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La portée des mots

An artist tells the touching and powerful story of one of his or her songs, touching on themes that impact their art.

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Wilfred Le Bouthillier: Petit Morceau...

A pivotal moment in singer-songwriter Wilfred Le Bouthillier`s life. His aunt Lucida, who has always lived in their family home, suffers from Alzheimer`s and no longer recognizes him. He writes songs to cope with the disease.



Production year: 2011

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


Titre :
Wilfred Le Bouthillier «Un petit morceau de moi»


Texte narratif :
Tracadie-Sheila, Nouveau-Brunswick


WILFRED LE BOUTHILLIER se promène dans un champ avec son oncle EDMOND DRYSDALE et sa tante OLIVE DRYSDALE.


EDMOND DRYSDALE

(S'adressant à WILFRED LE BOUTHILLIER)

Il y a toute une histoire, pareil,

dans ce champ-ci. Parce que

toute la terre ici, c'était...

au père de mon grand-père.


WILFRED LE BOUTHILLIER

C'est la terre de ton

arrière-grand-père?


EDMOND DRYSDALE

Oui. C'était Edmond

Joseph Jimmy William. On

travaillait puis c'était notre

terrain de jeu. Parce qu'on

était des gens qui aimaient

beaucoup la nature et tout.


OLIVE DRYSDALE

Ça se passait tout dans

la nature. Nana, elle aimait

toutes les choses de la nature.

Puis, au mois de mai, on a une

petite fleur qui s'appelle les

fleurs de mai. En parlant: "Oh

que j'aime ça, les fleurs de

mai." Alors, tous les mois de

mai, j'arrivais voir Nana avec

un petit bouquet de fleurs de

mai. Puis, il y a une odeur...

(Humant le bouquet)

(S'adressant au public de l'émission)

Puis quand j'ai entendu la

chanson de Wilfred,

Un petit morceau de moi,

pour la première fois, qui

commence: "Il y a une odeur qui

me rappelle de toi"...


OLIVE DRYSDALE devient émotive. Des images de WILFRED LE BOUTHILLIER interprétant la chanson défilent.


WILFRED LE BOUTHILLIER

♪ Y a une odeur qui me ramène à

toi ♪

♪ Aussi loin que mes premiers

pas ♪

(S'adressant au public de l'émission)

Pour moi, la facilité

d'écrire une chanson, c'est tout

le temps la mélodie. Puis,

souvent, ce sont mes mélodies

qui me racontent une histoire.

C'était la chanson qui

ressortait du lot, tu sais. Que

ce soit en entrevue... En

entrevue, on me parlait

beaucoup, on me faisait raconter

cette histoire-là. Dans les

spectacles, après, les personnes

qui venaient me raconter leurs

histoires qui étaient reliées à

la maladie d'Alzheimer.

Moi, à un moment donné, tout ce

que je souhaitais, c'est qu'un

jour, comme c'était ma tante,

qu'elle me reconnaisse une

dernière fois avant de mourir.

♪ Je peux même entendre ta voix♪

♪ Et me dire que tu seras

toujours là ♪

♪ Mais tu ne te souviens pas ♪


WILFRED LE BOUTHILLIER se promène au bord de la mer.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Pour moi, la mer, c'est une

place... J'ai passé beaucoup de

temps ici sur le bord de l'eau

puis je suis une personne qui se

perd beaucoup dans ses pensées

puis...

Quand je me retrouve dans une

place comme ça juste à regarder

l'horizon, je peux perdre des

heures juste à perdre mon regard

le plus loin que je peux y aller.

C'est tellement magique.

Ça te remplit d'une force...

C'est difficile à expliquer. Tu

peux juste le vivre, ça. Tu ne

peux pas l'expliquer, ce que tu

vis. Ça me remplit d'énergie

assez pour passer le reste de

l'année dans une ville avec des

buildings en béton, tu sais!


Retour à la maison familiale, avec l'oncle et la tante de WILFRED LE BOUTHILLIER.


OLIVE DRYSDALE

(Montrant un arbre à WILFRED LE BOUTHILLIER)

Regarde les racines. Ça, si

j'essayais de le couper pour

passer la chainsaw dans...


EDMOND DRYSDALE

Il y a même le fer des

chevaux... du premier cheval que

Wilfred avait eu.


WILFRED LE BOUTHILLIER rigole. Puis il rejoint sa mère, ARGENTINA LE BOUTHILLIER, ainsi que d'autres membres de sa famille dans la maison.


