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Mourning for Anna

Winter is coming to an end. Young violinist Anna is murdered by a stranger in her apartment. Devastated by her death, her mother Françoise leaves Montreal to take lonely refuge in a house she inherited from her mother’s ancestors in Kamouraska.



Réalisateur: Catherine Martin
Acteurs: Guylaine Tremblay, François Papineau, Denis Bernard
Production year: 2010

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


Sur une scène, les musiciens d'un quatuor à cordes jouent une pièce de musique. FRANÇOISE est assise parmi le public dans la salle. Elle regarde et écoute le spectacle en souriant. Les musiciens arrêtent de jouer et les spectateurs applaudissent. FRANÇOISE sourit à sa fille ANNA sur la scène.


Titre :
Trois temps après la mort d'Anna


Une femme est couchée sur un lit dans une chambre.


FRANÇOISE et un ENQUÊTEUR sont debout devant une civière sur laquelle est posé un corps dans un sac. Un homme en sarrau blanc ouvre le sac pour laisser voir le visage d'ANNA. FRANÇOISE est troublée. FRANÇOISE et l'ENQUÊTEUR quittent la pièce.


Dans un couloir, FRANÇOISE parle avec l'ENQUÊTEUR.


FRANÇOISE

(Froidement)

Oui, c'est Anna.


ENQUÊTEUR

Merci.

On a rejoint votre ex-mari.

Sa femme l'a prévenu.

Il est en voyage à l'étranger.

Il devrait arriver ce soir.

Vous comprenez que, pour

les besoins de l'enquête,

il va falloir que je vous pose

quelques questions.

Ça peut attendre à demain

si vous voulez.


FRANÇOISE

Non, allons-y.


ENQUÊTEUR

Venez.


FRANÇOISE

Mais qui aurait pu vouloir

la tuer?


L'ENQUÊTEUR prend le bras de FRANÇOISE pour qu'elle le suive dans le corridor. FRANÇOISE perd connaissance et s'effondre.


Dans un salon, FRANÇOISE est assise dans le noir sur un divan. Elle reste immobile. On entend la sonnette d'une porte. Elle se lève et ouvre à JEAN-PIERRE. Elle l'enlace.


JEAN-PIERRE et FRANÇOISE son assis sur le divan.


FRANÇOISE

Si j'étais restée avec elle

après le concert,

peut-être que...


JEAN-PIERRE

(À voix basse)

Pense pas à ça.


FRANÇOISE

Elle a dû avoir

tellement peur!


JEAN-PIERRE sanglote.


FRANÇOISE marche sur un champ enneigé.


Dans une maison, FRANÇOISE allume un feu dans un foyer. Elle enlève des draps blancs qui recouvrent les meubles. Elle se couche sur un lit, gémit et pleure.


FRANÇOISE se penche sur un lit et déplace des draps. Elle découvre le visage d'ANNA qui dort.


FRANÇOISE

Anna!

Réveille-toi, y a des choses

à faire.


ANNA se réveille.


ANNA

Laisse-moi dormir.

Je suis morte.


FRANÇOISE

Lève-toi!

Y a des choses à faire


FRANÇOISE secoue ANNA.


FRANÇOISE

Y a des choses à faire.


Dans un lit, FRANÇOISE se réveille en sursaut. Elle respire profondément.


Dans le noir, FRANÇOISE mange seule à une table. On entend un téléphone sonner. FRANÇOISE hésite puis éloigne son assiette.


FRANÇOISE s'assoit à un bureau et compose un numéro sur un téléphone.


SHOPIE

(Au téléphone)

Allô?


FRANÇOISE

Bonsoir, Sophie.

C'est moi, Françoise.

Est-ce que je peux parler

à Jean-Pierre, s'il te plaît?

Merci.


JEAN-PIERRE

(Au téléphone)

Allô?


FRANÇOISE

T'as appelé tout à l'heure?


JEAN-PIERRE

(Au téléphone)

Oui.


FRANÇOISE

J'étais loin du téléphone.


JEAN-PIERRE

(Au téléphone)

Ça va, t'as fait bon voyage?


