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La mise à l'aveugle

Denise is a woman of ripe age whose life has recently changed with the divorce from her husband Michel, the relocation to the neighborhood of her youth, and the retirement from her position as financial director in a large company now directed by her son, Alex. An object of contempt by her husband, her son and at her former workplace, Denise desperately clings to them, unable to communicate. This changes when Denise meets her new neighbors who initiate her to the world of poker. Little by little, she submits to the pleasures of the game and substitutes one family for another.



Réalisateur: Simon Galiero
Acteurs: Micheline Bernard, Louis Sincennes
Production year: 2012

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VIDEO TRANSCRIPT


PAUL, un homme dans la cinquantaine avancée, joue au poker dans un bar. Il ramasse avec difficulté son jeton par terre.


ROGER

Envoye, Paul, câlice,

c'est à toé.


PAUL

Combien?


BILLIE

2000.


PAUL

Je "calle".


CROUPIER

8 de trèfle.


MATHIEU

Check.


ROGER

Check.


BILLIE

Raise.


MATHIEU

Hé, Paul...

overall,

t'en es où dans tes gains?

Non, mais tu sais je veux dire,

dans l'ensemble de tes

games?

T'es-tu gagnant ou perdant?


BILLIE

8000.


ROGER

T'es pas mal 50-50,

hein, Paul?

Overall?


PAUL

All-in.


MATHIEU

Couche.

ROGER

Fold.


CROUPIER

Billie?


BILLIE

Call.


CROUPIER

Montrez vos cartes.


PAUL montre une paire de 3.


CROUPIER

Paire de 3.


BILLIE montre deux paires.


CROUPIER

Deux paires.

As et 10 gagnent.


ROGER

(Taquinant PAUL)

Un homme à la mer!


PAUL est maintenant dans un taxi. Il somnole. Puis, il monte avec difficulté l'escalier menant à son appartement. Il semble saoul. Il tente d'ouvrir la serrure sans succès, jette la clé au bas de l'escalier et s'assoit sur le palier.


Chez elle, DENISE prépare du sucre à la crème puis se maquille. Elle nettoie son miroir avec minutie. En sortant de chez elle, elle trouve PAUL endormi sur le palier de l'escalier. Elle le réveille.


DENISE

Mon ex-mari va passer tantôt

déposer des affaires.

Moi, je serai pas là.

Ça se peut qu'il ait oublié

sa clé.

Je vous laisse un double,

au cas où.

OK?

La clé.


DENISE prend l'autobus, puis l'ascenseur d'un bureau.


DENISE

Pardon, vous me pilez

sur le pied.

(DENISE entre dans un bureau.)


JACQUES

Denise! Fidèle au poste.


JACQUES serre DENISE dans ses bras.


JACQUES

Oh... Oh, tu nous manques,

Denise.

Non, c'est pas

des farces, hein.

Quand on fait nos petites

séances de mathématiques en haut,

crois-moi, tu nous manques.


COLETTE

As-tu vu ton garçon?

Il est assez beau.


COLETTE montre ALEX en complet-cravate.


JACQUES

Ah oui.

Il marche en sacrament,

notre jeune chef.


COLETTE

Il est encore plus malin

que son père.


JACQUES

Ouais, sauf que j'ai connu

Michel au même âge,

puis laisse-moi te dire

qu'il était pas aussi zen.


ALEX

(Saluant timidement sa mère)

Salut, Denise.


FRANÇOISE

Au fait, Jacques,

ça commence à faire un bout

que Denise a pris sa retraite,

on a pas fait son pot d'honneur.

Il serait temps, me semble?


JACQUES

Bien oui, mais là... c'est

de votre faute, ça, aussi.

Ma gang de cheaps.

Faut toujours que je leur

coure après, Denise.

C'est toujours la même

crisse d'affaire, hein,

dès qu'il faut mettre la main

au portefeuille,

l'humain devient un rat.


FRANÇOISE

Il est-tu assez menteur.


JACQUES

Moi? Menteur? Vous êtes

renvoyée, madame.


LA RÉCEPTIONNISTE

(Murmurant à l'insu de DENISE)

Elle va-tu venir faire son

tour ici encore souvent, elle?


COLETTE

(Faisant une blague à FRANÇOISE)

Tu t'imagines qu'il va te

laisser des indemnités?

T'es optimiste.


JACQUES

Essayez-vous de me faire

passer

pour un homme d'affaires

véreux, vous autres?

Denise, elle me connaît

depuis 35 ans.

Elle va vous le dire, elle, si

j'ai pas le coeur sur la main.

Hein, Denise? Denise...


JULIE et ÉRIC dorment enlacés dans un lit. On cogne à la porte.


JULIE

Hum...


JULIE se lève. Elle ouvre la porte et PAUL se trouve devant sa porte. Elle rit et retourne s'habiller quelque chose dans sa chambre.


ÉRIC

À quelle tu reviens à soir?


JULIE

Bien, à soir?

Je sais pas...

Après le travail.


ÉRIC se lève et découvre PAUL endormi sur le fauteuil.


ÉRIC

T'es en train de baver

sur mon Adidas, mon ostie.


Plus tard, ÉRIC et PAUL mangent de la pizza.


ÉRIC

Puis, hier, t'as-tu gagné?


PAUL

Pantoute.


ÉRIC

Encore.


PAUL

Crisse, t'es parti au bout

de 20 minutes, fais pas chier.

Au fait, tu me dois de l'argent,

toi. Combien déjà?


ÉRIC

Je te dois de l'argent?


PAUL

Bien essayé.


ÉRIC

Toi aussi, tu me dois

de quoi.

Je ne me souviens plus quoi.


PAUL

Du fric?

Si c'est pas de l'argent,

c'est quoi?


ÉRIC

Ouais... Là, on devrait tout

mettre ça en commun.

Ça serait moins compliqué.


PAUL

Ah ouais?

Si on faisait ça,

y en a un de nous deux

qui serait perdant.


ÉRIC

Pourquoi?


PAUL

Une intuition.


ÉRIC

En tout cas. Y avait...

y avait un gars à la tévé,

l'autre jour,

qui disait qu'on devrait

tout mettre en commun.


PAUL

Un humoriste?


ÉRIC

Non, un gars intelligent.


PAUL

Un humoriste intelligent?


ÉRIC

Whatever.


PAUL

De toute façon, j'aime mieux

me servir

où je veux puis quand

ça me tente.


ÉRIC

Ça revient pas au même?


JULIE

(Les rejoignant)

Les gars, ça vous tente pas

de déboucher le drain

de la douche?

À chaque fois que je viens,

il est bloqué.


PAUL

C'est nous autres

qui payons le loyer;

puis le drain,

on l'aime de même.


JULIE

Pfft! Si t'achetais moins

de gadgets,

t'aurais peut-être pas besoin

d'avoir de coloc.


