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Two Friends

Aspiring actor Clément is in love with Mona, who sells sandwiches at a Paris train station. But Mona´s secret past keeps other people at bay. Clément recruits his best friend, Abel, to help him impress her. Together, they go on a quest to win Mona over.



Réalisateur: Louis Garrel
Acteurs: Farahani Golshifteh, Vincent Macaigne, Louis Garrel
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


Dédicace : pour Oumy


Dans une salle de douches, des femmes se lavent. Mona se lave en silence.


Une porte s'ouvre.


FEMME

(Voix au loin)

Douches terminées,

vous sortez!


Les femmes sortent de la salle de douche, l'une derrière l'autre. Dans les couloirs de la prison, les femmes regagnent leur cellule.


GARDIEN DE PRISON

(Dans l'interphone)

Quelqu'un demandé

aux détentions.


MONA entre dans sa cellule. MONA appuie sur le bouton de l'interphone.



GARDIEN DE PRISON

(Dans l'interphone)

Oui. Qu'est-ce

qu'il y a?


MONA

Pour sortir.


GARDIEN DE PRISON

(Dans l'interphone)

Je vous envoie

une surveillante.


Dans le couloir, près de la porte de la cellule de MONA, une surveillante accompagne MONA et une autre détenue qui tiennent leur plateau déjeuner.


SURVEILLANTE

On y va.


MONA signe des documents à un comptoir de la prison.


GARDIEN DE PRISON

Ça va?


MONA

Ouais.


DÉTENUE

Au revoir, major.


GARDIEN DE PRISON

Bonne journée, mesdames.

À ce soir.


MONA et l'autre détenue courent ensemble dans une allée bordée d'arbres.


MONA et la DÉTENUE sont assises dans un autobus.


MONA se maquille et se fait les ongles pendant le trajet.


MONA est assise seule dans un train.


VOISINE DE SIÈGE

Elle était là?

Donc, elle a arrêté le feu?


MONA marche dans une gare.


ANNONCEUSE DES TRAINS

(Dans l'interphone)

À tous les voyageurs,

descente de voiture.

Assurez-vous de n'avoir rien

oublié dans le train.


MONA court en regardant sa montre en traversant plusieurs couloirs dans la gare.


UNE COLLÈGUE

Tu as cinq minutes de retard.


MONA

Je sais, je sais.


MONA entre par la porte des employés d'un café de la gare.


MONA passe derrière le comptoir devant lequel plusieurs clients attendent d'être servis.


MONA

(S'adressant aux clients)

Bonjour. Bonjour. C'est à qui?

Ça sera tout?


CLÉMENT se cache derrière un panneau d'information et appelle MONA.


CLÉMENT

Oh!


MONA regarde qui l'appelle et reconnaît CLÉMENT qui fait des pitreries derrière le panneau.


MONA retourne à son service en soupirant.


MONA

Ça vous fera 3,20 euros,

s'il vous plaît.

Merci beaucoup.

(Rendant le ticket de caisse au client)

Merci beaucoup.


CLÉMENT s'approche du comptoir.


CLÉMENT

(S'adressant à MONA)

Bonjour.


MONA

Ne viens plus ici. Va-t'en.

Je te l'ai déjà dit.


CLÉMENT

Non, mais si, là...


MONA

Il y a plus de si.

Il y a pas de si entre nous.


CLÉMENT

Si. Six pains au chocolat,

s'il vous plaît.


MONA

Va-t'en.

Va-t'en, je te dis.

Allez.


CLÉMENT, désemparé, recule en hésitant.


MONA

(S'adressant à un client)

Pardon, monsieur.


CLÉMENT finit par se retourner et s'éloigne tristement.


MONA le regarde partir avec tristesse.


CLÉMENT et MONA sont près d'une grille à la gare.


MONA rit un peu pendant que CLÉMENT la regarde amoureusement.


MONA se balance près de la grille et semble perdre pied.


CLÉMENT

Doucement, doucement!

Attention.


MONA

(S'accrochant au cou de CLÉMENT)

Oh!


CLÉMENT

Non.


MONA

Ah, oui.


CLÉMENT

Mais non. Pas tout

de suite en tout cas.


MONA

Ah...

Clément.


CLÉMENT

Quoi?



MONA a la tête appuyée sur les genoux de CLÉMENT.


MONA

(Comme si elle allait vomir)

Oh!

Oh...

Oh, je vais mourir.


CLÉMENT

(Relevant la tête de MONA)

Oh! Attends, attends, attends.

Ça va, là?


MONA

Oh, je vais mourir.


CLÉMENT

Ça va?


MONA

Je suis ridicule.


CLÉMENT

Non. Non, je te jure que non.


MONA

Ah.


CLÉMENT et MONA s'embrassent toujours sur un quai de la gare.


Plus tard, MONA vomit sur un quai.


CLÉMENT

Ho, ho! Vas-y.


MONA

Ah, putain!


CLÉMENT

Oh, attends.

Tu veux pas que je--


MONA

Je dois prendre le train.


CLÉMENT

Tu veux que je m'occupe

de toi un peu, là.


MONA

Ma mère m'attend.

Non, non.

Tu me donnes mon sac?


Une sonnerie annonce le départ imminent du train.


CLÉMENT

(Parlant au téléphone)

Bon, ensuite, on s'est vus

trois jours de suite.


CLÉMENT marche sur un trottoir surélevé.


CLÉMENT

On avait toujours très peu de

temps parce qu'elle a toujours

peur de rater son train.

Et puis on se voyait dans un

café parce qu'elle voulait pas

que les gens de son travail

me voient avec elle.

Mais, putain, je te jure, Abel,

j'étais reparti. Je te jure.

Non, mais, je te jure.

Comme avant, hein.


ABEL

(Parlant au téléphone, chez lui)

Attends. Il y a un truc

que j'arrive pas à comprendre.

La dernière fois que vous vous

êtes vus, c'était quand?


CLÉMENT

(Voix au téléphone)

Ben... C'était hier,

au café près de la gare.


MONA marche en direction de CLÉMENT.


CLÉMENT

Ça va?


CLÉMENT veut embrasser MONA mais elle lui tend la main.


MONA

Viens. Viens, viens.


Dans un café, CLÉMENT et MONA sont assis à une table. Un objet est recouvert de tissus sur la table.


MONA soulève le tissus.


MONA

Oh! Mais c'est un oiseau.

Moi, je peux pas m'occuper

d'un oiseau.

Puis j'en veux pas, moi.


CLÉMENT

Eh bien, tu le trouves

pas beau, là? C'est ça?


MONA

Si, si, si. Il est beau.

Très beau.


CLÉMENT

Bien, c'est le principal, non?


MONA

Écoute.


CLÉMENT

Oui.


MONA

Il faut qu'on arrête

de se voir.


CLÉMENT

Mais... pourquoi?

Quand?


MONA

Eh bien, je peux pas

être avec quelqu'un.

Tu vois?

Pour l'instant, je peux pas.


CLÉMENT

Non, non, non. Écoute.

Je vais attendre. Tu sais.


MONA

Ça sert à rien.


CLÉMENT

Non mais--


MONA

Ça sert à rien.


CLÉMENT

Tu sais, euh...


MONA

Écoute-moi. Moi, je veux plus

que tu viennes.

Tu comprends? D'accord?

C'est pas toi, hein. Je sais

que tu es un garçon bien.

Tu es pas quelqu'un de méchant.


CLÉMENT

Mais qu'est-ce

qui se passe, là?

Non, mais... attends.

C'est ta famille? C'est ça?

Non, mais, tu sais, ils

peuvent se passer de toi

de temps en temps. Vraiment.


MONA

Oublie-moi.

Oublie-moi. Oublie pas.


CLÉMENT

Non, mais, attends, attends.


MONA se lève.


CLÉMENT

Assieds-toi. Attends. Et

l'oiseau au moins?

Prend l'oiseau.


MONA

Je suis allergique

aux moineaux.


CLÉMENT

Attends. C'est pas un moineau.


CLÉMENT tente de retenir MONA en lui tenant le bras.


MONA

Lâche! Ne fais pas ça.


CLÉMENT

Chut!


MONA

Ne fais pas ça.


MONA s'en va et CLÉMENT ne peut pas la retenir.


Pendant qu'on assiste au départ de MONA, CLÉMENT s'entretient au téléphone avec ABEL.


CLÉMENT

(Parlant au téléphone)

Tout à l'heure, ce matin,

elle a même pas voulu

me parler. Tu te rends compte?

Mais qu'est-ce que je fais?

J'y retourne ou j'y retourne pas?


CLÉMENT est assis près de la grille d'une passerelle.


CLÉMENT

(Au téléphone avec ABEL)

Mais j'arrive pas, j'arrive pas.

J'arrive plus à penser, là.

Putain.


ABEL

(Au téléphone, chez lui.)

Tu as qu'à aller t'acheter

des journaux, là.

Va t'acheter plein de journaux

et lis-les en entier.

D'accord?

Bon, tu as qu'à faire

les mots croisés.

Bon, bien, c'est pas grave.

Si tu sais pas faire

les mots croisés,

ça te fera passer le temps.

D'accord. Et moi, je te rejoins

dans une heure et demie.


CLÉMENT

(Parlant au téléphone)

Oh, non, mais attends.

Je travaille à 11h30.

Oui.


ABEL

(Parlant au téléphone)

D'accord. Et on se retrouve

tous les deux ce soir.

D'accord?

Ne t'inquiète pas.

Tout va bien. Tout va bien.

Allez. Je t'embrasse.

Je dois y aller là.

Je t'embrasse.

À tout à l'heure. Ciao. Ciao.

(Soupirant)

(S'adressant à deux filles)

Excusez-moi. Pardon.

Parce que je viens

d'avoir des nouvelles

d'un ami qui m'inquiète.

Ça vous dérange pas si je fume?


PROSTITUÉE 1

Non. Pas de problème.


ABEL

Ah, bon d'accord.


ABEL s'approche des deux filles dans son lit.


PROSTITUÉE 2

Tu veux une douche?

Ou tu es propre?


ABEL

Euh... Non. Ça va.

Je suis propre.


COLLETTE marche dans une rue animée.


COLLETTE

(Répondant au téléphone)

Allô?


ABEL

(Parlant au téléphone)

Oui, c'est moi.


COLLETTE

Parlant au téléphone]

Ça va?


ANEL est appuyé sur une colonne et observe COLETTE de loin.


ABEL

Tu es où?


COLLETTE

(Marche avec des copines en parlant en mains libres.)

Je suis devant mon lycée

et toi, tu fais quoi?


ABEL

Tu es devant ton lycée?


COLLETTE

Oui.


ABEL

Ah, c'est marrant.

J'y suis aussi.

Mais non. Tu es pas sérieux?


ABEL

Tu peux venir ou pas?


COLLETTE

Non.


ABEL

Tu peux pas venir?


COLLETTE

Non, non.

(Faisant des signes à ABEL)

Tu te casses.

Casse-toi. Casse-toi.


ABEL

Ils ont l'air sympa,

tes potes, là.


COLLETTE court vers ABEL dans une rue voisine et se précipite dans ses bras.


COLLETTE

Mon amour!

(Embrassant ABEL)

Hum.


ABEL

Tu pues la clope.

Hum... pourquoi

je t'ai pas vue

avec ta clope?


COLLETTE

Hum...


ABEL

Hein?

Ça me fait plaisir

quand tu fumes?

Tu crois ou pas?


COLLETTE

Je m'en fous.

Pourquoi je peux

pas voir tes copains?

Hein?

Pourquoi je peux pas les voir?

Parce que je leur ai dit que

je sortais avec un vieux.


ABEL

Et alors?


COLLETTE

Tu vas les trouver nuls.


ABEL

Mais non.


À la gare, CLÉMENT porte une casquette de contrôleur de trains et attend près d'un kiosque d'accueil sur un quai.


Au loin, un réalisateur donne des indications pour un tournage.


ÉQUIPE DE TOURNAGE

(Voix au loin)

OK. On va la tourner.

On fait bien le silence.

Quand tu veux, Laurent.

OK. Moteurs! Go!

Cadré.

Mutura, première. Action!


Un ACTEUR avance avec des figurants le long d'un train en gare. Toute l'équipe de tournage le suit.


CLÉMENT

(Contrôlant les billets des figurants et de RACHID.)


CLÉMENT

Merci. Bonjour.

Merci.

Merci.

Bonjour. Merci.

Merci. Merci.


UN FIGURANT

Merci, monsieur.


CLÉMENT

(Interpellant RACHID à la valise)

Bonjour, monsieur.

Bonjour. Votre

billet, s'il vous plaît.

S'il vous plaît, votre billet.


METTEUR EN SCÈNE

Coupez! Que fais-tu, Rachid, là?

Pourquoi tu avances pas?


RACHID

Il me laisse pas passer

parce que j'ai pas mon billet.


METTEUR EN SCÈNE

Mais pourquoi

tu le laisses pas passer?


CLÉMENT

Il a pas montré son billet.

Donc, je le laisse pas passer.


RACHID

Il me laisse pas passer

parce que j'ai pas mon billet?


RÉGISSEUR DE PLATEAU

On se remet en place,

s'il vous plaît.


RACHID

Putain!

On voit rien.

La caméra est derrière moi.


METTEUR EN SCÈNE

Comment ça? C'est pas toi

qui vois, c'est moi.

Comment tu t'appelles?


CLÉMENT

Clément.


METTEUR EN SCÈNE

Clément. C'est très bien.

C'est bien. C'est très bien

ce que tu fais. Je sais.


METTEUR EN SCÈNE

(Retournant vers RACHID)

Rachid, écoute-moi.

On voit pas. La caméra

est derrière moi. Arrête.

On voit tout. C'est moi

qui regarde. Mais on s'en fout.


