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Hippocrates

Benjamin is going to become a great doctor, he is sure of it. But his first experience as junior doctor in his father’s service, the Professor Barois, does not turn out the way he hoped it would. Benjamin will be brutally confronted with his own limits, his fears, those of his patients, families, doctors and the staff.



Réalisateur: Thomas Lilti
Acteurs: Vincent Lacoste, Reda Kateb, Denicourt Marianne
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT


BENJAMIN, un jeune homme, marche dans les couloirs du sous-sol d'un hôpital, Il y croise un homme en moto puis, un employé de la buanderie.


BENJAMIN

Excusez-moi.

La lingerie, c'est par où?


EMPLOYÉ DE LA BUANDERIE

Euh... il va falloir

que tu ressortes,

troisième allée à droite.

Par contre, reste pas au milieu.

Là, tu gênes grave.

Merci.


BENJAMIN entre à la buanderie. Il s'adresse à une femme au comptoir.


BENJAMIN

Bonjour. Je pourrais avoir

une blouse, s'il vous plaît?


EMPLOYÉE DE LA BUANDERIE

Taille 2? 3?


BENJAMIN

Euh...taille 2, ouais.


L'EMPLOYÉE DE LA BUANDERIE revient avec une blouse blanche.


EMPLOYÉE DE LA BUANDERIE

Je n'ai plus que du 4.


BENJAMIN

Ah...


BENJAMIN enfile la blouse. Elle est tachée.


EMPLOYÉE DE LA BUANDERIE

Voilà. C'est parfait.


BENJAMIN

Vous en avez pas une

sans tâches.


EMPLOYÉE DE LA BUANDERIE

C'est pas des tâches, ça.

Ça a été lavé.

C'est des tâches propres.


BENJAMIN marche maintenant dans un corridor de l'hôpital avec le PROFESSEUR BAROIS


PROFESSEUR BAROIS

Bien. Alors le service

en deux mots, c'est quoi?

C'est beaucoup de personnes

âgées en fin de vie,

je ne te le cache pas.

Donc beaucoup d'accompagnement.

On a aussi pas mal d'endocrino.

Diabète surtout.

Un peu de cancéro.

De la neuro.

Qu'est-ce qu'on a d'autres?

Un peu de social évidemment.

De la néphro,

de la gastro aussi.

C'est formateur.

C'est lourd en charge

de travail, mais... formateur.

Pour un premier semestre,

c'est vraiment bien.


BENJAMIN marche maintenant dans un autre corridor de l'hôpital avec DOCTEURE DENORMANDY.


DOCTEURE DENORMANDY

Bon, alors là,

le secteur refait à neuf,

c'est le service

des maladies infectieuses.

À l'origine,

ils s'occupaient des sidas,

mais comme on en a plus,

ils se sont reconvertis

dans les anorexiques.

Tu verras, t'en croiseras

dans les couloirs.

On s'habitue.

Là, t'as l'accueil.

(Saluant une infirmière)

Bonjour.

(S'adressant de nouveau à BENJAMIN)

Derrière, c'est le bureau

des internes.

Ici à côté, t'as

la surveillante générale.

Ah, oui. Et là, c'est

l'orthophoniste et les kinés.


BENJAMIN

Mais...

je me demandais si...


DOCTEURE DENORMANDY

(S'adressant à une collègue dans le corridor)

On se voit tout de suite.

(S'adressant de nouveau à BENJAMIN)

Bon, prescriptions,

bilan d'entrée,

papier de sortie,

ça, c'est bon pour toi?


BENJAMIN

Oui.


DOCTEURE DENORMANDY

Bien voilà. C'est chez toi.

C'est ton secteur pour six mois.

10 chambres, 18 patients.


BENJAMIN

18?


DOCTEURE DENORMANDY

Bon, t'en fais pas,

ça va aller.

Puis on attend

un médecin étranger.

Allez, je te laisse.

J'ai des consults.

On fait le point dans la journée

vers 14-15 h.


BENJAMIN demeure seul au milieu du corridor il salue les gens qui passent.


BENJAMIN

Je suis le nouvel interne.


UNE FEMME

Bienvenue.


BENJAMIN

Je m'appelle Benjamin.


Début générique d'ouverture


Maintenant dans une chambre, BENJAMIN examine les jambes d'un patient.


BENJAMIN

Quand je vous touche comme ça,

vous sentez?


PATIENT

Oui. Oui.


BENJAMIN

Après, je vais vous demander

si je vous fais mal.


PATIENT

Non, non.


BENJAMIN ausculte maintenant un JEUNE HOMME.


BENJAMIN

Vous fumez combien par jour?


JEUNE HOMME

Je sais pas, 15.


BENJAMIN

Et depuis que vous avez

quel âge?


BENJAMIN est maintenant auprès d'une autre patiente.


BENJAMIN

Bon, madame, est-ce que vous

savez pourquoi vous êtes ici?


La dame reste perplexe.


BENJAMIN

Vous savez pas pourquoi

vous êtes ici?


Titre :
Hippocrate


Fin générique d'ouverture


BENJAMIN

(S'adressant directement au public)

Je me souviens, quand j'étais

externe, y a un ou deux ans,

un jour, y a eu un entrant

et en fait, c'était un mec

qui s'était bastonné

avec d'autres gars

et il s'était tout ouvert là.

Et donc j'ai voulu lui faire

des points de suture.

Et donc j'arrive

dans la chambre.

Et là, qui je vois?

Alexandre.

C'est-à-dire le mec, c'était

mon pire ennemi au collège.

On se détestait. Enfin, c'était

vraiment mon pire ennemi.

Alors là, je me suis dit:

Là, je vais prendre ma revanche.

Je vais pas l'anesthésier,

je vais mal le suturer.

Il va bien souffrir.

Et puis finalement...

finalement, j'ai...

j'ai fait comme si c'était

n'importe quel autre patient.

Et c'est à ce moment-là,

je pense, que...

que je suis devenu

vraiment médecin.

Parce que j'ai oublié le passé

et je l'ai soigné comme...

comme n'importe quel autre

patient.


BENJAMIN

(Parlant au téléphone)

Oui. Allô, bonjour.

Je suis le nouvel interne

à Vidal 2.

Oui. C'est pour prendre

rendez-vous

pour un scanner lombo-sacré,

s'il vous plaît.

Euh... est-ce que

ça serait possible

avant la semaine prochaine?

Non. Ah...

Oui, oui...

73 ans.

Déficit moteur

des membres inférieurs.

Oui. Bien c'est un peu urgent

quand même là. Oui.

Vendredi, c'est parfait.

Merci. D'accord.

Merci. Très bien.


PROFESSEUR BAROIS rejoint BENJAMIN.


PROFESSEUR BAROIS

T'es encore là?

Tu veux que je te dépose

chez ta mère?


BENJAMIN

Non, j'ai pas fini, papa.


PROFESSEUR BAROIS

Alors, cette première semaine?


BENJAMIN

Intense, comme tu peux

le voir, mais ça va.

Je crois que

j'ai pas mal assuré.


PROFESSEUR BAROIS

Oh là!

Sois pas trop sûr de toi.

Tu commences.

Tu connais rien pour l'instant.

Alors quand tu sais pas...

tu demandes.


BENJAMIN est maintenant auprès d'un patient. De l'antiseptique est appliqué sur le bas du dos du patient. BENJAMIN palpe les vertèbres.


INFIRMIÈRE

(S'adressant au patient)

Vous inquiétez pas,

c'est notre meilleur interne.

Bon, allez, pensez juste

à faire le dos rond.


PATIENT

Ça va faire mal, non?


INFIRMIÈRE

Mais non, mais non!

Si vous dites ça,

effectivement, ça fera mal.

Le dos rond, s'il vous plaît.

Voilà.


PATIENT

Mais il a quel âge, lui?

Il est jeune.


INFIRMIÈRE

Vous inquiétez pas, monsieur.


INFIRMIÈRE

Je vous rassure.

Il a tous ses diplômes,

J'ai vérifié.


BENJAMIN

Attention, je vais piquer.


INFIRMIÈRE

Non, il a pas piqué là,

monsieur.

Allez, le dos rond.


PATIENT gémit de douleur.


INFIRMIÈRE

Il a piqué là, c'est bon,

monsieur.

Vous avez fait le plus dur.


L'aiguille de BENJAMIN n'aspire rien du tout.


INFIRMIÈRE

Ça coule pas.

Enfonce plus.


PATIENT

Ah... j'ai mal...

C'est long.


INFIRMIÈRE

C'est toujours un peu long.

C'est presque fini là.


PATIENT

(Souffrant)

Ah!


ABDEL entre dans la salle d'examen.


ABDEL

Excusez-moi.

Je cherche les infirmières

Myriam et Juliette.


INFIRMIÈRE

Oui. C'est nous.


ABDEL

Bonjour, je suis

le nouvel interne.

On m'a dit de voir avec vous.


INFIRMIÈRE

C'est pas trop le moment.

On est en pleine ponction là.


PATIENT

Oui...


ABDEL

Vous avez besoin d'aide?


BENJAMIN

Non, c'est bon.


INFIRMIÈRE

Si. C'est une ponction

lombaire un peu difficile.


ABDEL

Tu me passes du 8?


BENJAMIN

C'est con, j'y suis presque.


ABDEL

Non, t'y es pas du tout là.

Tiens, laisse-moi faire.

Regarde.

T'enfonces un peu plus.


Le PATIENT gémit de douleur.


ABDEL

Voilà.


INFIRMIÈRE

Ça coule, monsieur.

C'est bon.

C'est bon pour moi.


ABDEL

Ça y est.

(S'adressant à BENJAMIN)

Tu vois, une ponction lombaire,

c'est pas difficile.

Il faut pas hésiter à enfoncer

un petit peu plus l'aiguille.

Il faut entendre un petit

craquement. D'accord?

Sinon, tu fais mal au patient

et c'est voué à l'échec.


ABDEL

Il vous a fait mal, monsieur?


PATIENT

Oui, un peu, mais...

...là, ça va.


ABDEL

Tu vois?


Dans le couloir de l'hôpital, MONSIEUR LEMOINE, un homme en état d'ébriété, se débat avec les infirmières.


MONSIEUR LEMOINE

Lâchez-moi!

Ta gueule, toi! Salope!

Ta gueule!


INFIRMIÈRE

Restez couché!


MONSIEUR LEMOINE

Lâchez-moi!


INFIRMIÈRE

Oh! On a besoin d'aide!


MONSIEUR LEMOINE

Salope!

Ta gueule, toi, salope!


ABDEL vient les aider à immobiliser MONSIEUR LEMOINE sur une civière.


ABDEL

Calmez-vous, monsieur!

Calmez-vous!


MONSIEUR LEMOINE crie. BENJAMIN vient les rejoindre.


ABDEL

Calmez-vous!

Prends son poignet.

Allez, monsieur.


INFIRMIÈRE

C'est bien.

C'est presque fini.

Tout va bien.

Arrêtez, monsieur.


ABDEL

Vous allez vous faire mal.


INFIRMIÈRE

Eh, mais la force qu'il a!


MONSIEUR LEMOINE

Merde!


INFIRMIÈRE

Ça y est, ça y est.

Tout va bien.


ABDEL

Voilà, vous allez

vous reposer.


MONSIEUR LEMOINE

Lâchez-moi! Putain!


INFIRMIÈRE

On va dormir un peu.

C'est parfait.


MONSIEUR LEMOINE

Bande de salopes!


INFIRMIÈRE

C'est pas gentil, ça--


MONSIEUR LEMOINE

Ta gueule!


INFIRMIÈRE

Allez, chut...


MONSIEUR LEMOINE

Pouffiasse.


INFIRMIÈRE

Vous voulez un verre d'eau?


MONSIEUR LEMOINE

Ta gueule! Connasse.


ABDEL s'approche de MONSIEUR LEMOINE.


MONSIEUR LEMOINE

Me touche pas, l'Arabe.


ABDEL

S'il vous plaît.

Vous nous avez fait un sketch

tout à l'heure.

Maintenant, vous nous laissez

travailler.


BENJAMIN

Abdel. Abdel.

Je m'en occupe, laisse.


ABDEL

D'accord.


BENJAMIN

Bonjour, monsieur Lemoine.

Je suis Benjamin Barrois.

Je suis l'interne

qui va s'occuper de vous.


MONSIEUR LEMOINE

Je te reconnais.

T'étais au Club Med

l'année dernière, à Phuket.


BENJAMIN

Non.


MONSIEUR LEMOINE

Mais si.

Tu m'as payé un coup.


BENJAMIN

Non. C'était pas moi.


INFIRMIÈRE

C'est incroyable la vie.

C'est dingue, les coïncidences.

Vous vous rencontrez à Phuket,

et vous retrouvez à l'hôpital.

C'est incroyable, la vie.


BENJAMIN

J'étais en Normandie

chez mes grands-parents.

D'accord?


INFIRMIÈRE

Quand tu vas pas en Thaïlande,

que tu vas ailleurs,

tu vas aussi au Club Med?


BENJAMIN

Monsieur, maintenant,

dites-leur que j'étais pas

à Phuket l'an dernier.


ABDEL

Benjamin, il a un syndrome

de Korsakoff.

Il fait des fausses

reconnaissances.


INFIRMIÈRE

Il fait le coup chaque fois.

Dès qu'il voit

un nouveau visage,

il croit qu'il l'a connu

au Club Med de Phuket

en Thaïlande.


BENJAMIN est maintenant dans un escalier avec ABDEL.


BENJAMIN

Et tu manges où, toi?


ABDEL

Au self.


BENJAMIN

Tu veux pas venir bouffer

à l'internat avec moi?

Pour voir au moins.

Ça va être sympa.


BENJAMIN et ABDEL s'assoient à la table de la cafétéria avec d'autres médecins,


BENJAMIN

Y a quoi à manger?


