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L'ange gardien

Normand works as a night watchman in a building. One night, he catches Nathalie and Guylain in the middle of a robbery, but they manage to escape. Oddly, Nathalie visits Normand at work a few weeks later, seeking refuge, and a unique relationship develops between them.



Réalisateur: Jean-Sébastien Lord
Acteurs: Guy Nadon, Marilyn Castonguay, Patrick Hivon
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture

Alors que le générique défile encore, nous entendons des portes être verrouillées et quelqu'un marcher dans un couloir.

[Début information à l'écran]

L'ange gardien

[Fin information à l'écran]

NORMAND, gardien de sécurité de nuit dans un bâtiment, fait sa ronde dans un couloir portes des différentes salles sont verrouillées. NORMAND semble fatigué.

Un peu plus tard, NORMAND est assis à la réception du bâtiment et écoute la radio.

ANIMATEUR À LA RADIO

Les trois

étoiles choisies à Boston:

la troisième à Seguin,

la deuxième à Bergeron,

et la première à Brendan

Gallagher qui, avec deux buts,

permet ainsi la victoire

aux Canadiens, à l'arraché.

(NORMAND prend un air très satisfait à cette annonce.)

ANIMATEUR À LA RADIO

Après une remontée

spectaculaire,

le Canadien gagne

en fusillade...

(Plus tard, NORMAND fait un tour à l'extérieur du bâtiment. C'est la nuit, et nous sommes en plein hiver. NORMAND regarde vers le ciel.)


NORMAND

Maxime.

M'écoutes-tu?

On remonte.

Ouais, on a des chances

de faire les séries, mais...

ça va être par la peau

du partiel, mon homme.

Par la peau du partiel.

(NORMAND rentre à nouveau dans le bâtiment en entrant par une porte de sécurité dont il saisit le code. Nous le voyons plus tard continuer sa ronde. NORMAND constate que la grille de sécurité fermant un comptoir de cafétéria a été ouverte. NORMAND regarde à l'intérieur, et comme rien de lui semble suspect, il referme la grille et continue sa ronde. Mais derrière la grille se cachent NATHALIE et GUYLAIN.)


NATHALIE

Il nous a vus.


GUYLAIN

Mais non. Impossible.


[NATHALIE:] Je te le dis, il

nous a vus!


GUYLAIN

Ben non. Va ouvrir

la grille, on s'en va.

(GUYLAIN ouvre la caisse de la cafétéria et en prend le contenu.)


[GUYLAIN:] Câlisse!

Il y a quasiment rien,

là-dedans!

(NATHALIE essaye à nouveau d'ouvrir la grille tandis que GUYLAIN fouille la cafétéria.)


[GUYLAIN:] Chut! Attention!
[NATHALIE:] Hey, on est restés

embarrés.

(GUYLAIN fait soudain s'écrouler une pile d'objets, causant un grand vacarme. NATHALIE le regarde avec un air de reproche.)


[GUYLAIN:] Penses-tu que je l'ai

fait exprès, sacrement?

(À l'extérieur, NORMAND qui s'était éloigné, est en train de téléphoner, tout en écoutant discrètement les voix venant de la cafétéria.)


[GUYLAIN:] Christ!

(NATHALIE commence à paniquer et s'écarte brusquement de la grille.)


[GUYLAIN:] Où tu vas?
[NATHALIE:] Je veux être à la

maison pour faire le lunch

de la petite demain matin.

(NATHALIE se précipite en courant vers la grille.)


[GUYLAIN:] T'es malade!

(NATHALIE fait s'effondrer la grille dans un grand fracas. GUYLAIN sort en trombe et se heurte à un panneau électrique.)


GUYLAIN

Oh! Câlisse d'ostie!

(NORMAND arrive et les surprend.)


[NORMAND:] Arrêtez! Arrêtez!

(NORMAND prend NATHALIE et GUYLAIN en chasse.)


NORMAND

Fuck!

(NORMAND, tout en courant, commence à avoir le souffle rauque et la respiration haletante. GUYLAIN et NATHALIE s'engouffrent dans la cage d'un escalier de secours. GUYLAIN est déjà hors de portée, mais NATHALIE est restée en arrière. Complètement essoufflé, NORMAND s'arrête et suffoque. En l'entendant, NATHALIE s'arrête et revient sur ses pas. NORMAND l'aperçoit, la saisit par le bras et la fait basculer par-dessus la rampe de l'escalier. NATHALIE tombe lourdement sur NORMAND qui s'effondre sous le choc. NORMAND suffoque et semble faire une crise. NORMAND tente de se relever, en vain, et sort avec difficulté des comprimés de sa poche qu'il montre à NATHALIE. NATHALIE ouvre la boîte et en sort des comprimés qu'elle met dans la bouche de NORMAND. NORMAND reprend enfin son souffle. NATHALIE est visiblement choquée.)


[NATHALIE:] Ça va aller?

(NORMAND, encore secoué, reste à terre.)


[NORMAND:] Je t'ai jamais vue,

OK? Dépêche-toi.

Il y a une sortie par en haut.

[NATHALIE hésite. Vite! [NATHALIE:] Désolée.

(NATHALIE monte les escaliers en titubant. NORMAND, toujours à terre, l'entend s'éloigner. Dehors, GUYLAIN et NATHALIE s'éloignent en courant, tandis que l'on entend des sirènes de police arriver. Plus tard, NORMAND est allongé sur un brancard tandis que des ambulanciers s'affairent autour de lui. Le policier KARL prend sa déposition.)


[NORMAND:] C'était un gars tout

seul.

J'ai couru après.

J'ai eu un malaise,

je suis tombé dans les escaliers

et j'ai même pas pu voir

de quoi il avait l'air.

Faut croire que...

j'ai encore le coeur fragile.


[KARL:] T'as rien remarqué

d'autre?


[NORMAND:] Non.

En tout cas, Karl...

je m'ennuie de vous autres

en s'il vous plaît.


[KARL:] Nous autres, aussi.

J'étais toujours en confiance

avec quelqu'un comme toi

à côté de moi.

Allez.

(S'adressant aux ambulanciers)

C'est bon.

(Les ambulanciers emmènent NORMAND.)

(Nous sommes maintenant devant une petite maison de quartier résidentiel.)

[Début information à l'écran]

Trois semaines plus tard

[Fin information à l'écran]

NORMAND se gare devant l'entrée et entre. Il dépose ses affaires puis entre dans la chambre à coucher où dort MONIQUE, sa femme. NORMAND la secoue gentiment.


[NORMAND:] Faut que tu te lèves.

(MONIQUE s'étire. Quelques instants plus tard, NORMAND et MONIQUE prennent leur petit-déjeuner en silence dans le salon. Puis, MONIQUE se lève, embrasse NORMAND et s'en va.)


[NORMAND:] Bonne journée.
[MONIQUE:] Hum. Bonne nuit.

(De retour à la réception du bâtiment où travaille NORMAND, celui-ci est au bureau écoute la radio.)

[ANIMATEUR À LA RADIO:] À la

ligne bleue, descend,

décide de contrôler

la rondelle

chez le Canadien. Veut remettre

derrière le filet,

bagarre contre Markov. La

passe dans l'enclave. Perdue.

Contre-attaque de Deharnais,

il tente un tir et compte!

(NORMAND fait un geste de triomphe.)


[NORMAND:] Yes! Oui, monsieur!

Desharnais.

(NORMAND se lève en toute hâte et se précipite dans un couloir.)

ANIMATEUR À LA RADIO

Et c'est 1-0, Le Canadien!

(NORMAND court jusque dans une pièce pourvue d'une télévision et l'allume.)

ANIMATEUR À LA TÉLÉVISION

David Desharnais avec une

superbe manoeuvre individuelle,

devant le défenseur Strachan

qui décoche un tir,

et se sert du défenseur

un peu comme écran

pour battre--

(NORMAND pousse une exclamation satisfaite, puis éteint la télévision.)


[NORMAND:] Oui, monsieur!

Desharnais.

(NORMAND est retourné au bureau de la réception et mange un sandwich.)

[ANIMATEUR À LA RADIO:] On se

contenterait pas, Ron.

Je pense que là, tout le monde,

se rendre au premier rang...

AUTRE ANIMATEUR À LA RADIO

Gagner un match, en perdre

deux, gagner un match,

en perdre deux, gagner

un match en perdre deux,

gagner un, en perdre un,

gagner un, en perdre deux...

Tu peux t'amuser de même

jusqu'à la fin, si tu veux.

[ANIMATEUR À LA RADIO:] Sauf

que nous, c'est pas ça qu'on

veut voir.

AUTRE ANIMATEUR À LA RADIO

C'est pas ça qu'on veut voir,

sauf que, sauf que, sauf que...

(Nous voyons plus NORMAND quitter son travail. Suite à un moment d'inattention où il cherche un CD à écouter, NORMAND freine brusquement pour éviter un HOMME étendu sur la route. NORMAND sort de son auto pour aider L'HOMME.)


[HOMME:] Hé... Non!
[NORMAND:] Non, non, eille.

Tu peux pas rester là.

T'es en plein milieu de la rue.

Viens-t'en. Doucement.

(NORMAND aide L'HOMME à se relever. Il s'agit de GUYLAIN.)


[NORMAND:] Ça va-tu aller?

GUYLAIN (Avec difficulté)

J'vais le tuer, le tabarnak.


[NORMAND:] Ah, ouais, c'est

beau, ça.

Où est-ce que tu restes? Hein?

(GUYLAIN semble saoul et tient à peine debout. NORMAND cherche des papiers d'identité sur lui. GUYLAIN proteste.)


[GUYLAIN:] Eille... Eille!
[NORMAND:] Ça suffit, sacr...

(NORMAND trouve le permis de conduire de GUYLAIN.)


[NORMAND:] OK...

Non, tu restes pas là.

Tu vas geler.

(NORMAND aide GUYLAIN à se relever et le soutient jusqu'à sa propre voiture. NORMAND conduit GUYLAIN jusqu'à chez lui, un petit appartement de quartier résidentiel. À l'intérieur, NORMAND aperçoit des affaires d'enfant.)


[NORMAND:] Allô?

(Comme personne ne répond, NORMAND laisse GUYLAIN tomber sur un divan, où il s'endort aussitôt. Une petite fille arrive alors. Il s'agit de CORALIE. CORALIE vide un bol qui contenait des chips.)


