Universe image La portée des mots Universe image La portée des mots

La portée des mots

An artist tells the touching and powerful story of one of his or her songs, touching on themes that impact their art.

Share

A plugin is needed to display this content

https://get.adobe.com/flashplayer/

Stef Paquette : On se r'voit à soir

Singer-songwriter Stef Paquette knows very well what a miner`s daily life is like. His grandpa went underground every day to earn a living.



Production year: 2011

Accessibility
Change the behavior of the player

VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


Titre :
Stef Paquette «On se r'voit à soir»


Texte narratif :
Sudbury


Des images de travailleurs miniers défilent.


STEF PAQUETTE

♪ Moé, je travaille ♪

♪ Dans les mines ♪

♪ Depuis au moins 10 ans ♪

♪ C'est pas un choix ♪

♪ Que j'ai fait ♪

♪ C'est dans mon sang ♪

(S'adressant au public de l'émission)

Moi, on m'a tout le temps

dit: "Écris ce que tu connais."

Et le fait que mon père ait

travaillé dans les mines si

longtemps, j'ai dit: "On va

écrire une 'toune' dans les

mines." Un accident qui arrive

dans les mines, c'est quelque

chose qui arrive trop

fréquemment.

J'ai fait un spectacle à Sept-Iles,

et il y a 2 femmes qui

sont venues me voir après et

elles étaient en larmes. Une,

c'était son père. Il est décédé

dans un accident minier de là.

Elle trouvait ça plate que son

père n'était pas là pour la

naissance de son enfant, son premier

enfant.

Elle m'avait envoyé un courriel.

Je l'avais enregistrée sur mon

Mac, la chanson, et je l'avais

envoyée à elle pour qu'elle

l'ait. Elle m'a dit un gros

merci et elle m'a envoyé des

photos de son enfant.

C'est absurde. C'est une "toune"

que j'ai écrite dans mon petit

salon, dans un appartement.

(Chanson en arrière-plan)

♪ Inquiète-toi pas, moman ♪

♪ On se revoit à soir ♪


GERMAINE PAQUETTE, la mère de STEF PAQUETTE, s'exprime au sujet de la chanson.


GERMAINE PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

Je me souviens, je suis allée à

son appartement, et il me dit:

"As-tu deux minutes? Peux-tu

écouter ça?" J'ai dit: "Oui." Je

m'assois et il me chante ça.

J'étais complètement émue. J'ai

pas dit un mot. C'est allé

vraiment me chercher.


STEF PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

Elle est drôle, cette "toune"-là, man.

Je me suis fait repêcher

pour un projet qui s'appelait

Le salut de l'arrière-pays.

On allait dans des petits villages

et on parlait d'eux autres,

et on faisait l'émission de radio

live. Et là, ils voulaient

mettre le projet ensemble.

"Écoute, Stef, si tu peux

m'écrire une 'toune' folk au

sujet de quelque chose..." Un,

j'étais pas le gars pour écrire

des "tounes" folks. Deux,

j'avais aucune idée quoi écrire.

C'était juste un pur hasard.

J'étais au téléphone avec ma

mère et je regardais la télé

dans mon vieil appart. Il y

avait un reportage sur

Springhill. Je regardais ça,

tout l'accident qui est arrivé

dans les mines. Et je parlais à

ma mère. T'écoutes à moitié.

Et là, ma mère a dit quelque

chose. Je m'en allais souper

chez ma mère ce soir-là. Elle a

dit: "C'est ça, on se revoit à

soir."


GERMAINE PAQUETTE

Les mères, ça se fait

blâmer pour tout.


STEF PAQUETTE éclate de rire.


GERMAINE PAQUETTE

(Riant)

Autant prendre ça!

Il s'est invité à souper.


STEF PAQUETTE

(S'adressant à sa mère)

Ça doit être ça. J'avais-tu

du lavage à faire?


La mère et le fils éclatent de rire.


