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Night #1

In the span of a single night – the night they first meet and sleep together – a young man and woman experience every stage of a romantic relationship. Their relationship could have lasted a month, a year, or a lifetime… but it will last one night.



Réalisateur: Anne Émond
Acteurs: Catherine De Lean, Dimitri Storoge, Véronique Rebizov
Production year: 2011

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VIDEO TRANSCRIPT

De jeunes gens sautent et dansent dans un club sous des projecteurs multicolores et un stroboscope. Les images sont floues. La musique du club est tue. C'est sur le rythme de Les amours perdues que bougent les corps. ELYSIAN FIELDS reprend ici la chanson originale de SERGE GAINSBOURG.


[ELYSIAN FIELDS:] ♪

Les amours perdus

ne se retrouvent plus ♪

♪ Et les amants délaissés

peuvent toujours chercher ♪

♪ Les amours perdus

ne sont pas loin pourtant ♪

♪ Car les amants délaissés

ne peuvent oublier ♪

♪ Tous les serments de coeur

tous les serments d'amour ♪

♪ Tous les serre-moi serre-moi

dans tes bras mon amour ♪

♪ On s'aimera toujours toujours

toujours toujours toujours ♪

♪ Toujours tout ♪

♪ Les amours perdus

ne se retrouvent plus ♪

♪ Et les amants délaissés

peuvent toujours chercher ♪

♪ Mes amours perdus

hantent toujours mes nuits ♪

♪ Et dans des bras inconnus

je veux trouver l'oubli ♪

(Dans la foule de jeunes gens, une jeune femme, CLARA, danse à un rythme différent de celui des autres, sautant alors que ses voisins atterrissent.)


[ELYSIAN FIELDS:] ♪ Toi tu

m'aimeras

je ne te croirais pas ♪

♪ Tout reviendra comme au jour

de mes premiers amours ♪

♪ Tous les serments de coeur

tous les serments d'amour ♪

♪ Tous les serre-moi serre-moi

dans tes bras mon amour ♪

♪ On s'aimera toujours toujours

toujours toujours toujours ♪

♪ Toujours toujours tout ♪

(Un jeune homme, NIKOLAÏ, et CLARA entrent dans un appartement, s'embrassant langoureusement. NIKOLAÏ et CLARA se dévêtent tout en continuant de s'embrasser, de s'enlacer et de se caresser.)

NIKOLAÏ

(Avec un accent européen)

Il faut que je te demande.

Je te promets, ça arrivera plus

pour le reste de la nuit.


[CLARA:] Quoi?

(Entre leurs paroles, CLARA et NIKOLAÏ ne cessent d'échanger des baisers.)

[NIKOLAÏ:] C'est quoi ton nom?
[CLARA:] C'est Clara. [NIKOLAÏ:] Clara.

Moi, c'est Nikolaï.


[CLARA:] Je sais.

(S'embrassant toujours, CLARA et NIKOLAÏ se dirigent vers le salon. NIKOLAÏ se laisse choir sur le divan. CLARA s'assoit ensuite sur NIKOLAÏ.)

[NIKOLAÏ:] Je suis content

que tu sois là.


[CLARA:] Oui?

(CLARA fait une fellation à NIKOLAÏ, assis sur le divan. Après avoir repoussé délicatement CLARA sur le sol, NIKOLAÏ fait un cunnilingus à CLARA, qui respire ensuite plus vite et plus fort.)


[CLARA:] J'ai envie que tu me

baises.

[NIKOLAÏ:] Quoi?
[CLARA:] Baise-moi!

As-tu des condoms?

[NIKOLAÏ:] Oui.

Attends.

(NIKOLAÏ se lève et quitte le salon. CLARA s'allonge sur le divan et se mord le pouce nerveusement. NIKOLAÏ rejoint CLARA et ils font l'amour sur le divan, se caressant et gémissant en choeur.)


[CLARA:] Attends.

Attends. Il faut que j'aille

aux... aux toilettes.

(CLARA se lève.)

[NIKOLAÏ:] C'est pas grave.

Je viens avec toi.

(NIKOLAÏ se lève à son tour et rejoint CLARA. NIKOLAÏ guide CLARA vers la salle de bain en la gardant dans ses bras et en l'embrassant dans le cou.)

[NIKOLAÏ:] Fais vite.

(NIKOLAÏ retourne dans le salon. CLARA urine et se lave ensuite les mains. Souriant devant le miroir, CLARA se replace les cheveux avec de l'eau, crache dans sa main et se lubrifie le sexe avec sa salive.)

(Attendant devant la porte de la salle de bain, NIKOLAÏ enlace CLARA avec une couverture lorsque CLARA sort de la salle de bain. CLARA et NIKOLAÏ s'embrassent et vont vers la chambre à coucher.)

(CLARA et NIKOLAÏ font l'amour sur le lit, avec un rythme s'accélérant graduellement. CLARA et NIKOLAÏ s'enlacent jusqu'à ce que NIKOLAÏ frémisse et s'arrête.)

[NIKOLAÏ:] T'as joui?
[CLARA:] Non. C'est pas grave. [NIKOLAÏ:] Si. Si, c'est grave.

(NIKOLAÏ caresse CLARA avec sa main jusqu'à ce que CLARA semble jouir à son tour.)

(NIKOLAÏ se lève et va brièvement aux toilettes. NIKOLAÏ revient ensuite et s'allonge dans le lit, à côté de CLARA, emmitouflée dans la couverture.)

[Début information à l'écran]

Nuit #1

[Fin information à l'écran]

Enveloppée dans une couverture, CLARA ouvre la lumière de la salle de bain et se fait couler un bain. En attendant que le bain soit prêt, CLARA fouille parmi les enveloppes et les papiers répandus sur la table à dessin de NIKOLAÏ et trouve son cahier de créations.

Assise dans le bain, CLARA feuillette le cahier à dessin de NIKOLAÏ.

Une fois son bain terminé, CLARA se rhabille dans le corridor sans faire de bruit. Puis, CLARA retourne dans la chambre, prend une photo de NIKOLAÏ endormi avec son téléphone et quitte l'appartement. En entendant la porte d'entrée se refermer, NIKOLAÏ ouvre les yeux, se lève et va ouvrir la porte.

[NIKOLAÏ:] Clara?

Qu'est-ce que tu fais?


[CLARA:] Je rentrais. [NIKOLAÏ:] OK...
[CLARA:] Je dormais plus. [NIKOLAÏ:] Remonte, OK?

(Pendant que CLARA remonte l'escalier, NIKOLAÏ remet ses pantalons.)

[NIKOLAÏ:] Je comprends pas.