[NORMAND:] C'est ton papa?

(CORALIE acquiesce. NORMAND désigne le bol vide.)


[NORMAND:] Pis ça, c'est

pour quoi?


[CORALIE:] C'est pour le vomi.
[NORMAND:] Ah.

Tu vas m'aider.

(NORMAND soulève une jambe de GUYLAIN et commence à lui enlever ses bottes. CORALIE l'assiste en silence.)


[NORMAND:] Ouh...

(NORMAND tente un geste comique pour faire sourire CORALIE. CORALIE sourit.)


[NORMAND:] Ça pue, ça!

Tu devrais aller te recoucher.


[CORALIE:] OK.

(Alors que CORALIE retourne dans sa chambre, NORMAND entend une voix qu'il ne reconnaît pas immédiatement.)

(VOIX FÉMININE)

: Qu'est-ce que

tu fais ici?

(Avec beaucoup de surprise, NORMAND reconnaît alors NATHALIE, qui l'observe depuis la cuisine. NORMAND reste immobile quelques instants.)


[NORMAND:] J'ai juste ramassé

ce gars-là dans la rue.


[NATHALIE:] Tu mettras pas la

police après nous autres?

C'est lui qui était

avec toi l'autre soir?

(NATHALIE ne répond pas. GUYLAIN gémit sur le divan.)


[NATHALIE:] Reste pas ici.

On sait jamais ce qu'il peut

faire quand il perd les pédales.

(NORMAND quitte l'appartement. Nous le voyons plus tard dans son lit. NORMAND ne parvient pas à dormir. Quelques instants plus tard, MONIQUE rentre du travail et l'aperçoit dans le salon.)


[MONIQUE:] Tu dors pas?

(NORMAND fait signe que non.)


[MONIQUE:] Ça m'inquiète que tu

continues à travailler la nuit.

Surtout après

ce qui s'est passé.


[NORMAND:] Énerve-toi pas avec

ça.

(MONIQUE soupire.)

(NORMAND poursuit la lecture de son journal, mais semble préoccupé. Plus tard, la nuit, nous voyons NORMAND se garer devant le bâtiment de son travail. NATHALIE est cachée de l'autre côté de la rue et le guette. Nous voyons ensuite NORMAND au bureau de la réception, écouter la radio et remplir des mots croisés.)

ANIMATEUR À LA RADIO

La grande glace,

c'est à l'extérieur

des points de mise en jeu.

La petite glace,

c'est à l'intérieur

des points de mise en jeu.

Donc, quand on dit: "Il y a

des joueurs de petite glace"...

(NORMAND aperçoit soudain NATHALIE, qui l'observe par les portes vitrées de l'entrée. Méfiant, NORMAND s'approche.)


[NATHALIE:] Je peux-tu rentrer?
[NORMAND:] Tu veux que je te

mette la petite caisse de la

cafétéria

dans un sac, ou tu vas

aller chercher ça toi-même?

(NATHALIE baisse les yeux, l'air honteuse.)


[NATHALIE:] Je suis désolée

pour l'autre soir.

(NORMAND hésite, puis ouvre la porte.)


[NORMAND:] Envoye.

Attends, attends, attends.

(NATHALIE entre et NORMAND referme la porte derrière elle.)


[NORMAND:] Elle est où, ta

fille?


[NATHALIE:] Elle dort.
[NORMAND:] Je veux pas me mêler

de ce qui me regarde pas,

mais...

c'est pas un peu dangereux

de la laisser toute seule

avec ton gars?


[NATHALIE:] Guylain.

C'est mon ex.

Ça s'est pas bien fini

entre nous deux

après qu'on se soit

sauvés d'ici.

J'habite même plus avec lui.

Quand t'es venu à l'appart,

il s'est même pas rendu compte

que j'étais rentrée.

Ça l'aurait fait capoter.


[NORMAND:] Fais-tu ça souvent,

entrer chez ton ex, de même?


[NATHALIE:] Quand c'est

nécessaire.

C'est tranquille

à l'appart à soir.

Mais j'ai pas de place où aller.

C'est dégueulasse, il a jeté

toutes mes affaires.

Ma brosse à dents,

mon linge, mes photos...


[NORMAND:] Je peux pas te garder

ici.


[NATHALIE:] Je veux juste

m'allonger une couple d'heures.


[NORMAND:] Te rendes-tu compte

de ce que tu me demandes?


[NATHALIE:] Je serais pas ici si

j'avais une autre solution.

(NORMAND guide NATHALIE à l'intérieur du bâtiment.)


[NORMAND:] Je t'ai laissée

rentrer... Je voudrais pas

que tu te retrouves congelée

sur le bord de la rue.

Tu pourrais bloquer

une souffleuse,

pis j'haïs ça quand les rues

sont pas déneigées le matin.

(NORMAND et NATHALIE descendent au sous-sol. NORMAND ouvre la porte de ce qui ressemble à un débarras pour divers articles d'entretien.)


[NORMAND:] Comment tu

t'appelles?


[NATHALIE:] Nathalie.
[NORMAND:] Nathalie.

Réalises-tu que j'ai passé

trois jours à l'hôpital

à cause de toi?


[NATHALIE:] J'avais besoin

d'argent.


[NORMAND:] Hum. J'avais comme

compris

que t'étais pas en manque des

hot chicken de la cafétéria.

(NATHALIE s'est assise sur un vieux divan dans le fond de la pièce et ne répond pas.)


[NORMAND:] Tu te caches de quoi?

J'ai rien dit

à la police sur toi.

Faut que je continue

ma ronde.

Il va falloir

que je barre la porte.

Je peux pas te laisser

lousse de même, toi.


[NATHALIE:] As-tu des enfants?

(NORMAND s'apprête à sortir, NATHALIE l'interrompt.)

T'avais l'air d'avoir

le tour, hier.

(NORMAND s'est arrêté sur le pas de la porte et paraît hésiter.)


[NORMAND:] Non.

Je reviens dans pas long.

(NORMAND ferme la porte derrière lui en sortant. Nous voyons alors un flashback dans l'appartement de NATHALIE et GUYLAIN, pendant une dispute. La petite CORALIE est présente, en train de décorer son arbre de Noël.)


[NATHALIE:] T'as fait quoi?
[GUYLAIN:] Ils s'en trouveront

un autre clown pour chauffer

leur lift.

Moi, je suis écoeuré de me faire

traiter comme de la marde.


[NATHALIE:] Je comprends, là,

mais on fait quoi si t'as plus

de salaire?

(GUYLAIN est visiblement énervé par la question.)


[GUYLAIN:] Quand vous fermez...

il reste de l'argent dans le

coffre de la cafétéria, right?

(NATHALIE lui lance un regard de reproche et essaye de détourner l'attention de CORALIE.)


[NATHALIE:] Coralie, regarde

ta belle étoile de Noël.

On va la ranger dans la boîte

pour l'année prochaine.


[GUYLAIN:] On attend

que ça ferme,

on se cache dans les toilettes,

pis quand tout

le monde est parti,

on a ta clé, on ouvre le coffre.


[NATHALIE:] Va faire tes devoirs

dans la chambre.

On va finir une autre fois.


[GUYLAIN:] On est corrects pour

une couple de semaines,

le temps que je me replace

les pieds quelque part.


[NATHALIE:] Mais ça va pas, toi?

As-tu oublié que t'es en

probation?

T'as capoté ben raide en prison.

Je veux pas

que tu revives ça, là.

Tu passerais pas au travers.

(De retour dans la pièce du sous-sol avec NATHALIE, qui a l'air très attristée par ce souvenir. Dehors, NORMAND passe un coup de téléphone à KARL, qui patrouille en voiture.)


[NORMAND:] Ouin, c'est ça.

Je me demandais si

vous aviez du nouveau.


[KARL:] Ah, non.

Non, on a interrogé

une Carole Paquette

qui travaillait à la cafétéria

le soir du vol,

et ça a pas donné grand-chose.

Il y huit filles

qui ont accès à une clé

qui travaillent là-bas,

mais là, toi,

t'as vu un gars.

C'est pas génial.

Toi, quelque chose

de nouveau t'est revenu?


[NORMAND:] Oh, non, non. Rien de

neuf.


[KARL:] Fais-toi en pas,

Normand. On va le pogner.

(Nous sommes à présent au petit matin, et MONIQUE sort de sa chambre en toute hâte, tout en finissant de s'habiller.)


[MONIQUE:] Normand!

Normand, tu m'as pas réveillée?

Qu'est-ce que tu faisais?


[NORMAND:] Euh, je...

Ça m'est sorti de la tête.


MONIQUE (Irritée)

Je vais être en retard.

Peux-tu zipper ma robe?

(Pendant que NORMAND s'exécute, MONIQUE regarde par la fenêtre et regarde la balançoire dressée dans leur jardin. NORMAND ne parvient à remonter la fermeture éclair.)


[MONIQUE:] Tire fort!

Ça reste coincé, des fois.

(NORMAND remonte la fermeture d'un coup brutal.)


[MONIQUE:] Ayoye!
[NORMAND:] Excuse.
[MONIQUE:] Promets-moi que tu

vas défaire la balançoire, cet

été.

On pourrait commander le spa.

On se gâte jamais.

(NORMAND semble irrité.)


[NORMAND:] Bonne journée.
[MONIQUE:] Bonne nuit.

(MONIQUE s'en va. Plus tard au travail, NORMAND consulte sans passion des brochures de spa, assis au comptoir de la réception. Nous le voyons ensuite faire sa ronde, tandis que le vent souffle par rafales au-dehors. Soudain, NORMAND s'arrête stupéfait et aperçoit NATHALIE qui l'observe dehors. NORMAND ouvre la fenêtre et l'apostrophe.)


[NORMAND:] Tu devrais pas

traîner ici!


[NATHALIE:] Tu vas appeler la

police?


[NORMAND:] Il va falloir que

tu t'arranges autrement.

C'est pas une auberge ici, OK?

(NORMAND commence à refermer la fenêtre.)


[NATHALIE:] Eille!

Eille!


[NORMAND:] Quoi?
[NATHALIE:] Le Canadien a-tu

gagné?


[NORMAND:] 4-2.

Fin de match incroyable!

Bonne nuit, là.


[NATHALIE:] C'est à cause de mon

père. C'est un fan fini.


[NORMAND:] Il pourrait pas

t'aider, lui?