OLIVE DRYSDALE

(Montrant un jouet d'enfance à WILFRED LE BOUTHILLIER)

T'étais tout petit quand tu

faisais ça.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(Riant)

Il avance pas vite!


WILFRED LE BOUTHILLIER parle de la maison de son enfance.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant aux membres de sa famille)

Pour moi, je suis dans cette

maison et n'importe quel mur me

parle. N'importe quel mur me

raconte des histoires, des

souvenirs. Il y a une espèce de

confort dans la maison même si

c'est une vieille maison que je

ne retrouverai jamais ailleurs.

Que ce soit la plus belle maison

que je pourrais me construire,

il n'y aura jamais l'âme que

cette maison-là me donne.

Mes plus beaux souvenirs, ce

sont les moments qu'on a passés

à Noël, tu sais. Si je recule au

moment où j'étais un petit

garçon autour de la table, quand

j'avais pas le droit de

m'asseoir à la table avec le

reste de la gang parce que

j'étais un enfant. J'allais

manger de l'autre bord, mais à un

moment donné tu vieillis, tu...

Le temps change et les gens

autour de la table aussi

changent. Ce n'est plus les

mêmes personnes qui sont là. Il

y a eu des personnes qui étaient

greffées à nous qui ne le sont

plus aujourd'hui.


ARGENTINA LE BOUTHILLIER

(Montrant une main moulée dans du plâtre)

Ça, c'est la petite main à Nana

que je préférais prendre pour

mon souvenir intime.

Parce que c'est vraiment elle.

Ses mains étaient toutes plissées

comme ça, là...

Puis, c'est un beau souvenir

pour moi.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Lucina, c'est drôle d'entendre

ce nom-là parce que moi,

je l'ai jamais appelée comme ça.

Ça a tout le temps été Nana.

Puis, pour moi, ça a été une personne

très importante dans ma vie.

Moi, j'ai pas connu mes grands-mères.

Quand je suis né, mes grands-mères

étaient déjà décédées. Pour moi,

tout ce qu'une grand-mère représentait,

c'était... C'était cette personne-là

parce que c'était la plus vieille

des filles chez ma mère.


ARGENTINA LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

C'est que Nana, de la naissance

jusqu'à l'âge de 12 ans ne marchait pas,

ni ne parlait. Quand ma mère

est décédée en 70, c'est là que j'ai

compris que ma mission était à

la maison chez nous parce que

mon père avait 70 ans et ma

soeur, dans le temps, elle avait

une quarantaine d'années. Ça

fait que je l'ai gardée. Puis

quand elle s'est mariée, elle a

été notre premier bébé.

On l'a amenée avec nous autres

puis on l'a gardée 38 ans. Elle

est venue habiter ici, j'ai eu

mes deux enfants. Elle les a

soignés, elle a tout fait avec

eux autres.

Nana s'occupait de tout. Elle

lavait la vaisselle, elle

s'occupait des enfants, elle

prenait comme un gros catalogue

et elle leur montrait tout ce

que c'était.

Ils étaient tout petits puis ils

pouvaient prendre le catalogue à

leur tour puis nous montrer ce

qu'il y avait là-dedans. C'était

comme ses enfants parce que

Wilfred, c'était son petit

garçon. "Le petit garçon à

Nana", elle disait tout le

temps.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Y avait pas comme de

référence. Moi, je ne m'étais

jamais posé la question pourquoi

chez nous il y avait ma tante

qui habitait avec nous autres.

Je m'étais jamais posé cette

question-là. Pour moi, ça

faisait juste partie...

C'était aussi simple que

pourquoi ma mère et mon père

restent à la maison.


ARGENTINA LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Eux autres ne se sont jamais

aperçus qu'elle était comme

slow. Mais il n'y a rien qu'elle

pouvait pas faire.


EDMOND DRYSDALE

(S'adressant au public de l'émission)

On l'acceptait comme elle

était et elle était aussi

"smart"que n'importe qui.

Elle est venue au monde sur une

petite ferme puis elle faisait

sa petite vie normale. C'est

vrai que Nana savait pas lire et

savait pas écrire. Mais moi, je

me suis toujours dit que Nana

savait lire et écrire parce

qu'au moins elle pouvait écrire

dans le coeur des personnes.

Elle pouvait lire ton coeur.

