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La portée des mots

An artist tells the touching and powerful story of one of his or her songs, touching on themes that impact their art.

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Anique Granger : Les outils qu`on a

Hailing from Saskatchewan`s grand prairies, singer-songwriter Anique Granger grew up in a family that communicated its love of words and melodies. “Les outils qu`ont a” is a song…



Production year: 2011

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


Titre :
Anique Granger «Les outils qu'on a»


Texte narratif :
Montréal


ANIQUE GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

J'étais justement dans un

défi d'écriture. Grégory Charles

était allé chercher des auteurs-

compositeurs pis il nous avait

donné des thématiques, dont le

départ, il y avait... L'amour

impossible, des choses comme ça.

Pis un thème qu'il nous a donné,

c'était le complexe d'Oedipe.

Ma 1re réaction, c'était

comme...

God, non! You gotta be

kidding! C'est pas vrai, là!

C'est...

Pis j'ai commencé, j'étais

choquée, là! Je voulais pas

écrire sur ce sujet-là! J'ai

écrit une chanson qui s'appelait

No way, what would Dr Freud say,

pis cette chanson-là, je ne la

chante plus. Elle est pas très

bonne. Pis là, après, quand j'ai

écrit celle-là, qui est comme un

peu tombée par hasard, je me

suis rendu compte: OK, ça...

À quelque part, au moins, ça

rejoint cette relation avec mon

père.

(En prestation avec sa guitare)

♪ Je passerai sur les bosses ♪

♪ De ta route ♪

♪ Un rabot ♪

♪ Mais ne me demande pas ♪

♪ Des mots ♪

♪ Pour sculpter ton paysage ♪

♪ J'ai affûté mes ciseaux ♪

♪ Mais ne me demande pas ♪

♪ Des mots ♪

♪ Ma fille ♪

♪ Je sais pas quoi dire ♪

♪ Ma fille ♪

♪ Je sais pas quoi faire ♪


ANIQUE GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

La chanson

Les outils qu'on a

est comme un peu... Elle est un

peu tombée du ciel, d'une façon.

L'idée m'est venue quand j'étais

chez mon père, un jour où je

filais pas. Il s'était passé de

quoi pis ça m'avait vraiment

mise de mauvaise humeur, pis là,

une chose mène à une autre,

pis... Je commence à questionner

ma vie en entier, là... C'était

pas une belle journée. Mon père

était là, pis il m'écoutait

parler, pis il m'écouter

chialer... Il était super mal à

l'aise avec ça. Alors, à un moment

donné, il m'a juste dit:

"Anique, viens-t'en dans le

garage, on va construire quelque

chose!" C'était comme si "j'ai

besoin de sortir de la maison,

il faut qu'on fasse de quoi"!

Ça, c'est... En fait, c'est pour

le premier lapsteel que j'ai

construit, puis la caisse, je

l'ai construite avec mon père.

Il a trouvé des vieux morceaux

de planchers de bois, des vieux

morceaux de plywood, pis là, on

a fait notre tournée habituelle

de toutes les quincailleries de

la ville pour trouver des bonnes

latchs pis tout ça, là...

On a mesuré, puis... Ça, c'est

le premier lapsteel que j'ai fait.

Ça m'a fait réaliser que c'était

comme un langage pour lui. On

n'avait pas nécessairement

besoin de parler, mais c'était

un geste qui parlait beaucoup

quand même.

J'avais jamais bricolé des

instruments de musique, mais ça

me tentait. J'adore les

luthiers, j'étais toujours un

peu fascinée par leur travail,

pis... Oui, j'avais le goût

d'essayer, mais j'ai toujours

été bricoleuse, j'ai toujours

fait quelque chose.

Je voulais construire quelque

chose, pis je me suis dit qu'un

lap steel,c'est un bon point de

départ. Il y a beaucoup moins de

variables, ça sonne relativement

plus simple que... C'est par là

que je voulais commencer.

J'étais toute seule, ici, dans

mon appart, pis j'ai trouvé un

livre sur Internet:

It's easy to build your

own lap steel guitar,

que ça s'appelait,

so... Je me suis dit: Ah,

if it's easy...

J'ai commandé le livre, puis

c'était comme... Chaque étape,

je courais m'acheter des outils,

je courais m'acheter quelque

chose, pis c'était comme...