FRANÇOISE

Ouais, ça va.

La maison est poussiéreuse.

Je me rendais pas compte

que ça faisait aussi longtemps

que j'étais pas venue.


JEAN-PIERRE

(Au téléphone)

Il doit faire froid. La maison

est difficile à chauffer.


FRANÇOISE

J'aurai pas froid.

Inquiète-toi pas.


JEAN-PIERRE

(Au téléphone)

Je peux venir si tu veux.


FRANÇOISE

T'es gentil, mais ça sera pas

nécessaire.

Reste avec Sophie.

T'as besoin d'être

auprès d'elle.

Je me suis toujours sentie bien

ici, Jean-Pierre. Tu le sais.


On entend JEAN-PIERRE sangloter au téléphone.


FRANÇOISE

Fais attention à toi.


FRANÇOISE raccroche.


FRANÇOISE est assise seule à une table. Elle pleure.


FRANÇOISE est couchée et pleure.


FRANÇOISE prend une douche.


À l'extérieur, FRANÇOISE se penche pour toucher à une branche de rosier desséché qui perce la neige. Elle se pique le doigt sur une épine. Son doigt saigne. Elle suce son doigt et remet son gant. Elle cueille des tiges de rosiers. Elle marche sur les rives gelées du fleuve St-Laurent.


Dans le noir, FRANÇOISE marche sur une rue. Elle remarque une lumière dans la fenêtre d'une maison.


Dans sa maison, FRANÇOISE balaie le plancher.


FRANÇOISE met agressivement des draps blancs dans un sac à poubelle. Elle sort le sac dehors.


Dans une épicerie, le caissier GHISLAIN met des achats de FRANÇOISE dans un sac.


GHISLAIN

J'étais inquiet.

D'habitude, tu viens

tous les jours.

Là, je pensais que t'étais

repartie à Montréal

sans me le dire.


FRANÇOISE

Je ferais jamais ça.


GHISLAIN

Je le sais. C'est pour ça

que j'étais inquiet.

Ça va, toi?


FRANÇOISE

Oui, ça va.


GHISLAIN soulève une bouteille de vin.


GHISLAIN

Je te la mets-tu

dans un autre sac?


FRANÇOISE

Non, c'est beau.


Le caissier met la bouteille dans le sac.


GHISLAIN

J'ai pas vu Anna

depuis longtemps.

J'imagine qu'avec ses concerts,

ça doit l'occuper pas mal.


FRANÇOISE

(Émue)

Oui.


GHISLAIN

En tout cas, avec ma mère,

on est pas mal fiers d'elle.

Tu lui diras de venir nous voir.


FANÇOISE est troublée. Elle prend ses sacs et sort.


FRANÇOISE

Merci, Ghislain. Salut!


GHISLAIN

(Étonné)

Salut.


FRANÇOISE entre dans sa voiture. Elle pose sa tête contre le volant. Elle respire profondément et gémit.


Dans sa maison, FRANÇOISE sort une robe d'un tiroir et la renifle. Elle dispose la robe sur un lit et se couche à côté d'elle. Elle flatte la robe.


FRANÇOISE regarde l'eau d'une rivière couler. Elle marche en raquettes sur la neige dans une forêt. Elle prend de la neige et y goûte. Elle marche dans la forêt.


FRANÇOISE crie. Des oiseaux lui répondent. FRANÇOISE est couchée dans la neige. Le soleil se couche et le vent se lève.


Dans la forêt, ÉDOUARD ramasse un lièvre gelé pris dans un collet. Il marche sur la neige en raquettes. Il s'approche de FRANÇOISE qui est couchée dans la neige. Il se penche sur elle et vérifie qu'elle respire.


Dans une maison, ÉDOUARD déshabille FRANÇOISE et la couche sur un lit. Elle tremble de froid. Il la recouvre de couvertures. FRANÇOISE gémit et parle comme si elle délirait. ÉDOUARD pose une serviette sur son front et essaie de la calmer.


ÉDOUARD

(Doucement)

Chut...


Il se colle contre elle. FRANÇOISE se calme.