Elle, pour moi... Pour moi, Nana,

c'est ma petite fille, c'est mon amie,

elle est partie. Elle est toujours là.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'accompagnant à la guitare)

♪ Le temps a tout effacé ♪

♪ Le fond de ta pensée ♪

♪ M'as-tu vraiment oublié ♪

♪ Te reste-t-il quelque part ♪

♪ Un petit morceau de nous ♪

♪ Juste un petit morceau de moi ♪

(S'adressant au public de l'émission)

Je voulais pas raconter une

peine d'amour. Je voulais

raconter la peine que j'avais

par rapport à une personne qui

m'avait oublié.


EDMOND DRYSDALE

(S'adressant au public de l'émission)

Nana avait l'Alzheimer.

Tu t'apercevais qu'elle perdait

l'idée. Elle était moins apte,

si tu veux, à réagir.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Moi, j'ai été la première

personne qu'elle a oubliée

physiquement.

Au départ, on se disait: elle

niaise-tu? C'était étrange parce

que ma blonde était avec moi

puis... Ça faisait peut-être

bien, à l'époque, six ans qu'on

était ensemble puis... Elle la

reconnaissait, elle, tu sais.


ARGENTINA LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Mais plus ça allait, c'était

totalement un étranger, pour

elle. Elle pouvait le prendre

pour une police, elle pouvait le

prendre pour le médecin, elle

pouvait le prendre pour

n'importe qui d'autre que

Wilfred.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Je me rappelle, le dernier

Noël qu'elle a passé avec nous

autres, elle était dans son lit

puis on était tout le monde de

la famille ici et elle ne

connaissait plus personne. La

mémoire de loin est là, mais la

mémoire comme plus fraîche est

comme moins ancrée en elle.

Puis mon petit gars, à l'époque,

qui était un petit bébé, dans sa

tête, c'était moi, mais quand

j'étais petit, tu sais. Ça,

c'est troublant. Le dernier

Noël, c'est pas mon... Mon plus

beau Noël que j'ai passé ici.

Pour moi, Noël, c'est important

de le passer ici, ça représente

beaucoup, mais...


ARGENTINA LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Elle chantait beaucoup de

chansons. Elle aimait beaucoup

chanter.


ENSEMBLE

♪ Embarque dans ma barque ♪

♪ Je vous la chanterai ♪

♪ Je vous la chanterai sur le

bord de l'île ♪

♪ Je vous la chanterai sur le

bord de l'eau ♪


EDMOND DRYSDALE

(Parlant de WILFRED LE BOUTHILLIER)

Ça lui faisait beaucoup,

beaucoup mal, tu sais, parce que

c'est pas un gars qui montrait

beaucoup ses émotions, si tu

veux, mais quand il descendait

et qu'il allait voir Nana, tu

pouvais dire qu'il était content

de la voir.

Mais les dernières fois qu'il y

allait ou même les dernières

années et qu'elle ne le

reconnaissait pas, ça lui

faisait mal. Il montait en haut

puis... Souvent, peut-être qu'il

partait en pleurant.

Mais c'est ça.

Je peux comprendre.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(Parlant de sa chanson)

Je l'avais vraiment écrit

pour me faire du bien et

vraiment faire sortir quelque

chose qui était en moi depuis un

bon moment. J'avais besoin de

laisser sortir ça puis c'est

sorti par une chanson. Autant

que moi, je me suis fait du bien

avec cette chanson-là, je me

suis dit: il y a sûrement

quelqu'un, quelque part, qui est

passé par ce chemin-là puis qui

vit la même chose que moi

et qui va l'entendre.

Puis, ça va probablement lui

faire du bien.


EDMOND DRYSDALE

(S'adressant au public de l'émission)

Moi, la première fois que

j'ai entendu la chanson, c'était

peut-être deux, trois jours

après qu'on ait enterré Nana.

C'est une chanson que j'écoute,

oui, mais pas souvent. Faut que

je sois dans le mood, comme on

dit, parce que moi... Non, non,

moi... Elle m'emporte trop loin,

si tu veux.

(Montrant le champ)

Ça, c'était pas là, ces arbres-

là, OK? Mais il y avait comme un

petit lac. Puis, l'hiver, ça

gelait, et c'est là qu'on venait

s'amuser pour jouer au hockey.

La rondelle, je te dirai pas

c'était quoi la rondelle...


WILFRED LE BOUTHILLIER

(Riant)

Dans ce temps-là, il n'y

avait pas de gardien de but.