Plus tard, près de la cantine de plateau, CLÉMENT tente de s'expliquer à RACHID.


CLÉMENT

Non, mais en fait, c'est juste

parce que je me suis dit

si tu décales le billet, en fait,

ça décale tout le film, je pense.

Mais il va être super,

hein, le film.

Oui. Vraiment.


METTEUR EN SCÈNE

On reprend les places

de départ. Allez,

on se dépêche, s'il vous plaît.


CLÉMENT fait comme s'il cadrait avec ses mains.


CLÉMENT

(À un passant)

Monsieur.


COLLETTE est assise sur les genoux d'ABEL avec ses copines du lycée.


COPINE 1

Dans...

On fait un grand rectangle.


COPINE 2

En fait, elle vient de le dire.


ABEL

Attends, je recommence.

Rebecca, elle sort avec Pierre.


LES COPINES

(Parlant ensemble)

Mais non.

Non.

Mais non.


COPINE 3

Mais elle sort avec Manu.


ABEL

Mais je comprends rien.


LES COPINES

Hou! Hou! Hou!

Attention! Attention!

Doppio!


ABEL

Doppio!


LES COPINES

(Parlant ensemble)

Mais ça existe pas!


ABEL

(Serrant COLLETTE contre lui)

Oh, j'adore tes copains,

ma petite.


MONA court sur un quai de gare et monte dans un train.


MONA se présente à la porte de la prison. Un GARDIEN ouvre la porte et laisse entrer MONA.


MONA

Bonsoir.


GARDIEN DE PRISON

Bonsoir.


MONA passe près d'un vieux GARDIEN qui tient un petit appareil à la main.


VIEUX GARDIEN

On va faire le test.


MONA

Mais allez.


VIEUX GARDIEN

Non. Il y a pas "d'allez".

C'est soit ça ou vous retournez

en détention de l'autre côté.


MONA

Je vous assure.

Ça arrivera pas.


VIEUX GARDIEN

Non, Il y a pas à discuter.


MONA

Bon, OK.


VIEUX GARDIEN

Allez-y.


Le VIEUX GARDIEN tient l'appareil pendant que MONA souffle dans un bec.


VIEUX GARDIEN

Merci. C'est bon.


Un timbre sonore indique que l'analyse est complétée.


VIEUX GARDIEN

Zéro. C'est bien.


MONA

Bien, voilà.


VIEUX GARDIEN

Vous pouvez retourner.

Bonne soirée.


Dans une cabine de contrôle de stationnement intérieur, ABEL écrit dans un calepin.


ABEL

Allez. Bon, j'arrive.


ABEL sort de sa cabine et va vers une voiture devant l'entrée du stationnement.


ABEL

Bonsoir.

Je vous mets un sans-plomb?


LE CLIENT

Sans plomb et 98, oui.

Savez-vous où je peux trouver

une épicerie?


ABEL

Euh... Oui. Il y en a une

à gauche, là. En tournant.


LE CLIENT

Merci.

(S'adressant à une dame dans la voiture)

Je reviens dans deux minutes.

J'arrive tout de suite.


ABEL remet le pistolet à pompe dans son socle après avoir fait le plein de la voiture.


ABEL

Mademoiselle, ça vous embête

si je vous lis quelque chose?


LA DAME

Euh... Et pourquoi?


ABEL

Non, c'est parce que c'est

un truc que j'ai écrit et..

En fait pour euh...

Si je le lis à quelqu'un,

ça me permet d'avoir de

la distance, quoi.


LA DAME

C'est long?


ABEL

Non, non, non.

C'est rien. C'est un début.


LA DAME

Pourquoi pas? Allez-y.


ABEL feuillette le carnet de sa poche et lit.


ABEL

"Si on pouvait tout

recommencer depuis le début,

"mais on ne peut pas.

"Chaque seconde se

grave lourdement dans

la frise de notre existence.

"On a souvent pensé

qu'on vivait un brouillon,

"qu'on pourrait plus tard

tout effacer et récrire mieux,

"plus grand, plus fort.

"Mais non. On n'a droit

qu'à une seule fois.

"Ça s'écrit au propre

directement.

"C'est ce qui est terrorisant,

mais c'est aussi ce qui fait

la grandeur de nos vies."


LE CLIENT

(De retour à sa voiture)

Là. Veuillez garder

la monnaie. Merci.


Le client remonte dans sa voiture et démarre.


ABEL

(Criant en direction de la voiture)

Mais ça vous a plu, sinon?


La DAME fait un signe de la main.


ABEL est dans la rue sous le balcon de CLÉMENT.


ABEL

Clément?

Clément!


CLÉMENT observe l'oiseau dans sa cage, dans son appartement. La musique joue très fort.


La sonnerie de la porte retentit. ABEL appuie frénétiquement sur le bouton de la porte à l'entrée de l'édifice.


CLÉMENT n'entends pas la sonnerie de la porte et reste devant la cage, le regard hagard.


ABEL en colère marche d'un pas décidé dans la rue.


ABEL

Tu réponds pas. Je vais faire

sonner l'alarme de ta

voiture. Que veux-tu?


ABEL frappe sur la voiture de CLÉMENT.


ABEL

(Hurlant dans la rue)

Clément!


ABEL trouve un gros tuyau et frappe la voiture de CLÉMENT pour déclencher l'alarme.


CLÉMENT va à la fenêtre.


CLÉMENT

Merde! Putain! Non, non! Oh!

Merde! Merde! Merde!

Merde!

Non, non!


CLÉMENT sort dans la rue. ABEL est couché par terre, tenu en joue par deux policiers.


ABEL

C'est la voiture de mon ami.


POLICIER 1

La ferme!


ABEL

C'est la voiture d'un ami.


POLICIER 1

Tes bras dans le dos!


ABEL

Je vous jure

que c'est la voiture d'un ami.


CLÉMENT accourt vers sa voiture et se fait arrêter par le second POLICIER.


POLICIER 2

Bouge pas!


CLÉMENT

C'est ma voiture,

c'est ma bagnole.


POLICIER 1 relève ABEL en position debout, en le tenant par ses bras menottés dans le dos.


ABEL

Aïe, aïe, aïe!


POLICIER 1

Lève-toi.


Deux POLICIERS s'occupent de CLÉMENT.


CLÉMENT

Ne lui faites pas mal.


POLICIER 1

Lève-toi.


CLÉMENT

C'est ma voiture, monsieur.

Hé! C'est ma voiture.


POLICIER 2

Donne tes bras.


POLICIER 1

C'est bon?


ABEL

Je vous jure

que c'est sa voiture.


POLICIER 1

(Faisant monter ABEL dans la voiture)

Vas-y. Monte. Tête.


Les policiers discutent sur la banquette avant, tandis que ABEL et CLÉMENT sont assis, menottés, sur la banquette arrière de la voiture banalisée.


ABEL et CLÉMENT sont en détention.


ABEL

Tu étais avec cette fille

ou pas?


CLÉMENT

(À voix basse)

Non, mais écoute.

C'est pas un problème, là.


ABEL

Si c'est un problème.


CLÉMENT

Non.


ABEL

Je veux que tu arrêtes avec

cette fille. Je veux

que tu arrêtes.


CLÉMENT

Écoute. Rencontre-la.

Tu me dis ce que tu en penses.

Tu me dis ce que tu en penses.

Tu me dis si elle est bien,

si elle est pas bien,

si c'est moi qui suis fou.


ABEL

(Soupirant)

Bien, oui.

Si tu veux, je la rencontre,

mais te mets pas

dans des états comme ça, quoi.

Mais non, mais c'est moi

qui crois l'histoire

avant même de l'avoir vécue.

Je me dis: l'histoire

est déjà finie,

alors que j'ai

même pas vécu l'histoire.

Tu vois ce que je veux dire?


ABEL

Tu vas pas te mettre à pleurer

là, quand même.


CLÉMENT

On dirait que j'ai peur

que ça recommence.


ABEL

Mais non.


CLÉMENT

Toi, ça a recommencé?


ABEL

Non. Ça n'a pas recommencé.


CLÉMENT

Tu veux pas la rencontrer?

Tu me dis ce que tu en penses.

Hein?


La porte de la cellule s'ouvre. [POLICIER DU COMMISSARIAT

Vous voulez prévenir

quelqu'un, c'est ça?


ABEL

Oui, je veux bien, oui.


Le POLICIER DU COMMISSARIAT détache ABEL qui se lève et sort de la cellule.


ABEL

J'arrive.


Au comptoir, le POLICIER tend le téléphone à ABEL.


ABEL

Merci.

Allô? C'est Colette, là?


COLLETTE

(Voix au téléphone)

Oui?


ABEL

(Parlant au téléphone)

Oui, c'est moi.

Je me suis fait arrêter

par la police, là.

Pourquoi?

Rien. Des... Une connerie.


COLLETTE

(Voix au téléphone)

Tu veux que je vienne?

Mais non.

Je suis pas à Paris.

Je vais rester ici deux jours.


POLICIER DU COMMISSARIAT

Non, pas deux jours.

Quelques heures.


ABEL

Chut!


POLICIER DU COMMISSARIAT

C'est une vérification.


ABEL

Chut!


COLLETTE

(Voix au téléphone)

T'as besoin d'affaires

propres?


ABEL

Hein?


COLLETTE

(Voix au téléphone)

T'as besoin d'affaires

propres ou pas?


ABEL

Non, mais attends là.

De toute façon, c'est l'heure

de la ronde dans la cour.

Il faut que j'y aille, là.


ABEL est ramené dans la cellule. Le POLICIER prend soin de bien menotter ABEL à son siège.


POLICIER DU COMMISSARIAT

Soupirant

OK.


ABEL

Tu vas appeler qui, là, toi?


CLÉMENT

Oh, je sais pas, je sais pas.


ABEL

Tu veux bien me donner

ton coup de téléphone?


CLÉMENT

Oui, oui.

Mais comment je fais?

Je vais dire au mec

que tu veux plus téléphoner.


CLÉMENT

Oui.


ABEL

Et...

Et tu vas appeler Jeanne.

C'est important que tu...

Ça te dérange pas?


CLÉMENT

Bien non,

ça me dérange pas. Non.


ABEL

Tu lui dis... Euh...

Tu lui dis: "Je vous appelle

pour vous dire qu'Abel a été

arrêté par la police."


CLÉMENT

Oui.


ABEL

Simple.


CLÉMENT

D'accord.


ABEL

T'aurais pas des caisses?


CLÉMENT

Je la vouvoie?


ABEL

Oui. Tu la vouvoies. Il faut

pas qu'elle te reconnaisse.


CLÉMENT

OK. Aussi, tu lui

demandes si elle veut

me transmettre un message.


Le POLICIER du COMMISSARIAT donne le téléphone à CLÉMENT au comptoir.


CLÉMENT

Allô?


JEANNE

(Voix au téléphone)

Allô? Oui?


CLÉMENT

Oui. Allô?

C'est Jeanne, là?


JEANNE

(Voix au téléphone)

Oui.


CLÉMENT

Eh bien, alors, voilà. Je vous

appelle tout simplement pour

vous dire qu'Abel, euh...

... a été arrêté par la police.


JEANNE

(Voix au téléphone)

Qu'est-ce qui s'est passé?


CLÉMENT

Bien, je peux pas vous

en dire plus.


JEANNE

(Voix au téléphone)

C'est qui là?

C'est toi, Clément?


CLÉMENT

Écoutez. Si je peux passer

un message, euh...


JEANNE

(Voix au téléphone)

Non, non, non. Tu transmets

rien du tout. Je veux

juste qu'il arrête.


CLÉMENT

Arrête quoi?


JEANNE

(Voix au téléphone)

Qu'il arrête de me donner des

nouvelles. Je veux plus

entendre parler de lui.

Je ne veux plus entendre

sa voix. D'accord?


CLÉMENT

Oui. D'accord. Oui.


JEANNE

(Voix au téléphone)

C'est la personne

la plus égocentrique

et la plus méchante que

j'ai rencontrée dans ma vie.

Je ne veux plus de gens

méchants dans ma vie.

Je ne veux que des gens

bienveillants autour

de moi. D'accord?


CLÉMENT

Bien, d'accord, oui. Euh...


JEANNE

(Voix au téléphone)

Tu es son ami, Clément?


CLÉMENT

Bien, oui.


JEANNE

(Voix au téléphone)

Alors, si tu es son ami,

je voudrais que tu m'aides.

Parce que là, je t'assure que,

et puis ça devient juste, mais

extrêmement embarrassant.

Ça fait deux ans que je suis

avec quelqu'un. J'estime

que deux ans,

ça veut dire quelque

chose, non?


CLÉMENT

Deux ans?


JEANNE

(Voix au téléphone)

Oui. Bien, je comprends, là.

Oui.


JEANNE

(Voix au téléphone)

Il me fait pitié, Clément.

Je sais pas comment te

dire ça autrement.


CLÉMENT

Pitié?


JEANNE

(Voix au téléphone)

Il me fait pitié. Oui, pitié.

Je suis désolée de

te dire ça comme ça, mais

je t'assure, je plaisante pas.


CLÉMENT

Bon. Est-ce que je peux faire

quelque chose? Euh...


JEANNE

(Voix au téléphone)

Oh là, là! Non. Non.

Non? Tu ne fais rien du tout.


CLÉMENT

Sûre?


JEANNE

(Voix au téléphone)

Sûre. Sûre de sûre.

Tu ne fais rien du tout.

Moi, je déteste avoir pitié des

gens. Alors, je voudrais qu'il

me lâche. C'est clair?


CLÉMENT

Ah, oui, oui.

Je comprends. Oui.


JEANNE

(Voix au téléphone)

Voilà.

Alors, au revoir, Clément.


CLÉMENT

Au revoir.

(S'adressant au POLICIER DU COMMISSARIAT)

Merci.