Quelques mois plus tard, j'avais

un atelier au complet. C'est

tellement complexe! Ça a l'air

de rien, mais il y a tellement

de détails, pis il y a tellement

de précision!

Pis je suis pas une fille

particulièrement précise. J'ai

l'impression que je vais

toujours à peu près au pif, mais

d'avoir besoin de me dire: OK...

D'être patiente et d'être

précise, c'est deux choses que

je voulais apprendre, pis ça va

chercher ce côté-là. Ça m'a

vraiment mise dans un état

d'esprit très...

Très tranquillisant.

Sabler du bois, c'est super

méditatif. Moi, je suis

quelqu'un qui est toujours...

Tu sais, je fais 15 minutes de

ça, je cours dans la cuisine, je

fais 15 minutes de quelque chose

d'autre. Mais là, je pouvais

passer des heures et des heures

à juste sabler un morceau de

bois pis essayer de rester

"focusée" sur un projet.

Pour ça, ça... Ça a parlé fort.

Je pense qu'à date, c'est mon

plus beau. C'est mon lap

steel le plus réussi à date. Je suis

très, très contente avec celui-ci.


Texte narratif :
Saskatoon


RAOUL GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Malgré le fait que

j'aie un diplôme en génie

mécanique, j'ai jamais fait le

travail d'ingénieur comme tel.

J'ai toujours fait de la

recherche, et je faisais de la

recherche en hydrologie, donc

l'étude de l'eau.

Moi, ça, c'est une passion que

mon père m'a transmise. C'est

ça, oui. Lui, c'était sa

passion, travailler le bois,

même si c'était pas sa

formation, comme c'est pas la

mienne, mais... Oui, il m'a pas

montré son métier, mais il

prenait toujours le temps de me

montrer comment planter des

clous, comment tenir une égoïne,

comment manger la ligne avec...

La ligne de crayon avec une

égoïne, quel côté et tout ça.

Oui, oui.


ANIQUE GRANGER

(En prestation avec sa guitare)

♪ On fait ce qu'on peut ♪

♪ Avec les outils qu'on a ♪

♪ Mais dans le coffre ♪

♪ Je n'ai pas celui-là ♪


RAOUL GRANGER

(Parlant de la chanson)

Moi, j'étais très ému.

Je pense que j'étais tellement

ému que je n'ai pas saisi les

paroles, la première fois, tout

simplement parce que je savais

qu'elle parlait de moi là-dedans.


ANIQUE GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Je lui ai fait entendre ça

dans les écouteurs parce que je

ne voulais pas qu'il ait de

surprise un moment donné, pis

j'étais pas sûre... Parce que

moi, j'avais peur qu'il soit

soit blessé ou... à la limite,

insulté. Mais non, il a

écouté... Parce que, tu sais, il

ne dit pas grand-chose, mais il

avait les écouteurs et il

paraissait un peu ému. Il a dit:

"C'est beau."


RAOUL GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Elle a vu quelque chose en

moi qui a déclenché cette

étincelle de créativité, si vous

voulez. C'est à la fois flatteur

et touchant, et même si elle

parle d'une de mes faiblesses,

c'est... C'est comme presque

normal pour les pères, je pense,

cette faiblesse de manque de

paroles, des fois.


DAVID GRANGER, le frère d'ANIQUE GRANGER, parle de sa sœur et de la chanson.


DAVID GRANGER

Sans doute que ça l'a beaucoup

marquée. Des fois, c'est

frustrant quand tu ressens que

tu devrais recevoir quelque

chose de quelqu'un, mais que ça

ne vient pas ou que cette

personne-là ne nous le donne

pas, surtout quand c'est son

père, mais... Oui, je pense

qu'elle a vraiment aussi trouvé

une manière de le dire. Je suis

certain qu'il y a eu le déclic

dans sa tête, qui est comme:

"Wow, tu sais quoi? C'est des

outils pis..." C'est comme ça

qu'il s'exprimait, pis en même

temps, c'est un beau jeu de mots

avec "être capable de faire ce

qu'on peut avec ce qu'on a".


ANIQUE GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

J'avais à peu près 18...

19 ans peut-être?