WILFRED LE BOUTHILLIER et FRÉDÉRICK MCGRAW discutent à l'aréna.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Je me souviens, la dernière

année que j'ai joué, l'année

d'après, je venais ici pour

donner un spectacle. À l'aréna,

il n'y avait pas une place.

C'était tassé comme des sardines,

mais tout ce monde-là était ici

pour me voir en spectacle dans

l'aréna où j'avais grandi.

C'était un moment spécial.

Je rentre dans Sheila et une des

premières choses que je vois et

qui me rappelle bien des

souvenirs, c'est l'aréna. C'est

ici qu'on a passé la majorité de

notre enfance.


FRÉDÉRICK MCGRAW

(S'adressant au public de l'émission)

Wilfred était gardien de but.

Moi, je jouais à la défense, ça

fait que je protégeais Wilfred

devant le net.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Fred, c'était

mon voisin. Ça fait qu'on se

connaît...


FRÉDÉRICK MCGRAW

Depuis qu'on est né.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Moi, je me souviens pas de

pas connaître Frédéric. On ne

s'est pas connus dans un lieu en

particulier. On a grandi

ensemble.


WILFRED LE BOUTILLIER et FRÉDÉRIC MCGRAW jouent ensemble de la guitare.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

À un moment donné, on vivait la

même affaire. On vivait une

peine d'amour les deux en même

temps. Lui, il finissait avec sa

blonde. Moi, je venais de finir

avec ma blonde puis au lieu de

nous apitoyer sur notre sort à

broyer chacun sur nos épaules,

on sortait puis on avait du fun.

La musique est venue là-dedans

aussi. C'est tout à ce moment-là

que tout ça a commencé.

Dans le fond, c'est une bonne

affaire que nos blondes nous aient

laissés.


Les deux amis rigolent. Puis ils se rendent au Club Deauville.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

On s'attendait pas à faire ça

vraiment, de jouer dans des

bars. C'est sûr qu'on sortait

nos guitares dans les partys.

Le monde était habitué à ce qu'on

joue de la musique, ça fait

qu'on était un petit peu

«entertainers», côté musical.

À un moment donné, il y a un gars

qui savait qu'on jouait de la

musique. Mais lui dans sa tête

on jouait déjà dans les bars, ça

fait qu'à un moment donné, lui,

il a manqué de voix puis il a

appelé Fred et lui a dit: "Ça

vous tente pas de me remplacer?

Ce soir, je peux pas aller

chanter dans tel bar." Fred

m'appelle: "Envoye, dépêche-

toi!"


FRÉDÉRICK MCGRAW

"Viens me trouver,

viens me trouver, ça nous prend

juste ce show-là."


Les deux amis revisitent le bar.


FRÉDÉRICK MCGRAW

(Montrant un coin du bar)

Je pense que c'était plus comme ici.


WILFRED LE BOUTHILLIER

C'était sur un coin, là.

(S'adressant au public de l'émission)

Tu sais, nous autres, les bars

au Nouveau-Brunswick, ça ferme à

2 h. Nous autres, arrivés à 2 h,

cibole, on était...


FRÉDÉRICK MCGRAW

On commençait à "feeler" bien.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Je me souviens qu'à chaque

soir...

Les «bouncers» devaient

nous haïr parce qu'on restait là,

et quand il restait à peu près

comme 50 personnes... Moi et

Fred, il y avait un spot sur la

piste de danse puis c'était là.

(Montrant le coin)

On s'en allait là tous les deux...

(Montrant le plancher)

Vois-tu, il y a comme une espèce

de base-drum.

(Tapant du pied)

On se mettait à taper

du pied là-dessus.


FRÉDÉRICK MCGRAW

(S'adressant au public de l'émission)

Tout le monde venait nous

voir. Mais les bouncers, eux

autres, voulaient que les gens

sortent du club parce qu'il

était trop tard et puis les

polices attendaient à la porte.


WILFRED LE BOUTHILLIER

Ils venaient nous chercher:

"OK, continuez de chanter, mais

marchez vers la porte."


FRÉDÉRICK MCGRAW

On était des quelqu'un!


Les deux amis éclatent de rire.


WILFRED LE BOUTHILLIER

Pour moi, j'étais là: "Y a

quelqu'un qui veut me donner de

l'argent pour la musique que

j'ai faite." Pour moi, ça

marchait pas dans ma tête.