Rentre, s'il te plaît.

(CLARA rentre et referme la porte.)

(Cigarette à la main, NIKOLAÏ est assis près de sa table à dessin. CLARA est debout, accotée contre le mur du salon.)

[NIKOLAÏ:] Je me serais réveillé

demain midi.

Un soleil de plomb.

J'aurais ouvert les yeux,

je me serais rappelé la nuit...

je t'aurais cherchée

et je t'aurais pas trouvée.

T'aurais disparu comme ça?

T'es une étrangère.

Pars maintenant,

si c'est ce que tu veux.

T'as les cheveux mouillés.

Tu vas attraper la grippe,

mais je m'en fous.

Je te connais pas.

T'es rien pour moi.

Vas-y.

Va attraper la crève

si c'est ce que tu veux.


[CLARA:] C'est pas ça que je

veux.

[NIKOLAÏ:] Évidemment.

(NIKOLAÏ va se chercher un chandail dans la chambre et revient au salon.)

[NIKOLAÏ:] Les temps modernes

me dégoûtent.

L'amour moderne me dégoûte. Les

filles émancipées me dégoûtent.

On dirait des mecs.

T'as rien oublié, ici?

Délibérément.

Des boucles d'oreille.

Juste une preuve,

une pièce à conviction.

Je me serais réveillé,

seul et confus.

J'aurais vu

deux trucs brillants,

nouveaux et inconnus.

Alors, je me serais dit:

Tiens, voilà.

Cette nuit a bel et bien existé.

C'était rien.

Rien du tout, bien sûr.

Nous le savons tous les deux.

Ça a eu lieu.

Ça me donne mal au ventre

ce genre d'histoire.

Ça brûle.

Comme si de l'acide

se répandait dans mon corps.

On est mieux tout seul.

Je vais pisser. Tu peux

en profiter pour te sauver

si c'est ce que tu veux.

(NIKOLAÏ et CLARA échangent des regards, assis sur le divan, côte à côte.)

[NIKOLAÏ:] Il devrait y avoir

une loi.

Deux personnes qui

se sont vues nues

se doivent au moins

des adieux corrects.

(CLARA étouffe un rire.)

[NIKOLAÏ:] Pas drôle.

Je t'ai vue toute nue.

J'ai mordu ton cou et tes seins.

J'ai mis ma langue

dans ta bouche.

J'ai goûté à ton sexe.

Je sais ce que tu goûtes.

Exactement.

Je pense que je t'ai vue jouir.

Je sais que tu...

rases ton sexe.

Et que ça te laisse

des petites marques rouges.

Je sais que t'as des grains

de beauté dans le dos.

Je sais plus combien il y en a.

Ni où ils sont.

Un connard t'a sûrement déjà dit

que ça formait une constellation

ou quelque chose comme ça.

Je sais que tu mouilles

pas beaucoup.

Je sais pas

si c'est par ma faute

ou si c'est toujours comme ça.

Je sais comment tu fais

les fellations.

Tu les fais bien.

Hum. Pas mal.

J'imagine que...

tu finirais par vouloir mettre

un doigt dans mon cul.

Je pense que tu voudrais que

je t'encule, éventuellement.

Je sais que tu baises bien.

J'aime comment tu respires.

Tu respires totalement.

J'aime assez ta façon de bouger.

Voilà.

C'est ce que je sais

sur toi, Clara.

Clara qui? Je sais pas.

Je connais pas

ton nom de famille.


[CLARA:] C'est Clara-- [NIKOLAÏ:] Je t'ai vue

dans toutes les positions.

J'ai vu tout ça, mais...

je t'ai jamais vue

te nourrir.

Juste... juste ingérer

de la nourriture simple.

Un bout de pain.

Je t'ai jamais vue pleurer.

Jamais vue faire

de la bicyclette.

Je t'ai jamais vue nager.

Je sais pas si t'es bien

ou bien si t'es ridicule.

Je t'ai jamais vue

dans un établissement public...

... durant les heures

de bureau...

un jour ouvrable.

(riant)

"Je t'ai jamais vue

dans un jour ouvrable."

C'est une expression étrange.

Pour moi, tu vas rester

jeune pour toujours.

Nous n'allons jamais vieillir.

(Murmurant)

Nous ne parlerons

jamais à voix basse

dans une maison funéraire.

Je ne vais pas découvrir

tes pires défauts.

Tu ne me détesteras jamais pour

mes mensonges et mes oublis.

Nous n'aurons pas une nouvelle

terrible qui arrive

par téléphone et qui nous

réveille au milieu de la nuit.

Je vais pas flatter ton dos

pendant que tu dégueules

en pleurant un soir

parce que t'as trop bu.

Tu vois? C'est très triste.

Je sais un peu ton odeur

et tes textures.

Tu sais un peu les miennes.

Les secrets qu'on partage

sont seulement physiques.

(NIKOLAÏ se lève et quitte le salon.)

(NIKOLAÏ est étendu dans son lit. CLARA arrive et s'assoit dans le lit, à côté de NIKOLAÏ.)


[CLARA:] En fait, j'aurais voulu

que tu me supplies de rester.

Que tu me demandes de rester

couché ici

à côté de toi, pour toujours.

J'aurais voulu que tu dises...

(Imitant l'accent européen de NIKOLAÏ)

"Clara, je te connais

pas, mais...

"j'en sais assez. Tu es magique.

"Je voudrais

que tu ne disparaisses

plus jamais de ma vie."

"Ça fait...

29 ans que je t'attends."

"Tu arrives enfin,

restes, s'il te plaît."

[NIKOLAÏ:] J'ai 31 ans.
[CLARA:] "Ça fait 31 ans

"que je t'attends.

"Tu es ici cette nuit.

Je t'interdis de disparaître."

C'est ça que j'aurais voulu

que tu dises.

Mais tu t'es endormi.

J'aurais aimé que tu m'avoues

que ça t'était jamais arrivé

quelque chose comme ça.

Que tu te sentais lié à moi

par une force étrange,

quelque chose de foudroyant.

Que passer à côté

de cette histoire-là,

ça aurait été passer

à côté de ta vie.

Clara ou mourir.

J'aurais aimé que tu voies en

moi des choses belles.

Des choses que je vois pas

moi-même.

Et qu'une histoire grandiose

commence

pour nous deux cette nuit.

Mais tu t'es endormi,

pas moi.

C'est quand même un problème

l'insomnie.

Si je dormais huit heures

par nuit comme tout le monde,

j'aurais pas mal moins de temps

pour faire des conneries,

mais...

Non, j'ai eu le temps

de réfléchir.

