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La portée des mots

An artist tells the touching and powerful story of one of his or her songs, touching on themes that impact their art.

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Luc de Larochellière - J'ai vu

Luc De Larochellière wrote “J’ai vu” following a painful break up. The song is a summary of today`s evils, as the singer-songwriter perceives them. But it`s also a moment of lucidity.



Production year: 2013

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Luc de Larochellière « J'ai vu »

[Fin information à l'écran]

LUC DE LAROCHELLIÈRE observe la nature, les gens et le paysage. Il s'en inspire pour écrire des chansons, sur la table d'un café à Montréal. Et il les chante devant un micro, dans son appartement, là où se déroule l'entrevue.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

♪ Bien sûr, j'ai vu ♪

♪ Des amours infinis finir ♪

♪ Et j'ai même vu mourir ♪

♪ Des immortels ♪

♪ Et j'ai vu des chemins ♪

♪ Qui n'menaient pas à Rome ♪

♪ Et j'ai cru en des dieux ♪

♪ Inventés par des hommes ♪

♪ Et j'ai vu tous ces rêves ♪


LUC DE LAROCHELLIÈRE (en aparté)

Cette chanson-là a été écrite à une

époque charnière où je sortais

d'une séparation, d'une grosse

séparation, où j'arrivais début

quarantaine, donc, le midi de la

vie, c'est comme la mi-chemin, à

peu près.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

♪ Puis j'ai vu le grand mur ♪

♪ De la réalité ♪

♪ Là où les certitudes ♪

♪ Vont pour s'y fracasser ♪


LUC DE LAROCHELLIÈRE (en aparté)

C'était une époque de bilan pour

moi. Mais pas une époque où...

comment dire... on fait juste

regarder l'aspect négatif de sa

vie, puis tout ça. Mais, aussi,

j'étais en reconstruction,

vraiment. Je sentais le besoin

de me rebâtir sur des bases

solides, je dirais. Donc,

c'était un moment de vérité,

peut-être? Un moment de

lucidité?


LUC DE LAROCHELLIÈRE

♪ Et j'ai vu des familles ♪

♪ à la rue et sans rien ♪

♪ Et j'ai vu des hôtels ♪

♪ Trois étoiles pour chiens ♪


LUC DE LAROCHELLIÈRE (en aparté)

Puis, j'ai écrit au haut de la

page: "Voici ce que j'ai vu."

Puis là, pouf. J'ai fait une

liste, en fait. Je décris des

choses que j'ai vues dans ma vie

personnelle et dans le monde qui

m'entoure, des choses qui sont

des fois très dures, très... Et,

pourtant, ce désir-là de vivre.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

♪ ...jouets, armes ou gants ♪

♪ Faits par des mains d'enfants ♪


LUC DE LAROCHELLIÈRE (en aparté)

Si on me demandait la pire chose

que j'ai vue, c'est pas évident.

Mais là, j'ai comme une image

d'un enfant abandonné, abandonné

à son sort, abandonné...

L'innocence, et bafouée, et

abandonnée à elle-même. Ça,

c'est peut-être la pire image

qui me vient en tête, là, au

moment où on me demande ça,

"c'est quoi la pire chose"...

(LUC DE LAROCHELLIÈRE discute avec le photographe VICTOR DIAZ LAMICH, dans son studio de photographie.)


VICTOR DIAZ LAMICH

C'est drôle, hein, que tu

sois jamais venu?


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Bien non, c'est ça, j'avais

déjà vu cette photo-là, par

exemple, tu me l'avais montrée.

T'avais gagné un prix pour ça?

(La photo d'un bidonville est accrochée au mur du studio.)


VICTOR DIAZ LAMICH (hors champ)

Oui. Oui, oui.


VICTOR DIAZ LAMICH (en aparté)

Mon nom est Victor Diaz Lamich,

je suis photographe d'origine

chilienne. Je suis au Québec, au

Canada, depuis 40 ans. On a

quitté le Chili lorsque la

démocratie de M. Salvador

Allende a été détruite un

11 septembre 1973.