JULIE embrasse ÉRIC.


JULIE

Pouah!


ÉRIC la ramène à lui.


JULIE

Hé... Faut que j'aille

travailler, là.


ÉRIC

(Ouvrant le frigo et s'adressant à l'objet)

Hum! Qu'est-ce que t'as

d'autre à dire, toi?

(PAUL va rejoindre JULIE près de la porte d'entrée. Il la serre contre lui. Ils chuchotent.)


JULIE

Quand est-ce qu'on reprend

où on était rendus?


PAUL

Tu veux que je te sorte?


JULIE

Ouais.


PAUL

Tu veux aller jouer au pool?


JULIE

Je veux ce que tu veux.


PAUL se dégage.


JULIE

Qu'est-ce qu'il y a?

Quoi?


PAUL ne répond rien.


JULIE

Ah... faut que j'y aille.


JULIE quitte l'appartement. Sur le palier de l'escalier, JULIE aperçoit MICHEL qui dépose des boîtes devant la porte de DENISE. JULIE, PAUL et ÉRIC sont donc voisins de DENISE.


MICHEL

Salut.


JULIE

Allô.


MICHEL

Tu diras aux petits crisses

qui sont en bas que si y en a un

qui touche à mon char,

j'y mange la face.


JULIE

OK.


JULIE descend l'escalier. PAUL est sorti sur le palier.


MICHEL

Salut.


PAUL

Vous avez la clé?


MICHEL

La clé?


PAUL

Votre femme m'a laissé

une clé à matin.


MICHEL

J'en ai une, une clé.

Elle vous a laissé une clé

à vous aussi?

Hum! C'est bien Denise.


MICHEL se blesse sur une boîte.


MICHEL

Ayoye! Ostie de patente

à gosse!


PAUL

Elle est pas là

pour vous recevoir?


MICHEL

Non, c'est la première fois

que je viens

depuis qu'on est séparés.

Elle est bien trop fière pet

pour être là quand je découvre

où elle vit.

Hé... elle a de l'argent puis

elle choisit de vivre icitte.

Comprenez-vous ça, vous?

C'est pas bien grave.

J'ai grandi icitte, moi,

à trois coins de rue.

Puis Denise avec.

Je sais pas si c'est encore

de même dans le bout,

mais dans le temps,

tout se réglait

à coups de poing sur la gueule.

C'est correct, ça.

Au moins, c'est clair.

(Sortant des chandeliers d'une boîte)

Hum!

Hé... c'est qui les osties

de tourtereaux quétaines

qui dînent encore

à la chandelle?

Elle a dû acheter ça dans

une vente de garage

pour faire plaisir à quelqu'un.


Ah...

C'est gentil du monde

avenant comme Denise,

mais ça a pas tendance

à rendre le monde autonome.

Ça produit des quêteux,

puis c'est à peu près tout.

Vous auriez pas un

plaster?


DENISE est maintenant près des escaliers roulants du bureau qu'elle a visité. Un homme avec une mallette l'aborde.


MARTIN LAVOIE

Madame Perron?

Madame Perron, c'est ça?

J'allais justement rendre

visite à vos collègues.

Vous travaillez encore ici?


DENISE

Vous êtes?


MARTIN LAVOIE

Martin Lavoie.

Inspecteur pour l'Autorité

des marchés financiers.

Je peux vous parler

deux minutes?

Je crois que vous

et votre mari,

vous venez de prendre

votre retraite?

Lui comme président

et vous comme directrice

financière...

et c'est maintenant votre fils,

Alex,

qui dirige l'entreprise.

C'est ça?


DENISE

OK...


MARTIN LAVOIE

J'ai vu dans mes dossiers

que mes collègues étaient

venus vous voir,

vous et votre mari,

y a quelques années...

pour vérifier vos états

financiers.

Ils avaient rien trouvé, mais

y avait pas mal de brouillard,

de ce qu'ils m'ont dit.

Vous vous souvenez?


DENISE

Ça me dit rien.


MARTIN LAVOIE

Ah non?

Il est jeune pour ce poste-là,

votre fils.

C'est impressionnant.

Je sais pas si ça a à voir

avec son arrivée, mais...

j'ai vu que vous aviez fait

beaucoup de coupures récemment,

beaucoup de mises à pied...

juste avant de quitter

votre poste.

Combien déjà?


DENISE soupire.


MARTIN LAVOIE

Vous y êtes pas allés

de main morte.

On est allé voir si ça

cachait autre chose,

mais il semblerait que non.

Encore une fois.

Alors soit c'est légal,

soit vous avez beaucoup

de talent.

On peut dire ça comme ça?


DENISE

Je peux y aller?


MARTIN LAVOIE

Y a rien qui vous retient.


DENISE s'en va.


Plus tard, DENISE entre chez elle et découvre les boîtes dans son entrée.


DENISE cogne à la porte de PAUL.


DENISE

Bonsoir.


PAUL

Pour ce matin... désolé.


DENISE

Ça s'est bien passé

avec Michel?


PAUL

Votre ex?

Oui, oui, oui.

On s'est échangé

nos doubles de clés.


DENISE

Bon. Parfait.


DENISE retourne vers sa porte.


PAUL

C'est juste pour ça

que vous êtes venue?


DENISE

Oui. Je voulais être sûre.


PAUL

On joue avec des amis

en dedans.

Vous voulez rentrer?


DENISE

Jouer? Ah non. J'ai eu

une grosse journée, merci.


PAUL

Vous voulez que je vous

remette votre clé?


DENISE

Oh, gardez-la.

Ça peut être utile.

Je vous fais confiance.


PAUL

Vous faites confiance

aux gens, vous?

Une belle femme comme vous...


PAUL la regarde en buvant une gorgée de bière.


DENISE

À quel jeu vous jouez?


DENISE est maintenant assise un peu à l'écart, autour de la table chez PAUL, JULIE et ÉRIC où se déroule une partie de poker.


ÉRIC

Hé, Denise... voulez-vous

qu'on vous explique les règles?


JONATHAN

On va pas

commencer ça,

fuck.

Les débutants, ça ralentit

le jeu, man.


JULIE

Mais...


DENISE

Non, non, ça va.

Je connais un peu les règles.

Je pense.

J'en ai vu à la télé.


ÉRIC

Toi, mon Jonat,

tu les connais, les règles,

hein?


JONATHAN

Hein?


ÉRIC

Connais-tu les règles?

Tu viens de faire

un string bet.


PAUL

String bet.


JONATHAN

Ah, come on!


PETE

String betd'aplomb,

mon ti-pit.

Remets ça à sa place

puis couche tes cartes.

Je vais prendre le pot.

Envoye.


JONATHAN

Pfft! Ostie...


ÉRIC

Hé, Pete?