[NATHALIE:] Il est avec sa

nouvelle famille au Nevada, je

pense.


[NORMAND:] Pis ta mère?

(NATHALIE répond, mais un train passe et couvre sa voix.)


[NORMAND:] Quoi?
[NATHALIE:] Elle s'est tuée

quand il est parti!


[NORMAND:] Ah euh... Désolé.

Bonne nuit, là.


NATHALIE (En suppliant)

Eille, je suis toute seule, là!

Il y a personne pour m'aider.

Come on!

(NORMAND la regarde et hésite, puis referme la fenêtre. Au rez-de-chaussée, nous voyons NORMAND ouvrir la porte d'entrée à NATHALIE et la faire entrer.)


[NORMAND:] Envoye. Rentre avant

que je change d'idée.

(NORMAND conduit à nouveau NATHALIE au débarras du sous-sol.)


[NORMAND:] Ta petite est encore

toute seule avec ton ex?


[NATHALIE:] Elle dort.

Il écoute la télé.

C'est bien tranquille.

(NATHALIE soupire. Elle a l'air fatiguée.)


[NORMAND:] Tu sais, j'ai

longtemps été dans la police.

Je vais te mettre en contact

avec du monde qui vont t'aider.


[NATHALIE:] Regarde... J'ai pas

besoin de te raconter ma vie

pour que tu comprennes

que j'ai pas envie

de parler à la police.


[NORMAND:] On s'en reparle.

Là, faut que...


[NATHALIE:] Que tu retournes

travailler.

Je sais.

(NORMAND hésite puis sort de la pièce et ferme la porte à clé derrière lui.)

(Nous voyons un nouveau flash-back dans l'appartement de NATHALIE et GUYLAIN. LE PROPRIÉTAIRE menace GUYLAIN devant NATHALIE et CORALIE.)


[LE PROPRIÉTAIRE:] Pas de chèque

encore? Comment je vais payer

l'hypothèque sur la bâtisse

si vous ne payez pas

votre loyer?

(LE PROPRIÉTAIRE sort. GUYLAIN se laisse tomber sur le divan.)


[NATHALIE:] Il va revenir.
[CORALIE:] On va-tu déménager?
[GUYLAIN:] Ben non. Ben non.

(GUYLAIN embrasse CORALIE et la cajole.)


[GUYLAIN:] Hein, Nathalie?

(NATHALIE regarde CORALIE avec inquiétude.)


[NATHALIE:] Le jeudi, Carole

travaille.

C'est une grosse journée

à la cafétéria.

Avec un peu de chance, le dépôt

de la semaine aura pas été fait.


GUYLAIN (À CORALIE)

Tu vois?

Il y en aura pas, de problème.

(GUYLAIN rit et embrasse CORALIE.)

(De retour dans le présent, NORMAND se prépare un sandwich pour son quart de travail. NORMAND hésite un instant puis en prépare un deuxième. NORMAND va ensuite dans la buanderie où il prend un oreiller, un drap et une couverture. À ce moment, MONIQUE revient du travail. MONIQUE pleure.)


[NORMAND:] Qu'est-ce que

tu fais là?

Je pensais que tu finissais

beaucoup plus tard.


MONIQUE (En pleurant)

Ils ne

veulent plus de moi.

Ils ont beau dire qu'ils

restructurent, je suis sûre

que c'est parce qu'ils en

veulent une plus jeune.

Je vais encore me retrouver

toute seule à la maison.

(NORMAND, sur le point de partir, met son manteau.)


[NORMAND:] Ben non.

Eille, je suis là.


[MONIQUE:] T'es là?

T'es même plus capable

de rester réveillé

pendant tes journées de congé.

(NORMAND, pressé, regarde sa montre.)


[NORMAND:] Je suis retard.

On va trouver une solution.

(NORMAND saisit le sac dans lequel il a rangé la literie.)


[MONIQUE:] Qu'est-ce que

t'apportes là?


[NORMAND:] Un... un coussin.

Ma chaise me donne mal

dans le dos.


[MONIQUE:] Normand...

T'es bizarre, ces temps-ci.


[NORMAND:] Pourquoi?

Qu'est-ce que tu veux

qu'il se passe dans ma vie?

Tout le monde dort

quand je travaille.

(NORMAND s'en va. Pendant ce temps, chez GUYLAIN, CORALIE dessine tandis que son père prépare le repas.)


[GUYLAIN:] Là, t'es sûr que tu

veux juste une boulette?


[CORALIE:] Juste une.

(CORALIE a dessiné une dame entourée de coeurs. Il est écrit "Maman" au-dessous. Une fois son dessin fini, CORALIE le montre à GUYLAIN.)


[CORALIE:] Regarde, j'ai dessiné

maman.

(GUYLAIN a un mouvement de rage, arrache le dessin des mains de CORALIE, le froisse et le jette.)


[GUYLAIN:] Câlisse!

As-tu d'autres choses

dans la tête, des fois?

(CORALIE le regarde avec un air de reproche.)


[GUYLAIN:] As-tu fait tes

devoirs?


CORALIE (Froidement)

C'est pédagogique demain.

(CORALIE quitte la cuisine en claquant la porte.)

(Nous voyons à nouveau un flash-back, quelques instants à peine après le cambriolage. NATHALIE et GUYLAIN s'enfuient tandis que l'on entend les sirènes de police arriver.)


NATHALIE (Paniquée)

Ça va?
[GUYLAIN:] 250 piasses!

Tout ça pour 250 piasses!


[NATHALIE:] On vend des club

sandwichs, pas des Mercedes.


[GUYLAIN:] Penses-tu qu'il t'a

reconnue?


[NATHALIE:] Impossible. Il m'a

pas vue.


[GUYLAIN:] L'ostie, il a tout

fait planter.

Je vais le retrouver!

Ostie, j'ai quasiment perdu

un oeil à cause de lui.


[NATHALIE:] T'avais juste à pas

faire la fanfare dans la

cafétéria.

(GUYLAIN saisit NATHALIE aux épaules et la pousse brutalement contre un mur.)


GUYLAIN (Avec colère)

Penses-tu que j'ai fait

exprès, sacrament?


[NATHALIE:] Tout ça serait pas

arrivé

si t'étais capable

de garder une job!


[GUYLAIN:] Crisse que je t'haïs,

toi, des fois.

(GUYLAIN la lâche. NATHALIE se redresse avec difficulté. GUYLAIN s'enfuit en traversant en courant un terrain vague. NATHALIE tente de le rattraper.)


[NATHALIE:] Attends-moi!
[GUYLAIN:] Grouille! Ostie.

Attends-tu l'autobus? Envoye!

(De retour dans le présent, NORMAND est à la réception avec NATHALIE et déballe on repas.)

[ANIMATEUR À LA RADIO:] Streit

descend

dans l'enclave, il tire!

Rate la cible...


[NORMAND:] Je devrais pas

te faire entrer ici.

Je pourrais me faire

mettre à la porte.

[ANIMATEUR À LA RADIO:] ...

défense du gardien,

retournement. Frappe le poteau.

(NORMAND glisse un sandwich dans le mains de NATHALIE, qui hésite.)

ANIMATEUR À LA RADIO

Galchenyuk fonce sur la

rondelle libre,

arrive devant Martinek,

à la ligne bleue, pour Subban.

(NORMAND et NATHALIE échangent un sourire.)

ANIMATEUR À LA RADIO

Il lance, arrêt du gardien

dans le coin et compte!

(NORMAND fait un geste victorieux.)

[ANIMATEUR À LA RADIO:] Bian

Gionta!


[NORMAND:] Un but. Suis-moi!

(NORMAND court vers la pièce de la télévision et fait signe à NATHALIE de le suivre.)


[NORMAND:] Viens, viens, viens! [ANIMATEUR À LA RADIO:] Les

Canadiens ramènent l'écart à un

seul but!


[NATHALIE:] On s'en va où, là?
[NORMAND:] Vite, vite, vite!

(NORMAND et NATHALIE arrivent devant la télévision et NORMAND l'allume.)

ANIMATEUR À LA TÉLÉVISION

... semble aller

en leur faveur.

Gionta devant le filet.

Subban est très efficace

ce soir pour diriger...

(NORMAND trépigne de joie.)


[NORMAND:] Le but!

Quel but!

On est revenus dans la game.

(NATHALIE sourit à NORMAND.)

ANIMATEUR À LA TÉLÉVISION

On va retirer Price.

Il reste 55 secondes à faire...


[NORMAND:] Envoyez, envoyez,

envoyez, les petits gars.

Come on...

Come on, come on!

(NORMAND semble soudain à bout de souffle.)

ANIMATEUR À LA TÉLÉVISION

... va jusqu'à Markov dans son

territoire.

Galchenyuk s'en va

en territoire des Highlanders.

(NORMAND éteint la télé.)


[NATHALIE:] Eille, qu'est-ce que

tu fais là?

(NORMAND gémit, s'assoit et reprend son souffle avec difficulté.] [NORMAND:)

J'ai...

(NORMAND fait signe qu'il ne peut plus parler. NORMAND reprend un instant son souffle.)


[NORMAND:] Je peux plus regarder

le hockey à la télé

depuis mon pontage

il y a cinq ans.

Ça me stresse trop.

Ça m'a obligé à me retirer

de la police aussi.

J'imagine que t'avais

remarqué...

j'avais le coeur fragile.

(NORMAND gémit.)

(NATHALIE s'assoit à côté de NORMAND.)


[NORMAND:] Ça te manque, la

police?

(NORMAND acquiesce. NATHALIE prend sa main qui tient encore la télécommande et lui fait rallumer la télévision.)

ANIMATEUR À LA TÉLÉVISION

Nabokov aura été à la hauteur.

Il aura fait face

à 32 tirs pour frustrer

les attaquants du Canadien.

Il y aura eu des buts marqués

en supériorité numérique,

mais à la fin de la journée,

lorsque tu tires de l'arrière

constamment en deuxième

et en troisième période...

(NORMAND éteint à nouveau la télévision.)


[NATHALIE:] J'aimerais ça si tu

pouvais venir avec moi.

Juste pour voir si tout

est correct à l'appart.

Des fois, quand

le Canadien perd,

ça le rend vraiment

de mauvaise humeur.


[NORMAND:] Pourquoi tu veux

que je vienne avec toi?


[NATHALIE:] Je me sentirais plus

en sécurité.

C'est sûr que tu peux

pas comprendre.