ABDEL

Bonjour. Abdel.


INTERNE 1

Saucisse-lentille

ou pâte et rôti.


INTERNE 2

Mais prends pâte et rôti,

parce que ça, c'est pas bon.

Surtout, si tu prends

saucisse-lentille,

fais gaffe, ton père

te regarde.


L'INTERNE fait allusion à une peinture du PROFESSEUR BAROIS, le père de BENJAMIN, sur le mur de la cafétéria.


INTERNE 2

Paraît que chez les Barrois,

c'est de famille.


BENJAMIN

Laisse, il est jaloux.

Je te sers?


ABDEL

Oui. Je veux bien juste

des coquillettes, s'il te plaît.


BENJAMIN le sert.


ABDEL

Merci. Tu sais, je me disais

pour M. Lemoine...


BENJAMIN

Qui?


ABDEL

M. Lemoine,

le patient qui est arrivé

tout à l'heure.

Il faudrait le mettre sous B1

pour son syndrome de Korsakoff.


Tous les internes autour de la table rient.


ABDEL

Qu'est-ce qu'il y a?


Ils rient de nouveau.


DOCTEURE DENORMANDY

Tu pourrais remettre

cette conversation à plus tard.


INTERNE 3

Je suis obligé là.

Excusez-moi.


L'INTERNE se lève et apostrophe un autre jeune homme à l'autre bout de la salle.


INTERNE 3

Économe!


INTERNE 4

Trop tard.


L'INTERNE STÉPHANE à l'autre bout de la salle, hélé sous le nom d'Économe, répond.


INTERNE STÉPHANE

Oui, Interne.


INTERNE 3

On parlait d'un patient

à ma droite, Économe.


UN INTERNE

C'est vrai.


Toute la salle hue.


INTERNE 3

Je le jure!

Qu'on lui donne un gage!


TOUS

Un gage! Un gage!


BENJAMIN

(S'adressant à ABDEL)

Tu te prends un gage parce

que t'as parlé d'un patient.

C'est interdit ici.

Mais t'inquiète,

t'es pas le premier.


TOUS

Un gage! Un gage!


INTERNE 3

S'il vous plaît,

s'il vous plaît.

Monsieur Économe, la roue!


INTERNE STÉPHANE

La roue!


TOUS

La roue!

La roue! La roue! La roue!


Un interne tourne une roue accrochée sur le mur.


INTERNE 5

(Lisant la case sur laquelle s'est arrêtée l'aiguille de la roue.)

Ah! La levrette!


TOUS

Oh!


INTERNE STÉPHANE

Abdel! Abdel!

Lève-toi!

Allez!


INTERNE 5

L'Économe t'a dit de te lever,

alors tu te lèves, bordel!


INTERNE STÉPHANE

Allez! Allez!

Tu nous mines une levrette.


INTERNE 5

Et attention,

pas la levrette de fiotasse.

La levrette!

Et tu fais pas semblant.


TOUS

La levrette!

La levrette! La levrette!


ABDEL quitte la salle.


BENJAMIN

Abdel! Abdel! On rigole!

Ça va, viens.


INTERNE 5

Mais on te chie dessus,

mon Économe.

C'est inadmissible!


Le soir, BENJAMIN: entre dans un immeuble, puis dans une petite chambre aux murs remplis de graffitis. Il se regarde dans le miroir et pratique un discours.


BENJAMIN

(Parlant au miroir)

Bonjour.

Benjamin Barrois.

Je suis médecin, oui.

Oui, j'ai soigné

plusieurs personnes.

Beaucoup, beaucoup,

des centaines.

Oh, vous savez,

je fais que mon travail.

Vous n'avez pas à me remercier.


Le cellulaire de BENJAMIN sonne, il répond.


BENJAMIN

Oui, allô,

c'est l'interne de garde.

Oui, j'arrive.


Ensuite, BENJAMIN croise ABDEL dans une salle du sous-sol de l'hôpital.


BENJAMIN

Mais qu'est-ce que tu fais là?


ABDEL

Ah, salut.


BENJAMIN

Qu'est-ce que tu fais?

Tu rentres pas chez toi?


ABDEL

J'habite ici.


BENJAMIN

Ici à l'internat?


ABDEL

Ouais.

Je loue une chambre ici.


BENJAMIN

Je savais pas

qu'on pouvait vivre ici.


ABDEL

Bien tu vois.


BENJAMIN

C'est pas trop glauque?


ABDEL

Hein?


BENJAMIN semble mal à l'aise.


BENJAMIN

(S'en allant)

Non. J'ai été appelé, moi.

Je te laisse bosser alors.

Ciao.


ABDEL

Bonne garde.


BENJAMIN: marche dans le corridor et évite de justesse un gros aspirateur. Puis il rejoint une infirmière.


BENJAMIN

Vous m'avez bipé?


INFIRMIÈRE

Oui. C'est Tsunami.

Je t'ai préparé le dossier

sur le chariot là.

Il a des douleurs abdominales

depuis 20 h,

une petite fièvre,

pas grand-chose, un petit 38,

mais bon, je préfère

que tu le voies maintenant

plutôt qu'à 3 h du mat.


BENJAMIN

Et sa tension?


INFIRMIÈRE

La tension?

(S'adressant à un infirmier qui écoute la télévision)

Guy! Tu branches?

La tension, Lemoine.


INFIRMIER GUY

18/12.

Y a un quart d'heure.


INFIRMIÈRE

18/12.


BENJAMIN

Hum-hum.


INFIRMIÈRE

T'inquiète pas. On a

l'habitude avec Lemoine.

On le suit depuis un an

pour sa cirrhose.

Il a toujours eu

une tension haute.

C'est le contraire

qui nous inquiéterait.


BENJAMIN

Bon, bien je vais le voir.


BENJAMIN quitte.


INFIRMIÈRE

Guy, tu peux te brancher

de temps en temps.

Je croyais que c'était un

plein-temps que tu faisais.

Tu fais un mi-temps?


INFIRMIER GUY

Je suis branché. C'est juste

que je regarde le truc.

Ça m'intéresse.


INFIRMIÈRE

D'accord.

Moi, je bosse pour deux là.


INFIRMIER GUY

Je vais t'aider.

Faut demander.

Faut demander dans ces cas-là.

Qu'est-ce que je peux faire?


INFIRMIÈRE

Tu peux être un peu

sur le coup.


INFIRMIER GUY

Bon.


BENJAMIN se trouve dans la chambre de MONSIEUR LEMOINE, il l'ausculte. L'émission «Dr House» joue à la télévision.


MONSIEUR LEMOINE gémit.


BENJAMIN

Ça vous fait vraiment

très mal?

Vous inquiétez pas.

On va vous soulager.

Dans un quart d'heure,

vous ne sentirez plus rien.


MONSIEUR LEMOINE pleure.


BENJAMIN

Qu'est-ce qu'il y a?


LEMOINE

Je ressemble plus à rien.


BENJAMIN

Ça va s'arranger.

Vous inquiétez pas.


MONSIEUR LEMOINE tient le poignet de BENJAMIN.


MONSIEUR LEMOINE

J'ai peur.

J'ai peur.

J'ai peur.


BENJAMIN

Mais vous avez pas

à avoir peur, monsieur.

Nous, on est là pour ça.

C'est notre métier.

On a l'habitude, vous savez.

On va vous soigner

et puis ça va aller très bien.

D'accord?


BENJAMIN quitte. Il est maintenant dans la salle des infirmières et ajoute des notes au dossier.


INFIRMIÈRE

Tu lui mets quoi?


BENJAMIN

De l'Acupan.


INFIRMIÈRE

Systématique

toutes les six heures,

comme ça,

on te réveille pas pour rien.


BENJAMIN

Oui.

Je me demande si on devrait pas

faire un ECG quand même.


INFIRMIÈRE

Oh! L'ECG, il déconne.

C'est un bordel

pour le faire marcher.


INFIRMIER GUY

(Regardant l'épisode de «Dr House» à la télévision)

J'ai déjà vu cet épisode.

C'est l'empoisonnement

au méthanol.

Ils font l'envoyer à l'IRM,

alors que le mec, une prise

de sang aurait suffi!


INFIRMIÈRE

(Blaguant)

Emprunte-leur leur ECG, tiens.


INFIRMIER GUY

Oui. Ha! Ha! Ha!


Le téléphone de BENJAMIN sonne.


BENJAMIN

Allô? Interne de garde.


Toujours le soir, BENJAMIN fume une cigarette en discutant dehors avec l'INTERNE STÉPHANE.


INTERNE STÉPHANE

En même temps, franchement,

être dans ton service,

c'est la dépression.

Vous soignez jamais personne.

Je sais pas comment vous faites.

C'est pour ça

que je fais réa, tu vois.

Parce qu'à chaque nouveau

malade, t'as un défi.

Ça passe ou ça casse.

T'es dans l'action, tu vois.

Si le mec, il crève,

c'est pas de ta faute.

Si tu le sauves, t'as assuré.


BENJAMIN

Attends, ça a rien à voir.

Justement, en médecine interne,

t'as affaire

à des vrais patients,

à des vrais gens.

Tu t'occupes d'eux vraiment.

T'as une relation avec eux.

Genre tu leur parles.

Des fois, ils sont tristes,

des fois, ils sont heureux.

Toi, t'arrives, c'est des corps.

Tu réanimes et puis c'est tout.

Bzz! Pop! Allez, hop!

Il est réveillé, maintenant,

je vais en réanimer un autre.


INTERNE STÉPHANE

Comment tu te la racontes,

mon gars!

On y va!


BENJAMIN

Il se prend pour le héros!


INTERNE STÉPHANE

Tu te la racontes, vas-y,

me parle pas!


BENJAMIN

Justement, en médecine

interne, y a de la psychologie.


INTERNE STÉPHANE

C'est toi, la psychologie,

ouais.


BENJAMIN

Ha! Ha! Toi,

t'es pas la psychologie.


INTERNE STÉPHANE

Non. Je suis pas psychologue.

Mais en vrai, t'as envie

de pécho une patiente.

C'est ça?


BENJAMIN

Y a que des vieilles.


INTERNE STÉPHANE

Et alors?


BENJAMIN est dans sa chambre. Son téléphone sonne et l'afficheur indique: «maman».


BENJAMIN

Allô?


MÈRE DE BENJAMIN

C'est moi.

Comment ça se passe?


BENJAMIN

Ça va. J'ai un peu mal

au ventre, mais ça va.


MÈRE DE BENJAMIN

À cause de la garde?


BENJAMIN

Non. J'ai dû bouffer

une connerie à l'internat.

J'entends du bruit.

Y a du monde avec toi?


MÈRE DE BENJAMIN

Non. C'est la télé.


BENJAMIN

Tu regardes quoi?


MÈRE DE BENJAMIN

C'est la une. Dr House.


BENJAMIN

Ça pue l'empoisonnement

au méthanol, son truc.


MÈRE DE BENJAMIN

Tu regardes aussi?


BENJAMIN

Ouais.


MÈRE DE BENJAMIN

Si c'est ça,

t'es vraiment fortiche.

Même House, il trouve pas.


BENJAMIN

C'est évident.

Ça saute aux yeux.

Bon, je vais essayer de dormir.

Tu me diras demain. OK?


MÈRE DE BENJAMIN

D'accord. Je te laisse.

Bon courage, mon chéri.


BENJAMIN

OK. Bisou.


BENJAMIN s'étend dans son lit et regarde les graffitis sur les murs. On peut lire entre autres: «Ton futur dépend de tes rêves, ne perds pas de temps, va te coucher».


BENJAMIN marche dans les corridors de l'hôpital,


BENJAMIN

(Saluant des collègues)

Bonjour.

Bonjour.

Bonjour.


DOCTEURE DENORMANDY

C'est toi qui avais M. Lemoine

hier soir?


BENJAMIN

Oui. Y a un problème?


DOCTEURE DENORMANDY

Il vient de décéder.

Passe me voir dans mon bureau

quand tu peux.


BENJAMIN se dirige vers le dossier de MONSIEUR LEMOINE qu'il lit.


INFIRMIÈRE

(Entrant)

Benjamin. T'oublies pas

de me signer le certif de décès.

Ça urge.


BENJAMIN est maintenant dans le bureau de DOCTEURE DENORMANDY.


DOCTEURE DENORMANDY

Tu l'as vu à quelle heure?


BENJAMIN

Il était 11 h, 11 h 30.


DOCTEURE DENORMANDY

T'as rien remarqué de spécial?


BENJAMIN

Non. Pas de fièvre.


DOCTEURE DENORMANDY

Des douleurs abdominales.


BENJAMIN

Oui. Mais avec

sa pancréatite chronique,

je me suis dit que des douleurs,

il en avait tout le temps.


DOCTEURE DENORMANDY

Il était dans un état général

catastrophique, c'est sûr.

Il vivait dans la rue.

Et il y avait quoi à l'ECG?


BENJAMIN

Il y avait rien de spécial.

Non, mais... en fait...

la machine était en panne.

Elle marchait pas.

Donc je l'ai pas fait.


DOCTEURE DENORMANDY

T'as pas fait l'ECG?


BENJAMIN

(Chuchotant)

Non.


DOCTEURE DENORMANDY

Fais pas cette tête.

Allez, va te reposer.


BENJAMIN se lève.


DOCTEURE DENORMANDY

Benjamin...

Si on te demande pour l'ECG,

tu dis que tu l'as fait, OK?


BENJAMIN

OK.


BENJAMIN marche sous la pluie, une voiture le klaxonne.


PROFESSEUR BAROIS

Bien, monte!


BENJAMIN monte dans la voiture de son père. Puis, ensuite, il est devant le miroir et se rafraichit le visage avec de l'eau. Une femme, peut-être sa mère, cogne à la porte de la salle de bain.


