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Camion

Germain is an experienced truck driver. After an accident which kills a woman, guilt prevents him from getting back behind the wheel of his truck again. His two sons come to Témiscouata to attempt to rid him of his depression.



Réalisateur: Rafaël Ouellet
Acteurs: Julien Poulin, Patrice Dubois, Stéphane Breton
Production year: 2012

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture 1

La porte d'un camion non visible à l'écran s'ouvre et se referme. Le camion démarre.

Fin générique d'ouverture 1

Un camion avance sur une petite route non asphaltée dans une forêt de conifères. Le conducteur, GERMAIN, parle à l'aide d'une radio B.P tout en conduisant.


[GERMAIN:] Marcel, t'es-tu à

l'écoute?


[MARCEL:] [À l'autre bout du

fil] Bien oui, Germain, je suis

à l'écoute.


[GERMAIN:] Es-tu

à la chargeuse, là?


[MARCEL:] Non, non, non.

Je suis déjà rendu

au mill, là.


[GERMAIN:] Il y a-tu bien de

l'attente?


[MARCEL:] Non, c'est bien

tranquille. Ce matin, ça va

vite.

C'est Rivard qui décharge.


[GERMAIN:] C'est bon. J'arrive.
[MARCEL:] C'est bon. À tantôt.

(Rendu à la scierie, dehors, GERMAIN discute avec le conducteur d'une grue. La conversation est inaudible. Les pinces de la grue saisissent un paquet de billots de bois et les soulèvent. La grue dépose les billots de bois sur la remorque du camion de GERMAIN. GERMAIN observe le travail. La grue répète cette manoeuvre. Plus tard, une fois que tous les billots de bois ont été transférés sur la remorque du camion de GERMAIN, atteignant deux fois la hauteur de GERMAIN, GERMAIN attache les piles de billots avec des courroies métalliques qu'il serre à l'aide de manivelles. Plus tard, GERMAIN est de retour dans son camion et conduit. Le camion transporte les billots de bois. GERMAIN regarde la route et le paysage avec un air indifférent. Le temps s'écoule. La route semble déserte. Mais tout à coup, une voiture blanche arrivant en sens inverse percute le camion de plein fouet. Le face à face est très violent. La partie avant de la voiture blanche est détruite, mais le camion semble intact.)

[Début information à l'écran]

Camion

[Fin information à l'écran]

Une conversation non visible à l'écran se fait entendre. Les paroles sont indistinctes. Plus tard, des secouristes sont sur les lieux de l'accident. Un camion de pompier et une ambulance sont stationnées à côté du camion de GERMAIN. Quatre POMPIERS et deux AMBULANCIÈRES tentent de secourir la conductrice de la voiture blanche.


[POMPIER 1:] Tournez-vous de

l'autre côté.


[POMPIER 2:] Attention, là!

(Des bribes de conversation au talkie-walkie se font entendre. L'un des pompiers brise l'une des fenêtres de la voiture avec sa hache. Deux pompiers déroulent un tuyau d'arrosage.)


[AMBULANCIÈRE 1:] Madame,

m'entendez-vous?

Madame?

Madame, m'entendez-vous?

(Deux POLICIERS sont aussi sur place, un peu plus loin. Le POLICIER 1 va retrouver GERMAIN, qui est assis dans une remorqueuse.)


[POLICIER 1:] Venez avec moi,

monsieur. On va aller

dans l'auto de patrouille,

ici, à côté. Venez avec moi.

(GERMAIN sort de la remorqueuse. Il est nerveux.)


[POLICIER 1:] Prenez votre

temps, prenez votre temps.


[GERMAIN:] J'étais du bon bord.

Je l'ai jamais vu venir.

(Le POLICIER 1 guide GERMAIN vers une autopatrouille. Le POLICIER 2 ouvre l'une des portes arrière pour que GERMAIN entre dans l'autopatrouille.)


[GERMAIN:] Es-tu correct?

Elle va-tu vivre, au moins?

C'est juste ça

que je veux savoir.


[POLICIER:] Les ambulanciers

font

ce qu'ils peuvent. Ils vont

la transporter à l'hôpital.

(Le POLICIER 1 aide GERMAIN à entrer dans l'autopatrouille.)

(LE POLICIER Monsieur, inquiétez-vous pas, ça va bien aller. Placez vos fesses en premier. Attention à votre tête. [Une musique mélancolique se fait entendre. GERMAIN est assis sur la banquette arrière de l'autopatrouille, l'air abattu.)

(Début générique d'ouverture 2)

(À l'extérieur de l'autopatrouille, des POMPIERS et le POLICIER 2 observent la scène de l'accident avec un air sérieux et compatissant.)

♪♪♪

(Les deux AMBULANCIÈRES extirpent la conductrice gravement blessée de sa voiture blanche. Il y a des taches de sang sur le manteau de la conductrice blessée.)

♪♪♪

(GERMAIN observe la scène avec un profond malaise. Les deux AMBULANCIÈRES transportent la conductrice blessée sur une civière jusqu'à l'ambulance. Deux POMPIERS tiennent une couverture dépliée au-dessus des airs.)

♪♪♪

(Fin générique d'ouverture 2)

[C'est le soir. GERMAIN est de retour chez lui. Son bras gauche repose dans une écharpe. GERMAIN fait couler de l'eau d'un robinet et tente de se laver les mains. Il soupire et pousse de faibles gémissements. Il enlève son écharpe et masse son bras gauche. Plus tard, GERMAIN est assis sur son lit, dans la noirceur, la tête penchée vers le bas, l'air déprimé. Il s'étend sur son lit et pousse de faibles gémissements et de profonds soupire. Sur la scène de l'accident, dans la noirceur, deux remorqueurs installent la voiture blanche accidentée sur leur remorqueuse. Leurs paroles sont indistinctes. Chez lui, dans la noirceur, GERMAIN compose un numéro au téléphone. [GERMAIN:] Samuel? Allô?

Allô?

C'est Germain.

J'aimerais ça que tu me

rappelles, si t'as une minute.

J'aimerais bien ça te parler.

Bon, bien, bye.

(GERMAIN raccroche. Ailleurs, dans une grande salle, sur une mélodie au piano mélancolique, un homme soulève des paquets de boîtes de carton défaites et les place sur un chariot en poussant des soupirs d'effort. C'est l'HOMME CONCIERGE. L'HOMME CONCIERGE place ensuite des sacs de vidanges dans une benne. L'HOMME CONCIERGE quitte la pièce. On le retrouve dans un local de travail rempli de cubicules. Il pousse un chariot de concierge et ramasse quelques déchets. L'HOMME CONCIERGE entre dans un ascenseur. Il porte de petits écouteurs. Il sort un lecteur de musique d'une de ses poches et appuie sur un bouton pour écouter un enregistrement. Une voix masculine se fait entendre du lecteur de musique. C'est celle du SUPERVISEUR DES CONCIERGES.)


SUPERVISEUR DES CONCIERGES

0h30. Bon, les néons au 18e,

bureau AQCD,

il y en a deux.

Au 19e, une dizaine,

à peu près, un peu partout.

Ça fait longtemps que vous

les avez pas changés.

Il faut essayer de faire ça au

fur et à mesure à l'avenir, OK?

Au 20e: une couple

dans la salle de conférence.

(L'HOMME CONCIERGE se rend au 18e étage et remplace un néon au plafond. Plus tard, l'HOMME CONCIERGE se tient debout dans une cage d'escalier aux côtés d'une femme et d'un autre homme. Ce sont l'HOMME CONCIERGE 2 et la FEMME CONCIERGE. Ils discutent de manière décontractée. Ils portent tous le même uniforme gris.)


[FEMME CONCIERGE:] Malade, le

show des Passwords la semaine

passée, hein?


[HOMME CONCIERGE 2:] Yeah, but

did you see The New You? They

opened for them?


[FEMME CONCIERGE:] Bien, non,

j'ai fini trop tard au bar.


[HOMME CONCIERGE 2:] Oh my god,

you missed the best part.

They were way better

than Passwords.


[HOMME CONCIERGE:] C'était quand, ça? [HOMME CONCIERGE 2:]

Vendredi. Bien, tu te souviens

du gars qui est arrivé à la fin

avec la guitare avec trois

manches? C'était écoeurant, ça.


[FEMME CONCIERGE:] Mets-en!
[HOMME CONCIERGE 2:] That's the

guy from the band.

(Plus tard, l'HOMME CONCIERGE lave le plancher dans l'immeuble à bureaux à l'aide d'une autorécureuse. Ensuite, l'HOMME CONCIERGE 1, la FEMME CONCIERGE et l'HOMME CONCIERGE 2 se changent dans leur local de concierge, ayant terminé leur quart de travail.)


[FEMME CONCIERGE:] Ma soeur a

pas d'allure.

Là, elle voit deux gars

en même temps, genre.

Deux gars qui jouent

dans un même band.

Puis les deux gars, ils se

doutent de rien, rien, là.

Elle les voit

à tour de rôle, là.

Deux, trois fois chaque

dans la même semaine.

C'est toujours des histoires

de même avec elle.


[HOMME CONCIERGE 2:] No, but two

guys in the same group, like...

Quoi, ils se parlent pas

entre eux autres?


[FEMME CONCIERGE:] Je sais pas

comment elle fait son compte,

là.

Ça serait bien son genre

de s'être inventé un nom

ou bien de se servir du mien.


[HOMME CONCIERGE 2:] Is she hot?
[FEMME CONCIERGE:] C'est ma

jumelle.

Qu'est-ce que tu fais, là?

Do you want to come

to my apartment?


[HOMME CONCIERGE 2:] Sure,

that'd be fun. Euh...

(L'HOMME CONCIERGE 2 s'adresse à l'HOMME 1.)


[HOMME CONCIERGE 2:] En fait, ça

dérange-tu si j'embarque?


[HOMME CONCIERGE:] Oh, non, non,

non.

[Ailleurs, sur une mélodie mélancolique au ukulele, un homme marche vers un grand cours d'eau par une journée ensoleillée. C'est l'HOMME des MARITIMES. L'HOMME des MARITIMES s'arrête sur le bord de l'eau et regarde vers le large. Il aperçoit un navire au loin. Plus tard, l'HOMME DES MARITIMES se tient debout sur une passerelle de bois sur le bord de l'eau et boit un café. L'HOMME DES MARITIMES se situe dans une petite ville portuaire. L'HOMME DES MARITIMES marche et va s'asseoir sur une roche dans un parc de la ville, à côté d'une sculpture d'orignal. Plus tard, l'HOMME DES MARITIMES est assis à une table dans un restaurant. Il porte une longue attelle noire au bras droit. Une serveuse vient le voir. C'est la SERVEUSE DE RESTAURANT. [SERVEUSE DE RESTAURANT.:] Puis

c'était-tu bon, mon beau?


[HOMME DES MARITIMES:] Hé, que

je t'aime.

SERVEUSE DE RESTAURANT.

Qu'est-ce que tu dis là?

Tu m'aimes

comme t'aimes ta mère.