L'as-tu vue, la nouvelle A8?


PETE

Crisse. Encore?

Tu couches-tu avec la photo?


ÉRIC

Quoi, je te l'ai montrée?


PETE

Non. Tu l'as juste étampée

dans le front

chaque fois qu'on se voit.


ÉRIC

Fuck you.


PETE

Sais-tu combien elle coûte,

ta machine?


ÉRIC

Pas grave, ça, le cash.

Ça se trouve. Hein, babe?


JULIE

Hum. Hé, Denise... Ahem!

Ça vous tente pas de faire

la croupière?


PAUL

Julie.


JULIE

Quoi?


DENISE

Non, c'est correct.

Je veux bien.


DENISE se lève de sa chaise et vient les rejoindre à table.


PAUL

Vous sentez pas obligée.


DENISE

Non.


PETE

Ostie! Mon Paul qui est

tout galant.


JULIE

C'est rare.


JONATHAN

Vous savez quoi faire, là?


DENISE

Euh... deux cartes chaque?


JONATHAN

Puis on brûle

puis on sort le flop

de trois cartes...


ÉRIC

Vous en sortez une quatrième

puis une cinquième

puis vous brûlez à chaque fois.

OK?


DENISE

Distribue les cartes.

PAUL

Merci.


ÉRIC

Ah... ostie de jeu de marde!


JONATHAN

Dis-nous donc ton jeu,

tant qu'à y être.


JULIE

Ouais.


PETE

Ça fait pas, genre,

trois mois


que t'as des jeux de marde,

Éric?


JONATHAN

T'as perdu combien de cash

depuis le temps

qu'on ne te voit plus gagner?

Es-tu sûr que t'étudies pour

être comptable, toi?

T'as pas l'air de connaître

tes

odds.


ÉRIC

Checke le petit brin qui

parle. Ostie, ta yeule,

man.

Shit,mon exam.

On est quand là?


JONATHAN

Comment ça, Julie,

plus ils sont

losers,

plus elle les aime?


JONATHAN

T'es-tu venu ici pour faire

chier le peuple, toé, tabarnak?


JONATHAN

T'es comme moins galant

avec moi, je trouve.


JULIE

Call.


ÉRIC

Call moi aussi.

Hum. Paul...

family pot?


JULIE

Family pot, Denise,

c'est quand tous les joueurs

rentrent dans la main.


PAUL s'ouvre une bière.


JONATHAN

Ça veut dire quoi déjà

quand il prend une gorgée?

Il va se mettre à gagner

ou à perdre?


PETE

(S'adressant à DENISE)

Vous êtes bien discrète,

ma petite madame.


DENISE est seule dans l'autobus, elle serre son sac contre elle. Elle prend ensuite l'ascenseur et monte à son ancien bureau. Elle dépose du sucre à la crème sur la table des employés. En descendant l'ascenseur, elle croise son fils ALEX en discussion avec d'autres hommes. Elle le salue de la main, ALEX ne lui répond pas.


DENISE s'approche d'une maison très luxueuse. Son ex-mari l'interpelle.


MICHEL

Denise! Denise!

M'as-tu vu la

bay-window?

(Lui présentant un homme)

Denise, tu te souviens de

mon cousin Stéphane?


STÉPHANE

Salut, Denise.


DENISE

Salut.


STÉPHANE

Puis... les travaux

en dedans sont finis?


MICHEL

Yes, sir. Je te montre ça?


STÉPHANE

Certain.


DENISE

Michel, je vais pouvoir

te parler, tantôt?


STÉPHANE

Puis qu'est-ce que t'as fait,

finalement,

avec les planchers

du sous-sol?


MICHEL

Fire side. Chêne dur.

Fini uréthanne à la grandeur.


STÉPHANE

Puis la cuisine?


MICHEL

Céramique d'Italie.


DENISE

Michel.


STÉPHANE

Puis les plans de travail?


MICHEL

Lechner, câlice.

Marbré. Bois massif.


Plus tard, à l'intérieur de la maison de MICHEL


DENISE

Euh, c'est correct, Michel.

Je les verrai une autre fois,

les photos du gazebo.


MICHEL (Voix au loin)

Non, bouge pas!

Ça sera pas long.

C'est dans un magazine.

Je vais les trouver!


STÉPHANE est agenouillé par terre et regarde le plancher.


STÉPHANE

Il a quelle forme le gazebo?


MICHEL (Voix au loin)

Octogonale.


DENISE

Sais-tu si Alex va bien?


MICHEL (Voix au loin)

C'est tout en résine durable.

Tu vas triper sur ma salle

de bains aussi, Denise!

Tu te souviens de la salle de

bains de mon neveu à St-Jovite?


DENISE

Je pense qu'il va pas bien,

Michel.


MICHEL (Voix au loin)

Tu sais, une douche ouverte,

pas de parois?


DENISE

Je l'ai croisé tantôt.

Il... faudrait qu'on se parle.


MICHEL (Voix au loin)

Câlice! Il va bien, Alex!

Lâche-moi avec ça, Denise,

tabarnak!


MICHEL revient.


MICHEL

Tu sais...

une douche ouverte...

avec le sol en bambou...


DENISE marche sur la rue. Elle tente d'entrer dans un immeuble, mais se bute à une porte barrée. Elle attend. Un homme entre dans l'immeuble, DENISE s'y glisse en même temps que lui. Elle cogne à une porte. ALEX ouvre.


ALEX

Qu'est-ce que tu fais là?


DENISE

Je passais dans le coin.


ALEX

T'as pas sonné en bas?


DENISE

La porte était ouverte.


ALEX se croise les bras, incrédule.


ALEX

La porte était ouverte?


DENISE

C'est l'heure du souper,

on mange ensemble?


ALEX soupire.

DENISE

T'invites ta mère?


DENISE et ALEX sont assis à table.

Ils sont bons les légumes.


ALEX

Hum.


DENISE

C'est un traiteur qui te fait

tes repas pour la semaine?


ALEX

Ouais, c'est ça.

T'es en train de manger

mon dîner pour demain.


DENISE

C'est beau ici. J'en reviens

pas à chaque fois.


ALEX soupire.


DENISE

T'as des beaux objets.

T'as du goût pour les objets.

C'est propre.

On est pareils là-dessus.


ALEX

C'est pas le dernier autobus

bientôt?


DENISE entre dans immeuble, elle croise PAUL.


PAUL

Je viens juste, juste, juste

de sonner chez vous.

Y a une partie

dans cinq minutes.

Ça vous tente-tu de venir?


DENISE et PAUL discutent derrière la porte vitrée de l'immeuble. Leur conversation n'est pas audible.


Chez PAUL et ÉRIC, autour d'une partie de poker


THÉO

T'es fatigant, Éric, avec tes

ostie de chars de luxe poches.

