arrive au domaine et voit du sang dans la charrette. JÉRÉMIE est assis sur la charrette et semble très triste. LISBETH voit sa mère par une porte. KOHLHAAS ferme la porte devant elle.


Le corps de JUDITH est posé sur une table à l'extérieur. Un prêtre se tient devant elle. KOHLHAAS arrive et prend LISBETH dans ses bras. [PRÊTRE

Seigneur...

Seigneur de tous les seigneurs,

Toi qui connais

les pensées humaines,

Créateur du tonnerre,

de la foudre,

du brouillard, du vent,

de la neige, de la pluie,

Toi qui fais

les êtres qui passent,

les maintiens, les anéantis...

reçois l'âme de Judith.


KOHLHAAS

(Triste)

Reçois l'âme de Judith.


PRÊTRE

Donne-lui la rosée

de ta grâce...


KOHLHAAS

Donne-lui la rosée

de ta grâce...


PRÊTRE

...sous l'ombre de tes ailes.


KOHLHAAS

...sous l'ombre de tes ailes.


PRÊTRE

Seigneur...

j'ai beaucoup

de peine pour Judith.


KOHLHAAS

Seigneur...


KOHLHAAS est saisi d'émotion.


PRÊTRE

Laisse-la habiter chez Toi.

Amen.


Le PRÊTRE est assis sur une charrette tirée par un cheval. La jument et son poulain sont attachés à la charrette. LISBETH s'assoit à côté du PRÊTRE. KOHLHAAS dépose un sac et une selle dans la charrette.


LISBETH

KOHLHAAS)

Je peux rester dans la maison,

moi aussi.


KOHLHAAS

Lisbeth!

Quand tout sera fini,

je reviens te chercher.

Je le promets.


Le PRÊTRE indique aux chevaux de partir.


PRÊTRE

Allez! Allez!


La charrette s'éloigne.


Dans l'écurie, KOHLHAAS se tient devant des hommes.


KOHLHAAS

La Bible dit

de pardonner à nos ennemis.

Je prie Dieu...

de ne jamais me pardonner

comme nous allons pardonner

au jeune seigneur.

Habillez-vous.


Les hommes s'équipent d'épées et d'arbalètes. Les cinq hommes sortent du domaine à cheval.


Les hommes de KOHLHAAS chevauchent dans le noir. Ils arrivent au pont du BARON, enlèvent la barrière et traversent la rivière. Ils entrent dans le hameau, descendent de leurs chevaux et arment leurs arbalètes.


Un homme du BARON s'approche d'eux. JÉRÉMIE décharge son arbalète dans sa direction, mais son carreau manque la cible. L'homme court vers JÉRÉMIE qui recharge son arme. CÉSAR le met en joue et tire. L'homme est touché et s'écroule sur JÉRÉMIE.


Dans une maison, KOHLHAAS s'approche d'un homme qui tient une épée. KOHLHAAS marche tranquillement vers lui et lui donne un coup d'épée. On entend un bébé qui pleure. KOHLHAAS remarque une femme qui tient un bébé.


Un jeune garçon approche de JÉRÉMIE qui le pointe de son arbalète chargée. JÉRÉMIE laisse le garçon partir.


À l'extérieur, le soleil se lève. Les hommes de KOHLHAAS échangent des tirs d'arbalètes avec les hommes du BARON.


À l'intérieur, KOHLHAAS et JÉRÉMIE pillent les armes d'une armurerie. KOHLHAAS trouve un pistolet à silex. Comme ils descendent un escalier, un homme donne un coup d'épée dans la direction de KOHLHAAS qui le menace avec une arbalète. L'homme laisse tomber son épée. KOHLHAAS pose un paquet d'armes devant lui.


KOHLHAAS

Porte ça.


L'homme du BARON hésite puis prend le paquet. Un homme de KOHLHAAS lui tire dessus et le tue comme il sort de la maison.


Les hommes de KOHLHAAS entrent dans une pièce souterraine. Ils entendent des gémissements de chiens. Ils ouvrent prudemment une porte et voient le GARDIEN qui lâche deux chiens. Les hommes referment la porte et tuent les chiens et le GARDIEN en tirant à travers les barreaux de la porte.


