Universe image Ciné TFO Universe image Ciné TFO

Ciné TFO

Watch the best movies on CinéTFO! Enjoy our selection of free movies to discover (again) classics and the best works of contemporary auteur films. For movies airing on TV, take a look at our CinéTFO Passport !

Official sitefor Ciné TFO
Share

A plugin is needed to display this content

https://get.adobe.com/flashplayer/

Age of Panic

May 6, 2012 – round two of the presidential elections. Journalist Laetitia is covering the event from the middle of the crowd in Solférino Street. That same day, her ex Vincent is coming to visit his two daughters. The battle is on!



Réalisateur: Justine Triet
Acteurs: Arthur Harari, Virgil Vernier, Marc-Antoine Vaugeois
Production year: 2013

Accessibility
Change the behavior of the player

VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


Dans un appartement, VIRGIL s'occupe de JEANE, un bébé, et de LIV, un jeune enfant. LAETITIA s'habille et se prépare à sortir.


VIRGIL

Laetitia!

Je sais plus quoi faire,

on a fait tous les jeux, là.

Tu sais qu'on s'entend très bien

avec Liv.


On entend les cris de JEANE qui pleure.


VIRGIL

On a sympathisé.

Et l'autre

qui pleure tout le temps.

Laisse-la-moi, moi, je sais

leur parler.


LAETITIA

Moi, je n'en peux plus.


VIRGIL

Viens!

JEANE)

Regarde l'oignon.


L'enfant redouble ses pleurs.


VIRGIL

T'inquiète. Tu sais

qu'on s'entend hyper bien.


LAETITIA prend JEANE.


VIRGIL

Viens me faire un bisou,

Laetitia.

Tu t'occupes pas de moi,

tu t'occupes jamais de moi.


LAETITIA dépose JEANE dans les bras de VIRGIL qui tient aussi l'autre jeune enfant.


LAETITIA

Je n'en peux plus.


VIRGIL

LAETITIA)

Va t'habiller ailleurs.


LAETITIA avance un biberon vers la bouche de JEANE.


VIRGIL

Non, y a pas besoin

de lui mettre tout le temps

le biberon

pour quoi que ce soit.


LAETITIA

Arrête de...


VIRGIL

C'est bon, s'il te plaît.

Va t'habiller, on va regarder

ce qu'il y a dans la rue.


VIRGIL s'avance vers une fenêtre avec JEANE dans les bras.


VIRGIL

Là-haut, il y a le ciel.

T'as vu? Il fait pas très beau

aujourd'hui.


JEANE recommence à pleurer.


LAETITIA

Je vais y aller, les filles.

Il faut que

vous soyez gentilles avec...


JEANE pleure.


VIRGIL

On avait dit

qu'on faisait le silence.

On va retourner à la...

Non, non.


LIV est assise tranquille sur un sofa. LAETITIA semble désemparée.


JEANE

Maman!


VIRGIL

Maman,

elle va aller travailler.

S'ils sentent que t'es stressée,

ça va les stresser encore plus.


LAETITIA et VIRGIL rient.


VIRGIL

Les enfants, faut pas

trop essayer de leur plaire,

faut qu'ils nous plaisent

à nous.


LAETITIA

JEANE)

Ça suffit maintenant,

on se calme. On se calme!


VIRGIL

J'ai peur avec la table

qu'elle se fasse mal, là.


VIRGIL éloigne une petite table de JEANE.


LAETITIA

On se calme, s'il te plaît,

maman va pas y arriver.

Chut...


LAETITIA prend JEANE.


VIRGIL

LIV qu'il tient)

Toi, au moins, t'es sage,

un peu fayote, mais t'es sage.

Tu veux une clope?


VIRGIL regarde dans un paquet de cigarettes.


VIRGIL

Merde, il n'y en a plus.


BÉBÉ

Maman.


LAETITIA

Oui, je vais me préparer.

D'accord?


LAETITIA dépose sur le divan JEANE qui recommence à pleurer.


LAETITIA

Allez. Jeane, il faut que tu

fasses un effort, là, d'accord?

D'accord, il faut rester

calmes, les filles,

parce que je dois partir.

Faut pas que vous fassiez

une crise comme ça

maintenant.


VIRGIL

JEANE)

Fais-moi un bisou,

un petit bisou.


JEANE embrasse VIRGIL.


VIRGIL

Encore un.


JEANE embrasse VIRGIL.


VIRGIL

Ah, ça, je préfère.

Ça, je préfère. Encore un.


JEANE embrasse VIRGIL.


VIRGIL

Ha ha! Encore un.


JEANE embrasse VIRGIL.


VIRGIL

Ha ha!

Encore un.

Moi, je les adore tes enfants,

ils sont super.

Je pense qu'on forme

une super famille, quoi.


VINCENT marche sur une rue.


Chez une FLEURISTE, VINCENT examine des fleurs. La FLEURISTE s'approche de lui.


FLEURISTE

Vous voulez quelque chose?


VINCENT

Ouais, bien, je...

Des fleurs, quoi.

Peut-être je vais prendre

des roses, moi, je sais pas.


FLEURISTE

Des roses, c'est pour l'amour.


VINCENT

Oui.


FLEURISTE

Ça, le blanc,

c'est pour l'amitié.

Et puis le orange,

c'est pour amour chaleureux.


VINCENT

C'est ça, les roses orange,

c'est pour...

Mais c'est pour un amour

chaleureux passé ou futur?


FLEURISTE

Futur.


VINCENT

Moi, ouais, je voudrais

des roses orange.


FLEURISTE

Mais ça, c'est 3 euros pièce.


VINCENT

Oui, je vais prendre.


FLEURISTE

Combien?


VINCENT

Je sais pas, j'ai 10 euros,

ça fait...


FLEURISTE

Ça fait trois.


VINCENT

Ça fait un peu minable, non?


FLEURISTE

C'est pas bien touffu.


VINCENT

Et ça, combien ça coûte

celui-là?


VINCENT indique une plante fleurie.


FLEURISTE

Ça, c'est 10 euros.


VINCENT

Je peux voir?

C'est pas mal, en fait,

une plante, ça reste.

Oui.

Je peux voir?

C'est bien, vous aimez bien?


FLEURISTE

Oui, ça va.


Dans l'appartement, VIRGIL ouvre la porte à MARC qui entre.


LAETITIA

C'est Marc? Attends, je vais

chercher...

MARC)

Marc, viens.

Je suis hyper pressée,

je te montre vite, d'accord?


MARC

D'accord.


LAETITIA montre les enfants.


LAETITIA

Ça, c'est les filles.

Ça, c'est Jeane

et ça, c'est Liv. Merde.


MARC

D'accord.


LAETITIA

Viens.

Tu me suis? Concentre-toi bien.


LAETITIA montre différents objets disposés sur une table.


LAETITIA

Les bibs, y a le nom marqué

derrière pour chacune.

Là, le nom marqué derrière

pour mettre leur produit dedans.

Là, il y a mon numéro

de téléphone

si jamais il y a un problème.

Tu regardes sérieusement.

Après, t'as la police, tout ça.

T'as vu?


MARC tient JEANE qui pleure dans ses bras.


VIRGIL

Faut la tenir comme ça.

C'est pas comme ça

qu'il faut tenir un enfant.


LAETITIA

Virgil!


LAETITIA donne des instructions à MARC. À côté d'elle, VIRGIL lui dit constamment de s'en aller.


LAETITIA

MARC)

Prends-la dans tes bras.

D'accord?

Il faut vraiment que tu prennes

soin d'elle, tu l'aides,

parce que là, elle a peur,

elle prend trop sur elle.


VIRGIL

Vas-y.


LAETITIA

VIRGIL)

Laisse-moi finir.

Là, t'es un peu chiant.

MARC)

D'accord?

Tu as compris, tu fais gaffe.

Tu la prends bien dans tes bras,

tu la soignes bien,

faut que tu l'aides

parce que là, elle est

très fatiguée, tu comprends.


LAETITIA s'éloigne.


VIRGIL

Vas-y, toi, tu vas être hyper

en retard.

MARC)

Je vais te montrer,

de toute façon.


VIRGIL prend le bébé des mains de MARC.


VIRGIL

Bien alors, pleure pas.


MARC s'approche de LIV qui est assise sur une chaise haute.


MARC

LIV)

Ça va, toi?


LIV tend les bras pour que MARC la prenne.


MARC

Oui, oui. Moi, c'est Marc.

C'est moi qui vais te garder

pendant la journée

avec ta soeur.


On entend la voix de LAETITIA.


LAETITIA

Ça va bien se passer

avec Marc? Il est gentil, Marc.


MARC

(Fort)

Hum... Sinon, Laetitia?


LAETITIA

Oui?


MARC

Euh...


JEANE pleure.


LAETITIA

T'es chiante, hein!


VINCENT est dans une boutique orientale. Il s'approche de la CAISSIÈRE.


VINCENT

Est-ce que vous auriez

des dragons en papier...

ou des tigres en papier?


CAISSIÈRE

Non.


VINCENT

Non?


CAISSIÈRE

Non.


VINCENT

Et ça, là?


CAISSIÈRE

Ça, c'est un masque de dragon,

si vous voulez.


VINCENT

Est-ce que je peux le voir?


La caissière donne le masque à VINCENT qui l'examine.


VINCENT

Oui.

Merci beaucoup.

Il est à combien?


CAISSIÈRE

C'est 15 euros.


Dans l'appartement, MARC tient LIV. VIRGIL parle à MARC.


VIRGIL

Mais tu fais quoi dans la vie,

je veux dire?


MARC

En fait, justement,

du coup à Caen,

je fais un BTS en pâtisserie,

en fait.


VIRGIL

Ah bon? Tu fais quoi

comme genre de gâteau?


Dans une chambre, LAETITIA change de robe. Elle se montre à MARC dans le couloir.


VIRGIL

LAETITIA)

Y a des trucs qui te vont

mieux, je trouve.


LAETITIA

Avec la veste?


LAETITIA enfile une veste.


VIRGIL

Fais voir.

Essaye autre chose quand même,

on sait jamais.


Dans la chambre, LAETITIA essaie une autre robe. Elle se montre à MARC dans le couloir.


VIRGIL

T'es hyper belle là.


LAETITIA

Ça vous va, ça?


VIRGIL

T'es canon.


LAETITIA prend un biscuit des mains de LIV et fait semblant de le manger.


LAETITIA

Oh un gâteau.


VIRGIL

Oh oui, je... J'ai presque

envie de... te bouffer.


Un téléphone sonne.


LAETITIA tend le biscuit vers LIV.


LAETITIA

Prends-le, prends-le.


VIRGIL

Je vais juste attacher le truc

derrière.


VIRGIL s'avance derrière LAETITIA pour lui attacher la robe, mais elle le repousse.


LAETITIA

(Au téléphone)

Ouais.

Ouais. Allô?


VINCENT est sur la rue. Il parle à un téléphone portable.


VINCENT

(Au téléphone)

Tu m'entends bien? Ouais,

bien, je suis en bas, en fait.

Tu veux pas descendre?


LAETITIA

(Au téléphone)

T'es malade ou quoi?

Non, mais t'es fou ou quoi?

Qu'est-ce que tu fais là?


VINCENT

(Au téléphone)

Bien c'était prévu. Je suis

venu, j'ai acheté des cadeaux.

Je t'ai même acheté des petites

fleurs et tout ça.

Tu veux pas descendre? Comme ça,

on se voit un peu avant.

Ça me ferait vraiment plaisir.

C'est ridicule, c'est horrible,

je suis vraiment en bas.


VINCENT peut voir JEANE et LAETITIA qui regardent par une fenêtre.


LAETITIA

(Au téléphone)

C'est très tordu

ce que t'es en train de faire,

tu te rends compte de ça?


VIRGIL

Ça va, Laetitia?


LAETITIA

(Au téléphone)

C'est très tordu

ce que t'es en train de faire,

je te disais.


VINCENT

(Au téléphone)

Laetitia...


Dans l'appartement, VIRIGIL s'approche de LAETITIA pour fermer le dos de sa robe.


VIRGIL

Je vais t'accrocher ça déjà.

Ça va?


LAETITIA semble troublée.


LAETITIA

C'est pas grave si tu peux pas

la fermer, je vais me changer.


LAETITIA sort de l'appartement et va frapper chez un voisin. VATSANA ouvre la porte.


LAETITIA

Salut, Vatsana, excuse-moi de

te déranger, oui, ça va et toi?


VATSANA

Moi, ça va.

Tu veux rentrer cinq minutes?


LAETITIA

Non, écoute, excuse-moi,

je suis vraiment désolée,

faut encore

que je te demande un truc.

J'ai Vincent qui est en bas,

là et moi, je dois filer,

je dois aller travailler.

Et les enfants sont tout seuls

avec le baby-sitter qui est

un peu, enfin timoré,

et ce qui me rassurerait

vachement,

c'est qu'il puisse prendre

ton numéro,

comme ça, il t'appelle

si jamais Vincent monte.

Parce que je veux pas

que Vincent monte.


VATSANA

Ouais, y a pas de souci.


LAETITIA

C'est vrai?


VATSANA

Ouais, y a pas de souci,

vraiment pas de souci.


LAETITIA

Oh, c'est très cool.


VATSANA

Sinon, toi, ça va?


LAETITIA

Oh... Ça va, ça va.


VATSANA

T'es sûre?


LAETITIA

Oui, je suis très pressée.

Désolée. Chaque fois,

je viens te voir

pour te demander des trucs.


VATSANA

Passe quand t'auras

un moment.


LAETITIA

Ouais.


Sur la rue, VINCENT parle au téléphone.


VINCENT

(Au téléphone)

Salut, Arthur, c'est encore

un message de Vincent.

Je sais pas ce qui se passe

avec ta messagerie, mais...

J'ai des gros problèmes, là,

je voulais voir mes enfants,

Laetitia, elle m'a encore

empêché de les voir.