J'ai réalisé que t'allais finir

par te réveiller

à côté d'une inconnue,

sans vêtements.

T'aurais cherché

à retrouver mon nom.

J'aurais tout compris

de ton malaise.

Lendemain flou.

Tu te serais demandé:

"Hum, est-ce que je la baise

à nouveau ou... non."

Tu m'aurais peut-être demandé

mon numéro de téléphone.

T'aurais dit: "Je te rappelle,

Clara. On se revoit si tu veux."

Et finalement,

on aurait recouché ensemble,

parce que... pourquoi pas?

Pourquoi pas coucher ensemble

dans la lumière du jour?

Je serais rentrée chez moi

à pied, à l'aube,

j'aurais croisé les joggers

en me disant:

Je suis pas comme vous, moi.

J'ai baisé un inconnu

la nuit dernière

dans son petit appartement

miteux.

Clairement, je vis pas

ma vie comme vous.

Je me laisse emporter.

Je vis avec intensité.

(NIKOLAÏ est désormais seul dans le lit, allongé. CLARA revient dans la chambre avec sa sacoche. Après s'être assise sur le sol, le dos contre une commode, CLARA retire un livre de sa sacoche, en tourne quelques pages et s'arrête à un passage.)


[CLARA:] "Pendant des années,

"j'ai vécu aplatie avec fureur.

"J'ai habitué mes amis

à un voltage intenable.

"À un gaspillage d'étincelles

et de courts-circuits.

"Cracher le feu,

"tromper la mort,

ressusciter 100 fois.

"Courir le mile en moins

de quatre minutes,

"introduire le lance-flamme

en dialectique

"et la conduite suicide

en politique.

Voilà comment j'ai établi

mon style."

[NIKOLAÏ:] T'apportes des romans

dans les after-partys, toi?


[CLARA:] C'est le plus grand

écrivain québécois de tous les

temps.

[NIKOLAÏ:] C'est qui?
[CLARA:] Hubert Aquin. [NIKOLAÏ:] Connais pas.
[CLARA:] Tous mes secrets

sont dans ce livre-là.

"Enlacés, éblouis,

"dans un pays en détresse,

"nous avons roulé

en un long baiser

d'un bout à l'autre

de notre lit enneigé."

[NIKOLAÏ:] "Pays en détresse"?
[CLARA:] Oui.

C'est beau quand même.

Si tu veux, je te lis

tous mes extraits préférés.

Si tu veux, en fait, je te fais

la lecture de tout le livre.

On en a pour quelques heures.

Ce qui reste de la nuit,

en fait.

T'aurais juste

à rester couché là

et à écouter le son de ma voix.

Tu pourrais fermer les yeux.

Après, tu me lirais

ton roman préféré.

Tu me montrerais des photos

de ton enfance, aussi.

En pays étranger.

Après, on sortirait déjeuner.

Si tu veux,

on se marie en Ukraine.

On commence une nouvelle vie.

Demande-moi de tout laisser

tomber ici. On part ensemble.

[NIKOLAÏ:] T'es un peu folle.

Remarque, c'est pas

inintéressant.

Je suis un peu fatigué, là.

(CLARA range le livre dans sa sacoche, s'approche du lit et prend une cigarette dans un paquet sur le sol. CLARA allume la cigarette et la partage avec NIKOLAÏ, toujours allongé.)

(CLARA ouvre la fermeture à glissière du pantalon de NIKOLAÏ et approche sa bouche de l'ouverture.)

[NIKOLAÏ:] Non...

Arrête.

Arrête.

(CLARA retire son visage et glisse sa main dans le pantalon de NIKOLAÏ.)


[CLARA:] Pourquoi tu bandes

pas?

[NIKOLAÏ:] Je sais pas.

Excuse-moi.

C'est trop vite, arrête.


[CLARA:] Excuse-moi.

Je vais m'en aller.

[NIKOLAÏ:] Comme tu veux.

(CLARA se lève, prend son sac et quitte la chambre. NIKOLAÏ rattache son pantalon.)

(Ayant revêtu son manteau et désormais sortie de l'appartement de NIKOLAÏ, CLARA descend l'escalier et sort du bloc appartement. Alors que CLARA marche dans la rue, une averse se met à tomber. CLARA se réfugie dans un abribus.)

(Pendant ce temps, NIKOLAÏ est assis au bord de son lit. CLARA ouvre la porte de l'appartement de NIKOLAÏ et entre, trempée.)


[CLARA:] C'est Clara.

Est-ce que tu dors?

(NIKOLAÏ sort de sa chambre et rejoint CLARA dans le couloir.)

[NIKOLAÏ:] Non. Non, non.

Viens.

(CLARA se défait de son manteau et de ses bottes et rejoint NIKOLAÏ dans sa chambre.)

[NIKOLAÏ:] Tiens, j'ai pas

vraiment de vêtements pour

filles,

mais ça devrait faire l'affaire.

(NIKOLAÏ donne des vêtements secs à CLARA.)


[CLARA:] Merci. [NIKOLAÏ:] Tu veux rester seule?
[CLARA:] Non, non.

(NIKOLAÏ te tient debout derrière CLARA qui se déshabille. Après avoir enfilé un cardigan, CLARA se retourne et fixe NIKOLAÏ.)

[NIKOLAÏ:] Je bande, maintenant.

À cause de toi.

(CLARA sourit, puis quitte la pièce. NIKOLAÏ ramasse les vêtements mouillés de CLARA et les accroche dans la salle de bain.)

(NIKOLAÏ rejoint CLARA, qui est assise sur le divan du salon.)

[NIKOLAÏ:] J'ai pas de machine

pour sécher les vêtements.

(NIKOLAÏ s'assoit à côté de CLARA.)

[NIKOLAÏ:] T'en as une,

chez toi?


[CLARA:] Oui. [NIKOLAÏ:] J'ai rien.

J'ai 31 ans.

J'ai fait mes beaux-arts,

mais j'ai pas fini.

Enfin si, j'ai fini,

mais j'ai pas mon diplôme.


[CLARA:] Pourquoi? [NIKOLAÏ:] Je dois encore 100$

à la bibliothèque.

J'ai perdu un livre.

(CLARA allonge ses jambes sur NIKOLAÏ.)

[NIKOLAÏ:] Une édition luxueuse

avec du papier luisant.


[CLARA:] Pourquoi tu le

rembourses pas?

[NIKOLAÏ:] J'ai pas 100$.

J'ai pas vraiment besoin

d'un diplôme des beaux-arts

non plus.


[CLARA:] C'était quoi le livre? [NIKOLAÏ:] Les oeuvres de

Francis Bacon.

