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La portée des mots

An artist tells the touching and powerful story of one of his or her songs, touching on themes that impact their art.

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Martin Léon: Les deux hérons

Singer-songwriter Martin Léon is worried about the future of the environment and thinks the urban sprawl is threatening the fauna, flora and all of life`s ecosystems.



Production year: 2011

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


Titre :
Martin Léon «Les deux hérons»


Texte narratif :
Ste-Adèle, Québec


Des images de rivière défilent.


MARTIN LÉON

♪ Il était un homme autrefois ♪

♪ De conclure ainsi

nos compères ♪

♪ Il disparut avec ses lois ♪

♪ Son or et sa misère ♪

(S'adressant au public de l'émission)

Quand t'es petit, tu le sais

pas si ce qu'il y a de mieux,

pour toi, c'est le béton dans le

centre-ville ou les arbres de la

forêt. Ça se peut qu'il y ait

des enfants qui se sentent très

à l'aise dans des milieux

urbains, tu sais? Moi, je me

suis habitué à ça, mais quand

mon père et ma mère nous ont

amenés au chalet de ma grand-

mère, j'ai fait: wow! C'est

vraiment... C'est ici que ça se

passe, tu sais? Les poissons, la

pêche, le golf, les feux de

bois, les toasts sur la braise

avec des amis.

Je me disais: wow! C'est ben

plus tripant cette vie-là que

celle des autobus, des chantiers

de construction et des bruits de

trafic, tu sais?


Texte narratif :
Québec, Québec


MARTIN LÉON nous transporte dans la ville de Québec.


MARTIN LÉON

Je sais pas ce que j'aime pas!

Y a pas d'arbres, y a pas de

rivière, y a moins d'oiseaux.

Mais je le réalisais peut-être

pas, je suis né là-dedans. Je

suis né dans ce bruit-là. C'est

peut-être pour ça, à c't'heure,

que j'ai envie de vivre sur le

bord des rivières, dans le

silence.

Ça, c'est la rue des

Commissaires, en fait, où moi

j'ai été élevé. Toute mon

enfance, je l'ai passée ici. Ça

s'est amélioré, quand même. Tu

sais, les maisons sont comme

plus droites, plus propres même,

je dirais. Ça, c'est la cour où

on jouait, mon frère et moi,

ici. Voilà! On jouait au

baseball là. Et puis des fois on

se battait un petit peu, aussi.

Dans ce building-là, j'ai été

élevé en haut, au 3e étage. Le

3e étage, c'est le fun, parce

qu'il y avait quand même du

soleil qui rentrait et puis une

vue, tu sais... Une vue sur

l'autre bord, sur la montagne,

et sur Notre-Dame-des-

Laurentides.

Moi, je viens de Saint-Roch,

donc c'était vraiment une

paroisse de la basse-ville de

Québec en béton, en brique. Du

pavé, du bitume, de l'asphalte.

On avait la chance, l'été,

d'aller au chalet de ma grand-

mère, à Notre-Dame-des-

Laurentides, pour bénéficier

d'un coin qui ressemblait un peu

à ça, dans un petit chalet,

proche d'une rivière, la rivière

Jaune.


MARTIN LÉON et son père, ANDRÉ L'HEUREUX, nous emmènent à Notre-Dame-des-Laurentides, sur ce qui est devenu un terrain de camping.


ANDRÉ L'HEUREUX

Ouais! Ça, c'était... Ici, ça se

trouvait à être notre entrée,

ici. Et le chalet était ici.

Quand j'arrivais du bureau, je

disais aux enfants: "Bon,

bien..." Quand j'arrivais à

midi, ça voulait dire: "Les

enfants, sortez la batterie et

le moteur, on s'en va à la pêche

après-midi, dans le parc."

Notre-Dame-des-Laurentides,

c'était la campagne. Ça fait

que... Ça a changé. Ça s'est

modernisé. Y avait pas de rues

qui s'en venaient ici.


MARTIN LÉON

Y avait pas autant de maisons

non plus!