[NORMAND:] Pourquoi?
[NATHALIE:] T'as pas d'enfants.

(NORMAND regarde NATHALIE avec un air sombre. NATHALIE lui tourne le dos. Nous voyons ensuite NATHALIE à bord de la voiture de NORMAND, qui conduit en direction de l'appartement de GUYLAIN. Le cellulaire de NORMAND sonne et l'on voit que c'est MONIQUE qui tente de l'appeler depuis le téléphone de la maison. NORMAND refuse l'appel. À l'autre bout du fil, MONIQUE est inquiète.)


[RÉPONDEUR:] Laissez-moi

un message. Merci.

(MONIQUE soupire, inquiète. Pendant ce temps, NORMAND et NATHALIE arrivent devant l'appartement de GUYLAIN et s'arrêtent. Nous observons par la fenêtre GUYLAIN, calme, se brossant les dents. NATHALIE fait signe à NORMAND de la suivre en silence et fait le tour de la bâtisse. Par une fenêtre sans rideaux, NORMAND et NATHALIE observent CORALIE qui dort.)


[NATHALIE:] C'est mon petit

ange.

(NORMAND regarde NATHALIE avec émotion. Soudain, une porte s'ouvre.)


UNE VOISINE (Avec colère)

Eille!

Hey! Qu'est-ce qui se passe?

(NATHALIE et NORMAND s'enfuient.)


UNE VOISINE

Maudit pervers!

Je vais appeler la police!

(NATHALIE et NORMAND s'enfuient en courant. NORMAND gémit et a le souffle court. NATHALIE et NORMAND s'arrêtent enfin sur un banc dans un parc et reprennent leur souffle.)

(La patate va m'exploser.)

(NORMAND sourit à NATHALIE, qui le regarde avec inquiétude.)


[NORMAND:] Pourquoi tu te caches

de lui?


[NATHALIE:] Il m'en veut.

Il ne veut plus me revoir.


[NORMAND:] Rester cachée...

c'est pas une solution.

Voyons donc!


[NATHALIE:] Si je vais à la

police, que je dis tout,

qu'est-ce qui va se passer,

tu penses, hein?

Il se laissera pas faire.

Il va se venger.

Il retournera sûrement pas en

dedans sans rien dire sur moi.


[NORMAND:] Mais qu'est-ce que

tu lui as fait

pour qu'il soit

en crisse de même?


[NATHALIE:] Rien! J'ai rien

fait!


[NORMAND:] Au moins, si tu

parles à la police,

ta fille serait en sécurité.

Elle serait prise en charge.


[NATHALIE:] Par qui, hein? Par

qui?

C'est "ma" fille!

Pis il y a personne qui va

me dire quoi faire avec.

Même pas toi.


[NORMAND:] Ben, moi, je

laisserais pas une petite fille

là, de même,

toute seule

avec un gars de même!

Je peux pas fermer les yeux.

(NATHALIE regarde NORMAND avec tristesse, puis se lève et part. Plus loin dans le parc se trouvent des balançoires. NATHALIE s'y assoit.)


[NATHALIE:] Veux-tu me pousser?
[NORMAND:] As-tu compris

ce que je t'ai dit?


[NATHALIE:] Pousse.

(NORMAND hésite, puis pousse NATHALIE.)


[NATHALIE:] Plus fort.

(NORMAND s'exécute.)


NORMAND (Avec tristesse)

Si tu savais comme ça me ramène

en arrière de faire ça.

(Plus tard, NORMAND reconduit NATHALIE en voiture. Arrivés dans le débarras où elle dort, NORMAND sort la literie qu'il avait amenée et l'installe sur le divan. NATHALIE regarde NORMAND avec reconnaissance. NORMAND s'assoit à côté de NATHALIE, qui s'allonge sur lui comme une enfant. Nous sommes ensuite de retour dans la maison de NORMAND.)


MONIQUE (En criant)

T'étais où?

(NORMAND est encore dans l'entrée.)


[NORMAND:] Ben... au travail.
[MONIQUE:] Ton téléphone

marchait pas!


[NORMAND:] Dans le sous-sol, des

fois,

tu le sais, ça passe pas.


[MONIQUE:] T'as passé plus que

trois heures dans le sous-sol?


[NORMAND:] Tu m'appelais pour

quoi?

(MONIQUE est au bord des larmes.)


[MONIQUE:] J'en peux plus,

Normand.

(MONIQUE sort une valise de la chambre à coucher.)


[MONIQUE:] Je vais aller passer

un peu de temps chez ma soeur.

J'ai besoin de réfléchir

à ce que je vais faire.

(MONIQUE s'habille. NORMAND semble perdu. MONIQUE soupire.)


[MONIQUE:] Ça fait 25 ans

qu'on a perdu Maxime.

Je pense qu'on n'a jamais

vraiment réussi

à passer à autre chose.


[NORMAND:] On s'en est sortis,

il me semble?


[MONIQUE:] T'as même pas

encore été capable

de défaire la balançoire.

Peut-être qu'on est

mieux de se laisser

une petite chance

chacun de notre côté.

La vie est courte,

on le sait bien trop.

(MONIQUE sort.)


NORMAND (Avec tristesse)

Monique...

(Plus tard, NORMAND est seul dans sa cuisine. NATHALIE quant à elle surveille GUYLAIN qui entre chez lui, puis s'en va. GUYLAIN entre. CORALIE est en train de prendre son petit-déjeuner en regardant la télévision. GUYLAIN s'assoit à côté de CORALIE. Il a l,air épuisé.)


[GUYLAIN:] Chut...

(Quelqu'un frappe à la porte. GUYLAIN va ouvrir.)


[GUYLAIN:] Oui?

(Il s'agit de KARL et d'UN POLICIER.)


[KARL:] Bonjour, monsieur.

On cherche Nathalie Paquette.

Elle est ici?


[GUYLAIN:] Ça fait quelques

semaines qu'elle est partie.


[KARL:] Ah, ouais?
[GUYLAIN:] Ouais, si vous la

retrouvez, dites-lui

que sa fille s'ennuie

d'elle, pis que moi,

je commence à trouver

le temps long en sacrament.


[KARL:] Vous avez vraiment

aucune idée d'où elle peut être?


[GUYLAIN:] Non, je la cherche,

là.


[KARL:] Le soir du 12 janvier,

vous étiez où, vous?


[GUYLAIN:] 12 janvier?

12 janvier...

12 janvier, on était où,

nous autres?

C'est un jeudi, ça?

Je devais être en train

de regarder le hockey

comme tout le monde.

(KARL désigne l'oeil au beurre noir de GUYLAIN.)


[KARL:] Vous vous êtes fait mal?
[GUYLAIN:] Oui, non, c'est

un accident de travail.

(KARL regarde GUYLAIN avec un air soupçonneux.)


[KARL:] On peut vous rappeler

si on a d'autres questions?


[GUYLAIN:] Pas de trouble. OK.

(KARL et UN POLICIER s'en vont. GUYLAIN ferme la porte derrière eux. GUYLAIN regarde CORALIE avec gravité.)


[GUYLAIN:] Tu comprends pourquoi

ta mère revient pas, là?

Elle s'est vraiment

mise dans le trouble.

(Pendant ce temps, NORMAND et NATHALIE arpentent les couloirs pendant la ronde de surveillance.)


[NORMAND:] Ma femme est partie.
[NATHALIE:] Pour toujours?

(NORMAND ne répond pas. Soudain, le courant est coupé.)


[NORMAND:] Bon... une autre

affaire.


[NATHALIE:] Qu'est-ce que

t'espères dans la vie, toi?


[NORMAND:] J'aimerais ça arrêter

de tout perdre.

J'aimerais ça,

à un moment donné,

qu'il y ait plus

rien qui bouge.

Que je puisse finir

par être tranquille.


[NATHALIE:] S'il y a plus rien

qui bouge dans ta vie,

ça veut dire que

t'es déjà mort.


[NORMAND:] On peut pas tout

avoir.

(NORMAND soupire et ouvre la porte du débarras. Quelques instants plus tard, NORMAND et NATHALIE boivent un café ensemble à l'intérieur.)


[NATHALIE:] As-tu remarqué que

comment c'est tranquille?

Pas de ventilation,

pas de bruits de frigidaire.

Quand je ferme les yeux, on

dirait que j'entends mon coeur.

Toi, sens-tu le tien?

(NORMAND regarde NATHALIE en silence.)


[NORMAND:] Pas...

Pas vraiment.

(NATHALIE met sa main sur le coeur de NORMAND.)


[NATHALIE:] Moi, je le sens.

T'as un bon coeur.

(NORMAND est silencieux. NATHALIE retire sa main.)


[NATHALIE:] Normand...

Toi, euh...

Je le sais que

ça a pas d'allure,

pis que ça se peut pas,

là, mais...

Si c'était possible...

La prendrais-tu avec toi,

Coralie?


NORMAND (Stupéfait)

Quoi?
[NATHALIE:] Si c'était possible.

NORMAND (Péniblement)

Tu sais...

J'ai déjà eu un enfant.

Un petit gars.

Il aurait à peu près

le même âge que toi.

Quand il a eu 4 ans...

Bien, la veille...

de son anniversaire...

il y avait...

un jeune qui s'amusait

à faire de la vitesse

proche de chez nous.

Maxime est allé chercher

son ballon dans la rue.

Pis il s'est fait

rentrer dedans.

(En pleurant)

Carré.

Il a même pas eu le temps

de se rendre compte de rien.

Moi, j'étais là, à côté.


[NATHALIE:] Je suis désolée.

NORMAND (En sanglotant)

Le plus dur,

c'est tout ce que j'ai pas

pu faire avec lui.

L'amener à l'aréna

pour les pratiques,

lui montrer comment

attacher ses patins,

le reconduire à l'école,

faire des voyages

de pêche avec lui.

(NORMAND pousse un long gémissement. Le courant revient tout à coup dans le bâtiment. NORMAND se ressaisit.)


[NORMAND:] Bon, enfin.

Toi, t'es encore jeune.

Il y a un temps pour

chaque chose dans la vie.

Le temps pour moi de m'occuper

d'un petit, c'est fini.

On passe à d'autres choses.

(NORMAND se lève. NATHALIE le regarde avec tristesse. Plus tard, nous voyons NORMAND arriver devant l'appartement de GUYLAIN. CORALIE est en train de déblayer la neige devant l'entrée.)