CLÉMENT est de retour dans la cellule.


ABEL

C'est...


CLÉMENT

Oui. Hyper inquiète, hein.

Elle m'a demandé ce qui s'est

passé. Moi, évidemment,

j'ai rien dit.


ABEL

Non, non. Tu as raison.


ABEL

D'accord.

Elle t'a parlé du mec, là?


CLÉMENT

Non. Pourquoi?


ABEL

Je sais pas. J'ai l'impression

qu'elle va pas bien en

ce moment, là.

Tu vois, je le sens.

Merci, hein.


CLÉMENT

Attends. Et si on se couche

un peu, là?

Moi, je me mets par terre.

Ah, putain.


ABEL et CLÉMENT sont assis par terre et tente de trouver une position confortable pour dormir, malgré leurs liens.


CLÉMENT

Attention.


ABEL

C'est bon.


CLÉMENT

Attends, c'est bon, c'est bon.


Le POLICIER DU COMMISSARIAT jette un œil dans l'embrasure de la porte et voit les deux amis appuyés l'un sur l'autre.


CLÉMENT

Tiens, en ce moment,

quand je m'endors,

je me dis: L'amour existe.

Je suis bien.


ABEL

D'accord.


CLÉMENT

Hum.


ABEL

Il faudrait que tu voies

à ton syndic aussi de te

faire mettre un interphone.

Non, non, non. Digicode.


CLÉMENT

Tu crois que j'ai un syndic, là?


ABEL

Quoi?


CLÉMENT

Tu crois que j'ai un syndic?


ABEL

Bien, oui, t'as un syndic.


Le lendemain ABEL et CLÉMENT prennent un petit déjeuner dans un café. Ensuite, ABEL et CLÉMENT marchent ensemble dans la rue. Des cloches sonnent au loin.


CLÉMENT

Attends. Tu vois,

il y a des cloches, là.


ABEL

Ah, oui.


CLÉMENT

Peut-être un mariage, peut-être.


ABEL

Non. Ça, c'est quelqu'un

qui est mort.


CLÉMENT

Bien, comment tu

sais, toi, si c'est un

mariage ou un enterrement?


CLÉMENT et ABEL sont à la gare. CLÉMENT sort son téléphone et le montre à ABEL.


CLÉMENT

Tiens.


ABEL

(Tirant CLÉMENT par le bras)

Non, mais viens avec moi.

Tu me montres qui c'est.


CLÉMENT

Non, non, non.


ABEL

Mais, si. Viens.


CLÉMENT

Vas-y, toi.


ABEL

Mais non, viens.

Non, non, mais vas-y, toi.

Mais viens avec moi.


CLÉMENT

Non, mais je te jure.

Vas-y tout seul.


MONA sert des clients derrière son comptoir.


MONA

Ça sera 9,70, s'il vous plaît.


UNE SERVEUSE

(S'adressant à un client)

Alors, 4,90, s'il vous

plaît, madame. Merci.


MONA

Oui, oui. Bien sûr.


UNE SERVEUSE

Et 10. Voilà, merci.

Bonne journée.


MONA

Au revoir.


UNE SERVEUSE

Merci beaucoup.

(S'adressant à ABEL)

Monsieur, bonjour.


ABEL

Oui, bonjour, euh...

Elles sont à la rhubarbe,

les petites tartes, là?


UNE SERVEUSE

Les tartes, oui. Devant,

elles sont à la rhubarbe.


ABEL

Elles sont pas

très fraîches, si?


UNE SERVEUSE

Elles sont de ce matin.


ABEL

Ah, bon?


UNE SERVEUSE

Oui.


MONA

(S'adressant à un autre client)

Alors, ça sera tout, monsieur?


ABEL

Franchement, elles ont la

bonne mine, hein.


UNE SERVEUSE

Elles sont de ce matin.

Je vous assure.


ABEL

Elles sont pas

préparées ici en fait?


UNE SERVEUSE

Elles sont préparées

en bas dans un laboratoire.

Vous voulez que je vous laisse

réfléchir?


ABEL

Oui. Vous avez

qu'à servir monsieur, là.

Je voudrais savoir ce

que je mange en fait.


MONA

(S'adressant à un client)

4,90, svp.

Vous avez des serviettes

à côté si vous voulez.


UNE SERVEUSE

Voilà, madame.

Merci. Bonne journée.

Merci beaucoup.


UN CLIENT

Je voudrais

deux sandwichs, svp.


UNE SERVEUSE

1,20 euro, svp, madame.


MONA

Sandwich au jambon, on a

des sandwichs au thon... Jambon.


UNE SERVEUSE

Voilà. Merci.

Bonne journée. Au revoir.


MONA

Ça sera tout, monsieur?


UNE SERVEUSE

Vous êtes ensemble? D'accord.


ABEL

(Appelant MONA du bout du comptoir)

Psitt?


MONA

Il faut faire la queue,

monsieur.


ABEL fait signe d'approcher.


ABEL

C'est vous, Mona?


MONA

Oui, c'est moi.


ABEL

Vous aimez pas les oiseaux,

c'est ça?

Non, non, non.


MONA

Non, monsieur.


ABEL

Attendez.

Je voudrais juste savoir

pourquoi vous avez pas

accepté son cadeau.

Ça vous engageait à rien.


MONA

Monsieur, je sais pas

si vous avez remarqué,

là, mais je travaille.


ABEL

J'ai compris. Moi, je suis ici

comme une sorte d'ambassadeur.

OK? Donc, vous prenez

juste deux secondes pour

m'expliquer et je m'en vais.


MONA

Vous êtes sourd ou quoi?

Il y a des clients qui attendent.


ABEL

Non, là, il y a personne.

Votre collègue peut

s'en sortir toute seule.

Alors, c'est quoi le problème?

Vous êtes pas libre, c'est ça?


MONA

Mais vous êtes qui vous?


ABEL

Non, mais je viens

de vous poser une question.


MONA

Je suis très libre.

Mais pas pour lui.


ABEL

Très libre?

Ça veut dire quoi "très libre"?


MONA

Ça veut dire que ma vie est

très compliquée et j'ai de

la place pour personne.

Encore moins si on insiste.

C'est bon?


ABEL

(Se redressant)

Pff!


MONA

Vous avez fait

ce que vous aviez à faire?


ABEL

Franchement, je

comprends pas, hein.


MONA

Vous comprenez pas quoi?


ABEL

Je sais pas.

À l'entendre parler de vous,

je m'attendais à une fille spéciale.

Vous êtes assez commune en fait.


MONA

Voilà! Extraordinairement

commune, Ducon!

Connard!


ABEL rejoint CLÉMENT sur un quai.


CLÉMENT

T'en penses quoi?


ABEL

Il faut pas que tu attendes

sa permission. C'est tout.

D'accord.

Là, t'attends sa permission.

Il faut que tu sois là.


CLÉMENT

Elle veut pas

que je sois là, hein.


ABEL

Mais pas du tout.

Ça, c'est parce que tu lui as

donné la place, encore une

fois, de douter de toi.

Tu comprends? Là, elle

est complètement perdue. Elle

sait plus ce qu'elle veut, là.

Tu vois pas qu'elle

est complètement perdue?


CLÉMENT

Si, si, si. Si, si. Bien sûr.


ABEL

Bon alors,

si tu le vois, pourquoi

tu lui laisses le choix?


CLÉMENT

Euh... Je...

Je vais quand même pas

la prendre en otage?


ABEL

Non! Tu la prends

pas en otage. Tu la gardes

avec toi une soirée. C'est tout.

Tu lui demandes pas

l'autorisation.

Si tu savais le nombre de fois

où j'ai dû faire ça, moi.


CLÉMENT

Oui?


ABEL

Mais bien sûr!

Et alors?


CLÉMENT

Je veux dire, quand tu veux

pas qu'une porte se ferme,

qu'est-ce que tu fais?


ABEL

Bien, tu mets

le pied dans la porte.

C'est tout.

Tu la gardes avec toi ce soir

et à mon avis, demain matin,

elle te regardera tout à

fait autrement, hein.


CLÉMENT

Ah, oui?


ABEL

Mais bien sûr.

Mais toi, comment...

comment tu la trouves après ça?

Je veux dire, euh...


CLÉMENT

De quoi? Non, non, non. Je

t'avais dit: Pas d'avis

physique, enfin.


CLÉMENT

Tu trouves qu'elle vaut pas

le coup, c'est ça?


ABEL

Mais non, mais que veux-tu

que je te dises?

Oui, elle est belle.

Oui, elle est belle.

Elle a un très beau nez.

Elle a un front très large.

La beauté, ça complique tout.

Tu le sais bien, ça.


CLÉMENT

Abel, pas celle-là, hein.

Pas celle-là, Abel.


MONA marche vers son train.


ABEL et CLÉMENT surgisse pour barrer la route à MONA.


MONA

Laissez-moi passer.

Vous êtes lourds, là.


CLÉMENT

Écoute. Je veux que tu restes

avec moi à Paris ce soir. OK?


MONA

Je t'ai déjà expliqué.

C'est impossible pour

moi de pas rentrer.


CLÉMENT

Non, mais...


CLÉMENT tente d'embrasser MONA.


MONA

Non. Lâche-moi.

Non. Lâche-moi.


CLÉMENT

Excuse-moi. Excuse-moi.

Attends, s'il te plaît.

On va prendre le rendez-vous

à 16h, d'accord?


MONA

Lâche-moi, je te dis.

Lâche-moi!


ABEL

Mais bloque-la, bordel!

Putain! Mais bloque-la!


MONA s'éloigne en courant et CLÉMENT la poursuit sur le quai 19.


MONA monte dans le train. CLÉMENT et ABEL restent sur le quai.


CLÉMENT

Attends. Attends, attends.

(S'adressant à ABEL)

Tu vois, elle est vachement

récalcitrante, là.


MONA peine à reprendre son souffle.


ABEL

Fais ce que je te

dis. Rentre dans le wagon.


CLÉMENT

Elle est très récalcitrante.


ABEL

Rentre dans ce wagon.

Tu la sors de là.


CLÉMENT

Non, non. Attends, attends.


ABEL

Tu la sors de là.


CLÉMENT s'assoit à côté de MONA.


CLÉMENT

Est-ce qu'au moins, je peux

te raccompagner jusque

chez toi? Je sais pas.


MONA

Non.


CLÉMENT

Non, mais juste qu'on prenne

le temps de se dire au revoir.


MONA

Non, c'est non. Insiste pas.


CLÉMENT

Non, mais je suis triste là.


MONA

C'est pas mon problème.


CLÉMENT

Mais je suis vraiment

très triste.


MONA

Mais franchement,

je m'en fous.

(Observant ABEL par la fenêtre du train)

Je t'imaginais pas

avec ce genre de mec.


CLÉMENT

Il s'appelle Abel.


MONA

Il a pas l'air comme toi.


CLÉMENT

Non, il est très bien.

Simplement,

il veut que les choses...

Bien, il veut

que les choses, elles

soient efficaces. C'est tout.


MONA

Vas-y. Va le retrouver.

Vas-y. On ira prendre

un café un jour.


CLÉMENT

C'est vrai?


MONA

Oui, oui. Je te promets.


ABEL

(S'interposant violemment)

C'est pas compliqué

de sortir une fille dehors!

Putain!


CLÉMENT

Non! Non! Non! Non!


MONA

Hé! Qu'est-ce que tu fais?


CLÉMENT

Non, non. Je te jure!


ABEL saisit MONA et la tire vers l'extérieur du train.


MONA

Lâche-moi! Lâche-moi!

Lâche-moi, putain!


CLÉMENT

Non! Non! Non! Laisse

le train qu'on sorte!


MONA

Lâche-moi!


Les trois tombent en sortant sur le quai. Les portes du train se referment et MONA panique.


MONA

Mon train!

Mon train! Mon train!

Mon train!

(Hurlant)

Putain! Merde!

Putain de merde!

Putain, mon train!


CLÉMENT

(Tentant de calmer MONA)

C'est pas grave. Tu vas

prendre le suivant.

Calme-toi, calme-toi.


MONA

Je peux pas. Je vais

être en retard. Putain!


CLÉMENT

(Tentant de retenir MONA qui se débat)

Non. Attention. Doucement.


MONA

Vous m'avez

fait rater mon train.


ABEL

Calmez-vous. OK.

On se calme.

OK. On se calme.


MONA

(S'adressant à ABEL)

Je vais te tuer!

Je vais te tuer!

Oh, oh!

Connard! Enculé!


ABEL

On se calme. On se calme.


MONA

Je te tue. Je te tue.

OK, OK. Calme-toi.


ABEL

(S'éloignant)

Je fais ça pour vous aider.


MONA

Je vais te tuer.


ABEL

Vous vous démerdez

avec vos histoires. D'accord?


MONA

Nous aider? Nous aider

avec quoi? Mais putain,

je suis ta cousine?

On se connaît?


CLÉMENT

Abel, tu vas où?


ABEL

J'ai dit, j'ai du travail.


MONA

C'est toi qui vas

me ramener, là?


ABEL

Mais faites attention!

Vous allez vous faire

écraser par le train.


MONA

Putain! Putain, je suis...


CLÉMENT

Calme-toi. Moi, je vais rester

avec toi. D'accord?


MONA

Mais je fais quoi, alors?


CLÉMENT

Non, je reste.

MONA

(En crise de panique)

Mais je fais quoi, moi?

Je fais quoi?


ABEL

Vous vous calmez. Il y a tout

le monde qui nous regarde.

Oh! Alors, venez. On va

aller boire un verre--


MONA

Tu connais quelque

chose de ma vie?

Dans la merde dans

laquelle tu me mets?


ABEL

Bon, c'est quoi? Tu

veux qu'on te paye un taxi?


MONA

Mais je m'en fous

de votre fric de merde!