Commence donc par t'acheter

une passe d'autobus, ostie,

puis on verra après.


JULIE

Bien là, c'est pas méchant.

Tout le monde aimerait ça

avoir un bon char.


ÉRIC

Laisse faire, babe.

Il fait exprès.


THÉO

Non, ce que tout le monde

voudrait,

c'est une belle fille

comme toi dans ses bras.


GREG

Bon point.


THÉO

Ça, Éric, faut lui donner.

Il a pas encore son char,

mais il a sa Julie.

Checke-le, comment

il la surveille.

Il veut pas te laisser partir,

hein?


JONATHAN

Facteur humain.


THÉO

Facteur humain en sale.


JONATHAN

Hum. Bon point.

C'est à qui à jouer?


DENISE

Je suis là.


JULIE

Ouais, mais j'aime ça

quand il me colle.


THÉO

T'es juste comme un objet,

genre?

C'est dans mes goûts, ça.


ÉRIC

T'aimes ça quand je te colle?


JULIE

Ouais, mais là, j'ai comme

un peu mal partout.

Je vais juste me décaler

un peu, OK, babe?


ÉRIC

Ah, mon ostie, tu nous as

eus à l'usure.


THÉO

Va t'acheter ta Audi astheure.


JONATHAN

All-in.


GREG

Mais Éric, euh...

tu t'es-tu remis

à gagner un peu récemment?

Hein? Ça va-tu mieux

tes affaires?


JONATHAN

Pas sûr.


THÉO

Ouais, c'est vrai, ça.

Me semble

que ça fait longtemps

qu'on t'a pas vu sur le

payroll.

Je sais pas, ostie,

t'es comme...

moins crosseur qu'avant.


GHYSLAIN

Éric, il prend ça trop

au sérieux.


ÉRIC

Wô! Wô, là. Ça va.

Qu'est-ce que vous avez tous

avec ça, ostie?

(Montrant PAUL)

Ça va bien

moins bien ses affaires à lui

puis personne en parle, crisse.


THÉO

Oui, c'est parce que Paul,

on a peur de lui.

On veut pas qu'il se fâche,

qu'il se saoule

puis qu'il vomisse partout.


JONATHAN

Ah. Il nous a assez plumés

pendant des années,

il peut bien prendre un

break.

Tu joues-tu, Denise?

GHYSLAIN

Ça remonte à bien plus

longtemps que ça

que Paul nous plumait.

Vous étiez encore au biberon.


THÉO

Bon, les vétérans du Vietnam.


DENISE

(Jouant)

Je suis là.


PAUL

Vous êtes sûre?


JONATHAN

Paul. T'es pas dans la main.


DENISE

C'est correct.

J'appelle.


THÉO

(Imitant DENISE)

"C'est correct. J'appelle"

"Je suis là."

Je l'aime Denise, moi.


JONATHAN

T'as quoi?


PAUL

Elle t'a callé.

C'est à toi de montrer!


JONATHAN

Brelan.


DENISE

J'ai juste deux paires.


JONATHAN

J'aime ça de même.


THÉO

Non, non, non,

c'est pas juste deux paires,

ça, ma petite madame.


GREG

Non, c'est une couleur

au trèfle.

T'es out, Jo.


JONATHAN

Tabarnak!


GHYSLAIN

C'est beau, ça.


THÉO

Man down!


ÉRIC

C'est beau, Denise.


JULIE

Hum.


JONATHAN

Câlice de câlice.

C'est pour ça que je hais ça

jouer avec des débutants.

Elle l'avait même pas vu,

tabarnak.


THÉO

Ça va, Demetan, là.

Tu vas pas nous pleurer ça

en nous jouant de la flûte

puis tout?


JONATHAN

Non, non, mais crisse...


ÉRIC

Oui, mais même

avec ses deux paires,

elle a bien joué pareil, là.


THÉO

Bien oui, ostie.

Calme-toi le pompon.

Je me couche, mon amour,

fais le croupier.


JONATHAN

Si elle-même elle savait pas

ce qu'elle avait,

comment tu veux

que je devine, moi, câlice?

Elle parle jamais.

Elle m'énerve.


GREG

Vous faites quoi comme

métier, Denise?


DENISE

Je fais quoi?

Assistante... préposée

à la comptabilité

dans une grande entreprise.

Mais je viens de prendre

ma retraite.


GREG

Assistante préposée

à la comptabilité...

C'est un titre, ça?


THÉO

Dans des gros bureaux

puis tout?

Avec des graphiques partout

puis des bonshommes en cravate?


GHYSLAIN

Ça joue

rough,les cravates.


THÉO

T'as pas perdu des billes

à cause d'une cravate, Paul?

T'as pas investi dans une pompe

à essence à Trois-Rivières

puis ça a comme fait plouf?


JULIE

Hé, ça a pas l'air facile

d'investir.

Sans

joke,c'est pas évident.

Surtout pour le petit monde.


JONATHAN

Pas évident parce que

le monde est twit.


GHYSLAIN

Quand le monde d'en bas veut

ressembler au monde d'en haut,

là, c'est là que le trouble

commence.


THÉO

Ouais, c'est aussi

que c'est de même.

Des fois, un gars se fait

fourrer.


PAUL

Raise700.


GREG

Reraise.

2100.

Fait que vous, c'était quoi

votre job Denise déjà?


DENISE

(Jouant)

Je suis là.


PAUL

Couché.


JULIE

Je suis là aussi.


JONATHAN

(Jouant)

Tiens.


ÉRIC

Hé, Denise? J'ai un examen

de comptabilité bientôt.

Pourriez-vous m'aider

à réviser?


DENISE

Check.


JULIE

Checkaussi.


GREG

3000.


THÉO

Bon! Tu vas commencer

à nous "bullyier"

parce que t'es plein de jetons,

mon ostie?


DENISE

Je suis là.


JULIE

Couchée.


JONATHAN

(Retournant une autre carte)

River.


DENISE

Check.


GREG

Raise.


DENISE

Reraise.


GREG

Combien?


DENISE

Le double.



GREG

Call.


JONATHAN

Montrez vos cartes.


GREG et DENISE montrent leurs cartes.


JONATHAN

Straight contre main pleine.

Pot à Denise.


PAUL

C'est beau, ça.


THÉO

Wow!

Denise with a vengeance.


PAUL

A check-raise.


JONATHAN

Pfft!


DENISE

Éric.


ÉRIC

Hum?


DENISE

Tu veux que je t'aide

avec ton examen?


JULIE et PAUL sont assis sur un banc à l'extérieur. Il fait jour. PAUL a une cigarette non allumée à la bouche.


JULIE

C'est beau ici, mais...

c'est un peu loin.

Non?


PAUL

Tu trouves ça loin?


JULIE

Hum... C'est clean,

en tout cas.