[HOMME DES MARITIMES:] Non, non.

Je t'aime pour de vrai, là.

(La SERVEUSE DE RESTAURANT rit en servant d'autres clients. Dans un petit calepin, l'HOMME DES MARITIMES dessine un homme sur un cheval. De retour chez lui, l'HOMME DES MARITIMES dort dans son lit. Il a un bandage autour du cou. De son côté, l'HOMME CONCIERGE est debout dans un garage vide et parle au téléphone.)


[HOMME CONCIERGE:] Quand est-ce

que tu m'as appelé?

Je viens juste

de prendre tes messages.

Ah, c'est parce que

je me sers plus vraiment

de mon téléphone chez nous.

(GERMAIN est à l'autre bout du fil. Il se trouve chez lui dans une chambre sombre. Il a la voix qui tremble..)


[GERMAIN:] Mais là, bien,

j'ai eu un gros accident

avec mon truck.

Moi, je suis correct.

Mais la femme

dans l'autre char est morte.

Elle est morte à l'hôpital.

(GERMAIN prend une grande inspiration.)


[GERMAIN:] Non, une femme du

Maine.

Dans le Basley,

au kilomètre 31.

(GERMAIN se met à pleurer.)


[GERMAIN:] Bien, là, je vois

tout noir, là. Je sais pas quoi

faire.

C'est là que j'aurais besoin

de votre mère.

(GERMAIN sanglote.)

(L'HOMME CONCIERGE est SAMUEL, l'un des deux fils de GERMAIN. Il poursuit la discussion avec GERMAIN.)


[SAMUEL:] Dis pas des affaires

de même, là.

Papa?

(Plus tard, SAMUEL gratte des taches sur une vitre à l'aide d'une lame. La FEMME CONCIERGE est à ses côtés.)


[FEMME CONCIERGE:] Break?
[SAMUEL:] Han-han.

(Dans une cage d'escalier, SAMUEL discute avec la FEMME CONCIERGE.)


[FEMME CONCIERGE:] Jacob rentre

pas un jour sur deux depuis un

bout.


[SAMUEL:] Sortez-vous

ensemble, vous autres?


[FEMME CONCIERGE:] Es-tu malade?

Bien non.


[SAMUEL:] Bien, je sais pas.

L'autre matin...


[FEMME CONCIERGE:] Bien, là,

juste cette fois-là.

C'est pas pour ça qu'on

sortirait ensemble.


[SAMUEL:] Fait que t'es-tu

comme ta soeur?


[FEMME CONCIERGE:] Qu'est-ce que

tu veux dire?


[SAMUEL:] Rien. Je sais pas.
[FEMME CONCIERGE:] Ça fait

combien de temps que t'as pas

frenché, toi?


[SAMUEL:] Oh...

Je sais pas, là.

(SAMUEL est embarrassé.)


[SAMUEL:] Ça fait pas si

longtemps.


[FEMME CONCIERGE:] T'es vraiment

pogné, toi, hein?

On dirait une roche.

Pas une roche,

une branche d'arbre

qui se laisse aller

dans le vent.


[SAMUEL:] Bien, t'as peut-être

raison.

(Sur une mélodie mélancolique au piano, SAMUEL roule en voiture en direction du centre-ville de Montréal. SAMUEL arrête sa voiture sur le bord de la rue dans un quartier résidentiel. La FEMME CONCIERGE est assise à côté de SAMUEL. Elle dort.)

♪♪♪

(SAMUEL observe la FEMME CONCIERGE qui dort. Plus tard, SAMUEL rentre chez lui, seul. Il s'assoit sur un fauteuil et soupire. Un petit poisson nage dans son aquarium. ♪♪♪ [SAMUEL consulte un livre sur son fauteuil. De son côté, GERMAIN, qui habite dans un village dans les terres, empile des morceaux de bois sur son terrain en gémissant et en soupirant, n'ayant pas le coeur à l'ouvrage. [De son côté, l'HOMME DES MARITIMES est assis à une table dans un bar et parle à une serveuse. C'est la SERVEUSE DE BAR. Un chanteur country interprète une chanson en anglais.)


[HOMME DES MARITIMES:] I swear.
[SERVEUSE DE BAR:] I don't

believe you.

Maybe some kind of songwriter,

but a poet?

No way. I've seen poets.


[HOMME DES MARITIMES:] I swear.

Why?


[SERVEUSE DE BAR:] Why what?
[HOMME DES MARITIMES:] Why don't

you believe me?


[SERVEUSE DE BAR:] Because poets

don't look like you.

And no one our age is a poet.


[HOMME DES MARITIMES:] I'm older

than you think.


[SERVEUSE DE BAR:] OK. Well, you

tell me a poem

and I'll give you

a free drink.


[HOMME DES MARITIMES:] OK.

I want to be famous

So I could be humble

about being famous

What good is my humility

In all this obscurity

(La SERVEUSE DE BAR sourit, surprise.)

̄
[SERVEUSE DE BAR:] Sure.

I'll give you one shot.

(La SERVEUSE DE BAR sert un shooter d'alcool à l'HOMME DES MARITIMES.)


[SERVEUSE DE BAR:] Nothing more.

Did you really come up with

that?


[HOMME DES MARITIMES:] No.

(La SERVEUSE DE BAR reprend le shooter des mains de l'HOMME DES MARITIMES.)


[SERVEUSE DE BAR:] Oh, no free

drink, then.

(La SERVEUSE DE BAR boit le shooter.)


[HOMME DES MARITIMES:] Hey!

OK, come to my room.

I have dozens of them.

My own poems.

I even published a collection.

And if I'm lying,

I'll buy you lunch.

(La SERVEUSE DE BAR, l'HOMME DES MARITIMES et les autres clients applaudissent à la fin de la chanson country. Plus tard, l' HOMME DES MARITIMES est de retour chez lui avec la SERVEUSE DE BAR. L'HOMME DES MARITIMES habite dans un motel. Une chanson folk en anglais joue à la radio. L'HOMME DES MARITIMES prend deux bières dans son réfrigérateur en donne une à la SERVEUSE DE BAR.)


[SERVEUSE DE BAR:] Thank you.
[HOMME DES MARITIMES:] Santé.

(L'HOMME DES MARITIMES prend un livre posé sur un bureau et le donne à la SERVEUSE DE BAR.)


HOMME DES MARITIMES

There it is.

(La SERVEUSE DE BAR consulte le livre et rit.)


[SERVEUSE DE BAR:] This isn't

even in English.

How am I supposed to know

if it's poetry?

That's not even your name.


[HOMME DES MARITIMES:] Of course

it is. It's my pen name. You

don't like it?

(La SERVEUSE DE BAR donne une petite tape à l'HOMME DES MARITIMES.)


[SERVEUSE DE BAR:] Fuck off.
[HOMME DES MARITIMES:] If I

can't prove it, I guess I'll

have to buy you dinner.

What about tomorrow night?


[SERVEUSE DE BAR:] OK.
[HOMME DES MARITIMES:] Ostie que

t'es belle.


[SERVEUSE DE BAR:] What?

♪♪♪

(Plus tard, l'HOMME DES MARITIMES est assis sur son lit. Il enlève l'attelle entourant son bras droit en poussant des gémissements de douleur. La SERVEUSE DE BAR est couchée aux côtés de l'HOMME DES MARITIMES. Plus tard, l'HOMME DES MARITIMES est debout devant un évier et fait couler de l'eau. Il avale un comprimé. Après, il place une compresse dans son congélateur.)

♪♪♪

(De son côté, GERMAIN est assis sur une chaise dans une pièce sombre chez lui. Il ouvre un sac posé sur une table à l'aide d'une fermeture à glissière et en sort un fusil de chasse. Il amorce le fusil, ce qui produit un déclic, et enlève une pièce du fusil. GERMAIN reste assis sans bouger quelques instants. Ensuite, GERMAIN lève l'arme vers le haut en avant de lui et regarde par la lunette. GERMAIN repose l'arme sur la table. Un peu plus tard, GERMAIN nettoie l'intérieur du canon du fusil à l'aide d'une tige. Ses mains tremblent. GERMAIN regarde par la lunette du fusil en pointant l'arme vers le haut. [De retour à SAMUEL, qui est en train de repeindre un mur en vert-de-gris dans son immeuble à bureaux en compagnie de la FEMME CONCIERGE. La FEMME CONCIERGE compare la couleur de l'ancienne peinture à celle de la nouvelle peinture.)


[FEMME CONCIERGE:] Hé, petit

gars, c'est pas mal proche, ça,

hein?


[SAMUEL:] Moi, je sais plus,

là. Essaie-le.


[FEMME CONCIERGE:] C'est aussi

laid, en tout cas.

(La nouvelle peinture est d'un ton plus foncé que l'ancienne.)


[FEMME CONCIERGE:] Bien, non, ça

marche pas pantoute, ça, là.


[SAMUEL:] Bien, laisse-le sécher

un peu, peut-être.

(La FEMME CONCIERGE soupire et s'assoit. SAMUEL s'assoit à ses côtés. Ils contemplent le mur d'un air découragé.)


[SAMUEL:] Le boss me donne mes

vacances.


[FEMME CONCIERGE:] Ah oui?
[SAMUEL:] Oui.

Je pense qu'il va être content

de nous voir, le père.

Ça peut pas lui faire de tort.


[FEMME CONCIERGE:] Sam qui s'en

fait toujours pour les autres.


[SAMUEL:] Il m'inquiète un peu,

papa.

(Plus tard, SAMUEL conduit sa voiture sur la route, seul, en écoutant la radio.)

♪♪♪

[FEMME À LA RADIO:] C'est une

valse qui parle des marécages

et de l'identité cajun,

tous deux menacés

par les mêmes éléments,

selon Thomas Michaud.


THOMAS MICHAUD (À la radio)

L'américanisation

et l'industrialisation

de notre culture,

de la zone humide,

de notre ressource...

[FEMME À LA RADIO:] Malgré tout,

Thomas Michaud est optimiste.


[THOMAS MICHAUD:] Oui, on va

sauver notre culture.

On va sauver notre pêche

et la zone humide et la côte.

On va sauver tout ça.

J'ai trop

de confidence en nous

et en l'environnement,

en l'humain, oui.

(SAMUEL ouvre la fenêtre de la portière à sa gauche.)


[THOMAS MICHAUD:] C'est beaucoup

de résilience. On peut pas le

tuer.

(Le voyage de SAMUEL se poursuit sur une mélodie mélancolique au piano.)

(SAMUEL cherche un motel. Il s'arrête à deux motels différents, à la recherche de quelque chose, mais SAMUEL n'arrive pas au bon motel. Un RÉSIDENT anglophone donne des indications à SAMUEL pour l'aider à trouver le motel recherché.)


[RÉSIDENT:] So you have to turn

there.


[SAMUEL:] Oh, OK!

OK, thank you! Bye!

(SAMUEL poursuit son chemin en voiture à la recherche du motel.)