GERMAINE PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

Il s'est invité à souper et

je lui ai répondu: "On se revoit

à soir."


STEF PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

Tu grandis, soit tu veux être

tes parents ou soit tu veux être

le contraire de tes parents.

Mais je pense que tu peux être

les deux. Je vois mon père...

Mon père a travaillé cette job-là

pas parce qu'il voulait, mais

parce que c'était une job

garantie. C'était pas un homme

qui avait une éducation. Il est

allé au Vietnam. Il est revenu

du Vietnam et c'était une job

garantie. Ils embauchaient et on

y allait.

J'ai beaucoup de respect pour

ça, de dire: "Écoute, je vais

prendre ce qui est là parce que

c'est de l'argent, et il faut

que je nourrisse ma famille."

Honnêtement, je ne sais pas si

je serais capable de faire ça.


GERMAINE PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

La chose que j'ai trouvée

difficile avec les mines, c'est

le travail sur les shifts.

Ce n'était pas évident quand lui

travaillait de nuit. Il rentrait

le matin. Moi, j'étais déjà

partie. On se voyait un peu le

soir. Moi, j'arrivais du

travaille, et lui partait.

C'était difficile, ça, avec deux

jeunes enfants. Et, comme de

raison, t'as toujours...

Tu sais, les mines, c'est pas

les places les plus...

les plus... sécuritaires.

T'as toujours ça en arrière de

la tête.

(harmonica)


STEF PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

La plus grosse affaire, c'est

la boîte à lunch à mon père.

C'était rendu qu'il travaillait

des shifts de 12 heures. Et quand

il travaillait des graveyard

shifts, là, il partait à 7 h du

soir et il revenait juste à 7 h

du matin. Donc, on le voyait pas

souvent.

(Ouvrant une boîte à lunch en métal qui grince)

C'est le son. Il y a un son. Il

n'y a pas une autre boîte à

lunch qui sonne de même. Dans le

fond, c'est un morceau de tôle

qu'ils ont juste... C'est juste

ça.

Des fois, je l'aidais à faire

son lunch. Moi, le matin,

c'était ça. Le matin, c'était

pas la porte qui me réveillait,

c'était...

(Faisant grincer la boîte à lunch)

Il n'y a pas un autre son de

même! C'est weird! C'est de ça

que je me souvenais. Et là, je

savais que mon père était

arrivé.


STEF PAQUETTE marche aux abords de la mine avec son père JEAN-GUY PAQUETTE.


STEF PAQUETTE

♪ Par icitte, la mine ♪

♪ C'est une question de survie ♪

♪ Si la mine, elle ferme ♪

♪ Ben le village ferme aussi ♪

♪ Fait qu'on se lève ♪

♪ Tous les jours ♪

(S'adressant au public de l'émission)

J'avais une familiale. Je

mettais un matelas en arrière,

parce que des fois, on attendait

une heure, deux heures pour...

(S'adressant à son père)

Moi, je me souviens... Mom,

elle disait ça, qu'on attendait

des heures pour aller voir la

slag.


JEAN-GUY PAQUETTE

Oui, oui. Vous étiez

couchés en arrière, vous autres.


STEF PAQUETTE

Moi, je tombais endormi.


JEAN-GUY PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

Les jeunes tombaient

endormis, et quand

la slag venait,

on les réveillait.


STEF PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

Le terrain lunaire qu'on a

connu n'est plus aussi lunaire

qu'il l'était. La visite vient

voir un village, une ville ou

quelque chose, un musée,

n'importe quoi. Nous autres, on

l'emmenait voir...


JEAN-GUY PAQUETTE

La slag!


STEF PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

La slag! Ça, c'était tout

noir, là! Faut que tu imagines,

là, l'été, ça, c'est

complètement noir, mais noir,

noir, noir. Et là, le train

passait sur ça, en haut, où il y

a les petits arbres. Le train,

il passe, il arrête, et après

ça, c'est des gros...

Et là, toute la slag descend.