Pis vu que, justement, moi, je

venais de revenir du collège,

pis j'étais un peu bohème,

j'étais partie depuis bien des

années, ça fait que moi, j'ai

pas vu venir. C'est ça, ma mère

nous a vraiment juste assis dans

le salon, un jour, puis elle

nous a dit que Raoul quittait,

puis c'est comme ça qu'elle nous

l'a dit. Ça, c'était sa

perception, à ce moment-là.

Puis... Que c'était fini, qu'ils

se séparaient.


RAOUL GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Ça a été une période

difficile, mais la chose

certaine, c'est de se rendre

compte qu'on est toujours à

l'endroit exact où l'on doit

être. C'est ça, pis je suis

exactement où je dois être

maintenant.


DAVID GRANGER déplace un accessoire de théâtre.


DAVID GRANGER

(S'adressant à ANIQUE GRANGER)

Je vais le mettre sur le

sofa, I guess? Tant qu'il

va pas se salir.

(S'adressant au public de l'émission)

D'une certaine manière, tu

sais, moi, c'était peut-être la

première fois où mon père n'était

plus un peu l'image idyllique de

comment une personne devait être

dans la société. Pis ça l'a

humanisé, pis je... Maintenant,

je respecte ça. Je trouve ça

vraiment correct. Dans le temps,

j'avais plus de colère, mais tu

sais, c'était un peu une colère

adolescente aussi, fait que...

Mais... En même temps, ça m'a un

peu permis de me mettre à son

niveau pis qu'on puisse être

plus homme à homme au lieu de

père fils.


ANIQUE GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Moi, j'ai vécu plus un

détachement pendant une couple

d'années. Je vivais mes affaires

à moi à ce moment-là, alors ça

m'a pris quelques années pour

revenir puis reconnecter.

Pendant bien des années, à ce

moment-là, mon père, il est

juste... Il s'est vraiment

retiré, parce que lui aussi, il

avait besoin de construire sa

nouvelle vie, pis je pense qu'il

vivait avec beaucoup de

culpabilité. Alors, ça a pris

bien des années avant qu'on se

reparle même, tu sais, pour plus

que juste des banalités

essentielles.

Je ne sais pas si j'ai trouvé ça

difficile, parce qu'à ce point-

là où j'étais, tu sais, on

dirait que j'avais plein de

choses sur mon assiette, moi

même, à "dealer" avec, pis...

J'étais peut-être aussi un petit

peu... J'essayais de me donner

l'allure de comme... Pfffft!

Tu sais, de...

De pas m'en faire, mais...

(En prestation avec sa guitare)

♪ J'enfoncerais ta peine ♪

♪ À grands coups de marteau ♪

♪ Mais ne me demande pas ♪

♪ Des mots ♪

♪ Je retrousserai mes manches ♪

♪ Je resserrerai l'étau ♪


ANIQUE GRANGER regarde son père travailler manuellement.


ANIQUE GRANGER

(S'adressant à son père)

Je me rappelle, quand tu

faisais de la sculpture sur

bois...


RAOUL GRANGER

Ah oui!


ANIQUE GRANGER

Pis je pense que nous autres,

on voulait aussi faire de la

sculpture, on trouvait ça cool,

mais comme de raison, tu voulais

pas nous laisser jouer avec des

ciseaux à bois, mais t'as

sculpté des outils en bois avec.


RAOUL GRANGER

(Se remémorant)

Ah oui!


ANIQUE GRANGER

Tu m'avais fait tout un kit

de sculpture, mais tous mes

outils étaient faits en bois!

Tu m'avais sculpté des petits

outils, pis moi, je faisais ça

avec des gros blocs de cire

faits dans des cartons de

lait...


RAOUL GRANGER

Oh oui, oui!


ANIQUE GRANGER

Yeah! Ça, je m'en rappelle.


RAOUL GRANGER

Ah, j'avais oublié ça!


ANIQUE GRANGER

Oh yeah!


RAOUL GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

La passion que

j'ai reçue de mon père et que je

vois renaître en elle, oui, oui,

il y a ce côté-là qui me fait

sourire et c'est intéressant,

oui.


ANIQUE GRANGER

(S'adressant à son père)

C'est tellement comme...

T'aurais pu juste sabler les

coins.


RAOUL GRANGER

Ben, on peut faire ça aussi.


ANIQUE GRANGER

Non, mais c'est vrai!

T'es fancy,toi!

T'aimes faire les choses avec

des outils.


RAOUL GRANGER

T'auras à faire ça tantôt.