ANDRÉ L'HEUREUX

Pas de maisons comme ça. Et

ici, bien, c'était des arbres.

C'était des arbres, qu'il y

avait ici. De l'autre côté

aussi. Là, je vois qu'il y a un

stationnement, là-bas!


MARTIN LÉON

Ouais.

Je sais pas pourquoi les choses

changent. Des fois, les choses

changent en s'améliorant.

D'autres fois, ça s'enlaidit, tu

sais? Mais c'est pas... C'est

comme ça.

Ici, là, ça a été rempli. C'est

là que ça a été rempli. Regarde!

Tu vois, la hauteur, là? Le

terrain a été monté aussi haut

que ça, là. Il faut y aller

tranquillement. C'est peut-être

plus facile là, si tu descends.

Ici!


ANDRÉ L'HEUREUX

Ah! Ça a pas de bon sens

comment que ça a changé!


MARTIN LÉON

Je sais pas comment tu veux

descendre ça, là?


ANDRÉ L'HEUREUX

Correct, correct! Hé! J'ai

juste 75 ans.


MARTIN LÉON

Ouais!


ANDRÉ L'HEUREUX

Hé! hé! Là, je peux te dire

que je me reconnais plus, c'est

vrai!


MARTIN LÉON

Non. Moi non plus.


MARTIN LÉON et son père s'avancent dans la forêt, jusqu'à une rivière étroite.


ANDRÉ L'HEUREUX

Y a plus de courant, icitte,

y a plus rien!


MARTIN LÉON

(S'adressant au public de l'émission)

La seule personne qui manque,

c'est mon frère. Normalement, on

serait là, les trois dans l'eau.

Mon frère et moi, on allait à la

pêche 3-4 jours par semaine. On

passait nos étés là et on

montait la rivière à pied. Je

trouvais des objets dans l'eau,

tu sais? Un 5 cents, un 10

cents, un soulier, un lacet, une

bague... J'aimais bien me

raconter l'histoire de cet

objet-là. Quelqu'un l'avait

perdu ou quelqu'un l'avait

oublié, quelqu'un s'était noyé

dans la rivière... Ou avait

lancé une pièce en arrière de

lui pour faire un voeu. Je sais

pas! Je m'imaginais un scénario.

(Tenant une canne à pêche dans la rivière)

Quand t'es petit, t'essaies

d'imiter les adultes. Un enfant,

ça essaie d'imiter les adultes.

Et plus on vieillit, plus on

essaie de devenir un enfant.

Pour vrai! Pour vrai, ce coup-

là! Pas un enfant qui essaie

d'imiter un adulte. Un vrai

enfant qui essaie de jouer dans

ce monde-là, ici-bas, tu sais?

D'aller à la pêche et de... Tu

sais? Ça fait que là, y a comme

un revirement qui s'est fait, je

trouve, quelque part.


ANDRÉ L'HEUREUX

Hé, hé! Une p'tite truite!

Tiens!


MARTIN LÉON

C'est une petite truite.


ANDRÉ L'HEUREUX

(Riant)

Il en restait encore!


MARTIN LÉON

Encore une.


ANDRÉ L'HEUREUX

Elle est pas grosse, mais ça

fait rien, tu sais! C'est déjà

un contrat d'en avoir sorti une.


MARTIN LÉON remet la truite à l'eau.


ANDRÉ L'HEUREUX

Hop! Regarde-la s'en aller dans

le courant. Hop!


MARTIN LÉON

(S'adressant au public de l'émission)

Plus tard, dans la vie, mon père

nous a beaucoup amenés à la

pêche et il m'a fait découvrir

un animal qui s'appelle le

héron. Donc la première fois que

j'ai vu un héron, dans ma vie,

c'est mon père qui nous l'a

montré, à mon frère et à moi.

"Regarde, ça s'appelle un

héron." Grand oiseau. On était

petits et c'était impressionnant.