Dans l'écurie, KOHLHAAS vérifie l'identité des hommes morts.


KOHLHAAS et ses quatre hommes sont sur leurs chevaux.


CÉSAR

Le baron est à pied.

Il peut pas être loin.


Deux hommes sur un cheval se tiennent derrière JÉRÉMIE.


JÉRÉMIE

Ils demandent de nous suivre.

Je dis quoi?


KOHLHAAS s'éloigne sans rien dire, suivi des six hommes.


Dans la forêt, un homme manchot se promène à dos d'âne. Il porte un cochonnet dans un sac. Il parle en espagnol. Il arrive à une clairière où campent plusieurs hommes de KOHLHAAS. Il dépose son cochonnet devant CÉSAR qui porte maintenant des pièces d'armure aux épaules.


CÉSAR

Tu en veux combien?


L'espagnol répond que son cochon est un cadeau.


CÉSAR

Kohlhaas accepte pas

les cadeaux.

On te paiera.


CÉSAR s'approche d'un grand homme, d'un vieil homme et de l'espagnol.


CÉSAR

Qui sait se battre?


Les trois hommes se lèvent.


CÉSAR

Qui a déjà fait la guerre?


Les trois hommes se rassoient. L'espagnol ne semble pas comprendre ce qui se passe.


CÉSAR

Vous savez

ce que le seigneur fait

aux paysans qui se révoltent?

On te coupe les doigts.

On te crève les yeux.

On te pend lentement.

Ça dure une journée.

La mort d'un paysan,

c'est une blague.


L'espagnol rit.


CÉSAR

J'étais soldat.

Je sais de quoi je parle.

Toi, le grand,

tu viens avec moi.

Les autres, rentrez chez vous.


Le grand homme se lève. L'espagnol se lève.


ESPAGNOL

Hé!

Yo...

Yo...

Yo peux me battre.

Yo.


CÉSAR lui présente une épée longue.


CÉSAR

Montre.


ESPAGNOL

Yo apprendra.

... senor Kohlhaas.

Es important.


CÉSAR

Tu as amené le cochon.

Je n'ai pas oublié.


ESPAGNOL

Alvaro.

Alvaro...


Dans une abbaye, une cloche sonne. L’ABBESSE entre dans une pièce vide et se prosterne.


La petite armée de KOHLHAAS se poste devant l'abbaye. Des hommes préparent des flèches enduites de goudron.


L'ABBESSE s'assoit sur un siège. Des religieuses entrent dans la pièce.


Les hommes de KOHLHAAS lancent des flèches enflammées sur l'abbaye.


Les religieuses sortent de l'immeuble qui brûle.


Sur un chemin, des fantassins équipés de lances avancent en rang. Le GOUVERNEUR, en armure sur un cheval, et deux autres cavaliers en armures mènent la petite armée.


GOUVERNEUR

Quand j'étais enfant,

une révolte a éclaté

dans une province voisine,

pourtant très éloignée.

Et voilà qu'un jour,

un mendiant qui avait traversé

la province en question

apporte dans la maison de mon

père un manifeste des révoltés.

C'était un jour de fête, des

invités dans toutes nos pièces.

Le prêtre au milieu déchiffre

le premier article

et tous éclatent de rire.

Mon père déchire le manifeste,

à coups de bâton chasse

le mendiant.

Pourquoi?

Les paysans se plaignaient

en douze articles

de compter moins que nos chiens.

J'avais douze ans.

La grande révolte des paysans

a eu lieu un mois plus tard.

Mon père y a perdu la vie;

trois châteaux de notre famille

ont été brûlés et démolis.


L'armée du GOUVERNEUR arrive à l'abbaye.


Dans l'abbaye, L'ABBESSE donne des vêtements à une religieuse. Le BARON et son valet sont à proximité.


ABBESSE

Dis au gouverneur

que c'est ce que j'ai trouvé

de plus discret.

Dépêche-toi

et ne parle à personne.


Le BARON retire ses vêtements.


BARON

(À son valet)

Qu'est-ce que t'attends?

Dépêche-toi!


Le BARON et son valet se changent.


LISBETH chevauche la jument que son père lui a donnée. Elle approche de KOHLHAAS qui sort d'une forêt. Son père la prend dans ses bars.