C'est ça, on va emporter ça

là. Mais je vais prendre un

morceau, un différent morceau,

so attends une seconde.

(S'adressant au public de l'émission)

Ça nous a obligés de communiquer

d'une façon différente, je

pense, parce qu'il faut

expliquer des choses, il faut

s'assurer qu'il n'y a pas trop

de questionnements. Mais il y en

avait certainement. Chose

certaine, j'étais, à cette

époque-là... Je suis très mal

placé, et j'étais très mal placé

à ce moment-là pour ressentir ce

que les autres ressentaient

parce que je souffrais trop,

moi, tu vois?

Et... On est beaucoup moins

sensibles à ce que les autres

peuvent ressentir pendant une

période comme ça.


ANIQUE GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Tu sais, je suis pas sûre, ça

s'est fait vraiment graduellement.

I mean, c'était pas...

Il était pas complètement

coupé de nos vies, mais c'était

vraiment distant. Pis là, moi,

j'ai déménagé à Montréal. Je

pense que c'était à ce moment-là

qu'il a commencé à m'appeler. Je

ne sais pas si c'était le

vendredi matin. Maintenant,

c'est toujours, 15 ans plus

tard, le vendredi matin qu'il

m'appelle. Mais il a commencé à

m'appeler à toutes les semaines,

pis il avait rien à dire.

Généralement, la conversation,

c'était comme: "Pis? Quoi de

neuf?" On jasait pendant 2

minutes et demie, pis là... Mais

j'ai juste... J'ai vraiment

compris le geste. J'ai vraiment

compris qu'il faisait un gros

effort, puis... On avait

absolument rien à se dire

pendant un bout, mais c'était

correct. Moi, j'aimais ça,

j'étais super contente qu'il

m'appelle!


DAVID GRANGER et sa sœur discutent dans l'atelier de théâtre. DAVID GRANGER nettoie un accesssoire.


DAVID GRANGER

(S'adressant à ANIQUE GRANGER)

C'est même pas comme du vrai!


ANIQUE GRANGER

Non? C'est quoi?


DAVID GRANGER

C'est... Je sais pas. Style a

lifebrand, Pepto Bismol... Je me

demande pourquoi ils ont fait ça

rose.

(S'adressant à son enfant qui lui parle)

Oui, chou?


L'enfant de DAVID GRANGER lui montre une cannette de bière rose.


DAVID GRANGER

(S'adressant à ANIQUE GRANGER)

Ça, c'était mon rôle! Moi, je

buvais une bière rose en fumant

une fausse cigarette.

Pendant le spectacle, je gère la

caméra. Je fais de la

manipulation de crocodile.


ANIQUE GRANGER

Manipulation de crocodile?


DAVID GRANGER

Oui, on le fait nager, tu

sais!


UN HOMME

Manipulateur général!


DAVID GRANGER

Je suis un manipulateur

général, pis c'est moi qui fais

le rideau, monter pis descendre.

Hum... Quand le rideau est

monté, parce que là, d'habitude,

c'est complètement blacklight,

j'ai ma petite blacklight ,là,

je suis tout en noir, fait qu'on

voit juste mes ongles, mes

pieds, puis j'ai des X en rose

sur mes lunettes, pis des X pour

mes yeux, pis je fume une fausse

cigarette en buvant une bière

rose fluorescente, c'est ça.


RAOUL GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Il y a le côté sexiste, si tu

veux, parce que les pères sont

orgueilleux pis ils veulent que

leurs enfants leur ressemblent,

donc quand on a un fils, on veut

qu'il soit comme nous. Donc, on

cultive cette relation-là très

différemment qu'on le fait avec

une fille. J'ai quand même

compris assez tôt qu'il ne

serait pas un ingénieur parce

que ça l'intéressait moins. Mais

par contre, quand il était

jeune, en début de secondaire,

il parlait de devenir

architecte. J'ai trouvé ça

intéressant et la semaine

d'après, il parlait de devenir

clown, et donc, il a oscillé

entre clown et architecte

quelques fois. Je me suis dit:

ben, dans le fond... Il est allé

au théâtre, il fait de la

scénographie, c'est un heureux

mélange des deux!


DAVID GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Nous autres, on avait le

sport en commun, ce qui faisait

en sorte que, vraiment, là, on a

lancé de la balle ensemble,

beaucoup, tu sais, pis des

choses de même qui sont vraiment

plus typiques père-fils.