JEAN-GUY PAQUETTE

Des gros chaudrons. Là, ça

bouillait. Ils vidaient ça le

long de la côte et tu voyais ça

couler. Ça faisait comme de la

lave.


STEF PAQUETTE

Oui, ça causait de la

poussière "icitte" et que c'est

un secteur résidentiel, sauf que

c'était unique à Sudbury. Il n'y

a pas nulle part d'autre où tu

peux voir la slag. Et là, on ne

l'a plus.


JEAN-GUY PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

J'ai commencé à travailler un

été à l'Inco, dans le temps, qui

est maintenant Vale. Et puis, je

suis resté là.

J'ai commencé sur la terre.

J'étais "drilleur". C'était

moins pire dans ce temps-là que

ça l'est aujourd'hui. Moi, quand

je travaillais sous la terre, on

travaillait deux shifts: on

travaillait de jour et d'après-

midi, et on ne travaillait pas

les fins de semaine.

Mais ça, ça a tout changé. Là,

maintenant, ils travaillent des

shifts de 12 heures sous la

terre, 7 jours par semaine, 365

jours par année.

Donc, non, c'est plus difficile

aujourd'hui, d'après les heures

de travail, que ce l'était dans

mon temps. Dans mon temps,

c'était plus orienté vers la

famille, je pense. Aujourd'hui,

j'imagine que c'est difficile,

très difficile.


JEAN-GUY PAQUETTE pénètre sous terre, dans la mine, avec son fils.


JEAN-GUY PAQUETTE

Moi, je disais dans le temps:

"Si le Bon Dieu aurait voulu ce

terrain-là, il m'aurait envoyé

'icitte', en dessous de la

terre." Parce que c'est trempe.

Et quand tu te mouillais avec

les machines, t'étais pas rien

que trempe. T'étais trempe

jusqu'à l'os. C'était pas un

trempe normal.


STEF PAQUETTE

T'as travaillé dans quelles

mines?


JEAN-GUY PAQUETTE

De l'autre bord du lac,

"icitte". Puis, dans l'ouest.

T'as jamais été sur

une scoop, hein?

Faut qu'ils me montrent

comment utiliser ça.


STEF PAQUETTE

OK.

(S'adressant au public de l'émission)

Mon père, il a dropé un "tire"

de même sur son orteil. Tu

"checkeras" l'orteil à mon père.

C'est un tire de même qu'il a

dropé.


Un grondement de moteur se fait entendre pendant que STEF PAQUETTE et son père avancent dans le noir.


ACCOMPAGNATEUR

Éteignez vos lampes.

Vous allez voir à quel point

il fait noir sous terre.

Éteignez vos lampes, les gars.

Qu'en pensez-vous?


STEF PAQUETTE

Ah, c'est ça que ça fait.

Je vois même pas ma main en

avant de ma face.


JEAN-GUY PAQUETTE

Non, tu vois pas rien.


STEF PAQUETTE s'entretient avec JOE MORIN, gérant, Norcat Underground Center.


JOE MORIN

NORCAT a commencé

comme training center.

Il a commencé en 98.

Ma job, au commencement,

c'était trainer, mais là, je suis

manager, "astheure".


STEF PAQUETTE

Toi, qu'est-ce qui t'a décidé

à devenir mineur?


JOE MORIN

Dans le temps, c'était la seule

place où il y avait de l'ouvrage.

Quand je suis sorti, je suis

sorti d'une petite place de

bûcherons dans le temps. J'ai

appliqué pour la mine. J'avais

18 ans. Ils m'ont pris.

Quand j'ai commencé, la paie

était de 87 $ par semaine. Je ne

suis pas venu "icitte" pour

l'argent dans le temps, parce

que j'en faisais plus où

j'étais.


STEF PAQUETTE

"Tabarouette!"


JOE MORIN fait une tournée de la mine avec STEF PAQUETTE.


JOE MORIN

(Montrant des employés)

Ces gars-là ont "blasté" vendredi soir.