LUC DE LAROCHELLIÈRE (hors champ)

Si t'avais vraiment à te

souvenir des choses, des images,

de ce que tu as vu, qui t'ont

marqué, les premiers jours,

lorsqu'il y a eu le fameux coup

d'État.


VICTOR DIAZ LAMICH

Il y a une image qui est

flagrante. C'est que je suis sur

le banc de dentiste, sur le bord

de me faire piquer pour me faire

faire une carie, et on entend

dans la rue le

tanquetas, un

coup de tonnerre, donc, des

mitraillettes, des coups de

tank. On descend et là, c'est

les lacrymogènes, ma mère prend

un mouchoir et me le met sur la

bouche. Là, je suis...

(inaudible)

On rentre dans un taxi puis ma

mère me prend la tête et elle me

couche dans la banquette

arrière, par terre, sans me

donner la possibilité de voir.

Alors, j'ai vu à travers mes

oreilles.


LUC DE LAROCHELLIÈRE (hors champ)

OK


VICTOR DIAZ LAMICH

C'est drôle, parce que des

fois, quand j'écoute tes

paroles, je vois à travers tes

paroles, à travers mes oreilles.


LUC DE LAROCHELLIÈRE (en aparté)

"Puis, j'ai vu le grand mur

de la réalité / Là où les

certitudes, justement, vont pour

s'y fracasser." Bien, la vie

nous amène des choses qui nous

confrontent à tout ce qu'on

avait cru jusque-là. Puis, ça,

ça peut-être très déstabilisant.

Il y a des gens qui ne survivent

pas à ça.


VICTOR DIAZ LAMICH (en aparté)

La photographie artistique,

c'est l'endroit précis où se

marient la sensibilité humaine,

notre coeur, à quoi on est

sensible, à la maîtrise

technique d'un appareil.

(VICTOR DIAZ LAMICH prend des photos dans un immeuble désaffecté, où les murs sont couverts de graffitis.)

​[VICTOR DIAZ LAMICH:]

​J'essaie de voir avec mes yeux

avant et de trouver quel

agencement d'objets, de lieux,

d'arrière-plans, va faire parler

une photo.

(Retour au studio de photographie)


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Dans ma chanson, lorsque

j'arrive au pont, il y a un bout

de texte qui dit: "Il serait

prévisible qu'après tout ce que

j'ai vu / je ne veuille plus

rien voir, je ne veuille plus

rien savoir / Il serait presque

risible, après tout ce que j'ai

vu / que je veuille encore

vouloir." Puis, dans ma vie,

il m'est arrivé des moments

comme ça. Mais toi, tu t'es

promené, t'as été chercher des

images, des fois à des places,

ou, à quelque part, on

t'amenait, on t'envoyait voir

des choses que, peut-être, tu

voulais pas voir. Comment t'as

vécu ça?


VICTOR DIAZ LAMICH

C'est lorsqu'on est dans la

"chnoute" que sort le génie

humain, tu sais. Ça fait qu'il y

a des fois où je me suis

aventuré dans les favelas du

Brésil ou dans les bidonvilles

extraordinairement pauvres de

l'Inde pour voir... Bien, c'est

difficile à dire comme ça...

Pour voir comment on s'en sort

lorsqu'on est dans des

conditions d'extrême pauvreté.

Comment on se débrouille pour

faire en sorte que ça marche

dans ce qui marche pas?

(Des portraits de vieillards et d'enfants Indiens ornent les murs du studio de photographie.)


LUC DE LAROCHELLIÈRE (hors champ)

À la fin, à la toute fin de

la chanson, je parle, c'est ça,

des pissenlits qui poussent dans

les craques du béton.


VICTOR DIAZ LAMICH (hors champ)

Oui.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Je pense que la vie veut

vivre, hein?

Puis, l'espoir, ça marche main

dans la main avec, je pense.

(Retour dans l'immeuble désaffecté. Puis retour au studio de photographie pour le visionnement, sur ordinateur, des photos prises précédemment.)