VOIX DE FEMME

Benjamin?

Qu'est-ce que tu fais?


BENJAMIN est maintenant à l'hôpital. Les ambulanciers amènent un nouveau patient.


INFIRMIÈRE

(S'adressant aux ambulanciers)

Patientez un peu.

Merci.


BENJAMIN

(S'adressant à des collègues)

Je crois qu'il y a

une entrante.


INFIRMIÈRE

(S'adressant à BENJAMIN)

La chir vient de l'envoyer.

Sérieux, ça se fait pas.

Elle s'est cassé

le col du fémur,

ils l'ont opérée hier.

Ils n'ont plus de place,

ils nous l'ont refilée.


BENJAMIN

Quel âge?


INFIRMIÈRE

88 ans.

La famille est là.

Ils veulent voir quelqu'un.

T'as tout là-dedans.

Tu me fais les prescriptions?


BENJAMIN est auprès de la patiente âgée.


BENJAMIN

Bonjour, madame Richard.

Je m'appelle Benjamin.

Je suis l'interne

qui vais m'occuper de vous.


BENJAMIN ausculte MME RICHARD.


BENJAMIN rejoint ABDELdans un bureau.


ABDEL

(Lisant un dossier)

Hospitalisé le 11-12-2012...

S'adressant à BENJAMIN

Ça va?


BENJAMIN

Ouais.


ABDEL

J'ai appris pour M. Lemoine.

C'est le dossier de l'entrante?


BENJAMIN lit un dossier.


BENJAMIN

Oui.


ABDEL

Elle a quoi?


BENJAMIN

Je viens de la voir.

J'y comprends rien.


ABDEL

C'est calme pour moi

ce matin.

Tu veux que je t'aide?


BENJAMIN

Euh... ouais.


BENJAMIN et ABDEL entrent dans la chambre de la patiente.


ABDEL

Bonjour, madame Richard.

Je suis l'interne.

Je suis venu pour parler

un petit peu avec vous.

Et pour vous examiner.


MME RICHARD

Oui.


ABDEL

Vous avez mal?


MME RICHARD

Oui.


ABDEL

D'accord.

(Sortant une petite carte de sa poche)

Il t'en faut une.

C'est indispensable, ça.

(S'adressant à MME RICHARD)

Regardez.

0, c'est si vous avez pas mal.

Et 10, c'est la douleur maximum

de ce que vous pouvez imaginer.

Vous direz que vous êtes

à combien maintenant?


Une l'échelle de douleur est dessinée sur la carte, MME RICHARD y indique une douleur élevée.


ABDEL

Hum...

8,2. D'accord.

Bon, avec mon collègue,

on va faire ce qu'il faut.

On va vous mettre

des antidouleurs.


MME RICHARD

Oui.


ABDEL

Ça va aller.


MME RICHARD

Oui.

Vous êtes interne?


BENJAMIN

Oui.


MME RICHARD

Vous avez de la chance

de travailler avec un médecin

comme lui.


ABDEL

Mais moi aussi,

je suis interne ici.

(Lui montrant sa carte)

Oui. Regardez. FFI.

Ça veut dire

faisant fonction d'interne.

C'est pour les médecins

étrangers.


MME RICHARD

Ah!


ABDEL et BENJAMIN discutent dans le bureau.


ABDEL

C'est quand même une connerie

d'avoir opéré.

88 ans, elle a un cancer,

des métastases partout.

Elle est en phase terminale.


BENJAMIN

Elle va jamais remarcher.


INFIRMIÈRE

Je sais pourquoi

ils ont opéré.

Regardez la profession.

Gymnaste retraitée.

Ça se trouve, elle a une compét

la semaine prochaine.

Faut qu'on la remette d'aplomb

sans déconner.

Sinon, elle va rater

les Jeux olympiques.


BENJAMIN

(Riant)

Bien là, elle va pas sauter

bien loin.


TOUS rient.


INFIRMIÈRE 2

Puis tu te marres!


ABDEL

Bon, on met

une pompe à morphine.


INFIRMIÈRE

Une pompe?


ABDEL

Ouais. Une pompe.


INFIRMIÈRE

On en a pas.

Si on en a une, elle est cassée.


ABDEL

Y a personne pour la réparer?


INFIRMIÈRE

Non. Y en a une en infectieux.


ABDEL

Où? à Brézin 4?


INFIRMIÈRE

Oui, je crois.


ABDEL

Tu vas la chercher.


INFIRMIÈRE

Comment il me parle?


ABDEL discute maintenant avec MME RICHARD dans sa chambre.


ABDEL

On vous a installé

une machine qui est juste ici.

C'est une pompe à morphine.

Ça vous permet de contrôler

vous-même votre antidouleur.

D'accord?


MME RICHARD

Hum.


ABDEL

Si vous avez mal,

vous appuyez

sur ce petit bouton-là.

Allez-y, vous pouvez appuyer

si vous avez mal.


MME RICHARD appuie sur la pompe à morphine et sourit légèrement.


MME RICHARD

Hum.

Vous êtes gentil.


ABDEL

Bon, on va vous laisser

vous reposer.

Ça agit un petit peu là,

je le sens.


MME RICHARD

Oui. Je veux dormir.


ABDEL

Oui. Et puis quand

vous vous réveillez,

vous mangez un petit morceau.

Hein?


MME RICHARD

On verra.


ABDEL et BENJAMIN marchent dans un corridor.


BENJAMIN

J'ai remarqué un truc marrant.


ABDEL

Ah, ouais?


BENJAMIN

Si tu demandes à un patient

de s'allonger sur le dos,

il s'allonge sur le ventre.

Alors que si tu précises pas

et que tu dis juste:

Bonjour, monsieur,

allongez-vous, s'il vous plaît»,

le mec s'allonge

sur le dos direct.

C'est dingue, non?


ABDEL

Oui. C'est marrant.

J'avais jamais remarqué ça.


BENJAMIN

Je t'assure, essaye.

Tu verras,

ça le fait à chaque fois.


BENJAMIN et ABDEL sont maintenant assis à la cafétéria.


ABDEL

Pourquoi t'as choisi

le service de ton père?

C'est bizarre.


BENJAMIN

Je sais pas.

Ça me paraît naturel.


ABDEL

Moi, si mon père,

il était médecin,

jamais j'aurais choisi

son service.


BENJAMIN

Ouais. C'est peut-être

bizarre. T'as raison.

Et toi, ce service, ça te plaît?


ABDEL

Ça va.


BENJAMIN

Sans plus?


ABDEL

Tu sais...

le stage d'interne, je fais ça

parce que j'ai pas le choix,

mais mon but, c'est d'avoir

un poste de titulaire.

Donc si je veux avoir une chance

que ça marche,

faut que j'enchaîne les stages,

que j'aie mon concours

d'équivalence,

des bonnes appréciations

de mes chefs de service.


BENJAMIN

C'est le parcours

du combattant.


ABDEL

Ouais. Un peu.

Mais bon, je ferai tout

pour y arriver.

Si ça marche pas, je vais devoir

retourner en Algérie.

C'est pas avec ce que je gagne

en tant qu'interne

que je vais pouvoir faire venir

ma femme et ma fille.


BENJAMIN

Ouais. C'est sûr.


ABDEL

Tu vois, c'est marrant.

Depuis que je suis arrivé

à Paris,

avec tout le travail et tout ça,

j'ai jamais eu le temps

de visiter.


BENJAMIN

Ah, bon?


ABDEL

Ouais.

Pourtant, y a des choses

que j'aimerais beaucoup voir.

Le Moulin Rouge par exemple.

Il paraît que c'est sympa, ça.


BENJAMIN rit.


BENJAMIN

Le Moulin Rouge? T'es sérieux?


ABDEL

C'est magnifique, non?


BENJAMIN

Mais c'est tout pourri,

le Moulin Rouge, maintenant.


ABDEL

Ah, oui?


BENJAMIN est dans le bureau avec une infirmière.


INFIRMIÈRE

Tu sais que Julie

va en cancéro?


BENJAMIN

Quoi?

Mais qu'est-ce qu'elle a?


INFIRMIÈRE

Elle a rien.

Elle va bosser en cancéro.


BENJAMIN

Ah!

Tu vas t'éclater.

Y a mon pote Manu là-bas.


INFIRMIÈRE JULIE

Ouais. C'est pour ça

que j'y vais.


INFIRMIÈRE

Y a toujours une super ambiance

en cancéro.


Une femme se présente au poste.


FEMME

Bonjour.

Pardon de vous déranger,

je voudrais parler à l'interne.


INFIRMIÈRE

Oui. Benjamin.

Benjamin, y a quelqu'un

pour toi.


BENJAMIN

Bonjour.


FEMME

Bonjour.

Je vous dérange?


BENJAMIN

Non. Pas du tout. Vous

cherchez quelque chose?


FEMME

Oui. C'est à propos

de mon mari.

Je voudrais parler à un interne,

à un médecin.

Quelqu'un qui puisse

m'expliquer.


BENJAMIN

Et il est dans quelle chambre,

votre mari? Vous savez?


FEMME

Non.

Il n'est plus hospitalisé.

Il est mort y a deux jours.

Jean-Michel Lemoine.

C'est vous qui vous êtes occupé

de lui?


BENJAMIN

Oui. Euh... Non.

En fait, c'est surtout le

Dr Rezzak qui s'en occupait.


FEMME

Le Dr Rezzak?

Et je peux le trouver où?


BENJAMIN

Il va pas tarder.

Y a une salle d'attente

au fond du couloir.


FEMME

Je vais aller l'attendre

là-bas alors.

(S'adressant à un petit garçon)

Tu dis au revoir au médecin,

chéri?


PETIT GARÇON

Au revoir, docteur.


FEMME

Allez, viens.


BENJAMIN joue au babyfoot avec d'autres internes.


BENJAMIN

On a une assurance?


UNE INTERNE

Quoi?


BENJAMIN

Comme médecin.

Un truc pour te couvrir

si tu fais une connerie?


UNE INTERNE

Je sais pas.


UN INTERNE

Joue là! T'es relou!


UNE INTERNE

Les gars!

Benjamin demande si on a

une assurance, les internes.


UN INTERNE

Non, t'as pas d'assurance

quand t'es interne.


UN INTERNE

Si, t'as la

responsabilité civile.


UN INTERNE

Non. Moi, j'ai dû

m'assurer à part.

Je me suis renseigné.

T'as rien.

J'ai dû en prendre une

à mes frais, d'assurance.


UN INTERNE

Pour toi, c'est normal.


UN INTERNE

Il faut, mon gars.

Toi, t'es un danger.


TOUS rient.


UN INTERNE

Elle est bien, celle-là.


BENJAMIN

Bon, mais si tu tues un mec,

qui c'est qui paye alors?


UNE INTERNE

Tes chefs, ton service.


UN INTERNE

Même pas.

Un pote de mon frère

a dû arrêter ses études,

parce que justement sa

hiérarchie l'a pas couvert.


UN INTERNE

Il a fait quoi?


UN INTERNE

Bourré pendant sa garde.


UN INTERNE

Il a fait une faute.


BENJAMIN

Mais il a tué quelqu'un?


UN INTERNE

Non, il a tué personne.

Il était bourré.


UNE INTERNE

Détends-toi. T'es tranquille.

Toi, ton chef, c'est ton père.


UN INTERNE

Je crois que t'as le droit

à cinq décès par an.


UN INTERNE

Le problème, c'est que

si tu tues ton père,

ton père te couvre.


UN INTERNE

Benjamin, vas-y, joue.


BENJAMIN

Non, moi... j'y retourne.


UN INTERNE

Je prends le gagnant.


La FEMME DE LEMOINE est avec ABDEL dans un bureau. ABDEL regarder le dossier.


FEMME DE LEMOINE

Lemoine, c'est lui.


ABDEL

Oui.


FEMME DE LEMOINE

DCD, ça veut dire quoi?


ABDEL

Je suis désolé.


FEMME DE LEMOINE

Non, mais c'est pas grave.

Ça fait longtemps qu'on vivait

plus ensemble de toute façon.


ABDEL

Vous voulez que je vous

explique un petit peu

comment ça s'est passé?


La FEMME DE LEMOINE fait signe que oui.


ABDEL

Alors il est arrivé

mercredi matin,

il était très agité,

donc on l'a sédaté.


FEMME DE LEMOINE

Sédaté?


ABDEL

Oui. C'est-à-dire qu'on lui

a donné des tranquillisants

pour le calmer.


FEMME DE LEMOINE

Il était agressif?


ABDEL

Il était agité.

Ensuite, dans la soirée,

il s'est plaint de douleur

au niveau de l'abdomen.

Donc on lui a donné

des antalgiques.

Mais malheureusement, dans

la nuit, son état s'est aggravé.

Et...


FEMME DE LEMOINE

Vous avez rien pu faire?


ABDEL

Non, je suis désolé.


FEMME DE LEMOINE

(Retenant ses larmes)

Et vous diriez, vous, que...

qu'il est mort à cause

de l'alcool?


ABDEL

Probablement, oui.


FEMME DE LEMOINE

Bon. Merci. Je vais devoir

y aller. Merci beaucoup.


ABDEL

Vous devriez parler

avec mon collègue Benjamin.

C'est lui qui était de garde

cette nuit-là au service.

Peut-être il pourrait vous

expliquer un petit peu plus.


FEMME DE LEMOINE

Le jeune interne

que j'ai vu tout à l'heure?


ABDEL

Oui.


FEMME DE LEMOINE

Mais il m'a dit

que c'était votre patient.


ABDEL

Ah, bon?


FEMME DE LEMOINE

Oui.


BENJAMIN est maintenant assis et se fait couper les cheveux par l'INFIRMIER GUY.


INFIRMIER GUY

Faut que tu remontes,

parce que je peux pas

travailler. T'es trop bas.