Je sais pas si tu connais pas

un moyen d'intervenir.

J'ai vraiment besoin

de ton aide,

je sais vraiment pas quoi faire,

Arthur, s'il te...


La ligne coupe. VINCENT raccroche.


VINCENT

Ah, putain!


VINCENT marche sur la rue en parlant au téléphone.


VINCENT

(Au téléphone)

Ouais, allô, c'est un message

de Vincent, là.

Je suis hyper emmerdé là, je...

je viens de sortir

de chez Laetitia, là...

Figure-toi qu'elle a encore

trouvé un moyen

de me faire chier, là.

Je sais pas quoi faire.

Je sais pas s'il y a moyen

d'intervenir.

Enfin, j'ai besoin de toi,

je suis dans la rue...


La ligne coupe.


VINCENT

(Au téléphone)

C'est encore un message

de Vincent, Arthur,

excuse-moi, là, je...

Y a ton message qui s'est coupé.


Dans l'appartement, LAETITIA change de vêtements. Elle s'approche de MARC.


LAETITIA

Marc, j'ai oublié

de te dire un truc.

En fait, j'ai un petit souci.

C'est qu'il y a Vincent,

le père des filles,

qui a pas le droit

de monter.

Il veut monter aujourd'hui. Il

peut pas quand je suis pas là.

C'est vraiment important.

C'est quelqu'un

qui est dangereux,

il est violent,

il ne doit pas monter.

Donc j'ai prévenu Vatsana,

le voisin du dessous,

s'il y a un problème,

tu l'appelles.

Je vais te laisser son numéro

de téléphone.

Il habite juste en dessous.

Mon portable...


LAETITIA prend son téléphone et cherche le numéro.


LAETITIA

Merde!

Merde, je suis hyper en retard.

Là, j'ai ma moto qui est là.

Je te note le numéro de

téléphone sur le truc rose, là.


LAETITIA écrit le numéro sur un papier.


MARC

OK.


LAETITIA

Ça va?


MARC

Ouais.


LAETITIA

Tu sors pas et tu ouvres

à personne, d'accord?

Et puis t'as tout compris,

tout va bien, non?


MARC

Oui, oui.


LAETITIA

D'accord.


VIRGIL accompagne LAETITIA jusqu'à la porte de son appartement.


VIRGIL

On se voit ce soir?


LAETITIA

Quoi?


VIRGIL

On se voit ce soir.


LAETITIA

Si tu veux.

T'es hyper attaché à la maison,

dis donc.


VIRGIL

Tu veux pas m'attendre

cinq secondes?

Je termine de me préparer,

je descends avec toi.


LAETITIA

Je peux pas, j'ai ma moto, là.


VIRGIL

Un bisou, au moins.


LAETITIA sort.


VIRGIL

Garce!


VIRGIL s'approche de MARC et des enfants.


VIRGIL

Bon, Marc, je vais y aller.

Tu te sers dans le frigo,

y a tout ce qu'il faut,

du jambon,

des légumes, du fromage.

Là, y a du pain.

Tu peux faire des sandwiches

pour les enfants,

y a pas de problème.


MARC

D'accord.


VIRGIL

Salut, Marc,

salut, les enfants!


MARC

Salut.


Sur la rue, LAETITIA monte à l'arrière d'une motocyclette. Le conducteur démarre.


Sur la route, LAETITIA parle au téléphone.


LAETITIA

(Au téléphone)

Écoute, on arrive, Carole.

Je sais, je sais.

Ouais, je me dépêche,

à tout de suite.


La motocyclette roule parmi le trafic, avec LAETITIA et le conducteur.


Début générique d'ouverture


♪♪♪


VOIX MASCULINE

(Propos en anglais)

♪ Oh ♪

♪ You're gonna lose

your soul tonight ♪

♪ You're gonna lose your soul ♪

You're gonna lose your soul

tonight tonight ♪

♪ Oh ♪

♪ You're gonna lose

control tonight ♪

♪ You're gonna lose control ♪

♪ You're gonna lose control

tonight tonight tonight ♪


Titre :
La bataille de Solférino


CHOEUR

(Propos en anglais)

♪ I get up in the morning

to the beat of the drum ♪

♪ I get up to this feeling

keeps me on the run ♪

♪ I get up in the morning

put my dreams away ♪

♪ I get up I get up

I get up again ♪♪


♪♪♪


Fin générique d'ouverture


La motocyclette s'immobilise et LAETITIA descend.


LAETITIA

(Au conducteur)

OK. Tu peux l'enlever?

J'arrive pas.


Le conducteur enlève le casque de LAETITIA.


Dans une foule, LAETITIA s'approche de JACK LANG en se faufilant entre des journalistes. Elle tient un microphone. Un cameraman la suit.


LAETITIA

(Au cameraman)

Viens, viens!

JACK LANG)

Excusez-moi,

monsieur Jack Lang,

est-ce que vous êtes

confiant?


JACK LANG

Confiant, serein et combatif.


LAETITIA

Merci.


On entend la voix d'une femme dans un microphone.


VOIX FÉMININE

(Au microphone)

...ils auront

la possibilité d'en parler.

Solférino est en train

de se transformer

en véritable fourmilière.


La foule pousse des cris.


Devant la foule, LAETITIA s'installe un micro-cravate et se prépare à parler devant la caméra.


LAETITIA

Là, non?


CAMERAMAN

Ouais, là, ça va être bien.


LAETITIA tend un crayon vers un homme sur la rue.


LAETITIA

Je vous laisse

parce que je dois travailler.


ADMIRATEUR

Attendez, une petite photo.

Super, merci beaucoup.


LAETITIA parle à la caméra avec une foule derrière elle.


LAETITIA

Oui, effectivement,

il y a déjà plus

d'une centaine de personnes

derrière moi,

presque 1 000 derrière moi.

On entend

"François, président",

on entend "On va gagner".

En fait, les militants

socialistes sont contraints

de jeter leurs dernières forces

dans la bataille, vous voyez.

Il ne reste plus

que quelques heures

avant la proclamation

des résultats.


Dans l'appartement, MARC change la couche de JEANE.


MARC

Arrête de pleurer,

ça sert à rien.


LIV

Maman!


MARC

Arrête de pleurer, c'est

stupide et ça sert à rien.

Voilà!

Voilà tu es...

toute propre et tout,

c'est bien.

Allez, hop!


MARC met un pantalon sur JEANE.


MARC

Voilà. Il est mignon le singe,

il est gentil, le singe. Hop.

C'est une chienlit à mettre,

ces trucs.


LIV se balance sur un cheval à bascule.


MARC

Hop.

Là, là, ouais, voilà.

Doucement. Faut pas que..


Un téléphone sonne.


MARC

Et voilà.

C'est rien.


MARC répond au téléphone.


MARC

(Au téléphone)

Allô.

Allô.


MARC raccroche le téléphone. LIV pleure.


MARC répond au téléphone qui sonne de nouveau.


MARC

(Au téléphone)

Allô!


MARC raccroche.


MARC

LIV.)

Calme-toi.

Viens. Voilà.


MARC répond au téléphone qui sonne de nouveau.


MARC

Allô!

Allô!

Putain.


MARC raccroche. LIV pleure plus fort. Le téléphone sonne.


MARC

Calme-toi. J'appelle maman,

j'appelle maman.


Dans la foule, LAETITIA répond à son téléphone.


MARC

(Au téléphone)

Allô, oui. C'est Marc.

J'appelle pour te dire que...

Non, ça va, ça va.

J'appelle juste pour te dire

qu'il y a quelqu'un

qui passe des coups de fil

depuis tout à l'heure.

Quand je décroche,

la personne raccroche.


LAETITIA

(Au téléphone)

Écoute... Là, je peux pas

du tout te gérer, là,

il faut que tu débranches

le fixe,

tu sors pas de la maison,

d'accord?

Tu restes à la maison. OK?

(Au cameraman)

Elle est où l'oreillette?


Par la fenêtre de l'appartement, MARC regarde VINCENT qui est en bas sur la rue.


LIV

Maman.

Maman...


Les deux enfants pleurent. Sur la rue, VINCENT fait signe à MARC de répondre.


MARC compose un numéro sur son téléphone.


MARC

(Au téléphone)

Allô, Émilie, c'est Marc.

C'est Marc.

Écoute, c'est un peu bizarre là,

ton plan.

Je le sens pas du tout.

Y a le père des enfants,

Vincent, il est dehors,

il squatte devant l'immeuble,

il arrête pas d'appeler.

Je décroche, il raccroche.


MARC prend LIV qui hurle et le frappe.


MARC

Calme-toi, calme-toi.

Aïe!

Putain, calme-toi.

Calme-toi, Liv.

Ça va bien se passer,

ça va bien aller.

Je vais vous mettre un truc,

je vais vous mettre un film,

ça va aller.


Dans la foule, LAETITIA interroge des manifestants.


LAETITIA

(À une manifestante)

Qu'est-ce qui vous amène ici?


MANIFESTANTE1

Eh bien, c'est mon ami Rémi.

Et c'est la première fois que

je participe à une élection.

J'ai pas voté parce que je suis

pas française. Je suis suédoise

et ça fait trois ans

que j'habite à Paris.


LAETITIA

(À des manifestants)

Qu'est-ce que vous attendez

du changement?


MANIFESTANT1

Énormément de choses,

notamment la renégociation

du traité européen

Sarkozy-Merkel.


LAETITIA

D'accord. Et vous?


MANIFESTANT2

Plus de droits sociaux aussi

et une évolution vers une

société un peu moins stigmatisée

et des propositions comme

le mariage gay, par exemple,

ou une meilleure justice

fiscale.


LAETITIA

Et votre ami là-bas,

qu'est-ce qu'il en pense?


MANIFESTANT2

(Au MANIFESTANT3)

Qu'est-ce que tu attends

du changement?


MANIFESTANT3

Une rupture surtout.


LAETITIA

(À une manifestante)

Est-ce que vous pensez

que François Hollande a

toutes ses chances maintenant?


MANIFESTANTE2

J'espère.

Pour ses valeurs, voilà,

pour les valeurs qu'il défend.


LAETITIA

Vous êtes confiante?


MANIFESTANTE2

Je suis assez inquiète.


LAETITIA

À un JEUNE RICHE

Vous êtes militant?


JEUNE RICHE

Quoi?


LAETITIA

Vous êtes militant?


JEUNE RICHE

Non, j'ai...


HOMME EN COLÈRE

C'est vous, la racaille.


JEUNE RICHE

Ouais, bien sûr.


HOMME EN COLÈRE

C'est vous qu'il faut virer.


JEUNE RICHE

J'ai jamais été violent

une seule fois, monsieur.


HOMME EN COLÈRE

C'est bon! Avec des idées de

droite, tu viens me provoquer,

mais casse-toi!

T'es arrogant,

t'es à l'échelle

de ton enculé de Sarkozy.

Nous, on se ballade pas sur des

yachts prêtés par Bolloré, nous.


JEUNE RICHE

Mais, monsieur, on l'a gagné,

notre argent.


LAETITIA

Qu'est-ce qui se passe là?


JEUNE RICHE

Eh bien, monsieur est

complètement bourré.


LAETITIA

(Au téléphone)

Qu'est-ce qu'il y a?

Merde!

D'accord, qu'est-ce qu'elle a?

D'accord, écoute, j'arrive.

(Elle raccroche)

Putain!

C'est chiant,

faut que j'aille à l'UMP.

Noémie s'est fait agresser.


LAETITIA roule à motocyclette.


Dans l'appartement, MARC montre un plateau de nourriture aux enfants qui essaient de l'attraper.


MARC

Oh, non!

Ah!

C'est à qui ça?

C'est à qui le plateau-repas?

Vas-y, Allez. Allez.

Allez!

Bien oui.

Oh!


Sur la motocyclette, LAETITIA compose un numéro sur son téléphone.


LAETITIA

(Au téléphone)

Tout va bien?


MARC

(Au téléphone)

Il n'y a plus de problème,

les filles se sont calmées,

elles jouent dans le tipi,

c'est cool.


LAETITIA

(Au téléphone)

C'est super, si elles ont...

Attends, Marc, faut

que je te laisse là, d'accord.

Je te rappelle tout à l'heure.

C'est super. Je t'embrasse.


La motocyclette arrive près d'une foule.


FOULE

Nicolas! Nicolas!

Nicolas!


LAETITIA descend de la motocyclette.


Dans l'appartement, MARC a la tête dans un petit tipi.


MARC

Faut être gentille

avec ta soeur. Ah!

Hé, tu me tapes pas, dis donc.


On entend une sonnette.


MARC

Vous faites bande à part,

c'est ça? Attention.

Hop, allez, viens là.


On entend une sonnette et des coups à la porte. MARC prend LIV dans ses bras.


MARC

Allez, hop.


MARC se lève et va parler à VINCENT à travers la porte.


MARC

Oui?


VINCENT

Ouais, c'est Vincent.


MARC

Euh ouais?


VINCENT

Je suis venu voir les enfants,

tu peux pas me laisser rentrer,

s'il te plaît?


MARC

Euh, une seconde.


VINCENT

Tu peux me laisser entrer

là...


MARC va chercher le numéro de VATSANA.


MARC

Deux minutes, j'arrive.


VINVENT frappe à la porte.


MARC

C'est juste que je suis pas

censé laisser entrer les gens.


MARC compose sur son téléphone.


VINCENT

Mais je suis pas les gens,

je suis le père

de Liv et de Jeane.

Gigi, tu m'entends?

Dis au monsieur

d'ouvrir la porte.

C'était prévu,

j'ai une lettre du juge.

J'ai acheté des cadeaux

pour les enfants.


MARC

C'est bon, OK.


MARC ouvre la porte.


VINCENT

Pardon.

Excuse-moi.

Oh...