VICTOR DIAZ LAMICH (en aparté)

Aujourd'hui, le but était

d'aller dans un endroit où on

est dans le désaffecté, on est

dans un endroit abandonné et,

de toute évidence, il est

abandonné depuis longtemps.

Donc, je cherchais à voir

deux choses: un, c'était la présence

humaine. Est-ce qu'il y avait eu

présence humaine? Est-ce qu'il y

avait eu quelque chose qui

témoigne d'une activité humaine

quelconque? Et deux, s'il y a lieu,

d'essayer de voir quel type

d'activité humaine il y a eu.

La sensibilité, là-dedans, je

l'ai trouvée plutôt dans le

moment où on trouve un oreiller

en pas pire forme, quand même.

Il a encore la forme d'un

oreiller. Et, dessus, on a une

caricature d'un petit monsieur

dessiné avec une petite madame.

Alors, j'ai essayé de prendre

l'oreiller avec l'arrière-plan

flou de cet immeuble désaffecté,

pour souligner que... Ah, mon

Dieu... S'il y a une chose qui

se perd à la toute fin, c'est

bien l'espoir. Alors, là, t'as

dans un endroit désaffecté, deux

personnes avec un petit coeur

entre les deux. L'espoir,

il ne meurt jamais. C'est ça,

ma vision. Puis, je l'ai trouvée

par hasard.

(À la caserne Les Fusiliers Mont-Royal, LUC DE LAROCHELLIÈRE rencontre ÉMILE TURCOT, capitaine d'infanterie et vétéran)


CAPITAINE ÉMILE TURCOT

Mon nom est Émile Turcot,

capitaine d'infanterie avec les

Fusiliers Mont-Royal, pour la

guerre 39-45.

Quand j'ai reçu votre chanson,

j'étais très heureux. Je l'ai

lue très attentivement et je

l'ai relue. Et mon fils l'a

relue pour presque la réciter

par coeur. Et, tous les deux,

ensemble, on a pu... on a essayé

de l'analyser en m'impliquant.

Moi, j'ai été élevé durant la

grosse crise financière de 1929.

Alors, chez nous, on était

six enfants, on mangeait chacun

notre tour. Même, une fois, je

suis parti pour aller à l'école.

Un peu plus tard, je savais

pas où revenir parce qu'on

s'était fait mettre dehors. Les

meubles étaient sur le trottoir.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Vous avez vécu le fait de

vous retrouver, comme ça...


CAPITAINE ÉMILE TURCOT

De me retrouver sans rien.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

... à la rue, avec rien. On a

la chance de vous avoir parce

que vous avez vu... Aujourd'hui,

on vit dans un monde où la

fiction prend tellement de

place. On voit plein de choses,

mais on voit des choses de

fiction, pis... Est-ce que je me

trompe ou, des fois, la réalité

dépasse la fiction?


CAPITAINE ÉMILE TURCOT

J'étais dans une classe et un

petit gars de onze ans, pendant la

période de questions, il me

dit... Écoutez bien la phrase:

"Monsieur, la première fois

qu'ils vous ont mis une arme

dans les mains, quelle a été

votre réaction?" Onze ans.

(Le CAPITAINE ÉMILE TURCOT nous montre les différentes armes et médailles qu'il garde en souvenirs.)


LUC DE LAROCHELLIÈRE (hors champ)

Et votre réponse, c'était?


CAPITAINE ÉMILE TURCOT (hors champ)

Ce que je lui ai répondu,

j'ai dit: "Mon jeune, moi, je ne

suis pas né d'une famille de

chasseurs. Alors, je n'avais

jamais même vu une arme, encore

moins en tenir une dans mes

mains. C'était la première fois

et j'ai eu une sensation de

peur."