Là, ils sont en train de manquer

leur ronde.


STEF PAQUETTE

Là, je peux-tu te poser une

question bien niaiseuse?


JOE MORIN

Oui, sure.


STEF PAQUETTE

À 10 000 pieds,

moi, j'ai envie de faire pipi,

je fais quoi, moi, là?


JOE MORIN

Regardez, les toilettes,

c'est là-bas.


STEF PAQUETTE rit. JOE MORIN le présente à JC, un formateur.


JOE MORIN

(S'adressant à JC)

Voici Stéphane Paquette.

(S'adressant à STEF PAQUETTE)

Je crois qu'il est parent avec

Avril Lavigne.


Les hommes éclatent de rire. JOE MORIN fait ensuite visiter la mine à STEF PAQUETTE.


INTERVIEWER

Stef, avais-tu déjà descendu

dans une mine?


STEF PAQUETTE

Pas une mine fonctionnelle,

non. Pas une mine où qu'on

produisait. C'est sûr que quand

t'es un... Moi, je viens

d'"icitte", donc, c'est sûr, on

nous emmenait tout le temps au

Big Nickel. Là, ça s'appelle

Terre dynamique.

Là, ça te donnait un aperçu de

qu'est-ce que c'était. Mais je

veux dire...


INTERVIEWER

Toi, ton père, quand il

travaillait, savais-tu ce qu'il

faisait?


STEF PAQUETTE

Aucune idée! Moi, je

posais jamais de questions. Dans

les premières années, il

travaillait, il arrivait tout

sale, tout le kit. Je comprends

pas, moi. Mais là, je suis tout

sale, je comprends en

"tabarouette"!


Entretien avec PASCAL BOUCHER, délégué syndical en chef...


PASCAL BOUCHER

(S'adressant au public de l'émission)

Ça prend des personnes

autonomes, des personnes qui

sont capables de se diriger

elles-mêmes. C'est sûr que tu

vois pas beaucoup de gens dans

ta section quand tu travailles

dans la mine.

Ça prend aussi quelqu'un qui est

consciencieux. Disons, si tu es

un gars qui prend des raccourcis

ici et là, tu vas te faire mal.

On fait pas des oreillers. Ça

fait qu'il faut quelqu'un de

consciencieux et quelqu'un qui a

une approche quand même assez

raisonnable dans ce qu'il fait

dans ses choses quotidiennes.


JOE MORIN

Tu sais ce qui se passe là,

Stéphane? Ça fait 10 ans, les

gars, ils "drillent". Ils

"drillent" et ils "blastent".

Celui-là, ils sont en train de

le marquer out. Qu'est-ce qu'ils

font? Ils prennent la moitié de

la ronde. Ils "blastent" ça. Là,

il manque celle-là. Après ça,

ils "blastent" le top.

On leur montre comment prendre

une drift round.

Et après ça, on leur montre

comment "slasher".

(S'adressant à des mineurs au travail)

(Propos traduits de l'anglais)

Vous êtes ici depuis trois semaines,

les gars?


MINEURS

(Propos traduits de l'anglais)

Oui.


JOE MORIN

(Propos traduits de l'anglais)

Et vous avez beaucoup foré?


MINEURS

Oui.


JOE MORIN

Il y a beaucoup de forage.

Il y a beaucoup de boulonnage.

Il y a beaucoup...


STEF PAQUETTE

Mais c'est une machine,

right? Ce n'est plus à la main?


JOE MORIN

C'est à la main, oui. C'est à

la main.

Ça s'en vient, là.


STEF PAQUETTE

C'est un gros...


JOE MORIN

Je vais te le montrer

"icitte", là.


STEF PAQUETTE

(Découvrant l'outil)

T'es pas sérieux?

Juste ça, c'est 85?


JOE MORIN

85 livres. Prends-la dans tes

bras, voir.

Let Stef have that.


STEF PAQUETTE

(Soulevant l'outil avec difficulté)

Oh!