Ils tiennent ça propre en sale.

À quoi tu penses?


PAUL

J'ai oublié ma bouteille.


JULIE

Non, mais à quoi tu penses,

pour vrai?


PAUL

J'ai oublié mon briquet.


JULIE

T'en as un briquet.

Je t'ai vu t'allumer tantôt.

Tu penses à Éric?


JULIE soupire et se lève.


PAUL

J'ai un briquet, moi?


PAUL fouille dans ses poches et trouve une clé.


JULIE

C'est quoi cette clé-là?

J'ai le goût de jouer au pool.

On va-tu jouer au pool?


PAUL

On est pas bien, là?


JULIE

Oui.


PAUL

Tu t'ennuies?


JULIE

Non, non.


PAUL

"Non..."


PAUL enlace JULIE.


PAUL

T'es une belle menteuse.


JULIE

Non.


Ils s'embrassent.


JULIE

Tu trouves pas qu'on est bien?


PAUL

Oui.


JULIE

T'es content?


PAUL

Oui.


PAUL retourne s'assoir sur le banc.


Chez DENISE, celle-ci lit un texte à ÉRIC.


DENISE

Le principal objectif

de l'énoncé de mission

d'une entreprise,

c'est de fournir un contexte

et une orientation pour

A) les groupes de pression

qui interviennent auprès

des pouvoirs législatifs;

B) les produits offerts,

les marchés visés,

les technologies utilisées;

C) les parties prenantes

internes;

D) les parties prenantes

externes,

E) la définition

de la stratégie?


ÉRIC

Vous avez en masse d'argent

pour vivre ailleurs

puis vous avez décidé

d'habiter icitte?


DENISE

Tu veux que je répète

la question?


ÉRIC

Non.

Vous avez grandi dans

le quartier, il paraît?


DENISE

Le temps pour la réponse,

ça compte aussi, Éric.


ÉRIC

Euh...

Réponse...

E?


DENISE

Correct.

Lequel des procédés suivants

procurerait

des éléments probants

relativement à l'exhaustivité?

A) parcourir;

B) retracer;

C) vérifier par rapprochement;

D) calculer?


ÉRIC

Ostie!

Je suis justement allé

dans les chiffres

pour éviter les mots, tabarnak.

Mais là, c'est juste parce que

vous êtes née icitte

que vous revenez?


DENISE

"Tabarnak", c'est pas

dans le choix de réponse.


ÉRIC

Je peux-tu avoir

une paparmane?


DENISE lui fait signe de se servir. ÉRIC mange des bonbons et se lève.


ÉRIC

(Chuchotant)

Câlice de tabarnak...

(Regardant les armoires)

Vous avez pas défait

toutes vos boîtes?


DENISE

Je suis pas pressée.


ÉRIC

Vous avez gros des choses.

Voulez-vous que je vous aide?


DENISE

Ça va aller. Merci.

Quand je vais m'y mettre,

ça prendra pas de temps.

On continue?


ÉRIC

Parce que...

vous avez des affaires qui

ont l'air lourdes là-dedans.

Y a personne qui vous aide?

Vous avez pas de la famille,

quelque chose?


DENISE

Oui. Oui, oui...

Ils vont venir bientôt.


ÉRIC se rassoit.


ÉRIC

Pensez-vous que je peux

y arriver?

Pour l'examen.


DENISE

Pourquoi pas?


ÉRIC

Je veux y arriver.


DENISE

C'est comme un bon début.


ÉRIC

Hum.

C'est vrai.

Avec votre aide, en plus,

puis tout...

Faut juste s'y mettre. Hum?


DENISE

On va y arriver. Si on reste

concentrés, ça va aller.


ÉRIC

Go.


DENISE

(Lisant)

"Lequel des procédés suivants

procurerait des éléments

probants

relativement

à l'exhaustivité?

A) parcourir;

B) retracer;

C) vérifier par rapprochement;

D) calculer?"


PAUL et JULIE mangent de la crème glacée à l'extérieur.


JULIE

En veux-tu?

Envoye.

La tienne?

Hum!


JULIE mange de la crème glacée de PAUL.


DENISE et ÉRIC sont à leurs côtés.


DENISE

Elle est bonne?

Elle a l'air bonne.

Je dois aller

à un brunch, demain...

Veux-tu m'accompagner, Paul?


ÉRIC

(S'adressant à la caissière de la crémerie)

Envoye!

Ça s'en vient-tu, mon affaire?!


DENISE

Sinon c'est toi

qui viens, Éric.

Ça me dérangerait pas de

sortir avec un petit jeune, moi.


Il y a une réception chez MICHEL. Celui-ci offre des drinks à ses invités. PAUL assiste à une conversation entre STÉPHANE, le cousin de MICHEL, PATRICK, un homme d'affaires.


MICHEL

Tout le monde est servi ici?


STÉPHANE

En général, ils vont vendre

des actions

pour quoi exactement?


PATRICK

Ça peut être plein de choses.

Payer des dettes,

investir dans

un plan de marketing,

investir dans un plan de vente.


STÉPHANE

Puis ton projet,

c'est quoi exactement?


PATRICK

Tu connais les systèmes

d'authentification pour le web?

On va vendre un nouveau procédé.

Ça va toucher

tous les services.


STÉPHANE

Mais au niveau du rendement,

ça ressemblerait à quoi?


PATRICK

Là, on est 10 000 par action,

mais on pense qu'avec le nouveau

projet, d'ici deux ans,

ça va quintupler, facile.


STÉPHANE

Puis si ça m'intéresse,

j'achète quoi?


PATRICK

Qu'est-ce que tu veux dire?


STÉPHANE

Comment ça se passe

concrètement?


PATRICK

Comment ça se passe, Stéphane?

On t'offre de te reverser

des dividendes

ou de générer

un gain en capital.

Coudonc, t'habites à TMR

puis tu sais pas ça, toi.

Tu connais pas les affaires?

T'as eu un héritage

puis that's it? C'est quoi?


À l'intérieur de la maison de MICHEL, se trouvent une vingtaine d'invités.


MICHEL

Tout le monde est servi?


PLUSIEURS PERSONNES

Oui, oui, oui.


MICHEL

Hésitez pas, parce qu'il y en

a en masse.


UN HOMME

Ouais. On le sait

que t'es plein.


MICHEL

Y a de l'oméga 3 aussi.

Tiens, le grand.


MICHEL lance un petit pot à son fils ALEX.


MICHEL

Au fait, je vous avais envoyé

un message

de venir bien habillés.

Y en a pas gros

qui l'ont lu, on dirait.


JACQUES

Toi, Michel,

il est où, ton costume?

Parce qu'on est une

couple à avoir fait le

move, mais on se sent

un peu tout seuls.


MICHEL

Ça s'en vient.