VINCENT prend LIV des bras de MARC.


VINCENT

LIV)

Tu me reconnais?

Coucou.

(En riant)

Coucou.


VINCENT

MARC)

Elle a grandi, hein.


MARC

Ouais, enfin...


VINCENT voit JEANE qui s'éloigne dans le salon.


VINCENT

JEANE)

Tu viens me faire un bisou?

Tu viens me faire...

Jeane, viens faire un bisou.

Viens là, regarde, viens,

je t'ai acheté des cadeaux.

Viens là,

viens me faire un bisou.

Tu viens? Viens, viens.

Regarde, y a des cadeaux,

tout ça.

Regarde.

Regarde.


VINCENT fouille dans les paquets qu'il a apportés.


VINCENT

Regarde, t'as vu ça?

C'est pour toi.


VINCENT donne un cadeau à JEANE.


VINCENT

Tu me fais un bisou.

Tu me fais un bisou?


JEANE embrase VINCENT.


VINCENT

Comment il marche ce truc?


VINCENT met en marche un canard électrique qui fait du bruit.


VINCENT

Oh, regarde. Oh!

Oh, regardez.

Regarde, regarde.

Regarde, regarde.

Regarde.

Regarde ce que je vous

ai offert.


VINCENT tient un paquet.


VINCENT

Jeane, regarde.

Jeane.

Regarde.

Tu ouvres le sac.

Regarde.


VINCENT déballe deux épées jouets.


On entend la sonnette de la porte. MARC va ouvrir.


VINCENT

Oh! Regarde, t'as vu ça?

Regarde ça.


VATSANA s'approche de VINCENT et des enfants.


VATSANA

Salut, Vincent.

Ça va, Vincent?


VINVENT

Ça va. Ça va bien?


VATSANA et VINCENT se serrent la main.


VATSANA

Ouais. Qu'est-ce

que tu fais là?


VINCENT

Je viens voir les enfants.

MARC)

Tu m'offres un café,

s'il te plaît?


MARC

Oui, OK.


VATSANA

Si tu veux,

ça te dit que je t'offre

un café dehors?

Hein, Vincent?


VINCENT

Non, je reste un peu.


VATSANA

Vincent, s'il te plaît,

écoute-moi, Vincent.


VINCENT

Attends, je mets ça là.

J'ai acheté des cadeaux. Ça,

c'est un cadeau pour Laetitia.


VATSANA

Vincent, s'il te plaît.


VINCENT

Hop.

Elles ont grandi, t'as vu ça?


VATSANA

Vincent, je te parle, Vincent.


VINCENT

MARC)

Dis donc, tu les mets

tout le temps

pieds nus, les enfants?


MARC

Euh... Ouais.

Enfin, elles étaient comme ça,

c'est pour ça.


VINCENT

Comment?


MARC

Elles étaient comme ça

ce matin.


MARC donne une tasse à VINCENT.


VINCENT

Faut pas les mettre pieds nus

comme ça. Faut faire attention.


VATSANA

Vincent, écoute-moi,

s'il te plaît.


VINCENT

Oh...

LIV)

Tu veux lui offrir un jouet?


VINCENT ignore VATSANA et continue de parler aux enfants.


VATSANA

Vincent.


VINCENT

Elle veut t'offrir un jouet.


VATSANA

Ouais, mais tu sais que

t'as pas le droit d'être ici.


VINCENT

Tu lui as dit bonjour.

Fais-lui un bisou.


VATSANA

Vincent, je te parle.


VINCENT

Il te fait peur. Chut.


VATSANA

Vincent,

t'as rien à faire ici.


MARC

Vincent, si vous devez

discuter...


VATSANA

On va discuter tranquillement

comme des adultes.


MARC

Je prends Liv,

vous allez discuter,

puis tu peux revenir après.


VINCENT

Non mais...


VINCENT prend une gorgée de café.


VINCENT

Vous comprenez pas.


VATSANA

Tu fais peur à la petite.


VINCENT

Je fais pas peur à la petite.

Vous comprenez pas, je veux pas

partir, je veux rester là.


VATSANA

Mais si, Vincent...


VINCENT

Non, vous avez pas compris.


VATSANA

On va commencer à y aller.


VINCENT

Je vais pas partir, en fait.

Je suis désolé...


VATSANA

Vincent, m'oblige pas à...

à faire ce que j'ai pas envie

devant les enfants.

Sois raisonnable,

on va discuter dehors au moins.

Pose la petite

et on va discuter.


VATSANA prend le bras de VINCENT.


VINCENT

Non, franchement, fais pas ça.


VATSANA

Tu sais très bien

que t'as rien à faire ici.


VINCENT

Ne me touche pas, alors que

j'ai ma fille dans les bras.

Tu fais pas ça, d'accord?

Tu fais pas ça.


VATSANA

Calme-toi.


VINCENT

Non, je suis hyper calme.

Tu fais pas ça.

Tu me touches pas comme ça,

tu fais pas ça.


VATSANA

Je te touche pas,

y a rien de mal.

T'énerves pas.


VINCENT

Tu fais ça ça, d'accord?


VATSANA

Écoute-moi, stop.


VINCENT

Marc, il faut qu'elles mettent

leurs chaussures.


MARC

Oui, d'accord.


VINCENT

C'est pas possible.


VATSANA

Vincent. Marc,

tu peux prendre la petite?


VINCENT

Tu donnes pas des gâteaux

aux enfants pour les calmer,

c'est pas des animaux.


VATSANA

Vincent.


MARC s'approche de VINCENT.


VINCENT

Qu'est-ce que tu fais, Marc?


VATSANA

Prends la petite.

Vincent, je te parle.


VINCENT

T'es prise de tête, là, tu te

rends pas compte ou quoi?


MARC avance les bras comme pour prendre LIV.


VATSANA

Je sais, mais ça m'emmerde,

mais...

tu sais que t'as pas le droit

d'être là. C'est bon.

Tu veux pas qu'on aille discuter

dehors, Vincent?


VINCENT fait sauter LIV dans ses bras.


VINCENT

Ouh, coucou!


VATSANA

Prends la petite, Marc.

Vincent, je te parle. Vincent.


MARC prend l'enfant des bras de VINCENT.


VINCENT

Attends, attends.


VATSANA

Vincent, je te parle.

Écoute-moi.


VINCENT

J'ai une lettre du juge.


VINCENT sort un papier de sa poche.


VATSANA

C'est pas mon problème,

t'as rien à faire ici.


VINCENT

Ouais, c'est toi qui as rien

à faire ici.

J'ai une lettre du juge.

Attends.


VATSANA

S'il te plaît, Vincent.


VATSANA pousse VINCENT pour qu'il sorte.


VINCENT

Eh oh!


VATSANA

Non, sérieusement, Vincent.


VINCENT

Non, attends, excuse-moi.


VATSANA

Vincent, on y va.


VINCENT

Non, non! C'est super

anxiogène, là.


VATSANA

T'énerves pas, viens.


VATSANA pousse sur VINCENT pour le faire sortir.


VINCENT

Non, non.

Attends,

lis cette putain de lettre.


VATSANA

Non, ça, ça me regarde pas.


VINCENT

(En colère)

Non, me vire pas.

Pas devant les enfants, putain!


VATSANA

Justement, calme-toi.


VINCENT repousse VATSANA.


VINCENT

(En criant)

Arrête là!

Me touche pas, OK! Pour qui

tu te prends là, merde!


VATSANA escorte VINCENT le long des escaliers.


VATSANA

Vincent, c'est bon là.

Calme-toi.


VINCENT sort de l'immeuble.


VINCENT

Ça suffit, quoi.


Au rassemblement pour Sarkozy, des personnes dans la foule scandent des slogans et agitent des drapeaux français.


FOULE

♪ Entendez-vous

dans nos campagnes ♪


FOULE

Nicolas! Nicolas! Nicolas!


FILLE DANS LA FOULE

Aux chiottes, la Corrèze!


FOULE

♪ Égorger vos fils

et vos compagnes ♪

♪ Aux armes citoyens ♪

♪ Formez vos bataillons ♪

♪ Marchons marchons ♪

♪ Qu'un sang impur... ♪♪


LAETITIA interroge des manifestants.


LAETITIA

Au MANIFESTANT3

Pourquoi Sarkozy peut encore

gagner ce soir?


MANIFESTANT3

Je pense que c'est très

simple.

Les enfants,

qu'est-ce qu'ils font?

Ils jouent aux Legos.

Ils font des gratte-ciel,

ils jouent à la marchande,

ils vendent des choses. Voilà.

Les enfants, jamais ils

voudront être fonctionnaires,

jamais ils jouent aux

commissaires politiques,

jamais...

jamais ils jouent...

même jamais ils jouent à être

prof, j'ai envie de dire.

Donc les enfants prouvent bien

qu'il y a quelque chose

de fondamental

dans la nature humaine.

La nature humaine est de droite.


MANIFESTANT4

Je suis, je pense,

assez proche de ses idées.

Il fait plein de choses sympas

pour que les choses avancent

et franchement, c'est vraiment

nul la gauche.


MANIFESTANT5

M. Hollande pense

qu'il va aller au G8 à Chicago,

il va taper du poing sur la

table, il va faire changer

d'avis Barack Obama

et compagnie,

mais ça va pas

se passer comme ça.

Il va se faire bouffer

et point barre.

Et à l'Union européenne, avec

les chefs d'État européens,

il va se faire bouffer également

parce que c'est pas Mario

Monti, c'est pas Rajoy,

c'est pas Cameron qui vont aller

lui dire:

"OK, on est d'accord avec toi."

Non, il va se faire bouffer,

les gens comprennent pas ça.

Ils pensent qu'on vit en vase

clos,

on vit tout seul dans le monde,

alors que non.

On vit dans un monde mondialisé.

Aujourd'hui, il faut vivre

avec notre temps.


Dans l'appartement, MARC parle au téléphone.


MARC

(Au téléphone)

Allô, Laetitia.

Ouais, c'est Marc.

Je t'appelais juste pour te dire

que Vincent est venu ici et...


LAETITIA

(Au téléphone)

Quoi? Mais je t'ai dit de...


MARC

Non, je... Je lui ai pas

ouvert, en fait.

J'ai appelé Vatsana

comme tu m'as dit.


LAETITIA

(Au téléphone)

Mais attends,

je t'ai expliqué ce matin...


MARC

(Au téléphone)

Non, mais c'est...

J'ai appelé Vatsana.

Vatsana m'a dit de lui ouvrir.

Du coup, j'ai laissé Vincent

rentrer. Vincent est monté,

Vatsana est monté aussi.

Et Vatsana a dégagé Vincent

du palier,

ils se sont embrouillés

et Vincent est parti.


LAETITIA

(Au téléphone)

Il est où, Vatsana, là?

Il est avec vous, Vatsana?


MARC

(Au téléphone)

Non, il est parti. Il a dû

aller à un rendez-vous.


LAETITIA

(Au téléphone)

Et vous êtes seuls

à la maison?


MARC

(Au téléphone)

Oui.


LAETITIA

(Au téléphone)

Attends, ça va pas du tout,

vous venez tout de suite

me rejoindre.

Oui, vous venez tout de suite.

Je le connais, il va revenir.

Restez pas là.

Tu prends la ligne 6

jusqu'à Montparnasse.

Après tu changes,

tu prends la ligne 12.

Tu sors à Solférino, d'accord?

Tu notes ce que je te dis?


VINCENT entre dans un immeuble. Il frappe à une porte. ARTHUR vient lui répondre.


VINCENT

Ouais, est-ce

que je te dérange là?


ARTHUR

Vincent, salut.


VINCENT

Je te dérange là?


ARTHUR

Non.


VINCENT

Pardon.

T'as pas vu ton portable là?


ARTHUR

Non, tu sais, moi, c'est

le week-end, je débranche.

Je bosse beaucoup en ce moment,

donc je suis un peu...


Dans une chambre, ARTHUR parle avec VINCENT.


ARTHUR

Je suis pas avocat,

je t'ai déjà dit.

Je travaille dans

un cabinet d'avocats,

mais techniquement,

je suis pas avocat.


VINCENT

Oui, mais tu connais bien

le Code pénal. Ça, tu connais.

Je veux dire, tu peux peut-être

me donner des conseils

pour intervenir.


ARTHUR

Ouais.


VINCENT

Je suis arrivé là-bas,

tu vois, j'ai appelé Laetitia,

je voulais bien faire les choses

parce que je voulais

qu'on se parle avant,

tu sais, comme tu m'avais dit.

Je l'ai fait.

J'ai appelé Laetitia

pour lui dire:

"Viens, on se parle, on va

boire un café

et après, on voit

les filles ensemble."

Et là, quand je l'ai appelée,

elle m'a viré

et elle m'a dit

que je suis un pervers,

je suis un connard, tec.

Bla bla bla.

Et voilà.


ARTHUR

Voilà, c'est tout?


VINCENT

Oui, bien, c'est tout.

Après, je suis revenu

deux heures plus tard

parce que j'ai

des cadeaux,

je me suis dit: C'est trop con,

je vais quand même filer

mes cadeaux

et là, une sorte de mec,

qui doit être le baby-sitter,

qui m'a ouvert, bon, qui était

pas méchant, bref.


ARTHUR

Laetitia était là?


VINCENT

Non, elle n'était plus là

parce qu'apparemment,

elle devait travailler,

alors que c'était prévu,

tu vois?


ARTHUR

Ouais. C'est quoi, ça?


VINCENT

C'est une lettre du juge.


ARTHUR donne un papier à ARTHUR.


ARTHUR

Putain, mais donne-moi ça

au début. Pourquoi tu...


VINCENT

Pardon, excuse-moi.


ARTHUR

Une heure et demie

pour arriver à ça.


VINCENT caresse un chien près d'ARTHUR.


VINCENT

Tu donnes toujours

des calmants à ton chien?