Les hérons se tiennent sur le

bord des rivières, sur le bord

des marais, sur le bord des

lacs. Et j'en ai vu plusieurs

sur le bord des rivières, entre-

temps, tu sais, depuis!


MARTIN LÉON s'assoit sur un rocher avec sa guitare.


MARTIN LÉON

♪ Deux hérons

allant bien à l'aise ♪

♪ Posés à l'aube

en une rivière ♪

♪ Observaient luire

du fond de l'eau ♪

♪ Une pièce d'or

sous la lumière ♪

(S'adressant au public de l'émission)

La chanson

Les deux hérons,

c'est deux hérons qui observent

une pièce d'or qui brille dans

le fond d'une rivière et qui se

racontent l'histoire de cette

pièce d'or là. Ça se passe à une

époque où il n'y a plus d'êtres

humains sur la Terre depuis

longtemps. Ça fait qu'ils se

racontent un peu ce que c'était,

jadis. Il était un homme,

autrefois, qui prenait soin de

moi et un jour, il a sorti son

artillerie et sa folie, s'est

tué lui-même et a disparu. Ça

fait que les hérons se racontent

ça, et puis à la fin, ils

disent: "Bon! Dossier clos, mon

homme! Allons voler, allons

boire à même le soleil et en

profiter tant qu'il est haut,

ensemble." Ça fait que c'est ça,

l'histoire. Ça vient vraiment de

la rivière, chez ma grand-mère,

des 25 cents dans l'eau, des

parties de pêche avec mon

père... Et les chansons voyagent

aussi, tu sais?

♪ Il était un homme autrefois ♪

♪ Fit le premier,

♪ conteur fidèle ♪

♪ Qui jadis

♪ prit grand soin de moi ♪

♪ Quand je battais de l'aile ♪


FRANCINE NOËL, sculpteure-peintre, nous parle de la chanson Les deux hérons.


FRANCINE NOËL

(S'adressant au public de l'émission)

Il y a un sens d'espace,

dedans. T'as l'impression que

t'es dehors au bord de l'eau, tu

sais?

Et puis, bien, je trouvais la

mélodie belle et puis je me suis

mise à la jouer en boucle.

Pauvre voisin! Mais...

(Riant)

Quand je fais une boucle, c'est

une sérieuse, tu sais? Et puis

là, je la réécoutais, je la

réécoutais, et je me disais:

moi, je veux faire ça.

Je veux le matérialiser.

J'ai envie de voir.


MARTIN LÉON

(S'adressant au public de l'émission)

J'ai reçu un mail, un soir,

de quelqu'un qui s'est présenté

comme une sculpteure-peintre,

Francine Noël. Et qui m'envoie

une photo d'une oeuvre qui

s'appelle

Les deux hérons,

qu'elle a créée à partir de la

chanson

Les deux hérons.

Ça m'a vraiment... Ça m'a vraiment

touché! Je trouvais ça cool.

J'avais envie de le voir en

vrai, tu sais?


FRANCINE NOËL

(S'adressant au public de l'émission)

Je me la suis appropriée

parce que je trouvais ça

fabuleux, comme histoire. Je

trouvais ça tellement bien dit!

Je fais du recyclart. Je

travaille à partir de

collections du même objet, des

timbres, des ressorts, des

lunettes... Et puis je les

amalgame pour faire une image.

Et puis c'est le fun, parce que

c'est quelque chose auquel les

gens prennent plaisir à

participer. Ça fait que c'est

souvent Noël, dans ma vie. Les

gens m'arrivent avec une boîte

de ci et de ça, et c'est

comme... Là, j'ai ça de plus

dans mon atelier pour créer.

On jette les choses sans

ménagement et c'est comme des

choses qui sont, ma foi, encore

très belles, pleines de sens,

mais on est dans la société du

prêt-à-jeter, hein! C'est comme

euh... Ça fait que j'ai

l'impression qu'en récupérant

les choses, c'est ma façon de

résister à ça.


MARTIN LÉON se promène aux abords d'une raffinerie avec LAURE WARIDEL, écrivaine, environnementaliste et activiste.