(Propos en anglais)

I can't anymore.


UN MINEUR

(Propos en anglais)

There you go! That goes in

there. You lock it.


JOE MORIN

(Propos en anglais)

Get it off! Get it off!

All these guys are gonna become

singers now!


STEF PAQUETTE

(Propos en anglais)

Yeah... I have to go back to

the gym.


Tous rient.


UN CONTREMAÎTRE

La fille que j'ai, elle

"drille" toute seule avec ça.


STEF PAQUETTE

La fille que t'as, elle

"drille" toute seule avec ça?


UN CONTREMAÎTRE

Ouais!


STEF PAQUETTE

Tu me niaises?


UN CONTREMAÎTRE

Non.

Elle a "drillé" six trous de fil

sans arrêter.


STEF PAQUETTE

(Propos en anglais)

So that's a one man job?


UN CONTREMAÎTRE

Yeah.


PASCAL BOUCHER

Or woman.


JOE MORIN

Or woman, yeah!


STEF PAQUETTE

Me semble qu'il y a pas

grand-chose qui a avancé côté

mines. On dirait que tu fais

tout encore à la main. Quand

tout le reste, c'est tout rendu

ordinateur, tout le kit,

"icitte", dans les mines, c'est

encore...


JOE MORIN

Il y avait un temps où on

venait à bout avec

les buckets,

mais on cassait à toutes les

fois le bucket. C'est fait

à la main.


STEF PAQUETTE tient à présent l'outil pour forer. Par mégarde, il l'enfonce trop loin dans le mur.


STEF PAQUETTE

Oh! Shit!


JOE MORIN

Enlève-le, Stéphane!


STEF PAQUETTE

Je pense pas que j'étais

supposé faire ça!


Tout le monde applaudit.


STEF PAQUETTE

Aïe!

60 trous par jour?


UN CONTREMAÎTRE

Oui.


STEF PAQUETTE

(S'adressant à JOE MORIN)

C'est drôle, hein! J'ai écrit

ma "toune" à cause de qu'est-ce

que j'avais vu à la télé et à

cause de qu'est-ce que quelqu'un

m'avait dit au téléphone.

Mais là, tu vois ça,

man, puis... Il y a un nouveau

respect qui sort. Je veux dire,

nous autres, il y a des grèves,

il y a des strikes "icitte" tout

le temps, et ça divise la

communauté. Le monde: "Ils ne

sont pas contents, ils se font

déjà assez d'argent..." Tout le

kit. Je vais dire, tu pourrais

pas me payer... Il faudrait que

tu me payes encore plus pour

faire qu'est-ce que j'ai fait

aujourd'hui, à tous les jours,

man! Je vais dire ça tout de

suite, là.


PASCAL BOUCHER

(S'adressant au public de l'émission)

La dernière grève, c'était la

plus longue. On a failli passer

un an en ligne de piquetage.

C'est sûr que ça divise la

communauté.

Il y avait 18 000 travailleurs

ici, il y a un temps. On est

rendus à peu près à 3 000, un

petit peu moins que 3 000

membres.

Avec les nouveaux propriétaires,

Vale, on a régressé de 40 ans en

sécurité au travail depuis leur

arrivée. Ça fait 4 ans.

En 7 mois, on a eu 4 morts en

région.


JOE MORIN

(S'adressant au public de l'émission)

Aussitôt qu'il y a un

accident, on en entend parler,

tout ça. On fait un petit

meeting: qu'est-ce qu'on va

faire pour arrêter ça? Si

quelque chose arrive ici, je

sais pas si t'as remarqué, mais

moi je mets des "no procedure".

Comme si quelqu'un s'est fait

mal avec quelque chose, tu sors

la procedure. OK, c'est ça

qu'on va faire pour pas

que ça arrive encore.