DENISE rejoint son fils ALEX à l'écart,


DENISE

Ça va?

Veux-tu que j'aille

te servir une assiette?


ALEX

Chacun va se servir

quand il a faim, Denise.

À moins que tu veuilles encore

faire les choses à ma place,

comme d'habitude.


DENISE

Est-ce qu'on remet ça bientôt

pour un souper?


ALEX

Un autre souper plate?

Pourquoi pas?


DENISE

Je te répugne tant que ça?

T'as pas envie qu'on s'amuse

un peu aujourd'hui?


ALEX

On peut s'amuser certain.

Regarde-moi ça,

les pique-assiettes.

(Regardant les invités)

Regarde comment

ils sont laids.

On dirait des étrons

avec une face dessinée dessus.

Ils vont passer leur vie à

longer les murs comme des rats,

à se mentir,

à se fuir eux-mêmes.

Puis dans une couple d'années,

ils vont tous crever

un après l'autre en se chiant

dessus dans un hospice.

Ils vont aller pourrir

avec leurs petites manies,

leurs petites angoisses,

leurs petites jokes plates.


DENISE n'est plus à ses côtés.


DENISE

Aimes-tu les gens, Denise?

On le sait pas, hein.

Des fois, on dirait que oui,

des fois, on dirait que non...

C'est vrai que tu me répugnes

avec tes petits silences...

tes fausses attentions,

ton espèce de petite

coquetterie pas de classe.


Dans la chambre de MICHEL, DENISE et MICHEL discutent tandis que celui-ci s'habille.


MICHEL

Il a dit ça?

Il a du chien.


DENISE

Tu trouves ça drôle?


MICHEL

J'ai du temps maintenant...

je m'en occupe.


DENISE

Tu t'en occupes?

T'es capable de t'occuper

de quelqu'un d'autre?


MICHEL

T'as vu mon nouveau set

de chambre?


DENISE

Je me suis assurée que notre

fils ait pas de problème.

Sinon c'est toi

qui l'aurais fait?


MICHEL

T'as reçu un chèque toi aussi.

Tu dépenses jamais.

Ça te tenterait pas

de voyager un peu,

genre loin, longtemps?


DENISE

J'ai fait ce qu'il fallait.


MICHEL

T'avais peur de quoi,

au juste?

Tu penses qu'il savait pas

ce qui l'attendait?


DENISE

Il savait.

Maintenant aussi, il sait.

Tu vas lui dire comment

on fonctionnait dans le détail?


MICHEL

Il a fait des années d'études.

Il travaille comme un boeuf.

Puis là, quand il est prêt

à prendre la direction,

sa mère lui prépare le terrain

comme s'il avait 12 ans, câlice.

Une vraie image de lavette,

ostie.

T'aimes ça, toi,

qu'il devienne le boss

en ayant l'air d'une lavette?

Tu me fatigues.

Peux-tu me passer

la cravate rose?


DENISE se trompe de cravate.


MICHEL

La rose, ostie!

Qu'est-ce que tu fais là?


DENISE

Ce que j'ai fait,

c'est toujours toi

qui me l'as demandé.


MICHEL

Pas la dernière fois.

On s'est entendus

pour passer le balai,

pas le lance-flamme.

Ça, c'était ton option.

On a deux façons de voir,

Denise.

C'est pas grave. C'est

peut-être moi qui ai tort.

On t'aime pareil.

T'en as fumé du bon,

mais t'es un crisse

de beau bout de femme.

Ahem! Bon,

faut que j'y aille

parce que c'est ma fête.

Tu peux venir manger

au buffet...

avec ton crotté

de buveux de bière.


Plus tard, PAUL rejoint DENISE à l'écart de la réception.


PAUL

Ça va?

Y a une petite

game dans une heure.

Ça te tente-tu d'y aller?


DENISE

Une game?


PAUL

Après, je t'invite

à la crémerie...


DENISE

À la crémerie?


PAUL

Ensuite chez moi...

Non...


DENISE

Non?


PAUL

Je sais pas.


DENISE embrasse PAUL, puis ils s'enlacent.


Des images de DENISE et PAUL défilent. Ils s'embrassent dans la salle de bain, se réveillent ensemble, prennent l'autobus.


Puis d'autres images défilent Elles semblent faire partie de l'imagination de DENISE. STÉPHANE est assis à la place de PAUL dans l'autobus et a une main sur la cuisse de DENISE. JULIE dévisage DENISE. MARTIN LAVOIE de l'autorité des marchés financiers fixe DENISE d'un air menaçant.


DENISE et JULIE sont dans le salon chez DENISE. JULIE observe une photo.


JULIE

C'est vous, ça?


DENISE

On dirait.


JULIE

Ouais... Le temps passe.

Bien, je veux dire...

je disais pas ça

méchamment.

Vous devez me trouver...

pas correcte.


DENISE

Pas correcte?


JULIE

Je veux dire avec Éric

puis... puis Paul.

Vous savez

de quoi je parle, non?


DENISE

J'ai vu ça.


JULIE

Puis? Ça vous choque?


DENISE

Si ça me choque? Je pense pas.


JULIE

Je m'en doutais un peu, ouais.


DENISE

Tu t'en doutais?


JULIE

Bien oui, parce que

vous avez spotté la patente

assez vite,

puis c'est après que vous

êtes allée avec Paul.

Fait que moi, je me suis dit

que ça devait pas bien,

bien vous gêner.


DENISE

De toute façon, avec Paul,

c'est pas important.


JULIE

Ah bon?


DENISE

Ni pour moi ni pour lui.


JULIE

Mais là, vous êtes quand même

dedans...


DENISE

Dedans?


JULIE

Je veux dire...

vous êtes quand même

impliquée dans l'affaire.


DENISE

Ha!


JULIE

Ça vous dérange pas?


DENISE

Non. Je sors un peu

avec Paul, c'est tout.

Le reste, ça me regarde pas.


JULIE

Ah bon.

Bon bien, ça a pas l'air

d'être votre cas,

mais... pour moi,

Paul, ça compte.


DENISE

J'en doute pas.


JULIE

C'est sûr qu'il est un peu

spécial, mais...

de toute façon, qu'est-ce qu'on

en dirait dans votre milieu

si vous arriviez avec Paul?


DENISE

Ce qu'on en dirait?

Ce qu'on en dirait

ou ce qu'on en dit déjà,

c'est pas important.


JULIE

Ah bon?

Au fait, ils sont pas venus

vous aider à déménager,

votre famille puis vos amis?


DENISE

On dirait pas.


JULIE

Bon bien... c'était

bien le fun de jaser avec vous, Denise.

Vous m'impressionnez quand même.

Je sais pas trop pourquoi,

mais y a pas grand-chose

qui a l'air de vous échapper.


JULIE s'en va.