ARTHUR

Non, c'est une chienne.


VINCENT

Regarde, j'avais rendez-vous

là aujourd'hui, c'est écrit.

J'ai le droit.


ARTHUR

Oui, laisse-moi lire.

"Octroyé au père

un droit de visite

"les premiers week-ends

du mois

"à compter du mois de mai.

Il sera autorisé à visiter

ses enfants

en présence de leur mère

le samedi 5..."


ARTHUR

Non, mais Arthur,

tu verrais...


ARTHUR

Laisse-moi lire. "...premiers

week-ends du mois"...


VINCENT

Tu verrais Liv, tu serais

amoureux d'elle.


ARTHUR

"... et le dimanche 6 mai."

C'était hier.

Ton rendez-vous, c'était pas

aujourd'hui, c'était hier.

Samedi 5 et dimanche 6 mai.


VINCENT

En fait, j'avais rendez-vous.

Oui. C'est ça.


ARTHUR

Oui, mais c'est précis.

Tu fais pas ce que tu veux

avec ce que le juge a statué

quand même.


VINCENT

Arthur, hier, je t'explique,

j'avais rendez-vous.

J'ai appelé Laetitia, j'ai dit:

"Je ne viens pas aujourd'hui,

je vendrai demain."

Donc aujourd'hui.


ARTHUR

Et elle t'a dit oui

à ce moment-là?


VINCENT

J'ai laissé un message.


ARTHUR

Et voilà.


VINCENT

Voilà quoi?


ARTHUR

Oui, mais t'as merdé,

voilà, c'est tout.

"Dit que le droit de visite

du week-end du père débutera

le samedi 5 mai à midi."

Tu comprends pas, en fait, que

ça c'est un cas juridique précis

et que quand tu viens pas, que

tu laisses un message ou pas,

tu as tort, tu es dans ton tort.

Donc si ça se trouve,

elle a appelé le juge.

Ou elle va le faire,

elle est en droit de le faire.

Je suis en train juste de

te poser les points là précis.


VINCENT

Non, mais je comprends.

Merci Arthur.


ARTHUR

Bien oui.


VINCENT

Alors? Qu'est-ce...


ARTHUR

Bien rien, c'est compliqué.

Après, le voisin est venu

et il t'a jeté, c'est ça?


VINCENT

Oui, il m'a jeté

devant mes deux filles.


ARTHUR

Ça, clairement,

c'est pas normal.


VINCENT

Ça, Arthur,

ça, je comprends pas.

T'imagines qu'on me jette

devant mes filles.

Comment je peux réagir?

Qu'est-ce que je dois faire?

Je peux même pas m'énerver,

je peux rien faire.

Et si je m'énerve, on dit que

je suis un malade mental.


ARTHUR

T'as bien fait

de pas t'énerver.


VINCENT

Il faut qu'on attaque. Il faut

que tu m'aides, Arthur,

parce qu'il faut qu'on attaque,

faut pas que je me laisse faire.

Faut que je dise non,

là, je suis pas taré.

Il se passe un truc bizarre,

c'est pervers, ce qu'elle fait.


Sur la rue, MARC porte JEANE dans un porte-bébé. Il tient LIV par la main. Il parle au téléphone.


MARC

(Au téléphone)

Ouais, Émilie, c'est Marc.

Ouais.

Là, je vais rue Solférino,

en fait, retrouver Laetitia

avec les enfants et il faudrait

que tu me retrouves là-bas,

parce que c'est un peu

compliqué, quoi.

OK.


MARC et les enfants descendent dans une ouverture de métro.


LAETITIA est assise à l'arrière d'une motocyclette qui roule. Elle parle au téléphone.


LAETITIA

(Au téléphone)

Surtout vous allez pas

rue Solférino

parce qu'il y a un monde,

beaucoup de monde.

Du coup, ce qu'on va faire,

c'est qu'on va se retrouver

rue Villersexel. T'as compris?

Villersexel avec un V.

Donc au croisement

de la rue Villersexel...


Chez ARTHUR, VINCENT et ARTHUR discutent.


VINCENT

On a la chance d'habiter

à Paris, donc bon...

C'est complètement naturel

d'aller là-bas,

rue de Solférino.


ARTHUR

Je m'en fous, moi,

je vais pas aller à Solférino,

je vais pas aller...


VINCENT

Mais pourquoi?


ARTHUR

J'aime pas les socialistes,

j'aime pas les gens.


VINCENT

Mais tu ne peux pas

ne pas aimer les gens,

c'est un jour historique.

Arthur, c'est un jour

historique.

Tu te rends compte

de ce que tu dis ou pas?

Combien c'est les honoraires

d'un avocat?

Moi, je te paye, j'ai besoin

d'un avocat, je m'en fous,

tu veux combien?


ARTHUR

Non, t'as besoin

d'un avocat

pour qu'il te conseille?


VINCENT

Pour qu'il me conseille

et aussi qu'il me soutienne.


ARTHUR

T'achètes pas un mec pour

qu'il fasse ce qu'il te demande.


VINCENT

Non, pour qu'il parle

en ma voix.


ARTHUR

En fait, tu conçois que j'ai

un peu plus d'expérience que toi

dans ces matières-là?


VINCENT

Bien sûr.


ARTHUR

Tu conçois que j'ai un minimum

de distance

sur ce qu'il faut faire?


VINCENT

Mais c'est quoi ce débat?


ARTHUR

C'est pas un débat.


VINCENT

Attends, il fait beau dehors

et t'es blanc comme un cachet.

Il fait beau dehors,

tu vas prendre le soleil,

tu vas voir des jolies filles,

tu vas voir du monde,

les gens vont être joyeux,

ils vont s'aimer.

Tu vas venir avec ta chienne.

Ta chienne, si ça se trouve,

elle va rencontrer un chien.


VINCENT et ARTHUR sont assis sur un divan.


ARTHUR

Quelle est l'urgence?

Où est l'urgence?


VINCENT

L'urgence, c'est

que c'est mes enfants.


ARTHUR

Et alors? Tu crois que ça va

se résoudre comme ça?

C'est absurde, c'est l'inverse.

Tu vas tout envenimer.

Tu imagines le monde qu'il y

aura là-bas, ce sera l'enfer.


VINCENT

OK, imagine qu'on t'empêche

de voir ta chienne.


VINCENT serre la chienne d'ARTHUR et la tire vers lui.


ARTHUR

Lâche-la, elle est vieille,

elle est fatiguée.


VINCENT

Tu vas ressentir la solitude

aussi, toi.


ARTHUR

J'ai pas besoin de ça pour

être de ton côté, j'ai compris.


VINCENT

Tu vas ressentir le vide.


ARTHUR

C'est pas vrai,

mais tu la lâches, putain!


VINCENT

Je la lâche pas.


ARTHUR

Imagine si moi, je te fais

ça, je te prends comme ça.


ARTHUR pousse sur VINCENT qui tombe. VINCENT rit.


ARTHUR

T'es con.


VINCENT

T'as vu comment tu t'énerves,

Arthur?


ARTHUR

Tu me tends,

tu me rends violent.


VINCENT

Regarde si je la bouge.


VINCENT touche à la chienne. ARTHUR l'en empêche.


ARTHUR

Arrête, ne recommence pas!

Ne recommence pas, putain,

c'est pas un coussin.


VINCENT

Tu vas ressentir

ce qui se passe quand...


ARTHUR

Mais je ressens, j'ai pas

besoin de ressentir,

je me projette, je sais très

bien de quoi tu parles.


VINCENT cherche à attraper le chien et ARTHUR le bloque.


ARTHUR

Arrête. Arrête, nom de Dieu,

ça me fait chier là.

Ça m'angoisse, ça me fait chier.

Arrête! Arrête!


VINCENT

T'as vu comment tu deviens?


ARTHUR

Oui, je deviens comme ça,

c'est toi qui me rends comme ça.


Sur la rue, ÉMILIE prend LIV dans ses bras.


MARC

ÉMILIE)

Je suis désolé, mais là,

je me sentais pas...

de me ramener

avec les deux gamins.


LAETITIA arrive.


LAETITIA

Qu'est-ce que tu fais là toi,

Émilie?


ÉMILIE

Écoute, il s'en sort pas,

lui, tout seul avec deux

gamines,

tu lui demandes de venir là.


LAETITIA

Je suis désolée.


MARC

Je suis désolé, j'ai appelé

Émilie, mais...

C'était pas prévu.


ÉMILIE

Je sais pas si c'est une super

idée de nous ramener

avec les gamins.


LAETITIA

Non, mais t'inquiète.

Moi, ce que je pense là,

c'est que vous pouvez venir

rue de Solférino.

Ce que je propose, vous allez

au bar Le Solférino.

S'il y a pas de place,

vous restez devant

et je vous retrouve là-bas.


Au rassemblement pour Hollande, la foule immense scande des slogans et agite des drapeaux et ballons.


FOULE

François, président!

On va gagner!


LAETITIA est devant le cameraman. Elle parle à une femme dans la foule.


LAETITIA

Faut attendre 30 secondes.

Vous allez voir,

je commence à parler.

Vous verrez, c'est quand

je commence à parler.


MANIFESTANTE3

D'accord, pas de souci.


LAETITIA

Je t'entends pas.


CAMERAMAN

T'as rien là?


LAETITIA appuie sur un écouteur dans son oreille.


LAETITIA

Non.

Mets plus fort.

Encore, encore.

Je suis en train de me déchirer

le tympan, là.

J'ai une espèce de brou...


Elle fait signe au cameraman d'arrêter. [LAETITIA sourit et hoche de la tête.


LAETITIA

Alors, écoutez, ici,

c'est assez incroyable,

on pourrait presque

donner des conseils

aux automobilistes car la foule

déborde désormais

sur le boulevard Saint-Germain.

Il y a des sifflets

qui se font entendre ici

et lorsqu'on nous voit

à l'antenne,

il y a une ambiance

extrêmement chaleureuse.

Les militants sont venus

avec des drapeaux,

comme vous le voyez,

c'est une foule très jeune.


Dans la foule, ÉMILIE parle à LIV qui est au sol.


ÉMILIE

Fais attention à tes bottes

parce qu'il y a beaucoup

de gens qui passent.

Bouge pas, fais attention.

Beaucoup de monde.


On entend la voix de François HOLLANDE dans un haut-parleur.


HOLLANDE

(D'un haut-parleur)

Nous sommes la France.

Et je ne suis pas candidat

à n'importe quelle fonction.

Je suis candidat à la

présidence de la république!


Dans la foule, ÉMILIE se penche vers LIV.


ÉMILIE

Attends, tiens.

Attends, il faut que j'écrive

un texto, ma puce.

Tiens, viens ici, reste ici.


Dans la foule, LAETITIA parle au CAMERAMAN.


LAETITIA

Classe la musique, hein,

ça met l'ambiance.


Dans la foule, VINCENT parle à MARC.


MARC

Oui, enfin, je sais pas.


VINCENT

Si tu sais pas, pourquoi

t'appelles Vatsana?


MARC

Parce que Laetitia m'a dit

de le faire.


VINCENT

T'es vraiment débile ou quoi?

Tout ce qu'on te dit de faire,

tu le fais toi?


MARC

Non, pas du tout.


VINCENT

Si je te dis: "Viens, fous-toi

à poil et cours parmi les gens",

tu le fais, toi?


MARC

Non.


VINCENT

Alors pourquoi t'as fait ça?

Je sais pas,

t'as pas des envies,

t'as pas une trajectoire

dans ta tête, toi?


Dans la foule, ÉMILIE parle à un homme.


ÉMILIE

Qu'est-ce que tu fais là?


HOMME DANS LA FOULE

Ça va?


ÉMILIE

Ça va et toi?

Mais qu'est-ce tu fous là?

Je croyais que t'habitais

dans le Var?


HOMME DANS LA FOULE

Je devais partir en fait deux

mois, ça s'est bien passé,

ils m'ont gardé un an.


ÉMILIE

Mais tu veux pas repartir

au Québec en vacances?


HOMME DANS LA FOULE

Pour l'instant, non,

c'est pas dans mes projets.


Dans la foule, VINCENT est en colère devant MARC.


VINCENT

Arrête de dire que tu sais

rien, putain! Tu dis que ça?

Tu te rends compte ou pas

du truc là?


MARC

J'en ai juste marre

que tu me gueules dessus,

ça a rien à voir

avec le fait que je suis con.


VINCENT

On emmène pas des bébés

dans une putain de foule!

C'est très con de faire ça!


MARC

Ça aussi, c'est Laetitia

qui m'a dit de le faire,

j'y peux rien faire.


VINCENT

Mais c'est dangereux!


MARC

C'est pas mes enfants,

c'est les siens!


VINCENT

C'est dangereux de faire ça!


MARC

C'est pas mes enfants!


VINCENT

Et alors? Ne viens pas

t'occuper des enfants

Prends pas de thune

pour être baby-sitter!

Fais un autre boulot, d'accord?

Et tu prends pas des bébés

qui ont un an!

Pour venir dans une putain

de foule, d'accord?!

C'est très très grave ce que

tu as fait, c'est très grave.


MARC

J'y peux rien.


ÉMILIE observe à distance l'échange entre VINCENT et MARC.


ÉMILIE

À l'HOMME DANS LA FOULE

Est-ce que tu peux pas

la garder deux secondes?


HOMME DANS LA FOULE

Y a pas de problème.


L'HOMME DANS LA FOULE prend JEANE dans ses bras.


ÉMILIE

Je reviens tout de suite,

je suis désolée, c'est un peu...

Mets-toi là parce qu'il y a

vachement de monde et...

je reviens.


LAETITIA parle devant la caméra. La foule s'agite et chante derrière elle.


LAETITIA

Plus l'heure avance,

plus les visages montrent

un certain nombre

de questionnements,

parce que tout le monde attend

ici de savoir,

d'être libéré par un résultat

ou par un autre.