♪♪♪

(SAMUEL arrive à un autre motel, mais encore une fois, ce n'est pas le bon. Plus loin, SAMUEL cogne à la porte d'un quatrième motel. [L'HOMME DES MARITIMES ouvre la porte à SAMUEL. En fait, L'HOMME DES MARITIMES s'appelle ALAIN. C'est le frère de SAMUEL.)


[SAMUEL:] Qu'est-ce que tu fais

dans ce trou-là?


[ALAIN:] Hey, first, salut!

(SAMUEL ET ALAIN se serrent la main affectueusement. SAMUEL entre dans la chambre de motel d'ALAIN.)


[SAMUEL:] Je croyais pas papa

quand il m'a dit que tu vivais

dans un motel.


[ALAIN:] Pourquoi? C'est chez

nous, icitte, là.

(SAMUEL s'adresse à la SERVEUSE DE BAR, qui est assise sur un fauteuil.)


[SAMUEL:] Hi.
[SERVEUSE DE BAR:] Hi.
[SAMUEL:] Hé, ça doit te coûter

bien trop cher pour rien.


[ALAIN:] Bien non.

Je paye à la semaine.

C'est pas bien, bien

plus cher qu'un logement.

(ALAIN présente SAMUEL à la SERVEUSE DE BAR, qui en fait se nomme JADE.)


[ALAIN:] Hé, private detective

Samuel Racine,

Jade, une amie


[JADE:] Nice to meet you.

I'm a friend.


[SAMUEL:] Nice to meet you too.

I'm not a detective, I'm...

I'm his brother.

(De son côté, GERMAIN est sur le terrain d'un réparateur de voitures. Il marche vers son camion, celui impliqué dans l'accident, et l'examine. La carrosserie avant du camion est surélevée. GERMAIN examine ensuite des pièces métalliques qui jonchent le sol. Un peu plus tard, GERMAIN discute avec le MÉCANICIEN qui est en train de réparer son camion.)


[MÉCANICIEN:] Oui, bien, il est

pas trop magané, ton truck.

(En riant)

Elle t'a pas manqué,

en tout cas.


[GERMAIN:] C'est plutôt moi

qui l'ai pas manquée.


[MÉCANICIEN:] Bien voyons!

Dis pas ça, mon Germain.

Elle était rendue

sur ton bord.

Puis? Qu'est-ce qu'on fait

avec ça, ce truc-là?


[GERMAIN:] Tu l'enverras à

Ti-Coeur pour qu'il récupère les

pièces.


[MÉCANICIEN:] Voyons, Germain.

Ça se répare, ça, là.

Tes assurances vont payer

pour ça.


[GERMAIN:] Ah, touche pas à ça.

Ça vaut pas la peine.

C'est un vieux truck.

(GERMAIN quitte les lieux.)

(De son côté, ALAIN marche avec une plante dans ses bras. Il entre dans le restaurant où il est allé manger plus tôt. ALAIN sonne la petite cloche placée sur le bureau d'accueil. La SERVEUSE DE RESTAURANT, qui en fait se prénomme MARLEEN, arrive et voit la plante.)


[MARLEEN:] C'est-tu pour moi?
[ALAIN:] Malheureusement,

c'est des plantes d'adieu.

Je te quitte, Marleen.


[MARLEEN:] Bien voyons.

Où est-ce que tu vas?


[ALAIN:] Je m'en retourne chez

nous.

(ALAIN et MARLEEN se serrent dans les bras.)


[ALAIN:] Je voulais te laisser

un petit quelque chose

pour pas que tu m'oublies.


[MARLEEN:] Oh...

Tu sais bien

que je t'oublierai jamais.

Je vais m'ennuyer de toi.

(Plus tard, ALAIN et SAMUEL s'apprêtent à partir du motel en voiture. Ils sont dehors, à côté de la voiture de SAMUEL. JADE est avec eux. Elle tient un livre dans ses mains.)


[JADE:] This is weird.
[ALAIN:] I guess we can say that

we'll never see each other

again?

[J̇ADE:] Weird.
[ALAIN:] Alright, sexy.

(ALAIN et JADE se serrent dans les bras et s'embrassent.)


[ALAIN:] Take care.
[JADE:] Thanks for the book.

If I ever learn French,

I'll find you somewhere.


[ALAIN:] Yeah. Bye.
[SAMUEL:] Bye.

(ALAIN et SAMUEL entrent dans la voiture.)


[JADE:] Bye, guys.

(En route, ALAIN compose un message avec son téléphone intelligent.)


[ALAIN:] Je fais mes adieux par

texto. Je suis moderne, hein?

T'es venu d'une shot?

T'es pas arrêté chez papa?


[SAMUEL:] J'ai pas été game.
[ALAIN:] Tu sais qu'au lieu

de te taper 12 heures de char,

t'aurais pu juste me lâcher

un coup de fil, hein.


[SAMUEL:] Tout ce que papa

savait,

c'était dans un motel

à Saint John.


[ALAIN:] T'es pas allé revirer

à Saint-Jean

de Terre-Neuve, toujours?

Fuck! Il me semble

que je l'avais donné,

mon numéro de cell, au père.


[SAMUEL:] Bien, s'il avait ton

numéro,

je pense qu'il t'aurait appelé.


[ALAIN:] C'est pas lui qui t'a

envoyé me chercher, là?

Ça aurait été plus simple

d'appeler les motels du coin.

Il doit pas y en avoir

des tonnes.


[SAMUEL:] Si je t'avais appelé,

tu serais pas venu puis tu le

sais.

De toute façon,

ça nous tuera pas

de faire un peu

de char ensemble.

Il y en a une trentaine

dans le coin.


[ALAIN:] De quoi?
[SAMUEL:] Des motels.

(Plus tard, SAMUEL et ALAIN sont dans un bar où l'on joue de la musique rock. Ils discutent avec trois JEUNES FEMMES LOCALES dans une ambiance décontractée.)


[ALAIN:] Je te le jure!

(ALAIN montre aux JEUNES FEMMES LOCALES son attelle et les endroits où il s'est fait mordre par un requin.)


[ALAIN:] Il m'a mordu drette là

puis icitte.


[JEUNE FEMME LOCALE1 :] Un

requin? Un vrai requin?


[ALAIN:] Ask Sam, il était là.

Hé, Sam.


[SAMUEL:] Oh, non, je me mêle

pas de ça.


[JEUNE FEMME LOCALE 2:] Tu me

racontes la même histoire,

je te hale

sur la piste de danse.


[SAMUEL:] Good luck.
[ALAIN:] Hey, I can dance.
[SAMUEL:] Good luck avec la

vraie histoire, je veux dire.


[ALAIN:] OK, la vraie story, là.

Je chauffais un truck dans les

States, moi, il y a un bout,

puis je dormais tout le temps

dans un loading dock, le soir,

pour être le premier

à décharger le matin, tu sais.

Fait qu'un soir, je dormais

et il y a une gang de blacks

qui sont rentrés dans mon benne

puis ils ont commencé à

me battre, mais à me varger, là.

Mais, moi, je gardais tout

le temps un batte de baseball

en dessous de mon oreiller

juste au cas.

Fait que j'en ai fessé

un drette sur la tête.

Le batte a cassé.

Les gars m'ont ressauté dessus.

Il y en a qui a sorti un couteau

puis il m'a piqué drette là.

Puis le gars que j'ai fessé

sur la tête, là, la police

pense qu'il est mort.

C'est fucké de penser que j'ai

peut-être tué quelqu'un, hein?


[JEUNE FEMME LOCALE 2:] Moi,

j'en connais.


[ALAIN:] Ah oui?

Anyway, je peux

pas travailler,

mais j'ai des assurances

puis tout, là.

Puis... je fais

ce que je veux, dans le fond.

Je m'ennuie de jouer

de la guit', là.

(La JEUNE FEMME LOCALE 1 s'adresse à SAMUEL.)


[JEUNE FEMME LOCALE 1:] C'est-tu

vrai, ça?


[SAMUEL:] En gros.
[JEUNE FEMME LOCALE 1:] C'est

une belle histoire.


[ALAIN:] Pas pire, hein?
[SAMUEL:] Bon, je vais me

coucher.


[ALAIN:] Hey, come on, it's

early!


[SAMUEL:] Non, non. Il est pas

early, là, il est minuit.

Ça paraît que c'est pas toi

qui chauffes.

Salut, les filles. Bonne nuit.

Fun de vous rencontrer.

Bonne chance.


[JEUNES FEMMES LOCALES:] Merci.

Bye.

(SAMUEL s'adresse à ALAIN.)


[SAMUEL:] Fais attention de pas

me réveiller en rentrant.


[ALAIN:] Bonne lecture, le curé!

(Plus tard, sur une ballade en anglais, ALAIN danse un slow avec la JEUNE FEMME LOCALE 2. Ils rient. [Le lendemain, durant le jour, GERMAIN marche sur le balcon de sa maison en regardant au loin. Il est nerveux et il soupire.)

(SAMUEL et ALAIN ont repris leur route dans la voiture de SAMUEL. C'est toujours SAMUEL qui conduit. ALAIN fait jouer une chanson folk anglaise sur la chaîne stéréo de la voiture. C'est la pièce Fell Into Painting Houses de Richmond Fontaine.)


[ALAIN:] Écoute cette toune-là,

c'est écoeurant.


[SAMUEL:] C'est quoi?
[ALAIN:] Richmond Fontaine.
[SAMUEL:] C'est-tu bien vieux?
[ALAIN:] Ta gueule!

Écoute-la.

Écoute les paroles, là.


[SAMUEL:] Je comprends rien

de ce qu'il dit.


[ALAIN:] Calvaire! Il y a pas

moyen...

Il dit: "J'ai été là

une semaine.

On a engagé un immigrant."

Tu comprends?

♪♪♪


[ALAIN:] "Sprawl", c'est comme

"grand". "Étendu", genre.

♪♪♪


[ALAIN:] Ostie, je trouve ça

beau, là.

♪♪♪


[ALAIN:] C'est hot quand il dit:

"I ain't shit,

but I ain't that way."

♪♪♪


[ALAIN:] "Janitor." Comme toi,

le gros.


[SAMUEL:] Tu sais, pourquoi

tu me fais écouter

cette toune depress là, déjà?


[ALAIN:] C'est une toune

que j'aurais pu écrire moi-même.

C'est drette ça que je fais

comme musique, moi.


[ALAIN:] Oui, bien, on va avoir

notre dose de déprime

dans les jours qui viennent, là.

On n'a pas besoin d'en rajouter

avec une toune de même.

(SAMUEL baisse le volume, ce qui fâche ALAIN.)


[ALAIN:] Si c'était ma compo,

l'écouterais-tu au complet?


[SAMUEL:] Oui. C'est pas ta

compo.

C'est juste une toune. C'est

la toune de quelqu'un d'autre.

(ALAIN augmente le volume à un niveau élevé.)

♪♪♪

(ALAIN regarde dans le rétroviseur de droite par sa fenêtre. SAMUEL baisse le volume de la musique.)


[SAMUEL:] Puis la petite fille,

hier soir?