(Hurlant)

Je m'en fous

de ton fric de merde!


CLÉMENT

Attends. Attends.

Calme-toi.


MONA

T'as pas trouvé

mieux comme copain?

(Hurlant)

T'as pas trouvé

mieux comme copain?


CLÉMENT

Non. J'ai une voiture.

Je te raccompagne.


MONA

Non, je veux prendre

le train d'après.


CLÉMENT

D'accord.


MONA

Lâche-moi!


CLÉMENT

Écoute. Je peux rester avec toi--


MONA

Donne-moi ton téléphone.

(Criant)

Donne-moi

ton téléphone.


ABEL

Donne-lui ton téléphone.


CLÉMENT

Je peux venir avec toi.

Tiens.


MONA

Putain! Un jour ou l'autre.

Je suis conne!


ABEL

Super, hein. Super. Merci.

Tu vois, regarde le merdier dans

lequel tu nous mets là.


CLÉMENT

Moi?


ABEL

Oui. Oui. Tu peux pas

les choisir avec un peu

de perspicacité?

Tu attires que des folles.


CLÉMENT

Tu as vu son état, là?

Hein? Maintenant,

il faut s'occuper d'elle.


ABEL

Est-ce que je t'ai dit qu'on

n'allait pas s'occuper d'elle?

Je te dis que des fois,

ce serait bien que tu

trouves des filles simples.

Des filles un peu normales,

quoi. Pas des filles

séquestrées par ses parents.


CLÉMENT

Ça va aller, là?


MONA

J'en sais rien.


CLÉMENT

Eh bien, t'inquiètes pas.

On va attendre avec toi.

Abel, viens.


ABEL, CLÉMENT et MONA sont assis dans un bistro près de la gare.


MONA

Putain.


CLÉMENT

Ça va?

Ça va?

Ça va?


MONA

Oui, oui. Ça va.


MONA

(S'adresse à ABEL)

Et toi?

Qu'est-ce que tu fais

à part videur de train?

Hé oh! Je te parle!


CLÉMENT

Non, mais en fait, il

travaille dans un parking, lui.


ABEL

Non.


CLÉMENT

Bien, non, quoi?


ABEL

Non. Je travaille

pas dans un parking.


CLÉMENT

Tu fais quoi, alors?


ABEL

Bien, j'écris des trucs.


MONA

Des trucs comme quoi?


ABEL

(Soupirant)

Des trucs comme des livres.

Je sais pas si tu vois

ce que c'est des livres.


MONA

Ah!


ABEL

Un petit objet en

papier comme ça, carré.


MONA

C'est drôle, hein.

T'as pas une tête à faire ça.


CLÉMENT

Bien, j'ai une tête

à faire quoi, alors?


MONA

Non. Pas toi, lui.


ABEL

Non, vas-y.

J'ai une tête à faire quoi?


MONA

Ah, je sais pas. Pas écrivain

en tout cas.


ABEL

Ah, oui.

Et sinon, toi, ça va de

devoir demander la permission

à tes parents comme ça?

C'est pas gênant?

Enfin, à ton âge?

Ça te dérange pas?


MONA

Tu veux bien laisser

mes parents tranquilles?


ABEL

C'est plus eux qui devraient

te laisser tranquille, tu vois.

En tout cas, je sais pas s'ils

se rendent compte, mais ta vie,

c'est vendre des sandwichs

dans une gare et puis devoir

rentrer à la maison avant

9h. Donc... Bon.


MONA

Vas-y, vas-y.

Continue ta phrase.


ABEL

Rien. Qu'est-ce qu'il y a?

Elle fait pas rêver ta vie.

C'est tout.


MONA

Je t'ai demandé de rêver?


ABEL

Non. Mais je peux

pas m'en empêcher.


MONA

Moi, je t'emmerde.


ABEL

Ah, bien, ça, c'est

élégant, ça.


CLÉMENT

Hum...

Excusez-moi. Je reviens.


ABEL

Tu peux pas t'occuper

de lui une soirée?

C'est trop pour toi

de t'occuper de lui une soirée?

Putain!


MONA

Tu as combien sur toi?


ABEL

Combien de quoi?


MONA

Combien d'argent?

Tu sais pas

ce que c'est l'argent?


ABEL

Ah, combien d'argent!

Eh bien. Tu vois? On finit

toujours par s'arranger.

Je sais pas. Je dois avoir...

Je sais pas, une vingtaine

d'euros. Ça te va?


MONA

C'est trop. Je te jure.


CLÉMENT

(Revenant vers la table)

Excusez...


MONA tente de toucher ABEL qui réagit d'un violent mouvement de recul.


CLÉMENT

Qu'est-ce qui se passe?


MONA sort en claquant la porte. Et se retrouve devant la vitrine du café face à la table d'ABEL et CLÉMENT.


CLÉMENT

Qu'est-ce qui s'est passé, là?


ABEL

Rien, rien.


CLÉMENT

(Rejoignant MONA à l'extérieur.)

Mona, il faut y aller, là.

Ton train, il part dans

même pas dix minutes.


MONA

Oui...

C'est où ton travail?


CLÉMENT

Euh... Non.

C'est assez loin. Pourquoi?


MONA

Je peux venir avec toi?


CLÉMENT

Euh... Oui, oui. Mais ils vont

pas t'engueuler tes parents?


MONA

Si. Ça, c'est mon problème.


CLÉMENT

On y va?

Tu prends mon sac?


CLÉMENT

D'accord.


La directrice de la prison, MME DUVAL fait un appel depuis son bureau.


MME DUVAL

(Parlant au téléphone)

Oui. Bonsoir, M. le juge,

c'est Mme Duval à l'appareil.

Dites, M. le juge, je

vous appelle au sujet de la

semi-libre, là, Mona Dessaint.

C'est la personne

qui a réintégré en état

d'ébriété la semaine dernière

et qui cumule plusieurs

petits retards.

Bien, écoutez. Là,

elle vient d'appeler, il y a

trois heures, l'établissement.


Pendant la conversation téléphonique de MME DUVAL, on suit MONA, ABEL et CLÉMENT qui cherchent des vêtements dans un vestiaire de plateau de tournage.


MME DUVAL

(Parlant au téléphone)

Euh... Elle dit qu'elle a

des problèmes de transport,

qu'elle a loupé son train,

qu'elle va prendre le suivant.

Mais bon, moi, je me pose

des questions

parce que ça fait

maintenant trois heures

et elle toujours pas réintégré

le quartier de semi-liberté.

Moi, à mon niveau,

ce que je pensais, c'est

si elle réintègre, c'est euh...

mettre en application le 224.

Bon, par contre,

si elle réintègre pas,

je vais demander à mon greffe

dès demain matin de prendre

la tâche avec le parquet

pour la mettre

en état d'évasion.

Oui? On fait comme ça?

Très bien. Bien, écoutez.

Je vous remercie, M. le juge.


LA RÉGISSEUSE DE PLATEAU

(S'adressant à un groupe de figurants)

OK. Vous venez tous?

Voilà. On va se regrouper et

on va tous aller sur le plateau.

Vous pouvez vous approcher,

s'il vous plaît?


CLÉMENT, ABEL et MONA sont déguisés pour le tournage. Tous se retrouvent sur le plateau pour simuler une manifestation.


LE RÉALISATEUR

Vous avez tous entendu parler,

je présume, de mai 1968?

OK? N'oubliez pas une chose,

c'est que c'est vraiment

une guerre urbaine.

Hein? C'était à l'époque,

on prenait les pavés,

on les balançait.

On savait pas où on allait.

On se prenait le truc

sur la tronche

et c'était vraiment

très, très sérieux.

Donc, on faisait ça

avec beaucoup, beaucoup d'allant

et avec beaucoup de coeur.

OK? Donc, on va...

Maintenant, on va tourner.

(Dans un porte-voix)

Allons-y. On lance les effets

spéciaux, s'il vous plaît.

Allons-y pour la voiture.

Numéro 1.


Dans la fumée artificielle, on met le feu à une voiture.


LE RÉALISATEUR

Action!


Les figurants reproduisent les événements de mai 68 en hurlant, scandant des slogans et ajoutant des objets aux bûchers partout sur la place.


FAUX MANIFESTANTS

Justice nulle part,

police partout!

Justice nulle part,

police partout!

Justice nulle part,

police partout!

Justice nulle part!


MONA s'éloigne du lieu de tournage en toussant, affectée par la fumée.


MONA s'approche de la cantine du plateau et CLÉMENT la rejoint.


CLÉMENT

T'es hyper belle, là, avec ça.


MONA

Vraiment?


ABEL

(Rejoignant CLÉMENT et MONA puis repartant aussitôt)

Je suis d'une humeur

de chien. Je vais les tuer.

Je vais les tuer.


MONA

(S'adressant à CLÉMENT)

Allez. Viens.


MONA et ABEL retournent s'amuser dans la fausse émeute.


FAUX MANIFESTANTS

Police partout,

justice nulle part!

Ce n'est qu'un début,

continuons le combat!

Ce n'est qu'un début,

continuons le combat!


CLÉMENT

(S'adressant à MONA qui se prend au jeu)

Attention. Fais attention.


FAUX MANIFESTANTS

Ce n'est qu'un début.

Continuons le combat.


CLÉMENT

Viens.


FAUX MANIFESTANTS

Ce n'est qu'un début.

Continuons le combat.


CLÉMENT amène MONA plus loin.


CLÉMENT

Je veux te parler. Viens.

Quoi? Je veux te dire un truc.

Tu sais quand je suis tombé

amoureux de toi?

Quoi? C'est quand

je t'ai vue parler

avec ce client japonais

à la sandwicherie.


MONA

Quel Japonais?

De quoi tu parles?


CLÉMENT

Je suis en train de te dire

que je suis tombé

amoureux de toi

quand je t'ai vue parler

avec ce client.

Que j'ai vu combien tu riais

parce que tu comprenais pas.

Et puis je peux pas rire

de moquerie, mais un rire

d'amour, plein d'espoir.


MONA

Arrête. Arrête. Clément,

je te jure. Il y a pas de

raison que tu sois amoureux.


CLÉMENT

Mais si, justement! Je te dis,

je suis tombé amoureux de toi.


MONA

Mais on peut pas dire aux gens

qu'on est tombé amoureux

d'eux comme ça.

C'est pas possible.


CLÉMENT

Ah, bon?


MONA

C'est pas possible. Non.


CLÉMENT

Pourquoi?


MONA

Je veux pas du tout

savoir si tu es amoureux.


CLÉMENT

Mais toi, tu es...

(Les larmes aux yeux)

Toi, tu es amoureuse

de moi ou pas?


MONA

Ça, c'est pas la question.

Ça, c'est pas la question.


CLÉMENT

Hein?

Ah, tu vois, ça commence

les petits secrets, hein.

Non. Embrasse-moi.

Embrasse-moi.


MONA

Je suis pas amoureuse de toi.


CLÉMENT

Quoi?


MONA

Je t'adore, mais je suis

pas amoureuse.

Je peux pas tomber

amoureuse.

Tu comprends?

Pardonne-moi.

Je suis désolée.


CLÉMENT

S'il te plaît...


MONA

Je suis pas amoureuse,

tu comprends?

Je suis pas amoureuse de toi.


Derrière la scène de révolte se poursuit et CLÉMENT reste seul, désemparé.


CLÉMENT cherche ABEL du regard dans la foule de manifestants.


CLÉMENT

Abel? Abel?


LE RÉALISATEUR

(À l'aide d'un porte-voix)

Coupez!

C'est coupé!

Coupez!

OK. Faut couper.

S'il vous plaît!

(S'adressant aux figurants)

OK, maintenant, on m'écoute.

Ce qu'on va faire maintenant,

on va démonter la barricade.

Et après, on va faire

l'assaut seuls.

On se retrouve sous le pont.

S'il vous plaît, allons-y.


MONA et ABEL marchent ensemble parmi les figurants qui changent de location.


MONA

Tu le connais depuis

longtemps, Clément?


ABEL

Pourquoi?

Je l'aime beaucoup,

hein. Je l'aime, presque.


MONA

Mais pas exactement

comme il voudrait, tu vois?


ABEL

Attends. Moi, je suis fatigué,

là.


MONA

Il faut que tu lui fasses

comprendre.


CLÉMENT est seul sur la partie déserte du plateau.


chanson I Fell in Love With a Dead Boy, Antony and the Johnsons


CLÉMENT

C'est pas possible.

Elle m'aime.


LE RÉALISATEUR

(S'adressant aux figurants devant le prochain site de tournage.)

Donc, on commence doucement et

on va monter dans l'intensité.

D'accord?


LE RÉALISATEUR

Ce n'est qu'un début.

Continuons le combat.


FAUX MANIFESTANTS

Ce n'est qu'un début.

Continuons le combat.

Ce n'est qu'un début.

Continuons le combat.

Ce n'est qu'un début.

Continuons le combat.


CLÉMENT reste en retrait de l'endroit.


FAUX MANIFESTANTS

Ce n'est qu'un début,

continuons le combat!

Ce n'est qu'un début,

continuons le combat!

Ce n'est qu'un début,

continuons le combat!

Ce n'est qu'un début,

continuons le combat!

Ce n'est qu'un début,

continuons le combat!


CLÉMENT sort un canif de sa poche et se tranche l'avant bras juste au dessus du poignet. Puis, CLÉMENT laisse tomber son couteau et essuie les larmes qui l'aveuglent.


ABEL

Il est où Clément, là?


MONA

Je sais pas. Il était par là.


FAUX MANIFESTANTS

Ce n'est qu'un début,

continuons le combat!

Ce n'est qu'un début,

continuons le combat!


Chanson I Fell in Love With a Dead Boy, Antony and the Johnsons


ABEL s'éloigne du groupe de FAUX MANIFESTANTS, MONA le regarde s'éloigner.