STEF PAQUETTE

♪ Pogne ta bouteille d'eau ♪

♪ Pis coule-moi-la dans le dos ♪

♪ J'ai le corps tout fini ♪

♪ J'ai les mains engourdies ♪


STEF PAQUETTE se rend chez un ami d'enfance, RHÉAL BERTHIAUME, et sa conjointe GINETTE LAVOIE.


GINETTE LAVOIE

(S'adressant à STEF PAQUETTE)

À chaque fois qu'il y a un

accident dans les mines, on a

des appels de notre famille.

Quelle mine que Rhéal travaille?

Quelle mine?


STEF PAQUETTE

C'est ça, là. T'entends que

quelque chose est arrivé dans

une mine, c'est ça, tout le

monde appelle.


GINETTE LAVOIE

Exactement. Tout le monde

panique un peu et appelle, et

après ça, nous autres, on

connaît du monde qui travaille à

cette mine-là. Ça, c'est-tu un

gars qu'on connaît? Parce que

nous autres "itou", on était

comme inquiets.


RHÉAL BERTHIAUME

Il y a des accidents

qui arrivent sur la route.

Il y a des accidents qui

arrivent tout le temps.

Ça fait quelque chose. Ça fait

des affaires. C'est pas drôle!


GINETTE LAVOIE

Si c'est ton temps, c'est ton

temps. Si tu travailles dans les

mines, si tu es un animateur, si

c'est ton temps, c'est ton

temps.


STEF PAQUETTE

Policier... n'importe quoi...


GINETTE LAVOIE

Exactement.


STEF PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

On a grandi à la même place.

On a grandi à Chelmsford, lui et

moi. On a fait du skateboard

quasiment toute notre jeunesse

ensemble, moi et lui.

Je suis chanceux que ma job...

Ma job, c'est une passion,

qu'est-ce que je fais.

Et, je veux dire, il y a du

monde qui le regarderait et

dirait: "Lui, il est chanceux

parce qu'il est rentré dans les

mines." Il y a bien du monde,

pendant qu'on se parle, qui

attendent, là, qui embauchent

encore pour dire: "Je veux

rentrer, il faut que j'aie une

job. Ça paye bien." On pense

que... Je veux dire, c'est 2012.

On a plein de technologies.

Il y a des jobs safe, c'est safe,

tout le kit, sauf que quand on

entend les deux jeunes qui sont

décédés dernièrement, il y a-tu

des fois, quand t'entends ça, tu

fais: "Hmm, ouin..."?


GINETTE LAVOIE

Moi, je veux pas y penser.

Je ne lui demande pas ce que...


STEF PAQUETTE

T'as aucune idée de ce qu'il

fait en dessous?


GINETTE LAVOIE

Non. Je veux pas savoir. J'ai

l'opportunité de faire des

tournées, parce qu'il travaille

là. Je ne veux pas savoir

exactement c'est quoi, le danger

de sa job.


RHÉAL BERTHIAUME

Souvent, des fois, ça lui

fait de quoi, surtout

les shifts de nuit. Elle n'aime pas

être seule le soir. Je pense que des

fois, elle y pense trop.


STEF PAQUETTE

(S'adressant à RHÉAL BERTHIAUME)

Qu'est-ce que t'aimes le plus

de ton travail?


RHÉAL BERTHIAUME

Hmm... J'aime

les schedules.

J'aime être à la maison!

On travaille 5 jours, on est off

pour 5 jours, ou on en travaille

4, on est off pour 4.

Je suis off deux fins de semaine

par mois, so,oui, j'ai bien du

temps à la maison avec la

famille.

J'étais à South Mine avant.

Après ça, ils ont fermé les

portes. Ils m'ont déplacé dans

une autre. Après, strike.

Je suis rendu à North Mine.


STEF PAQUETTE

Ça fait combien longtemps que

tu es là?


RHÉAL BERTHIAUME

Ça fait 6 ans, là.


STEF PAQUETTE

OK! Toi, tu as passé toute la

strike d'un an et tout?

Tu as "toute" vécu ça, là?