(ALAIN ne se retourne pas.)


[SAMUEL:] Tu boudes?
[ALAIN:] Je boude pas.

J'écoute la toune.

(ALAIN augmente le volume à nouveau.)

♪♪♪

(SAMUEL et ALAIN arrivent à la maison de GERMAIN au coucher du soleil. SAMUEL et ALAIN sortent de la voiture. ALAIN se dirige vers la porte d'entrée alors que SAMUEL est en train de sortir des bagages de son auto.)


[ALAIN:] Je prends la chambre du

fond!


[SAMUEL:] Hé, non. Hé! Hé!

Je l'ai dit tantôt.


[ALAIN:] Ah, t'avais juste

à être plus vite.

(ALAIN et SAMUEL entrent dans la maison de GERMAIN. GERMAIN est surpris de les voir arriver.)


[GERMAIN:] Qu'est-ce que vous

faites là?


[ALAIN:] Calvaire, le père!

Ça fait longtemps que la femme

de ménage est pas passée.


[SAMUEL:] Commence pas, là.

(ALAIN et GERMAIN se serrent la main.)


[GERMAIN:] J'ai pas les moyens

d'avoir une femme de ménage.

(SAMUEL serre à son tour la main de GERMAIN.)


[SAMUEL:] Salut, papa.
[ALAIN:] Sam m'a dit pour

l'accident.

C'est plate, ça.

Fait que, là, on est trois

à pas travailler, c'est ça?


[SAMUEL:] Je travaille, moi.
[ALAIN:] Fucking concierge.

C'est une job d'étudiant, ça.


[GERMAIN:] Entrez.

(ALAIN se rend tout de suite à sa chambre.)


[GERMAIN:] Avez-vous faim?

Il y a pas grand-chose, mais...


[SAMUEL:] Bien, on va prendre le

temps d'arriver. On va

s'installer.


ALAIN (De sa chambre)

Hé, Sam!

Ta chambre est encore

plus petite que je pensais!

(SAMUEL se dirige vers sa chambre.)

(C'est le soir. ALAIN, SAMUEL et GERMAIN sont assis à table dans une ambiance maussade. SAMUEL s'adresse à ALAIN.)


[SAMUEL:] Qu'est-ce que tu

fais demain?


[ALAIN:] Je sais pas. Me lever

tard.


[SAMUEL:] Pour faire changement.

Puis toi, papa?


[GERMAIN:] Rien.
[SAMUEL:] Comment ça "rien"?
[GERMAIN:] Bien, j'ai rien à

faire, c'est tout.


[ALAIN:] Calvaire, le père.

Comment ça t'es pas

à la chasse, à part de ça?


[GERMAIN:] Ça me le dit pas,

la chasse, cette année.


[ALAIN:] T'attends ça toute

l'année.


[GERMAIN:] Je suis fatigué.

Ma réguine est pas prête,

puis... Ça me dit pas trop.


[ALAIN:] Je pensais qu'on

passerait la semaine au camp à

Luc, moi.

C'est quoi? L'orignal,

le chevreuil?

(SAMUEL s'adresse à ALAIN.)


[SAMUEL:] T'as encore le droit

d'avoir ton permis d'arme à feu,

toi?


[ALAIN:] Bien, certain.
[GERMAIN:] C'est le chevreuil.
[ALAIN:] Bon, bien, go!
[GERMAIN:] Non, non. Demain,

je fais rien.


[ALAIN:] Ton truck, qu'est-ce

que tu vas faire avec?


[GERMAIN:] Je vais le vendre

à la scrap, finalement.

Fini, les vans, pour moi.

Trop vieux pour ça.

Trop vieux pour recommencer.


[ALAIN:] Plus de chasse,

plus de femme de ménage,

plus de femme, plus d'argent,

plus de truck.

Ça va bien en crisse,

ton affaire.


[GERMAIN:] Attends d'avoir mon

âge.


[SAMUEL:] Me semble que c'est

pas comme ça que tu nous as

élevés.


[GERMAIN:] Attends.
[ALAIN:] Crisse, le père. Si

c'est ça, vieillir, je vais me

tirer

une balle tout de suite,

moi. Il est où ton fusil?


[GERMAIN:] C'est comme ça.

(Plus tard, GERMAIN regarde une émission à la télé où l'on voit un orignal qui brame et marche tranquillement. SAMUEL et ALAIN sont dans une autre pièce. GERMAIN les entend crier et monte le volume de sa télévision. ALAIN et SAMUEL sont en train de jouer à un jeu vidéo d'Atari. Ils ont chacun une manette dans les mains et regardent l'écran.)


[SAMUEL:] Non!
[ALAIN:] Envoye!

Ça va pas très vite, hein?

(ALAIN et SAMUEL rient.)


[ALAIN:] Je suis pas capable

de le repogner.

Yeah!

Je te bats encore.

T'as jamais gagné à ça.


[SAMUEL:] Les bleus sont plus

vites. C'est un défaut de la

machine.


[ALAIN:] Ah, t'es fatigant avec

ça, là.

OK, on change.


[SAMUEL:] Qu'est-ce qui te

pogne? T'as jamais voulu.


[ALAIN:] Envoye, go, go, je vais

te montrer. Envoye, envoye.

(ALAIN et SAMUEL s'échangent leurs manettes.)


[ALAIN:] Envoye, repars ça.

C'est parti!

(GERMAIN, dérangé par les voix de SAMUEL et ALAIN, ferme la porte de sa chambre.)


[ALAIN:] 7, 6, 5, 4.
[SAMUEL:] OK, là, parle moins

fort.


ALAIN (En riant)

3, 2...

Youhou!

Ça a rien changé.

(ALAIN se lève.)


[ALAIN:] Sur cette victoire

à sens unique, ce massacre...

(ALAIN fait semblant de frapper SAMUEL.)


[ALAIN:] ... je vais me coucher.
[SAMUEL:] Bonne nuit, là.

(C'est le matin. Alors que GERMAIN dort toujours, SAMUEL lave de la vaisselle dans la cuisine. ALAIN vient le retrouver.)


[ALAIN:] T'es bien propre,

ce matin, toi.


[SAMUEL:] Je vais aller

me promener un peu.


[ALAIN:] Attends un peu, dis-le

pas.

Tu vas aller... Euh...

Hé, c'est pas facile

de deviner, ça.

Gros suspense. Tu vas aller...

Tu vas aller voir Rebecca! Yé!

(SAMUEL fait un doigt d'honneur à ALAIN.)


[SAMUEL:] C'est sûr que je vais

aller

lui dire un petit bonjour

quelque temps.


[ALAIN:] C'est sûr que tu t'es

levé à 7h, tu t'es habillé pour

ça,

puis tu y vas drette là.

(ALAIN boit du jus d'orange à même le contenant.)


[SAMUEL:] C'est pas de tes

affaires.


[ALAIN:] I know, I know, I know.

(Plus tard, ALAIN sort de la maison et va déposer un sac à ordures dans une poubelle au coin de la maison. Après, ALAIN se rend à la remise à bois de GERMAIN et constate le désordre. ALAIN retourne dans la maison et va cogner à la porte de chambre de GERMAIN en lui parlant de l'extérieur.)


[ALAIN:] Le père.

Germain!

(GERMAIN n'ouvre pas. ALAIN continue de s'adresser à GERMAIN de l'autre côté de la porte de chambre.)


[ALAIN:] Je t'ai fait une liste

d'affaires à faire, là.

Passer la balayeuse,

ramasser ton bordel...

Euh... Ton bois de poêle,

il est en retard d'un an, hein?

Te trouver une job...

Bien, d'autres choses que

chauffer des vans, c'est sûr.

Fermer le chalet.

C'est sûr que c'est pas fait.

Te faire couper les cheveux.

Ah, oui, là, j'avais écrit

de te trouver une petite femme,

mais ça peut attendre.

En fin de semaine, si tu veux

pas aller à la chasse,

on va au moins aller voir

tes salières, hein.

That's it, that's all. Je m'en

vais te faire une épicerie.

C'est pas parce que

t'es sur le chômage

qu'il faut que t'ailles

un frigidaire de BS.

(ALAIN s'en va et descend les escaliers. Ailleurs, dans sa maison, une femme prépare à manger au comptoir de sa cuisine. C'est REBECCA. Un bébé est couché dans un berceau sur le comptoir tandis qu'un jeune garçon joue avec un jouet à la table à manger. On cogne à la porte.)


[REBECCA:] Entre.

(SAMUEL entre dans la maison de REBECCA. REBECCA est surprise de le voir. REBECCA et SAMUEL sourient.)


[REBECCA:] Allô!
[SAMUEL:] Salut!
[REBECCA:] Ça va? Qu'est-ce que

tu fais dans le coin?


[SAMUEL:] Oh, rien. Je suis

descendu avec Alain.

On est venus voir mon père.


[REBECCA:] Oui, comment il va,

lui?

Il va-tu mieux?


[SAMUEL:] Oui.

Oh, bien, tant qu'on est là, là.


[REBECCA:] Euh... Sam, tu tombes

mal.

Étienne va revenir

d'une minute à l'autre.

Je pense pas que...


[SAMUEL:] Ah, bien, c'est pas

grave.

On peut se voir après le dîner.

T'as-tu du temps?


[REBECCA:] Pas trop. Ma mère va

venir garder les gars

le temps que je fasse

l'épicerie.

J'ai mes cours, ce soir. Euh...

Je sais pas trop quoi te dire.


[SAMUEL:] Appelle-moi quand tu

vas aller à l'épicerie.

Je vais aller te rejoindre.

Je peux même pousser ton panier,

si tu veux.

(REBECCA rit.)


[REBECCA:] Sam, je sais pas

si c'est une bonne idée.


[SAMUEL:] On peut bien prendre

un peu de temps pour se jaser.

J'aimerais ça te parler. Il me

semble que ça fait longtemps.

Niaise pas.

(Chez lui, GERMAIN est dans sa chambre à coucher. Il porte une robe de chambre. Les lumières sont éteintes. GERMAIN regarde par la fenêtre et se rend à sa garde-robe lentement. De son côté, ALAIN est assis à une table dans un bar. Il lit les petites annonces. Un homme portant un chapeau de cowboy le regarde longuement. C'est l'HOMME AU CHAPEAU DE COWBOY. Une chanson mélancolique joue sur la chaîne stéréo.)


HOMME AU CHAPEAU DE COWBOY

Câlisse, Al!

Al!

(L'HOMME AU CHAPEAU DE COWBOY lance une arachide à ALAIN pour attirer son attention.)


[HOMME AU CHAPEAU DE COWBOY:] Un

revenant, tabarnak!

(L'HOMME AU CHAPEAU DE COWBOY marche vers la table où ALAIN est assis.)


[ALAIN:] Crisse, Gros Marc!

(GROS MARC, c'est L'HOMME AU CHAPEAU DE COWBOY.)


[GROS MARC:] Ils m'ont dit

que t'étais mort.


[ALAIN:] Tu m'avais pas dit que

t'étais rendu petit, toi.