BENJAMIN remonte sur sa chaise.


INFIRMIER GUY

OK, première chose,

observation.

D'ac. Pardon.


BENJAMIN

Pas trop court.


INFIRMIER GUY

Non, t'inquiète.


INFIRMIÈRE

Non, tu fais pas trop court,

sinon, ça va faire ring.


INFIRMIER GUY

D'accord. Je te remercie

de ce commentaire

très intéressant.

Oui, je sais.

Le grain de beauté, OK.

Alors ce que je compte faire,

dégager les oreilles,

rendre les choses d'un peu...

un peu plus punchy.


ABDEL

(Entrant)

Excusez-moi.

(S'adressant à BENJAMIN)

Je peux te parler,

s'il te plaît?


BENJAMIN

Maintenant là?


ABDEL fait signe que oui.


BENJAMIN

J'arrive.


BENJAMIN est maintenant dans le bureau avec ABDEL. BENJAMIN fouille nerveusement dans les dossiers.


ABDEL

Je t'assure, j'ai cherché

partout. Il y est pas.


BENJAMIN

Je sais pas. Ils ont dû le

mettre dans un autre dossier.

C'est bizarre. Je sais pas.


ABDEL

Mais ce que je comprends pas,

c'est que dans le mot que tu as

laissé pendant la garde,

tu parles pas d'ECG.


BENJAMIN

Et?


ABDEL

Benjamin. Juste...

le prends pas mal, mais...

j'ai parlé avec sa femme.

Du coup, je me suis replongé

dans le dossier.

Ça fait penser à infarctus,

mais je trouve pas l'ECG.

Du coup, je me demande.


BENJAMIN

Je viens de te dire

qu'il était normal.


ABDEL

Il est où?


BENJAMIN

Si tu me fais pas confiance,

fouille les autres dossiers.

Il y est sûrement.


ABDEL

(Haussant le ton)

Le problème, c'est que

je l'ai déjà fait

de fouiller

dans les autres dossiers!


BENJAMIN

Tu crois que j'ai oublié

de le faire, c'est ça?

Tu sais quoi?

L'ECG, c'est Denormandy

qui l'a.

Elle voulait le relire.

Et elle a dit elle-même

qu'il était normal.

Si tu me crois pas,

t'as qu'à aller lui demander.

Ils ont raison les autres,

t'as vraiment un problème.


BENJAMIN quitte puis rejoint son père dans le couloir.


BENJAMIN

Papa.


PROFESSEUR BAROIS

Le jeune Barrois.


BENJAMIN

Je peux te parler?

T'es occupé?


PROFESSEUR BAROIS

Je suis occupé, oui.


BENJAMIN

Plus tard si tu veux.


PROFESSEUR BAROIS

Non. Je suis toujours occupé.

Alors vas-y, dis-moi,

je t'écoute.


BENJAMIN

Je voudrais te dire

quelque chose d'important.


PROFESSEUR BAROIS

Fais pas cette tête. Ça doit

pas être si grave que ça.


BENJAMIN

Si, au contraire,

c'est très grave.

Je sais que ça va te décevoir,

mais j'ai pas fait exprès.

Si j'avais su,

j'aurais fait autrement.

Je prends les choses très

au sérieux, faut me croire.

PROFESSEUR BAROIS

Je le sais, Benjamin.

Je le sais.


BENJAMIN

J'ai pas fait l'ECG

à Tsunami.


PROFESSEUR BAROIS

Mais bien sûr que si,

tu l'as fait.


BENJAMIN

Non. Denormandy m'a couvert,

mais la vérité,

c'est que je l'ai pas fait.

L'appareil était en panne.

J'ai merdé.


PROFESSEUR BAROIS

Je te dis que tu l'as fait.


BENJAMIN

Mais non.


PROFESSEUR BAROIS

Si, tu l'as fait...

...puisque c'est moi qui l'ai,

cet ECG.


BENJAMIN

Tu me couvres parce que

je suis ton fils, c'est ça?


PROFESSEUR BAROIS

Pas du tout. Je suis solidaire

parce que tu es de la famille,

de la famille de l'hôpital.

Je suis comme ça

avec tous ceux qui bossent ici.

Parce que ce qu'on fait,

c'est assez difficile comme ça.

On est pas des surhommes,

alors si on ne peut pas

compter...

les uns sur les autres...

on ne tient pas le coup.

Allez, retourne travailler.


BENJAMIN est avec plusieurs autres internes ils établissent un horaire au tableau.


BENJAMIN

Bon, allez,

il reste des trous là.


INTERNE MANU

Tu t'y connais bien en trou,

toi.


TOUS rient.


BENJAMIN

Ferme ta gueule, Manu,

ou je te mets

celle du 11 novembre.


INTERNE MANU

Non, j'ai déjà celle du 10,

moi.


BENJAMIN

Qui n'a pas pris

de jour férié?


Tout le groupe s'exprime dans un brouhaha.


ABDEL

Toi. Toi, t'en as pas pris.


BENJAMIN

Mais moi, j'ai deux dimanches.


ABDEL

Moi aussi,

j'ai déjà deux dimanches,

j'ai déjà deux jours fériés.


BENJAMIN

Bon, ça va, je la prends.


UN INTERNE

Voilà.

Alors il reste

la garde de Noël.

25 décembre.


UNE INTERNE

C'est pas possible.


BENJAMIN

Sérieux, les gars. On va pas

rester là deux heures.

On a d'autres choses à foutre.


UNE INTERNE

Stéphane, c'est cadeau.

C'est pour toi.


INTERNE STÉPHANE

Comment ça, Stéphane?

J'ai déjà les gardes en réa

Vas-y, toi.


UNE INTERNE

Non. Moi, je peux pas.

J'ai de la famille qui monte.


UN INTERNE

C'est ça. Tu vas au ski.

On le sait tous,

cherche pas d'excuse.


UN INTERNE

Personne peut.


UNE JEUNE INTERNE

Je me disais: Comme nous,

on a notre famille sur Paris

et que vous l'avez pas

nécessairement,

ce serait cool

que vous preniez une garde.


UN INTERNE

Ah, d'accord.

C'est très rigolo, ça.


UNE INTERNE

Oui, toi, par exemple,

qu'est-ce que tu fais?


UN INTERNE

Moi, j'ai une famille aussi.


UNE INTERNE

Mais elle est pas là.


UNE INTERNE

J'ai envie de passer le soir

de Noël chez moi, tranquille.


UN INTERNE

Exactement.


UNE JEUNE INTERNE

Le prenez pas comme ça.

C'est pas

ce que je voulais dire.


UNE INTERNE

Tu veux dire que,

puisqu'on est des FFI,

on doit se taper

toutes les gardes.


UNE JEUNE INTERNE

Mais non. Ça a rien à voir.


BENJAMIN

On dit ça.

Mais c'est vrai que...


ABDEL

C'est vrai que quoi?

Tu vas faire Noël en tête-à-tête

avec ton père?


UN INTERNE

Qu'est-ce qui te prend, Abdel?

Tu joues à quoi?

Pourquoi t'arrêtes pas

de le chercher comme ça?


ABDEL

Je le cherche pas. C'est bon.


UNE INTERNE

Les gars, c'est vrai que ceux

qui passent Noël au téléphone

avec leur famille,

vous pouvez le faire à l'hosto.


UN INTERNE

Excuse-moi, mais un peu

plus de respect.

Parce que là, d'un coup,

tout le monde fête Noël.

(S'adressant à un interne qui semble arabe)

Je suis désolé, mais toi, t'as

pas une gueule à fêter Noël.


INTERNE QUI SEMBLE ARABE

Moi?


TOUS huent.


INTERNE QUI SEMBLE ARABE

Non! Moi, j'aime la bûche,

j'aime Jésus.


TOUS rient.


UN INTERNE

C'est pas une histoire de

Jésus, de catholique ou quoi.

C'est une histoire de famille.

Moi, si, par exemple, je pouvais

vous rendre ce service,

si je pouvais faire en sorte

que vous voyiez votre famille,

je le ferais.


TOUS réagissent bruyamment.


UN INTERNE

Je rends pas des services?

Je rends pas des services?


INTERNE BANIK

C'est bon, c'est bon!

Moi, je vais la faire, moi.


UN INTERNE

Voilà. Il la fait.


UN INTERNE inscrit le nom de BANIK au tableau. ABDEL se dirige au nom et efface le nom.


ABDEL

Banik, c'est pas à toi

de la faire, cette garde.

Tu les laisses se démerder.


UNE INTERNE

Qu'est-ce que tu fais, Abdel?

Laisse-le prendre

cette putain de garde.


Maintenant au poste de garde, DOCTEURE DENORMANDY rejoint ABDEL.


DOCTEURE DENORMANDY

Excusez-moi.

Abdel, je peux te parler

une minute, s'il te plaît?


ABDEL

Oui. Bien sûr.

(S'adressant à un patient)

J'arrive tout de suite.

Vous pouvez vous asseoir.

(S'adressant à DOCTEURE DENORMANDY)

Oui?


DOCTEURE DENORMANDY

Tu peux pas prendre ce genre

de décision tout seul.

Cette patiente, Mme Richard,

si tu commences la

morphine à haute dose,

on fait comment?


ABDEL

Comment quoi?


DOCTEURE DENORMANDY

Mais comment quoi?

Elle a une respiration

superficielle,

une fréquence à 40.

Avec un traitement aussi lourd,

elle va s'enfoncer

et nous, on pourra plus jamais

la placer nulle part.


ABDEL

En soins palliatifs,

ils la prendront.


DOCTEURE DENORMANDY

Pour qu'ils la prennent,

faudrait de la place.

Justement, y en a pas.

On a pas le choix.

On sait tous les deux

qu'elle remarchera pas.

À un moment, il faut

se donner les moyens

de la remettre à flot.


ABDEL

Pour ça,

faut pas la soulager?


DOCTEURE DENORMANDY

Bien sûr

qu'il faut la soulager,

mais faut qu'elle reste lucide,

qu'elle puisse reprendre

des forces.

C'est pas marrant,

mais c'est comme ça.

Sinon, tu proposes quoi?


ABDEL

Je sais pas.

De l'accompagnement.


DOCTEURE DENORMANDY

On peut pas la garder

des mois.


ABDEL

Pourquoi pas?


DOCTEURE DENORMANDY

Abdel, tu connais le prix

d'une journée d'hospitalisation?


BENJAMIN fait de nouveau une ponction lombaire, cette fois-ci, cela fonctionne très bien,


INFIRMIÈRE

(S'adressant à un patient)

Sept. Je vous avais dit que

c'était notre meilleur interne.


JEUNE MÉDECIN

(Entrant dans la salle d'examen)

Excuse-moi de te déranger,

Benjamin,

mais ton père veut te voir.


BENJAMIN

Maintenant?


JEUNE MÉDECIN

Il t'attend dans son bureau.


BENJAMIN cogne à la porte du bureau de son père.


PROFESSEUR BAROIS

Entrez.


BENJAMIN entre.


PROFESSEUR BAROIS

Ah! Benjamin! Vous tombez bien.

On a besoin de vos lumières.

Asseyez-vous.

Je vous présente Mme Lemoine,

la femme de M. Lemoine.

Mais je crois que vous vous êtes

déjà croisés.


BENJAMIN ET MME LEMOINE

Oui.


PROFESSEUR BAROIS

Bon, alors, dites-moi.

Parce que je ne me souviens plus

très bien.

C'est vous qui avez vu

Tsunami...

M. Lemoine le soir

de sa mort, c'est ça?


BENJAMIN

Oui.


PROFESSEUR BAROIS

Bien.

Quand on vous a appelé,

il était quelle heure?

11 h? 11 h 30?


BENJAMIN

11 h 30.


PROFESSEUR BAROIS

Bon. Et là,

vous constatez une

douleur épigastrique modérée,

comme ça lui arrivait souvent.

Donc vous l'examinez.

Vous ne trouvez

aucun autre signe.

Pas de fièvre, pas d'hémorragie.

Pas de vomissement.

Et devant cette douleur, vous

faites par acquit de conscience

un ECG,

un électro-cardiogramme.

Vous ne voyez rien d'anormal.

Ce que confirment d'ailleurs

les cardiologues.

C'est bien ça?


BENJAMIN

Oui. C'est ça.


PROFESSEUR BAROIS

Bon.

Alors, vous vous dites

en toute logique qu'il s'agit

d'une douleur banale

liée à sa pancréatite.

C'est ce que je lis

dans le dossier.

Et vous prescrivez

des antalgiques.


BENJAMIN

De l'Acupan.


PROFESSEUR BAROIS

Logique.

Et ensuite, on ne vous a pas

rappelé de la nuit.

Et c'est au moment

de la transmission de 7 h que...

l'infirmière a trouvé

votre mari décédé.


MME LEMOINE

Je comprends, mais...

Alors il est mort de quoi?


PROFESSEUR BAROIS

Étant donné son état général,

je pencherais

pour une coulée de nécrose

sur pancréatite suraiguë.

Ce qui, dans son cas,

est d'une part incurable

et d'autre part impossible

à diagnostiquer.


MME LEMOINE observe BENJAMIN.


PROFESSEUR BAROIS

Votre mari jouait avec le feu,

madame Lemoine.

Depuis un an et demi,

il a refusé toutes les cures

qu'on lui a proposées.


MME LEMOINE

(S'adressant à BENJAMIN)

Vous pensez qu'il a souffert?


PROFESSEUR BAROIS

Non, il n'a pas souffert.

C'est une certitude.

S'il avait eu mal,

les infirmières

auraient rappelé l'interne.

Vous savez, la douleur, c'est

le meilleur système d'alarme.

Mais chez votre mari,

à cause de l'alcool...

l'alarme fonctionnait mal.