RHÉAL BERTHIAUME

Oh oui! Oh oui, c'était

intéressant.

(Riant en regardant ses jeunes enfants)

Il y en a qui travaillaient dans

les mines au loin. Il y en a qui

allaient à Timmins, il y en a

qui allaient à différentes

places.

Moi, je suis resté alentour

d'ici. Je me suis trouvé des

petites jobs à Home Depot, puis

j'ai travaillé à la colline de

ski. L'union nous supportait

aussi. Elle nous donnait un peu

d'argent chaque semaine, qui

nous aidait.

On prenait ça une journée à la

fois. C'était la seule manière

de le prendre.


STEF PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

Ça a été une rencontre

d'humilité, disons, de voir

quelqu'un qui te dit: "Écoute,

moi, je vais faire ce qui est

nécessaire. C'est pas au sujet

de moi, c'est au sujet de mes

deux enfants, ou mes trois

enfants, ou peu importe. Il faut

que je les nourrisse. Il faut

que je paie mon hypothèque. Et

si c'est descendre dans une cage

à tous les jours pour faire ça,

même si c'est pas ça que je veux

faire, je vais le faire."

Même si je comprenais pas ce que

mon père faisait, à un certain

point, tu peux pas oublier. Si

j'ai une guitare dans les mains,

c'est parce que mon père a

travaillé à une job qu'il

n'aimait pas et qu'il m'a acheté

ma première guitare à 150 $.


Des images de STEF PAQUETTE, en prestation sur une scène, défilent.


STEF PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

Donc, cette "toune"-là "fitait"

vraiment pas avec ce que je

faisais, donc on l'a mise sur

une étagère. Mais, je sais pas,

chaque fois que je la joue, le

monde semble l'aimer.

Dimanche dernier, je l'ai faite

en spectacle. Et sur Facebook...

Il y a une de mes amies qui m'a

texté. Elle dit: "As-tu vu la

conversation sur Facebook?" Je

suis allé là, il y avait du

monde qui était en train d'avoir

une conversation ouverte, sur

Facebook, au sujet du texte de

la chanson des mines. J'ai dit:

"C'est quoi, cette affaire-là?"


GERMAINE PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

J'étais là avec un couple

d'amis, un homme et une femme,

et puis mon amie de fille. Eux

autres l'avaient jamais

entendue. Et puis, quand la

chanson a commencé, moi, j'ai

juste pris un grand respire,

j'ai rien dit.

Et puis, je les observais. Mon

amie de fille, les larmes ont

coulé. Ils ont eu à peu près la

même réaction que moi, j'ai eue.

Et après ça, on est allés au

café et on en a discuté. On se

demandait pourquoi ça nous

accroche comme ça, parce qu'il y

en a beaucoup, des chansons

tristes sur le marché. Pourquoi

celle-là nous accroche?

Moi, je comprends, dans mon cas,

c'est mon fils qui la chante.

Mais dans leur cas à eux

autres... Elle m'a fait réaliser

que si ça avait été une chanson

où il avait parlé de quelqu'un

d'autre, un père et son fils...

Mais là, il l'a personnalisée.

C'était lui, son père. Et puis,

c'est ça qui a touché, je pense,

qui a touché les cordes

sensibles.


STEF PAQUETTE

(S'adressant au public de l'émission)

Moi, je me suis dit: il n'y a

personne qui va se reconnaître

dans la "toune". C'est trop

régional comme chanson.

C'est là, quand tu commences à

faire de la tournée, et que tu

fais la chanson, que tu réalises.

Il n'y a pas juste des mines à

Sudbury et il n'y a pas juste

des accidents à Sudbury. Il y a

bien du monde: "Elle est-tu sur

ton nouvel album?" Non, elle

n'est pas sur mon nouvel album.

Je ne l'ai jamais enregistrée,

cette "toune"-là.

J'aime pas enregistrer des

chansons. C'est ça qui est drôle

quand on est dans un studio. Un

enregistrement, c'est that's it.