Minable.

Peindre des bouts de viande,

il s'appelait Bacon.

Minable.

Je sais pas, c'est de mauvais

goût, il me semble.

J'ai perdu le livre.

J'étais fâché.

Je l'ai jeté, je pense.


[CLARA:] Fâché contre qui? [NIKOLAÏ:] Je sais pas.

L'irritation est

toujours en moi.

Tu comprends?


[CLARA:] Pas tout à fait. [NIKOLAÏ:] Si t'étais un mec,

je te proposerais un combat.

Je voudrais de la brutalité.

Je voudrais qu'on jette

des objets contre les murs,

qu'on gueule des insanités.

Mais je vais rester calme.


[CLARA:] T'as-tu déjà frappé une

fille?

[NIKOLAÏ:] Non.

Mais j'ai baisé

des filles n'importe comment.

Violemment.

J'imagine

que je les ai blessées,

mais pas physiquement.


[CLARA:] Raconte. [NIKOLAÏ:] Non.
[CLARA:] Je vais imaginer le

pire.

[NIKOLAÏ:] C'est ça.

Mais je baise plus

très souvent.


[CLARA:] Ça faisait combien

de temps avant ce soir?

[NIKOLAÏ:] Six mois.

Le sexe, c'est surestimé.


[CLARA:] Et pourquoi ce soir? [NIKOLAÏ:] Des amis à moi

m'ont traîné de force.

Littéralement.

Ils sont montés ici.

Je lisais.

Ils m'ont jeté

des vêtements propres.

Ils ont crié des mots

importants:

"la jeunesse",

"la débauche", "l'urgence",

"la nuit", et "le feu".

Je les ai crus.

Je t'ai vue assez rapidement

sur la piste de danse.


[CLARA:] Pourquoi? [NIKOLAÏ:] T'avais l'air libre.

Et pure.

Aussi, tu dansais plutôt mal.


[CLARA:] Merci. [NIKOLAÏ:] Non, non, enfin, pas

nécessairement mal, mais...

off-beat. Ouais, je crois

qu'on peut dire ça.

Quand la foule avait

les pieds au sol,

ton corps tout entier était

projeté dans les airs.

Tu faisais exactement

le contraire de tout le monde.

Comme si t'entendais pas

la même musique qu'eux.

Je vais remarquer une fille

belle qui danse mal

ou une fille laide

qui danse vraiment bien.

Une fille belle qui danse bien,

j'en ai rien à foutre.

Trop banal.

Toi...

T'es une fille plutôt belle

qui danse plutôt mal.

Ça me va.

Ça doit te faciliter la vie,

d'ailleurs, toute cette beauté.

Ta petite gueule solaire, là.

J'ai hésité à aller vers toi.

J'ai tendance à briser

les belles choses.

J'ai l'impression que je suis

une personne nuisible.

Globalement.

On dirait que je suis toujours

un peu en train de m'enfoncer.

Et d'entraîner

les gens bien avec moi.

Ça m'embête assez.


[CLARA:] "Cuba coule en flamme

au milieu du lac Léman

pendant que je descends

au fond des choses."

C'est la première phrase

du roman

dont je t'ai pas fait

la lecture.

Descendre au fond des choses

m'intéresse.

[NIKOLAÏ:] Je vois pas le

rapport. Pas du tout.

S'enfoncer et descendre

au fond des choses,

ça n'a rien à voir.

C'est pas du tout la même chose.

Je vais me chercher

une cigarette.

(NIKOLAÏ quitte le salon, puis revient avec une cigarette allumée à la bouche. NIKOLAÏ se tient debout devant CLARA, toujours assise sur le divan.)

[NIKOLAÏ:] J'ai du mal à payer

mon loyer à chaque mois.

Faudrait que je trouve

un endroit où habiter

qui coûterait moins cher,

mais je sais pas si ça existe.

Ou alors, je devrais trouver

des colocataires, mais...

je peux pas m'y résoudre,

pas habiter avec d'autres gens.

Pas d'autres gens.

J'ai jamais d'argent.

J'en dois à tous mes amis.

De l'argent,

des clopes, de la drogue,

de l'alcool, des restos.

Je dois tout ça,

à tous mes amis.

Je me demande pourquoi

ils m'aiment encore.

(NIKOLAÏ s'assoit sur le sol, le dos contre le divan.)

[NIKOLAÏ:] Je lis beaucoup.

Des oeuvres majeures.

Mais souvent, je termine pas

les romans que je commence.

Au moment où je vais finir

quelque chose,

je m'en désintéresse.

Je suis souvent

saoul l'après-midi.

Une fois, j'ai...

j'ai vomi à côté

des toilettes.

J'ai rien lavé

pour plusieurs jours.

Je mange pas.

Presque jamais.

Je peux pas être

en bonne santé.

Je devrais mourir jeune.

T'as faim?


[CLARA:] Non. [NIKOLAÏ:] J'ai plus le

téléphone.

L'hiver dernier,

il y a eu deux semaines,

ils ont enlevé l'électricité.

J'ai eu froid.

Ça fait au moins cinq ans que je

suis pas allé voir un dentiste.

J'ai une dent

qui s'est cassée, là.

On dirait que je suis

pas capable

de m'occuper de moi-même.

Juste le strict minimum.

Ça emmerde après un temps.

Le plus atroce, c'est que...

je peux blâmer personne d'autre

que moi pour tout ça.

Je peux pas mettre

la faute sur la société,

sur mon pays d'accueil.

On est assez bien ici.

Je suis pas capable

de travailler.

Pas longtemps au même endroit,

en tout cas.

Très vite, on me jette dehors.

J'arrive en retard.

J'arrive saoul.

J'arrive sale.

Je pue. Littéralement.

Je soupçonne qu'on m'ait déjà

montré la porte

parce que je puais.


[CLARA:] Tu sens quand même

correct, ce soir.

[NIKOLAÏ:] J'ai travaillé

plusieurs mois dans un centre

pour personnes âgées.

Les vieux arrivent dans cet

endroit pour mourir, en général.

J'aimais ça assez.

J'étais sous-chef.

Je préparais la soupe.

Les vieux mangent vraiment,

vraiment beaucoup de soupe.

Tous les jours.

Ils m'aimaient parce que

ma soupe était épaisse.


[CLARA:] Pourquoi t'es pas resté

là?

[NIKOLAÏ:] Il y a quelque chose

là-bas qui s'appelle la...

la politique des absences

non motivées.

Alors, à ma troisième absence

non motivée,

la directrice m'a convoqué

dans son bureau

avec un air compréhensif.