Assis sur un siège près du lit où FRANÇOISE dort, ÉDOUARD s’assoupit. FRANÇOISE se réveille en sursaut. ÉDOUARD la recouche. Il se lève et nourrit un feu dans un poêle.


Des mains caressent un bol sur une table. Une des mains se pose sur l'autre.


Au matin, FRANÇOISE se réveille. ÉDOUARD lit un livre près d'elle.


ÉDOUARD

Bonjour.


FRANÇOISE

Bonjour, Édouard.


ÉDOUARD

J'étais pas sûr

que tu m'avais reconnu.


FRANÇOISE

J'ai reconnu la maison

en premier.


ÉDOUARD

Comment tu te sens?


FRANÇOISE

J'ai dormi longtemps?


ÉDOUARD

Ouais.


FRANÇOISE soupire.


FRANÇOISE

Je voudrais m'habiller,

s'il te plaît.


ÉDOUARD se lève. FRANÇOISE s'assoit avec difficulté. Elle gémit et soupire. ÉDOUARD lui apporte ses vêtements.


ÉDOUARD

Tu dois avoir faim.


FRANÇOISE s'habille et se lève. Elle rejoint ÉDOUARD qui prépare de la nourriture à la cuisine et s'assoit à la table.


ÉDOUARD

Ça fait longtemps.


FRANÇOISE

Au moins 30 ans.


ÉDOUARD

Trente-deux.


ÉDOUARD pose une tranche de pain devant FRANÇOISE et la beurre.


FRANÇOISE

Je veux rentrer chez moi.


ÉDOUARD

Il faut que tu manges.


ÉDOUARD dépose de la confiture sur le pain.


FRANÇOISE

J'ai pas faim.


ÉDOUARD aide FRANÇOISE à mettre son manteau.


FRANÇOISE

Je vais marcher.


ÉDOUARD

Je vais aller te reconduire.


ÉDOUARD et FRANÇOISE marchent sur une route.


Ils atteignent la maison de FRANÇOISE.


ÉDOUARD

T'es correcte? T'es sûre?


FRANÇOISE

Oui, oui, ça va aller, merci,

Édouard.


ÉDOUARD

Comment ça se fait

que t'étais couchée

dans le bois,

pas blessée, rien?

Si j'étais pas allé lever

mes collets...


FRANÇOISE

J'ai été chanceuse

que tu passes par là.


ÉDOUARD

Oublie ça.

Bon, bien, salut.


ÉDOUARD s'éloigne.


ÉDOUARD

Viens me voir.

Je suis pas sorteux.


À l'intérieur, FRANÇOISE attise un feu dans son foyer. Elle pleure.


Dans un grenier, FRANÇOISE fouille dans un coffre. Elle trouve une petite boîte et l'ouvre. La boîte contient des roses séchées. Sur un ruban autour d'une rose, on peut lire les mots «... de Édouard ».


À l'extérieur, FRANÇOISE marche jusqu'à la maison d'ÉDOUARD.


Dans la maison d'ÉDOUARD, FRANÇOISE est assise à table. ÉDOUARD tient un plat de biscuits.


ÉDOUARD

Ça sent bon.

Des biscuits à la mélasse.


FRANÇOISE

Je les fais depuis

que je suis toute petite.

C'est grand-maman

qui m'a montré la recette.


ÉDOUARD

Attends.



ÉDOUARD va cherche un bol et le pose sur la table.


ÉDOUARD

Pour les biscuits

de ta grand-mère,

ça prend le bol

de ma grand-mère.


ÉDOUARD dépose des biscuits dans le bol. FRANÇOISE examine le vieux bol. ÉDOUARD remplit une tasse de thé.


FRANÇOISE

(Émue)

J'ai une fille.

Elle s'appelle Anna.

Elle a 23 ans,

elle est violoniste.

La musique, c'est toute sa vie.

Elle fait partie

d'un quatuor à cordes.

Ils ont donné un concert

il y a quelques semaines,

ils ont joué un des derniers

quatuors de Beethoven.

Ce soir-là...

je l'avais jamais vue jouer

comme ça.

C'était tellement beau.

Je l'oublierai jamais.