[GROS MARC:] Raide comme une

toast , man.


[ALAIN:] Une toast.

(ALAIN et GROS MARC se tapent la main et se serrent dans les bras en riant.)


[GROS MARC:] T'es pas mort, mon

ostie.


[ALAIN:] Ça a pas l'air.
[GROS MARC:] Hé, tu t'es pas

manqué.


[ALAIN:] Oh, je vais te conter

ça.


[GROS MARC:] Es-tu chez ton

père?


[ALAIN:] Ah, oui. Je suis venu

m'occuper de lui avec Sam.

Il est depress en dedans.


[GROS MARC:] Oui, j'ai pas vu

ton père depuis son accident,

man.

Ma soeur le voyait

se promener un petit peu.

À la messe, au moins.


[ALAIN:] Tu vas à la messe,

toi?


[GROS MARC:] Tous les dimanches.

(Alain rit.)


[GROS MARC:] Praise the Lord,

man.


[ALAIN:] Praise the Lord.
[GROS MARC:] Praise the Lord!

(ALAIN et GROS MARC trinquent avec leurs bouteilles de bière.)


[GROS MARC:] Câlisse.

(Un peu plus tard, ALAIN et GROS MARC jouent au billard dans le bar. ALAIN rate un coup.)


[ALAIN:] Je te l'ai donné.
[GROS MARC:] Je le sais.

(GROS MARC rentre la boule numéro 8.)


[GROS MARC:] Pow!

Tu bois pas assez.

C'est ça, la trick:

plus tu bois, mieux tu joues.


[ALAIN:] Étouffe-toi!

(ALAIN et GROS MARC placent les boules pour une nouvelle partie.)


[ALAIN:] T'aimes ça, hein,

gagner contre un handicapé, le

gros?


[GROS MARC:] Je prends ce qui

passe.

C'est juste plate qu'il passe

pas des femmes plus souvent.

Ça puis de l'ouvrage, là,

ça serait pas mal winner.


[ALAIN:] OK!

Combien de livres, encore?


[GROS MARC:] 80.
[ALAIN:] Hein!

(ALAIN rit de surprise. GROS MARC casse pour débuter la nouvelle partie de billard.)


[GROS MARC:] Yeah!
[ALAIN:] Une basse, une haute.

(De son côté, GERMAIN se rend à l'église. À l'intérieur de l'église, il se tient debout seul devant un vitrail. Une femme vient le retrouver. C'est la RELIGIEUSE.)


[GERMAIN:] Allô.
[RELIGIEUSE:] Hello. Can I help

you?


[GERMAIN:] Yes. My name is

Germain Racine.

It's me, the truck

in the accident.


[RELIGIEUSE:] Oh, mon pauvre

monsieur.


[GERMAIN:] J'aimerais ça

voir la dame décédée.


[RELIGIEUSE:] Bien, oui. Come

this way.


[GERMAIN:] Je vais faire ça

vite. Avant que la famille

arrive.


[RELIGIEUSE:] Prenez votre

temps, M. Racine. Come this way.

(GERMAIN et la RELIGIEUSE se rendent dans une salle et prient devant une petite table sur laquelle on a placé des fleurs et une photo de la conductrice décédée. GERMAIN pleure en priant.)


GERMAIN ET LA RELIGIEUSE

Sainte Marie, mère de Dieu.

priez pour nous

pauvres pêcheurs,

maintenant et à l'heure

de notre mort.

Amen.


[GERMAIN:] Ainsi soit-il.

(GERMAIN sanglote. De son côté, SAMUEL marche dans une allée d'épicerie aux côtés de REBECCA en poussant un panier. REBECCA met divers aliments dans le panier d'épicerie.)


[SAMUEL:] OK, ça mange, là,

ces petits bonshommes-là.


[REBECCA:] Ha! T'as pas idée!

Puis toi, pas de bébés?

T'as une blonde, au moins?


[SAMUEL:] Non puis non. Rien de

ça.

Je sais pas. C'est comme pas...


[REBECCA:] Bien, voyons, Sam.

Qu'est-ce que tu fais pas de

blonde?

(SAMUEL se met à saigner du nez.)


[SAMUEL:] Oh shit.

As-tu...

(REBECCA ouvre un sac de rouleaux de papier de toilette et déroule une longue feuille qu'elle tend à SAMUEL. SAMUEL tente de faire arrêter le sang avec le papier.)


[REBECCA:] Tu saignes-tu encore

souvent du nez comme ça?


[SAMUEL:] Non.
[REBECCA:] Parce que tu saignais

vraiment souvent quand on était

jeunes.


[SAMUEL:] Non, je saigne plus

depuis...


[REBECCA:] Depuis?
[SAMUEL:] Depuis.

Bon, bien, je pense

que je vais rentrer.


[REBECCA:] Non, non,

assieds-toi, là.

On va attendre

que ça passe, au moins.

(SAMUEL gémit.)


[SAMUEL:] Oh...

(SAMUEL se met à rire.)


[SAMUEL:] Tu commences à y

prendre goût, là, hein?

Tu veux que je pousse

ton panier?

(REBECCA rit à son tour et déroule une autre feuille de papier de toilette.)


[SAMUEL:] Merci.

(Un gros camion-remorque rouge arrive devant la maison de GERMAIN. Le camion ramène le camion de GERMAIN. ALAIN et GROS MARC sont sur place devant la maison. Une fois que le camion de GERMAIN est descendu de la remorque, ALAIN et GROS MARC l'inspectent et discutent, mais leur conversation est inaudible. Le camion rouge repart. SAMUEL est à l'hôpital avec REBECCA. Ils patientent sur une chaise dans un couloir. SAMUEL tient toujours un morceau de mouchoir devant son nez.)


[SAMUEL:] Ostie que je suis bien

avec toi, là, Bec.


[REBECCA:] Le sang commence à

manquer dans cette tête-là.


[SAMUEL:] Non, pas de farce.

Je te trouvais belle

avec tes petits tantôt.


[REBECCA:] Ils sont beaux, hein?
[SAMUEL:] Tu sais que je serai

jamais

avec une aussi

belle fille que toi?

Tu te souviens-tu

quand tu m'as laissé?

Tu m'as dit que c'était

pour m'y reprendre plus tard.


[REBECCA:] Ça fait longtemps,

ça.

J'avais 18 ans.


[SAMUEL:] Ça "fait" 18 ans.
[REBECCA:] Regarde, t'as fait ta

vie, j'ai fait la mienne,

puis c'est sûrement

mieux comme ça.


[SAMUEL:] J'ai pas fait ma vie.
[REBECCA:] Hé, t'es pas fair,

là.


[SAMUEL:] Je suis né pour être

avec toi, là, Bec.


[REBECCA:] T'as dit exactement

la même chose il y a 18 ans.


[SAMUEL:] Je le pense encore.
[REBECCA:] Il faut que t'ailles

chercher de l'aide, Sam.

Il faut que tu te sortes de ça.

(SAMUEL se met à pleurer.)


[SAMUEL:] C'est pas juste.

C'est pas supposé être comme ça.

C'est même pas pour

une bonne raison, en plus.

Le temps aurait...

C'est pas juste.

Je comprends rien.

[REBECCA caresse le dos de SAMUEL pour le consoler. [REBECCA:] Ça suffit, là.

(Une DOCTEURE sort d'un bureau juste à côté de SAMUEL et REBECCA.)


[DOCTEURE:] Samuel Racine?

SAMUEL (En pleurant)

Oui.

(SAMUEL et REBECCA se lèvent.)


[REBECCA:] Je vais rentrer, moi,

Sam.


[SAMUEL:] OK.

Merci, hein.


[REBECCA:] Bien non.

Bye, Sam.

(REBECCA donne un baiser à SAMUEL sur la joue.)

♪♪♪

(De leur côté, ALAIN et GROS MARC continuent d'inspecter le camion de GERMAIN en face de la maison de GERMAIN. GROS MARC identifie les endroits nécessitant des réparations.)


[GROS MARC:] Tu vois icitte, là?

Ça devrait être icitte.


[ALAIN:] Ah oui?
[GROS MARC:] Ça, c'est pété.

Je vais checker en haut, là.

(GROS MARC monte sur le dessus du moteur. Le capot du camion est ouvert.)

(GERMAIN sort de la maison, intrigué par ce qui se passe.)


[GROS MARC:] Par quoi tu veux

commencer? Le body ou le moteur?


[GERMAIN:] C'est quoi, ça,

Alain?


[ALAIN:] Ton vieux truck. Moi

puis Gros Marc, on va t'arranger

ça.


[GERMAIN:] Non, non. J'ai tué

une femme avec ce truck-là.

C'est à la dump

que ça devrait être.

(ALAIN s'avance vers GERMAIN.)


[ALAIN:] T'as conduit des trucks

pendant 45 ans.

Tu le sais que ça vient

avec la job.


[GERMAIN:] Voyons, Alain.

C'est pas dur à comprendre.

Je veux plus le voir, ce

camion-là.

(ALAIN retourne voir GROS MARC au camion.)


[ALAIN:] Il fait chier.

(Plus tard, de retour chez GERMAIN, SAMUEL est debout devant un miroir. SAMUEL enlève lentement une longue mèche de tissu ensanglantée par une narine en gémissant. GERMAIN vient le retrouver.)


[GERMAIN:] Qu'est-ce que t'as

là?


[SAMUEL:] J'ai saigné du nez,

hier soir.


[GERMAIN:] Tu saignes encore?
[SAMUEL:] Je suis allé à

l'hôpital.


GERMAIN (Moqueur)

À

l'hôpital? Pour un nez qui

coule?

(SAMUEL continue de tirer sur la mèche qui sort de son nez en gémissant. La longueur de la mèche atteint environ 1 mètre maintenant.)


SAMUEL (À voix basse)

Oh,

câlisse.

(Une fois la mèche sortie, SAMUEL soupire de malaise et se lave les mains. Plus tard, dans la cour de GERMAIN, SAMUEL, ALAIN et GERMAIN s'affairent à couper du bois à l'aide d'une fendeuse hydraulique et d'une scie tronçonneuse et à empiler le bois pour former une corde. GERMAIN se fâche en voyant comment SAMUEL empile le bois.)


[GERMAIN:] Voyons, Sam!

T'es encore parti tout croche!

Non...

(GERMAIN tente d'arranger la position des buches et jette des buches placées trop haut sur le sol.)


[GERMAIN:] C'est bien trop haut,

ça!

Une corde,

c'est 4 pieds de haut.

(SAMUEL prend à son tour des buches qui sont placées trop haut et les jette violemment sur le sol, insulté.)


[ALAIN:] Germain, come on, là.
[GERMAIN:] Si vous aviez aidé

quand vous étiez jeunes,

vous sauriez comment faire.


[ALAIN:] Hé, crisse, on a

passé nos automnes

à faire du bois de poêle!

On est-tu venus icitte

pour rien, nous autres, là?

Sacrament, on se force

le cul pour aider.

Il y a jamais rien...