FRÉDÉRICK MCGRAW

C'était pour le plaisir, qu'on le faisait.


WILFRED LE BOUTHILLIER

Oui, c'était pour le fun.


FRÉDÉRICK MCGRAW

Oui, on est payés, mais...

Faudrait peut-être refaire ça, tu sais.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

Aussitôt qu'on a la chance de

ressortir les guitares les deux

ensemble, on a du fun encore.

On sait encore s'amuser.

Ça me manque.


Des images de WILFRED LE BOUTHILLIER chantant et s'accompagnant à la guitare défilent.


WILFRED LE BOUTHILLIER

♪ Le temps a tout effacé ♪

♪ Le fond de ta pensée ♪

♪ M'as-tu vraiment oublié ♪

♪ Te reste-t-il quelque part ♪

♪ Un petit morceau de nous ♪

(S'adressant à FRÉDÉRIC MCGRAW)

On ne s'est jamais parlé trop,

trop de toi comment tu vivais ça

ou comment t'avais vécu ça. Mais

c'est vrai que toi, tu l'as vécu

assez sévère avec ton grand-

père...


FRÉDÉRICK MCGRAW

Oui, avec mon grand-père,

j'ai vu ça avec sa maladie

d'Alzheimer puis c'est là, quand

t'as une maladie comme ça

proche de ta famille, c'est là que

tu réalises comment la famille

c'est important aussi.


WILFRED LE BOUTHILLIER

Comment t'as vécu ça, toi, la

première fois que... Que ton

grand-père ne t'a pas reconnu?

Tu sais, t'arrives devant ses

yeux, qu'il est pareil que la

dernière fois où tu l'as vu,

qu'il n'a aucune idée de ce que

t'es, comment...?


FRÉDÉRICK MCGRAW

Ça fait mal. Ça fait mal

parce que tu vois la personne,

c'est la même personne

physiquement, mais elle ne te

reconnaît pas. Elle ne fait plus

les mêmes choses qu'elle

faisait.

C'est vraiment comme si tu la

perdais cette personne-là, dans

le fond. Elle est là

physiquement, mais... Tu parles

avec, elle te regarde, mais

t'as... C'est un blanc. Elle ne

te reconnaît pas. Il manque

quelque chose.

Il y a quelque chose qui te

manque de cette personne-là.


WILFRED LE BOUTHILLIER

Comme un deuil à vivre à tous

les jours, on dirait.


FRÉDÉRICK MCGRAW

Oui. C'est le deuil d'une personne

vivante.


WILFRED LE BOUTHILLIER

De faire le deuil d'une

personne vivante... C'est la

meilleure phrase que j'ai

entendue pour décrire cette

maladie-là. Chaque maladie, on

dirait que... Il y a un espace

pour t'accrocher... Un petit filon

d'espoir, tu sais.

Même si la personne a le cancer

puis qu'elle a 99 % de chances

de mourir, ouais, toute la

famille va s'accrocher au petit

1 %. Mais cette maladie-là, il

n'y en a pas.

Même pas un petit morceau.

Y a-t-il un petit morceau qui se

souvient de moi?

À la fin, la chanson finit, je

me dis: y a-t-il un petit

morceau qui se souvient de toi?

(S'adressant au public de l'émission)

Quand j'ai écrit cette chanson-

là, je l'ai envoyée à Frédéric,

je lui ai dit: "Tu la feras

écouter à ta mère qui a vécu..."

Juste pour savoir si le message

passe, est compris. Frédéric m'a

réécrit pour me dire que ça

l'avait touchée, puis que le

message passait, mais on ne s'est

jamais comme...

(S'adressant à FRÉDÉRIC MCGRAW)

On ne s'est jamais parlé trop

de nos émotions, je te dirais.


FRÉDÉRICK MCGRAW

Non, ouais...

C'est ça, ouais.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant au public de l'émission)

On n'entend personne parler

de ça à la télévision. Je sais

pas pourquoi d'ailleurs. Puis...

C'est qu'on se doute pas. On se

doute pas comment ça touche

vraiment la population. En

réalisant que ça touchait

beaucoup plus de monde, mais

qu'on en entendait pas parler,

ça m'a fait réaliser que,

câline, c'est comme tabou de

parler de cette maladie-là.

Y a personne qui en parle.


WILFRED LE BOUTHILLIER marche au bord de la mer avec ANNETTE LEBLANC, aidante naturelle, et SOPHIE LANDRY, infirmière.