[NORMAND:] Salut.

(CORALIE sourit.)


[NORMAND:] Comment elle

s'appelle, ta grenouille?


[CORALIE:] Elle, c'est Lougou.
[NORMAND:] Lougou?

T'aimes ça, les grenouilles,

toi, hein?

(GUYLAIN aperçoit NORMAND par la fenêtre.)


[CORALIE:] Ouais.

(GUYLAIN sort sur le perron.)


[GUYLAIN:] T'es qui, toi?

CORALIE)

Rentre en dedans.

(CORALIE rentre.)


[GUYLAIN:] Qu'est-ce que tu

veux?


[NORMAND:] On s'est déjà

rencontrés.

Votre petite virée

de nuit à la cafétéria.

Vous avez été chanceux

de vous échapper.

J'appellerai pas la police

à cause de la petite.

Mais tes soirées trop arrosées

en la laissant toute seule

dans la maison,

c'est fini, ça. OK?

Je te checke, mon homme.

Pis rappelle-toi de ma face.

Parce que tu vas la revoir

si tu dérapes encore.

C'est-tu clair?

(GUYLAIN le regarde d'un air sombre. NORMAND s'en va. Nous revoyons plus tard NORMAND au comptoir de la réception.)

[ANIMATEUR À LA RADIO:] J'ai

pas aimé le match du Canadien,

par exemple.

AUTRE ANIMATEUR À LA RADIO

Ni moi, ni moi. Ah, non.

[ANIMATEUR À LA RADIO:] J'ai

pas aimé ça du tout, là. J'ai

trouvé que...

Un, défensivement...

(NORMAND aperçoit NATHALIE par la fenêtre. Elle a l'air contrariée. NORMAND, qui semblait l'attendre, se dépêche d'aller ouvrir la porte. NATHALIE entre et lui jette un regard noir.)


[NORMAND:] Qu'est-ce qu'il y a?

(NATHALIE et NORMAND sont devant l'entrée du débarras et se disputent.)


NATHALIE (Avec colère)

Tu comprends pas. Il t'avait pas

vu.

Il savait pas t'étais qui.

C'est pas un enfant

de choeur, là.


[NORMAND:] Ça tombe bien. Moi

non plus. J'ai des amis à la DPJ

qui pourraient lui faire

une petite visite à lui.


[NATHALIE:] C'est pas mal

plus compliqué que ça.


[NORMAND:] Je sais plus quoi

faire pour toi, là.

C'est pas en traînant ici que

tu vas aider qui que ce soit.

(Le regard de NATHALIE est attiré par le logo d'une maison de créations sur une porte.)


[NORMAND:] Eille! M'écoutes-tu?
[NATHALIE:] C'est quoi, ça, ici?
[NORMAND:] Des vêtements,

je sais pas trop.


NATHALIE (En souriant)

On peut-tu rentrer?

(NORMAND hésite puis ouvre la porte. NORMAND et NATHALIE entrent.)


[NORMAND:] On reste pas

longtemps, OK?


[NATHALIE:] Juste une minute.

(La pièce est remplie de rouleaux de tissu et de vêtements sur des cintres.)


[NATHALIE:] C'est vraiment beau

ce qu'ils font.

Il me semble que j'aurais été

bonne pour faire des vêtements.


[NORMAND:] Il est pas trop tard.

(NATHALIE aperçoit soudain une robe de soirée en velours rouge qui trône au milieu de la pièce. NATHALIE s'en approche, puis sourit comme une enfant en regardant NORMAND.)


[NORMAND:] Faut pas exagérer.

(Quelques instants plus tard, nous voyons NATHALIE revenir dans la pièce où se trouve NORMAND, vêtue de la robe de soirée. NORMAND sourit en la voyant. NATHALIE a l'air heureuse.)


[NATHALIE:] J'ai jamais porté

quelque chose de beau de même.

(NORMAND sourit d'un air ému, tandis que NATHALIE rit et fait mine de danser dans sa robe. NATHALIE s'approche ensuite de NORMAND et lui désigne sa fermeture éclair dans le dos. NORMAND la remonte avec délicatesse.)


[NORMAND:] Faut que je continue

ma ronde, là.

(NATHALIE prend un air triste.)


[NATHALIE:] J'étouffe ici.

Viens, on va prendre l'air.

(NATHALIE prend la main de NORMAND.)


[NORMAND:] Où tu veux aller?

(NATHALIE l'entraîne en courant.)


[NATHALIE:] Viens.
[NORMAND:] Oui, mais la robe!
[NATHALIE:] Tantôt. Suis-moi.

(NATHALIE et NORMAND montent en courant les escaliers de secours. NATHALIE a remis son manteau et NORMAND enfile le sien.)


NORMAND (En haletant)

Moins vite.


[NATHALIE:] Viens!

(NORMAND et NATHALIE arrivent finalement sur le toit du bâtiment.)


[NATHALIE:] Normand...

tu le sais que Coralie, c'est

tout ce qui me retient ici.

(NATHALIE se dirige vers le rebord du toit.)


NORMAND (Inquiet)

Eille, eille, eille!

Approche-toi pas

trop du bord, OK?


[NATHALIE:] Ma fille, elle peut

même plus me voir.

Trouves-tu ça normal

qu'une petite fille de 7 ans

puisse pas voir sa mère?

Trouves-tu ça juste?

Si elle me voyait, elle pourrait

le dire à son père.


[NORMAND:] Comment t'as pu en

arriver là?

T'as tout.

T'es jeune, t'es belle,

t'es intelligente.

Je comprends pas.

(NATHALIE est au bord des larmes.)


[NATHALIE:] C'est pas vrai.

J'ai 27 ans.

Pis je suis nulle part.

(NATHALIE se retourne vers le vide, NORMAND la retient par les épaules.)


[NORMAND:] Hé.

(NATHALIE se débat, mais NORMAND la maîtrise. NATHALIE lui caresse la joue.)


[NATHALIE:] T'es vraiment la

plus belle personne que j'ai

rencontrée.

T'es avec moi, hein?

Pour vrai?

(Soudain, une rafale de vent vient refermer brusquement la porte du toit qui était restée ouverte. NORMAND se précipite, mais ne parvient pas à la rouvrir. NORMAND sort son cellulaire et compose un numéro. KARL répond dans sa voiture de patrouille.)


[KARL:] Allô?
[NORMAND:] Eille, Karl! Je suis

un peu mal pris.

J'ai entendu du bruit sur le

toit, je suis monté. C'était...

C'était un oiseau

qui était pogné

dans une affaire

de ventilation.

Je suis embarré.


[KARL:] T'es pas sérieux, là?
[NORMAND:] Pourrais-tu m'aider?

Le code d'entrée pour la porte

de service, c'est...

(NORMAND s'éloigne de NATHALIE pour donner le code.)


[NORMAND:] Le...

2-2-9-5-4.


[KARL:] 2-2-9-5-4?
[NORMAND:] Oui.
[KARL:] Eille, mais devine quoi?

On a une nouvelle piste pour le

vol.

Il y a huit filles

qui travaillent à la cafétéria,

il y en a une qui s'est

poussée le soir du 12.

Il y a plus personne

qui l'a revue.

Qu'est-ce que tu penses de ça,

mon Norm? Ça pue, hein?


[NORMAND:] Eille, dépêche-toi.

Je me sens plus les pieds.


[KARL:] Oui, oui, j'arrive, là.

J'arrive.

(NORMAND raccroche.)


[NORMAND:] La police te cherche.

Je pensais pas qu'ils

arriveraient à te retracer.

(Effondré)

Tout va se savoir.

Comment je vais faire pour

expliquer ça à la police,

à Brissette, mon patron,

à ma femme...


[NATHALIE:] Tu t'énerves pour

rien.


NORMAND (En hurlant)

Comment ça, je m'énerve pour

rien?

Karl va me retrouver

ici avec toi!


[NATHALIE:] Je vais me cacher.
[NORMAND:] La robe!
[NATHALIE:] Inquiète-toi pas

pour la robe. Je vais

m'arranger.


[NORMAND:] Réalises-tu dans

quelle situation tu me mets?

Je suis complice.

Veux-tu me dire

comment ça se fait

que je t'ai laissée

partir l'autre soir?


[NORMAND:] [Avec un ton de

reproche] Je t'ai sauvé la vie.


[NORMAND:] Nathalie, écoute,

faut qu'on arrête ça.

Je pense que ce serait mieux

si tu revenais pas

pendant un certain temps.

OK?

Le temps que tu fasses un peu

de ménage dans tes affaires.


[NATHALIE:] Tu vas pas

m'abandonner de même.

Normand...

Ça se peut pas.

(En gémissant)

Normand...

(NATHALIE tente un geste d'affection, mais NORMAND la repousse.)


[NATHALIE:] Sais-tu quoi?

Je suis pas toute seule

qui a besoin de faire

du ménage dans sa vie.

T'as plus rien.

T'es plus une police.

Ta femme est partie.

Pis ton gars...

Il est plus là.

Pis il reviendra plus. Jamais.

C'est pas ça, la vie, Normand!


[NORMAND:] Tu sais pas de quoi

tu parles.

(NATHALIE le regarde, bouleversée. NORMAND s'éloigne d'elle. KARL ouvre soudain la porte, regarde NORMAND et éclate de rire. Il ne voit pas NATHALIE.)


KARL (En riant)

Norm, Norm, Norm, Norm.

(NORMAND suit KARL à l'intérieur, mais prend soin de bloquer la porte derrière lui pour que NATHALIE puisse sortir. NATHALIE reste sur le toit. Pendant ce temps, KARL et NORMAND prennent un café ensemble dans le bâtiment.)


[KARL:] Imagine-toi donc que le

chum de la fille qui a disparu,

il a un casier.

Il est sorti de prison,

ça fait même pas six mois.

(KARL sort un avis de recherche de la poche son uniforme et la tend à NORMAND.)


[KARL:] Tiens.

Parce que si c'est

lui que t'as vu,

je comprends juste pas pourquoi

c'est elle qu'on retrouve pas.


[NORMAND:] Je peux pas être sûr

de rien. Ça s'est passé

tellement vite.

(NORMAND rend l'avis à KARL, qui le regarde avec un air soupçonneux.)


[KARL:] Il y a-tu quelque chose

que tu me dis pas, toi?


[NORMAND:] Ouais.

Monique. Elle est partie.