MARTIN LÉON

(S'adressant à LAURE WARIDEL)

Ça, on est obligés de

l'avoir, dans la vie. En ce

moment, en 2012. OK, c'est laid!

On est d'accord, c'est laid?

Mais on est obligés de l'avoir,

tu sais?


LAURE WARIDEL

Moi, je pense qu'on est à un

point tournant dans l'histoire

de l'humanité.

En fait, on est à la croisée des

chemins. On a des choix

importants à faire.

On a un grand nombre de données

empiriques qui nous disent qu'on

ne peut pas continuer dans le

modèle dans lequel on est et que

oui, l'espèce court à sa perte.

L'espèce humaine.


MARTIN LÉON

Mettons que moi, là, je suis

le propriétaire de cette

raffinerie-là. Je suis

propriétaire, j'ai des enfants,

j'ai 2 500 employés. J'ai

beaucoup de bouches

- dont je suis responsable -

à nourrir.

Je suis sensible à

l'environnement, mettons! Mais

j'ai quand même tout ça

d'implanté. Convaincs-moi que ça

vaut la peine et que mes 2 500

employés et leurs enfants, je

vais pas leur nuire si je change

ça. Je suis propriétaire de ça.

Qu'est-ce que tu me dirais?


LAURE WARIDEL

Alors je te dirais qu'il faut

préparer une transition.


MARTIN LÉON

De mon vivant?


LAURE WARIDEL

Oui, de ton vivant, parce

qu'il faut que ça commence

quelque part. Mais il y a

certainement moyen, déjà, même,

d'améliorer, réduire les

émissions de ce qui est là

dedans. Y aller vraiment étape

par étape, commencer peut-être

par ce qui est le plus simple.

Et ensuite de ça, aller plus

loin. À partir du fait qu'on

réalise qu'on peut changer les

choses... Parce que si on se dit

que rien ne peut changer, rien

ne change. Et on a été pendant

longtemps... Et moi, je pense

qu'il y a quelque chose qui est

en train de se passer

maintenant, dans une société où

le cynisme avait force. Mais

tant qu'on reste dans cet

esprit-là, on est paralysés.

Les gens croient qu'il est

possible de faire les choses

autrement, mais souvent, ont

l'impression que c'est comme

quelque chose d'inatteignable.

Alors quand je sens plus de

cynisme, là, je deviens moins

positive à l'égard de l'avenir.


Texte narratif :
Montréal, Québec


MARTIN LÉON s'entretient avec JACQUES LANGUIRAND, communicateur.


JACQUES LANGUIRAND

Je crois qu'on n'est pas suffisamment

conscients, dans le monde actuel,

de la difficulté dans laquelle nous

sommes. Ça me fait penser à vos

oiseaux, là, les deux hérons.

Bien, c'est exactement ça!

C'est-à-dire qu'on se rend pas

compte qu'on est en train de

crever littéralement. Les gens

disent: "Ça va bien!" Etc.

Même ce qui va trop bien est

dangereux, actuellement.

"Plus d'huile, ça ira. C'est

bon, de l'huile." C'est à partir

d'une image comme celle-là qu'on

peut se dire: "Il ne restera

plus que des oiseaux."


MARTIN LÉON

Et des oiseaux... Est-ce que ces

oiseaux-là vont être heureux?

Est-ce que la nature serait plus

heureuse en l'absence des êtres

humains?


JACQUES LANGUIRAND

Je pense que oui. C'est

facile de voir ça, parce que

quand ils se promènent dans les

lieux où y a presque pas de

gens, ils sont très heureux

aussi.


MARTIN LÉON

Oui, absolument.


JACQUES LANGUIRAND

Ils peuvent se passer de

nous. La règle, c'est ça. Ils

peuvent se passer de nous, et on

ne peut pas, nous, se passer

d'eux. Voilà le problème!

Le nôtre.