Sam t'a trouvé trois jobs,

juste hier.

Il manque un remplaçant

sur les trucks à lait,

ils cherchent des gars

pour charrier des loads

aux States, puis ils cherchent

des gars pour La Romaine.


[GERMAIN:] Je l'ai faite, ma

Baie-James.

C'est quoi, là?

(ALAIN arrête le moteur de la scie hydraulique.)


[GERMAIN:] T'es allé au centre

d'emploi?


[SAMUEL:] Non, non, non.

J'ai juste checké ça de même.


[ALAIN:] Puis Bruno cherche

quelqu'un pour passer la gratte

cet hiver.

Ouvrir des chemins

puis des cours.

Au lieu de te morfondre, là,

tu pourrais profiter

de ton chômage,

passer la gratte l'hiver,

puis jober un peu l'été.

T'arrives à ta pension, papa.

C'est pas comme s'il fallait

que tu te trouves

une nouvelle carrière, là.


[GERMAIN:] C'est simple dans vos

têtes, vous autres.


[ALAIN:] C'est pas simple,

c'est logique.


[GERMAIN:] Bien, vous êtes pas

à ma place.


[ALAIN:] Après ça, on se demande

pourquoi on est des osties

de paresseux, hein?

[ALAIN redémarre la scie hydraulique. ALAIN, SAMUEL et GERMAIN poursuivent leur travail. Plus tard, en soirée, SAMUEL et ALAIN sont assis dans le camion de GERMAIN, devant la maison de GERMAIN, et boivent de la bière. Le camion n'est pas en marche. [ALAIN:] Coudon, t'as-tu eu de

l'action, toi, avec la Rebecca?


[SAMUEL:] Bien, non, voyons.

Je voulais juste la revoir.


[ALAIN:] Je te niaise, là.
[SAMUEL:] Hé, checke ça.

(SAMUEL imite le son d'un talkie-walkie et rit.)


[ALAIN:] Hé, tu te souviens-tu

quand on est allé voir

mononcle Jack à Lawrence,

le gars en bike

qui s'était fait entrer dedans

par un camion sur le pont?


[SAMUEL:] Oui.
[ALAIN:] On le saura jamais,

s'il est mort, lui.


[SAMUEL:] S'il est pas mort,

il est pas fort.


[ALAIN:] Ostie que ça

avait fessé, hein?

J'y repense, des fois,

moi. Paclang!

Son casque avait revolé.


[SAMUEL:] Bien, voyons.

T'as pas vu ça, toi.

Tu dormais quand c'est arrivé.


[ALAIN:] Je l'ai vu, certain.
[SAMUEL:] Bien non.
[ALAIN:] Fuck, je l'ai vu

exactement.


[SAMUEL:] Tu dormais, je te le

dis.


[ALAIN:] Hé!
[SAMUEL:] C'est parce qu'on l'a

conté souvent. Mais je te le

jure.


[ALAIN:] Bien non.
[SAMUEL:] Oui! J'étais assis

avec papa.

Puis toi et maman,

vous dormiez en arrière.


[ALAIN:] Non, je l'ai... Je te

le jure.


[SAMUEL:] Bien oui. Tu te

souviens pas?

Maman t'avait chicané

parce que t'avais dit

que t'aurais aimé ça voir ça.


[ALAIN:] Fuck, t'as bien trop

raison!

Elle m'avait chicané.


[SAMUEL:] Mais oui.

(ALAIN éclate de rire.)


[ALAIN:] C'est con!

Ça fait 20 ans que je la conte,

cette histoire-là.

J'étais convaincu.

(ALAIN et SAMUEL éclatent de rire.)


[SAMUEL:] Je suis sûr que t'en

as d'autres comme ça.

(Le lendemain, GERMAIN, SAMUEL et ALAIN roulent dans le pickup de GERMAIN, qui est au volant. Il y a un quad dans la remorque. GERMAIN, SAMUEL et ALAIN portent chacun une tenue de chasse. Ils écoutent la radio.)

[HOMME À LA RADIO:] À vendre:

entonnoir fait sur mesure.

L'extérieur est en bois

et l'intérieur en tôle.

Il peut contenir 15 kilogrammes

de matériel sec.

On demande 100$.

740-2622.

740-2622.

À vendre: quatre pneus d'hiver

P225/75 R15

avec roues

de marque Winter Extreme.

(ALAIN se met à fredonner d'une façon comique.)

[HOMME À LA RADIO:] 350$

au 736-6826.

736-6826.

À vendre: un fusil

à deux canons

pratiquement neuf

d'une valeur de 400$.

Composez le 992-0997.

Le 992-0997.

(SAMUEL rit de la manière qu'ALAIN fredonne.)


[SAMUEL:] T'es con. [HOMME À LA RADIO:] À vendre,

un...

(La voiture arrivée à destination, ALAIN sort du véhicule, mais oublie de baisser son banc pour laisser SAMUEL sortir.)


SAMUEL (Avec sarcasme)

Merci!
[ALAIN:] Bof.

(SAMUEL et GERMAIN sortent à leur tour du véhicule. SAMUEL, ALAIN et GERMAIN sortent ensuite chacun leur fusil de leur étui et préparent leur équipement de chasse. ALAIN s'adresse à SAMUEL.)


[ALAIN:] Aide-moi donc.
[GERMAIN:] Pour que ça vaille la

peine,

il faut commencer

plus de bonne heure que ça.

Et rester une couple

de jours au camp.


[ALAIN:] Hé, papa. On rien que

ça à faire, nous autres, là.

On est icitte pour ça.

On peut passer la semaine,

si tu veux, là.


[GERMAIN:] Tant qu'à faire, il

faut bien le faire comme il

faut.

(Plus tard, GERMAIN, ALAIN et SAMUEL marchent dans la forêt. Ils marchent longtemps sans parler.)


[ALAIN:] Je suis vraiment pas

pire pour tirer du gun

avec mon bras gauche, hein.

Du gun... Comme un gun, là.


[SAMUEL:] Comme ça tu sais ça,

toi?


[ALAIN:] Je suis dans un club de

tir.


[SAMUEL:] Ah oui?
[ALAIN:] Oui.
[SAMUEL:] Ah oui? Comme dans les

films, là, avec les...

les gros écouteurs?


[ALAIN:] Oui.

GERMAIN (En chuchotant)

Hé,

quand on chasse, on se la ferme.

Puis accélérez un peu.


ALAIN (Avec sarcasme)

C'est

le fun en crisse, la chasse,

hein?


[GERMAIN SAMUEL:] Chut!

(SAMUEL, ALAIN et GERMAIN poursuivent leur marche dans la forêt. Plus tard, ils s'arrêtent au bord d'un petit lac. SAMUEL sort sa gourde de son sac et prend une gorgée. Quelque temps après, ALAIN lance une branche dans le lac pendant que SAMUEL et ALAIN regardent au loin avec des jumelles. GERMAIN, ALAIN et SAMUEL reprennent leur marche dans la forêt.)

(GERMAIN aperçoit quelque chose au loin.)


GERMAIN (En chuchotant)

Tiens.

(GERMAIN, ALAIN et SAMUEL se mettent à marcher très tranquillement. Un peu plus tard, GERMAIN s'arrête et fait un signe à ALAIN et SAMUEL pour qu'ils s'arrêtent aussi. GERMAIN pointe ensuite son doigt vers quelque chose au loin. SAMUEL a de la difficulté à voir de quoi il s'agit, mais ALAIN pointe à son tour son doigt pour l'aider à voir. GERMAIN se met en position de tir et regarde par la lunette de son fusil. Il tire un coup de feu.)

GERMAIN, SAMUEL et ALAIN

sont excités.]


[ALAIN:] Yes!
[SAMUEL:] Tu l'as-tu eu?

(GERMAIN sourit pour la première fois.)


[SAMUEL:] L'as-tu eu? Tu l'as

eu.

[GERMAIN fait signe à SAMUEL ne se taire. Ensuite, GERMAIN, ALAIN et SAMUEL marchent lentement à la recherche de leur proie. Ils aperçoivent du sang sur le sol. [GERMAIN:] Doucement. Il doit

être proche. Il faut pas le

stresser.

(Un coup de feu se fait entendre au loin. GERMAIN, SAMUEL et ALAIN sursautent. Ils courent en direction de l'endroit d'où provenait le coup de feu.)


[SAMUEL:] Allez, papa!

(Plus loin, un homme parle au cellulaire. C'est le CHASSEUR SANS SCRUPULES. Un chevreuil git à ses pieds.)


CHASSEUR SANS SCRUPULES

Oui, JC, va-t'en au camion.

Pendant ce temps-là, moi,

je vais le vider.

Oui, tu vas voir.

Je suis à peu près à, quoi,

500 pieds au nord de ma cache.

(ALAIN, SAMUEL et GERMAIN interpellent le CHASSEUR SANS SCRUPULES. Ils sont en colère.)


[ALAIN:] Hé! Qu'est-ce

que tu fais là, toi?


[CHASSEUR SANS SCRUPULES:] Quoi?

C'est parce qu'il est apparu

direct devant moi.


[GERMAIN:] Hé!

Ça fait une demi-heure

qu'on le suit.

Moi, je l'ai tiré

bien comme il faut.

Puis là, on le suivait pour voir

où il allait mourir.


[CHASSEUR SANS SCRUPULES:] Je

suis-tu supposé vous croire,

moi, là?


[GERMAIN:] Crisse, checke les

traces de sang en arrière, là.


[CHASSEUR SANS SCRUPULES:] Oui,

bien, là, si tu l'as blessé,

c'est pas mon problème,

OK? C'est moi qui l'ai tué.


[GERMAIN:] Tabarnak! La balle

est presque au coeur.

Si tu veux appeler

le garde-chasse,

ça me dérange pas, moi!

(ALAIN s'avance vers le CHASSEUR SANS SCRUPULES et le pousse.)


[ALAIN:] OK, tu fais de l'air.

OK, le grand?

(Le CHASSEUR SANS SCRUPULES se relève et pointe son fusil vers ALAIN. Le CHASSEUR SANS SCRUPULES est furieux.)


CHASSEUR SANS SCRUPULES

Câlisse! Toi, tu recules, mon

ostie!

Envoye! Recule ou je te tire!

(Le CHASSEUR SANS SCRUPULES pointe aussi son fusil vers GERMAIN et SAMUEL.)

Puis vous autres,

vous bougez pas!

Puis envoyez, jetez vos guns,

mes osties!

(SAMUEL dépose son fusil par terre.)


[GERMAIN:] Hé!

On va se parler comme du monde,

là. On n'est pas des animaux!

(Le CHASSEUR SANS SCRUPULES s'adresse à GERMAIN.)


[CHASSEUR SANS SCRUPULES:] Jette

ton gun!

(SAMUEL court vers le CHASSEUR SANS SCRUPULES et lui arrache son fusil. SAMUEL pointe ensuite l'arme vers lui.)


SAMUEL (Criant)

Écoute-moi

bien, toi, là!

On n'a pas besoin de ça,

nous autres, OK?