J'ai bien de la misère.


[KARL:] Ouin.

Je peux-tu faire quelque chose?

(Nous sommes à présent dans l'entrée du bâtiment. NORMAND raccompagne KARL à la sortie.)


[NORMAND:] Merci bien. Merci

encore.

(KARL et NORMAND se serrent la main, puis KARL s'en va. NORMAND referme derrière lui. NORMAND monte vérifier sur le toit, mais il n'y a personne. NORMAND descend ensuite dans l'atelier de création de vêtements et constate que la robe est revenue sur son mannequin. Plus tard, NORMAND est assis dans sa cuisine et mange seul. Il semble épuisé. NORMAND se lève et regarde la balançoire par la fenêtre. Il prend un air décidé. Un montage nous présente ensuite NORMAND démonter la balançoire avec l'aide de KARL et l'entreposer dans le garage. NORMAND referme ensuite la porte du garage avec gravité. Plus tard, de retour dans son salon, NORMAND entend une voiture se garer devant chez lui. NORMAND regarde par la fenêtre et constate que MONIQUE est revenue. NORMAND saisit un bouquet de fleurs dans un vase et se précipite pour ouvrir la porte. MONIQUE est surprise et a un petit rire gêné. MONIQUE entre et NORMAND lui présente le bouquet de fleurs.)


[NORMAND:] Je suis content de te

revoir.

(MONIQUE et NORMAND s'embrassent. Plus tard, nous les voyons sortir de la maison en peignoir.)


[MONIQUE:] En riant]

Ah, Normand, t'es fou!

(Un spa trône dans la cour arrière. Nous voyons par la suite que MONIQUE et NORMAND sont rentrés dans le spa. NORMAND a amené deux coups de champagne. MONIQUE rit et semble heureuse. NORMAND et MONIQUE s'embrassent.)


[NORMAND:] Je vais faire

une demande à Brissette

pour travailler le jour.

J'en peux plus de pas vivre

dans le vrai monde.

C'est en train de

me tuer, je pense.


[MONIQUE:] Normand, je t'aime.

(MONIQUE et NORMAND trinquent. Nous sommes ensuite de retour durant un quart de travail de NORMAND, qui est au bureau de la réception.)

[ANIMATEUR À LA RADIO:] Le

Canadien attaque avec Plekanec.

Plekanec transversale

dans l'enclave,

ça revient à Subban.

Il lance et compte!

(NORMAND fait un geste de victoire.)


NORMAND

Oui, monsieur! Oui, monsieur!

(NORMAND court vers la salle de la télévision, mais s'arrête brusquement. Quelqu'un a collé une photo de CORALIE sur la porte de la salle.)


[NORMAND:] Nathalie!

(Personne ne répond.)


[NORMAND:] C'est pas drôle, là.

(NORMAND regarde autour de lui, ne voit personne et retourne à la réception.)

[ANIMATEUR À LA RADIO:]Mais

là, Michel Therrien demande

la présence de l'arbitre. Il va

demander les explications.

Les deux arbitres sont allés

discuter avec Michel Therrien.

(NORMAND aperçoit une nouvelle photo de CORALIE collée sur sa radio.)


NORMAND (Paniqué)

Nathalie?

Tu peux pas me faire ça,

simonac, je suis cardiaque!

[ANIMATEUR À LA RADIO:] La

discussion semble cordiale et

polie.

Chris Rooney est en train

d'expliquer l'explication

que lui a eue de la part de--

(NORMAND sort son cellulaire et compose un numéro. NATHALIE l'observe, dissimulée dans un couloir. KARL répond.)


[KARL:] Oui?
[NORMAND:] Karl, ouais.

(Faussement léger)

Tu écoutes la partie où, là?

(Nous coupons plus tard. NORMAND et KARL regardent la partie ensemble dans un bar.)


[KARL:] OK. Mais c'est qui,

cette fille-là, d'abord?


[NORMAND:] Je sais pas.

Elle venait me voir

quasiment à tous les soirs.

Je lui faisais même des lunchs.

Elle passait la nuit

dans le D-022.


[KARL:] Regarde, Norm, je sais

que c'est pas de mes affaires,

mais si t'as fait des niaiseries

avec une fille, là...


[NORMAND:] J'ai pas fait de

niaiseries.


[KARL:] Non, non, mais,

admettons.


[NORMAND:] Karl, câlisse, j'ai

pas fait de niaiseries.

Mais j'ai l'impression

qu'elle me suit,

qu'elle est toujours là.


[KARL:] Veux-tu qu'on surveille

ton immeuble?

(La partie de hockey s'anime. KARL détourne son attention de NORMAND.)

[ANIMATEUR À LA TÉLÉVISION:] Il

tire, le filet était ouvert...


[NORMAND:] Je ne sais pas.

(KARL regarde la partie sans prêter attention à NORMAND. Soudain, NORMAND se fige. NATHALIE l'observe dehors.)


[NORMAND:] Attends-moi ici.

(NORMAND sort. KARL l'observe, intrigué.)


NORMAND (Avec colère)

Je le savais!

Tu me suis!


[NATHALIE:] Tu vas pas

m'abandonner. T'as pas le droit.

(Avec colère)

T'as pas le droit!
[NORMAND:] J'ai fait ce que j'ai

pu. Laisse-moi tranquille, OK?

(KARL observe NORMAND depuis l'intérieur du bar. Il voit NORMAND seul, personne n'en est en face de lui.)


[NATHALIE:] Je le crois pas!
[NORMAND:] Ah!

(En haletant)

Qu'est-ce...

Qu'est-ce que tu veux

que je fasse?

(NORMAND a de la peine et respirer et s'effondre.)


[NATHALIE:] Normand!

(KARL voit NORMAND tomber.)


[KARL:] Norm!

(KARL se précipite au-dehors.)


[NATHALIE:] Normand!

(Nous sommes de retour dans la maison de NORMAND. MONIQUE boit son café. Elle est triste et très inquiète. On sonne soudain à la porte. MONIQUE va ouvrir. C'est KARL.)


[MONIQUE:] Ah. Bonjour.
[KARL:] Bonjour, Monique.

(KARL entre et va jusqu'à la chambre de NORMAND, une boîte de chocolats à la main.)


[KARL:] Hé.

(NORMAND est alité.)


[NORMAND:] Hé ben, hé ben...
[KARL:] Je t'ai apporté

des chocolats.

C'était pas ton coeur,

finalement.


[NORMAND:] Non.

L'estomac, le stress.

Pis...

J'ai peut-être mangé un peu

trop d'ailes de poulet.

(NORMAND rit.)


[KARL:] Oui.

Tu sais, Norm...

ça peut devenir bizarre

de travailler tout seul

la nuit, des fois.

Ça t'en faisait beaucoup,

dernièrement, avec...

avec Monique qui est partie

un bout de temps, pis...

la course aux séries, pis...

Dehors, là, tu parlais

avec la même fille?


[NORMAND:] Oui, c'est en plein

ça.

Je pense qu'il faut

qu'on me protège, là.


[KARL:] Écoute, j'ai rien dit

à Monique, mais...

Juste avant de tomber

par terre...

Tu parlais tout seul, dehors.

(NORMAND regarde KARL avec incrédulité.)


[NORMAND:] Non, non.

Non, non, non.

Hé...

Elle était là pour vrai.

Pas juste là.

Je lui apportais

des sandwichs la nuit.

Je suis pas fou, Karl.


[KARL:] J'ai pas dit ça.

Fatigué, peut-être?


[NORMAND:] Quand t'es venu me

chercher, elle était avec moi

sur le toit.


[KARL:] T'étais tout seul,

Normand.


[NORMAND:] Elle était cachée.
[KARL:] Normand, cibole!
[NORMAND:] C'est la fille du

vol.

Je te l'ai jamais dit--


[KARL:] Tu m'as dit que

c'était un gars.


[NORMAND:] Ils étaient deux.
[KARL:] Ça marche pas,

tes histoires, Normand.

(KARL se lève et s'en va. À la nuit tombée, NORMAND est assis sur son lit. MONIQUE le rejoint et lui offre un geste d'affection. NORMAND pose sa tête sur l'épaule de MONIQUE. Le lendemain, NORMAND est assis dans un parc et regarde des enfants jouer sur des toboggans et échelles.)


[UN ENFANT:] Allô!

(NORMAND semble triste de les voir.)


[NORMAND:] Coudonc, Maxime...

(NORMAND regarde le ciel.)

Je suis-tu en train

de virer fou?

(À la nuit tombée, CORALIE dort. Nous entendons NATHALIE chanter. Sa voix accompagne la séquence suivante, qui alterne des images de CORALIE endormie et de GUYLAIN, ivre, mis à la porte d'un bar et proférant des menaces, puis errant dans les rues.)


NATHALIE

♪ À la claire fontaine ♪

♪ M'en allant promener ♪

♪ J'ai trouvé l'eau si belle

que je m'y suis baignée ♪


[GUYLAIN:] Sacrament!

Checke-moi ben aller, man.

Le tabarnak!


[NATHALIE:] ♪ Jamais je ne

t'oublierai ♪

Je vais lui arracher la tête,

pis j'vais lui

chier dans le cou!


[NATHALIE:] ♪ Sous les feuilles

d'un chêne ♪

♪ Je me suis fait sécher ♪

♪ Sur la plus haute branche ♪

♪ Un rossignol chantait ♪

♪ Il y a longtemps

que je t'aime ♪

♪ Jamais je ne t'oublierai ♪


[UN PASSANT:] Eille, ça va?

Monsieur, ça va?


[NATHALIE:] ♪ Chante rossignol

chante ♪ ♪ Car tu as le coeur

gai ♪


[UN PASSANT:] Monsieur?

GUYLAIN (En hurlant)

Non!

♪ Tu as le coeur à rire ♪


[UN PASSANT:] Malade.
[NATHALIE:] ♪ Moi je l'ai à

pleurer ♪

♪ Il y a longtemps

que je t'aime ♪

♪ Jamais je ne t'oublierai ♪

(NATHALIE caresse les cheveux de CORALIE.)


NATHALIE (En murmurant)

Bonne nuit.

(NATHALIE s'en va. Le lendemain, NORMAND attend dans sa voiture stationnée. Une voiture derrière lui klaxonne et NORMAND redémarre pour se stationner plus loin. Il passe devant la maison de GUYLAIN, que des hommes sont en train de vider de ses meubles et affaires sous le regard du PROPRIÉTAIRE. NORMAND ramasse la peluche Lougou de CORALIE, tombée à terre.)