LUC DE LAROCHELLIÈRE (en aparté)

Je peux pas vraiment me

figurer c'est quoi les émotions

pis le vécu de quelqu'un qui

revient d'une guerre. Tu sais,

qui a vu ça, qui est parti avec

des amis puis qui en a vu

beaucoup ne pas revenir ou

revenir profondément marqués,

qui a vu toute une notion qu'on

se donne de respect de la vie,

pour fonctionner en société,

soudainement, ça tient plus dans

un contexte comme ça. Je pense

qu'ils ont l'urgence de

désapprendre plein de choses de

la vie en société pendant qu'ils

sont dans un conflit. Puis ça

doit être extrêmement difficile

de réapprendre après, de revenir

en arrière, après avoir vu des

choses aussi extrêmes.


CAPITAINE ÉMILE TURCOT

Vous connaissez le phosphore?


[LUC DE LAROCHELLIÈRE:] Oui.

CAPITAINE ÉMILE TURCOT

Un officier avait une grenade

de phosphore sur lui. En sortant

du bois, une balle allemande l'a

frappé. Il a pris en feu. Puis

il y a absolument rien qu'on

peut faire. Absolument rien,

rien, rien. Alors, ça,

c'était...

C'est une mort terrible.


LUC DE LAROCHELLIÈRE (hors champ)

Cette image-là, c'est quand

même une image très dure à

garder en tête, hein?


CAPITAINE ÉMILE TURCOT

C'est une image qui est dure,

mais je n'ai jamais eu de

cauchemars, comme je vous

disais, parce que j'ai continué

de le vivre. Je le vis...

Je lis, pas des romans, mais des

histoires vraies. Le livre que

je lis dans le moment,

ça a été écrit par un type qui

était dans la résistance, quand

il a écrit ça. Alors, quand je

me couche, je pense à ça et je

revis les moments où j'étais là.


LUC DE LAROCHELLIÈRE (en aparté)

Ça doit être une opération

extrêmement difficile, ça, de

redonner un sens à sa vie après

avoir vu des choses extrêmes,

aussi. Ça doit être quelque

chose, parce que... Qu'on ne se

trompe pas. On bâtit notre vie à

partir de valeurs, mais aussi à

partir d'illusions. Il y a

beaucoup d'illusions qui

prennent beaucoup de place dans

nos vies. Puis, le jour où ces

illusions-là sont démasquées,

bien là, c'est soit que tu

réussis à creuser plus

profondément, pour aller

chercher un sens à ta vie ou tu

deviens fou, tu sais.

(À la Résidence Marie-Jules, à Montréal. GUILLAUME VERMETTE, clown à Clowns sans frontières, visite des personnes âgées.)


GUILLAUME VERMETTE (en clown)

"Watawatawatawow"! Il y a du

beau monde ici! Bonjour, madame.

Bonjour, bonjour! Eh, vous êtes

beaux, vous êtes belles! Je suis

content de vous voir. Bonne

journée! Allô, ça va? Wow!

(LUC DELAROCHELLIÈRE rencontre GUILLAUME VERMETTE.)


GUILLAUME VERMETTE

J'ai écouté ta chanson

J'ai vu

ce matin. J'ai trouvé que

c'était une très belle chanson

avec un très beau texte.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Merci.



[GUILLAUME VERMETTE:] Puis, ça

m'a surpris à quel point c'est

intimement lié, le texte, à mon

expérience personnelle que j'ai

pu vivre en Russie en tant que

clown humanitaire avec Clowns

sans frontières.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Ça, avec Clowns sans

frontières, est-ce que c'était

la première fois que tu faisais

un voyage avec eux lorsque t'as

été en Russie?


GUILLAUME VERMETTE

J'en ai fait plusieurs, des

projets, mais mon premier, avec

Clowns sans frontières, c'est en

novembre 2011.


[LUC DE LAROCHELLIÈRE:] OK.

GUILLAUME VERMETTE

Je suis allé 15 jours en

Russie faire la tournée des

hôpitaux, des orphelinats, avec

une quarantaine de clowns de

partout dans le monde. Pour être

sincère, j'ai jamais autant

pleuré et ri de ma vie. Puis, un

peu comme dans la chanson, j'ai

vu plusieurs choses horribles,

j'ai vu beaucoup d'injustice,

beaucoup de vies changées du

jour au lendemain. Mais j'ai

surtout vu, comme dans la

chanson, des choses magnifiques

en réponse à tout ça.