Elle m'a demandé

ce qui n'allait pas.

Et comment on pouvait faire

pour se comprendre.

En arriver à une entente.

Je me suis fâché.

Je suis absent et non motivé.

Il y a toujours un matin où...

où le cadran sonne.

Je me réveille

et je me dis: Non.

Pas aujourd'hui.

Je suis trop intelligent

pour ça.

J'y vais pas, je mérite mieux.

Je me dis que ma vie,

ça peut pas être que ça.

Alors, je me sens...

Inspiré, vivant,

plein d'énergie.

Je me dis que j'irai pas

au travail

parce que j'ai des grands

projets.

Je me dis que je vais passer

ma journée

à dessiner, à écrire,

faire de la musique.

Des grandes oeuvres

qui vont changer le monde.

Ces jours-là, j'appelle

pour dire que je suis malade.

Quand on me demande ce que j'ai,

je suis incapable de répondre

comme tout le monde:

un rhume, une indigestion.

Non, je dis plutôt:

"J'ai en moi une urgence

de vivre

et je sens que c'est

aujourd'hui ou jamais."

Ça les rend perplexes.

Puis, je raccroche la ligne

et la plupart du temps,

je ferme les yeux,

juste pour quelques secondes,

puis je me rendors.

Finalement, il est midi

quand je me réveille

et je fais pas

les grands projets.

Je lis des bouts d'articles

sur Wikipédia,

sur les nanorobots,

sur l'intelligence artificielle,

des sujets variés.

Je me branle

devant de la porno

de qualité discutable.

C'est comme si tout

perdait son sens,

mystérieusement,

pendant la matinée.

Je me rappelle plus trop

le message important que...

que j'avais à transmettre

avec mon oeuvre

au début de la journée.

(NIKOLAÏ se lève et va à la fenêtre pour y observer la rue.)

[NIKOLAÏ:] Est-ce que tu lis les

journaux?


[CLARA:] Un peu. [NIKOLAÏ:] Moi, plus maintenant.

J'ai arrêté.

Ça me faisait me sentir

faible, impuissant.

Paralysé.

Je préfère ne rien savoir

de ce qui se passe.

C'est affreux, pourtant.

Parce que c'est pas comme si

c'était une indifférence ciblée.


[CLARA:] Qu'est-ce que tu veux

dire?

[NIKOLAÏ:] Je sais rien, disons,

de la politique du Canada.

(NIKOLAÏ va s'asseoir sur le bras du divan à l'opposée de CLARA.)


[CLARA:] Mais tu sais un peu

pour le Québec

par rapport au reste

du Canada?

[NIKOLAÏ:] Ouais, vaguement,

mais j'ai pas d'opinion.

Je sais rien non plus

de la politique de l'Ukraine.

C'est un désintérêt général,

pour le monde en général.

Je parle pas ukrainien.

À peine le russe.


[CLARA:] Avec tes parents,

tu parles quelle langue?

[NIKOLAÏ:] Russe.
[CLARA:] Dis quelque chose en

russe.

[NIKOLAÏ:] Pourquoi?
[CLARA:] Pour entendre.

Comment ça sonne?

C'est beau, non?

[NIKOLAÏ:] N'importe quoi.

(NIKOLAÏ s'assoit sur le divan.)

[NIKOLAÏ:] C'est un mauvais

passage

dans une mauvaise romance.


[CLARA:] Dis pas de romance. Je

te demande de dire une phrase.

Dis que la télévision

est par terre.

(NIKOLAÏ dit une phrase en russe.)

[NIKOLAÏ:] Je suis pas

Ukrainien, en fait.

Je sais pas du tout

comment ça se passe là-bas.

Je sens pas ce pays-là en moi.


[CLARA:] C'est triste. [NIKOLAÏ:] C'est sans

importance.

Des fois, j'ai une envie

incontrôlable.

Il faut que je mange

des varenyky.


[CLARA:] C'est quoi? [NIKOLAÏ:] C'est un gros

ravioli.

Viande et pomme de terre.

C'est lourd.

Tu peux en avoir

des sucrés aussi.

Il existe une tradition,

quand tu manges des varenyky,

il faut toujours en laisser un

dans l'assiette.


[CLARA:] Pourquoi? [NIKOLAÏ:] Pour les vautours.

Mais moi, quand je peux

me payer des varenyky,

je les mange tous.

Tant pis pour les vautours.


[CLARA:] Les vautours,

c'est des animaux fascinants.

[NIKOLAÏ:] OK.
[CLARA:] Ils sont charognards.

Ils mangent les carcasses

d'animaux morts

quand les prédateurs ont pris

tout ce qu'il y avait de bon.

Ils peuvent pas chasser

leur proie.

Mais c'est pas par paresse,

c'est physiologique.

[NIKOLAÏ:] Qu'est-ce qu'ils ont?
[CLARA:] C'est leur bec.

Il est trop mou ou trop long,

je sais plus trop, mais...

ils sont pas capables de

déchirer la peau des mammifères.

Ils peuvent pas se battre avec

les autres rapaces non plus.

[NIKOLAÏ:] Humiliant.
[CLARA:] Peut-être.

Mais ils ont quand même une

espérance de vie de 35 ans.

C'est long pour un oiseau.

En fait, tu ressembles

assez à un vautour.

[NIKOLAÏ:] N'importe quoi.
[CLARA:] Les joues creusées,

les cernes,

les yeux foncés. Tout est là.

[NIKOLAÏ:] Tu sais, un jour, une

fille est devenue enceinte de

moi.

C'était une fille d'un soir.

Exactement comme toi.

Je me suis conduit

comme un réel salaud.

Elle est venue ici, m'a annoncé

qu'elle était enceinte.

Heureusement,

elle en voulait pas.

Je lui ai dit

que je l'aiderais

et j'ai arrêté de répondre

quand elle sonnait.

J'ai été dur.

Elle pleurait sans cesse.

Elle était fragile.

Un jour, elle est venue ici.

Elle m'a dit: "Tout

ce que je te demande,

"c'est de me regarder

dans les yeux

"et de me dire:

"'C'est une triste histoire,

"mais nous faisons

la bonne chose.

"Un jour, un homme viendra

et te fera un enfant

"parce que t'es une femme bien.

"Tu serais une mère bien.

"C'est pas pour nous,

pas maintenant.

Voilà tout."


[CLARA:] Est-ce que tu lui as

dit?

[NIKOLAÏ:] Non.

Je lui ai dit que j'irais avec

elle à la clinique d'avortement,

mais j'ai choisi

de disparaître.

Je l'ai plus revue après ça.