Et c'est au rythme des images,

sur cet écran géant

derrière moi,

que les supporters du parti

socialiste sifflent

les directs de Nicolas Sarkozy

et s'applaudissent eux-mêmes.


FOULE

François, président!


Dans la foule, ÉMILIE s'approche de VINCENT et MARC en tenant LIV.


VINCENT

Donne-moi dans les bras.


ÉMILIE

Tu as vu le monde qu'il y a?


VINCENT

Ne la laissez pas là.


ÉMILIE

Justement, il va l'emmener.


VINCENT

Non mais qu'est-ce

que tu fais là?

Non, mais c'est un truc de

malade. Attends, oh!

Fais attention.


ÉMILIE indique un endroit avec sa main.


ÉMILIE

Jeane est là-bas.


VINCENT

Fais attention à ma fille.

Fais attention là.


MARC s'éloigne avec l'enfant.


ÉMILIE

VINCENT)

Tu te calmes.

Écoute, je sais que ça va pas,

c'est difficile ce que

tu traverses, mais calme-toi.

Calme-toi, ça va aller.

OK, ça va aller. Ça va aller.


VINCENT

Je suis dans une spirale,

c'est hyper angoissant, là.


MARC s'approche de l'homme qui tient JEANE.


HOMME DANS LA FOULE

Salut.


MARC

C'est bon,

tu peux me passer Jeane.

JEANE)

Ça va, Jeane? Jeane, regarde

qui est là, regarde.


HOMME DANS LA FOULE

Je peux te la laisser,

c'est sûr?


MARC

Ouais, c'est bon.


HOMME DANS LA FOULE

Tu vas t'en sortir?


MARC

Ouais, merci beaucoup.


HOMME DANS LA FOULE

Bon courage.


MARC

Ça va, Jeane? Regarde,

on va se mettre là.

Ça va?


MARC fait asseoir JEANE sur la cadre d'une porte. Plus loin dans la foule, ÉMILIE parle à VINCENT.


ÉMILIE

Écoute, rentre chez toi

et va te poser, d'accord.


VINCENT

C'est une spirale d'angoisse.


ÉMILIE

Va te mettre dans un endroit

où t'es cool.

Moi, j'y vais.


MARC tape sur son téléphone.


MARC

Ah, ce que je vais...


LAETITIA reçoit et lit le texto de MARC. Elle appelle quelqu'un avec son téléphone.


LAETITIA


LAETITIA

(Au téléphone)

Ouais, Carole, écoute,

j'ai un gros souci là,

faut absolument

que je m'absente une minute.

J'ai combien de temps

avant le prochain direct?

D'accord. OK.

Non, d'accord.

Excuse-moi. D'accord.


LAETITIA raccroche.


La foule compte à rebours d'une même voix.


FOULE

11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1.


La foule reste silencieuse pendant une seconde puis reprend les festivités.


VINCENT s'approche de LAETITIA dans la foule.


VINCENT

Laetitia. Hé, Laetitia, je

peux te parler deux secondes?

Je te parle deux secondes,

s'il te plaît.


LAETITIA

Attends, là, je peux pas.


VINCENT

Je te parle deux secondes.

T'as pas à faire ça, tu

comprends ce que je veux dire?


LAETITIA

Je comprends. Écoute...


VINCENT

Si t'as un problème, tu viens,

tu me le dis à moi.

Mais t'appelles pas ton voisin.


Un homme avec une oreillette s'avance devant VINCENT et l'éloigne.


HOMME AVEC UNE OREILLETTE

Ça va pas?


LAETITIA

Je travaille.


VINCENT

Mais c'est ma femme.

Lâche-moi, c'est ma femme.

Pour de vrai, pour de vrai.


VINCENT revient vers LAETITIA.


VINCENT

Elles sont où, les filles?

T'as vu la foule?

C'est hyper flippant.


LAETITIA

Elles sont en sécurité.


VINCENT

C'est hyper flippant,

ce qui se passe.


LAETITIA

Je peux pas parler là.


VINCENT parle à un homme en veston.


VINCENT

Elle a amené mes enfants ici

et je sais même pas où ils sont

dans la foule.

J'ai hyper peur pour mes

enfants, je suis hyper angoissé.


HOMME EN VESTON

Calmez-vous.


VINCENT

Pourquoi t'as fait ça?

Pourquoi t'as amené

mes enfants ici?

Je suis hyper angoissé!

Je suis en train de faire

une crise d'angoisse,

tu comprends?


LAETITIA

Elles sont en sécurité,

je te dis!


VINCENT s'éloigne. LAETITIA se place devant le cameraman. La foule célèbre derrière elle.


CAMERAMAN

C'est encore en direct?


LAETITIA

Oui, c'est en direct.

Cette fois-ci, on va la...

C'est bon.


LAETITIA

Écoutez, ici,

autour de moi,

c'est un immense cri de joie

qui a envahi la rue Solférino.

Les gens ici ont douté

de cette victoire jusqu'au bout

et maintenant, ils sont

dans une humeur très joyeuse,

comme vous pouvez le voir

sur ces images.


FOULE

François, président!


On entend des klaxons de voitures.


VINCENT marche dans la foule. On entend des discours. Les gens boivent et célèbrent.


JEUNE DANS LA FOULE

La joie de notre vie

aujourd'hui!

On fête en ton honneur!

Bravo, François Hollande,

bravo! Bravo et encore bravo!


LAETITIA parle à des gens sur la rue.


LAETITIA

Donc, je vais vous demander

un peu des choses,

comment vous vous sentez

après la victoire et tout,

qu'est-ce que ça va changer,

des choses un peu comme ça.


MILITANT

Alors on a eu une dure

campagne,

enfin une campagne qui était...


LAETITIA s'éloigne brusquement avec son micro.


LAETITIA

Pardon.

(En courant)

Vincent! Vincent!


VINCENT tient un enfant dans ses bras. LAETITIA essaie de lui prendre l'enfant.


VINCENT

Eh oh!


LAETITIA

Lâche là.


VINCENT

Tu lui fais mal.


LAETITIA

T'es malade ou quoi?


Un MILITANT s'approche de VINCENT.


MILITANT

Ça va, tout va bien?

Monsieur.


VINCENT pousse le MILITANT qui bute violemment contre une voiture.


MILITANT

Oh!


VINCENT et le MILITANT s'empoignent.


VINCENT

Putain! Putain!

Tu te rends pas compte là?


VINCENT frappe le MILITANT. Des policiers arrivent à la course.


POLICIERS

Police, police!


POLICIER1

Ça va aller?

La petite est pas blessée?


Les policiers immobilisent VINCENT et le MILITANT.


VINCENT

Oh, merde!


MILITANT

Lâchez-moi, j'ai rien fait,

moi.


POLICIER2

VINCENT)

Bouge pas, bouge pas.

Bouge pas.


Les policiers menottent VINCENT.


MILITANT

C'est un grand malade,

c'est un psychopathe, le gars.


POLICIER3

(Au MILITANT)

Les collègues voient ça

avec la dame et le monsieur

et ensuite, on va aller

au commissariat

pour déposer plainte. D'accord?


POLICIER3

Évitez de le regarder.


POLICIER2

VINCENT)

Monsieur, je vous parle,

regardez-moi.

Monsieur.

Monsieur.


POLICIER1

LAETITIA)

Votre ex-mari,

il est récidiviste?

C'est la première fois

qu'il y a des violences?


LAETITIA

Non. Enfin, une fois,

il a frappé mon frère

devant les filles.

Il a été interné après ça.


POLICIER4

D'accord. Et là, vous désirez

déposer plainte?


LAETITIA

Non, je veux juste

qu'il nous laisse tranquilles

aujourd'hui.


Les policiers font monter VINCENT dans un fourgon.


Dans la foule, LAETITIA et ÉMILIE portent les enfants. MARC les suit. JEANE pleure.


Dans un café, [LAETITIA, ÉMILIE, MARC et les enfants sont assis à une table.


SERVEUR

Je sais! S'il vous plaît,

je veux pas vous laisser là.

Deux secondes.

Je veux pas vous laisser là.

Cette table est réservée.

Dans cinq minutes,

y a des gens qui arrivent

exprès.


LAETITIA

Non, mais attendez...


SERVEUR

Vous êtes d'i-Télé?


LAETITIA

Ouais.


SERVEUR

J'ai une table là-bas.

Y a une table i-Télé.

C'est plein. Pardon?


LAETITIA

On en a pour cinq minutes.


SERVEUR

Je viens de vous dire,

cinq minutes,

j'ai des gens qui arrivent

dans cinq minutes

exprès pour cette table.


LAETITIA

On sera partis.


SERVEUR

Je peux pas.

C'est une table

pour les journalistes.


ÉMILIE

On sera partis, monsieur.


SERVEUR

Cinq minutes.

Cinq minutes. Vous aurez

le temps de finir vos verres?

Je prends la commande de suite.


LAETITIA

D'accord. Alors qu'est-ce

que vous voulez?

Je prends un Perrier.


ÉMILIE

Un Coca.


VINCENT et des policiers sont dans le fourgon qui roule.


Dans le café, LIV avance la main vers les consommations sur la table.


MARC

(En riant)

Elle veut du Coca maintenant.


ÉMILIE

C'est pas pour les enfants.


SERVEUR

Bon, allez,

j'ai besoin de la table.

Je vous l'ai dit.

J'en ai besoin.

Maintenant!


Le SERVEUR tape sur la table.


SERVEUR

J'ai besoin de la table.

Je vous l'ai expliqué.

C'est pas votre table,

ni celle d'i-Télé,

alors vous videz...


LAETITIA jette le contenu de son verre au SERVEUR. ÉMILIE rit. LAETITIA est mal à l'aise.


SERVEUR

Putain, mais pauvre conne!

Vous payez, vous dégagez!


LAETITIA et ÉMILIE se lèvent.


LAETITIA

Je vais nettoyer,

vous inquiétez pas.


SERVEUR

Prenez ça, vous allez au

comptoir, vous dégagez. Allez.


LAETITIA

Vous avez un truc

pour nettoyer?


Au poste de police, un agent discute avec le MILITANT.


MILITANT

C'est pas une question

de coup de poing,

de coup de pied ou...


AGENT1

Monsieur, je pense pas

que vous ayez l'arcade explosée.

Vous avez tous vos esprits?

Vous êtes sûr

de ce qui s'est passé?

À chaque instant?

Je pense pas.


Le MILITANT commence à parler.


AGENT1

Écoutez-moi, monsieur.

Je pense pas.


MILITANT

Attendez, vous vous

faites agresser dans la rue,

vous croyez

que j'ai l'habitude?

Y a un type qui vous tombe

dessus, c'est normal...


AGENT1

Vous n'avez pas forcément

tout vu, tout pensé.

Vous êtes pas capable

de me retracer exactement

ce qui s'est passé.

Il vous a peut-être mis un coup

de poing sans faire exprès.

Il a peut-être voulu

vous écarter.


À une autre table, un autre agent discute avec VINCENT.


AGENT2

En fait, ce que je comprends

pas, c'est qu'est-ce que...

Marc, le baby-sitter, fout

au boulot de votre ex,

avec votre ex.


VINCENT

C'est bien ce que je dis.

C'est complètement bizarre.


AGENT2

C'est complètement fou.


VINCENT

C'est complètement fou.

C'est ça.


AGENT2

Et moi, je suis con.


VINCENT

Comment?


AGENT2

Moi, je suis con.


VINCENT

Non, vous êtes pas con.


AGENT2

Si, mais c'est ça.

Le baby-sitter,

il la suit tous les jours.

Elle le paie pour qu'il aille

avec elle au travail.

Pour garder les enfants.


VINCENT

C'est complètement con.


AGENT2

Vous prenez pour un con.

C'est bien ça?


VINCENT

Non, je vous prends pas

pour un con.


AGENT2

Non, mais excusez-moi,

monsieur.

Soyez logique, monsieur.

On n'engage pas un baby-sitter

pour venir avec nous au travail.

C'est comme si j'engage

un baby-sitter,

je l'amène ici

avec mes enfants

et je vous auditionne avec lui.


VINCENT

Ouais. C'est bizarre.


AGENT2

C'est la fête!

C'est la fête au village.


VINCENT

Oui, c'est bizarre.


AGENT2

C'est ce que vous dites,

c'est bizarre.


VINCENT

C'est complètement fou.

Moi-même, j'ai halluciné.


AGENT2

Non, mais ils se font quoi?

Un barbec, rue Solférino,

votre ex, le baby-sitter,

les enfants?


VINCENT

Je sais pas ce qu'ils font!


AGENT2

Mais vous savez pas!

Monsieur, donc arrêtez

de me parler de ce baby-sitter,

vous êtes en train de m'agacer.

D'accord? Donc moi,

je veux savoir ce que vous,

vous faisiez avec votre ex,

avec les enfants

et pourquoi vous avez tapé

sur la gueule de M. Guilhem

Ameland. C'est simple, non?


VINCENT

J'ai une lettre du juge.

Qui dit que j'ai le droit de

voir mes enfants aujourd'hui.

Et ce matin...

Voilà, c'est écrit là.


VINCENT sort un papier de sa poche et la remet à l'AGENT2.


AGENT2

Non, mais je sais lire,

monsieur.


VINCENT

C'est là, c'est pour aller

plus vite.


AGENT2

Monsieur, vous avez le droit

de les voir le 5 et le 6,

mais en présence de la mère.


VINCENT

Ce matin, en fait,

elle était pas là.


AGENT2

Attendez, monsieur.

Elle est pas là,

elle vous court derrière?


VINCENT

Non, mais ce matin,

je suis venu...


AGENT2

Je vous parle pas de ce matin!

Je vous parle pas de ce matin.


VINCENT

Mais c'est important.


AGENT2

On va récapituler

la situation.


VINCENT

Non, mais je vous explique.