FAUX MANIFESTANTS

Ce n'est qu'un début,

continuons le combat!

Ce n'est qu'un début,

continuons le combat!


ABEL trouve CLÉMENT assis par terre et se dépêche de l'aider.


ABEL

Qu'est-ce que tu fais?

C'est toi, putain!


CLÉMENT

Ça va!


ABEL

Appelez les urgences!


CLÉMENT

Qu'est-ce que tu...


ABEL

Laisse-moi faire!

Laisse-moi faire!

Laisse-moi faire!

Laisse-moi faire!

(Criant)

Appelez les urgences!

(Voix au loin)

Laisse-moi faire!

Laisse, laisse.

Lâche ça! Lâche ça!


ABEL crie, mais les slogans scandés couvrent sa voix. MONA pleure.


ABEL et MONA sont dans l'ascenseur d'un hôpital. ABEL et MONA se rendent à la chambre 319.


MONA

(S'adressant à ABEL devant la porte)

Attends.


ABEL

Qu'est-ce qu'il y a?


MONA

(Chuchotant)

Il a pas fait ça à cause

de moi?


ABEL

(À voix basse)

Je sais pas, tu crois pas?


MONA

(Chuchotant)

Non. Moi, je rentre pas dans

cette chambre en me disant

que je suis coupable.

Et je te jure, j'en sortirai

pas en pensant le contraire.


ABEL

Pff! Putain.


MONA

On est bien d'accord?


ABEL

Oui.


ABEL frappe doucement à la porte.


CLÉMENT

(De l'autre côté de la porte)

Oui.


ABEL entre dans la chambre


CLÉMENT

Ça va?


ABEL

Hum.

Clément, je t'ai amené

tes affaires.


CLÉMENT

Ah? Merci.


ABEL s'approche du lit. Et touche le poignet bandé de CLÉMENT.


CLÉMENT

Fais attention, fais attention.


ABEL caresse le visage de CLÉMENT qui rit.


CLÉMENT

Arrête de t'inquiéter, là.


MONA entre à son tour dans la chambre.


CLÉMENT

(Voyant MONA entrer)

Salut.


MONA

Tu m'as fait un peu peur,

hein. Tu sais?


CLÉMENT

Bien, je voulais pas...

Tu vois, finalement,

je suis vivant, hein!


On frappe à la porte.


UNE INFIRMIÈRE

Bonsoir, il est tard. Il est

vraiment préférable

de sortir.


ABEL

D'accord.


UNE INFIRMIÈRE

Je vous en remercie.


ABEL

D'accord.


ABEL

(S'adressant à CLÉMENT)

Bon, allez.


CLÉMENT éclate de rire et imite l'infirmière.


CLÉMENT

Bonsoir, il est tard.


ABEL

Chut!


CLÉMENT

(Riant)

Il est préférable de sortir!


ABEL

Entre-temps, ils t'ont filé

des trucs là pour dormir?


CLÉMENT

Oui. L'oiseau,

il faut qu'il mange, hein,

l'oiseau.


ABEL

D'accord.


CLÉMENT

Tu veux pas passer chez moi?

Tiens, prends mes clés, là.

D'accord?


ABEL

OK. Allez.


CLÉMENT

Le petit diamant bleu.


ABEL

Tu dors bien, hein?

Bonne nuit.

Allez. à demain.


MONA et ABEL entre dans un café.


MONA

Bonsoir.


LE TENANCIER

Bonsoir.


ABEL

Bonsoir.


MONA

Je peux avoir une bouteille

d'eau, s'il vous plaît?

(S'adressant à ABEL)

Pourquoi tu fais

tout le temps la gueule?


Tu penses que ça

te donne l'air profond?

(S'adressant au TENANCIER)

Merci.

(Offrant de l'eau à ABEL)

Tu en veux?


ABEL

(Faisant non de la tête)

Merci.


MONA

J'ai très envie

de danser alors...

mauvais signe.


MONA s'approche du système de musique du bar, le TENANCIER approche et MONA lui parle en douce.


chanson Easy Easy, King Krule


MONA monte le volume et va vers les tables, enlève sa veste et ses chaussures et se met à danser. MONA tourne sur elle même et pousse les tables et les chaises pour faire plus d'espace. Puis elle danse encore.


MONA retourne s'asseoir à une banquette avec ABEL.


MONA

Je peux avoir une bière?

(Recevant sa bière)

Merci, hein.


LE TENANCIER

Monsieur veut quelque chose?


ABEL

Non. Merci, monsieur.

C'est gentil.


MONA

Il a de la chance, Clément.


ABEL

Pourquoi il a de la chance?


MONA

Parce qu'il pense

tout le temps à moi.

Il est moins seul.


ABEL et MONA marchent près d'une église.


ABEL

Attends.

Qu'est-ce que tu fais, là?


MONA

Viens, rentre.


ABEL

Non, non, non. Moi, je peux

pas rentrer dans un temple, là.


MONA

Viens, c'est joli. Viens.


ABEL

Bon, après, je te mets

dans un taxi, hein.


MONA et ABEL entre dans l'église.


MONA

Tu crois en Dieu?


ABEL

Ça dépend.


MONA

D'accord. Tu es très croyant.


MONA avance plus près de l'autel.


Quelques personnes prient.


MONA

Ça leur suffit

un signe de croix,

de poser un genou à terre

ou d'allumer une bougie.

Comme on dit,

ils demandent pardon.

Et tu penses, ils sont tous

sûrs que Dieu est là,

qu'il les regarde,

qu'il les aime.

Qu'est-ce qu'ils demandent

à Dieu?

La femme là-bas, par exemple...

... elle prie pour qui?

Elle prie peut-être

pour sa fille qui est en tôle.

Sa fille si brillante,

si gentille.

Elle prie peut-être

pour comprendre

ce qui s'est passé

pour que tout tourne mal...

... tout tourne à l'envers

comme ça.

Elle prie pour que quand

sa fille rentre,

elle soit capable,

elle, sa mère, de lui pardonner.


ABEL soupire et se lève pour sortir.


MONA rejoint ABEL qui respire à grands coups plus loin dans l'église.


MONA

(À voix basse)

Qu'est-ce que tu as?


ABEL

Rien. C'est l'encens, je crois.


MONA

De quoi?


ABEL

Parce que je suis allergique

à l'encens.


MONA retourne vers l'autel et se rassoit. ABEL rejoint MONA.


ABEL

Qu'est-ce qu'on fait?


MONA

On va aller donner à manger

à son putain d'oiseau.

Ensuite, on va se déshabiller.

Oui, on va se déshabiller.

Chacun notre tour.

Moi, je veux bien être

la première.

C'est encourageant.

De toute façon, j'ai envie que

de ça depuis la première fois

que j'ai vu ta gueule

devant cette sandwicherie.

Je dis pas que je veux

devenir ta femme.

Ni porter tes enfants. Toi, non.


Mais que tu me désires...

... ce soir,

j'en ai vraiment besoin.


Une vieille assise tout près, s'éloigne.


MONA

Mais tu peux aussi

me laisser là.

Je me débrouillerai.


MONA et Abel sont chez CLÉMENT et se caressent doucement.


Plus tard, ABEL et CLÉMENT sont étendu ensemble dans le lit de CLÉMENT. MONA pleure et rit en même temps. ABEL et MONA s'embrassent. Ensuite, on les retrouve dans la salle de bain.


MONA

Tu penses à Clément?


ABEL

Un peu.


MONA

Moi, j'y pense pas du tout.


ABEL sort de la salle de bain.


MONA dort dans le lit de CLÉMENT. ABEL est assis dans un fauteuil et la regarde dormir.


MONA se réveille.


MONA

Bonjour.


ABEL

Bonjour.


MONA

Ça va?

(Expirant)

Je peux avoir un café?


ABEL

(Apportant un café)


Tiens.


MONA

Merci.


ABEL retourne s'asseoir sur le fauteuil en soupirant.


MONA

Tu as bien dormi?

Ça va?


ABEL

(S'agitant)

Attends.

Il faut que tu t'en ailles.


MONA

Quoi?


ABEL

Oui.

(Cherchant dans l'appartement)

Il est où ton pull, là?

Vas-y. Tiens. Vas-y.


MONA

Pff! Tu rigoles?

Dépêche-toi. Vas-y.

Il faut que tu t'en ailles.


MONA

Qu'est-ce que tu as?


ABEL

Vas-y. Mets ton pull.

Dépêche-toi.

(Précipitant MONA un peu brusquement)

Putain! Allez, dépêche-toi.

C'est quand même pas compliqué.

Tu mets un pull,

tu sors du lit, tu descends.

Allez, là.


MONA

Mais tu me fais mal, putain.


ABEL

Mais je m'en fous.


MONA

Qu'est-ce que tu as?


ABEL

Tu prends tes affaires.



MONA

Tu es malade ou quoi?


ABEL

Prends ça. Vas-y. Tiens.

Ça, c'est ton sac

et c'est bon.


MONA

Ça va.


ABEL

(Poussant MONA vers la sortie)

Allez, allez, allez, allez!

Tu sors de là.


MONA

Tu me fais mal!


ABEL

Je m'en fous.

Il s'est rien passé du tout.

C'est de ta faute tout ça.

D'accord? Allez. Bonne journée.


ABEL ferme la porte derrière MONA qui reste sur le pas de la porte.


ABEL

Attends. Il fait froid.

(Cherchant quelque chose pour couvrir MONA.)

Ah, ça, c'est bon. Ça.

(Rouvrant la porte)

Tu prends un manteau.

Comme ça, tu as pas froid.


ABEL referme la porte et fait les cent pas dans l'appartement de CLÉMENT.


ABEL

(Enfilant son manteau)

Merde!


ABEL sort de l'appartement et dévale l'escalier. MONA reste sur le palier.


ABEL court dans la rue.


ABEL reprend son souffle sur un pont.


ABEL entre dans la chambre d'hôpital de CLÉMENT.


ABEL

Clément.

(Caressant doucement la tête de CLÉMENT)

Clément.

C'est Abel.


CLÉMENT

Qu'est-ce que tu as?

Tu es tout pâle.

Je vais te faire à manger.


ABEL

Non, non. Ça va.


CLÉMENT

On est où, là?


ABEL

À l'hôpital.

Allez. On s'en va. Viens.


CLÉMENT

Attends. C'est pas légal.


ABEL

Chut! Arrête. Je viens.


CLÉMENT

J'appelle l'infirmière.


ABEL

Non, non, non.

Appelle pas l'infirmière,

appelle pas l'infirmière.


ABEL jette les vêtements de CLÉMENT par une fenêtre et ensuite sort par la fenêtre.


ABEL

(S'adressant à CLÉMENT)

Voilà.

OK. Attends.

Bouge pas. C'est bon.

C'est cool.


CLÉMENT est encore à l'intérieur.


CLÉMENT

Attention, hein.


ABEL

Oui, oui. T'inquiète pas.


CLÉMENT

Attention.


ABEL descend lentement le long du mur et se laisse tomber au sol.


CLÉMENT

Ça va?


ABEL

Oui. C'est cool.


CLÉMENT

Non, mais c'est

hyper dangereux, là.


ABEL

Mais non. Il y a rien.

Il y a 2-3 mètres à peine.


CLÉMENT

Oh, non, non, non.


ABEL

Mais regarde. Il y a rien.

Je te jure. Il y a 2 mètres, là.


CLÉMENT enjambe la fenêtre à son tour.


CLÉMENT

C'est hyper dangereux, là.


ABEL

Mais non. Vas-y. Allez.

Vas-y. Passe tes deux jambes.


CLÉMENT

Attends. Fait chier, là.


ABEL

Passe tes deux jambes.


CLÉMENT

Attends. Je te jure

que c'est...


ABEL

Vas-y, voilà, c'est bien.

Vas-y, passe la deuxième.


CLÉMENT

(À cheval sur la fenêtre.)

Je peux pas là.

Attends, je...

(Tentant de passe son autre jambe par dessus le rebord de la fenêtre.)

Je suis coincé. Ah!


ABEL

Vas-y. Je te fais un compte

à rebours. Ça va t'aider.


CLÉMENT

Non. Arrête.

Écoute. Je saute si... Si j'ai

pas envie, je saute pas. Ça va?


ABEL

Chut!


CLÉMENT

Je fais ce que je

veux. C'est bon ou bien merde!


ABEL

(Chuchotant)

Mais ne parle pas si fort.

Pas si fort.


CLÉMENT

Non, mais ça va. Merde!


ABEL

Ne crie pas. Vas-y. Regarde.

Regarde par terre-


CLÉMENT

Non, mais je peux pas.

J'ai le vertige et je te dis

que je suis bloqué,

là maintenant.


ABEL

D'accord. OK. Mais regarde.

Juste... Tu regardes par

terre, il n'y a rien.


CLÉMENT

Excuse-moi.


ABEL

Vas-y regarde. Vas-y.


CLÉMENT

Oh, oui. C'est vrai,

il n'y a rien.

J'y vais, j'y vais.


Hop!

T'es sûr?

(Se laissant tomber au sol)

Argh! Putain!


ABEL

Mais qu'est-ce qu'il y a?


CLÉMENT

(Hurlant)

Argh! Putain! Aïe!


UN MÉDECIN se précipite vers CLÉMENT tombé au sol.


UN MÉDECIN

Qu'est-ce qu'il y a?

Oh?


CLÉMENT

Putain, Abel!

Pourquoi tu as fait ça, là?


UN MÉDECIN

C'est quoi l'embrouille?


ABEL

Mais il faut pas

qu'il tombe, aussi.


CLÉMENT

J'ai hyper mal, là.


ABEL

On peut partir, là?


UN MÉDECIN

Mais il s'est mis un couteau

dans le bras quand même.

Il a besoin de soins,

c'est pas rien.