Point de vue émotif, je veux

dire, il m'a... On ne se parlait

pas beaucoup, là, de choses plus

profondes que la température,

souvent, ou de sport...


ANIQUE GRANGER

(S'adressant à son frère)

Pointages!


DAVID GRANGER

Ouain, ouain!

(S'adressant au public de l'émission)

Une relation gars-gars

que lui, il n'a pas réussi

à avoir avec Anique.

Hum... Pis je pense qu'il a

vraiment essayé, justement avec

les mots, de la rejoindre comme

ça pis de trouver quelque chose

qui les rejoignait, là, tu

sais...


RAOUL GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

J'ai quand même fait des

efforts pour les traiter de la

même façon... Tu sais, Anique

aussi, je l'ai prise de côté, on

a fait des petits projets de

construction et des choses...

Mais c'était différent.


ANIQUE GRANGER est assise à une table avec son père, feuilletant un livre écrit par son père.


ANIQUE GRANGER

(S'adressant à son père)

C'était le fun que j'aie pu

être là pour...


RAOUL GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Je la conduisais quelque part

en voiture, je lui posais des

questions par rapport à...

"Comment tu fais pour écrire des

chansons?" Et puis, elle m'a

expliqué des trucs. Pis j'ai

dit: "Ben, écoute, moi, j'ai une

idée pour une chanson pour toi."

Je lui ai lancé une suggestion.

Elle a réfléchi quelques

secondes pis elle a dit: "Mais

toi, écris ça!"

(Riant)

Alors, elle m'a lancé le défi. Je suis

allé écrire un poème, et ensuite

un autre, et... C'est comme ça.

J'ai commencé à écrire comme ça,

avec de la poésie d'abord.


ANIQUE GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Je me rappelle la première fois

que mon père m'a montré un de

ses poèmes, parce que j'étais à

l'école secondaire, pis c'était

un poème qui parlait justement

de moi qui avais grandi.

Je pense que ça s'appelait

Le sentier.

Essentiellement, c'était le poème

d'un père qui voyait sa fille grandir

pis suivre son chemin, pis s'en

aller. Pis là que j'y pense, je

suis certaine que j'ai eu à peu

près la même réaction que lui a

eue quand il a entendu

Les outils qu'on a!

C'était de lire ça pis...

(Riant)

Tu sais, un peu mal à l'aise pis

dire: "C'est beau!"


RAOUL GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Moi, j'avais écrit quand même

beaucoup de poèmes, et ce qui

arrivait quand j'écrivais des

poèmes, c'est comme aller à

l'intérieur de soi-même pis de

brasser des émotions, et puis de

laisser couler les mots sur un

flot d'émotions. Ça peut

paraître bizarre pour les gens

qui écoutent qui ne l'ont jamais

fait, mais c'est... C'est très

salutaire. Ça fait du bien.

Alors, quand on crée un

personnage pour le théâtre,

c'est un peu... C'est semblable,

dans le sens que je crée le

personnage, je le secoue, je le

brasse et je le laisse agir. Ce

sont les personnages qui jouent

et je tiens les rênes, si tu

veux, un peu.


DAVID GRANGER

(S'adressant à ses fils)

OK, les gars, vous êtes

prêts? T'es-tu prêt à être

tranquille? Es-tu prêt?

T'as besoin d'une autre minute?

OK! Je vais lire le texte à

papy!

(S'adressant au public de l'émission)

Extrait de

Bonneau et la Bellehumeur

ou On va libérer Riel,

de Raoul Granger.

C'est au moment où le coup pour

libérer Riel a foiré, puis André

Gaudry, le personnage que je

jouais dans la pièce, qui était

chargé de charger la prison,

pour libérer Riel, revient dire

à Pascal Bonneau que ça n'a pas

marché.

(Avec un fort accent)

Hé, Gaudry, je l'ai vu. L'autre

était parti pour le camp du nord

et pis Gaudry s'en allait au

camp de la plaine. Et pis c'est

là qu'ils l'ont vue, la police!

C'était loin, mais Gaudry, il a

des bons yeux, ça fait qu'il l'a

vue!


La conversation se poursuit entre ANIQUE GRANGER et son père, au sujet du livre.