ANNETTE LEBLANC

Wilfred, ta tante, est-ce

qu'elle est décédée?


WILFRED LE BOUTHILLIER

Ça fait au moins trois ans

qu'elle est décédée. Je pense

qu'elle était décédée avant que

je sorte mon album avec cette

chanson-là.


ANNETTE LEBLANC

(S'adressant au public de l'émission)

Je pense que maman l'aimerait

beaucoup, la chanson à Wilfred,

parce que c'est doux, mélodieux.

C'est spécial parce

que lui, il voudrait... Puis,

c'est légitime... Il voudrait

qu'elle se rappelle de lui. Moi,

dans mon cas à moi, c'est pas ce

que j'ai trouvé difficile, que

maman se souvienne pas de

moi. On est rendus là. C'est pas

un drame pour moi, ça. C'est pas

un drame. Le drame, c'est quand

je trouve pas les mots pour

calmer ses angoisses.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant aux deux femmes)

J'ai eu beaucoup de

témoignages des gens qui ont

vécu la maladie puis... Ça

revient toujours avec la

musique. Comment la musique

reste gravée dans la mémoire.


ANNETTE LEBLANC

(S'adressant au public de l'émission)

Je dirais que ça faisait une

bonne dizaine d'années en tout

qu'elle avait des signes.

C'était des petites choses au

début. C'est pas quelque chose

qui est frappant nécessairement.

À un moment donné... Maman a

toujours fait son pain. Elle

faisait son pain deux fois par

semaine environ. Puis, une

journée, elle m'a appelée et

elle m'a dit: "Je me rappelle

plus de la recette." C'est pas

juste d'oublier le nom de ses

enfants ou d'oublier un rond de

poêle allumé. C'est aussi que

ces personnes-là, à un moment

donné, il n'y a plus rien qui

colle dans la mémoire.

Ça butine et ça s'envole.


SOPHIE LANDRY

(S'adressant au public de l'émission)

Je voyais beaucoup les familles,

au tout début, quand elles

apportaient les patients ou

leurs parents. Et elles étaient

dépourvues de sentiments, de pas

savoir à qui parler, quoi faire,

où se tourner.


ANNETTE LEBLANC

(S'adressant au public de l'émission)

Quand une personne a besoin

de toi pour pratiquement

respirer, pour...

Son visage s'éclairait quand elle

me voyait. C'est sûr que je me

sentais pas le droit de ne pas

y aller.

(S'adressant aux deux autres)

J'avais ce souhait-là, moi,

qu'il y ait quelque chose pour

les gens, pour les familles

parce que moi, j'en avais besoin

personnellement.

C'est d'avoir la patience de

répéter les mêmes choses sans

arrêt. La personne qui pose la

question, là... La 20e fois,

elle a autant besoin de la

réponse que la première fois

qu'elle l'a demandé. Elle a

besoin de la même patience

dans la réponse.


SOPHIE LANDRY

(S'adressant aux deux autres)

Afin d'aider les gens à se

retrouver. Moi, c'est ça, je

voulais essayer de faire le lien

entre les familles entre elles.

De pouvoir dire: "Je connais

quelqu'un. Peux-tu aider cette

personne-là? Peux-tu l'aider

dans son cheminement?"


ANNETTE LEBLANC

(S'adressant aux deux autres)

Moi, je trouve que c'est un

enrichissement. Tout ce que j'ai

appris avec maman, à

l'accompagner.

Je veux... Je veux en faire

profiter les autres et je vais

tellement comprendre ce qu'ils

vont me raconter. Je vais

tellement comprendre. Il y a un

million d'histoires pour chaque

cas.

(S'adressant au public de l'émission)

Moi, ma mère, avant la

maladie, c'était une personne

qui vivait beaucoup dans le

passé, qui regrettait des choses

du passé, puis qui avait peur de

l'avenir.

Je sais pas si c'est la maladie

qui l'a choisie ou comment ça

s'est passé, mais avec

l'Alzheimer, avec les troubles

de mémoire, ma mère est dans le

moment présent constamment. Les

conversations ne sont plus aussi

étoffées qu'avant.

(S'adressant aux deux autres)

Quand je vais la visiter, elle

n'a pas grand-chose à me

raconter. Puis, moi, ce que je

raconte, ça ne fait plus partie

de son quotidien. Alors, on a

trouvé un moyen, c'est des

histoires drôles. Ça coûte pas

cher l'histoire drôle parce que

maman la lit, elle la rit au

maximum puis elle peut tourner

la page, la relire de nouveau

puis elle va la rire autant la

deuxième fois.