ABEL

Il l'a fait tant de fois. J'ai

vraiment l'habitude.

Je vous le jure.


UN MÉDECIN

Mais pourquoi il fait ça?


ABEL

Oh, il fait ça. C'est

pas très original, quoi.

C'est une histoire d'amour.

Parce qu'il va trop vite,

quoi, des fois.

Les choses sont trop lentes

pour lui. Alors, lui,

il va trop vite.

Vous voyez ce que je

veux dire, ou pas?


UN MÉDECIN

Non.


ABEL est face à CLÉMENT qui soupire.


ABEL

Bon, alors,

écoute-moi bien maintenant.

Donc, là, le médecin m'a fait

signer des papiers.

Donc, tu es sous

ma responsabilité

pendant 48 heures.

D'accord?

Donc, maintenant, je vais

penser et tu vas faire

ce que je te dis.

Je veux plus que tu penses

par toi-même.


CLÉMENT

D'accord.

Mais je veux la revoir.


ABEL

Non. Tu commences pas.

Je veux plus que tu

revoies cette fille. Je...


CLÉMENT se sauve en courant.


ABEL

Mais attends! Viens là!


CLÉMENT court dans la rue pendant que ABEL tente de le rattrapper.


ABEL

(Soufflant en courant)

Putain!

(S'adressant à CLÉMENT)

Attends!

Mais attends!

(Soufflant)

Attends!


CLÉMENT

(Courant devant)

Ça va!


ABEL

Mais viens!


CLÉMENT

Oh, ça va!


CLÉMENT tourne un coin et jette une grosse poubelle derrière lui pour bloquer la route à ABEL. Voyant ABEL se rapprocher, CLÉMENT jette une seconde poubelle sur le sol.


ABEL rattrape CLÉMENT.


CLÉMENT

Non, putain!


ABEL

Tu la revois pas.


CLÉMENT

J'y arriverai pas.


ABEL

Tu la revois pas.


CLÉMENT

J'y arriverai pas, je te dis.


ABEL

Tu la revois pas.


CLÉMENT

Non.


ABEL

Tu la revois pas.

Faut juste que t'évites

d'aller Gare du Nord.


CLÉMENT

Mais c'est trop dur.

C'est trop dur la vie sans la

Gare du Nord. Je te jure.


ABEL

Non.

Il y a plein de gens qui

vivent leur vie

entière sans foutre les

pieds à la Gare du Nord.


CLÉMENT

Il faut que je la revoie

au moins une fois

pour m'excuser, s'il te plaît.


ABEL donne un bain à CLÉMENT. CLÉMENT a le poignet bandé dans un sac plastique. CLÉMENT tente de s'immerger la tête.


ABEL

Hé! Arrête.

Calme-toi. Calme-toi.

Calme. Calme. Calme.

Calme. Calme-toi.


CLÉMENT empoigne la tête de ABEL en tirant vers l'eau.


ABEL

Arrête. Arrête. Calme-toi.


CLÉMENT pleure.


ABEL

Bon, d'accord, d'accord.

On va aller la revoir.

On va aller la revoir.

On va aller la revoir.

Calme-toi.

Calme-toi.

On va aller la revoir,

mais on vient pour lui dire adieu.


MONA marche dehors et entre aux bains-douches.


MONA marche dans les couloirs du bain public. Des gens quittent les lieux.


FEMME DE MÉNAGE

Au revoir. Bonne journée.

Au revoir.


MONA est assise dans les vestiaires près d'une FEMME.


MONA

(S'adressant à la FEMME)

Je peux utiliser

ton shampoing?


LA FEMME

Ah, oui?


MONA

Oui. J'ai rien.


Une sonnerie de téléphone portable sonne dans la pièce.


LA FEMME

Tu as pas de serviette?


MONA

Non. Non plus.


LA FEMME

Bien... Attends, tiens.

Elle est un peu humide.

Ça t'embête pas?


MONA

Ça va.

Non, non. C'est génial,

hein. Merci.


LA FEMME

Normalement, tu as 20 minutes

pour prendre la douche, mais...

S'il y a pas trop de monde parce

que les gens s'en vont là, tu

pourras rester plus longtemps.

C'est quoi ton problème?


MONA

Non, non.

J'ai pas de problème.

Je reste chez une copine.

Elle a raté son train, en fait.

Et moi, j'ai perdu mes clés.

Je l'attends. Mais elle rentre

ce soir, ça va. Tout va bien.


MONA prend une douche. MONA se masturbe dans la douche.


MONA se sèche les cheveux au séchoir public.


Un jeune itinérant observe MONA se sécher les cheveux.


MONA descend l'escalier du bain public et l'itinérant la suit.


ITINÉRANT

Hé! Psitt! Psitt!


MONA se retourne paniquée dans une allée étroite. L'ITINÉRANT lève les mains ouvertes en signe de non-agression.


ITINÉRANT

Tu es toute seule?

Non. J'ai mon copain.

(Prenant le bras de MONA)

Allez, viens.

Viens, je t'invite à manger.

Oui. Tu vas être contente.


MONA fuit L'ITINÉRANT en courant. Il la suit.


CLÉMENT et ABEL marchent ensemble, Gare du Nord.


ABEL attend CLÉMENT dans une salle près de l'espace comptoir-bouffe de la gare.


CLÉMENT

Je reviens là après, hein.


ABEL

Je t'attends là.


CLÉMENT traverse les portes automatiques et s'éloigne.


ABEL attend dans un escalier.


MONA marche seule dans une rue en pleurant.


ABEL attend dans un escalier. ABEL décide d'aller voir et traverse les portes automatiques à la recherche de CLÉMENT.


Soudain, ABEL se met à courir, l'air inquiet.


FEMME À LA GARE

Oui, mais j'ai appelé

les pompiers, là.


ABEL

Qu'est-ce qui s'est passé?


ABEL approche d'un groupe de personnes autour de CLÉMENT.


ABEL

(Interpellant une dame dans le groupe)

Madame, qu'est-ce

qui s'est passé?


La SERVEUSE, collègue de MONA est penchée sur CLÉMENT.


UNE SERVEUSE

Vous le connaissez?


ABEL

Oui.


UNE SERVEUSE

Il est diabétique ou pas?


ABEL

Non. Qu'est-ce qu'il y a?


UNE SERVEUSE

Il est tombé quand il a

su ce qui est arrivé

à une serveuse.


ABEL

Qu'est-ce qu'il y a?


UNE SERVEUSE

Elle est morte, Mona?


UNE SERVEUSE

Mais non! Pourquoi vous

dites ça? Mais ça va pas!


ABEL

Mais qu'est-ce qu'il y a?


CLÉMENT

(Reprenant ses sens)

Ça va, ça va. Attends. Lâche.

J'ai tout compris là.

Je sais tout là.


ABEL

Quoi?


CLÉMENT

Aide-moi. Je sais tout là.


ABEL

De quoi? De quoi? Mais

dis-moi. Qu'est-ce que tu sais?


CLÉMENT

Je sais tout.


UNE SERVEUSE

Mais attendez

au moins les pompiers!


ABEL et CLÉMENT s'éloigne dans la salle des pas perdu, Gare du Nord.


UNE SERVEUSE

(Voix au loin)

Non, mais ils vont encore se

déplacer pour rien. C'est moi

qu'ils vont engueuler.


ABEL et CLÉMENT sont à l'extérieur de la gare.


CLÉMENT

Non, mais dans un

sens, c'est une bonne

et une mauvaise chose, hein.


ABEL

Non, excuse-moi. Non.


CLÉMENT

Non, mais ça change tout,

en fait.


ABEL

Mais qu'est-ce que ça change?


CLÉMENT

Non, mais c'est pour ça

qu'elle pouvait pas être

avec moi. Tu comprends?


ABEL

N'importe quoi. Ça change

rien du tout, là.


CLÉMENT

Mais si.


ABEL

Tu veux pas te réveiller

deux secondes, quoi?

Tu vois pas que si elle est pas

rentrée en prison,

ça veut dire qu'il y a

la police qui la cherche?


CLÉMENT et ABEL marchent sur le chemin du retour.


CLÉMENT

Je sais pas. Tu imagines.

Elle a pu, je sais pas, quoi,

croiser des salopards.

Il peut tout arriver, hein.

Elle doit avoir faim.


ABEL

Enfin, faut pas exagérer

non plus, ça va.


CLÉMENT

Non, mais il faut

qu'on la retrouve,

qu'on lui demande pardon.

Il faut qu'on l'aide.

C'est tout. Voilà.


ABEL

Il faut qu'on l'aide!

Que veux-tu qu'on fasse?

T'as envie de te retrouver mêlé

à ses affaires?


CLÉMENT

Oh, mais...

Non, mais allez. Attends,

excuse-moi. Pardon, mais...

parce que j'ai cru

que tu étais lâche, là.

Bon, c'est pas grave. Écoute.

On va faire le chemin

en sens inverse.

On va poser des questions,

on va mener l'enquête.

Bon toi, la dernière fois

que tu l'as vue, exactement,

c'était quand?


ABEL

Bien, la dernière

fois, c'est, euh...

On est sortis de l'hôpital

et on est entrés dans un café

parce qu'elle avait envie

de boire un verre d'eau.


CLÉMENT

Quel café?


ABEL

Quel café?

J'en sais rien, moi.


CLÉMENT

Écoute. Concentre-toi,

s'il te plaît, hein.

Je veux dire, c'est...


ABEL soupire.


CLÉMENT

Bon, ensuite?


ABEL

Bien, ensuite, euh...

Je sais pas.

Elle a voulu prendre un taxi.

Donc, je l'ai accompagnée

dans la rue.


CLÉMENT

Quelle compagnie de taxi?


ABEL

Attends parce qu'il faut

que je te parle, là, Clément.


CLÉMENT

Mais je te demande:

quelle compagnie de taxi?


ABEL

Mais je sais plus.

Non, avant de prendre un taxi,

elle a voulu rentrer

dans une église.


CLÉMENT

Une église?


ABEL

Oui. Il y a une église

à côté de l'hôpital.

Je sais pas. Je m'en rappelle

plus bien. J'étais un

peu saoul, quoi.


CLÉMENT

Mais, euh...

Attends, vous aviez bu,

c'est ça?

Non, parce que tu m'as jamais

dit que vous avez bu avant.


ABEL reste silencieux.


CLÉMENT

Bon, et après?


ABEL

Bien, après, euh...

Après, rien du tout,

quoi. C'est tout après.


CLÉMENT

Bon, écoute. On va retourner

à l'église. D'accord?

À mon avis, c'est assez

probable qu'elle soit

retournée là-bas.

Faut juste espérer que le curé

soit coopératif. D'accord?

Allez on y va.

Allez, viens. Allez.

Elle est où, l'église?


MONA est assise seule sur un banc.


CLÉMENT et ABEL entrent dans l'église vide.


CLÉMENT

Il est où le curé, là?


ABEL

Chut!


CLÉMENT

Non, mais il est où le curé?


ABEL

Chut! Chut! Chut!

Attends, attends, attends.


CLÉMENT

Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?


ABEL

Attends, attends. Ça

me revient, là.


CLÉMENT

Quoi?


ABEL

Attends, je me demande si elle

a pas dormi chez moi, tu vois?


CLÉMENT

Ah, tu veux dire que tu

as prêté tes clés pour aller

nourrir l'oiseau, c'est ça?


ABEL

Oui. Oui, oui.

Ça doit être ça, oui


CLÉMENT

Oui.

Oh, putain!


ABEL

Qu'est-ce qu'il y a?


CLÉMENT

Tu as pas nourri l'oiseau,

c'est ça?


ABEL

Mais non. Si, si, on...

Si, si, d'abord,

on est allé chez toi

que pour nourrir l'oiseau.

Je sais plus, là. Tu me poses

trop de questions d'un coup, là.


CLÉMENT

Bon, euh...

On va chez moi.

(Sortant de l'église)

On va chez moi. Allez.


MONA est dehors et parle à un vendeur de marrons.


MONA

C'est bien changé le quartier.

Alors, là, je le reconnais plus.

Avant, je venais ici souvent.

Hum.


Une voiture de police approche.


MONA

Merci, monsieur.


VENDEUR DE MARRONS

Au revoir. Bonne nuit.


MONA s'éloigne en voyant la voiture de police approcher.


POLICIER 3

(S'adressant au VENDEUR de marrons.)

Qu'est-ce que vous faites

debout, là?


VENDEUR DE MARRONS

C'est moelleux.



POLICIER 3

Mais vous avez pas le droit.


ABEL et CLÉMENT monte les marches vers l'appartement de CLÉMENT.


ABEL

Voilà, regarde,

il y a personne.

Et il y a aucune raison

pour qu'elle soit revenue.

Dis-toi qu'elle s'est barrée,

la fille, là. Allez.

De toute façon, c'est mieux

comme ça, je veux dire.


CLÉMENT

Hein? Pourquoi

c'est mieux comme ça?


ABEL

Parce que c'est vrai

qu'on sait rien de cette fille.

Tout ce qu'on sait

c'est qu'elle nous a menti.

Je vais même te dire,

à mon avis, elle

nous a complètement oubliés.

Ah, oui. C'est comme ça,

tu sais.

(Reprenant son souffle)

Ah.

Allez, moi, je vais manger.

J'en ai marre.


CLÉMENT

Attends, attends. Non!

(Se penchant la tête sur la rampe.)

Mona?

Mona?


MONA

Ah! Je ne me souvenais

plus bien de l'étage.


ABEL

Dis donc, on nous a appris

des trucs sur toi ce matin.


CLÉMENT

Ta gueule! Ta gueule!

C'est bon. C'est bon.


CLÉMENT descend pour rejoindre MONA dans l'escalier.


CLÉMENT

Ah! C'est...

C'est mon manteau, ça.


MONA

Oui.