(Retour à la Résidence Marie-Jules)

(GUILLAUME VERMETTE] [en clown)

Elle est belle, elle est

vraiment belle! Elle est

vraiment très jolie!

Je pense que je suis en amour!

(Les personnes âgées de la Résidence éclatent de rire.)

(GUILLAUME VERMETTE] [en clown)

Avez-vous un petit ami?

[DAME ÂGÉE:] Pas dans le moment.

J'en ai plusieurs.


GUILLAUME VERMETTE (en clown)

T'en as plusieurs?!

[DAME ÂGÉE:] C'est tous mes amis.

GUILLAUME VERMETTE (en clown)

C'est tous vos petits amis ici?

DAME ÂGÉE

Les gros... Les hommes, surtout.


GUILLAUME VERMETTE (en clown)

Elle est coquine, elle est

coquine, la madame.

(GUILLAUME VERMETTE s'adresse maintenant à un homme âgé de la Résidence.)


GUILLAUME VERMETTE (en clown)

Je le dirai pas aux autres qu'on va boire

de la Budweiser dans la chambre 210.

[HOMME ÂGÉ:] Oh!

(Tout le monde éclate de rire. Puis GUILLAUME VERMETTE reçoit un baiser d'une résidente.)


GUILLAUME VERMETTE (en clown)

Wouhou! J'ai eu un bisou!

Yes!

(GUILLAUME VERMETTE s'adresse maintenant à une autre dame âgée.)


GUILLAUME VERMETTE (en clown)

Bien oui! Êtes-vous jalouse?

[AUTRE DAME ÂGÉE:] Non.

GUILLAUME VERMETTE (en clown)

Ah. C'est correct, j'ai

compris. C'est beau. J'ai

compris. La madame, euh, non.

C'est beau, j'ai compris.

C'est correct.

(GUILLAUME VERMETTE encourage les résidents à scander le prénom de LUC DELAROCHELLIÈRE.)


[TOUS:] Luc, Luc, Luc!

GUILLAUME VERMETTE (en clown)

Wouhou! Luc! On te demande!

(LUC entrouvre la porte.)


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Oui! Ah bon!


GUILLAUME VERMETTE (en clown)

C'est Luc De Larochellière,

messieurs, dames!


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Bonjour!


GUILLAUME VERMETTE (en clown)

On l'applaudit!

(Les résidents applaudissent .)


GUILLAUME VERMETTE (en clown)

C'est Luc, c'est Luc!


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Bonjour, tout le monde!


[UN RÉSIDENT:] Bravo!

GUILLAUME VERMETTE (en clown)

Assieds-toi, assieds-toi.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

On va faire ça comme du monde.


[LUC DE LAROCHELLIÈRE:] [s'adressant

aux résidents]

Dans la vie, il arrive, un peu

comme aujourd'hui, qu'on

rencontre des gens charmants,

généreux, ouverts et

sympathiques. Mais il arrive

aussi qu'on rencontre des gens

qu'on pourrait qualifier de

trous du cul. Ça arrive.

Ça arrive aussi.

(Les résidents éclatent de rire.)


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Et lorsqu'on rencontre ces gens-là,

on se demande un peu quoi faire

avec eux autres. Tu sais, des

fois, on aurait envie de leur

régler leur compte nous-mêmes,

mais ce serait ni moral ni

légal. Alors, on peut s'en

retourner vers le Seigneur et

lui faire la prière que voici.