C'est notre buck!

Je sais pas si tu sais

comme ça marche, là,

mais la loi est bien claire.

Tu sais-tu c'est quoi, la loi?


GERMAIN (Criant)

T'as pas

d'affaire à achever un chevreuil

déjà chassé par quelqu'un.

Surtout si on l'a déjà tiré!

Deuxièmement,

t'as pas d'affaire

à pointer ton gun

sur mon gars!

Moi, si j'étais à ta place,

je décrisserais assez vite.


[SAMUEL:] Que je te vois plus

jamais pointer ton gun sur mon

père,

OK? Décâlisse! Décrisse!

(Le CHASSEUR SANS SCRUPULES part en courant.)


[SAMUEL:] Envoye!

Tu iras chercher ton gun

à la gate demain!

Tu feras ça, ouain!

(GERMAIN rebrousse chemin, seul. Il sanglote faiblement. De leur côté, SAMUEL et ALAIN déplacent le chevreuil un peu plus loin en le tirant par les bois. Les entrailles du chevreuil gisent sur le sol. Arrivé à l'auto, GERMAIN embarque sur son quad et repart pour rejoindre ALAIN et SAMUEL. Il emporte une planche métallique avec lui. SAMUEL et ALAIN l'attendent en discutant.)


[ALAIN:] On s'habitue pas à se

faire pointer un gun dans la

face.


[SAMUEL:] En tout cas, ça brasse

plus icitte qu'en ville.


[ALAIN:] Moi, je dirais pas ça,

là.


[SAMUEL:] En tout cas...

(SAMUEL observe les mains d'ALAIN, qui tremblent.)


[SAMUEL:] Tu "shakes".

(ALAIN soupire.)

(Une fois que GERMAIN a rejoint ALAIN et SAMUEL, ALAIN et SAMUEL placent le chevreuil mort sur la planche métallique en arrière du quad.)


[SAMUEL:] C'est beau, papa.

(GERMAIN, ALAIN et SAMUEL repartent vers la voiture. GERMAIN conduit le quad qui tire le chevreuil. ALAIN et SAMUEL marchent à côté du quad.)

♪♪♪

(ALAIN, SAMUEL et GERMAIN arrivent en ville à bord du pickup. Le chevreuil est attaché sur le toit du pickup.)

♪♪♪

(Le lendemain, GERMAIN, SAMUEL et ALAIN bavardent avec des curieux à l'extérieur du pickup sur lequel le chevreuil est toujours attaché. Les conversations sont inaudibles.)

♪♪♪

(Plus tard, GERMAIN entre dans la grange sur son terrain et sort un vélo. Il gonfle les pneus du vélo.)

♪♪♪

(ALAIN huile la chaîne du vélo. De son côté, ALAIN poursuit les réparations sur le camion de GERMAIN avec GROS MARC.)


[ALAIN:] On en a

pour un bout, hein?


[GROS MARC:] Oui.
[ALAIN:] Hé, on le vend,

puis avec le cash

on se part un garage,

toi puis moi.


[GROS MARC:] T'es comique.
[ALAIN:] Laurel et Hardy.
[GROS MARC:] Hein?
[ALAIN:] Laurel et Hardy

mécanique.


[GROS MARC:] Il faudrait que je

retrouve mon poids santé, là.

(GROS MARC se mouche.)


[ALAIN:] Je vais t'aider, moi.

(ALAIN effectue une manipulation difficile avec un outil.)


[ALAIN:] Voyons, ostie.
[GROS MARC:] Moi qui pensais

que t'étais mort.


[SAMUEL:] Eh non.

(Plus tard, GERMAIN et SAMUEL regardent une ancienne vidéo tournée en famille et entre amis à la fin d'une partie de chasse. Un chevreuil est pendu dans une grange. Des CHASSEURS, une MÈRE, des enfants, dont un JEUNE GARÇON, sont debout autour du chevreuil. Certains propos sont inaudibles et les visages des personnages ne sont pas montrés.)

[JEUNE GARÇON:] Crisse,

il est donc bien long!


[MÈRE:] Hé, il est gros

en tabarnak!


[CHASSEUR 1:] Hé, méchante... [JEUNE GARÇON:] Il lèche le

plancher!


[CHASSEUR 1:] Il faudrait que tu

lui tournes le vendre.

[JEUNE GARÇON:] Il a la langue

sortie.

(Deux des CHASSEURS tournent le chevreuil vers la gauche.)


[CHASSEUR 1:] Tu y vas dans

l'ordre, comme ça.

Comme ça. Ça va bien.


[CHASSEUR 2:] Il était gros.

(ALAIN entre dans le salon où GERMAIN et SAMUEL regardent la vidéo.)


[ALAIN:] Qu'est-ce

que vous regardez, là?


[SAMUEL:] Quand papa avait tué

l'orignal juste icitte, en

arrière.


[ALAIN:] Ah oui? On a ça, nous

autres?

Je me souviens pas

qu'on avait une caméra.


[GERMAIN:] C'était la ciné à

Ti-Joe.

JEUNE GARÇON (Dans la vidéo)

T'as vu, papa?


CHASSEUR (Dans la vidéo)

Il était gros.

JEUNE GARÇON (Dans la vidéo)

Oh, oui, hein?


[ALAIN:] Ayoye, c'est maman, ça.

(Plus tard, ALAIN et SAMUEL sont assis tous les deux dans le salon. ALAIN tient un livre dans ses mains. SAMUEL somnole.)


[ALAIN:] Hé, c'est un livre

de la bibliothèque, ça.


[SAMUEL:] Hein?
[ALAIN:] "25 mars 1990,

Samuel Racine."

(Samuel rit.)


[ALAIN:] À 5 cents par jour...

20 ans...

Mettons, 8000 jours.

Ça fait combien?


[SAMUEL:] 8000 jours à 5 cents,

ça fait 400$.

C'est cher. Je pense...

Je pense que je l'ai jamais lu.

(ALAIN rit.)


[SAMUEL:] Hé, je travaille

lundi. Ça me tente pas.


[ALAIN:] Tu retournes là? Je

pensais que tu lâcherais ça,

moi.


[SAMUEL:] Bien non. Il faut

que je remonte demain.


[ALAIN:] Moi, je reste icitte.
[SAMUEL:] Man, t'es pas sérieux,

là?


[ALAIN:] Je vais m'installer au

chalet.

Je vais faire un peu

de mécanique avec Gros Marc.


[SAMUEL:] Hé, man, tu vas

capoter.


[ALAIN:] Pourquoi?
[SAMUEL:] Bien... Penses-y peu.
[ALAIN:] Tu penses que je serais

mieux dans ma chambre de motel?


[SAMUEL:] Non, mais toi puis

papa dans le même village...


[ALAIN:] Il est correct, le

père.

Des fois.

(Le lendemain, SAMUEL s'apprête à repartir chez lui avec sa voiture. ALAIN et GERMAIN se tiennent à côté de la voiture de SAMUEL.)


[SAMUEL:] Bon, bien, je pense

que j'ai tout.


[GERMAIN:] Si t'as besoin de

quelque chose, tu me feras

signe.

Ça dépend de quoi, là.

(ALAIN tend un paquet de CD à SAMUEL.)


[ALAIN:] Tiens, je t'ai préparé

de la musique pour la route.


[SAMUEL:] T'es-tu sûr que je

vais en avoir assez?


[ALAIN:] Bien, si tu roules

comme d'habitude,

ça va arriver

bien flush.

(SAMUEL donne une tape amicale à ALAIN en riant.)


[SAMUEL:] T'es con. Bon, bien...
[GERMAIN:] Bonne swing par en

haut. Sois prudent.


[SAMUEL:] J'aurai pas de trouble

avec la neige, certain.

C'est pas normal, ça.

(ALAIN et SAMUEL se serrent dans les bras.)


[ALAIN:] Lâche-moi ça,

cette job de marde, là.

OK?


[SAMUEL:] Bon, bien,

c'était bien le fun.

(SAMUEL donne une petite tape sur l'épaule de son père.)


[GERMAIN:] Merci, là.

(SAMUEL entre dans sa voiture et referme sa portière. Plus tard, SAMUEL roule en écoutant la chanson Fell Into Painting Houses de Richmond Fontaine. De son côté, GERMAIN va rendre visite à un AMI qui conduit une excavatrice. C'est l'AMI DE GERMAIN. En arrivant à bord de son pickup, GERMAIN klaxonne pour attirer l'attention de l'AMI DE GERMAIN. Une fois GERMAIN sorti de sa voiture, l'AMI DE GERMAIN vient le retrouver.)


[AMI DE GERMAIN:] Salut!
[AMI DE GERMAIN:] T'as tué, il

paraît, mon Germain!


[GERMAIN:] Bien oui. On a tué un

buck avec mes gars.

Sur la première journée.

Une luck.


[AMI DE GERMAIN:] Hé, justement,

j'ai vu ton plus jeune l'autre

jour.

Ça nous rajeunit pas ça, hein?


[GERMAIN:] Oui. Je les ai pas

vus grandir.

C'est comme si c'était hier.

Ça a passé trop vite.

C'est des maudits bons petits

gars pareil.


[AMI DE GERMAIN:] Ah oui. Ça,

c'est bien sûr.


[GERMAIN:] Cécile, elle les a

élevés toute seule.

Puis en bout de ligne,

je me rends compte

qu'ils sont bien pareils

comme moi.


[AMI DE GERMAIN:] Ah, ça, oui.

Alain, je lui ai dit, hein! Leur

vrai père.

Puis tu t'en vas-tu

à ta retraite, finalement?


[GERMAIN:] Il faudrait bien que

je m'arrange jusqu'à ma pension.

Puis je suis plus sûr que j'ai

envie de retourner dans le bois.


[AMI DE GERMAIN:] C'est drette

ça qu'Alain me disait.

Moi, mon Germain,

comme je lui ai dit, si tu veux,

je te mettrais deux ou troisième

sur mes grattes.

À partir de la première neige

jusqu'au mois aller d'avril.

T'aurais de la job en masse.

Tu serais pas pogné

dans les chemins de trucks

ou à faire des États.

Mais...

un chauffeur de ton expérience,

ça court pas les rues, là.


[GERMAIN:] Merci beaucoup.
[AMI DE GERMAIN:] J'aurais même

des petites jobines au

printemps,

après, sur la gravelle.

Ils vont refaire

la route icitte, là.

C'est comme tu veux.


[GERMAIN:] C'est sûr qu'ils en

ont pour une couple d'années.

[De son côté, ALAIN effectue des achats dans une quincaillerie. Il se promène dans les allées et met des objets dans son panier. La chanson The Twelve Days of Christmas joue à la radio. Un peu plus tard, ALAIN discute avec un homme qu'il connaît et qui est plus âgé que lui. C'est l'AGENT DE LIAISON. [ALAIN:] Bien, non, ça a pas

d'allure. Il a fondu, là.

Il est rendu gros de même.

Je l'ai pas reconnu

tout de suite.

Ça a pris une couple

de minutes, là.