ANIQUE GRANGER

(S'adressant à son père)

Il y a un événement ou

quelque chose qui t'a accroché

sur cette histoire-là?


RAOUL GRANGER

Bien, c'est plein de choses.

D'abord, ça fait longtemps que

je connais ces histoires-là et

c'est le processus créatif.

Il y a une idée qui te

chatouille derrière la tête et

ça m'intéressait de...

D'essayer de comprendre ce qui

serait arrivé si Mme Riel avait

été là en même temps qu'on

essayait de faire libérer son

mari.

Ça se passe pendant la période

où Louis Riel est en prison, à

Regina, en attendant son procès.

Il y avait un complot pour faire

sortir Riel de prison parce que

les tensions dans l'est du

Canada avaient augmenté à ce

moment-là, et ils voulaient, je

pense - et c'est moi qui

soupçonne ça, là - organiser une

évasion dans laquelle, malheureusement,

le prisonnier qui s'évade s'est fait tuer,

tu vois?


DAVID GRANGER poursuit sa lecture d'un extrait du livre.


DAVID GRANGER

(Avec un fort accent)

La police, elle arrivait

"drette" sur notre camp et tout!

Pis ils avaient le "rababou"

avec eux autres!

(S'adressant au public de l'émission)

En fait, ça, je devrais

l'expliquer parce que c'est un

beau mot mitchif que Raoul a

découvert. Le "rababou", c'est

en fait, un ragoût qui fait

péter beaucoup, fait que les

Mitchifs, ils ont nommé ça le

Gattling gun. C'est assez

comique!

(S'adressant à ANIQUE GRANGER)

Je me suis souvenu de sa phase

Scrabble tout seul, où il jouait

au Scrabble tout seul, tous les

jours, pis il gardait son

pointage. Pis là, c'était

vraiment juste du mot, pis des

fois, c'était comme: "David!"

Pis il me montrait la connexion

des mots qu'il avait faite, pis

il se trouvait drôle... C'était

cute.


ANIQUE GRANGER

Je me rappelle qu'il

mettait des textes de Jacques

Brel dans ma boîte à lunch. Est-

ce qu'il t'a déjà fait ça?


DAVID GRANGER

Non. Non. Mais je me souviens

qu'il...


ANIQUE GRANGER

Tu ouvres ton sac en papier

brun, là, ton sandwich, pis là,

t'as comme un texte de Brel.


DAVID GRANGER

T'as des perles de pluie.


ANIQUE GRANGER

Oui.

(En prestation avec sa guitare)

♪ Mais ne me demande pas ♪

♪ Des mots ♪

♪ J'ai vu tous tes petits pas ♪

♪ Je t'ai appris à patiner ♪

♪ à bâtir un feu de camp ♪

♪ à scier du bois ♪

♪ Ma fille, tu sais ♪

♪ Toi, tu peux faire ♪

♪ N'importe quoi ♪

♪ Mais y a des choses ♪

♪ Que les papas ♪

♪ N'apprennent pas ♪


RAOUL GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

On connaît pas ça, des

petites filles. On y va avec des

gants blancs, on sait pas quoi

faire, des fois. Dans le cas

d'Anique, c'était une personne

très particulière. Même le jour

de sa naissance, et je me

souviens toujours très bien de

ça, j'étais là, parce que comme

tous les pères, moi, je voulais

un garçon pis... Donc voilà

cette petite fille qui naît et

j'étais là avec l'accouchement,

et... C'est une fraction de

seconde, je dirais pas de

déception, mais de dire: "Ah

non! Je m'attendais à un

garçon." Mais quand l'infirmière

me l'a placée dans mes bras,

Anique m'a regardé avec ses

grands yeux comme si elle

comprenait déjà tout. Et puis...

(Devenant émotif)

Non...

Excuse.

Le message était clair. C'est

comme si elle me disait déjà que

toi, je te connais. Et puis...

Je suis pas là pour toi, mais

toi, t'es là pour moi. Et...

J'ai tout compris.


ANIQUE GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

Je sais pas s'il change, ou

si moi, je deviens juste plus

consciente de certaines choses,

mais non, c'est... C'est clair

qu'il est beaucoup plus émotif

maintenant. Mais... Je sais pas

ce qui a causé ça. Je sais pas

si, avant, je le voyais pas ou

s'il commence à s'ouvrir pis...