[CLARA:] T'aurais dû y aller

avec elle.

Ça m'est déjà arrivé,

un peu le même

genre d'histoire.

[NIKOLAÏ:] Alors, t'es

réellement une fille facile.


[CLARA:] Hein? [NIKOLAÏ:] Quoi?

T'aimes pas ça,

descendre au fond des choses?

Tu sais pas ce que c'est,

descendre au fond des choses?

Tu dis des phrases

que tu comprends pas.

Ton pays en détresse?

Mais quel pays en détresse?

Qu'est-ce que tu fais

pour ton pays en détresse?

Tu danses dans les after-partys

sur une musique sans paroles

composée sur mesure

pour des robots

qui parlent aucune langue.

Des mecs, tous androgynes,

l'air un peu pédé.

Des filles sans courbes

avec des têtes de poupée.

Des visages ravagés

et fiers de l'être.

Fiers d'être drogués, perdus,

paumés...

avortés même, dans ton cas.

(CLARA se relève rapidement, ramasse son manteau et ses bottes et s'enferme dans la salle de bain. NIKOLAÏ lui parle à travers la porte.)

[NIKOLAÏ:] Toute façon, on n'a

rien à voir ensemble.

Rien!

(CLARA sort en trombe de la salle de bain, quitte l'appartement et claque la porte. NIKOLAÏ entend CLARA dévaler l'escalier. Puis, NIKOLAÏ va au salon et ouvre la fenêtre.)

[NIKOLAÏ:] Clara, pars pas, s'il

te plaît.


CLARA (En criant)

Fuck you!

(Peu après, NIKOLAÏ sort de l'immeuble en courant à la suite de CLARA et la rejoint plus loin dans la rue. NIKOLAÏ agrippe CLARA et la retient.)


[CLARA:][Criant en se

libérant de l'emprise de

NIKOLAÏ] Fuck you!

Esti de lâche!

J'ai baisé un loser!

Tu feras jamais rien de ta vie.

Tu pourrais mourir maintenant,

ça changerait rien.

Tu sers à rien. Tu sers à rien!

(Hurlant)

Tu sers à rien!

(CLARA a repoussé NIKOLAÏ, mais NIKOLAÏ la suit dans la rue, la rejoint et la retient contre lui.)

(CLARA se défend en donnant des coups à NIKOLAÏ.)


[CLARA:] Tu penses que t'es le

seul

qui a compris

qu'on se fait chier ici?

J'haïs ça autant que toi.

Pauvre con pathétique.

Esti de con pathétique.

(Une fois de plus, CLARA réussit à se défaire de l'emprise de NIKOLAÏ, mais NIKOLAÏ se lance de nouveau à sa poursuite et l'attrape par le bras.)


CLARA (Hurlant)

Lâche-moi!

(CLARA et NIKOLAÏ luttent pendant un moment, puis restent enlacés l'un à l'autre après la bagarre. CLARA reprend son souffle.)

(CLARA et NIKOLAÏ se retrouvent ensemble sous la douche, dans l'appartement de NIKOLAÏ. NIKOLAÏ lave et masse CLARA avec un pain de savon, puis c'est au tour de CLARA de laver et de masser NIKOLAÏ.)

(Tenant ses jambes enlacées dans ses bras, CLARA est assise dans le bain de NIKOLAÏ. NIKOLAÏ est assis sur le siège de toilette, à côté du bain.)

[NIKOLAÏ:] Pourquoi tu sais

autant de choses sur les

vautours?


[CLARA:] Parce qu'un de mes

élèves

a fait son travail d'étape

sur les vautours.

Une grosse recherche quand même.

[NIKOLAÏ:] T'es professeur?
[CLARA:] Oui.

Une classe de troisième année.

[NIKOLAÏ:] Ils ont quel âge

en troisième année?


[CLARA:] 8, 9 ans. [NIKOLAÏ:] T'as pas le profil

d'un professeur

de troisième année, Clara.


[CLARA:] Je sais.

Je suis pas très bonne

non plus, je pense.

On est syndiqués,

sinon je me serais fait mettre

à la porte depuis longtemps.

En fait, j'ai déjà eu

des avertissements, comme toi

dans ta maison de vieux.

[NIKOLAÏ:] Pourquoi?
[CLARA:] Bien, je suis quand

même assez souvent absente.

Je respecte pas

le code vestimentaire.

Je dis des trucs vrais

aux petits, des fois.

La direction aime pas trop ça.

[NIKOLAÏ:] Des trucs vrais?
[CLARA:] Rien de trop grave.

Je me censure beaucoup.

[NIKOLAÏ:] C'est mieux.

J'imagine.


[CLARA:] Ouais.

J'ai une job et une sécheuse.

Mais c'est n'importe quoi

quand même, tout ça.

Les fins de semaine

commencent le jeudi

et finissent

le dimanche soir.

J'en manque pas une.

Je me saoule.

Je bois des shooters de vodka

jusqu'à vomir

dans les lavabos des bars.

Je prends pas mal

de drogue, aussi.

De la coke, des MDMA,

des ecstasys, des speeds.

Juste des trucs

qui donnent de l'énergie...

ou qui donnent envie de baiser.

Je les mélange toutes.

C'est toujours pareil.

Quand le soleil commence

à se lever, je panique.

La vraie vie me rattrape.

Je me sens complètement vide.

Je suis absolument rien.

Rien d'autre qu'un corps.

Un corps qui danse,

qui baise,

qui reflète la lumière.

Je suis rien d'autre que...

de la sueur.

La mienne et celle des autres

qui se mélange sur ma peau.

Rien d'autre que mes cheveux

qui revolent dans tous les sens

à chaque fois que je saute dans

les airs sur la piste de danse.

Tu comprends?

J'ai un corps, mais...

il y a rien qui habite ce corps.

Je suis une surface.

Une enveloppe corporelle vide.

Je sais pas si tu comprends.

À l'aube, j'ai peur.

Je peux pas supporter

que l'euphorie arrête.

J'ai envie de pleurer, mais...

j'ai aucune larme en moi.

J'ai envie de rien.

Absolument rien.

Je peux rien manger,

même pas des fruits frais.

Il y a aucun endroit au monde

où j'ai envie d'être.

Il y a pas de musique

qui convient

pour ces moments-là non plus.

Être seule, c'est insupportable,

mais...

il y a personne avec qui

j'ai envie d'être non plus.

Je suis loin de tout.

Loin de tout le monde.

Souvent, vers 6h du matin, je

vais reprendre une autre pilule.

Ça va me garder réveillée

pour un autre huit heures.