MARTIN LÉON

(S'adressant au public de l'émission)

Jacques Languirand, pour moi,

c'est une espèce de... C'est un

grand, d'abord, pour moi. À la

fois sociologue, philosophe,

farfelu, mais dans son sens de

l'humour, il y a toute la

grandeur du cosmos, je trouve.

J'étais curieux de savoir

qu'est-ce qu'il aurait à dire,

lui... au sujet de ce que serait la

vie à un moment où il n'y a plus

d'êtres humains sur la Terre.

(S'adressant à JACQUES LANGUIRAND)

S'il n'y avait plus d'insectes

sur la Terre, dans 15 ans, y

aurait plus de vie, quasiment.


JACQUES LANGUIRAND

C'est à peu près ça, oui.


MARTIN LÉON

Et que si y avait plus

d'êtres humains, sur la Terre,

dans 15 ans, ça serait...


JACQUES LANGUIRAND

C'est ce que je crois aussi!


MARTIN LÉON

C'est ce que vous croyez

aussi?


JACQUES LANGUIRAND

C'est ce que je crois aussi.

Et si quelque chose doit se

produire, probablement, moins on

aura d'individus, d'humains,

plus on aura de chance de

survivre en tant que groupe,

etc. C'est curieux de parler

comme ça, mais je veux dire,

c'est évident!


Texte narratif :
Oka, Québec


MARTIN LÉON marche dans un boisé avec DENIS HENRI, naturaliste.


MARTIN LÉON

(S'adressant à DENIS HENRI)

Comment ça que le héron, là,

on le retrouve souvent dans

la... Je sais pas si tu le

savais, mais il y a des fables

sur les hérons. Il y a des

histoires de hérons, il y a des

romans de hérons. Pourquoi lui

plutôt que...


DENIS HENRI

Il est majestueux. Il est

majestueux! Il est énorme. C'est

gros. C'est impressionnant. Tu

vois cette affaire-là arriver

dans le marais, ça a des ailes

de 2 mètres d'envergure!


MARTIN LÉON

Pas dangereux.


DENIS HENRI

Pas du tout.


MARTIN LÉON

C'est peut-être ça, le fait

que ce soit majestueux! Je me

demandais pourquoi ça se

retrouvait dans... La Fontaine,

il en a écrit une qui s'appelle

Le héron et la carpe.


DENIS HENRI

Ça, c'est une autre affaire

que je suis à la veille de

faire: analyser les fables de La

Fontaine, pour voir toutes les

petites erreurs qu'il y a, là

dedans, de science naturelle.

Tu sais, comme

La cigale et la fourmi,

c'est une très belle fable,

mais de La Fontaine a oublié

de mentionner qu'une cigale,

ça meurt, à l'automne.

Ça fait qu'elle n'a pas besoin

de se ramasser de la nourriture

comme la fourmi le fait.

Elle s'en fout de chanter tout

l'été!


MARTIN LÉON rit.


DENIS HENRI

Il aurait fallu qu'il

choisisse un autre animal que la

cigale, qui chante, et qui doit

se ramasser de la nourriture

comme la fourmi pour passer

l'hiver.


MARTIN LÉON

Oui. Ah oui!


DENIS HENRI

Bien sûr que l'on a tendance, en tant

qu'être humain, à porter des

sentiments humains et à les

transposer sur les animaux.

En général, les animaux, dans la

nature, ils font rarement ce

qu'on a tendance à faire, nous,

l'être humain. C'est même tout

l'inverse, dans bien des cas, de

tout ce que l'être humain a

tendance à faire.


MARTIN LÉON

Le héron, s'il a faim, il va

manger, point.


DENIS HENRI

Oui. Un animal qui a envie de

faire son caca, il se retiendra

pas parce qu'il n'y a pas de

toilette! Là, il a envie, il a

envie... Même si c'est dans son

garde-manger! Il a envie! C'est

ça la distinction intéressante

entre les animaux et l'être

humain. Et nous sommes des

animaux, quand même! Mais l'être

humain en tant que tel vit

rarement le moment présent.