Le PRÊTRE est assis près de KOHLHAAS qui tient LISBETH.


PRÊTRE

La tombe de Judith

est fleurie.


KOHLHAAS

Merci.


PRÊTRE

Le voisin ne veut plus

de la maison. Il te la garde.

Tu peux racheter le terrain

quand tu voudras.

Tu sais, je peux pas

rester avec vous.


KOHLHAAS

Je sais.


PRÊTRE

Qu'est-ce que tu veux

que je fasse?


KOHLHAAS

Rentre.


PRÊTRE

Comment tu vas faire

avec elle?


KOHLHAAS

C'est ma fille.

Des nouvelles de chez nous?


PRÊTRE

Personne te juge.

Pas un mot contre toi.


KOHLHAAS

Et toi...

comment tu me juges?


JÉRÉMIE s'approche.


JÉRÉMIE

Le baron vient

de quitter l'abbaye.


Une vingtaine de cavaliers de KOHLHAAS chargent de front un groupe d'hommes qui entourent une charrette. KOHLHASS regarde la scène du haut d'une colline. Il serre LISBETH dans ses bras. On entend des coups de feu et des chocs métalliques.


LISBETH

C'est pour maman

que tu fais la guerre?


KOHLHAAS

Non.


LISBETH

Pour les chevaux?


KOHLHAAS

Non.


Un cavalier revient vers KOHLHAAS. Le cavalier tombe du cheval et KOHLHAAS l'attrape. [KOHLHAAS

César...


KOHLHAAS et JÉRÉMIE recouvrent de terre une tombe où sont placés trois hommes morts.


Le GOUVERNEUR et le BARON marchent à travers les collines en menant des chevaux par les rênes. Le GOUVERNEUR porte une tunique et le BARON porte des habits de religieuse. Ils arrivent à l'endroit où a eu lieu la bataille et observent les cadavres laissés au sol.


GOUVERNEUR

Deux escouades...

Dix-huit hommes....

Mes hommes!


Le GOUVERNEUR et le BARON continuent leur chemin.


KOHLHAAS et ses cavaliers avancent dans une forêt. Des dizaines de personnes à pied qui portent des marchandises les accompagnent.


KOHLHAAS chevauche avec LISBETH. Il arrête son cheval. LISBETH descend du cheval et rejoint JÉRÉMIE. KOHLHAAS s'adresse à ses troupes.


KOHLHAAS

On ne prend pas.

On achète.

On paie.

À qui ça appartient.

Et n'on accepte aucun don.

Les gens donnent

parce qu'ils ont peur.

La guerre donne pas le droit.

Le pillage, le vol...

c'est le seigneur.

C'est pas nous.


KOHLHAAS fait signe à un homme blessé.


KOHLHAAS

Avance.


L'homme marche vers KOHLHAAS.


KOHLHAAS

On a pillé ta maison.

Montre qui t'a fait ça.

Tu veux dire quelque chose?


L'homme blessé indique un soldat sur un cheval. L'homme a une corde autour du cou.


KOHLHAAS

(Au soldat)

Tu veux dire quelque chose?


Le soldat reste silencieux. KOHLHAAS tire avec un pistolet. Le cheval sous le soldat a peur et avance de quelques pas. Le soldat est pendu par la corde. KOHLHAAS fait signe à un autre soldat qui apporte des objets à l'homme blessé. Un homme s'approche du pendu et prend la parole.


PASTEUR

C'est ça,

ton idée de la justice?

Pendre tes propres hommes...

C'est pour ça que tu brûles?

Que tu massacres?

Il paraît que tu t'apprêtes

à ravager une ville entière.

Tous ces gens que tu entraînes

dans la guerre...

ils savent ce qui les attend?

Qu'est-ce que

tu leur as raconté?

Que Kohlhaas est victime

d'une grande injustice?

Tu es marchand.

Ton commerce est prospère.

Pour toi, la vie est douce.

Quel effort tu as fait

pour obtenir justice?

Moi, je vois

que ton coeur est mauvais.

Que tu entraînes tous ces gens

dans une guerre

qui ne les concerne pas.

Je vois que l'épée que tu portes

n'est pas l'épée de la justice.

Que tu n'es pas un soldat

de Dieu.