ABDEL entre dans la chambre de MME RICHARD et soupire. Le visage de MME RICHARD est crispé de douleur. ABDEL sort et prend un dossier dans un chariot. On entend des infirmières discuter dans le corridor.


INFIRMIÈRE

Je le sens super angoissé.

Moi, je me vois pas aller

lui poser la perf

sans qu'on m'explique rien.

Ça me met super mal à l'aise.


BENJAMIN

Mais t'es sûre que c'est pour

ça qu'il vous a fait la bise?

Il a pu vous faire la bise

pour vous dire bonjour.


INFIRMIÈRE

Non, mais je pense

qu'il sent le truc venir.

Il parle pas comme d'habitude.


ABDEL

(Lisant un dossier)

Ah, bande de cons! Putain!

C'est n'importe quoi, ça!


INFIRMIÈRE

Qu'est-ce qui t'arrive?

Pourquoi tu gueules comme ça?


ABDEL

C'est toi qui as posé

la sonde à Mme Richard?


INFIRMIÈRE

Oui. Moi, j'y peux rien.

C'est la prescription

de Denormandy.

J'ai pas eu le choix.


ABDEL

Fait chier, celle-là.


INFIRMIÈRE

Écoute, apparemment,

l'assistante sociale lui cherche

une place en rééducation.


ABDEL

En rééducation?

Mme Richard?


INFIRMIÈRE

Elle est censée reprendre

des forces avant.


ABDEL

Vous êtes tombés sur la tête

ou quoi?


INFIRMIÈRE

Bien ouais.

Et du coup, y a la famille

qui veut te voir.

Ils sont dans le couloir.

Ils t'attendent.


ABDEL

C'est n'importe quoi.


BENJAMIN

Tu veux que j'y aille?


ABDEL

(Regardant BENJAMIN avec mépris)

Pfff!


ABDEL s'adresse maintenant à la famille de MME RICHARD.


ABDEL

C'est juste pour l'instant,

pour qu'elle puisse partir

en rééducation,

qu'elle puisse remarcher

rapidement

et ne pas avoir les séquelles

de l'alitement prolongé.

Parce qu'après, c'est d'autres

complications encore

qui se rajoutent.

Et d'un commun accord

avec les collègues,

on a pris cette décision

de lui poser cette sonde.

C'est provisoire.


FILS DE MME RICHARD

Je comprends vraiment pas.

Le cancérologue

a été très clair sur...

Il faut juste la soulager.

Alors c'est quoi cette sonde?

Ça l'embête

plus qu'autre chose.

Elle ne peut plus rien faire.

Elle ne peut plus faire

un mouvement,

elle a des hématomes

aux poignets en plus.


FILLE DE MME RICHARD

Et vous pensez vraiment

qu'elle va remarcher?

Vraiment?


ABDEL

C'est... Alors... On peut

jamais vous dire à 100%

ce qui va se passer. D'accord?

Nous, en ce moment, on est

dans cette dynamique-là.

Ce qu'on voudrait,

c'est effectivement,

qu'elle puisse remarcher.

C'est des choses dont on discute

beaucoup avec les confrères.

On va continuer d'en discuter.


FILS DE MME RICHARD

Écoutez...


FILLE DE MME RICHARD

Des fois, je me dis...

Je sais pas, faudrait juste

lui foutre la paix.


ABDEL

Je comprends. Je comprends

que vous disiez ça.


FILS DE MME RICHARD

On compte sur vous

pour qu'elle souffre

le moins possible.

C'est tout. Voilà.


ABDEL

Vous pouvez. Vraiment.

Vraiment.

On fait le maximum.


FILLE DE MME RICHARD

Merci.


FILS DE MME RICHARD

Merci beaucoup.


ABDEL

De toute façon,

je vous tiens au courant.

Et on en reparle très bientôt.

D'accord?


FILLE DE MME RICHARD

Oui. D'accord.


FILS DE MME RICHARD

Merci.


ABDEL

(Leur serrant la main)

Au revoir, madame.

Au revoir, bon courage.


FILS DE MME RICHARD

Merci.


ABDEL

Au revoir, monsieur.


Les enfants de MME RICHARD quittent. ABDEL soupire. Puis, ABDEL écrit dans un dossier médical.


ABDEL

On retire la sonde.

J'augmente la morphine.

Et je remets la pompe.

OK?

T'es d'accord avec moi?


INFIRMIÈRE

Ouais. Complètement.

Ça me va bien.

Par contre, ça m'a un peu foutu

les boules,

comment tu m'as parlé

tout à l'heure.

J'aimerais bien que...

ça recommence pas comme ça.

Ça m'a fait de la peine en fait.


ABDEL

D'accord. Désolé.


MME RICHARD actionne sa pompe à morphine dans sa chambre. ABDEL entre.


ABDEL

Madame Richard?


MME RICHARD

(Surprise)

Ah!


ABDEL

Je vous ai fait peur?


MME RICHARD

Oui.


ABDEL

Désolé.


MME RICHARD

Je rêvais.

Bonjour, docteur.


ABDEL

Ça va?


MME RICHARD

Oui.


ABDEL

La douleur,

ça va mieux un petit peu?


MME RICHARD

Oui. Ça va mieux.

(Montrant la pompe)

Puis avec ça, c'est bien.


ABDEL

C'est bien? Hum-hum.

Elle marche bien,

cette pompe, alors.


MME RICHARD

Très.


ABDEL

Oui?


MME RICHARD

Je me sens un peu mieux.


ABDEL

Ça fait plaisir

de vous voir sourire.

Ça a l'air d'aller mieux

aujourd'hui.


MME RICHARD

Ça ne va pas durer.


ABDEL

Pourquoi vous dites ça?


MME RICHARD

Parce que je le sais.

N'est-ce pas, docteur?


ABDEL

Ça va pas s'améliorer,

ça, c'est sûr.


MME RICHARD

Il y a des choses

auxquelles j'ai pensé.

Et que je ne veux pas.

Je ne veux pas qu'on me garde

longtemps dans un mauvais état.

N'est-ce pas, docteur?


ABDEL

Oui.

Je comprends.


MME RICHARD

Merci.


ABDEL quitte la chambre. Puis il écrit dans un dossier médical.


BENJAMIN

Je peux te parler?


ABDEL

Non.


ABDEL s'en va. BENJAMIN regarde le dossier dans lequel ABDEL écrivait. Il y a inscrit : «Ne pas réanimer».


Plus loin, à la cafétéria, l'INTERNE BANIK chante alors que tous ses collègues l'accompagnent en faisant des percussions sur la table.


INTERNE BANIK

♪ Hé oui docteur j'ai mal hé ♪

♪ à la tête moi j'ai mal hé ♪

♪ Hé monsieur j'ai très mal hé ♪

♪ Aïe aïe aïe aïe

Je souffré ♪

♪ Aïe aïe aïe aïe

Je souffré ♪

♪ Hé docteur ça palpite ♪


TOUS

♪ Hé docteur ça palpite


INTERNE BANIK

♪ Aïe aïe aïe aïe

Je souffré ♪


TOUS

♪ Aïe aïe aïe aïe

Je souffré


INTERNE BANIK

♪ Hé docteur j'ai mal hé ♪


TOUS

♪ Hé docteur j'ai mal hé ♪


INTERNE BANIK

♪ Aïe aïe aïe aïe

Moi j'ai très mal ♪

♪ Aïe aïe aïe aïe ♪

♪ Hé docteur ça palpite ♪


TOUS

♪ Aïe aïe aïe aïe

ça palpite ♪


INTERNE BANIK

♪ Aïe aïe aïe aïe

Je souffré ♪


TOUS

♪ Aïe aïe aïe aïe

Je souffré


TOUS applaudissent et rient.


INTERNE BANIK

J'ai commencé ce matin

à 8 h.

Et je finis après-demain

à 18 h.

Ça fera...


ABDEL

58 heures.


INTERNE BANIK

58 heures de garde.

Banic est dans la place.


UNE INTERNE

Et tu as combien d'épouses,

monsieur Banic?


L'INTERNE BANIK rit et se sert un verre de vin.



INTERNE BANIK

Allez, de l'eau!

M'en veux pas.


ABDEL

Allez, c'est bon.


INTERNE BANIK

Moi, j'aime travailler, Abdel.


UN INTERNE

(Levant son verre)

À Banic. à Banic.

Banic, la technique.


INTERNE BANIK

Demain soir,

ce sera Banic la panique.


TOUS rient.


Dans le bureau des infirmières...


INFIRMIER GUY

Cathy.


INFIRMIÈRE CATHY

Hum?


INFIRMIER GUY

C'est bien, ça, ou pas?


L'INFIRMIER GUY lui montre le dos de sa blouse où il est inscrit: «En grève».


INFIRMIÈRE CATHY

Ah, c'est bien.


INFIRMIER GUY

Bien droit?


INFIRMIÈRE CATHY

Oui, oui, c'est bien.


INFIRMIER GUY

OK.


ABDEL se dirige vers le bureau des infirmières.


ABDEL

Salut, Guy.


INFIRMIER GUY

Salut.


ABDEL

(Questionnant l'INFIRMIÈRE CATHY)

Oui?


INFIRMIÈRE CATHY

Ah!

À la 502, faut faire

un gaz du sang.


ABDEL

Mais vous m'appelez pour ça?


INFIRMIÈRE CATHY

Hé!


L'INFIRMIÈRE CATHY lui montre sa blouse où il est inscrit «En grève».


ABDEL

Ah oui, d'accord.


INFIRMIÈRE CATHY

Qu'est-ce que tu veux?

On se fout de notre gueule,

on n'a plus de matériel,

on manque de tout.

D'ailleurs, demande-moi

n'importe quoi,

je suis sûre qu'on l'a pas,

pas vrai?


INFIRMIER GUY

Ouais. En plus, ici, la nuit,

avant, on était 4, d'accord?

Maintenant, on n'est plus

que 2. Tu vois le truc?


INFIRMIÈRE CATHY

Alors, on s'est foutu

en grève.


INFIRMIER GUY

Service minimum et tout, quoi.

On est obligé de bosser, mais

franchement y en a ras le bol.

Ce n'est plus comme avant,

cet hosto.

Tu sais ce qu'il faisait,

le directeur de l'hosto

avant de venir ici?


ABDEL

Non.


INFIRMIER GUY

Vas-y, dis-lui.


INFIRMIÈRE CATHY

Chez Amazon, Internet.

Il vendait des machins

sur Internet.

Tu vois le truc?


ABDEL

Amazon, c'est les livres,

les CD, les DVD.


INFIRMIER GUY

Gestion, quoi.


INFIRMIÈRE CATHY

Il vendrait des DVD

et il veut nous apprendre

à gérer un hôpital.


INFIRMIER GUY

On a raison, quoi.


ABDEL

Ah oui.


INFIRMIÈRE CATHY

T'es une perle rare, toi.

Tu devrais venir nous voir

plus souvent. T'es d'où?


ABDEL

Je suis d'Algérie.


INFIRMIÈRE CATHY

Ah...


INFIRMIER GUY

Ça me fait penser à un truc.

Comment ça se fait qu'en

Algérie, y pas de club Med?

Alors qu'il y en a en Tunisie,

il y en a au Maroc.

Enfin, tu vois.


ABDEL

Oui, mais y en a pas

à Beyrouth,

y en a pas à Bagdad,

y en a pas à Kaboul.


ABDEL

Ouais, c'est pas con.


ABDEL est maintenant dans la chambre d'un patient avec l'INFIRMIÈRE CATHY. Il fait une prise de sang à un patient.


ABDEL

Ça y est.

C'est fini.


INFIRMIÈRE CATHY

Hop là!


L'INFIRMIER GUY transporte des déchets jusqu'à un conteneur et salue un employé au passage.


INFIRMIER GUY

Salut, Michel.


EMPLOYÉ MICHEL

Salut.


L'EMPLOYÉ MICHEL apporte les conteneurs de déchets jusqu'à un transporteur. Puis jusqu'à l'incinérateur. ABDEL, dehors, regarde la fumée s'échappant de l'incinérateur.


À l'intérieur de l'hôpital, de jour, le PROFESSEUR BAROIS convoque l'équipe.


PROFESSEUR BAROIS

Allez, Myriam, on y va.

C'est les vacances ici.

Messieurs, dames,

c'est quand vous voulez.

Et c'est maintenant.

Allez, allez.


INFIRMIÈRE

Du coup, ça nous fait deux

lits libres en secteur 1.

Trois en secteur 2,

zéro en secteur 3.


INFIRMIÈRE 2

En secteur 3, t'as la 516

qui est dispo, du coup.


INFIRMIÈRE

Ah oui, pardon.

Du coup, ça nous fait

six lits libres.

On a quatre entrants

cet après-midi, deux demain.


PROFESSEUR BAROIS

Très bien. Justement,

secteur 3...


CÉCILE ENTRE sans refermer la porte.


PROFESSEUR BAROIS

Cécile, merci pour la porte.


CÉCILE

Ah oui, pardon.

PROFESSEUR BAROIS

Mme Richard, on fait quoi?


INFIRMIÈRE

Je sais pas.

Cécile, ça en est où,

le dossier?


CÉCILE

Mme Richard...

trois refus.

On a relancé deux demandes en

soins palliatifs, mais y a rien.


DOCTEURE DENORMANDY

Bien, évidemment.

C'est ce que je disais,

elle n'a fait que s'aggraver.

Maintenant, elle n'est plus

transférable

et ça peut prendre des mois.


ABDEL

Et qu'est-ce que tu proposes?


CÉCILE

Rien. À part tricher sur son

état pour qu'ils la prennent

en rééducation.


DOCTEURE DENORMANDY

Non, mais ça,

on l'a déjà fait.

C'était vraiment une connerie.

Elle mange un peu?