♪ Six pieds sur terre ♪

♪ Il y a trop de salauds ♪

♪ Et quand ils meurent ♪

♪ Il en naît aussitôt ♪

♪ L'histoire pourrait ♪

♪ En dresser toute une liste ♪

♪ Oh! mon Dieu, promets-moi ♪

♪ Que l'enfer existe ♪

♪ Mon Dieu, promets-moi ♪

♪ Que l'enfer existe ♪

(Retour à la conversation avec GUILLAUME VERMETTE)


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Est-ce que ta vision, justement,

puisque la chanson s'appelle

J'ai vu,est-ce que ta vision

des choses de notre monde,

admettons, occidental, ici,

est-ce qu'elle a changé après le

retour, après avoir vu ce que

t'as vu là-bas?


GUILLAUME VERMETTE

Oui. Définitivement, mais

dans un sens différent de ce

qu'on pourrait s'attendre,

c'est-à-dire, on a l'impression,

des fois, quand les gens

reviennent de voyages

humanitaires, ils sont frustrés

par le mode de consommation et

de vie nord-américain. Mais, en

tout cas, personnellement, moi,

ce que ça fait, ça fait l'effet

inverse. Je reviens avec une

grosse dose de motivation et

d'inspiration parce que j'ai vu

tous ces gens magnifiques avec

des initiatives magnifiques pour

aider des gens.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

On nous encourage pas

beaucoup à ça.


GUILLAUME VERMETTE

Non.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

On nous encourage pas

beaucoup à ça. On nous encourage

beaucoup à être extrêmement

performants, à être...


GUILLAUME VERMETTE

Individualistes.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

... individualistes, la fin

justifie les moyens.


GUILLAUME VERMETTE

Oui.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Ça, c'est des valeurs très

fortes en ce moment. Cette

valeur-là, bien, c'est ça. Je

pense que si on a un avenir, il

est là-dedans.


GUILLAUME VERMETTE

L'entraide.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

C'est pour ça, moi, que j'ai

fini ma chanson avec ça. Puis,

même... En fait, ma chanson est

proportionnelle, dans le sens de

dire...


GUILLAUME VERMETTE (en riant)

Oui!


LUC DE LAROCHELLIÈRE

... il y a beaucoup de choses

dures et à la fin, il y a... à

partir de là, pourquoi continuer

à vivre, d'une certaine façon.

Puis, le pourquoi est bref,

mais...


GUILLAUME VERMETTE

Tellement simple, mais

tellement puissant!


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Très simple et ça arrange...


GUILLAUME VERMETTE

Tout le reste.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

... pas mal tout le reste.


GUILLAUME VERMETTE

Ça prend 2 phrases à peu

près, je pense, dans ton texte,

pour arranger tout le reste, qui

est une longue énumération...


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Pour arranger tout le

reste... C'est ça.


GUILLAUME VERMETTE

... de "j'ai vu des choses

pas belles".


LUC DE LAROCHELLIÈRE

C'est ça.

(Retour à la Résidence)


LUC DE LAROCHELLIÈRE

♪ Est-ce bien vrai que la mort ♪

♪ Est l'unique justice ♪

♪ Oh! alors si c'est vrai ♪

♪ Si c'est vrai, j'insiste ♪

♪ Mon Dieu, promets-moi ♪

♪ Que l'enfer existe ♪

♪ Mon Dieu, promets-moi ♪

♪ Que l'enfer existe ♪


[UN RÉSIDENT:] Bravo!

LUC DE LAROCHELLIÈRE

♪ Que l'enfer existe♪

(Les résidents applaudissent.)


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Merci!

(Dans leur appartement, LUC DELAROCHELLIÈRE prépare le repas avec sa conjointe ANDREA LINDSAY, auteure-compositrice-interprète.)


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Bon. On va couper le pain.


ANDREA LINDSAY

Voilà, on va couper le pain.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Si!


ANDREA LINDSAY

Voilà le couteau, le pain.

Couper le pain, ça va déjà bien.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Wow! Ça va être bon, ils ont

l'air...


ANDREA LINDSAY

Oui.

(LUC DELAROCHELLIÈRE entame une conversation avec ANDREA LINDSAY.)


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Quand j'ai fait l'album

Un toi dans ma tête,

j'avais décidé de me provoquer, tu sais.