AGENT2

Non, c'est moi qui vais

vous expliquer.

Donc, monsieur, on vous

interpelle rue Solférino

en train de taper sur quelqu'un.

C'est bien ça?

Avec un enfant dans les bras.

Une dame qui crie au secours.

Un monsieur qui s'interpose,

chose tout à fait normale.

Parce que je pense que

si on vous vole vos enfants,

vous serez bien content

qu'un monsieur s'interpose.


VINCENT

J'ai pas volé mes filles.

J'ai... Je...

Je vais les voir.


AGENT2

Monsieur, vous devez les voir

en sa présence, monsieur!


VINCENT

Justement, elle était pas là.


AGENT2

Justement! Elle était pas là.

Donc elle est là,

mais elle n'est plus là.

Elle vous court derrière

en plus! Comme par magie!

Y avait David Copperfield aussi

avec vous, non?


VINCENT

J'ai pas enlevé mes filles!


AGENT2

Alors arrêtez, monsieur,

d'accord?

On va arrêter tout ça. Bon!


VINCENT

Le problème est pas là.

Le problème, il est que...


On entend frapper à la porte.


AGENT2

Entrez.


Un homme entre et chuchote à l'oreille de l'agent.


AGENT2

OK, je te remercie.

Bon, OK, on termine l'audition

rapidement,

parce que moi, j'ai pas que ça

à faire aujourd'hui, monsieur.


VINCENT

Moi non plus,

j'ai pas que ça à faire.


AGENT2

En attendant,

vous avez frappé quelqu'un.

Donc on termine tout ça.

J'avise le parquet

et puis vous dégagez. OK?

Donc...


VINCENT se lève.


AGENT2

Vous vous asseyez là, monsieur!

C'est pas terminé encore! Donc!


VINCENT se rassoit.


VINCENT

J'en ai ras le cul. Ça fait la

3e fois que je me fais humilier

dans la journée.

J'en peux plus là.


C'est la nuit. On entend de la musique forte. Dans une foule, Ségolène Royal est entourée de journalistes.


LAETITIA

Madame Royal!

Comment vous vous sentez

après cette victoire?


LAETITIA s'extirpe de la foule. Les gens dansent sur la rue.


LAETITIA parle devant la caméra du CAMERAMAN.


LAETITIA roule à l'arrière d'une motocyclette.


VINCENT sort du poste de police avec ARTHUR et sa chienne.


VINCENT et ARTHUR sont assis à une table et boivent des bières.


ARTHUR

On va y aller. Mais il faut...

il faut que tu restes maître

de toi là-bas en fait.

C'est hyper important.

Avec ce qui s'est passé

aujourd'hui,

on peut pas se permettre

de déraper là, tu vois.

Tu te sens de me faire confiance

pour ça?


VINCENT

Oui.


ARTHUR

Tu te sens capable?


VINCENT

Oui, je me sens capable. Oui.


VINCENT, ARTHUR et la chienne courent derrière un autobus.


ARTHUR

Merde!


La chienne d'ARTHUR aboie.


ARTHUR

(Au chien)

Chut! Viens!


Ils entrent dans l'autobus qui s'est arrêté.


Dans les rues de la ville, les gens font la fête. Certains sont soûls et se disputent. Une femme se plaint de s'être fait voler son téléphone portable. Des gens escaladent des monuments. Les gendarmes arrêtent certaines personnes.


LAETITIA parle au microphone devant une caméra.


LAETITIA

Une soirée qui se termine

avec un goût amer

puisqu'il y a un certain nombre

d'échauffourées

entre certains acharnés

et les forces de l'ordre,

qui tentent de les dégager

sans ménagement,

mais sans trop de heurts.


LAETITIA marche sur la rue et rencontre un AMI et CHLOÉ.


AMI

Hé, Laetitia.


LAETITIA

Salut, ça va?


AMI

Ouais. Et toi?


LAETITIA

Je suis morte là.


AMI

Ah, ouais?

Je te présente Chloé.

Laetitia.


LAETITIA, son AMI et CHLOÉ marchent sur la rue. CHLOÉ s'adresse à un jeune homme en lui tendant le verre qu'elle tient.


CHLOÉ

Ha! Ha!

Drink, baby.


JEUNE HOMME

Non, je veux pas

drink.


AMI

Chloé, Chloé.

(Au jeune homme)

Vous voulez bien laisser

ma petite amie tranquille,

s'il vous plaît, jeune homme?


JEUNE HOMME

Ouais. Je vais te laisser.


AMI

Merci beaucoup.


LAETITIA

Je trouve ça quand même

violent,

les rapports humains

en ce moment.


LAETITIA, son AMI et CHLOÉ marchent sur la rue dans la nuit.


AMI

Ton imagination

doit te permettre

de faire que ces rapports-là

soient pas des...

des chasses ou des plaies.


CHLOÉ

Des chasses d'eau?


AMI

Non. Les chasses. Ça veut dire

les endroits

dont tu veux partir.


CHLOÉ

Oui. Les chasses.


AMI

C'est pas... Tu vois?

C'est comme les gens

qui se plaignent

de leur vie quotidienne,

mais s'ils ont pas leur vie

quotidienne, c'est quoi, la vie?

C'est où? C'est après la vie

quotidienne?

Avant la vie quotidienne?

Je sais pas.


LAETITIA

C'est flou un peu

ce que tu dis, tu vois?

C'est pas précis.


AMI

C'est peut-être pas précis,

mais enfin, je sais pas, moi.

C'est ce qui me semble...

ce qui me semble

dans ce que tu dis,

c'est que tu fais défaut

d'imagination.


CHLOÉ rit.


AMI

Tu te laisses écraser

par des modèles.

Tu n'as aucune imagination

par rapport à l'existence.

T'as besoin d'avoir de

l'imagination tout le temps,

dans tout ce que tu fais.

T'es pas obligée de réussir.


LAETITIA

C'est trop vague, tu vois?

Bon, moi, je suis très fatiguée.

Je suis désolée. C'est vrai.


AMI

Non, mais dis pas ça.


LAETITIA

Je vais me coucher.


AMI

Non, mais attends, moi aussi,

je suis fatigué.

Reste avec nous.


LAETITIA

Je vais me coucher.


AMI

Attends, Laetitia.


LAETITIA

Non. Je vous assure, ça va.

Je suis juste fatiguée.


LAETITIA entre chez elle. MARC écoute la télévision, couché sur le divan. MARC s'assoit.


MARC

Bonsoir.


LAETITIA

Tu dormais?


MARC

Euh... non, non.

Je regardais un truc.


LAETITIA

Ça va, c'était un peu chaud.

Je suis un peu désolée.

Ça m'a vachement aidée

que tu sois là,

que tu viennes.


MARC

Euh... non.

Y a pas de problème.

Ça va. Ça a été.


LAETITIA

Bon, elles ont bien dormi,

les filles? Ça va?


MARC

Ouais. Liv était crevée.

Elle s'est tout de suite

endormie.

Jeane a mis un peu plus

de temps, mais...

mais voilà.


LAETITIA

D'accord.

Bon, bien merci.

Merci beaucoup en tout cas.

Ça m'a beaucoup aidée.

J'espère qu'on va réussir

à se voir une autre fois

un peu moins... speed,

quoi.


MARC

Oui, oui. Bien oui.

Y a pas de raison.


LAETITIA

Ça va. T'habites pas trop loin

du coup.


MARC

En fait, si, j'habite à

National. C'est pas à côté.


LAETITIA

Ah, c'est quand même...

une petite marche.


MARC

Ouais.


LAETITIA

Merci beaucoup, hein.


MARC

De rien.


LAETITIA

Et puis...

bien... je t'accompagne.


MARC et LAETITIA se sont la bise.


MARC

Je veux juste savoir,

pour le défraiement en fait,

comment tu veux...


LAETITIA

Ah, oui, pardon.

Merde. Excuse-moi.

Ça va si je te fais six euros

de l'heure?


MARC

Ouais, ouais.


LAETITIA

T'es arrivé à quelle heure?


MARC

Je suis arrivé vers 13 h,

je crois.


LAETITIA

D'accord.

Tiens.


LAETITIA remarque les jouets que VINCENT a apportés.


LAETITIA

C'est quoi ce truc?


MARC

Ça, c'est un cadeau de Vincent

pour les enfants, en fait.

Il t'a aussi amené des fleurs.


LAETITIA donne de l'argent à MARC.


LAETITIA

Voilà. Et encore...

40...

Voilà. 7.

C'est tout ce que j'ai.

Je te redis...

On voit ça demain, d'accord?

Je t'appelle.


MARC

Y a pas de problème.


LAETITIA

Merci beaucoup.


MARC

De rien.

Salut.


LAETITIA

Bonne nuit.


MARC

Ouais. Toi aussi.


MARC sort.


Dans son appartement, LAETITIA se sert un verre de vin. On entend la sonnerie de la porte. Elle s'approche de la porte et regarde dans l'oeil de bœuf.


LAETITIA

C'est qui?


VINCENT

C'est Vincent.


LAETITIA ouvre la porte. VINCENT, ARTHUR et son chien sont devant la porte.


VINCENT

Salut.


ARTHUR

Bonjour.


VINCENT

Bien...


ARTHUR

Je m'appelle Arthur.

Je suis un ami de Vincent.

En fait, je suis venu

pour m'assurer qu'il puisse

rencontrer ses enfants

en votre présence, comme

c'était prévu aujourd'hui.


VINCENT

Vous voulez rencontrer

les enfants maintenant?


VINCENT

Là, tu me parles pas à moi.

Tu parles à Arthur.


ARTHUR

Laisse-moi parler.


VINCENT

Et le chien c'est au cas

où l'autre connard de voisin

viendrait. D'accord.


VINCENT

C'est une chienne.

Elle est pas agressive.


LAETITIA

Vous voulez rencontrer

les enfants maintenant?


VINCENT

Tu parles pas à moi, Laetitia.


ARTHUR

S'il te plaît.


LAETITIA

Je te parle pas à toi.


ARTHUR

S'il te plaît, je parle.

En fait, voilà, moi,

je suis là pour m'assurer

que l'engagement qui a été pris

par vous et par Vincent

soit respecté. Il a pas été

respecté ni hier ni aujourd'hui.

C'est un problème.


LAETITIA

Il est 2 h du matin.


ARTHUR

Peu importe. On est encore

couvert par le weekend.

Il faut qu'on essaye

de trouver... de respecter...


VINCENT

Je veux juste voir

mes enfants.

Même s'ils dorment,

je veux les voir.


LAETITIA

On va pas réveiller

les enfants maintenant.


ARTHUR

C'est symbolique en fait.

C'est-à-dire que

ce qui a été prévu par la juge

n'a pas été respecté.

Moi, je recommande Vincent

en fait.

Entre vous, y a un problème

de communication,

je viens pour m'assurer

que ça puisse être possible.


VINCENT tousse.


ARTHUR

Vincent, s'il te plaît.

Face à la juge, vous avez

accepté tous les deux

qu'il y ait cette décision

prise.

Elle a pas été respectée.

Ensuite, par courrier,

vous avez été encore avertie

que ça aurait lieu hier

et aujourd'hui.

Hier, il se trouve que

Vincent n'a pas pu venir

et aujourd'hui, ça n'a pas

eu lieu non plus,

parce que vous n'étiez pas là.


LAETITIA

D'accord.


ARTHUR

Donc je pense qu'il y a

un manquement

de votre côté aujourd'hui.

C'est pour ça qu'on vient...


LAETITIA

Exactement. Il y a

un manquement de mon côté,

mais je vais vous expliquer

exactement pourquoi.

On avait donc un rendez-vous

hier et que Vincent,

comme vous l'avez dit,

n'a pas honoré.

Et il l'a pas honoré pourquoi?

Parce qu'il est irresponsable

et qu'il a même pas été fichu

de m'appeler.


ARTHUR

Pourquoi n'avez-vous pas

honoré

le rendez-vous aujourd'hui?


LAETITIA

Je suis pas du tout en faute.


VINCENT

Excuse-moi, ne t'énerve pas,

écoute Arthur.

Arthur est avocat.

Il sait ce que c'est que la loi.

Tu ne t'énerves pas

et tu écoutes.


ARTHUR

Moi, je pense que

c'est catastrophique...


VINCENT

On peut peut-être rentrer.


VINCENT et ARTHUR entrent.


ARTHUR

(À son chien)

Couché. Couché.


ARTHUR

Enfin voilà, moi, je pense

juste que c'est important

d'essayer de retrouver

l'esprit de ce qui s'est passé

avec le juge.

C'est-à-dire repartir

sur des bases

où les petites

peuvent voir leur père.

Vous avez convenu de ça.

Vous êtes d'accord sur ça.


LAETITIA

Oui.


La chienne aboie.


ARTHUR

Quel que soit... Rimmel!

Vous comprenez bien que si lui,

y a une erreur

parce qu'il est pas venu

au rendez-vous,

de votre côté, y a eu un

manquement. Pourquoi?

Ça portait sur le weekend.

On est le weekend,

vous n'étiez pas là aujourd'hui.

Vous deviez pas travailler.


LAETITIA

Oui. Exactement!

Je devais pas travailler du tout

et je devais le prévenir hier.

Sauf que hier, il est pas venu...


VINCENT

(Fort)

C'est pas le problème, hier!


LAETITIA

Je lui parle.

Ce qui s'est passé:

il n'est pas venu hier...


VINCENT

Non, mais hier,

c'est pas le problème.

Le problème, c'est aujourd'hui!

Aujourd'hui, comment tu t'es

comportée avec les flics.


LAETITIA

Tu m'as harcelée

toute la journée, Vincent.


VINCENT

Non, mais arrête.


LAETITIA

Tu m'as fait chier au travail.


VINCENT

Tu joues quoi?

Arrête de mentir.


LAETITIA

Je te laisserai pas faire

n'importe quoi.