Une fois que c'est ancré, c'est

ancré.

Un spectacle à Hearst, et après

ça, un spectacle à Sudbury ou un

spectacle à Sept-Iles, ça, c'est

tous des moments différents,

mais ton enregistrement, qu'il

soit à Sept-Iles, ou à Hearts,

ou à Sudbury, c'est le même

enregistrement.

Et si tu n'es pas satisfait avec

le moment, si tu te réécoutes

tout le temps et tu fais: "Ah,

j'aurais dû chanter ça de même.

J'aurais dû faire ça de même."

Parce que, veux, veux pas, en

spectacle, les chansons évoluent

et tu évolues tout le temps,

mais une fois que tu

l'enregistres, that's it!

L'évolution s'arrête là.

Je pense que c'est pour ça que

j'hais enregistrer. J'hais ça.


STEF PAQUETTE enregistre sa chanson en studio, sous l'oeil attentif de sa mère.


STEF PAQUETTE

♪ Moé, je travaille ♪

♪ Dans les mines ♪

♪ Depuis au moins 10 ans ♪

♪ C'est pas un choix ♪

♪ Que j'ai fait ♪

♪ C'est dans mon sang ♪

♪ Moé pis mon père ♪

♪ à chaque matin ♪

♪ On descend dans un trou ♪

♪ Pour gagner notre pain ♪

♪ Par icitte, la mine ♪

♪ C'est une question de survie ♪

♪ Si la mine, elle ferme ♪

♪ Ben le village ferme aussi ♪

♪ Fait qu'on se lève ♪

♪ Tous les jours ♪

♪ Même si on se sent pas ♪

♪ Capables ♪

♪ Pour qu'on puisse mettre ♪

♪ Du pain ♪

♪ Pis du beurre sur la table ♪

♪ Pogne ta bouteille d'eau ♪

♪ Pis coule-moi-la dans le dos ♪

♪ J'ai le corps tout fini ♪

♪ J'ai les mains engourdies ♪

♪ Ma face est toute noire ♪

♪ J'ai besoin ♪

♪ D'une bouffée d'air ♪

♪ Inquiète-toi pas, moman ♪

♪ On se revoit à soir ♪

(Jouant de l'harmonica)

♪ On était sous un toit ♪

♪ On venait tout juste ♪

♪ De blaster ♪

♪ Moé pis mon père ♪

♪ On était deux à scaler ♪

♪ Mais quand la barre ♪

♪ A fait toc ♪

♪ Le lousse a tout de suite ♪

♪ Lâché ♪

♪ Pas le temps de se regarder ♪

♪ Ni de se saluer ♪

♪ Quand le téléphone a sonné ♪

♪ La mère l'a vite répondu ♪

♪ Mais c'est comme si au fond ♪

♪ Elle l'avait déjà su ♪

♪ Elle s'est assise à table ♪

♪ Elle s'est versé à boire ♪

♪ Y aura personne qui viendra ♪

♪ Souper à soir ♪

♪ Pogne ta bouteille d'eau ♪

♪ Pis coule-moi-la dans le dos ♪

♪ J'ai le corps tout fini ♪

♪ J'ai les mains engourdies ♪

♪ Ma face est toute noire ♪

♪ J'ai besoin ♪

♪ D'une bouffée d'air ♪

♪ Fais-toi-en pu, moman ♪

♪ Je suis sorti de l'enfer ♪

♪ Moé, je travaillais ♪

♪ Dans les mines ♪

♪ Depuis au moins 10 ans ♪

♪ C'était pas un choix ♪

♪ Que j'avais fait ♪

♪ C'était dans mon sang ♪

♪ Moé pis mon père ♪

♪ à chaque matin ♪

♪ On descendait dans un trou ♪

♪ Pour gagner notre pain ♪


Générique de fermeture

Episodes

Choose a filtering option by age, fiction or season

  • Category Season

Résultats filtrés par