[AGENT DE LIAISON:] Mais, je

vais te le dire: Gros Marc,

c'est un bon mécanicien,

mais ça travaille pas fort.


[ALAIN:] Je le sais, je le

connais.

Justement, on se part pas

de quoi de gros, là.

C'est une couple

de jours par semaine

pour arrondir les fins de mois.

(ALAIN tend une carte de visite à l'AGENT DE LIAISON.)


[ALAIN:] Tiens, c'est notre

carte.


AGENT DE LIAISON (En riant)

Hé, vous vous êtes pas

forcés pour le nom, hein?


[ALAIN:] Arrête donc.

C'est mon idée, ça, là.


[AGENT DE LIAISON:] En plus? Hé,

j'ai pas de félicitations à te

faire.


[ALAIN:] Laisse faire.
[AGENT DE LIAISON:] Bien c'est

correct.


[ALAIN:] Hé, attends, j'en ai

d'autres.

(ALAIN tend d'autres cartes de visite à l'AGENT DE LIAISON.)


[ALAIN:] Tiens, donne ça à des

chums.


[AGENT DE LIAISON:] Ah, bien,

parfait.


[ALAIN:] À la prochaine.

(ALAIN donne une tape amicale sur l'épaule de l'AGENT DE LIAISON.)


[AGENT DE LIAISON:] Hé, salut

bien.


[ALAIN:] Salut! Bye!

♪♪♪

(C'est la nuit. ALAIN se promène en voiture en ville. De retour au travail, SAMUEL nettoie une rampe d'escalier roulant.)

♪♪♪

(Un peu plus tard, SAMUEL pousse un chariot sur lequel se trouve une pièce d'appareil de chauffage. Un peu plus tard, SAMUEL est dans un ascenseur et écoute un enregistrement. On y entend le SUPERVISEUR DES CONCIERGES qui décrit les travaux à effectuer.)


SUPERVISEUR DES CONCIERGES

2h15.

Besoin de l'inventaire

du papier de toilette

puis des essuie-main...

Tu mettras ça sur mon bureau.

Apparemment, il y a

une petite fuite,

mais je sais pas

à quel étage. Checkez ça.

(SAMUEL enlève ses écouteurs alors que l'enregistrement continue de jouer.)

(Chez lui, GERMAIN regarde une chronique météo à la télévision.)


[PRÉSENTATRICE MÉTÉO:] Et mardi,

on ira chercher

dans l'ensemble du Québec entre

5°C et 6°C comme maximum...

(ALAIN entre dans la maison.)


[ALAIN:] Salut!
[GERMAIN:] Salut!
[PRÉSENTATRICE MÉTÉO:] ... le

même scénario. Les vents

du sud-ouest

vont nous aider

à garder le temps doux.


[ALAIN:] Voyons, papa, il est

2h de l'après-midi, là.


[GERMAIN:] J'ai rien d'autre à

faire.


[ALAIN:] Je vais faire

une autre petite liste,

si tu te prends pas

en main, là.

Lâche la TV, un peu.

Ça sert à rien, la TV.


[GERMAIN:] Il doit faire frette

au chalet.


[ALAIN:] C'est pas si pire. Je

chauffe la truie en masse.


[GERMAIN:] Vas-tu manquer de

bois?


[ALAIN:] Pas si l'hiver arrive

pas.

Tu veux venir souper?


[GERMAIN:] Oh, non.
[ALAIN:] Bon...
[PRÉSENTATRICE MÉTÉO:] ... pour

la région des Maritimes.

Nuageux avec éclaircies

à Saguenay.

Sur la région du Sud,

ça varie aux dépens du mercure.


[ALAIN:] Bien, d'abord,

viendrais-tu m'aider à sortir le

quai?

Je peux pas faire ça

tout seul, moi.

Puis il sera plus le temps

mais qu'il neige, là.


[GERMAIN:] On peut bien faire

ça.


[ALAIN:] Bon, on va sortir

le cajou aussi.

Tu veux une petite bière?


[GERMAIN:] Non, je vais prendre

un petit cognac, à la place.


[PRÉSENTATRICE MÉTÉO:] Pour le

reste de la province...

(Au chalet de GERMAIN, où demeure ALAIN, ALAIN et GERMAIN s'apprêtent à retirer le quai de l'eau. ALAIN est à côté du quai, qui est muni de roues, tandis que GERMAIN est dans son pickup.)


[ALAIN:] C'est beau!

(GERMAIN démarre son pickup et tire le quai qui est attaché à l'arrière.)


[ALAIN:] Continue, continue!

Avance, avance, avance!

Avance, avance!

Encore!

(Un peu plus tard et un peu plus loin sur le terrain du chalet, ALAIN bloque les roues du quai à l'aide de briques.)


[GERMAIN:] Hé, c'est vieux, ça,

ces roues-là.

Ça appartenait

au grand-père à Régis.


[ALAIN:] Ah oui? C'est tu vrai?
[GERMAIN:] Oui.
[ALAIN:] C'est solide en

simonac.


[GERMAIN:] Mets-en.
[ALAIN:] Ça tough, ça.
[GERMAIN:] Oui.
[ALAIN:] Le bois va nous lâcher

bien avant les roues.


[GERMAIN:] Oh oui.
[ALAIN:] Je remets la strap

dans ton truck.

Tu veux venir prendre un café?


[GERMAIN:] Ah, bien...

Pourquoi pas?


[ALAIN:] Viens-t'en cinq

minutes.

(ALAIN et GERMAIN s'en vont dans le chalet.)

(Toujours à son travail, SAMUEL lave le plancher avec une autorécureuse avec un air las. La FEMME CONCIERGE et une nouvelle employée, MARION, s'approchent de lui sans faire de bruit alors que SAMUEL ignore leur présence. La FEMME CONCIERGE le surprend en mettant ses mains autour de sa taille et en criant. SAMUEL sursaute et la FEMME CONCIERGE rit.)


[SAMUEL:] Shit.
[FEMME CONCIERGE:] Nerveux.

C'est Marion. C'est elle

qui t'a remplacé

pendant que t'étais parti.


[MARION:] Puis ce soir,

je remplace Jacob.


[SAMUEL:] Moi, c'est Sam.
[MARION:] Salut.
[FEMME CONCIERGE:] Sam est ici

depuis 239 ans.


[SAMUEL:] J'ai démissionné

aujourd'hui.

(La FEMME CONCIERGE serre le bras de SAMUEL amicalement.)


[FEMME CONCIERGE:] No way. Shit!
[MARION:] C'est parfait.

Ça va me donner des heures.


[SAMUEL:] J'ai la chienne, là.

Je sais plus trop.


[FEMME CONCIERGE:] Tu "rockes",

là, petit gars!


[MARION:] T'as la chienne pour

quoi?


[SAMUEL:] Je vais peut-être

finir mon vieux bac

ou me trouver une nouvelle job.

Quelque chose.


[MARION:] Bien, le bac,

c'est une bonne idée.


[SAMUEL:] Je sais pas.

C'est pas trop réfléchi,

mon affaire.

(De son côté, ALAIN travaille maintenant dans une boîte de nuit, où il est animateur. De la musique techno joue à plein volume et les clients dansent. ALAIN discute avec une cliente, mais leurs voix sont masquées par la musique. Plus tard, il s'adresse à tous les clients au micro.)


[ALAIN:] Hé, la gang de gigolos!

(Les clients crient d'amusement.)


[ALAIN:] Hé, oubliez pas le

tirage à minuit du magnum, là.

Il reste plein de billets.

Allez voir Julie au bar, OK?

Puis sur le dance floor,

ça manque de gars, là.

Let's go! On vient danser,

les gars. Come on!

(Des cris de joie se font entendre.)

(De retour à SAMUEL, qui discute avec la FEMME CONCIERGE et MARION dans une cage d'escalier à leur travail. MARION tient une bière dans ses mains. La FEMME CONCIERGE s'adresse à MARION.)


[FEMME CONCIERGE:] Fait que

c'est ça. Avec Jacob,

on avait comme

toute une petite routine.

Puis d'habitude,

après le break,

je vais toujours aider Sam au

30e, lui donner un coup de main.

Fait que ça pourrait être toi

qui vas l'aider.


[MARION:] Bien oui. Bien oui.
[SAMUEL:] Un coup de main pour

quoi?


[FEMME CONCIERGE:] Un coup de

main. Un coup de main, là.

Dans le gros bureau.


[SAMUEL:] Ah oui.

Oui, oui, oui.


[SAMUEL:] Mais oui. J'irai

t'aider.


[FEMME CONCIERGE:] Bon, moi, je

vais aller fumer dehors.

Oh, puis hé, il faut te faire

un party de départ!


[SAMUEL:] Han-han.

(La FEMME CONCIERGE quitte la cage d'escalier. SAMUEL reste seul avec MARION, qui boit sa bière. De son côté, ALAIN sort de sa boîte de nuit et place des objets dans un petit camion. Il neige. On retourne aussi à SAMUEL et MARION, qui font du ménage dans une salle de conférence entourée de vitres donnant sur les édifices illuminés de la ville.)


[SAMUEL:] Je te jure, j'ai

jamais mangé de sushis.


[MARION:] Pourquoi?
[SAMUEL:] J'ai jamais mangé

de fruits de mer non plus.


[MARION:] Bien, voyons donc, ça

se peut pas! Tu viens de la

Gaspésie.


[SAMUEL:] Je viens pas de la

Gaspésie, je viens du

Bas-du-Fleuve.

C'est pas pareil.


[MARION:] Bien, là....

Demain... Demain,

avant notre shift,

je t'amène manger des sushis.


[SAMUEL:] Ah oui?

(MARION regarde par la fenêtre. Il neige.)

♪♪♪

(De retour à ALAIN, qui est au volant de son petit camion sur une route enneigée non éclairée. La neige tombe toujours et la visibilité est mauvaise. ALAIN sort une main par sa fenêtre et manipule un essuie-glace. Quelque temps après, le camion dérape et quitte partiellement la chaussée, mais sans qu'ALAIN ne soit blessé. ALAIN sort du camion et l'inspecte en faisant le tour. Il compose ensuite un numéro avec son cellulaire. Le cellulaire de SAMUEL sonne.)


[SAMUEL:] Excuse.
[MARION:] Prends-le, prends-le.
[SAMUEL:] Ça sera pas long.

(SAMUEL répond.)


[SAMUEL:] Salut.

Oui, ici aussi.

Une petite neige fine,

vous autres?

Ah oui?

Oui.

Oui, je sais.

(Un peu plus tard, deux déneigeurs discutent ensemble à côté d'un camion de déneigement. Leur conversation est inaudible.)

♪♪♪

(L'un des deux déneigeurs embarque dans le camion et part. C'est GERMAIN. En conduisant, il contemple la neige qui tombe.)

♪♪♪

[Début information à l'écran]

Camion

[Fin information à l'écran]

Début générique de fermeture

Une musique douce est suivie d'une chanson folk en anglais.

♪♪♪

Fin générique de fermeture

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