Il est toujours en train de

dire: "C'était le fun, hier!

Qu'est-ce qu'on fait, demain?"

Mais le moment présent, c'est un

moment qui nous échappe. Il faut

s'efforcer de le vivre, ce qui

n'est pas facile. Tandis que

l'animal, c'est tout à fait

l'inverse. Hier, il ne sait même

plus que c'est là. Et demain, il

ne sait même pas que ça s'en

vient. Ça fait que lui, c'est le

présent, là! J'ai faim, je

mange. Je suis fatigué, je dors.

J'ai soif, je bois.


MARTIN LÉON

♪ Il était un homme autrefois ♪

♪ Poursuivit l'autre,

♪ de connivence ♪

♪ Qui jadis imposa sa loi ♪

♪ Ses feux et sa démence ♪

♪ Pauvre lui, s'écriait la mer ♪

♪ Là, tout près de son coeur ♪

♪ Il nourrit

♪ son propre malheur ♪

♪ Tout seul ♪

♪ Tout seul ♪

(S'adressant à DENIS HENRI)

Comment ce serait, la vie, sans

l'être humain sur la Terre?


DENIS HENRI

Oh, ce serait le vrai paradis

terrestre!


MARTIN LÉON

Tu penses ça, hein?


DENIS HENRI

Les animaux ne font que vivre

au présent, ils ne profitent pas

du milieu naturel. Ils ne

profitent pas des bienfaits de

la terre. Un singe qui vit en

Amazonie, il s'en sacre-tu des

bélugas du Saint-Laurent, lui?

Nous, on est une espèce

planétaire, on a conscience de

tout ce qui se passe sur la

planète. Mais sans êtres

humains, la planète, moi, je

pense qu'elle se porterait très

bien.


MARTIN LÉON

Ouais?


Retour à la discussion de MARTIN LÉON avec JACQUES LANGUIRAND...


MARTIN LÉON

(S'adressant à JACQUES LANGUIRAND)

Qu'est-ce qui se passe dans la

tête de l'être humain, qu'une

direction comme ça a pu être

prise? Qu'est-ce qui se passe

dans l'être humain?


JACQUES LANGUIRAND

Dans l'être humain, et ça, je

ne dis pas que c'est

nécessairement un défaut, chacun

a son problème. Et chaque être

humain a des choses à résoudre.

Et il sera beaucoup plus

intéressé à trouver des

solutions à ses difficultés

personnelles ou familiales,

etc., que de s'intéresser à des

systèmes auxquels il ne peut pas

apporter quoi que ce soit non

plus, tu sais?


MARTIN LÉON

Comment entrevoir l'avenir et

la relation qu'a l'être humain

avec la nature, la vie? Un

moment donné, j'étais au Laos,

en voyage, avec un "pack-sac".

Et puis je rencontre un Laotien.

Il m'invite chez eux. On est

chez eux. Chez eux, c'est une

petite cabane, hein? Avec un

toit... Quatre poteaux, un toit

et quelques murs. Un semblant de

porte où il y a un autre Laotien

qui cogne.

Les deux Laotiens se retrouvent

dans l'entrebâillement de la

porte. Ils discutent. Je les

vois. Et celui qui m'invitait

pointe du doigt le jardin à

l'autre Laotien qui s'en va au

jardin travailler. Celui qui

m'avait invité, je me retrouve

avec lui, et je lui dis:

"Qu'est-ce que c'était? C'est un

cousin? C'est un ami?" Il dit:

"Non. Ici, au Laos, quand on est

malheureux, on s'en va offrir de

l'aide à son voisin. Et quand le

voisin voit arriver l'autre, il

comprend."


JACQUES LANGUIRAND

Ah, c'est chouette!


MARTIN LÉON

Ça m'a beaucoup... Ça m'a

marqué. Parce que ça veut donc

dire que le bonheur collectif

est plus important que le

bonheur individuel, dans

certaines communautés, dans

certains pays, même.