Les vidéos comiques des

personnes qui tombent, maman,

elle est obligée de... Elle est

obligée de se cacher la bouche

puis elle pouffe de rire à en

perdre quasiment ses dents.

Parce qu'elle trouve ça

tellement drôle quelqu'un qui

s'enfarge.


WILFRED LE BOUTHILLIER sourit.


ANNETTE LEBLANC

(S'adressant aux deux autres)

Ça, c'est... C'est universel. Ce

sens-là, elle l'a gardé, le sens

de l'humour, le sens du comique.

Elle le comprend. Pour moi,

c'est quasiment une belle chose

parce que ma mère est dans le

moment présent, elle apprécie ce

qu'on fait pour elle. Elle n'a

plus les tracas du passé puis

les craintes de l'avenir.


WILFRED LE BOUTHILLIER

(S'adressant aux deux autres)

Souvent, les personnes

atteintes de la maladie

d'Alzheimer vont avoir certains

flashbacks du passé. Je m'étais

accroché à ça. Je m'étais dit:

câline, j'aimerais tellement

avoir la chance, avant qu'elle

parte, avant qu'elle meure

qu'elle me reconnaisse une

dernière fois. Ce que je

demandais, c'était juste une

dernière fois. Qu'elle se

souvienne de moi pour que je

puisse la serrer dans mes bras.

À un moment donné, c'est ça,

j'étais au Nouveau-Brunswick

puis je repartais de nouveau à

Montréal. Puis, j'allais la voir

avant de partir puis...

J'étais au pied de son lit puis

quand elle m'a regardé, j'ai

senti la connexion qui s'était

faite avec moi, que c'était la

même dans le temps où j'étais

petit garçon.

C'était bizarre à ce moment-là

parce que, quand elle me

regardait, je retrouvais la même

connexion que j'avais quand

j'étais petit et quand elle me

reconnaissait. Là, cette fois-

là, elle m'avait vraiment

reconnu.

Ça m'a fait beaucoup de bien. Je

l'ai serrée dans mes bras. Juste

de sentir qu'elle était

consciente de qui j'étais, pour

moi, ça m'a fait un bien!

C'était probablement la dernière

fois que j'aurais la chance

qu'elle me reconnaisse. Les

images me passaient beaucoup

dans la tête puis quand je suis

arrivé à la maison, cette

chanson-là est venue... Ça n'a

pas pris de temps à écrire,

peut-être un deux heures puis

j'avais fini de l'écrire.

C'était une inspiration assez

forte.


WILFRED LE BOUTHILLIER interprète sa chanson avec ses musiciens, devant la mer.


WILFRED LE BOUTHILLIER

♪ Y a une odeur qui me ramène à

toi ♪

♪ Aussi loin que mes premiers

pas ♪

♪ Je peux même entendre

ta voix ♪

♪ Me dire que tu seras toujours

là ♪

♪ Mais tu ne te souviens pas ♪

♪ Le temps a tout effacé ♪

♪ Le fond de ta pensée ♪

♪ M'as-tu vraiment oublié ♪

♪ Te reste-t-il quelque part ♪

♪ Un petit morceau de nous ♪

♪ Juste un petit morceau de moi ♪

♪ On m'avait dit que tu n'étais

plus là ♪

♪ Que tu ne marchais plus dans

tes pas ♪

♪ Et que ce soit ton coeur qui

bat ♪

♪ Malgré mon visage que tu vois ♪

♪ Tu ne me reconnais pas ♪

♪ Le temps a tout effacé ♪

♪ Le fond ta pensée ♪

♪ M'as-tu vraiment oublié ♪

♪ Te reste-t-il quelque part ♪

♪ Un petit morceau de nous ♪

♪ Juste un petit morceau de moi ♪

♪ Le temps a tout effacé ♪

♪ Le fond de ta pensée ♪

♪ M'as-tu vraiment oublié ♪

♪ Te reste-t-il quelque part ♪

♪ Un petit morceau de nous ♪

♪ Juste un petit morceau de moi ♪

♪ Te reste-t-il quelque part ♪

♪ Un petit morceau de nous ♪

♪ Juste un petit morceau ♪

♪ De toi ♪


Générique de fermeture

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