C'est une pièce difficile.

Un jour, elle m'a dit

que, si elle arrivait

à jouer ça en concert,

elle pourrait mourir.

C'est une enfant très intense.


ÉDOUARD

C'est le moins

qu'on puisse dire.


FRANÇOISE

J'ai toujours eu besoin

de sécurité,

j'ai toujours eu peur.

Anna, elle, elle a pas peur.

Elle est portée

par quelque chose:

la foi en ce qu'elle fait.

Ça lui donne beaucoup de force.

C'est une vieille âme.


ÉDOUARD

Je t'envie.

D'avoir un enfant.


ÉDOUARD s'allume une cigarette.


FRANÇOISE

Ça fait combien de temps

que t'es revenu par ici?


ÉDOUARD

C'est mon deuxième hiver.


FRANÇOISE

T'étais où avant?


ÉDOUARD

Ici et là.

Je me suis promené pas mal.

Mes parents sont morts

il y a dix ans.

C'est mon frère Maurice

qui m'a vendu la maison.


FRANÇOISE

T'as continué à peindre.

Quand t'avais 16 ans, tu disais

que c'était ça

que tu voulais faire.


ÉDOUARD

Et toi?

Pourquoi t'es là?


FRANÇOISE se dirige vers la porte pour sortir. ÉDOUARD est derrière elle. Elle soupire.


FRANÇOISE

Ma fille est morte.

Puis toi, t'es venu me chercher

dans le bois.


FRANÇOISE sort.


Dans une chambre, FRANÇOISE est assise, immobile.


Dans la cuisine, FRANÇOISE fait réchauffer de la soupe. Elle pose péniblement un bol de soupe sur la table.


Une dame âgée entre dans la pièce et ferme le rond du poêle. Elle prend FRANÇOISE par les épaules.


FRANÇOISE

Grand-maman.

(Triste)

Pourquoi c'est pas moi

qui est morte?

Je ne veux plus vivre.


GRAND-MÈRE

Je le sais.

Je prie pour toi.


FRANÇOISE

Reste avec moi.


GRAND-MÈRE enlace FRANÇOISE.


GRAND-MÈRE

Je suis là.


ÉDOUARD marche sur la route sous le vent de l'hiver. Il frappe à la porte de la maison de FRANÇOISE. La porte s'ouvre.


ÉDOUARD

Salut. Je suis venu te

chercher. Je t'invite à souper.


FRANÇOISE entre chez ÉDOUARD. Un lièvre gelé est pendu devant la porte. FRANÇOISE voit le sang du lièvre sur la neige et a un malaise. Elle vomit. ÉDOUARD s'approche d'elle.


Dans la maison d'ÉDOUARD, FRANÇOISE et ÉDOUARD sont assis à la table.


ÉDOUARD

C'est arrivé quand?


FRANÇOISE

Le 17 février.

La nuit après son concert.

Anna, c'était la douceur même.

Tout le monde l'aimait.

(En colère)

Il a fallu qu'un fou...

Je voudrais qu'il meure...

lentement...

au bout de son sang...

dans des souffrances

horribles.


FRANÇOISE sanglote.


FRANÇOISE

Des fois, j'ai l'impression que

la vraie vie, elle existe pas.

Que c'est juste un rêve.

(À voix basse)

Un rêve.


FRANÇOISE lit un livre, couchée dans un lit. Une femme entre et s'assoit sur le lit.


FRANÇOISE

Je ne sens plus rien, maman.

Tout est gelé.

Comment vivre? Je le sais pas,

je le sais pas.

J'aurais aimé mieux mourir

dans le bois.


MÈRE

Calme-toi.

Tiens.


La MÈRE de FRANÇOISE lui donne un carnet.


MÈRE

Je t'ai apporté ça.

C'était le carnet

de ta grand-mère.

Elle me l'a donné la veille

de sa mort.

Dans ce carnet-là,

elle a noté tous les petits

bébés qu'elle a eus,

les vivants comme les morts.

Elle en a perdu huit.


FRANÇOISE

(Étonnée)

Ça veut dire qu'elle en aurait

eu...