LE PROPRIÉTAIRE

Vous êtes qui, vous?


[NORMAND:] Ça a dû tomber.
[LE PROPRIÉTAIRE:] C'est de la

marde, on crisse tout à la

poubelle.

Come on, guys! Let's go!

(NORMAND garde la peluche et s'en va. Une fois chez lui, nous le voyons emballer son repas.)


[NORMAND:] Non. Je t'ai dit

que j'étais correct.


[MONIQUE:] Il est trop tôt

pour que tu retournes

travailler.


[NORMAND:] Ça va. Je suis en

forme, là.

Ça fait presque une semaine.

Je vais virer fou à force

de rester dans la maison.

Je vais virer fou.

(NORMAND s'en va. Pendant ce temps, GUYLAIN et CORALIE sont chez une AMIE DE GUYLAIN, qui arrange un matelas pas terre pour CORALIE. Les affaires de GUYLAIN sont entassées dans un coin du salon. GUYLAIN et CORALIE regardent la télévision.)


[GUYLAIN:] Non, non,

c'est un osti de chien.

Deux heures.

En deux heures,

il a tout vidé. Tout.

Allez, va te coucher, là.

C'est trop violent comme film,

tu vas faire des cauchemars,

encore. Envoye.


[CORALIE:] Mais je vais pas

pouvoir dormir.

Je m'ennuie de maman.


[GUYLAIN:] Va sur ton matelas.

(CORALIE lance un regard noir à GUYLAIN.)


[GUYLAIN:] J'ai un chum qui

aurait de la job pour moi

sur un chantier en Ontario.

Je pense que je vais y aller.


[CORALIE:] Comment maman va

faire pour nous retrouver?


[GUYLAIN:] T'as pas encore

compris ça, toi?

Si elle avait voulu nous revoir,

elle serait déjà revenue.


[CORALIE:] Maman nous aime plus?

(Avec colère)

C'est-tu parce que

tu lui as fait mal?

(GUYLAIN reste silence, puis se lève brusquement.)


[AMIE DE GUYLAIN:] Tu t'en vas

où, là?


[GUYLAIN:] Couche-la pas trop

tard.

Elle aime ça se faire

chanter une petite chanson

avant de s'endormir.

Pis le matin, elle prend

ses céréales avec pas de lait.

(CORALIE le regarde avec inquiétude, puis GUYLAIN sort.)


[AMIE DE GUYLAIN:] Eille, eille!

J'ai pas juste ça à faire, moi,

jouer à la gardienne!

(Plus tard dans la nuit, GUYLAIN marche dans la rue.)

(Nous voyons un nouveau flash-back de la nuit du cambriolage. GUYLAIN entre chez son AMIE. Il a l'air dans tous ses états.)


[GUYLAIN:] Ah, shit!

Je peux pas retourner

de même à la maison.

La gardienne va capoter.


[AMIE DE GUYLAIN:] Nathalie est

où?


[GUYLAIN:] On s'est engueulés.

Elle est partie de son bord.

Fuck! Câlisse!

(De retour dans le temps présent, GUYLAIN arrive devant le lieu de travail de NORMAND et sort un pistolet, qu'il arme. GUYLAIN essaye la porte d'entrée, mais elle est verrouillée. GUYLAIN appuie donc sur la sonnette d'appel. Un NOUVEAU GARDIEN vient lui ouvrir.)


[LE NOUVEAU GARDIEN:] Qu'est-ce

que tu veux?


[GUYLAIN:] Le gars qui travaille

ici le jeudi, d'habitude,

il est où?


[LE NOUVEAU GARDIEN:] Malade.
[GUYLAIN:] Pis, quand est-ce

qu'il revient?


[LE NOUVEAU GARDIEN:] Quand il

ne sera plus malade.

(LE NOUVEAU GARDIEN reverrouille la porte et GUYLAIN s'en va. Au moment de s'éloigner, GUYLAIN entend une portière de voiture s'ouvrir et voit NORMAND arriver. À l'intérieur, à la réception, LE NOUVEAU GARDIEN est très surpris de le voir arriver.)


[LE NOUVEAU GARDIEN:] Normand?

T'es pas supposé

d'être malade, toi?


[NORMAND:] Ça va mieux.
[LE NOUVEAU GARDIEN:] Va te

reposer. Brissette m'a donné la

nuit, là.


[NORMAND:] Il y a-tu quelque

chose que tu comprends pas

quand je dis: Ça va mieux?

C'est moi qui travaille.


[LE NOUVEAU GARDIEN:] Mais c'est

parce que--

(NORMAND frappe violemment sur le comptoir.)


[NORMAND:] Sors!
[LE NOUVEAU GARDIEN:] Correct,

les nerfs, pompon.

(LE NOUVEAU GARDIEN s'en va.)


[LE NOUVEAU GARDIEN:] Brissette

va le savoir en ostie, par

exemple.

Coudonc...

Elle doit être vraie, la rumeur.


[NORMAND:] Quoi?
[LE NOUVEAU GARDIEN:] Que t'es

après revirer "coucou".

(LE NOUVEAU GARDIEN s'habille et sort. Dehors, GUYLAIN surveille ce qui se passe. Mais une voiture de police passe et GUYLAIN s'en va. Pendant ce temps, à l'intérieur, NORMAND est dans le débarras et dépose la peluche Lougou sur l'oreiller de NATHALIE. Au même moment, CORALIE est seule avec l'AMIE DE GUYLAIN.)


[CORALIE:] Elle est où, Lougou?
[AMIE DE GUYLAIN:] C'est quoi,

ça, Lougou?


CORALIE (En criant)

Elle est où ma grenouille?


[AMIE DE GUYLAIN:] Comment tu

veux que je le sache?


[CORALIE:] On a perdu ma

grenouille! Je suis toute seule!


[AMIE DE GUYLAIN:] Calme-toi,

là! On va la retrouver,

ou bien, ton père va t'en

acheter une autre, c'est tout.


[CORALIE:] Je veux pas une

autre, je veux elle!


[AMIE DE GUYLAIN:] Veux-tu qu'on

aille écouter le film de tantôt?


[CORALIE:] Non, va-t'en.

Va-t'en!

(En hurlant)

Va-t'en!

(Pendant ce temps, NORMAND fait les cent pas devant la porte d'entrée. Quand NATHALIE apparaît enfin, il la laisse entrer.)


[NORMAND:] Rentre.

(À cet instant, une voiture se gare en vue du bâtiment. Il s'agit de MONIQUE et de KARL.)


[MONIQUE:] Je te remercie

d'être venu avec moi.

J'étais inquiète.

(Pendant ce temps, GUYLAIN a fait le tour de la bâtisse. Il tente d'ouvrir une porte de sécurité, mais en vain. Au même instant, KARL et MONIQUE surveillent le bâtiment de l'autre côté.)


[KARL:] Ça a l'air tranquille.

(MONIQUE soupire. De l'autre côté, GUYLAIN sort son arme et tire sur le dispositif de sécurité de la porte.)


[MONIQUE:] C'est quoi, ça?

(GUYLAIN ouvre la porte et entre.)


[MONIQUE:] Je vais aller voir.

(KARL sort de la voiture et l'accompagne.)

(À l'intérieur, NORMAND et NATHALIE se dirigent vers le débarras.)


NORMAND

Comment t'as su que

j'étais ici ce soir?

Tu me suis encore.


[NATHALIE:] Je savais que tu me

laisserais pas tomber.


[NORMAND:] T'es en train

de me rendre fou.

(Pendant ce temps, GUYLAIN se cherche son chemin dans les couloirs. À l'entrée, MONIQUE sonne.)


[KARL:] Viens, j'ai le code pour

entrer par en arrière.

(GUYLAIN continue de progresser et arrive jusqu'à la réception. Ne voyant personne, il retourne sur ses pas. Pendant ce temps, GUYLAIN et NATHALIE sont dans le débarras.)


[GUYLAIN:] Comment va la petite?
[CORALIE:] Pas bien.

Vraiment pas bien.

(NATHALIE aperçoit la peluche.)


[GUYLAIN:] Je l'ai trouvée par

terre proche de chez vous.

(NATHALIE la prend avec beaucoup d'émotion. NORMAND s'assoit à ses côtés.)


[NATHALIE:] J'ai pensé à ce

que tu m'as dit.

(Voix tremblante)

T'as raison.

Faut faire tout ce qu'il

faut pour la sortir de là.

Mais...

Peux-tu me promettre...

... que tu vas être

là pour elle?

Moi, je suis pas certaine

que je vais être capable.

(En pleurant)

Moi, je sais pas

ce qui m'attend.

(NATHALIE regarde NORMAND avec un air suppliant.)


[NORMAND:] Je vais faire des

téléphones tout de suite demain

matin.

Tu restes ici en attendant.

(NATHALIE acquiesce en pleurant. À cet instant, GUYLAIN pénètre dans le couloir du débarras.)


[GUYLAIN:] Je vais revenir

tantôt, OK?


[NATHALIE:] Merci.

(GUYLAIN sort au moment même où GUYLAIN arrive devant la porte du débarras. NORMAND sursaute et GUYLAIN pointe son arme sur lui. NORMAND reste pétrifié.)


[GUYLAIN:] Chien sale.
[NORMAND:] Donne-moi ton gun,

OK?

On va s'expliquer.

Je sais pas du tout

ce que je t'ai fait,

mais on va prendre

le temps de se calmer.


[GUYLAIN:] Je suis très calme.

Te rends-tu compte

de tout ce qui est

arrivé par ta faute?


[GUYLAIN:] Si c'est Nathalie

que tu cherches,

je sais pas elle est où.

(GUYLAIN tremble et abaisse légèrement son arme.)


[NORMAND:] Si tu me donnes ton

fusil,

on va tout mettre ça au clair.

Si tu penses qu'il y a quelque

chose entre elle pis moi,

oublie ça.

(GUYLAIN devient furieux, relève son arme et tire sur NORMAND, qui a eu le temps de réagir et de s'enfermer dans le débarras, évitant ainsi le tir. NORMAND bloque la porte avec de l'équipement, tandis qu'à l'extérieur, KARL et MONIQUE trouvent le dispositif de sécurité détruit.)


[KARL:] Je vais appeler du

renfort.