VINCENT

Sois procédurière.


LAETITIA

Je vais pas te laisser

voler mes enfants!


VINCENT

Voilà. Super. Super.


LAETITIA

(En colère)

T'as entendu?

Je te laisserai pas

enlever mes enfants.


ARTHUR

Il s'agit pas de le laisser.

Faut trouver une première base.


LAETITIA

Je vais pas te laisser faire

n'importe quoi, Vincent.


VINCENT

Mais t'es vraiment bête!


LAETITIA

Je vais pas te laisser

voler mes enfants.


VINCENT

Mais arrête!


LAETITIA

T'as compris

ce que je t'ai dit!


VINCENT

Mais t'es complètement conne

ou quoi?


ARTHUR

On y arrivera pas.

Dans ce cas-là, je m'en vais.

Si vous êtes comme ça,

si vous êtes avides

de vous hurler dessus,

on peut le faire.

Ça peut durer des années.

Il s'agit pas de les laisser...


VINCENT

(En haussant le ton)

Non, mais j'hallucine.

T'es en train de me dire

que je vole tes enfants?

T'es en train de me dire

que je suis en train d'enlever

tes enfants!

C'est ça que t'as dit?

T'as bien dit ça?


LAETITIA

J'ai dit ça, ouais.


VINCENT

Bien t'es vraiment conne.


LAETITIA frappe VINCENT au visage.


VINCENT

T'es vraiment conne. D'accord?


ARTHUR

Non. On fait pas ça.


VINCENT

(En criant)

Parce que je suis leur père!

Y a pas d'enlèvement

quand c'est leur père!

J'ai le droit de venir voir

mes enfants.

Un enlèvement, c'est quand y a

un mec qui est pas de la famille

qui enlève des enfants!


LAETITIA

(En criant)

Oui, mais j'ai peur!


VINCENT

(En criant)

Alors si t'as peur, moi aussi,

j'ai peur! OK?

Parce que t'es une malade,

d'accord? T'arrêtes!


VINCENT et LAETITIA se donnent des tapes.


LAETITIA

(En criant)

T'as peur pour tes enfants?


VINCENT

(En criant)

OK. T'arrêtes! T'arrêtes!

Parce que j'en ai vraiment

ras le cul, OK?


LAETITIA

Tu viens me faire chier

au travail.

Tes enfants, pour toi,

c'est des jouets.


VINCENT

Arrête. T'arrêtes!


LAETITIA

C'est des jouets, tes enfants.


VINCENT

T'arrêtes, OK?


LAETITIA

(Moqueuse)

Arrête, arrête...


VINCENT

Ouais. Arrête un peu!

D'accord?

J'ai le droit de voir

mes enfants! Arrête!

T'arrêtes, OK!

Putain!


VINCENT et LAETITIA se donnent des tapes sur les mains et les épaules. ATHUR repousse LAETITIA.


ARTHUR

Non, ça, vous avez pas

le droit de le faire.

Non. Faut pas le faire.

Ça va dégénérer.

C'est pas possible.

Et toi...


VINCENT

(Très agressif)

T'es complètement conne!

Je suis leur père!

C'est mes filles! D'accord?

Et t'emmènes pas des nourrissons

dans une foule. D'accord?


LAETITIA

C'est dans une rue adjacente...


VINCENT

(Agressif)

Non! T'as rien à dire!

Tu réponds pas.

Y a pas d'excuse.

Y a zéro excuse.


ARTHUR

(En criant)

Ta gueule, toi!

Vos gueules aussi! Merde!

Y en a marre. Ta gueule!

Tais-toi.


VINCENT

Excuse-moi, Arthur!


ARTHUR

Je veux pas que tu t'excuses

en criant. Écoute. C'est fou.

LAETITIA)

Et vous, me regardez pas

comme ça,

parce que c'est insupportable

ce que vous lui reprochez.

Aujourd'hui et depuis des mois.

Vous jouez sur un truc

qui est hyper ambigu en fait.

Pourquoi vous avez eu la garde?

Parce qu'il est violent?

Pas si sûr!

Depuis des années en fait, la

loi penche du côté des femmes.

Vous le savez, vous en jouez.

Regardez ce qu'il y a marqué.


ARTHUR sort un papier pour y lire. VINCENT pointe le papier et vient pour parler.


ARTHUR

VINCENT)

Tais-toi.

(En lisant)

"Déboute mademoiselle

Dosch de ses demandes

pendant la suppression du droit

de visite du père."

Débouter, vous savez

ce que ça veut dire?

Ça veut dire qu'il a le droit

de les voir.


LAETITIA

On est...


ARTHUR

Non! Non! Taisez-vous!

Y a une loi qui a une base,

qui est ancestrale.

Donc mettez-vous dans la tête

que c'est pas possible,

vous n'y arriverez pas à

l'empêcher de voir ses enfants.

Vous y arriverez pas.


VINCENT

Excuse-moi, Arthur, mais

regarde comment elle est folle!

Elle me pousse à la faute.

Elle fait ça toute la journée.

Elle ne fait que ça.

Elle prend mes bébés,

elle les met dans une foule.


ARTHUR

Dis-toi que tu n'as pas...


VINCENT

J'ai peur pour mes enfants.

Excuse-moi, Laetitia.

Va là-bas.

Moi, je parle à Arthur

deux secondes.


LAETITIA

Tu me donnes pas d'ordre!


VINCENT

Je te donne pas d'ordre.


ARTHUR

Grandissez, tous les deux.

C'est pas possible.

Non, on reste là.


LAETITIA tient un masque que VINCENT a offert à LIV.


LAETITIA

(En riant)

Qu'est-ce que

ta fille de deux ans

va faire avec ça?

Tu m'écoutes quand même?

Qu'est-ce que tu veux que

ta fille de deux ans

fasse avec ce truc?

T'es grave.


ARTHUR

En fait, je sers à rien, moi.


VINCENT

J'ai honte.


ARTHUR

Ma présence n'a aucun sens.


LAETITIA

Non, mais...


VINCENT

T'es hyper violente.

Ta gueule, elle est violente.

Tu te rends compte de ça?


LAETITIA

Ma gueule est violente?


VINCENT

Ouais. Elle est violente.


LAETITIA

Tu sais pas pourquoi ma

gueule est violente, putain?


LAETITIA frappe VINCENT sur l'épaule.


LAETITIA

Tu m'as harcelée

toute la journée.

Tu m'as rendue folle.


VINCENT

T'as mis les enfants

dans une foule.

Tu te rends compte?

C'est des nourrissons.


LAETITIA

C'était pas prévu.


VINCENT

T'en aurais rien à foutre

s'ils seraient morts?

Ce serait pas prévu

qu'ils soient morts!

Alors dis pas

c'est pas prévu!


LAETITIA

Bien sûr...


VINCENT

T'es malade!


LAETITIA

J'ai eu peur de toi!


VINCENT

(Agressif)

T'emmènes pas des nourrissons

dans une foule, OK?

T'es malade.

Moi, j'arrive avec des cadeaux.

D'accord, t'es une malade!

Tu fais pas ça!

Tu dis pas c'est pas prévu!


LAETITIA

C'est pas inquiétant

que j'aie plus peur de toi

que d'emmener mes enfants

dans la foule?


VINCENT

C'est hyper inquiétant.


LAETITIA

Tu te rends compte?


VINCENT

Laetitia, inquiète-toi!


LAETITIA

Je m'inquiète, oui.


VINCENT

Inquiète-toi de toi!

ARTHUR)

Tu te rends compte

de ce qui se passe?


ARTHUR

Je sais ce qui se passe.

Je suis là pour

trouver une solution.

Mais une solution pacifique,

dans le dialogue.

Pas comme ça.


ARTHUR se donne des coups sur les bras pour imager ce qu'il dit.


ARTHUR

À un moment,

vous allez vous faire ça, ça!


VINCENT est assis en silence sur un divan.


ARTHUR

Là, y a une qualité de silence

qui est propice au dialogue.


LAETITIA

Tu te rends compte ou pas

qu'il s'est fait interner...


LAETITIA essaie de parler, mais VINCENT parle plus fort.


VINCENT

(En criant)

Mais tu veux pas l'écouter

deux secondes?

Non? Tu veux pas l'écouter

deux secondes?

C'est pas possible, ça?

Non!

Y a pas moyen d'en arriver là?

Y a pas moyen!


LAETITIA

Mon frère, il a passé...


VINCENT

Ta gueule!

Ferme ta gueule, putain!


ARTHUR

Non, Vincent, s'il te plaît.


LAETITIA

Fais comme si t'es

le mec sympa.


ARTHUR

On avait réussi à trouver

un terrain là!


VINCENT

Arrête, putain!

Écoute-le deux secondes!


LAETITIA frappe VINCENT au visage.


ARTHUR

Non! Non! Pas ça!


VINCENT

(En criant)

Tu me frappes pas, d'accord?


ARTHUR

Il ne faut pas que vous cédiez

à ça. C'est impossible.


VINCENT

(En criant)

D'accord?


LAETITIA

T'étais où, hier, Vincent?


VINCENT

(En criant)

Hier, je ne pouvais pas venir,

d'accord? Mais arrête là!


LAETITIA

(En criant)

Tu pouvais pas

m'envoyer un message?


VINCENT

(En criant)

C'est un truc de malades là!

Je viens avec Arthur!


LAETITIA

(En criant)

Tu pouvais pas m'appeler?


VINCENT

(En criant)

Mais t'es une malade!

T'es folle!

C'est toi qui es folle!


LAETITIA

(En criant)

C'est moi qui suis folle?


VINCENT frappe LAETITIA sur la main.


VINCENT

T'es conne ou quoi?


ARTHUR

Arrêtez! Mais arrêtez!


LAETITIA

Tu viens me faire chier

quand je travaille.


VINCENT

(En criant)

Bien ouais! Parce qu'il y a

pas moyen de te parler!

D'accord?


VINCENT tape LAETITIA sur la main.


VINCENT

Mais t'arrêtes!


ARTHUR

Arrêtez! C'est impossible là!


VINCENT

Quoi?


ARTHUR

C'est du délire?

Vous voulez carrément

que ça arrive au sang?

Mais c'est fou, cette histoire!

On arrive à trouver

un semblant de calme

et de discussion

et vous commencez à vous battre!


VINCENT

Excuse-moi, Arthur.


ARTHUR

Non, allez-y au bout là.


VINCENT

Non, mais attends...


LAETITIA

J'ai pas de leçon à recevoir

d'un artiste de merde.

Tu fais quoi toute la journée?

T'es dans ta petite bubulle

à écrire tes petites BD.

Tu vois? Moi, je fais des choses

qui sont utiles pour le pays.

Y a des gens, ils me regardent

et ils décident

ce qu'ils vont penser, ce

qu'ils vont voter par exemple.

Ou ce qu'ils vont choisir.

Ils essayent de comprendre.

Alors tu me critiques pas.

Tu me prends pas de haut.


VINCENT

Je vais te dire que c'est

triste que des gens décident

de savoir pour qui

ils vont voter en écoutant

toutes tes conneries

que tu déblatères sur i-Télé.


LIV pleure dans son lit. VINCENT la prend dans ses bras.


VINCENT

Viens là. Viens là!

Oh! Chut...

Chut...

Chut...


VINCENT berce l'enfant et chantonne. LIV arrête de pleurer et chantonne.


LIV et JEANE dorment. VINCENT les prend en photo.


Dans le salon de l'appartement de LAETITIA, ARTHUR met à jouer un disque compact. On entend du piano. Sa chienne renifle un paquet de tomates.


ARTHUR

(Au chien)

Chut! Non!

Non, tu bouffes pas.

Allez, viens. Viens.


LAETITIA boit du vin. ARTHUR s'allume une cigarette et s'assoit près d'ARTHUR.


VINCENT

C'est quand même marrant.

T'as vu, à chaque fois,

dans ces musiques,

y a toujours un moment joyeux,

mais c'est ultra chiant.

Ce moment-là.


ARTHUR

La musique là?


VINCENT

Oui.


ARTHUR

J'aime bien, moi.


VINCENT

C'est un peu chiant quand

même, non? Chaque fois.


ARTHUR

Parce que c'est pas censé

être juste triste ou...

Ou juste joyeux. Ouais.

C'est des alternances.

Ce qui est super ambitieux,

c'est que c'est un art

totalisant en fait.


VINCENT rit.


ARTHUR

Non. C'est vrai. C'est ça.


VINCENT

Un art totalisant?


ARTHUR

Ouais.

Qui tend à représenter

une totalité, quoi.

Moi, je pense c'est ça.


VINCENT

LAETITIA)

Faut pas trop les gâter,

les filles.

Hein?

Parce que là, y a des jouets

de partout.

C'est qui qui les achète?

C'est toi qui achètes ça

tout le temps?

Ça va?


LAETITIA

ARTHUR)

Vous êtes vraiment avocat,

vous?


ARTHUR

Presque. Oui.


LAETITIA

(En riant)

Vous avez pas du tout

une tête d'avocat.


VINCENT

Laetitia.


ARTHUR

Je suis bientôt diplômé.


VINCENT

T'as une tête de quoi, toi,

Laetitia? Quand même!


VINCENT rit.


VIRGIL sonne et frappe à la porte.


VINCENT

C'est qui là?


LAETITIA

C'est Virgile.


VINCENT

C'est qui, Virgile?


VIRGIL entre.


LAETITIA

Alors ça, c'est Virgile.


VIRGIL

Monsieur, bonsoir.


ARTHUR

Salut.


LAETITIA

Et Vincent,

le père des filles.

Et Arthur, son avocat.


ARTHUR

Son ami.


VIRGIL

Bonsoir, messieurs.


ARTHUR

Bonsoir.


VIRGIL

Je reviens de la rue là...

Oh...


VINCENT

Peut-être qu'on dérange, non?