ABDEL

Un petit peu,

mais ça prend du temps.


DOCTEURE DENORMANDY

Non, elle mange pas du tout.

Elle est totalement dénutrie.

Guy? Elle mange comment,

Mme Richard?


INFIRMIER GUY

Très mal. Très mal.

Ça prend beaucoup de temps.


DOCTEURE DENORMANDY

Ça fait 15 jours que je dis

qu'il faut mettre

une sonde gastrique.


ABDEL

Mais non!

C'est trop invasif.


DOCTEURE DENORMANDY

Enfin, c'est trop invasif...

Si on lui met pas de sonde,

on lui laisse aucune chance.


ABDEL

De toute façon,

elle remarchera pas.

C'est de l'acharnement.


DOCTEURE DENORMANDY

T'as un problème avec moi?


ABDEL

J'ai pas de problème avec toi!

C'est juste que pour lui mettre

la sonde, il faut l'attacher.

C'est insupportable, ça.


DOCTEURE DENORMANDY

Tu penses

que ça me fait plaisir?

Tu penses au lit

qu'elle monopolise?

Y a des malades

qui attendent derrière.


ABDEL

Change de disque,

s'il te plaît.


PROFESSEUR BAROIS

Holà, holà, plus doucement,

s'il vous plaît.

Benjamin, tu dis rien.

Tu penses quoi?

T'as bien un avis.


BENJAMIN

(Hésitant)

Bien, c'est vrai

qu'elle prend un lit.

On peut pas rester

sans rien faire.


DOCTEURE DENORMANDY

Voilà, on est d'accord.

Fallait pas retirer la sonde.


ABDEL

Moi, je la remets pas,

la sonde.


PROFESSEUR BAROIS

Benjamin s'en occupe.


ABDEL

D'accord.


PROFESSEUR BAROIS

De Cornière, la danseuse,

prévoyez une radio

coxo-fémorale.


BENJAMIN est dans la chambre de MME RICHARD qui pleure. ABDEL entre et vient tenir la main de MME RICHARD puis s'en va.


BENJAMIN

Je suis désolé.


ABDEL est auprès de DOCTEURE DENORMANDY.


ABDEL

Sandrine?


DOCTEURE DENORMANDY

Oui.


ABDEL

Tu pourrais venir voir

Mme Richard, s'il te plaît?


DOCTEURE DENORMANDY

Pourquoi? Ça va pas?


ABDEL

Viens voir Mme Richard,

s'il te plaît.


DOCTEURE DENORMANDY

J'arrive.


DOCTEURE DENORMANDY entre dans la chambre de MME RICHARD.


DOCTEURE DENORMANDY

Alors, madame Richard,

on me dit que ça va pas.

Elle vous embête, la sonde,

hein?

Eh oui, mais vous mangez

plus rien.

Alors, faut que vous repreniez

des forces, quand même.

Attendez, laissez-moi faire.

(Examinant ses mains attachées)

Laissez-moi faire.

D'accord. D'accord.

Oui, d'accord.

Serrez ma main.

Faites voir un peu.

Restez tranquille.

Vous avez mal, hein?


MME RICHARD est agitée.


DOCTEURE DENORMANDY

On va arrêter de vous embêter,

madame Richard.


DOCTEURE DENORMANDY croise le regard de ABDEL et s'en va.


Dans une fête costumée à la résidence, tous les internes dansent. BENJAMIN est appuyé contre le mur, pensif. Puis il remarque des graffitis grivois représentant son père sur les murs.


ABDEL sort de sa chambre d'où il entend les bruits de la fête et traverse la fête pour aller chercher quelque chose dans la cuisine commune.


INTERNE STÉPHANE

Oh, Abdel, tu viens trinquer

avec nous, là?


ABDEL

Tu crois pas

que vous avez assez bu?


INTERNE STÉPHANE

OK, OK.

L'alcool, c'est mal.

Tu veux pas qu'on baisse

la musique aussi?

T'as un problème?

Bois un coup,

ça va te détendre.


BENJAMIN

Tu joues à quoi?


INTERNE STÉPHANE

Quoi? On déconne.


BENJAMIN

Tu déconnes de quoi?

De le faire chier?


INTERNE STÉPHANE

Toi aussi, bois un coup,

mon pote.


BENJAMIN

De quoi, boire un coup?


INTERNE STÉPHANE

On déconne.


BENJAMIN

Tu déconnes de quoi?


BENJAMIN et STÉPHANE se battent, puis on les immobilise.


Le lendemain, BENJAMIN enfile son sarrau à l'hôpital et regarde son oeil au beurre noir dans le miroir.


BENJAMIN observe les yeux d'un patient.


BENJAMIN

D'accord...

OK.

OK. Faites comme moi, monsieur,

s'il vous plaît.

Vous écartez les bras

et vous venez toucher

le bout de votre nez.


PATIENT

Oui.


BENJAMIN

Droite...

Et à gauche.

Maintenant en fermant

les yeux.

Voilà.

Très bien, merci.

Donc...

deux mois d'abstinence,

c'est ça?


PATIENT

Oui. Dernière bière:

3 janvier, 17 h.


BENJAMIN

D'accord. Et vous buviez

combien par jour?


PATIENT

Je sais pas. Je compte pas.

Dans les 40.


BENJAMIN

Quarante?

Et comment on fait pour boire

40 bières par jour

tout en travaillant?


PATIENT

Bien, je tiens un bar.


BENJAMIN

Oui, bon.

Forcément.

Allongez-vous sur le dos,

s'il vous plaît.


Le PATIENT s'allonge sur le ventre.


BENJAMIN

Non, non, non.

Sur le ventre.

Pas sur le ventre, sur le dos.

De l'autre côté. Voilà.


BENJAMIN s'évanouit.


PATIENT

Hé, oh. Docteur?

Docteur?


Le PATIENT aide BENJAMIN à se relever.


Plus tard, ABDEL prend la pression de BENJAMIN.


ABDEL

Reste tranquille.

T'as perdu connaissance.


BENJAMIN

Ça va, je me sens bien.


ABDEL

Non, ça va pas.

Tu fais de la fièvre,

tu as 9/6 de tension.

D'accord?

Donc, tu restes calme.


BENJAMIN

Oui, mais ça va, je te dis.


BENJAMIN se lève.


ABDEL

T'as bu hier?


BENJAMIN

Non, j'ai quasiment pas bu.

Ça fait plusieurs jours que

je me sens pas très bien.

Je me sens mal.


ABDEL

Tu veux qu'on en parle?


BENJAMIN

Non, mais c'est rien.

Ça doit être un virus.


ABDEL

Et tu vas aller faire ta garde

comme ça.


BENJAMIN

Oui, oui, ça va.

Je me sens mieux déjà.


ABDEL

Non. Ce que tu vas faire

maintenant,

tu vas rentrer chez toi.

Tu vas te reposer.

Et moi, je te remplace

pour ce soir.


BENJAMIN

Non, c'est pas la peine.

Je me sens très bien, je te dis.

Et je suis très calme.


Plus tard, DOCTEUR DENORMANDY rejoint ABDEL dans l'ascenseur. Elle lui sourit.


ABDEL

Dis donc,

tu finis tard ce soir.


DOCTEURE DENORMANDY

Oui.

Toi, t'es de garde?


ABDEL

Non.

Mais si t'as besoin de quoi

que ce soit, t'hésite pas.


DOCTEURE DENORMANDY

C'est bon, merci.

Au revoir.


ABDEL

Au revoir.


Dans sa chambre, BENJAMIN s'allonge sur son lit. Son téléphone sonne.


BENJAMIN

Allô, c'est l'interne

de garde.


POLO

Oui, salut, c'est Polo.

Tu veux venir manger avec nous?


BENJAMIN

Non, non.

Merci, j'ai pas faim.

Je vais me coucher, là.


BENJAMIN raccroche, puis le téléphone sonne à nouveau.


BENJAMIN

Ouais, qu'est-ce

qu'il y a encore?


PAULINE

C'est Pauline à Vidal 2.

Je viens de trouver

Mme Richard inanimée.

Je savais pas quoi faire,

j'ai appelé la réa.


BENJAMIN

Putain, bordel,

mais pas la réa! J'arrive.


BENJAMIN arrive à l'hôpital et trouve toute une équipe autour de MME RICHARD.


MÉDECIN

Ça va pas.

Tu mets 10.


INFIRMIÈRE

OK.


MÉDECIN

C'est parfait, ça.

On va la sauver,

cette petite dame.


L'INTERNE STÉPHANE est en train de lui insérer un tube dans la trachée.


MÉDECIN

Ça passe?

Ça passe?


INTERNE STÉPHANE

Ça passe, ça passe.


MÉDECIN

Oui?


INTERNE STÉPHANE

Oui.


BENJAMIN

Faut pas la réanimer.

Elle a 88 ans, elle est

métastasée, grabataire.

MÉDECIN

Bonjour.

C'est toi, l'interne

qui t'occupes d'elle?

Ça tombe bien.


BENJAMIN

Faut arrêter!


MÉDECIN

Trop tard, elle est stable.

On va la monter en réa.

Stéphane, tu t'occupes bien

de la sonde.

Moi, je vais prévenir là-haut

qu'on prépare son box.


BENJAMIN

Vous êtes complètement cons,

ma parole!


MÉDECIN

Viens avec moi.

C'est quoi, ton problème?

On nous a appelés.

Elle était en arrêt cardiaque,

on l'a réanimée. Maintenant,

on la monte en réa.

Si t'es pas d'accord,

tu peux la garder.

On fait comme ça?


BENJAMIN

Lâche-moi.


MÉDECIN

Tu te calmes, hein.

L'agressivité, ça sert à rien.


BENJAMIN

Et lire un dossier avant de

réanimer comme une brute,

ça sert à quelque chose?


MÉDECIN

Tu vas avoir des problèmes,

toi.


BENJAMIN

C'est toi, le problème.


BENJAMIN fouille dans les dossiers. [L'INTERNE STÉPHANE le rejoint.


INTERNE STÉPHANE

Benjamin.

Qu'est-ce qui te prend, là?

Pourquoi tu te mets

dans cet état comme ça?

Je te reconnais pas.

C'est pas la fin du monde,

putain.


BENJAMIN

Si c'était ta mère,

tu dirais la même chose?


INTERNE STÉPHANE

Hé, ça va.

Pas à moi.


BENJAMIN

Tu crois qu'elle a pas assez

souffert comme ça?


INTERNE STÉPHANE

Quand on réanime, on réfléchit

pas à tout ça. On réanime.

Point. C'est marqué où

qu'il faut pas réanimer?


STÉPHANE constate la note au dossier.


INTERNE STÉPHANE

Tu crois qu'on a le temps

de prendre une plombe

et lire tout le dossier?

Faut qu'on prenne une décision,

mon vieux.

Sérieusement, Benjamin,

calme-toi, là.

Qu'est-ce qui se passe?

C'est le métier qui rentre.

Allez, viens.

Viens, on va manger un morceau

à l'internat.


BENJAMIN

Va te faire foutre.


BENJAMIN est maintenant auprès de MME RICHARD intubée. Puis, il voit la famille de MME RICHARD dans le corridor.


BENJAMIN

(à une INFIRMIÈRE)

C'est toi qui as appelé

la famille?


INFIRMIÈRE

J'ai cru que c'était la fin.


BENJAMIN

Je reviens.


INFIRMIÈRE

Benjamin, je leur dis quoi?


BENJAMIN se dirige vers la cafétéria.


BENJAMIN

Je cherche Abdel,

vous l'avez vu?


INTERNE BANIK

Il doit être dans sa chambre.


BENJAMIN

C'est laquelle?


UN INTERNE

Y a une bite sur la porte.


INTERNE BANIK

Une bite verte.

Tu peux pas la louper.


BENJAMIN

OK, merci.


BENJAMIN cogne à la porte de ABDEL.


ABDEL

Oui?


BENJAMIN

Abdel, c'est moi.


ABDEL

Quoi?


BENJAMIN

Ils ont réanimé Mme Richard.


ABDEL

Je suis pas de garde.

Tu vois avec l'interne de garde.


BENJAMIN

C'est moi qui suis de garde.


ABDEL

Et alors?


BENJAMIN

Abdel, tu peux pas faire

comme si tu t'en foutais.

C'est ta patiente.

La famille est là,

elle souffre.

Ils l'ont intubée,

ils veulent la monter en réa.

Ça a aucun sens.


ABDEL

Qu'est-ce que tu veux

que je fasse?


BENJAMIN

Arrêter la réanimation,

soulager la patiente, l'aider.


ABDEL

Pourquoi tu le fais pas, toi?


BENJAMIN

OK, je vais le faire.

Je pensais juste

que tu pourrais m'aider.


Dans la chambre de MME RICHARD, BENJAMIN s'adresse à une INFIRMIÈRE.


BENJAMIN

Qu'est-ce que tu poses?


INFIRMIÈRE

C'est de l'adré.

C'est la prescription de la réa.

Qu'est-ce que je fais?


BENJAMIN

Est-ce qu'on a le choix?

On fait comme on nous a dit,

non?


ABDEL entre.


ABDEL

(S'adressant à l'INFIRMIÈRE)

Attends, s'il te plaît.

(S'adressant à BENJAMIN)

Tu vas chercher la famille?


La famille de MME RICHARD est maintenant dans sa chambre.


FILLE DE MME RICHARD

Si on arrête,

elle va souffrir?


BENJAMIN

A priori, non.

Le coeur va s'arrêter à nouveau.


FILLE DE MME RICHARD

Si on continue?


BENJAMIN regarde ABDEL.


BENJAMIN

Il est impossible

de le savoir.


La FILLE DE MME RICHARD regarde son frère puis, les yeux pleins d'eau, elle signifie oui de la tête.


FILLE DE MME RICHARD

Faites ce qu'il a de mieux

pour elle.