DENISE est maintenant sur son balcon extérieur. Elle parle au téléphone.


JACQUES (Voix au téléphone)

Allô?


DENISE

Jacques?

C'est Denise.


JACQUES (Voix au téléphone)

Denise!

Veux-tu que je te passe Alex?

Il est pas loin.


DENISE

Non, non. C'est à toi

que je veux parler.


JACQUES (Voix au téléphone)

Ah bon.


DENISE

Tout va bien?

Ça se passe bien au bureau?


JACQUES (Voix au téléphone)

Bien oui.

Bien, moins bien que

d'habitude. Pourquoi?


DENISE

Non, rien...

Euh... je me demandais

si le monde avait un peu

de temps libre en ce moment...


JACQUES (Voix au téléphone)

Si on a du temps libre?

Denise!


DENISE

Non, mais je voulais dire...

tu sais, mon pot d'honneur

pour ma retraite?

Ce serait peut-être

un bon moment bientôt.

On pourrait le faire dans...

dans les jours qui viennent.


JACQUES (Voix au téléphone)

Ton pot d'honneur?

Tu m'appelles pour ça?


DENISE

Non, mais je me disais que...

J'y pensais tout d'un coup--


JACQUES (Voix au téléphone)

Écoute, je sais pas.

Est-ce que tu viens jeudi soir

pour la fête qu'on fait à Alex?


DENISE

Y a une fête au bureau

pour Alex?


JACQUES (Voix au téléphone)

T'es pas au courant?

Denise?


DENISE éloigne le téléphone de son oreille pour digérer la nouvelle.


JACQUES (Voix au téléphone)

Denise, t'es là?

Denise?

Denise.


DENISE

(Retenant ses larmes)

Il va falloir

que je te laisse.


JACQUES (Voix au téléphone)

T'étais pas au courant?


DENISE

J'ai un plat...

J'ai un plat sur le feu!


JACQUES (Voix au téléphone)

Personne t'a invitée?


DENISE

Faut que j'aille vérifier

si ça brûle.


JACQUES (Voix au téléphone)

Ça va, Denise?


DENISE

Je suis dans la cuisine.

Y a de la fumée.

Faut que je raccroche, Jacques.


DENISE respire de façon saccadée en se tenant le ventre. Plus tard, elle frotte vigoureusement la vaisselle.


PAUL

(Entrant)

Ça va, Denise?


PAUL essuie doucement les mains de DENISE.


DENISE

Encore là, toi?

T'essayes de t'occuper de moi?

Tu voudrais

qu'on reste ensemble?

Tu voudrais que je me mette

à ton service?

Tu voudrais

que je te fasse vivre,

que je te paie

des parties de cartes,

que je lave tes guenilles sales.


DENISE lance au loin le linge à vaisselle.


DENISE

T'as acheté à manger?

Tu voudrais que je te fasse

la cuisine?

Tu penses que je suis

une perdante comme toi?


PAUL ramasse le linge à vaisselle.


DENISE

C'est ça, ramasse-le.

C'est beau les perdants qui

se donnent des airs malins.

Tu penses que j'en ai pas vu d'autres?

Vous pensez

qu'on vous voit pas?

Tout ce que vous avez, c'est

le charme d'un chien errant,

le charme des bâtards.

Un coup qu'on vous a flattés

deux, trois fois,

on devrait vous mettre

à la fourrière

à coups de pied dans le cul!


PAUL part en claquant la porte.


Au dépanneur, PAUL, manifestement saoul, achète des bouteilles de bière.


CAISSIÈRE

Come on, Paul,

fais pas ton

show,là.


PAUL

Un chien errant, moi...

Un bâtard!

Je vais t'en faire un chien

errant, moé, ma tabarnak!


CAISSIÈRE

Je mets ça sur ta note, Paul.


Au restaurant de fast-food où JULIE travaille, PAUL est assis au comptoir et mange.


JULIE

C'est tout? On arrête ça là?

Puis toi, tu viens m'annoncer

ça comme ça...

comme si de rien était.


PAUL

Faut que ça ait un boutte,

tu penses pas?


JULIE

Moi, ça me dérange pas.


PAUL

Pour vrai?


JULIE

Qu'est-ce qui t'est arrivé?

As-tu passé dans le blender?


PAUL

Je ne me souviens plus.

T'es sûre que ça va?


JULIE

Tu manges pas?

Veux-tu du poivre sur tes oeufs?


PAUL

Non, ça va aller.


JULIE

Ouais?

Ça va aller?

T'es sûr?

T'as besoin de rien d'autre?


PAUL

Hein?


JULIE

Tu veux-tu un verre de lait?


PAUL

Un verre de lait?

Non, c'est correct.

Tu veux pas t'asseoir?


JULIE

Non.

T'as-tu ton sirop d'érable?


PAUL

Oui.


JULIE

Tu veux-tu du miel, de

la confiture, de la crème?

Non? T'es sûr que t'as

tout ce qu'il te faut?


PAUL

Oui.


JULIE

OK.


JULIE va dans l'arrière du magasin et revient avec son calepin de factures.


JULIE

Ça, c'est la facture

d'aujourd'hui puis ça...

c'est les neuf derniers mois.

On prend Interac.


PAUL regarde les factures.


Plus tard, dans un bar, un groupe d'hommes joue au poker.


ÉRIC

All-in.


JOUEUR 2

Call.


CROUPIER

Montrez vos cartes.


ÉRIC

Tabarnak.


JOUEUR 2

Yes.


ÉRIC

Lui raise all-inpuis tu

calles avec de la bouette?

Comme un ostie de tapon,

man!

Frank.

Frank, tu me passes-tu

20 piastres? Frank!


À l'entrée du bureau de DENISE


FRANÇOISE

Denise? T'es venue.


DENISE

On m'attendait pas?


FRANÇOISE

Non, mais...

ça fait un boutte

que c'est commencé


DENISE

J'ai pas été invitée, fait que

j'allais rester à la maison,

mais... j'ai changé d'idée.


FRANÇOISE

J'allais chercher à boire.

Tu m'accompagnes?


FRANÇOISE et DENISE sont maintenant dans un bureau.

FRANÇOISE

C'est pas facile

de prendre ta place,

mais je pense que je

m'en sors pas trop mal.


DENISE

T'es très qualifiée,

t'aurais pu prendre ma place

depuis longtemps.


FRANÇOISE

Quand même!

T'es dure à battre.

Des fois, quand ça va mal,

je me retiens de t'appeler

pour des conseils.

J'ai souvent posé la

main sur le téléphone.

Je peux te poser une question?

T'es pas obligée de répondre...

Mais pourquoi autant?

Juste avant de partir, en plus.

Pourquoi tu t'es mis ça

sur le dos?


DENISE

Je suis pas obligée

de répondre.