ABEL descend doucement en écoutant ce que CLÉMENT dit à MONA.


CLÉMENT

(Voix au loin)

Là... Enfin, je sais que...

Que je te fais peur.

Je peux comprendre.

Mais il faut que tu me laisses

une deuxième chance.

Mais je crois que...

Tu sais, je...

Je crois que je suis

quelqu'un de bien et...

Je sais que je vais pas

te forcer à m'aimer,

mais je veux pas te perdre.

Je te trouve belle,

troublante, passionnante.

Tellement pas ennuyeuse.

Tu es tellement pas ennuyeuse.

Tu vois, j'aimerais bien...

Enfin, je veux... Je veux juste

qu'on continue à se voir.

(S'adressant à MONA)

Est-ce que tu voudrais

juste bien encore...

qu'on soit amis?

Enfin... Est-ce que tu voudrais

bien appartenir au cercle

de mes amis?

Fais quelque chose

parce que là...


MONA étreint CLÉMENT.


MONA

Bien sûr que oui.


CLÉMENT

C'est vrai?


MONA

Évidemment.


CLÉMENT

Je peux t'embrasser ou...?


MONA

Non... j'ai rien mangé

depuis ce matin.


CLÉMENT

Mais attends, c'est pas grave.

Quand on est amis,

on s'embrasse tout le temps.

Je peux t'embrasser

sur la bouche?


MONA embrasse CLÉMENT sur les joues. ABEL approche.


ABEL

Attends. Clément?

Clément, tu peux me donner

les clés de chez toi?

Comme ça, je...


CLÉMENT

Euh... Tu veux pas t'asseoir,

là, s'il te plaît?

Assieds-toi.

Je veux te parler un peu.


ABEL

Pourquoi?

Non, mais...

Assieds-toi, s'il te plaît.

Mona, est-ce que tu...

Peut-être que c'est mieux si tu

te bouches les oreilles. Euh...

En fait, non, non. Je crois

que c'est mieux que tu entendes.


ABEL

Bien, qu'est-ce qu'il y a?


CLÉMENT

(S'assoyant dans les marches)

Voilà. On a vécu des moments

importants tous les deux. Non?


MONA s'assoit près de CLÉMENT.


ABEL

Oui. Pourquoi?


CLÉMENT

Non, parce que...

Je sais pas comment te dire.

Je crois que j'y trouve plus

mon compte, en fait.



ABEL

C'est-à-dire?


CLÉMENT

Bien, c'est-à-dire...

J'approuve plus

ce que tu deviens. Tu

me plais plus. C'est tout.

En fait, je crois que je

supporte plus comment

tu me parles.

Je veux dire, tu fais des leçons

de morale à tout le monde.

Tu es égoïste. Oui, égoïste.

Je veux dire, il y a eu un

moment donné où je t'ai trouvé

beau, je t'ai trouvé fort,

mais là, tu es...

tu es médiocre, quoi.

Et puis je supporte plus...

ta... ta sournoiserie.

Tu vois?

Je veux dire, je suis quelqu'un

de fragile, tu le sais.


ABEL

Oui, oui. Je sais, oui.


CLÉMENT

Je veux dire,

je tombe très facilement.

Et j'ai besoin de gens clairs

autour de moi. Je veux dire,

même transparents et...

Je suis désolé, mais j'ai

l'impression que vaut mieux...

vaut mieux que tu considères

qu'on est plus amis, c'est tout.

On peut... Je sais pas,

on peut se voir, oui.

On peut se voir,

mais comme ça,

enfin. Comme...

Plus comme...

Plus comme des amis.


ABEL

Mais enfin d'accord,

mais on se verra en quoi?


CLÉMENT

Comme rien, quoi. Comme,

euh... On se voit comme...

Comme des connaissances.

Tu vois?


MONA

Écoutez.

Moi, je trouve ça très bien.

Je pense il y a rien de pire

que de se forcer à rester amis.


CLÉMENT

Hum.


MONA

On va prendre un verre

et on va fêter ça.


CLÉMENT

Oh! Dou dou dou! Allez!


MONA

Donne-moi tes clés.


CLÉMENT

Euh... Attention.


ABEL

Attendez, vous

êtes pas sérieux, là?


CLÉMENT

Non, c'est une super idée.


ABEL

Mais enfin, qu'est-ce

qui est une super idée?


MONA commence à monter avec les clés de l'appartement de CLÉMENT.


MONA

Mais tu es pas

obligé de nous suivre, hein.


ABEL

Non, non, mais attends.


CLÉMENT

Dou dou dou dou!


CLÉMENT commence à monter aussi.


ABEL

Non, non. Attends. Il est

sous ma responsabilité, là.


MONA, ABEL et CLÉMENT entre dans une boîte de nuit.



CLÉMENT

Putain!


Plus tard, ABEL prend MONA à l'écart.


ABEL

Comment tu voulais que je

devine un truc comme ça?


MONA

Lâche-moi.


ABEL

Mais comment tu

voulais que je devine?


MONA

Lâche-moi, je te dis.


ABEL

Moi, je m'en fous

complètement. Je veux pas

savoir pourquoi tu es en prison.

Si tu as le droit de travailler

à l'extérieur, c'est que tu vas

sortir bientôt, c'est ça?

Là, tu es en train

de tout foutre en l'air.


MONA

Bien, dis donc!

Tu es le spécialiste de

l'application de peine, là?


ABEL

Bon, allez. Dis-moi comment

je peux faire pour t'aider.


MONA

Rien. Je m'en sors

très bien toute seule.

Lâche-moi, je te dis.


CLÉMENT rejoint MONA et ABEL.


CLÉMENT

Hou! Hou!


CLÉMENT fait des pitreries qui font rire MONA.


CLÉMENT

On est amis, non?


La soirée continue au bar. MONA tient CLÉMENT par le cou.


MONA

Je t'aime.

Allez. Je veux danser, moi.


ABEL

Dis donc, tu étais pas

sérieux tout à l'heure.


CLÉMENT

Si. Pourquoi?


ABEL

On est pas des enfants.

Tu vas pas me faire la tête, là?


CLÉMENT

Attends, mais je fais pas

la tête, là, hein.


ABEL

Ah, bon? Mais ça

change quoi ton truc

qu'on soit des connaissances?


CLÉMENT

Bien, ça change que...

Regarde. Là, je paye

pour elle et pour moi.

Pas pour toi.


CLÉMENT prend son verre et s'éloigne.


CLÉMENT danse avec MONA.


CLÉMENT

Tu es encore plus belle

que la vie.


MONA

(Riant)

C'est vrai.


UNE FILLE s'approche d'ABEL.


UNE FILLE

Et toi? Pourquoi tu fais

la gueule, là?

En plus, tu es habillé

comme un plouc.


ABEL

Oui, c'est ça.

Mais j'avais pas compris

que c'était une soirée déguisée.

Je suis désolé.


UNE FILLE

(Propos en anglais)

I don't speak French, sorry.


ABEL rejoint MONA et CLÉMENT sur la piste de danse.


ABEL

Hé, il y a une connasse

qui m'a agressé, là.


CLÉMENT

Oh, vas-y. Détends-toi, là.


ABEL

C'est parce qu'il y a une

conasse. Elle m'a agressée, là.

On dirait que les

gens viennent en boîte

pour faire chier les gens.


CLÉMENT

Hé! Il y a plein de gens, là.


ABEL

Oui, mais je sais, mais

je m'en fous.


ABEL

Là, c'est la joie, là.

C'est la joie.


ABEL s'éloigne.


CLÉMENT retourne vers ABEL à une table.


CLÉMENT

Là, c'est fluide, là, hein.

Ça se passe hyper bien.


ABEL

Ah, c'est cool.


CLÉMENT

Quoi?


ABEL

Je te dis: ça me fait plaisir.


CLÉMENT

Oui. Quoi?


ABEL

Ça me fait plaisir.


CLÉMENT

Elles sont belles, hein?


MONA danse avec une fille.


CLÉMENT

Pourtant, c'est que de la chair.


ABEL éclate de rire.


CLÉMENT

Qu'est-ce qu'il y a?


ABEL

Mais tu es fou.


CLÉMENT

Hé oh! Arrête.

On n'est plus amis, hein.


CLÉMENT se trémousse sur la banquette en regardant MONA danser avec la fille.


MONA chante en marchant tandis que CLÉMENT et ABEL marchent derrière dans une rue déserte.


ABEL

Ah! Tu t'ennuies?


CLÉMENT

Non, je crois pas.


MONA

Non, je m'ennuie jamais, moi.

Je suis un peu fatiguée.


ABEL

Bon, peut-être on peut se

parler sérieusement, là. Non?


MONA

Vous voulez savoir

pourquoi je suis en prison?


CLÉMENT

Non. Moi, je veux pas savoir.

Non.


MONA

Et toi, Abel?


ABEL

Non. J'ai pas envie non plus.


MONA

Bon, bien tant mieux.

(Montrant une enseigne d'hôtel)

On va là?


CLÉMENT

Où ça?


MONA

L'hôtel qui est juste en face.


ABEL

Mais c'est combien d'étoiles

cet hôtel, là?


CLÉMENT

Attends, attends.

Tu veux qu'on dorme tous

les trois ensemble, c'est ça?


ABEL

Oui, c'est vrai que moi,

personnellement, j'ai pas

de brosse à dents.


MONA

Non, mais tu vas...

Tu vas nous emmener à l'hôtel?


MONA prend les devants.


ABEL

Dis donc, je crois

que tu avais raison, hein.

C'est une fille très,

très bizarre.

Nous trois à l'hôtel, c'est

vraiment une drôle d'idée, hein.


CLÉMENT

Tu veux pas nous laisser,

s'il te plaît?


ABEL

Bien, pourquoi?


CLÉMENT

Parce que, je sais pas,

c'est comme la

moindre des choses que

tu puisses faire en tant qu'ami.


ABEL

(Riant)

Attends. Faudrait savoir.

Je croyais qu'on l'était plus.


CLÉMENT

Casse-toi. Vas-y, barre-toi.


ABEL

D'accord, oui.


CLÉMENT

C'est bon. Vas-y, merci.


ABEL

D'accord. OK, je me casse.


CLÉMENT

Bye. Merci.


ABEL

Non, mais attends.

Moi, si je m'en vais,

tu me reverras jamais, hein.


CLÉMENT

Oui.


ABEL

Ah, excuse-moi. Tu me reverras

jamais. Je te pardonnerai pas

de me sacrifier pour une fille

que tu connais à peine.


CLÉMENT

OK.


ABEL

C'est ça que tu veux?

Tu veux plus jamais me voir?


CLÉMENT

Voilà. C'est ça.


MONA

(Voix au loin)

Allez, venez!


ABEL

Allez. Viens.


CLÉMENT

Mais... Là, que...

Là, tu es en train de te

conduire comme une merde! Hein?

Tu te rends compte?


ABEL

Enfin, si ça se trouve,

tu me remercieras plus tard.

Elle est peut-être

très dangereuse cette fille.


MONA, CLÉMENT et ABEL attendent pour des chambres.


GÉRANT DE L'HÔTEL

Mademoiselle, pour

vous, la 14.

C'est au premier étage.


MONA

Merci.


GÉRANT DE L'HÔTEL

Et pour vous, messieurs,

la 22. C'est au deuxième.


MONA

Bonne nuit, tout le monde!


GÉRANT DE L'HÔTEL

Bonne nuit. Merci. Bonne nuit.


ABEL

Bonne nuit.


GÉRANT DE L'HÔTEL

Bonne nuit, messieurs.

Ah, et si vous avez besoin

de quoi que ce soit,

vous hésitez pas, hein. Je suis

là. Je suis là toute la nuit.


ABEL

OK. Bonne nuit. Merci.


GÉRANT DE L'HÔTEL

Bonne nuit.


MONA entre dans sa chambre.


CLÉMENT

Dors bien, hein.


MONA

Vous aussi, hein.


CLÉMENT

Bonne nuit. Oui.


ABEL

Bonne nuit.



ABEL et CLÉMENT s'installent dans leur chambre.


ABEL

Tu as vu? Il pensait

qu'on était un couple.


CLÉMENT

On s'en fout, hein.


ABEL

Tu sais, ça me fait du mal que tu

veuilles te débarrasser de moi.


CLÉMENT

On s'en fout, écoute.


ABEL

Hé, tu me parles pas

comme à un chien, s'il te plaît.


CLÉMENT

(Se dirigeant vers la porte.)

Oh, putain!


ABEL

Tu vas où?


CLÉMENT

J'ai oublié d'embrasser

Mona pour la nuit.


CLÉMENT retourne à l'étage vers la chambre de MONA et frappe à la porte.


MONA

(Se brossant les dents)

C'est qui?


CLÉMENT

(À travers la porte)

C'est Clément.


MONA

(Ouvrant la porte)

Qu'est-ce qu'il y a?


CLÉMENT

Ça va?


MONA

Hum hum.


CLÉMENT

C'est parce que j'avais oublié

de t'embrasser pour la nuit.


MONA

Allez, viens.

Je me brosse les dents.


CLÉMENT

Oh.


MONA

Viens.


CLÉMENT entre dans la chambre et MONA ferme derrière lui.


ABEL frappe aussi à la porte de la chambre de MONA.


MONA

(Se brossant les dents)

C'est qui?


ABEL

(Au travers la porte)

C'est Abel.


ABEL

Non. C'était juste pour dire

bonne nuit, quoi.


MONA

Viens. Je brosse mes dents.


ABEL entre et MONA referme derrière.


MONA termine son brossage de dents dans la salle de bain.


CLÉMENT et ABEL restent debout dans la chambre les bras croisés. MONA rigole dans la salle de bain.


CLÉMENT

C'est pas drôle, hein?


ABEL

Bah, non.


MONA

Je commence par qui?