Je vais chercher un autre party.

C'est l'heure où le monde normal

sont rentrés chez eux

depuis longtemps.

Ils ont raison.

C'est l'heure où il reste juste

le monde qui ont pas encore

trouvé ce qu'ils cherchaient

ou qui savent même plus

qu'est-ce qu'ils cherchent.

Je baise beaucoup aussi.

Je baise des inconnus

que je rencontre le soir même.

Je vais chez eux.

Des appartements nouveaux comme

le tien, j'en connais pas mal,

un peu partout dans la ville.

Je sais plus avec combien

de gars j'ai couché dans ma vie.

Je baise dans les ruelles,

dans les stationnements.

Je m'invente un nom, des fois.

Je laisse des hommes m'enculer.

C'est moi qui leur demande,

souvent.

J'aime avoir mal.

J'aime ça voir dans leurs yeux

qu'ils me trouvent salope.

Je veux être désirée.

J'aime ça rentrer dans une pièce

et sentir que tous les hommes

me désirent.

Qu'ils me veulent,

qu'ils en viennent fous.

Où t'étais, toi, la nuit

dernière, à cette heure-ci?

[NIKOLAÏ:] Ici. Je dormais.
[CLARA:] Moi, j'étais dans

un appartement dans Saint-Henri

avec deux autres

gars et une fille.

On a couché

tous les quatre ensemble.

[NIKOLAÏ:] C'étaient qui, ces

gens-là?


[CLARA:] Un couple que j'ai

rencontré dans un bar.

Avec un de leurs amis.

De belles personnes.

La fille avait un piercing

sur le clitoris.

Je savais pas trop

quoi faire avec ça.

Je me jette tête baissée

dans ce genre d'histoire là.

Des fois, je reviens à moi

tout d'un coup.

J'ai comme un moment

de lucidité.

La nuit dernière,

je me suis mise à réfléchir.

Je tenais les deux pénis

de ces deux hommes-là,

un dans chaque main.

L'abondance.

J'étais pas vraiment avec eux.

J'étais pas... complètement

ailleurs non plus.

Je me regardais agir

de haut comme...

distanciée.

J'étais nulle part.

Le lundi matin à l'école,

j'ai honte.

Je suis pas capable de regarder

les élèves dans les yeux.

Et à mesure que la semaine

avance, bien...

les images de la fin

de semaine disparaissent.

Je redeviens quelqu'un de bien.

C'est vraiment une double vie.

J'imagine que mes collègues

seraient vraiment troublés

d'apprendre ça.

La plupart,

c'est des filles de mon âge.

Ils en ont vraiment aucune idée.

Ma mère non plus.

[NIKOLAÏ:] Mais là...

Est-ce qu'on a le sida

ou quelque chose?


CLARA (Gloussant)

Non.

Je viens de me faire tester.

Une fois, il y a six mois,

j'ai eu une chlamydia, mais...

c'est guéri depuis longtemps,

inquiète-toi pas.

[NIKOLAÏ:] Qui te l'avait filé?

Tu sais?


[CLARA:] Non.

C'est dégueulasse, hein?

[NIKOLAÏ:] Un peu.
[CLARA:] Il y a rien qui me fait

rien.

Il y a constamment comme...

un brouillard entre moi

et les choses.

Comme si rien de tout ça

était réel.

C'est un jeu.

Je fais une représentation.

Un long spectacle.

Quand j'ai commencé

à baiser autant, j'avais...

une nouvelle peine d'amour

à chaque fin de semaine.

Une nouvelle déception.

J'avais l'impression

d'avoir été proche de...

... de quelqu'un

ou de quelque chose,

mais ça disparaissait,

tout le temps.

Je me suis endurcie.

Avec le temps, j'ai compris.

Je couche

avec tous ces hommes-là,

mais j'appartiens à aucun d'eux.

Je profite d'eux

autant qu'eux profitent de moi.

Je suis féministe.

Baiser, c'est tellement simple.

Les femmes ont des vagins,

les hommes ont des pénis.

On est programmés pour ça.

C'est tout ce qui nous unit,

toi et moi.

Toi et mille variations de toi.

Moi et mille variations de moi.

Des couples hasardeux

fondés sur la géométrie simple

des organes internes

et externes.

Je m'agite tout le temps.

Dans tous les sens.

J'ai jamais le sentiment

que les choses sont en place.

Plus je vieillis,

moins j'ai d'intuition claire

sur ce que c'est...

la vie.

Je crois en rien.

Je pense sincèrement

que j'ai pas d'idéaux.

C'est trop impliquant.

Si je crois en quelque chose,

j'ai peur de changer d'idée

ou... d'arrêter d'y croire.

On dirait que je suis pas

capable d'appartenir au monde,

d'en faire partie réellement.

C'est vrai que je cite

des passages d'un livre

que je comprends pas.

J'ai aucune idée

de ce qu'il faut faire

pour mon pays en détresse.

Je pense même qu'au fond,

je m'en câlisse complètement.

Les gens que j'aime vraiment,

on dirait que...

qu'ils font partie

d'un autre monde.

Ils poursuivent pas vraiment

d'objectifs,

ni individuel ni collectif.

Ils traversent la vie comme

des petits fantômes blancs.

(Murmurant)

Leurs pas laissent

pas de traces sur le sol.

Ils font pas de bruit non plus.

Ils sont presque invisibles.

Ils pourraient

disparaître complètement,

ça changerait presque rien.

Peut-être même

que personne s'en apercevrait.

Je suis comme eux.

Je voudrais juste que ça se

déroule à peu près normalement.

Naissance, vie, mort.

Peut-être...

trouver une ou deux vérités

et m'y tenir.

Une force qui me retiendrait

du côté des vivants.

Ici, maintenant.

Juste arrêter de m'envoler

vers la noirceur tout le temps.

J'ai l'impression de me débattre

avec tout, tout le temps.

Je suis quand même

un peu fatiguée.

Ça me dérange pas de me battre.

J'ai de l'endurance en fait,

c'est juste que là...

... c'est un combat

vraiment trop absurde.

C'est de la lutte,

de la nage sur place

dans le creux.

Je fais juste ce qu'il faut

pour rester à la surface,

juste le minimum

pour pas me noyer.

(Sanglotant)

Mais fuck, j'avale de l'eau.

Des bonnes gorgées.

C'est violent.

Ça fait mal.

Je pense que je suis

vraiment fatiguée.

(CLARA prend une grande respiration.)


[CLARA:] Je pense que ça

me dérangerait pas de mourir.

C'est vraiment ça que je pense.

(Sanglotant)

Il faut que

quelqu'un s'occupe de moi.