Dieu a été très largement oublié

dans toute cette histoire.

Kohlhaas...

ce qui t'attend sur Terre,

c'est l'échafaud.

Et vous tous,

vous savez très bien

ce qui vous attend là-haut.


KOHLHAAS

C'est un honneur pour moi

de faire ta connaissance.


PASTEUR

Tu me connais?


KOHLHAAS

Je lis ta Bible

et je la lis à mes enfants.


La nuit, sous une tente, le PASTEUR parle à KOHLHAAS qui l'écoute attentivement. LISBETH fait du rangement pendant la discussion.


PASTEUR

Si tous faisaient comme toi,

il n'y aurait plus ni ordre

ni justice.

Toi-même,

qu'est-ce que tu ferais,

si, dans ta propre troupe,

chacun voulait être indépendant,

se faire justice

et se venger lui-même?

Tu dirais que c'est au supérieur

de juger.

Que nul ne peut être juge

de sa propre cause.

Dieu t'aiderait si tu savais

souffrir comme Il le demande.

Si tu apprenais à endurer,

à supporter l'injustice.

Tu ne sais pas encore

qu'il ne convient pas

aux chrétiens

de combattre avec l'épée

et l'arquebuse,

mais avec la croix

et la patience.

Que son triomphe

n'est ni domination

ni pouvoir,

mais soumission et humilité.

J'ai passé ma vie à convaincre

l'Église et les princes

qu'ils n'avaient pas de raison

de nous craindre,

que tout ce que nous demandions,

c'était de pouvoir

vivre et prospérer

à leurs côtés.

Ta révolte...

a fait reculer notre cause

d'une façon...


KOHLHAAS

(Ému)

La femme...

que j'aimais...

qui a porté mes enfants

est allée au palais

de la princesse...

supplier qu'on me rende

la justice

à laquelle j'avais droit.


PASTEUR

Dépose les armes.


KOHLHAAS se prend la tête entre les mains.


KOHLHAAS

Si le baron soigne

mes chevaux...


PASTEUR

Au nom de ta foi,

de celle de tes enfants...


KOHLHAAS

...de ses propres mains.


PASTEUR

...de tous les enfants élevés

dans nos principes.


KOHLHAAS

S'il me rend les chevaux

en bonne santé,

je dépose les armes.


PASTEUR

Sinon?

Tu dis que tu pleures

la perte de ta femme,

que tu es inconsolable.

Tu ne sais pas

qu'il y a des moyens

de vaincre la mort?

Chaque espèce vivante en a un.

De la fourmi à l'homme.

Toi, tu as le plus simple.

Ne pas tuer.

La mort est un choix.

Qui ne tue pas ne meurt pas.

Ce qu'il faut que tu considères

aujourd'hui,

ce n'est pas ta force,

qui est grande,

ce n'est pas le tort de ton

adversaire, qui est indéniable.

Je te demande seulement

de regarder

si ce que tu t'apprêtes à faire

est selon la justice.

Et selon ta conscience.

C'est une belle chose

de dire aux malheureux

des mots qui partent

comme des flèches.

Mais est-ce qu'il t'arrive

parfois à penser à ta propre fin,

à l'enfant que tu laisseras,

aux pensées

qui ne t'habiteront plus.

N'oublie pas.

On meurt seul.


Au matin, KOHLHAAS sort de sa tente en lisant une lettre.


KOHLHAAS

Vous aviez ça

depuis le début.


PASTEUR

La princesse négocie.


KOHLHAAS

Pas moi.

Je demande rien d'autre

que ce qui est écrit là.


PASTEUR

J'aurais préféré que tu te

ranges à l'esprit des Écritures

plutôt qu'aux arguments

de la princesse.


Le PASTEUR est assis sur une charrette. KOHLHAAS se tient devant lui.


KOHLHAAS

Est-ce que tu accepterais

ma confession?


PASTEUR

Mets-toi à genoux.


KOHLHAAS se met à genoux.


PASTEUR

Est-ce que tu es prêt

à pardonner à ton ennemi?

À aller chercher tes chevaux,

à les ramener chez toi

pour les soigner?


KOHLHAAS

Je suis prêt à pardonner

à ceux qui m'ont fait du tort

sans le savoir.