MÈRE

Seize.


FRANÇOISE

Je le savais pas, ça.


MÈRE

C'étaient ses petits anges.

Elle en a perdu à deux ans,

à quatre ans, six mois.

Des maladies qu'on guérissait

pas dans ce temps-là.

Mais ce qui est curieux,

c'est que la mort de Marie-Rose

est pas notée dans le carnet.

Elle s'en est jamais remise.

Elle venait juste d'avoir

15 ans.

Maman a tellement prié.

Vers la fin, elle a fait venir

madame Lajoie,

la guérisseuse du village.

J'étais là. Je l'ai vue tracer

des signes de croix

avec sa salive sur le front

de Marie-Rose.

Avant de mourir,

maman m'a avoué que...

quand Marie-Rose est partie,

elle a voulu partir elle aussi.

Mais elle a continué à vivre

à cause de nous autres,

en portant sa peine

comme une croix.

Elle était très croyante.


FRANÇOISE

Je sais.


MÈRE

Si elle était morte

dans ce temps-là,

tu l'aurais pas connue.


FRANÇOISE

(En sanglot)

Je peux pas imaginer ça.


La MÈRE caresse le visage de FRANÇOISE.


MÈRE

Quand j'étais petite, fallait

pas montrer ses sentiments.

Je suis restée de même

toute ma vie.

Mais je t'aime, ma fille.


FRANÇOISE prend le visage de sa MÈRE dans ses mains.


FRANÇOISE

Moi aussi, maman.


MÈRE

Faut vivre.

Pour Anna.

Bonne nuit, ma fille.


FRANÇOISE serre la main de sa MÈRE.


FRANÇOISE

Reste avec moi, maman.

J'ai besoin de toi.


MÈRE

Je suis là.


La MÈRE sort.


FRANÇOISE lit à voix haute dans un cahier.


FRANÇOISE

"Le 4 mai 1935, à quatre

heures et quart du matin,

"nous avons eu la douleur

"de perdre notre petite

Alexandrine.

"Elle était bien malade

depuis mardi matin.

"Elle nous faisait des crises

de douleur affreuses.

"Pauvre petite, qu'elle a

souffert, toute la journée

"et toute la nuit du mardi

au mercredi.

"J'avais parlé au vicaire

Dionne lundi soir,

"lui demandant pour l'amour

du bon Dieu de prier pour elle

"pour qu'elle revienne

à la santé.

"Dans tous les cas, que Sa

sainte volonté soit faite,

"mais qu'elle ne souffre plus.

"Pauvre petite,

qu'elle a souffert.

"Elle a eu toute sa connaissance

jusqu'à la fin.

"Elle nous connaissait,

son père et moi.

"Elle nous regardait avec

ses beaux grands yeux, nous,

"quand on l'appelait

par son nom.

"Elle est morte bien tranquille,

sans avoir pleuré ni un geste.

"Elle avait un an,

trois mois et dix jours.

"Je trouvais qu'elle

affaiblissait.

"Elle était bien pâle.

"On l'appelait toujours

notre petit bébé de cire.

"Elle ne voulait pas voir

d'étranger,

"seulement son père et moi.

"Cette pauvre petite, j'ai bien

pleuré de la voir souffrir,

"ce petit ange, sans pouvoir

beaucoup la soulager.

Je crois que

je ne l'oublierai pas."


Dans un bureau chez ÉDOUARD, FRANÇOISE et ÉDOUARD regardent un dessin du visage d'une femme.


ÉDOUARD

Je me lasse pas

de la regarder.


FRANÇOISE

Il y a de la douceur

dans son regard.

Comme si...

elle regardait son enfant.


ÉDOUARD

C'est une étude que Léonard

de Vinci a faite

avant de peindre le tableau.

Attends. Tu vas voir.


ÉDOUARD feuillette un livre et y montre des reproductions de peintures à FRANÇOISE.


ÉDOUARD

C'est la Vierge qui regarde

l'Enfant Jésus.

Elle est avec sainte Anne.


FRANÇOISE regarde des peintures sur des toiles.


FRANÇOISE

C'est beau, ce que tu fais.