Peut-être qu'il est plus ouvert

que je pense!


Retour dans l'atelier où ANIQUE GRANGER fabrique un objet en bois avec son père.


ANIQUE GRANGER

(S'adressant à son père)

Pis je descends jusqu'en bas?


RAOUL GRANGER

Oui, parce que... Vérifie ça,

ça devrait pas toucher le bois.


ANIQUE GRANGER

(Perçant un trou dans une planche de bois)

Mais c'est assez d'espace,

ça?


RAOUL GRANGER

C'est ça.


ANIQUE GRANGER

(Appliquant la colle)

All right!


RAOUL GRANGER

Ça coule en masse, celui-là.

Oh, c'est en masse! C'est en

masse!


ANIQUE GRANGER

OK.


RAOUL GRANGER

C'est en masse.


ANIQUE GRANGER

Trop?


RAOUL GRANGER

Plante le clou!


ANIQUE GRANGER

(S'adressant au public de l'émission)

C'est encore une relation un

peu bizarre, je trouve, mais

vraiment le fun. Pis surtout

dans les dernières années, j'ai

compris des choses et plus ça

va, plus je vois que je suis

comme lui. Des fois, l'espèce de

malaise, pis des fois, l'espèce

de difficulté de communiquer, tu

sais... J'ai beau écrire des

chansons, mais des fois, avoir

une conversation, c'est...

C'est pas la chose la plus

facile au monde. Alors, plus ça

va, plus je vois combien je lui

ressemble, alors plus je

l'apprécie pour ça, je le

comprends... Pis je vais juste

plonger dans ces petits moyens

de communication qu'on a, comme

des projets, puis de... Tu sais,

de juste se promener pis faire

les quincailleries, pis on va

pas discuter de nos vies, mais

on va se lancer dans un projet

pis c'est correct. C'est parfait, ça!

(Montrant un caisson de guitare)

So cette caisse, ici, est encore

un peu en construction. J'ai pas

eu le temps de la finir encore.

Je vais mettre de l'huile, je

vais sabler ça encore... Puis

l'intérieur, oh! On a pris des

vieux matelas de camping...

(Riant)

… qu'on a coupés, que je vais

coller un petit peu mieux que

ça. Je vais peut-être recouvrir

pour que ça soit plus joli, mais

j'aime un peu le fait que c'est

évidemment des vieux matelas de

camping.

(Déposant sa guitare dans le caisson)

Et voilà! Pas pire!


ANIQUE GRANGER interprète Ces outils-là, accompagnée de sa guitare et de ses musiciens.


ANIQUE GRANGER

♪ Je passerai sur les bosses ♪

♪ De ta route ♪

♪ Un rabot ♪

♪ Mais ne me demande pas ♪

♪ Des mots ♪

♪ Pour sculpter ton paysage ♪

♪ J'ai affûté mes ciseaux ♪

♪ Mais ne me demande pas ♪

♪ Des mots ♪

♪ Ma fille ♪

♪ Je sais pas quoi dire ♪

♪ Ma fille ♪

♪ Je sais pas quoi faire ♪

♪ On fait ce qu'on peut ♪

♪ Avec les outils qu'on a ♪

♪ Mais dans le coffre ♪

♪ Je n'ai pas celui-là ♪

♪ J'enfoncerai ta peine ♪

♪ à grands coups de marteau ♪

♪ Mais ne me demande pas ♪

♪ Des mots ♪

♪ Je retrousserai mes manches ♪

♪ Je resserrerai l'étau ♪

♪ Mais ne me demande pas ♪

♪ Des mots ♪

♪ J'ai vu tous tes petits pas ♪

♪ Je t'ai appris à patiner ♪

♪ à bâtir un feu de camp ♪

♪ à scier du bois ♪

♪ Ma fille, tu sais ♪

♪ Toi, tu peux faire ♪

♪ N'importe quoi ♪

♪ Mais y a des choses ♪

♪ Que les papas ♪

♪ N'apprennent pas ♪

♪ Ma fille ♪

♪ Je sais pas quoi dire ♪

♪ Ma fille ♪

♪ Je sais pas quoi faire ♪

♪ On fait ce qu'on peut ♪

♪ Avec les outils qu'on a ♪

♪ Mais dans le coffre ♪

♪ Je n'ai pas celui-là ♪


Générique de fermeture

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