Mais...

le baron...

laisse-moi exiger qu'il

rétablisse mes chevaux

de ses propres mains.


Le PASTEUR fait partir les chevaux et la charrette avance.


KOHLHAAS

Pasteur?

Tu me refuses la paix?


PASTEUR

Avec Dieu, oui.

Avec la princesse,

c'est entre tes mains.


Le PASTEUR s'éloigne sur la charrette.


KOHLHAAS se tient sur son cheval. Devant lui, JÉRÉMIE lit la lettre de la princesse.


JÉRÉMIE

"Nous, princesse d'Angoulême,

"reine de Navarre,

soeur du roi,

"accordons à Michel Kohlhaas

un laissez-passer

"pour nouvelle instruction

de son affaire...

"à condition

qu'il dépose les armes.

"Au cas où le tribunal

le débouterait de sa plainte,

"ledit Kohlhaas subirait la loi

"pour s'être fait justice

lui-même.

"Et au cas contraire où le

tribunal lui donnerait raison,

"disons que lui et sa troupe

seront graciés

"et que l'amnistie couvrira

les exactions

dont il s'est rendu coupable

dans nos pays."


KOHLHAAS

Je vais en justice;

c'est pour ça que j'avais pris

les armes.

On rend les armes.

On ne se bat plus.


JÉRÉMIE rend la lettre à KOHLHAAS.


KOHLHAAS

Chacun rentre chez lui.

Aujourd'hui,

personne ne va mourir.


JÉRÉMIE

Et ceux qui sont déjà morts?

Et César?


KOHLHAAS montre la lettre de la princesse aux soldats de sa troupe de cavaliers.


KOHLHAAS

(En criant)

Amnistie!

Je rends les armes.


KOHLHAAS jette ton épée au sol.


KOHLHAAS

(En criant)

On rend les armes. Tous.


KOHLHAAS est assis à une table. Ses soldats se présentent un à un devant lui. Le GRAND soldat s'approche.


KOHLHAAS

Tu as rendu les armes?


GRAND

J'ai tout rendu.


KOHLHAAS

Tu as des enfants?


GRAND

Non.


KOHLHAAS

Une femme?


GRAND

Non.


KOHLHAAS

T'as rien gardé, tu es sûr?


GRAND

Je n'ai plus rien.


KOHLHAAS

C'est bien.


KOHLHAAS écrit dans un livre.


GRAND

Mais je sais pas où aller.


KOHLHAAS donne de l'argent au GRAND soldat.


KOHLHAAS

Tu sais où est Jérémie?


KOHLHAAS et le soldat regardent JÉRÉMIE.


KOHLHAAS

Tu sais où il va?


À l'extérieur sur son domaine, KOHLHAAS est plongé dans une bassine d'eau. LISBETH s'approche de lui en courant. Des soldats arrivent. KOHLHAAS sort de son bain et enroule une serviette autour de sa taille. La jeune PRINCESSE arrive. KOHLHAAS met un pantalon. La PRINCESSE examine KOHLHAAS.


PRINCESSE

Michel Kohlhaas?


KOHLHAAS baisse la tête.


KOHLHAAS

Majesté.


La PRINCESSE s'approche de LISBETH.


PRINCESSE

Tu sais qui je suis?


LISBETH

Mon père vous a dit "Majesté".


La PRINCESSE s'agenouille devant LISBETH.


PRINCESSE

C'est dans mon palais

que ta mère a été blessée.

Tu me crois si je te dis

que je suis désolée?

Tu crois que c'est

de ma faute?

KOHLHAAS)

La ville que tu t'apprêtais

à détruire

lorsque tu as rendu les armes,

j'y étais.

J'avais à peine

autant d'hommes que toi.

Tu aurais pu obtenir

par toi-même beaucoup plus.

Pourquoi as-tu rendu les armes?


KOHLHAAS

Je ne veux pas

beaucoup plus, Majesté.

Seulement ce qui me revient.


PRINCESSE

Tu es un fanatique.


KOHLHAAS

J'ai des principes.


PRINCESSE

Un parent du baron

a usé de sa fonction

pour faire disparaître

ta plainte.

Tu le savais?


KOHLHAAS

Oui.


PRINCESSE

Tu es comme moi.

Tu vis autant de l'amour que

de la crainte que tu inspires.