CLÉMENT

Moi.


ABEL

Oui. Je peux utiliser

ta brosse à dents avant?


MONA

Oui.


CLÉMENT

Hé... Pourquoi?


MONA

Alors, bonne nuit...

(Embrassant CLÉMENT sur les joues)

comme un petit chouchou.


CLÉMENT

Bien, je sais pas, là,

tu veux...

Bien, tu m'embrasses

un peu comme un enfant

de 12 ans, là. Non?


MONA

Bon, t'aurais voulu quoi?


CLÉMENT

Ah, je sais pas.

Comme une amie.

Enfin, je sais pas, imagine

par exemple, je sais pas,

tu as 15 ans, euh...

tu es complètement bourrée,

tu viens d'avoir le brevet

des collè-


MONA embrasse CLÉMENT sur la bouche.


ABEL se brosse les dents dans la salle de bain.


ABEL

Voilà. Moi, je suis prêt.


MONA embrasse ABEL de la même manière qu'elle a fait avec CLÉMENT.


Le baiser traîne en longueur et CLÉMENT est mal à l'aise.


CLÉMENT

Bon. OK.Euh...

Euh...


MONA tend la main vers CLÉMENT tout en continuant d'embrasser ABEL.


MONA prend la main de CLÉMENT ainsi que celle de ABEL. Les trois mains sont enchevêtrées.


MONA prend une longue respiration.


MONA

Bon, bien, allez. Dodo.

(Guidant CLÉMENT et ABEL vers la porte)

Dormez bien.


ABEL

Bonne nuit, hein.


CLÉMENT

Bonne nuit.


MONA

Bonne nuit.

Allez. Bonne nuit.

Bonne nuit.


MONA est au téléphone.


MONA

Allô, Mme Rapé?

Oui, bonsoir. Je vous

réveille, là. Je suis désolée.

Mona, Mona Dessaint.

Je suis dans

une chambre d'hôtel.

Euh... Hôtel, euh....

des 3 Nations.

13, rue du Château d'Eau.

Oui, je sais que je me suis

mise dans une situation

difficile. Oui.

Oui, j'ai une explication.

Non, je bouge pas.

Ils vont venir me chercher, là?

14.

Non, non. Je bouge pas.

Au revoir.


MONA raccroche le combiné et fume une cigarette.


MONA va à la fenêtre et ouvre pour fumer sa cigarette.


Dans la chambre des garçons, ABEL cite des vers de La Fontaine.


ABEL

Ah!

"Chacun se dit ami,

mais fou qui s'y repose.

Rien n'est plus commun que

le nom, rien n'est plus

rare que la chose."


CLÉMENT

C'est quoi?


ABEL

Je me demande si on a été

un jour vraiment amis, tu vois?


CLÉMENT

Je sais pas.

Quand je t'ai rencontré, bien,

tu m'impressionnais vachement.


ABEL

Ah, bon?

Pourquoi je t'impressionnais?


CLÉMENT

Je sais pas. Ta présence,

comme ça. Tiens.

Quand on entrait

dans une pièce, bien,

je sais pas, je me redressais.

Je crois que j'avais vachement

envie de te plaire.

Je pense que j'étais plus fort...

parce que... dans ma vie,

parce que tu étais là.

Je me rappelle

quand j'étais angoissé,

quand j'étais pas bien,

enfin, je veux dire,

quand j'étais avec des gens

qui m'angoissaient, bien...

quand je savais pas

quoi leur dire, bien...

j'essayais d'imaginer

ce que tu leur dirais, tu vois?

Enfin, je te faisais penser à ma

place et puis ça, ça marchait.


ABEL

Ah, c'est marrant!

Euh, moi aussi,

j'ai pensé à un truc comme ça.


ABEL se couche dans le lit à côté de CLÉMENT.


CLÉMENT

Je pensais, enfin, que tout ce

qui t'appartenait, bien,

ça m'appartenait,

que c'était comme ça.


ABEL

Ah, oui? Moi aussi,

j'ai pensé ça.

Plein de fois.


CLÉMENT

Oui?

Je pensais, bon, que...

On peut se dire ça

quand même, non?

On peut se dire

qu'on s'est quand même...

On s'est quand même mieux

débrouillés parce qu'on

était deux, quoi.


ABEL

Oui. On s'est mieux

débrouillé, oui.

Hum.


CLÉMENT

Oui. Mais ça fait longtemps

quand même que tu...

que tu m'as rien fait découvrir.

Non?

Enfin, je veux dire, à

chaque fois qu'on se voit,

c'est pour se critiquer, pour...

Genre, c'est devenu mesquin,

non? Tu sens pas ça?


ABEL

Je sais pas, non.


CLÉMENT

Je veux dire, on

est devenus des minables.

Tu sens pas?

En tout cas, je pense que

tu n'as plus rien à m'apprendre.


CLÉMENT se lève et va à la fenêtre.


ABEL

J'ai plus rien à t'apprendre,

j'ai plus rien à t'apprendre.

Tu me fais marrer, toi.

Surtout que je suis là

pour toi, hein.


CLÉMENT

Hé, c'est pas ça

que je veux dire, hein.


ABEL

Bien qu'est-ce

que tu veux dire?


CLÉMENT

Quand tu parles, en fait,

j'écoute plus. C'est tout.

Je veux dire, tu m'ennuies.

Je fais semblant de t'écouter.

Quand j'ai un truc important

à dire, je veux dire, un truc

qui me tient vraiment à

coeur, bien, c'est plus à toi

que je m'adresse. C'est tout.


ABEL

Bien, c'est à qui?


CLÉMENT

À d'autres.

À des gens que je connais

pas très bien, mais...

des gens qui ont

envie d'être épatés.

Parce qu'on a vraiment été amis,

hein. Vraiment. Je te jure.

Mais maintenant, c'est fini.

C'est tout.


ABEL

Oui, je préfère dormir que

de discuter avec toi ce soir.


CLÉMENT

Oui, oui. Je suis

d'accord, oui.


ABEL se couche et éteint la lampe.


ABEL

Ah.


CLÉMENT se couche de son côté du lit.


CLÉMENT

(Chuchottant)

Je crois que...

... je crois que je vais

m'enfuir avec Mona.

On va s'évader ensemble.

Je crois que c'est... c'est la

chose qui me ferait le plus

plaisir au monde.


MONA est seule dans sa chambre.

Voix intérieure

"Maman, j'ai fait

une connerie.

"Ils vont m'en remettre

six mois, c'est certain.

"Je vais tenir.

"Et je veux

que tu tiennes aussi."

"À toi, je peux le dire,

j'ai peut-être fait exprès.

"Je veux dire, peut-être

que j'avais peur de sortir.

"Peur du dehors.

"Maintenant, j'ai hâte.

Je suis heureuse de sortir."

"Dans un mois, dans un an,

on s'en fout.

"Je vais sortir.

"Voilà.

"Je t'écris pour pas

que tu t'inquiètes.

"C'est une lettre joyeuse.

"Elle te fera pleurer, je sais.

"Pourtant, elle est pleine

de ma joie.

Des baisers de ta fille."


CLÉMENT dort.


ABEL

(Se parlant à lui-même)

Oui. Tu as dû faire

de la musique.

Ta musique, ça fait que les

gens, ils dansent...

Il faut former des groupes,

c'est tout. Sinon,

on tient pas.

On finira chacun tout seul,

mon vieux.

Complètement ignorés.


ABEL se lève et s'habille. Puis ABEL sort de la chambre.


CLÉMENT se réveille.


CLÉMENT

Fils de pute!

Hallucinant.

Putain de fils de pute!

Fils de pute!


CLÉMENT se lève, ouvre la porte et panique.


ABEL est au bar de l'hôtel.


GÉRANT DE L'HÔTEL

Tu es insomniaque, en fait?


ABEL

Hum, un peu, oui.

J'arrive pas à dormir.


CLÉMENT va à la chambre de MONA. Frappant à la porte.


CLÉMENT

Mona?

Mona, c'est Clément, là.

(Frappant à nouveau)

Ouvre, s'il te plaît.


Au bar, le GÉRANT discute avec ABEL.


GÉRANT DE L'HÔTEL

Il dort ton amoureux?


ABEL

Ah, non. Mais c'est pas

vraiment mon amoureux, tu sais.


GÉRANT DE L'HÔTEL

Ouais... Mais j'ai longtemps été

comme toi, moi. Tu vois?


ABEL

C'est-à-dire?


GÉRANT DE L'HÔTEL

Euh... Pas vouloir

donner de nom, euh...

pas définir le truc, tu vois,

parce que j'avais l'impression

que ça pouvait tout gâcher.


ABEL

Non, non, mais je t'assure.

C'est pas...

C'est pas mon amoureux, quoi.


GÉRANT DE L'HÔTEL

Oh, non. Ça ne me regarde pas.

Bois.


CLÉMENT

(Parlant devant la porte de la chambre de MONA)

Putain! Mais vraiment,

c'est dégueulasse ce que vous

faites. C'est dégueulasse, quoi!

C'est vrai. Vous en avez rien

à foutre de moi, là.

Franchement!

C'est... Vous faites comme

si j'existais pas. C'est ça?

(Se frappant la tête sur la porte)

Putain!

(Frappant sa tête encore)

Argh!


MONA est recroquevillée dans la chambre et bouche ses oreilles avec ses mains.


CLÉMENT

(Voix à travers la porte)

J'en ai rien à foutre.

Je peux gueuler...

Je peux gueuler

de plus en plus fort.

Je vais frapper plus fort.

J'en ai rien à foutre!

(Hurlant)

Putain!


ABEL est bourré.


ABEL

Putain, je te trouve beau, là.


GÉRANT DE L'HÔTEL

Ah, toi aussi, tu es beau,

tu sais.


ABEL

Ha!


GÉRANT DE L'HÔTEL

Moi, je te trouve très beau.


GÉRANT DE L'HÔTEL

Hum.

Je vais te rejoindre, tu sais.


ABEL rit.


CLÉMENT est maintenant couché devant la porte de MONA.


CLÉMENT

Ah, mais c'est

quoi votre jeu, là?

C'est quoi? Vous voulez voir

jusqu'à quel point je peux

souffrir. C'est ça?

C'est qui va lui dire, hein?

Oh, c'est qui?

C'est toi, Abel?

Hein?


MONA se bouche les oreilles, toujours recroquevillée dans sa chambre.


CLÉMENT

(Voix au travers la porte)

Moi, ça me fait pas peur, hein.

Franchement.

(Accroupi devant la porte)

Attends. Ça fait pas peur, hein.

Je peux me foutre

sous les roues d'une bagnole si

j'ai envie. Je peux le faire ça.

Tu comprends ça?

Je peux le faire. D'accord?

Moi, ça, je peux le faire.

D'accord?

Ça te fait bander, mais je...

mais ça, je vais le faire

vraiment, hein.


CLÉMENT tente d'ouvrir la porte puis s'accroupit de nouveau devant la porte.


CLÉMENT

Je vous jure, je vais me tuer.

Abel, Abel, tu m'entends?

Abel, tu m'entends? Parce que

je vais me tuer. Je te jure

que je vais me tuer.

Pour de vrai, hein. C'est

vraiment la fin, là, je te jure.


LE GÉRANT DE L'HÔTEL et ABEL sont maintenant très près l'un de l'autre.


ABEL

Mais ça me fait rien

ton truc, là.


GÉRANT DE L'HÔTEL

(Glissant sa main dans l'entrejambe d'Abel)

Et... Et si je remonte

un petit peu?

Là?


ABEL

Finalement, ça me fait rien.


GÉRANT DE L'HÔTEL

Qu'est-ce qu'il y a?


ABEL

Attends, là. Mais qu'est-ce

qu'il fout, là, lui, là?

Mais qu'est-ce qu'il fout, là?

Putain!


ABEL sort rejoindre CLÉMENT qui marche dehors.


ABEL

Ah, bien, qu'est-ce que tu fais?

Tu vas où?

Tu vas où?


CLÉMENT

(S'enfuyant en courant)

Putain! Salope!

Mais c'est bon, là.


ABEL

Mais tu vas où?

Tu vas où?

Mais qu'est-ce que tu as?


CLÉMENT

Putain!


ABEL

(Rattrapant CLÉMENT)

Qu'est-ce qu'il y a?

Tu vas où?

Qu'est-ce qu'il y a?


CLÉMENT

Lâche-moi, s'il te plaît.

Lâche-moi.


ABEL

Mais qu'est-ce qu'il y a?


CLÉMENT

Lâche-moi.


Attends. Attends, Clément.


CLÉMENT

C'est bon. Quoi?


ABEL

Clément.


CLÉMENT

Qu'est-ce qu'il y a?


ABEL

Attends.

(Pleurant)

Attends.

Je suis foutu, là.

Je suis foutu, Clément.

J'ai plus que toi.


CLÉMENT

Mais je n'y crois plus

à ta douleur, hein.


ABEL pousse CLÉMENT dans une vitrine qui se fracasse sous le poids des deux corps.


Une voiture de police file à toute allure vers l'hôtel.


MONA est escortée par des policiers. ABEL et CLÉMENT regardent la scène, couverts de blessures.


MONA leur sourit avant de monter dans la voiture.


ABEL et CLÉMENT sont assis sur un trottoir.


CLÉMENT

Bon, je te pardonne tout.

Dis-moi la vérité.


ABEL

Quoi? Quelle vérité?


CLÉMENT

Est-ce que tu l'as baisée?


ABEL

Mais de quoi tu parles?

Mais tu es fou?

Comment tu peux dire

des trucs comme ça?

(Pleurant)

C'est fou.

Quoi? Mais non.

Mais non, je te jure.

Il y a rien de...

Il y a rien de coupable

entre Mona et moi. D'accord?


Titre :
Les deux amis


Générique de fermeture

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