Laetitia?


LAETITIA

Non, ça va.


VIRGIL

Si quelqu'un dérange,

c'est moi.


VINCENT

Non. Bien non. Non, non.


LAETITIA distribue des bières.


LAETITIA

VINCENT)

Tiens.


VINCENT

Arthur, une bière?


ARTHUR

Merci.


VIRGIL

Vincent, je suis très content

te rencontrer.

J'aime beaucoup tes enfants,

Liv et Jeane.


VINCENT rit.


VIRGIL

Je sais que c'est ridicule...


VINCENT

C'est vrai

qu'elles sont jolies.

C'est vrai, elles sont jolies.


VIRGIL

Moi, si un jour tu meurs

dans un accident d'avion...


LAETITIA rit.


LAETITIA

Excusez-moi.


VIRGIL

T'auras laissé

deux beaux enfants.

Et... moi, j'aimerais pouvoir

aussi savoir ça,

que j'ai deux enfants

dans la vie.

Non, je sais que c'est ridicule,

mais voilà, je voulais juste

te le dire.

Et que je suis content

de te rencontrer.


VINCENT et LAETITIA rient.


VIRGIL

Non, mais vous pouvez rire,

je comprends.

Mais y a des choses des fois

qu'on oublie dans la vie,

parce que...

des choses très simples.


VINCENT

Mais t'es amoureux

de mes filles ou quoi?


VIRGIL

Oui, je suis amoureux

de tes filles.


VINCENT

Fais gaffe.

Fais gaffe.

Parce que j'ai pas encore admis

le fait qu'un mec les touche.


VIRGIL

Tu sais, je les touche pas

beaucoup.


VINCENT

Non, je parle pas de papa.

Je parle d'amoureux.


VIRGIL

Ouais. J'ai bien compris.


VINCENT met en marche la poule électrique.


VINCENT

C'est une poule, tu vois.

J'ai acheté ça pour Jeane.

Faut faire hyper gaffe,

parce que les oeufs que ça pond,

ils sont exactement

de grosseur... Tu vois?


VIRGIL

D'une tomate.


VINCENT

Oui, d'une tomate, oui.

Donc bon, tu vois

ce que je veux dire.

Mais c'est important.


VIRGIL

C'est la première fois que

je vous vois tous les deux

et ça me touche parce que

vous vous êtes aimés.

Vous avez eu

une longue histoire.


VINCENT

Non, mais de quoi je me mêle?


VIRGIL

Non, mais voilà,

je le dis franchement.

Voilà, j'aime Laetitia

et quand j'imagine

que vous avez été ensemble,

ça me fait plutôt plaisir,

parce que je sais

que vous êtes un type bien

et je suis presque même intimidé

de passer après vous,

si vous voulez tout savoir.


LAETITIA rit fort.


VIRGIL

Et voilà, quoi.

C'est toujours bizarre

quand deux hommes se rencontrent

et qu'ils ont connu

la même femme.


LAETITIA

Moi je vais aller promener

le chien, je crois.


VINCENT rit.


VINCENT

Non, mais attends...


VIRGIL

Pourquoi vous riez?


VINCENT

Moi-même, je suis content

de te rencontrer.


ARTHUR donne la laisse de la chienne à LAETITIA.


ARTHUR

Faut aller près d'un arbre,

sinon, elle fait pas.


LAETITIA

D'accord.


ARTHUR

Ça t'embête pas?


LAETITIA

Non, non.


ARTHUR

C'est très gentil.


LAETITIA

Allez, on y va.


VIRGIL

Tu vas où, Laetitia?


LAETITIA

Ça va lui faire du bien.

Il a besoin de prendre

un peu l'air, ce petit chien.

Hein, mon petit toutou?


VIRGIL

Tu dis pas parce que

tu me trouves inoffensif.

T'as l'impression que je ferais

pas de mal à une mouche.


VINCENT

Non.


VIRGIL

T'as envie de voir Laetitia

avec un type gentil...


VINCENT

Non. Je sais pas.


VIRGIL

Non, mais écoute-moi

quand je te parle.

J'ai l'impression que

tu penses à autre chose.

T'as l'impression que...

Laetitia a besoin

d'un brave type inoffensif

qui va s'occuper d'elle.


LAETITIA sort sur la rue avec le chien. On entend des gens qui se disputent.


Dans l'appartement, VIRGIL boit un verre. VINCENT et ARTHUR boivent des bières à ses côtés.


VINCENT

Non, mais si tu bois

tout le verre...

Excuse-moi,

mais franchement, c'est...


VIRGIL

J'ai jamais bu une aussi

grosse gorgée de vodka.

Tiens, je vais reprendre

un peu de bière.


VINCENT

Tu sais que tu vas vomir

au bout d'un moment.


VIRGIL

Vous voulez fumer un peu?

J'ai de l'herbe.

Vous voulez fumer un peu?


VINCENT

Non, mais fume.

Si tu veux fumer, vas-y.


ARTHUR

Pas moi.


VIRGIL

Tu sais comment c'est

avec une fille.

Ça commence par un jour...


VINCENT

Virgile, excuse-moi.

En fait, ce qui est hyper zarbi

là, au moment où tu me parles,

c'est les cachotteries.

C'est bizarre de dire...

Je sais pas. Qu'est-ce que j'ai

le droit de te dire, etc.

Si tu vis ici...

Je sais pas.


VIRGIL

Je préférerais que ce soit

Laetitia qui t'en parle,

parce que d'un seul coup,

je me sens...


VINCENT

Mais elle m'en parlera pas.

Donc... Mais ceci dit,

y a aucun problème.


VIRGIL

Mais rassure-toi...


VINCENT

Y a rien à régler.


VIRGIL

J'ai jamais été avec elle

pendant que vous étiez ensemble.

C'est venu bien après.


VINCENT

Il dort là.


VINCENT indique ARTHUR.


VINCENT

Non, mais c'est pas le problème.


VIRGIL

Non, mais je voulais

te le dire quand même.

On s'est rencontrés après.

C'était même

plusieurs mois après, quoi.


VINCENT

Non, mais moi,

y a aucun problème.

Encore une fois, y a aucun

problème. Y a aucun problème.

Non, c'est pas ça...


VIRGIL

Non, mais si tu savais

Laetitia, comment

elle parle de toi.

Elle parle de toi

avec vraiment...

C'est comme si elle t'aimait

encore, je veux dire.

Vraiment, je veux que

tu sois rassuré là-dessus.


VINCENT

Je ne suis pas...

J'ai aucune jalousie.

Aucune.


VIRGIL

Si jamais moi, je devais

m'occuper des couches,

n'importe quoi, ce sera jamais

comme si c'était toi.

Je veux dire...


VINCENT

Ça, c'est autre chose.

Te mêle pas de ça.

La seule chose...

La seule chose...

que tu peux pas toucher là,

c'est le fait d'être père.

Ça... Liv et Jeane,

c'est moi leur père

et ça restera moi leur père...


VIRGIL

Je sais.


VINCENT

...jusqu'à la fin de

mes jours, de leurs jours.


VIRGIL

J'ai jamais essayé

de prendre ta place.


VINCENT

Je sais très bien,

c'est pour ça que je te dis

que je t'aime bien.

Et c'est pour ça que

je te le dis,

j'aimerais pas que ça arrive

et j'aimerais pas...

une sorte de mini cynisme

où là, je suis là, etc.

C'est pour ça que je m'excuse.

Parce que je suis là.

C'est bizarre, parce que

regarde, tu vois ce mur là,

il est gris, c'est moi

qui l'ai peint en gris.


VIRGIL

Ta présence, elle est partout,

tu sais, Vincent.


VINCENT

Y a pas de problème.


VIRGIL

Moi, j'arrive même pas

à être dans cet appartement.

À chaque fois, je me dis:

Ça, c'est à lui,

ça, c'est lui qui a mis ça.

Ça, c'est un truc à lui.


VINCENT

Ce que je te dis,

en fait, Virgile,

je te donne tout.

Je m'en fiche complètement.

La seule chose que je veux,

c'est mes filles.


VIRGIL

Je sais. Je sais.


VINCENT

C'est la seule chose.

Voilà.


ARTHUR

Je sais.


VINCENT fait une bulle de savon avec un jouet et la remplit de fumée de cigarette.


LAETITIA marche sur la rue avec le chien. Elle vomit.


LAETITIA

(Au chien)

Allez, viens.


LAETITIA rentre dans son appartement.


On entend des rires.


VIRGIL

Ça va, Laetitia?


LAETITIA

Ça va.


VIRGIL

Ça a été?


LAETITIA

Ouais. Je suis un peu

fatiguée.

Je veux vraiment

que vous partiez.


VINCENT

Ouais...

Bon, bien écoute,

je suis enchanté, Virgile.

Enchanté.


VINCENT et VIRGIL s'enlacent.


VINCENT

J'y vais. Salut.

Salut, Laetitia.


VINCENT et LAETITIA se font la bise.


VIRGIL

Au revoir, Arthur.


VINCENT

Je t'appelle demain

pour les enfants.


LAETITIA

Oui.


VINCENT

Bon bien...


LAETITIA

Bon, bisou.


VINCENT

Virgile...


VIRGIL

Salut, Vincent.


VINCENT et ARTHUR sortent.


VIRGIL et LAETITIA s'enlacent.


VIRGIL

Je suis content...

J'ai attendu toute la journée.


LAETITIA

T'as dit quoi?


VIRGIL

J'ai attendu toute la journée

qu'on soit comme ça,

contre toi. Sentir tes petits

seins contre moi.


LAETITIA rit.


VIRGIL

Tes seins qui m'excitent.


LAETITIA et VIRGIL sont assis dans le salon.


VIRGIL

Tu fais couler quelques gouttes

de sève de la plante

et moi, je suis l'esclave

qui vient récupérer la sève

et qui m'asperge totalement

le corps

de cet onguent diabolique.


LAETITIA

N'importe quoi.


VIRGIL

Tu sais, t'es plus proche

des animaux que des hommes.

T'es un des seuls animaux qui...


LAETITIA rit.


VIRGIL

...qui a pas de bande.

Chaque animal retrouve sa bande,

et toi, t'es toute seule.

Quand je te vois,

y a une chaleur

qui monte en moi.

Vraiment, genre...

c'est comme si t'avais allumé

tous les chauffages en moi.


LAETITIA

Carrément?


VIRGIL

On est en plein mois de mai

et j'ai chaud.

Attends.


VIRGIL enlève sa chemise. LAETITIA rit.


VIRGIL

Attends! Putain!

Je me sens mieux là.

Attends, donne-moi des clopes,

donne-moi du feu.

Une taffe.

Fais-moi une soufflette.


LAETITIA embrasse VIRGIL.


VIRGIL

Ouais, c'est bon, putain.

Putain, je suis super excité.

J'ai jamais été excité

comme ça de ma vie.

Putain, je sais même pas

comment m'y prendre.


LAETITIA rit. VIRGIL essaie de la déshabiller.


VIRGIL

Je sais pas quoi faire.

Ça s'enlève pas ce truc,

putain!

Je sais pas. Merde! Putain!

Comment on fait déjà?


LAETITIA

Mais attends,

c'est pas difficile.


VIRGIL

Attends, je sais pas.

Passe cette jambe.


VIRGIL tire sur la botte de LAETITIA pour l'enlever.


LAETITIA

Ah, non, tu vas enlever

ma chaussure comme ça!


VIRGIL

Non, mais c'est hyper

compliqué.

Pourquoi ils mettent des

fermetures partout maintenant?

On peut rien faire.

Tu sens tellement bon

des pieds!

Ah, putain! J'ai envie

de me branler

tellement tu sens bon

des pieds!

Ah, putain! Putain, mais t'as

passé une journée à suer,

pourtant, mais tu sens...

tu sens l'Orient.


LAETITIA a un fou rire.


Dans un restaurant asiatique, VINCENT et ARTHUR sont assis à une table devant de la nourriture. Les employés du restaurant les regardent d'un air fatigué. VINCENT fume une cigarette.


VINCENT

(En riant)

C'est pas faux,

t'as vraiment pas

une gueule d'avocat.

Je disais que Laetitia...

Elle a pas tort, t'as vraiment

pas une gueule d'avocat.

(À une SERVEUSE)

Mademoiselle.


SERVEUSE

Oui?


VINCENT

Est-ce qu'il a une gueule

d'avocat?


SERVEUSE

Avocat comme le fruit?


VINCENT et ARTHUR rient.


ARTHUR

Je suis vert à ce point-là?


VINCENT

Non, je demandais s'il avait

pas une tête d'avocat.

Est-ce que vous trouvez

qu'il a une tête d'avocat, lui?


SERVEUSE

Tête d'avocat,

la forme de tête?


VINCENT et ARTHUR rient.


VINCENT

Non. Le métier.


ARTHUR

Laisse tomber.


VINCENT

Non, le métier d'avocat.


SERVEUSE

Avocat, c'est un métier?


VINCENT

Oui, c'est un métier avocat.

Celui qui défend...

qui défend quoi...


ARTHUR

Qui essaye de défendre.


SERVEUSE

Ah!

Lawyeren anglais!


VINCENT et ARTHUR

Lawyer.


SERVEUSE

OK.


VINCENT

Est-ce qu'il a une tête

de lawyer?


SERVEUSE

Je sais pas.


VINCENT

Non, il a pas une tête

de lawyer.

C'est ce que je te dis.

Je sais pas qui va pouvoir

bosser avec toi.

À part moi.


ARTHUR

Ha! Ha! Ha! Enculé!


VINCENT

(En riant)

Franchement!

Franchement.


ARTHUR

Aujourd'hui, je me suis

rendu compte

que t'étais très difficile

à défendre.


Générique de fermeture

Episodes

Choose a filtering option by age, fiction or season

  • Category Age
  • Category Cinéma
  • Category Fiction

Résultats filtrés par