Si tu n'inspires

que la crainte,

tout le monde te déteste;

que l'amour...

un signe de faiblesse.

Sauf qu'aujourd'hui, tu es seul,

désarmé.

Tu as un enfant.

Je voudrais que tu acceptes

une garde.


KOHLHAAS

Majesté, je ne crois pas--


PRINCESSE

Deux hommes.

Pour ta sécurité,

jusqu'au procès.


En compagnie de KOHLHAAS, la PRINCESSE marche jusqu'à la tombe de JUDITH. Elle s'agenouille et se place en position de prière. Elle se relève.


PRINCESSE

Le baron a peut-être retrouvé

tes chevaux.

En mauvais état, mais vivants.

Va les reconnaître.

Le tribunal te les fera rendre

dans leur état d'origine.

Tu auras ce que tu voulais.


La PRINCESSE s'éloigne.


Dans son écurie, KOHLHAAS met du grain dans des mangeoires.


LISBETH

T'en remplis quatre?


KOHLHAAS

Y en aura quatre.

Deux juments, deux poulains.


LISBETH

C'est pour ça

que tu fais atteler?

On va à la foire?


À l'extérieur, LISBETH est assise sur le banc d'une charrette. KOHLHAAS dépose un coffre dans la charrette. Deux gardes sont à proximité.


GARDE1

On attend les nouveaux;

ils viennent avec nous.


KOHLHAAS

Vous avez peur pour moi?


GARDE1

Je sais pas, c'est les ordres.


KOHLHAAS

Les ordres, tu les connais.

Je fais comme je veux.


GARDE2

Un de vos valets

a pas rendu les armes.

Deux seigneurs ont été tués.

Leurs biens volés et distribués

aux paysans.


KOHLHAAS

Mais je n'ai plus de valet.


GARDE2

Y a une enquête.


KOHLHAAS

La princesse m'a donné

sa parole.


GARDE2

La princesse considère

que l'amnistie est rompue.


KOHLHAAS

Est-ce que ça fait de moi

un prisonnier?

LISBETH)

Descends.


LISBETH descend de la charrette. KOHLHAAS décharge le coffre de la charrette. Il rentre chez lui avec sa fille.


La nuit, KOHLHAAS sort de chez lui et atèle des chevaux. Il va réveiller LISBETH.


KOHLHAAS

Lisbeth...

On y va.


Dans le noir, KOHLHAAS et LISBETH sont sur des chevaux.


KOHLHAAS

Où est la maison?

On va exactement

dans l'autre sens.


Ils avancent dans le noir.


Au jour, LISBETH et KOHLHAAS galopent sur les collines.


La nuit, LISBETH et KOHLHAAS dorment à l'extérieur. KOHLHAAS se fait réveiller par des bruits. Ils montent sur leurs chevaux et partent.


Au matin, LISBETH et KOHLHAAS dorment sous une toile. Des soldats s'approchent d'eux à pied. KOHLHAAS se lève sans réveiller LISBETH.


LISBETH et KOHLHAAS sont dans une charrette. KOHLHAAS a les mains liées par une chaîne. Des soldats en armures les escortent.


LISBETH et KOHLHAAS sont assis près de la charrette. Des soldats les gardent. KOHLHAAS tend un morceau de pain vers LISBETH.


KOHLHAAS

Mange.


LISBETH ne mange pas.


LISBETH

Je crois pas que je veux

aller vivre chez ma tante.


KOHLHAAS

Tu peux pas vivre seule,

Lisbeth.


LISBETH

Je la connais même pas.


KOHLHAAS

Moi, je la connais.


LISBETH

Et la maison?


KOHLHAAS

Quoi, la maison?


LISBETH

Si je reviens là-bas?


KOHLHAAS

Lisbeth...

C'est pas possible.


LISBETH se colle contre son père. Il pose une main sur sa tête.


Dans une cellule, le PRÊTRE s'approche de KOHLHAAS.


PRÊTRE

Des pommes.

De chez toi.


KOHLHAAS prend des pommes et les pose sur une table.


PRÊTRE

Le voisin a donné son accord.

J'ai parlé avec lui.

Il t'a écrit une lettre

pour les détails.