Ça faisait longtemps que je

faisais les choses d'une façon,

puis j'y allais avec

l'écriture... En général, j'y

allais avec la composition des

musiques sur lesquelles je

mettais des textes. Et puis,

lorsque je suis arrivé à ce

disque-là, c'est sûr que ça

faisait un bout de temps que je

faisais des albums, ça allait

être mon 7e ou mon 8e album.


ANDREA LINDSAY

Quand même.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Là, je me suis dit: "Il faut

que j'arrive à faire autre

chose." Puis, je me suis obligé,

tu sais, à écrire tous les

textes d'abord. J'écrivais des

poèmes, en fait, des espèces de

formules poèmes, comme ça, sans

penser à la musique. Il est

arrivé souvent que j'aie jeté

des chansons parce que le texte

était pas au niveau de la

musique, tu sais. L'inverse est

plus rare, dans le sens que

j'avais un bon texte et que...

C'est plus rare que je dise:

"Je jette un bon texte

parce que j'ai pas trouvé

la bonne musique."


ANDREA LINDSAY

La chanson

J'ai vu,

pour moi, j'ai été tout de suite

impressionnée, justement, de la

qualité du texte. Et puis,

aussi, l'histoire que tu

racontes, le contraste de voir

plein d'affaires qui nous

dérangent puis qui nous rendent

tristes, puis qui nous font

demander, même, si ça vaut la

peine de vivre un genre de vie

comme ça. Comme plein d'affaires

un peu difficiles à digérer,

puis après, ça, tu mets un

spin

positif sur le texte, qui est

touchant. J'aimais beaucoup

l'imagerie. Oui, ça m'a beaucoup

touchée. Surtout la ligne: "J'ai

vu des familles dans la rue et

sans rien / Et j'ai vu des

hôtels...

ANDREA LINDSAY ET LUC DE LAROCHELLIÈRE

... trois étoiles

pour chiens."


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Oui.


ANDREA LINDSAY

Oui. Puis l'autre ligne que

j'aime, en fait, c'est comme sur

une carte, c'est très

officiel...

(ANDREA LINDSAY prend la carte de vœux sur la table.)


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Bien oui! Il y a des gens qui

ont fait une carte de voeux avec

ça...


ANDREA LINDSAY

Oui, oui, oui, on l'a trouvée

au magasin de magazines, là.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Sur la rue Saint-Laurent.


ANDREA LINDSAY

Oui, et c'est la ligne,

justement: "Et moi pour ton 'je

t'aime', je remets tout en jeu /

J'oublie tout ce que j'ai vu et

m'abreuve à tes yeux." C'est

beau. Ça rime. On ne peut pas

demander plus que ça.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Oui.


ANDREA LINDSAY

Oui.


LUC DE LAROCHELLIÈRE

Merci.


LUC DE LAROCHELLIÈRE (en aparté)

Je sais que c'est un cliché,

mais c'est l'amour qui va sauver

le monde, c'est l'amour qui

sauve notre vie. Un peu à tous

les jours, l'amour, l'amitié.

Donc, ça, c'est la chose

essentielle. En fait, c'est une

chanson de fin de crise, c'est

pas une chanson qui a été écrite

pendant la crise, mais vers la

fin de la crise, durant le

moment de reconstruction. Et

c'est sûr que lorsque l'on vit

une crise et qu'on a des bons

amis, on voit nos amis revenir

vers nous. J'ai vu des gens

arriver dans ma vie, m'aider à

déménager, être présents quand

j'avais besoin. En fait,

lorsqu'il arrive des choses

graves sur Terre, aussi, il y a

une partie de drame qui arrive,

mais, souvent, avec ça, il y a

tout un aspect d'entraide. Les

gens s'entraident, se

rapprochent. Ce qui rend cette

chanson-là positive, en bout de

ligne, c'est la prise de

conscience que le regard sur les

choses positives est aussi

important.