ÉDOUARD

On va boire quelque chose.

J'ai du scotch, du bon.


ÉDOUARD va chercher une bouteille d'alcool et sert deux verres.


FRANÇOISE

Tu vis comme un ermite.


ÉDOUARD

Je n'ai plus le goût

de voir du monde.


FRANÇOISE

Ça peut pas être

la seule raison.


ÉDOUARD

Trop d'agitation.

Je perdais le sens

de ce que je faisais.

J'ai déjà été un peintre coté,

comme on dit.

J'ai vendu pas mal de toiles.

Mais, à un moment donné,

fallait que je me retrouve seul.


FRANÇOISE boit son verre.


ÉDOUARD

Je suis arrivé ici.

J'ai regardé par la fenêtre

pendant des semaines.

Je n'arrivais plus

à travailler.

Rien.

J'ai failli virer fou.

On peut dire que j'allais pas

très, très bien.

Ça doit faire à peu près trois

mois que j'ai recommencé.

Les natures mortes,

je les fais pour moi.

Ça me fait du bien.

Ça me permet de croire encore

en quelque chose.


ÉDOUARD boit son verre.


ÉDOUARD

Françoise...

J'aimerais

que tu poses pour moi.


Assise sur un siège, FRANÇOISE pose pour ÉDOUARD qui la dessine au crayon.


ÉDOUARD et FRANÇOISE discutent autour d'une table.


ÉDOUARD

Ce que je veux vraiment...

c'est que ce que je fais

ait un sens.

Que ça aide à vivre.

Puis ici, la lumière

est tellement belle.

T'es où?


FRANÇOISE

Avec toi.

Je regarde tes mains.

Anna avait les mains

qu'il faut.


FRANÇOISE prend la main d'ÉDOUARD.


FRANÇOISE

Toi aussi, t'as les mains

qu'il faut.


Chez elle, FRANÇOISE allume une chandelle. Elle regarde la flamme.


FRANÇOISE dort dans un lit. ÉDOUARD se couche sur elle. On voit le visage d'une jeune femme à place de celui de FRANÇOISE.


FRANÇOISE marche dans la forêt.


Chez ÉDOUARD, FRANÇOISE est couchée sur un lit. ÉDOUARD la dessine sur un cahier.


FRANÇOISE

Te souviens-tu, une fois, on

était sortis dehors à la pluie.

On s'était mis à sauter

dans les grosses flaques d'eau

en avant de la maison.

On était tout mouillés,

pleins de bouette.

J'avais été obligée

de me changer

puis de porter tes vêtements

pour retourner

chez ma grand-mère.

Tes jeans étaient trop longs

pour moi. On avait beaucoup ri.


ÉDOUARD

Oui, je me souviens.

C'était à la fin de l'été.

On était tout seuls

dans la maison.


FRANÇOISE

C'était cette fois-là?


ÉDOUARD

C'était cette fois-là.

Après ça,

je ne t'ai plus jamais revue.


FRANÇOISE

Tu peux pas avoir été

tout seul toute ta vie.

T'as sûrement connu des femmes.


ÉDOUARD

J'en ai connu.


FRANÇOISE

T'as vécu avec elles?


ÉDOUARD

Avec une, oui.


FRANÇOISE

Puis est-ce que ça a duré

longtemps?


ÉDOUARD

Écoute, tu bouges trop.

Il faut garder la pose.


FRANÇOISE arrête de parler. ÉDOUARD se lève.


ÉDOUARD

Déshabille-toi.


FRANÇOISE est étonnée.


FRANÇOISE se tient debout et pose nue devant ÉDOUARD qui la dessine. FRANÇOISE frisonne.


ÉDOUARD

T'as froid?


FRANÇOISE

Non.


FRANÇOISE éclate en sanglots. ÉDOUARD la couvre d'une couverture.


FRANÇOISE court sur une route puis dans un champ.


FRANÇOISE entre dans une pièce puis s'assoit près de JEAN-PIERRE sur un divan.


FRANÇOISE

Qu'est-ce qui se passe?


JEAN-PIERRE

L'enquêteur m'a appelé

de bonne heure ce matin.