ABDEL

On arrête.


L'INFIRMIÈRE ferme certains appareillages médicaux.


ABDEL

Vous voulez qu'on vous laisse

un moment avec elle?


La FILLE DE MME RICHARD signifie oui de la tête.


INFIRMIÈRE

Si vous avez besoin

de quelque chose,

on est à côté.


La FILLE DE MME RICHARD teint la main de sa mère et pleure.


BENJAMIN et ABDEL fument une cigarette dehors.


ABDEL

On a bien fait.


BENJAMIN

Tu crois vraiment?


ABDEL

Ouais. Vraiment.


BENJAMIN

Je crois que je vais arrêter.

Franchement, je suis pas fait

pour ce métier,

c'est pas possible.


ABDEL

C'est pas un métier, médecin.


BENJAMIN

C'est quoi?


ABDEL

(Souriant)

Je sais pas, c'est...

une espèce de malédiction.

T'as quel âge, Benjamin?


BENJAMIN

23 ans.


BENJAMIN et ABDEL marchent sur la rue.


ABDEL

Moi, je suis vraiment déçu.

C'est tout petit en fait,

le Moulin Rouge.


BENJAMIN

Bien oui, t'imaginais quoi?


ABDEL

Je sais pas,

quelque chose de plus grand.

Genre la tour Eiffel.


BENJAMIN

Forcément, ça déçoit.

Mais on vient pas à Pigalle

pour le Moulin, hein.

(Regardant un commerce)

Tu veux y aller?

Une petite lap dance?


ABDEL

Tu vas là-bas, toi?


BENJAMIN

Bien sûr.

Depuis que j'ai 12 ans.


ABDEL

N'importe qoi!


BENJAMIN

Je t'assure,

je viens souvent avec mon père.


ABDEL

Mais tu crois qu'on a pas

des bars à putes en Algérie?


BENJAMIN

Arrête.


ABDEL

Bien sûr, y en a plein.

Sauf que le problème,

c'est que les putes,

elles ont le voile intégral.

C'est un peu compliqué,

mais bon.


BENJAMIN rit.


ABDEL

On se débrouille comme on peut.


À l'hôpital, de jour, DOCTEURE DENORMANDY parle au téléphone. BENJAMIN et ABDEL sont assis devant elle.


DOCTEURE DENORMANDY

Oui, bien là,

j'ai bien compris, oui.

Je te laisse, ils sont

dans mon bureau. Je te rappelle.


DOCTEURE DENORMANDY raccroche le combiné.


DOCTEURE DENORMANDY

Bon, là, je dois dire

que je vous comprends pas.

On arrête pas une réanimation.

Vous savez ce que ça signifie?

C'est interdit de faire ça.


ABDEL

On a juste appliqué

la loi Leonetti.


DOCTEURE DENORMANDY

Non, la loi Leonetti,

c'est une décision collégiale.

C'est pas toi tout seul,

la nuit, qui...

Va falloir

qu'on assume maintenant.

La réa va convoquer

un conseil de discipline.

Merci.


Plus tard, en conseil de discipline, l'INFIRMIÈRE qui se trouvait avec ABDEL et BENJAMIN lors de l'arrêt des procédures de réanimation témoigne.


INFIRMIÈRE

Bien voilà, à ma prise

de poste,

je commence par aller voir

Mme Richard dans sa chambre.

Et là, je la trouve inanimée,

vraisemblablement

en arrêt cardiorespiratoire.

Dans la panique, j'ai appelé

la réanimation tout de suite.

Après, j'ai appelé Benjamin,

l'interne de garde.

L'équipe de réa est arrivée

très, très vite.

Ils ont massée,

ils l'ont intubée.

Le coeur est reparti rapidement.

Benjamin est arrivé.

Et là, y a eu une discussion

avec le senior de réa.

Pendant ce temps-là, moi,

je continuais à m'occuper

de Mme Richard,

qui était repartie.


Devant elle se trouve trois hommes, dont le médecin réanimateur.


MÉDECIN

Je crois que c'est clair

pour tout le monde.

Peu importe qui a fait quoi,

ce qu'on sait,

c'est qu'ils ont débranché

une patiente

que mon équipe avait réanimée

avec succès.

Mais tu sais que c'est pas fini.

La famille peut encore

porter plainte.


BENJAMIN

Ils vont pas faire ça,

ils étaient là.

Ils étaient d'accord.

Ils voulaient pas

qu'on s'acharne.


MÉDECIN

Oui, c'est ça. Tu sais,

des familles qui sont d'accord,

puis qui changent d'avis,

parce qu'elles culpabilisent,

c'est un grand classique.

Renseigne-toi

avant de faire des conneries.


PROFESSEUR BAROIS

Ils ont fait

ce qu'ils devaient faire.

Enfin, tu le sais très bien.


MÉDECIN

On nage en plein délire.

T'es en train de me dire

qu'il a eu raison d'interrompre

une réanimation,

alors que le coeur

était reparti?


PROFESSEUR BAROIS

La connerie,

c'était de la réanimer.


MÉDECIN

Ah, mais on n'arrête pas

une réanimation efficace.

Point.

Et on va pas changer les règles,

parce que c'est ton fils.


Le PROFESSEUR BAROIS rit.


DIRECTEUR

(S'adressant au PROFESSEUR BAROIS)

Monsieur, s'il vous plaît.

(S'adressant à ABDEL)

Vous, docteur Ezzak...


ABDEL

C'est le docteur Rezzak.


DIRECTEUR

Docteur Rezzak.

Concrètement, vous êtes médecin.

Vous avez exercé comme tel

dans votre pays.

Vous savez bien qu'on arrête pas

une réanimation.


ABDEL

Monsieur, je ne suis

qu'un interne.


DOCTEURE DENORMANDY

Il faut quand même

prendre en compte

que dans les trois

ou quatre mois maximum,

cette patiente serait morte.

C'était vraiment un cas limite

pour une réanimation.

On pourrait parler

de réanimation abusive.


MÉDECIN

Je rêve, là.

C'est qu'on va me donner

des leçons maintenant?


DOCTEURE DENORMANDY

Vous, ça fait combien de temps

que vous vous êtes pas trouvé

seul de garde, la nuit?


PROFESSEUR BAROIS

(Calmant DOCTEURE DENORMANDY)

Sandrine...


MÉDECIN RÉANIMATEUR

La prochaine fois,

je vous demanderai

l'autorisation

avant de réanimer,

docteur Denormandy. Hein?

Votre bip, c'est...


BENJAMIN

Je suis désolé,

mais elle a raison.


PROFESSEUR BAROIS

Benjamin, là, tu déconnes.

Excuse-toi.


ABDEL

Excusez-moi.

S'il avait choisi la facilité,

il aurait laissé la réa

gérer la malade.

Mais il n'a pensé

qu'au bien-être de la patiente.

Vous devriez le féliciter,

au lieu de le sanctionner

pour ce qu'il a fait.

De toute façon, c'est moi

qui ai pris la responsabilité

de débrancher Mme Richard,

voilà.

Sans moi,

Benjamin n'aurait rien fait.


BENJAMIN et ABDEL attendent dans un bureau.


BENJAMIN

T'inquiète pas, ça va aller,

je te dis.


Une femme leur fait signe de revenir. BENJAMIN ET ABDEL retournent au conseil de discipline.


DIRECTEUR

Benjamin...

Il est ressorti

de nos discussions

que vous aviez fait preuve

d'un zèle excessif qui aurait pu

avoir des conséquences

beaucoup plus graves.

Nous souhaitons, dans l'avenir,

d'abord que cet épisode

vous serve de leçon,

et ensuite, que vous respectiez

les décisions

de vos supérieurs hiérarchiques.

En l'occurrence,

les réanimateurs,

quand vous êtes seul de garde.

Nous avons décidé

de ne pas vous sanctionner.

Mais cette absence de sanction

ne doit pas pour autant

effacer la gravité

de la faute commise.

Avez-vous quelque chose

à ajouter?


BENJAMIN fait signe que non.


DIRECTEUR

Très bien.

(S'adressant à ABDEL)

Docteur Rezzak...

Visiblement, vous n'aviez

aucune raison

d'être dans le service

ce soir-là,

puisque vous n'étiez pas

de garde.

Il est également apparu

que votre présence a été

déterminante

dans la décision

d'interrompre la réanimation.

Par conséquent,

et au vu de votre expérience

qui ne vous permet pas de

plaider l'erreur de jeunesse,

nous sommes contraints

de déclarer cette faute

à votre faculté de rattachement

et d'en référer

au doyen de l'université.

La réunion est close.


BENJAMIN

(S'adressant à son père)

Et toi, tu dis rien?


PROFESSEUR BAROIS

Ne recommence pas,

Benjamin, s'il te plaît.


BENJAMIN

Pour moi, elle est pas close,

votre réunion!


ABDEL

Arrête, Benjamin, ça sert

à rien ce que tu fais là.


TOUS quittent sauf BENJAMIN et ABDEL.


BENJAMIN

C'est dégueulasse

On peut pas laisser passer ça.

Faut te défendre.


ABDEL

Tu as pas entendu

ce qu'ils on dit?


BENJAMIN

On s'en fout de ce qu'ils

disent. Tu changes d'hosto.

Tu passes ton équivalence

et tu trouveras un poste

ailleurs. Qu'est-ce qu'on en a à foutre.


ABDEL

Je trouverai pas de poste.

Même avec l'équivalence.

Ça y est, c'est fini.

C'est marqué dans mon dossier

à la fac maintenant.

(Ayant les larmes aux yeux)

Ça y est, c'est fini pour moi.

Terminé.


BENJAMIN soupire.


BENJAMIN

C'est moi qui devrais être

sanctionné.

C'est à cause de moi, tout ça.

Je suis nul, je suis une merde,


ABDEL

Arrête, Benjamin,

s'il te plaît.


BENJAMIN

Non, tu comprends rien.


ABDEL

Tu as fait ce qu'il fallait.


BENJAMIN

Je l'ai pas fait l'ECG.

Ils m'ont couvert.

Ils m'ont dit de dire

que je l'avais fait.

Tsunami, je l'ai tué.

Je t'ai menti

et je t'ai foutu dans la merde.

C'est de ma faute, tout ça.


ABDEL signifie oui de la tête. Puis il quitte avec émotion.


Ensuite, ABDEL fume une cigarette avec DOCTEURE DENORMANDY. Ils se sourient.


BENJAMIN boit un bière dans un bar. Il semble saoul. Puis il tient un papier entre ses mains et se rend dans un bloc appartement. Il sonne. MME LEMOINE répond.


BENJAMIN

Bonsoir.


MME LEMOINE

Il est tard.

Qu'est-ce qui se passe?


BENJAMIN entre chez elle.


Ensuite, BENJAMIN se rend à l'hôpital saoul et saccage tout sur son passage.


BENJAMIN

(Cognant aux portes des chambres)

Debout!

Debout là-dedans!

On se réveille!

Y a quelqu'un?

Tout le monde dort?

Alors, combien de morts

cette nuit?


INFIRMIÈRE

Qu'est-ce qui se passe,

Benjamin?


BENJAMIN

(Très fort)

Ça marche cette fois, ce EDG?


INFIRMIER GUY

Chut! Du calme, mon vieux.


BENJAMIN

Pardon.


INFIRMIER GUY

Calme-toi.


INFIRMIÈRE

T'as pris quelque chose,

Benjamin?


BENJAMIN

(S'adressant à un patient)

Ah, t'es pas encore crevé?


INFIRMIER GUY

Chut.


BENJAMIN

Je serais à votre place,

je resterais pas ici.

C'est pas très sûr

comme endroit.


INFIRMIÈRE

(Rassurant le patient)

Il est pas

dans son état normal.


BENJAMIN

Tu sais qui c'est, le chef?


INFIRMIER GUY

Chut!


BENJAMIN

Le professeur Barrois,

une merde humaine!

Je suis bien placé

pour le savoir,

parce que c'est mon père.

(S'adressant à l'INFIRMIER GUY)

Lâche-moi!


INFIRMIER GUY

(Rassurant une patiente)

Excusez-moi, madame.


BENJAMIN parle seul dans un autre corridor.


BENJAMIN

T'es là, Riou?

T'es dans ton bureau, là?

Sors de ton bureau,

viens me parler.

Allez!

Ouvrez, c'est Benjamin,

le fils Barrois.


INFIRMIÈRE

Vous êtes malade

de crier comme ça.


BENJAMIN

Je suis pas malade,

je suis docteur.

Je veux parler au directeur.


INFIRMIÈRE

Il est parti.

Faut revenir demain.


BENJAMIN

​[Cognant sur la porte]

Ouvrez,

faut qu'on parle d'Abdel.

Votre sanction,

elle est dégueulasse!

Je veux juste qu'on en parle,

c'est pas compliqué, bordel!


L'INFIRMIER GUY le rejoint


INFIRMIER GUY

Hé, Benjamin?

Benjamin, tu te calmes,

s'il te plaît.

Benjamin?


BENJAMIN se sauve en courant.


INFIRMIER GUY

Benjamin!

Hé!

T'arrêtes tes conneries

maintenant.


BENJAMIN court dans les escaliers. Un homme de la sécurité et GUY lui courent après. BENJAMIN sort à l'extérieur, saute une clôture et envoie promener ceux qui le poursuivent de l'autre côté des grilles de l'hôpital.


BENJAMIN

C'est qui, le patron?

Allez, bougez!

Venez me chercher maintenant!

Hé, les gars,

vous savez pas sauter.


Une voiture frappe BENJAMIN à vive allure.


À la cafétéria de l'hôpital, des conversations diverses s'entremêlent.


INFIRMIER GUY

Je te dis,

on lui courait après.


INFIRMIÈRE

Il a eu un accident

de voiture.