Ça peut nous aider de penser

comme ça, quand vient le temps

de protéger les oiseaux, les

animaux, l'environnement. Il

faut penser collectif.


JACQUES LANGUIRAND

Et puis, de ce point de vue

là, je me réjouis de vous

entendre, parce que c'est

simplement cette attitude-là qui

permettrait de nous sauver. Et

peut-être qu'effectivement, plus

ça va se mettre à craquer, ici

et là, plus ça va s'ouvrir, la

tête, et que les gens vont

commencer à avoir un

comportement qui va permettre de

sauver cette magnifique planète

qui nous a été donnée.


Retour à la conversation entre MARTIN LÉON et LAURE WARIDEL...


MARTIN LÉON

(S'adressant à LAURE WARIDEL)

Moi, je connais des gens qui

disent: "À quoi ça sert de faire

un sentier et d'aller marcher

dans la nature? À quoi ça sert

de perdre ce temps-là?

L'important, c'est de faire de

l'argent, là! À quoi ça sert

d'aller s'asseoir sur le bord

d'un lac? Ça rapporte pas."

J'aurais envie de commenter.


LAURE WARIDEL

Moi, je peux... à quoi ça

sert de vivre, alors?

Moi, je pense que la première

étape, c'est de sortir du

cynisme. C'est d'oser rêver. On

n'y arrivera pas tout seuls.

C'est pas en claquant des doigts,

mais tous les pas qu'on peut

faire qui nous amènent plus

proche de cet idéal-là, je pense

que ce sont des pas qui valent

la peine. Plus on sera nombreux

à être conscients que c'est

possible, plus on va s'en

approcher et le changement, tu

sais, ça se passe souvent sur

plusieurs générations.

On est dans une société où on

veut que les choses aillent

vite. Où on veut voir, mesurer

et dire: "Oui, ça fait une

différence." Mais le changement

social, c'est pas comme ça. Ça

se fait petit peu par petit peu

et là, on en vient à des

changements de mentalité, à des

changements de culture,

carrément.


MARTIN LÉON frappe à la porte de FRANCINE NOËL. Un chien aboie.


FRANCINE NOËL

(Ouvrant la porte à MARTIN LÉON)

C'est le comité d'accueil!

Bonjour!


MARTIN LÉON

Bonjour, bonjour! Ça va bien?


FRANCINE NOËL

Oui, toi? Rentre.


MARTIN LÉON

(Embrassant FRANCINE NOËL)

Bonjour, bonjour! Ça fait

plaisir.


FRANCINE NOËL

Bien moi aussi! Rentre.


MARTIN LÉON

(Apercevant l'oeuvre)

Wow! Hé, c'est tout petit!

C'est cool. Wow! Hé, c'est beau!

Avec des quenouilles.


FRANCINE NOËL

Oui! Des quenouilles.


MARTIN LÉON

C'est vrai? Tabarouette.

(S'adressant au public de l'émission)

Ça m'a fasciné de voir que

c'était possible de voir une

chanson. C'est sûrement possible

d'entendre une sculpture aussi,

tu sais?


FRANCINE NOËL

(S'adressant à MARTIN LÉON)

J'ai tellement eu de plaisir

à écouter ça! C'est tellement

une belle chanson que t'as

écrite! Et je me suis bercée, je

l'ai écoutée en boucle, et c'est

comme... J'ai essayé de rendre

le même type d'énergie.


MARTIN LÉON

Écoute, c'est fabuleux! Avec

la pièce d'or sous l'eau. C'est

vraiment, c'est vraiment

extraordinaire!

(S'adressant au public de l'émission)

On n'écrit pas des chansons pour

les chanter à notre chat dans un

sous-sol, habituellement! On

veut les partager au plus de

monde possible. Je dis pas:

devenir populaire. Je dis:

partager au plus de monde

possible. Tes inventions, tu

sais? Moi, j'aime ça. Quand j'ai

du feedback de gens qui ont été

touchés... Et les gens sont

généreux avec moi. Vraiment!