C'est un regard très, très

personnel sur ma vie, qui est né

d'une crise personnelle. Mais,

il me semble que, lorsqu'on vit

dans un monde, c'est impossible

d'être seulement personnel. On

est imprégnés par toute l'époque

dans laquelle on vit.

♪ Bien sûr, j'ai vu ♪

♪ Des amours infinis finir ♪

♪ Et j'ai même vu ♪

♪ Mourir des immortels ♪

♪ Et j'ai vu des chemins ♪

♪ Qui n'menaient pas à Rome ♪

♪ Et j'ai cru en des dieux ♪

♪ Inventés par des hommes ♪

♪ Et j'ai vu tous ces rêves ♪

♪ Pourtant immatériels ♪

♪ S'envoler en poussière ♪

♪ Pour ne plus revenir ♪

♪ Avalés par le ciel ♪

♪ Puis, j'ai vu le grand mur ♪

♪ De la réalité ♪

♪ Là où les certitudes ♪

♪ Vont pour s'y fracasser ♪

♪ Et j'ai vu des valeurs ♪

♪ Perdre toute leur valeur ♪

♪ Et j'ai vu des beautés ♪

♪ Soudain devenir laideurs ♪

♪ Et des vies s'écraser ♪

♪ Là sous le poids des heures ♪

♪ Jours, semaines ♪

♪ Mois, années ♪

♪ Trahissant leurs acteurs ♪

♪ Sans la moindre pitié ♪

♪ Et j'ai vu des familles ♪

♪ à la rue et sans rien ♪

♪ Et j'ai vu des hôtels ♪

♪ Trois étoiles pour chiens ♪

♪ Et j'ai vu des jardins ♪

♪ Délaissés, inconnus ♪

♪ Et puis des dépotoirs ♪

♪ S'étendre à perte de vue ♪

♪ Et le mépris devenir ♪

♪ Un genre de mode de vie ♪

♪ Où tout peut bien se vendre ♪

♪ Ballons, jouets ♪

♪ Armes ou gants ♪

♪ Faits par des mains d'enfants ♪

♪ Et j'ai vu des conflits ♪

♪ Inutiles et faciles ♪

♪ Et j'ai vu des amours ♪

♪ Sincères et impossibles ♪

♪ Et j'ai vu de l'amour ♪

♪ Devenir de la haine ♪

♪ Et des gens qui m'aimaient ♪

♪ Tout en m'offrant ♪

♪ Des chaînes ♪

♪ Et j'ai vu tous ces gens ♪

♪ Préférer impassibles ♪

♪ Un malheur certain ♪

♪ à un bonheur possible ♪

♪ Et se vêtir de peine ♪

♪ Il serait prévisible ♪

♪ Qu'après tout ce que j'ai vu ♪

♪ Je ne veuille plus rien voir ♪

♪ Je ne veuille ♪

♪ Plus rien savoir ♪

♪ Il serait presque risible ♪

♪ Qu'après tout ce que j'ai vu ♪

♪ Je veuille encore vouloir ♪

♪ Et pourtant ♪

♪ Année après année ♪

♪ Quand s'achevait l'hiver ♪

♪ J'ai vu naître un printemps ♪

♪ Fidèle à sa saison ♪

♪ Et j'ai vu émerger ♪

♪ L'herbe et les pissenlits ♪

♪ Comme un cri à la vie ♪

♪ Dans les fentes du béton ♪

♪ J'ai vu des inconnus ♪

♪ S'unir pour reconstruire ♪

♪ Et puis des vies sauvées ♪

♪ Par un simple sourire ♪

♪ Ou un simple "je t'aime" ♪

♪ Et moi pour ton "je t'aime" ♪

♪ Je remets tout en jeu ♪

♪ J'oublie tout ce que j'ai vu ♪

♪ Et m'abreuve à tes yeux ♪

♪ Et moi pour ton "je t'aime" ♪

♪ Je remets tout en jeu ♪

♪ J'oublie tout ce que j'ai vu ♪

♪ Et m'abreuve à tes yeux ♪

(Générique de fermeture)

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