INFIRMIÈRE 2

Je peux rien dire de plus,

je sais rien de plus.


INFIRMIÈRE 3

C'est pas la question.

C'est qu'on a mal géré

le truc.


L'INTERNE STÉPHANE le rejoint.


ABDEL

Ça va?


INTERNE STÉPHANE

Oui.

Il s'est réveillé ce matin.

Le pronostic est

toujours réservé.

(S'adressant à tous)

Ce que je disais à Abdel,

le pronostic est toujours

un peu réservé.

C'est encore douloureux

et c'est fragile.

Et moi, je supporte pas

de l'avoir...

de l'avoir dans le service.

C'est un cauchemar.


ABDEL

Non, mais, il va s'en sortir

de toute façon.

Il va tenir le coup.

Il est costaud, Benjamin.


INTERNE STÉPHANE

On est jamais sûr.


UN INTERNE

Et tu sais pourquoi

ils nous ont tous réunis là?


UNE INFIRMIÈRE

Il fallait bien

qu'ils disent un truc.

Il s'est jeté sous les roues

d'une voiture.


INTERNE STÉPHANE

C'est un accident.


INFIRMIER GUY

J'étais là, moi.

Il s'est fait renverser

par une bagnole.


INFIRMIÈRE

C'est même pas pour ça

qu'ils nous réunissent,

parce qu'il paraît qu'il y a une

plainte qui a été reçue ce matin

contre le service.


UNE AUTRE INFIRMIÈRE

Quoi?


INFIRMIÈRE

Oui, c'est la femme de Lemoine

qui attaque pour faute médicale.

Si ça se trouve,

ça n'a rien à voir avec...


INFIRMIER GUY

Pourquoi on est là exactement?


Le PROFESSEUR BAROIS et la DOCTEURE DENORMANDY entrent suivis des d'autres administrateurs.


DIRECTEUR

Bonjour à tous.

Merci d'avoir répondu présent

et nombreux.

Alors, comme vous le savez,

un malheureux accident

a frappé l'hôpital.

Je voulais vous faire part

de mon soutien.

Et je sais très bien que

c'est difficile de travailler

avec un collègue hospitalisé.

Sachez que je suis à vos côtés.


PROFESSEUR BAROIS

Je tenais aussi

à vous remercier

pour toutes vos manifestations

de soutien.

Benjamin a été opéré,

il s'est réveillé.

Je suis certain

que ça va s'arranger.

Je vais retourner travailler.

Je suis sur le pont

et je vous remercie d'être là.


DIRECTEUR

Vous pouvez retourner

à vos postes.

On vous informera dès qu'il

y aura du nouveau évidemment.


UN INTERNE

C'est tout ce que vous avez

à nous dire?


INFIRMIÈRE

Monsieur le directeur?

Et pour cette histoire de

plainte, vous êtes au courant?


PROFESSEUR BAROIS

Ça ne vous concerne pas.


UN INTERNE

Si, ça nous concerne.


PROFESSEUR BAROIS

S'il vous plaît,

s'il vous plaît.

La vérité est

que nous avons couvert

une erreur d'appréciation

de Benjamin,

et que ça a fini par se savoir.

Le patient Michel Lemoine

avait des douleurs abdominales

inexpliquées,

et Benjamin n'a pas fait d'ECG,

ce qui n'a pas permis de déceler

le problème cardiaque du patient

qui est mort dans la nuit.


INFIRMIÈRE

Bien, vous savez

pourquoi il l'a pas fait, l'ECG.

Parce que la machine,

elle déconne depuis des mois.


UNE AUTRE INFIRMIÈRE

C'est vrai. On n'a pas

le matériel dont on a besoin.

Du coup, on travaille mal.

C'est les patients qui morflent.


INFIRMIÈRE

Ça fait des mois

qu'on vous l'a signalé.


DIRECTEUR

Je suis pas au courant.


TOUS protestent.


DIRECTEUR

Faites-moi des notes

sur le matériel.

Je verrai ce que je peux faire.


INFIRMIÈRE

On n'a que ça à faire.

Ça fait des mois et des mois

qu'on vous le dit.


UNE INFIRMIÈRE

Vous arrêtez pas de réduire

les budgets! Mais sans cesse!


UN INTERNE

On arrête pas de fermer

des lits, par exemple.


DIRECTEUR

Mais calmez-vous,

j'y suis pour rien.

On m'a clairement donné

un objectif de rentabilité.

Sans un peu de rigueur-


TOUS protestent vivement.


INFIRMIÈRE

Des économies?


DIRECTEUR

Non, madame, je ne fais pas

d'économies sur vous

ou sur les machines

ou sur les malades.


INFIRMIÈRE

Vous faites des économies

sur les infirmières!

Écoutez-moi. Je suis toute seule

pour 15 malades maintenant.

Avec en plus,

les étudiants à gérer.

Je bosse n'importe comment,

c'est pas possible.


DIRECTEUR

C'est pas comme ça que ça

se passe. J'ai une enveloppe--


TOUS

C'est exactement comme ça

que ça se passe!


DIRECTEUR

J'ai une enveloppe

et cette enveloppe,

je la répartis au mieux.

Alors vous pouvez dire

que je suis incompétent,

mais ne me dites pas

que je sacrifie des malades

ou vous-mêmes.


INTERNE STÉPHANE

Vous êtes où, vous?

La vérité, c'est que les FFI

galèrent et que nous, on flippe.

On a trop de responsabilités.

Moi, ça fait 6 mois que j'ai

peur de faire une connerie.


DIRECTEUR

Ah, n'exagérez pas.


UNE INTERNE

Justement, vous n'avez pas

prise, OK, sur les budgets,

mais vous avez prise

sur la sanction d'Abdel!


DIRECTEUR

La sanction d'Abdel a été

prise en réunion,

avec plusieurs personnes,

on ne va pas revenir

sur cette sanction.

Si vous voulez,

on parle du matériel

ou des conditions de travail,

je veux bien,

mais pas de la sanction d'Abdel.


TOUS protestent.


DIRECTEUR

Non! Non!


INFIRMIÈRE

Elle est injuste!


DIRECTEUR

Je suis prêt à entendre

vos revendications--


UN INTERNE FFI

C'est vous

qui devez défendre Abdel.

C'est vous,

le directeur de l'hôpital.

Vous devez nous défendre!

Et vous, vous nous sanctionnez!

Vous nous accusez!

Nous, on est des médecins

de carrière

et on est ici

avec le salaire de misère,

monsieur le directeur!


UNE INTERNE

C'est pas normal!


UN INTERNE FFI

Et quand on fait quelque

chose, on nous sanctionne!


MÉDECIN RÉANIMATEUR

S'il vous plaît,

juste un instant.

Ne tombons pas dans la vindicte

personnelle, d'accord?

On a des revendications.

Mais depuis tout à l'heure,

on crie sur le directeur

comme si c'était

je sais pas quoi-


UNE INTERNE

Tu veux qu'on crie sur qui?


MÉDECIN RÉANIMATEUR

Soyons plus intelligents

que ça.


ABDEL

Toi, commence pas à venir

parler d'intelligence,

s'il te plaît, d'accord?


ABDEL parle en arabe quelques instants.


ABDEL

Tu fermes ta gueule.

Ça veut dire mon frère, toi!


MÉDECIN RÉANIMATEUR

De quoi tu me parles?


ABDEL

Je te parle que t'es pas

le directeur.

Tu vas peut-être le devenir

un jour,

parce que t'es un bon petit

arriviste, tu vois.

Vive la France!

Des gens comme toi,

ils vont réussir.

Moi, ça y est,

c'est terminé pour moi.

Ma valise, elle est presque

terminée, tu vois.

Je vais dire au revoir,

c'est terminé.

Toi, je te connais.

Toi, à la réunion, t'étais là.


INFIRMIÈRE

Arrêtez un peu, tous les deux!


ABDEL

T'es venu à la réunion...


INFIRMIÈRE

Vous vous tapez

sur la gueule--


ABDEL

On se tape pas sur la gueule.

Moi, je tape sur personne.

C'est fini pour moi, tout ça.


MÉDECIN RÉANIMATEUR

Attendez! Un instant!

Un instant!

Monsieur le directeur,

vous étiez là, à la réunion.

C'est moi qui ai décidé de

la sanction d'Abdel? Répondez.


INFIRMIÈRE

Stop, stop, stop. Arrêtez

de vous taper un sur l'autre.

C'est pas possible.

Le problème-


MÉDECIN RÉANIMATEUR

La pacificatrice, là...


INFIRMIÈRE

C'est le problème aussi

des internes.

C'est le problème

des infirmières.

Quand je fais tourner un service

avec cinq infirmières,

quand je devrais en avoir dix,

qu'est-ce que tu veux

que je fasse, moi?!


ABDEL

Arrête, c'est pas

par rapport à toi.


INFIRMIÈRE

Il a une sanction.


UNE INTERNE

C'est ça, le problème.


ABDEL

Moi, je me suis énervé.

Tu sais ce qui s'est passé

à la réunion?


MÉDECIN RÉANIMATEUR

Levons la sanction d'Abdel.


TOUS réagissent et parlent en même temps. Le DIRECTEUR quitte. Le PROFESSEUR BAROIS reste quelques instants hagard, puis il quitte.


UNE INTERNE

Si vous êtes d'accord,

on ne remplit plus

les feuilles de soins.

Comme ça, l'hôpital

ne touche plus d'argent.

Et nous, on continue

de soigner les malades.

Comme ça, vous allez peut-être

pouvoir comprendre enfin!


TOUS applaudissent.


BENJAMIN est dans sa chambre d'hôpital en compagnie d'une infirmière.


INFIRMIÈRE FLAVIE

Ça va?


BENJAMIN

(Souriant)

Hum.


INFIRMIÈRE FLAVIE

Ça va mieux, la jambe?


BENJAMIN

Oui.

Comment tu t'appelles déjà?


INFIRMIÈRE FLAVIE

Flavie.


BENJAMIN

Flavie?


INFIRMIÈRE FLAVIE

Hum, hum.


BENJAMIN

C'est joli, j'aime bien.


INFIRMIÈRE FLAVIE

Merci.


BENJAMIN

Je m'étais toujours dit

que si j'avais une fille,

je l'appellerais Flavie.


INFIRMIÈRE FLAVIE

Ah oui?


BENJAMIN

Oui. Sauf si j'ai une fille

avec toi.


INFIRMIÈRE FLAVIE

On pourra pas l'appeler

pareil.


BENJAMIN

Oui. À part Michael Jackson.

Son fils s'appelle

Michael Jackson aussi.


INFIRMIÈRE FLAVIE

Oui, mais c'est pas

très original, hein.

T'es chanteur?


BENJAMIN

Non, je suis pas chanteur--

Wô, Abdel.


ABDEL entre tandis que l'INFIRMIÈRE FLAVIE sort.


BENJAMIN

À plus tard, Flavie.


INFIRMIÈRE FLAVIE

À plus tard.


ABDEL

Ça va avec l'infirmière?


BENJAMIN

Oui.


ABDEL

Ça a l'air d'aller bien.


BENJAMIN

Oui. Ha!


ABDEL

Elle est compétente?


BENJAMIN

Elle est très, très compétente.


Ils rient.


ABDEL

Bon, ça va?

T'as pas trop mal?


BENJAMIN

Non, là, ça va encore.

Je te jure, ils prennent pas

en compte la douleur

dans ce service.

Hier, j'étais au moins à 9.


ABDEL

Ah oui?


BENJAMIN

Tu veux pas leur prêter

ta règle antidouleur?


ABDEL

(Montrant une note «en grève» sur son sarrau)

T'as vu?


BENJAMIN

T'es en grève?


ABDEL

Tous les internes

ont pris ma défense.


BENJAMIN

Ça veut dire

que tu vas rester?


ABDEL fait signe que oui.


ABDEL

T'as bien foutu la merde,

mon pote, hein.


BENJAMIN

Ha! Ha!

On fait comme on peut.


La pompe de BENJAMIN sonne.


ABDEL

(Parlant de l'INFIRMIÈRE)

Tu veux que j'aille

la chercher?


BENJAMIN

Oui, va la chercher.


ABDEL

Je lui dis quoi?


BENJAMIN

Tu lui dis que j'ai

très, très mal au genou.

Au genou droit.


ABDEL

D'accord.


BENJAMIN

Le genou gauche va pas

très bien non plus.


ABDEL

D'accord.


BENJAMIN

Ha! Ha! Ha!

Ça va pas, quoi.


BENJAMIN est maintenant dans la buanderie d'un l'hôpital et récupère une blouse à sa taille.


EMPLOYÉE DE LA BUANDERIE

Et voilà, taille 2.


BENJAMIN

Merci.


EMPLOYÉE DE LA BUANDERIE

C'est bon?


BENJAMIN

C'est nickel.

Merci, au revoir.


EMPLOYÉE DE LA BUANDERIE

Bonne journée.


BENJAMIN marche maintenant dans le corridor avec une collègue.


COLLÈGUE

T'étais où, toi, avant?


BENJAMIN

J'étais en médecine interne

à Raymond-Poincaré.


COLLÈGUE

Ça va te changer, ici,

c'est de neurologie,

mais tu verras,

le service est super sympa.

Bon, on a une ponction lombaire

à faire.


BENJAMIN

Oui.


COLLÈGUE

Ça va? T'en as déjà fait?


BENJAMIN

Oui, pas de problème.


COLLÈGUE

Super. Écoute, je te rejoins.

C'est au fond du couloir

à droite, chambre 128.

J'arrive.


BENJAMIN

OK, à tout de suite.


COLLÈGUE

À tout de suite.


BENJAMIN regarde sa collègue et sourit. Sa COLLÈGUE aperçoit les taches à l'endos de son sarrau et sourit.


Générique de fermeture

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