J'ai des beaux mails, je reçois

des beaux courriels. Ça me fait

super plaisir et ça m'encourage

à... Ça valide, tu sais, un peu,

ma licence que je me donne

d'écrire des chansons, dans la

vie, et de faire de la musique

de film, et d'en avoir fait mon

métier jusqu'à maintenant.

(Chantant au bord de la rivière)

♪ Il était un homme

autrefois ♪

♪ De conclure ainsi

nos compères ♪

♪ Il disparut avec ses lois ♪

♪ Son or et sa misère ♪

(S'adressant à FRANCINE NOËL)

Les deux hérons qui discutent

ensemble sur le bord d'une

rivière, à l'aube, à une époque

où les êtres humains ont disparu

depuis longtemps sur la Terre,

ça faisait mon affaire. Parce

que je trouve pas tout le

temps... Les êtres humains sont

bons. Quand ils sont bons, ils

sont vraiment bons. Quand ils

sont mauvais, ils sont vraiment

pas bons, tu sais?


FRANCINE NOËL

(S'adressant au public de l'émission)

Je trouve qu'on a à méditer

là-dessus. On devrait pas

entendre les talons, quand on

marche. Tu sais, c'est comme

notre trace autant sonore que

dans le décor. Il faut apprendre

à la prendre pour soi. Et puis

effacer et puis laisser la place

pour les autres.


Retour à la rencontre entre MARTIN LÉON et son père...


MARTIN LÉON

Moi, mon métier, c'est

d'inventer des histoires. C'est

d'inventer des histoires.

Ça fait que j'invente des

histoires. J'en ai dans ma tête,

je m'endors avec ça, tu sais?

Non, mais le monde que j'ai dans

ma tête, peut-être que c'est

pareil pour toi, pour toi, pour

toi, je sais pas. Mais le monde,

il me semble, pourrait être

mieux que ça. Mais peut-être

qu'il ne peut pas être mieux que

ça, si ça se trouve. Je sais

pas. Peut-être que non. Peut-

être que c'est juste les rêveurs

qui disent: "Ça pourrait être

mieux que ça." Moi, j'ai

l'impression qu'il pourrait être

mieux que ça. Ça fait que

j'écris des tounes en attendant,

tu sais, pour combler mon

univers à moi, tu sais?


MARTIN LÉON interprète Les deux hérons avec ses musiciens.


MARTIN LÉON

♪ Deux hérons

allant bien à l'aise ♪

♪ Poser à l'aube,

en une rivière ♪

♪ Observaient luire

du fond de l'eau ♪

♪ Une pièce d'or

sous la lumière ♪

♪ Il était un homme autrefois ♪

♪ Fit le premier,

♪ conteur fidèle ♪

♪ Qui jadis

prit grand soin de moi ♪

♪ Quand je battais de l'aile ♪

♪ Il savait me porter

dans ses bras ♪

♪ Là, tout près de son coeur ♪

♪ Et nous vivions

sans faire d'esclandre ♪

♪ Ensemble ♪

(Fredonnant en choeur)

♪ Il était un homme autrefois ♪

♪ Poursuivit l'autre,

de connivence ♪

♪ Qui jadis imposa sa loi ♪

♪ Ses feux et sa démence ♪

♪ Pauvre lui, s'écriait la mer ♪

♪ Là tout près de son coeur ♪

♪ Il nourrit

son propre malheur ♪

♪ Tout seul ♪

(MARTIN LÉON a cappella)

♪ Il était un homme autrefois ♪

♪ De conclure

ainsi nos compères ♪

♪ Il disparut avec ses lois ♪

♪ Son or et sa misère ♪

EN CHOEUR

♪ Viens mon frère

♪ le dossier est clos ♪

♪ Allons boire

♪ à même le Soleil ♪

♪ Et profiter

♪ tant qu'il est haut ♪

♪ Ensemble ♪

♪ Tant qu'il est haut ♪

♪ Ensemble ♪

♪ Tant qu'il est haut ♪

♪ Ensemble ♪


Générique de fermeture

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