FRANÇOISE

Je pense que même Michel

puis Jacques s'attendaient pas

à ce que t'ailles aussi loin.


DENISE

Tu penses? En tout cas,

ils ont reçu un chèque.


FRANÇOISE

C'était pour Alex?

Pour que son état financier,

son premier état financier

soit le plus rentable

de l'histoire

de la compagnie?

Ou pour cacher autre chose?


DENISE

Fallait que ce soit propre.


FRANÇOISE

Mais pourquoi autant?


DENISE

Je trouvais ça

moins hypocrite.


FRANÇOISE

Moins hypocrite?


DENISE

Si on en vire dix,

pourquoi pas 1 000?

C'est plus égal.


FRANÇOISE

Plus égal?


DENISE

On m'a demandé de couper,

j'ai coupé.


FRANÇOISE

De toute manière, c'est pas

pour ça qu'ils te repoussent.

Tu les connais...

T'as été indispensable

pendant trop longtemps.

Ils aiment pas l'image.


DENISE

Je les connais.


FRANÇOISE

T'as fait ce qu'il fallait.

Puis maintenant

t'es persona non grata.

C'est supposé être normal, ça?


DENISE

Non.


FRANÇOISE

Y a des moments,

faut mettre des limites.

Pour moi, t'es la bienvenue.

Je vais leur dire, s'il le faut.


DENISE

Merci.


FRANÇOISE

Je pense que c'est vrai

pour eux autres aussi.

Ils ont bien des défauts,

mais c'est pas du mauvais monde.

Ils vont le réaliser.

Ils vont être contents

de te voir.

T'es d'accord?


DENISE

Si tu le dis.

On y va?


FRANÇOISE

Moi, j'y vais. Toi aussi?

Tu y tiens?


FRANÇOISE se dirige vers le party de bureau.


FRANÇOISE

À la prochaine.


DENISE regarde quelques instants le party et se dirige plutôt vers l'ascenseur.


JULIE et ÉRIC sont à l'entrée d'un tournoi de poker. ÉRIC tente d'embrasser JULIE, mais elle le repousse. JULIE s'en va plus loin.


ANIMATEUR DU TOURNOI

Bonjour, tout le monde,

puis bienvenue

au Métropolitain Poker Tour!

On est content de vous revoir.

Comme vous le savez,

les blinds augmentent

aux demi-heures.

Ça commence à 25,50.

S'il y a un

all-in, s'il y a un litige,

vous criez pour appeler

un des superviseurs.

Laissez-le venir à votre table,

il va vous arranger ça.

Pour ce qui est des bourses,

les 35 premiers

vont être dans l'argent.

Le grand gagnant,

il se mérite 24 700

jusqu'au 35e à 200.

Pour ce qui est des règles,

pas d'insultes directes

avec des gros mots,

pas de tapes sur la gueule

non plus.

Si on vous pogne à faire ça,

on vous met dehors

sans remboursement.

En tout temps, vos jetons

doivent rester sur la table.

Pas dans vos poches,

pas dans vos sacs.


Plusieurs des joueurs déposent des figurines porte-bonheur de toutes sortes devant eux.



ANIMATEUR DU TOURNOI

Si on vous

prend avec des jetons

en dehors des tables,

vous allez être éliminé.

S'il y a des tricheurs

ici dans la salle,

si on vous pogne,

ça va aller très mal pour vous.

Passez le mot.

Ici, on a des règles.

C'est bon?

Bon tournoi, tout le monde.

(Propos en anglais)

Shuffle up and deal!


JULIE joue à une table de poker avec des lunettes fumées. ÉRIC la regarde à une autre table.


Dans les toilettes publiques, PAUL rejoint DENISE. DENISE va se réfugier dans le cabinet de toilette.


DENISE

Je suis quand même sa mère,

ostie!

Puis je vais être aux aguets,

tabarnak!

Ils sauront pas que je suis là,

mais je vais me mettre

au courant.

Fie-toi sur moi.

Si j'entends dire

que mon fils est

dans l'eau chaude,

si je lis quelque part

qu'il y a une malversation,

une plaine des clients,

une facture pas payée

pour la réparation d'un

bouton d'ascenseur, ostie,

puis que c'est Alex

qui est à l'avant-scène...

Câlice! J'en sais assez long.

Je leur rentre dans le lard,

les enfants de chienne!

Ils me verront

même pas venir!


DENISE frappe sur la porte de la toilette.


DENISE

S'il pogne le moindre rhume,

sacrament,

je m'en vais voir les flics,

je les mets sous le

spot!

Michel, Jacques;

toute la gang de

selfmade men

en cravate

qui sont partis de rien pour

finir par fourrer le peuple!

Ostie, s'il arrive quelque chose

à mon gars,

ils vont y retourner, à rien,

puis ils vont les ravaler

leurs dents en or,

ça sera pas long!


DENISE sort du cabinet de toilette. Elle giffle PAUL, puis le serre dans ses bras. Elle prend ensuite une gorgée de sa bière.


JULIE

Il est où, Éric?


À la table où joue ÉRIC. ÉRIC observe JULIE au loin.


JOUEUR 1

C'est drôle...

tu raises puis on dirait

que t'as des bonnes

cartes à chaque fois

que je suis sur mon

big blind.


JOUEUR 2

Je pense que je vais

te suivre.


JOUEUR 1

Whatever.

Ça me fait pas un pli.

As-tu vu ce qui te reste?

Si je gagne,

ça me rapporte rien,

puis si tu doubles,

tu vas quand même rester

low stack.


JOUEUR 2

Ouais puis?

J'ai des jetons, ostie.

That's it.

C'est tout ce que ça prend.


JOUEUR 1

T'es un low stack.

Tu joues comme un

low stack.

T'es un

low stack

et tu vas rester

low stack.


ÉRIC

Fuck off.


JOUEUR 2

Tu t'en vas, Éric?


ÉRIC

Je suis déjà parti.


JOUEUR 2

T'as encore tous tes chips,

tabarnak.


JULIE montre son majeur à PAUL assis plus loin et qui observe.


ÉRIC rejoint PAUL.


ÉRIC

Salut, chief.

(Lui tendant des pretzels)

Si t'en veux, t'en prends.

C'est pour toi aussi.


Plus loin, à la table de poker où DENISE joue


JOUEUR 1

Denise, il reste juste toi

à jouer. Family pot?


JOUEUR 2

Ouais, crisse.

Ça fait deux heures

que tu raises pré-flop.

Ça te tente pas d'en jouer

une plus tranquille?

T'es pas tannée

de nous plumer, ostie?


DENISE regarde ses cartes. Elle fait un clin d'oeil à ÉRIC au loin.


JOUEUR 1

Fait que Denise?

Family pot?


DENISE met ses lunettes de soleil.


Générique de fermeture



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