KOHLHAAS se lève et regarde par la fenêtre de sa cellule.


KOHLHAAS

Ici, à n'importe quel moment,

les gens se mettent à prier.

La cloche sonne,

ils se mettent à genoux.

Tous en même temps.

J'avais oublié.

Il y a que les juifs et nous

qui restons debout.


PRÊTRE

Ce qui vient...

c'est difficile.

J'ai du mal à trouver...

je sais pas... les mots.


KOHLHAAS

La princesse est intervenue.


Le prêtre s'approche de KOHLHAAS. Ils s'échangent quelques mots en allemand.


KOHLHAAS

Le pire, c'est l'incertitude.

Je compte.

Chaque jour, je me rapproche

de Judith.

Je m'éloigne de Lisbeth.

C'est pas la mort.

À la mort, je m'habitue.

Je crois.

Mais l'incertitude absolue

du jour, de l'heure...

de la manière...

c'est le plus difficile.


LISBETH entre dans la cellule.


Dans un champ, le GOUVERNEUR se tient devant une plate-forme en bois. KOHLHAAS et LISBETH arrivent sur un cheval. Des cavaliers les escortent. KOHLHAAS et LISBETH mettent pied à terre et s'approchent du GOUVERNEUR. Le PRÊTRE se tient derrière KOHLHAAS.


GOUVERNEUR

(Tristement)

Kohlhaas...


KOHLHAAS détourne le regard.


GOUVERNEUR

Au nom de Marguerite,

princesse d'Angoulême...

reine de Navarre,

soeur du roi,

c'est aujourd'hui

que je te rends la justice

que tu as sollicitée.


KOHLHAAS et le GOUVERNEUR s'approchent de deux chevaux noirs et du BARON qui se tient sur un cheval.


GOUVERNEUR

Je te rends ce qui t'a été pris

par force:

tes chevaux.


KOHLHAAS examine et caresse les chevaux en souriant. Le GOUVERNEUR lui remet une bourse.


GOUVERNEUR

L'argent des réparations

pour ton valet.


KOHLHAAS s'approche du PRÊTRE et lui remet la bourse.


KOHLHAAS

César n'avait pas de famille.

Donne à quelqu'un

qui en a besoin.


Le GOUVERNEUR remet à KOHLHAAS une deuxième bourse.


GOUVERNEUR

L'argent des réparations

pour toi.


KOHLHAAS donne la bourse au PRÊTRE. Le GOUVERNEUR enlève les chaînes aux poignets de KOHLHAAS et les place sur les poignets du BARON. Le BARON s'éloigne.


GOUVERNEUR

Deux ans de prison

pour ce qu'il t'a fait.

Tu as ce que tu voulais.


KOHLHAAS s'approche de sa fille et s'agenouille.


KOHLHAAS

Les moreaux sont pour toi.

Lisbeth,

je sais que tu es en colère.

Je te demande pardon.


KOHLHAAS prend les mains de LISBETH.


KOHLHAAS

J'ai eu de la chance avec toi.

Tu es courageuse.


LISBETH

Tu me fais mal aux doigts.

Je voudrais y aller.

Maintenant.


KOHLHAAS aide LISBETH à monter sur son cheval. Elle part.


KOHLHAAS s'approche du prêtre

.

KOHLHAAS

Va avec elle.


KOHLHAAS enlace le prêtre qui monte à cheval et part.


KOHLHAAS

(Au GOUVERNEUR)

On attend quelque chose?


GOUVERNEUR

Non.


KOHLHAAS enlève son manteau et monte sur la plate-forme en bois. Il semble avoir très peur. L'AVOCAT s'approche de KOHLHAAS.


AVOCAT

Michel Kohlhaas...

Toi, et de la façon qu'on a vue

ayant été restauré

dans tes droits,

tiens-toi prêt de ton côté,

pour avoir violé la paix civile,

à restaurer ceux

de Sa Majesté le roi,

dont le représentant légal

est ici présent.


KOHLHAAS

(Ému)

Je suis prêt.


L'AVOCAT attache les mains de KOHLHAAS derrière son dos. Un homme fait s'agenouiller KOHLHAAS et découpe sa chemise autour de son cou. L'homme se place derrière KOHLHAAS en tenant une grande épée.


Générique de fermeture

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