Quelqu'un de fort,

qui m'attrape

et qui me transporte...

... je sais pas où.

Là où est-ce qu'il faut

que je sois.

(CLARA verse des larmes.)


CLARA (Sanglotant)

On me

dépose...

Les choses se calment.

Et je peux respirer doucement.

Juste...

respirer doucement.

(CLARA pleure, puis prend une longue et profonde respiration, suivi d'une autre. NIKOLAÏ caresse le visage de CLARA. CLARA pose son visage sur le genou de NIKOLAÏ, puis elle pleure abondamment.)

(CLARA et NIKOLAÏ sont maintenant sur le toit de l'immeuble, couchés en cuillère sur un matelas et emmitouflés dans des sacs de couchage.)

(Alors que l'aube pointe à l'horizon et que NIKOLAÏ dort toujours, CLARA se réveille, se lève et se dirige vers le bord du toit, fixant la rue, quelques étages plus bas.)

(Devant un tableau vert de salle de classe, des enfants se succèdent pour réciter des phrases de poèmes et de chansons célèbres de la langue française en se tenant debout, à l'avant de la classe.)


[FILLETTE 1:] "C'est une langue

belle avec des mots superbes

"Qui porte son histoire

à travers ses accents

"Où l'on sent la musique

et le parfum des herbes

"Le fromage de chèvre

et le pain de froment

"Et du Mont-Saint-Michel

jusqu'à la contrescarpe

"En écoutant parler

les gens de ce pays

"On dirait que le vent

s'est pris dans une harpe

"Et qu'il en a gardé

toutes les harmonies

"Dans cette langue belle

aux couleurs de Provence

"Où la saveur des choses

est déjà dans les mots

"C'est d'abord en parlant

que la fête commence

Et l'on boit des paroles

aussi bien que de l'eau"

[GARÇON 1:] "Tu te lèveras tôt

"Tu mettras ton capot

"Et tu iras dehors

"L'arbre dans ta ruelle

"Le bonhomme dans le port

"Les yeux des demoiselles

"Le bébé qui dort

"C'est à toi tout cela

"Tu toucheras la terre

"La mer porteuse d'îles

"Tu verras les bateaux

"La barrière et le moine

"Le château et le pont

"Et tous les champs d'avoine

"C'est ton pays

"Et tu rentreras lourd

"Pour avoir fait le tour

"De ce qui est à toi

"Et tu diras à ta mère

"Que l'horizon est clair

Et elle sera fière

D'être de ce pays-là"


[MIKA:] "Pour un instant,

j'ai oublié mon nom

Ça m'a permis enfin

d'écrire cette chanson"

(Assise au milieu de la classe, CLARA applaudit. Les autres enfants de la classe applaudissent à la suite de CLARA, tandis que MIKA retourne s'asseoir.)


[CLARA:] Bravo, Mika.

Juliette, c'est à ton tour.

(Une fillette quitte son pupitre et se dirige vers l'avant de la classe.)


[JULIETTE:] "Je vaincrai demain

"La nuit et la pluie

"Car la mort...

Car la mort n'est que..."

(JULIETTE hésite.)


[CLARA:] "N'est qu'une toute

petite chose glacée."


[JULIETTE:] "Je vaincrai demain

"La nuit et la pluie

"Car la mort n'est

qu'une toute petite chose glacée

"Elle n'a aucune

sorte d'importance

"Je lui tendrai demain

"Mais demain seulement

"Demain

Les mains pleines

D'une extraordinaire douceur"

(Les yeux humides, CLARA sourit, soupire et fixe la caméra.)

(Début générique de fermeture)


[MARTHA WAINWRIGHT:] ♪ Voilà

combien de jours

voilà combien de nuits ♪

♪ Voilà combien de temps

que tu es reparti ♪

♪ Tu m'as dit cette fois

c'est le dernier voyage ♪

♪ Pour nos coeurs déchirés

c'est le dernier naufrage ♪

♪ Au printemps tu verras

je serai de retour ♪

♪ Le printemps c'est joli

pour se parler d'amour ♪

♪ Nous irons voir ensemble

les jardins refleuris ♪

♪ Et déambulerons

dans les rues de Paris ♪

♪ Dis ♪

♪ Quand reviendras-tu? ♪

♪ Dis ♪

♪ Au moins le sais-tu? ♪

♪ Que tout le temps qui passe ♪

♪ Ne se rattrape guère ♪

♪ Que tout le temps perdu ♪

♪ Ne se rattrape plus ♪

♪ Le printemps s'est enfui

depuis longtemps déjà ♪

♪ Craquent les feuilles mortes

brûlent les feux de bois ♪

♪ À voir Paris si beau

en cette fin d'automne ♪

♪ Soudain je m'alanguis

je rêve je frissonne ♪

♪ Je tangue je chavire

et comme la rengaine ♪

♪ Je viens je viens je viens

je tourne je me traîne ♪

♪ Ton image me hante

je te parle tout bas ♪

♪ J'ai besoin d'amour

et j'ai le mal de toi ♪

♪ Dis ♪

♪ Quand reviendras-tu? ♪

♪ Dis ♪

♪ Au moins le sais-tu? ♪

♪ Que tout le temps qui passe ♪

♪ Ne se rattrape guère ♪

♪ Que tout le temps perdu ♪

♪ Ne se rattrape plus ♪

♪ J'ai beau t'aimer toujours

j'ai beau t'aimer de toi ♪

♪ J'ai beau t'aimer de moi

j'ai beau t'aimer d'amour ♪

♪ Si tu ne comprends pas

qu'il te faut revenir ♪

♪ Je ferai de nous deux

mes plus beaux souvenirs ♪

♪ Je reprendrai la route

le monde de mes merveilles ♪

♪ J'aimerais chanter

un autre Soleil ♪

♪ Je ne suis pas la seule

qui meurt de chagrin ♪

♪ Mais je n'ai pas la vertu

des femmes de marins ♪

♪ Dis ♪

♪ Quand reviendras-tu? ♪

♪ Dis ♪

♪ Au moins le sais-tu? ♪

♪ Que tout le temps qui passe ♪

♪ Ne se rattrape guère ♪

♪ Que tout le temps perdu ♪

♪ Ne se rattrape plus ♪

♪ Dis ♪

♪ Quand reviendras-tu? ♪

♪ Dis ♪

♪ Au moins le sais-tu? ♪

♪ Que tout le temps qui passe ♪

♪ Ne se rattrape guère ♪

♪ Que tout le temps perdu ♪

♪ Ne se rattrape plus ♪

(Fin générique de fermeture)

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