T'es peut-être

mieux de rester ici.

(KARL ouvre la porte, mais MONIQUE s'engouffre à l'intérieur avant qu'il n'ait pu l'en empêcher.)


KARL

Shit.

(Dans le débarras, NORMAND, paniqué, tente de passer un appeler avec son cellulaire.)


[NORMAND:] Ah, ça marche pas!

(GUYLAIN tambourine à la porte.)


[NORMAND:] Parle-lui.

Je suis sûr que tu peux le

calmer.


[NATHALIE:] Je peux pas.
[NORMAND:] Je le sais que t'as

peur, mais parle-lui.


NATHALIE (Voix tremblante)

Tu comprends pas, je peux

vraiment pas.

Il peut pas m'entendre.

Il peut pas me voir.

Il y a juste toi.

Juste toi.

(GUYLAIN continue de tambouriner sur la porte tandis que NORMAND reste figé.)


[GUYLAIN:] C'est toi qui l'as

tuée, Nathalie! Mon chien sale!


[NORMAND:] De quoi il parle?
[GUYLAIN:] Je l'aimais, moi,

crisse!

(Nous voyons un flash-back de la nuit du cambriolage. NATHALIE avance avec difficulté sur le terrain vague pour tenter de rejoindre GUYLAIN qui s'enfuit..)


GUYLAIN (Irrité)

Qu'est-ce que tu fais?


[NATHALIE:] Ça va pas, là.
[GUYLAIN:] Qu'est-ce qu'il y a,

encore, là?

Calvaire, c'est quoi, ça?

(NORMAND relève les cheveux de NATHALIE et découvre une plaie sanglante.)


[NATHALIE:] Je suis tombée

dans l'escalier.

Le gardien m'a tirée par

le bras, pis je suis tombée.


[GUYLAIN:] Le tabarnak!

(De retour dans le présent, NORMAND est écrasé par la révélation.)


[GUYLAIN:] Je t'ai pas tuée.

(En pleurant)

Dis-lui. T'es

correcte, t'es vivante.

(De retour au flash-back.)


GUYLAIN

As-tu vu le trou qu'il t'a

fait dans la tête, ostie!


[NATHALIE:] C'était un accident.

On n'aurait pas dû faire ça.


[GUYLAIN:] Bien oui, mais...
[NATHALIE:] On n'aurait pas dû.
[GUYLAIN:] Nathalie.

Nathalie, Nathalie!

Nathalie!

(Suppliant)

Reste avec moi,

Nathalie.

Tu peux pas me faire ça, là.

Respire, là.

Reste avec moi, Nat.

J'ai besoin de

toi, OK? Reste là.

Nat!

(NATHALIE cesse de bouger.)


[NATHALIE:] Dis à Coralie

que je l'aime, OK?

Faut pas la laisser tomber.

Il faut pas.

(La respiration de NATHALIE devient de plus en plus difficile.)


[GUYLAIN:] Respire, respire.

Respire.

(NATHALIE cesse de respirer.)


GUYLAIN (En pleurant)

Tu peux

pas me faire ça. Come on,

Nathalie. Nathalie!

(En hurlant)

Ostie,

come on, Nat! Ostie!

(De retour au présent, NORMAND est pétrifié face à la révélation. GUYLAIN hurle et cogne toujours de l'autre côté de la porte.)


[GUYLAIN:] Je t'ai dit d'ouvrir

la porte, mon ostie de chien

sale!

Envoye!

T'es mort, ostie!

Envoye!

Ouvre-la!

(NORMAND respire avec difficulté.)


[GUYLAIN:] Mon ostie de chien!

Dépêche!


[NATHALIE:] Il y a juste toi

qui peux me voir.

Il y a juste toi

qui peux m'aider.

Après que je sois tombée

dans l'escalier,

j'ai senti que je pouvais

te faire confiance.

Ça a été une de mes

dernières pensées.

(De retour au flash-back, GUYLAIN porte le corps de NATHALIE dans ses bras. GUYLAIN trouve un renfoncement caché par la neige dans le mur de la bâtisse et y dépose NATHALIE.)


[GUYLAIN:] Je suis désolé,

Nathalie, mais moi,

je veux pas être pogné

avec la police,

pis je veux pas

retourner en dedans.

Je vais m'occuper

de notre fille, OK?

Pour une fois, tu seras pas

déçue de moi, je te le promets.

(GUYLAIN ferme les yeux du cadavre, le pousse au fond du trou et le recouvre de neige. Le fantôme de NATHALIE apparaît à ses côtés.)


NATHALIE (Effrayée)

Guylain...

(GUYLAIN ne répond pas, il ne la voit pas.)


[NATHALIE:] Guylain, tu peux pas

me laisser de même, là.

Guylain!

(GUYLAIN s'enfuit en courant.)

(En pleurant)

Qu'est-ce que tu

vas dire à Coralie?

Guylain, laisse-moi pas ici!

(NATHALIE court après GUYLAIN.)


[NATHALIE:] Guylain!

(De retour dans le présent, GUYLAIN continue de menacer NORMAND.)


[GUYLAIN:] Dernière chance!
[NATHALIE:] Dis-lui d'arrêter.
[GUYLAIN:] Ou je défonce,

tabarnak!

(GUYLAIN sort à nouveau son arme et la pointe sur la porte.)


[NORMAND:] Arrête!

(GUYLAIN s'immobilise. Pendant ce temps, MONIQUE et KARL courent dans les couloirs. MONIQUE est au bord des larmes. Deux policiers appelés en renfort entrent parallèlement par la porte de sécurité.)


[NATHALIE:] C'était un accident.

Dis-lui.


[NORMAND:] C'était un accident!
[NATHALIE:] "C'était pas une

raison pour me laisser pourrir

sur le bord de

la vieille bâtisse."

(NORMAND la regarde, choqué.)


[NORMAND:] C'était pas une

raison pour la laisser pourrir

sur le bord de

la vieille bâtisse!

(NORMAND abaisse son arme.)


[GUYLAIN:] Comment tu sais ça,

toi?


[NORMAND:] Je sais tout ce que

tu vis.

Je sais que t'es en probation.

Je sais que...

Tu veux pas retourner

en dedans.

Je sais que tu t'en

vas en Ontario,

pis que t'as pas

l'intention de revenir.

Même pas certain que tu vas

amener Coralie avec toi.


[NATHALIE:] "Je sais que si..."

(NORMAND fait signe à NATHALIE d'arrêter de parler.)


[NORMAND:] Écoute-moi ben,

Guylain.

Je vais tout leur raconter,

comment ça s'est passé.

Moi non plus...

J'ai pas été correct.

J'ai caché que Nathalie

était tombée.

J'ai pas dit à personne

ce qui est arrivé.

Je suis prêt à leur dire.

Tu devrais t'en tirer.

C'était pas ta faute,

à toi non plus.

Mais il faut que t'aies

ma collaboration, sinon...

quand ils vont la retrouver,

c'est toi qui vas se faire

accuser pour Nathalie.

(Pendant ce temps, les policiers progressent dans le bâtiment.)

Pis...

... Coralie...

Elle va avoir besoin

de son père.

Quand tu vas aller mieux,

ça va être important

que tu sois là pour elle.


[NATHALIE:] Il me l'a promis.
[NORMAND:] C'est pas ça que tu

lui as promis, à Nathalie?

(Un long silence.)

Je vais sortir, là.

(GUYLAIN ne répond rien.)


[NORMAND:] Je sors.

(NORMAND enlève l'équipement qui bloquait la porte et regarde intensément NATHALIE, puis il sort. GUYLAIN est assis par terre, prostré.)


[NORMAND:] OK.

(GUYLAIN relève la tête vers NORMAND: il est au bord des larmes.)


[NORMAND:] OK.

Donne-moi ton arme, là.

Ça va bien aller.

(GUYLAIN tend son arme à NORMAND. À ce moment, les policiers font irruption dans le couloir, suivis par KARL et MONIQUE.)


[NORMAND:] Attendez.
[KARL:] Jette ton arme!
[NORMAND:] Attendez!

(Les policiers s'arrêtent. GUYLAIN rit avec mépris.)


GUYLAIN (Voix tremblante)

Je

veux pas retourner en dedans.

Dis à ma petite...

que je l'aime.

Mais que je suis

juste plus capable.

(GUYLAIN dirige son arme vers lui et se tire une balle dans la bouche. Tout le monde reste pétrifié, incluant NATHALIE, qui a vu la scène. MONIQUE se précipite dans le bras de NORMAND, qui regarde NATHALIE. MONIQUE parle à NORMAND, mais nous n'entendons rien. Alors que le jour se lève, NORMAND guide les policiers et KARL à l'extérieur. NATHALIE est toujours à ses côtés et lui indique la direction.)


[NORMAND:] Elle est là. Il m'a

dit qu'elle était là.

Il était avec elle

le soir du vol.

Ça a l'air qu'elle s'est

cogné la tête

et qu'elle était morte

même pas une heure après.

Il m'en voulait

de l'avoir surpris,

de l'avoir fait rater leur coup.

Il a voulu se venger.

Apparemment, ils avaient

une fille de 7 ans.

Elle va avoir besoin d'aide,

elle. C'est sûr.

(Nous apercevons le corps à moitié enseveli sous la neige dans la cavité. NATHALIE fait signe à NORMAND.)


[NORMAND:] Ça doit être ça.

(L'un des policiers entreprend d'examiner le corps. NATHALIE est bouleversée.)


[KARL:] Mais pourquoi

tu me l'as pas dit

que tu l'avais vue la fille,

quand c'est arrivé?


[NORMAND:] C'est elle qui m'a

donné mes médicaments pour mon

coeur.

Si elle l'avait pas fait, je

serais plus là pour en parler.

(Le policier a trouvé le porte-feuilles sur le corps et le confie à KARL. Il contient une photo de CORALIE.)


[NORMAND:] J'espère que tu vas

pouvoir m'aider.

Je sais que tu connais

du monde, toi aussi.

J'ai fait une promesse.

(NORMAND se retourne vers NATHALIE, qui le regarde avec reconnaissance. NORMAND détourne le regard vers KARL quelques instants, puis se retourne à nouveau vers NATHALIE. NATHALIE a disparu. NORMAND s'éloigne [Générique de fermeture)

(La voix de NATHALIE fredonne À la claire fontaine.)

(Fin générique de fermeture)

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