Ils pensent qu'ils ont retrouvé

l'assassin d'Anna.

Il y a une jeune femme

qui s'est fait agresser,

une violoniste elle aussi.

Elle s'en est sortie

Dieu sait comment

puis elle a prévenu la police.

Le gars a dit à la jeune femme

qu'il avait déjà tué

une violoniste.

La police a fait le lien,

ils ont son signalement.


FRANÇOISE est en colère.


JEAN-PIERRE est assis sur un lit. Il tient des bracelets d'enfant. FRANÇOISE entre et s'assoit près de lui.


JEAN-PIERRE

Ils sont vraiment laids.

J'aimerais ça, les avoir.


FRANÇOISE

Tu prends tout

ce que tu veux.


JEAN-PIERRE

Avec Sophie, on est allés

vider son appartement.

Je t'ai apporté son violon.

On pourrait peut-être

le laisser ici.


FRANÇOISE

Ouais, c'est une bonne idée.


JEAN-PIERRE

Elle a souvent pratiqué ici.

Elle aurait pu devenir

une grande musicienne.


FRANÇOISE pose sa tête sur l'épaule de JEAN-PIERRE.


JEAN-PIERRE

On vit dans un monde horrible.


JEAN-PIERRE sort de la maison et entre dans une voiture.


FRANÇOISE marche sur le bord du fleuve. La neige a fondu. Elle respire l'air. ÉDOUARD s'approche d'elle.


ÉDOUARD

Je suis passé chez vous.

J'ai pensé que tu serais ici.

C'était toujours ici

qu'on se retrouvait.


FRANÇOISE est émue. Elle pose sa tête sur ÉDOUARD. Il caresse ses cheveux. Ils s'embrassent.


ÉDOUARD

T'es la seule femme

que j'ai jamais aimée.


FRANÇOISE s'éloigne.


Dans la maison, ANNA et FRANÇOISE sont enlacées. Elles regardent le violon d'ANNA.


ANNA

Je veux souvent le lancer

au bout de mes bras.


FRANÇOISE

Anna.

Ma petite Anna.

Je te vois encore pratiquer

des heures et des heures.

J'avais toujours peur

que ce soit trop.


ANNA

T'as toujours peur pour moi.


FRANÇOISE

(En souriant)

Je devrais pas.

T'as beaucoup de force en toi.


ANNA

(Émue)

C'est toi qui es forte.

La dernière fois qu'on est

venues ici toutes les deux,

je venais de tomber amoureuse.

C'était la première fois

de ma vie.

Je savais pas quoi faire.

J'étais tellement sûre

qu'il fallait que je choisisse

entre l'amour et la musique.

Je pouvais pas vivre les deux.

Cette fois-là, tu m'as dit

une chose qui m'est restée.

Tu m'as dit: "Passe pas

à côté de l'amour.

L'amour, c'est la vie.

Il faut vivre."

T'avais raison.


FRANÇOISE

Comme tu me manques!


ANNA

Je suis là.

Je serai toujours là.


FRANÇOISE caresse avec affection la main d'ANNA.


FRANÇOISE dort dans un lit. Elle entend des voix. Elle se lève et entre dans la chambre d'ANNA. ANNA couchée sur le lit, les yeux fermés. La MÈRE de FRANÇOISE, sa GRAND-MÈRE et une autre femme sont assises près d'elle. La GRAND-MÈRE prie.


GRAND-MÈRE

Pardonnez-nous nos offenses

comme nous pardonnons

à ceux qui nous ont offensés.

Et ne nous laissez pas

succomber à la tentation.

Mais délivrez-nous du mal.

Amen.

Notre Père, qui êtes aux cieux,

que votre nom soit sanctifié...


FRANÇOISE s'approche du lit qui est maintenant vide. Elle éteint une lampe.


FRANÇOISE fait ses bagages. Elle ferme les rideaux de sa chambre. Elle marche pensivement dans la maison.


FRANÇOISE est devant la maison d'ÉDOUARD. ÉDOUARD ouvre la porte et la regarde.


Générique de fermeture

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