Universe image La portée des mots Universe image La portée des mots

La portée des mots

An artist tells the touching and powerful story of one of his or her songs, touching on themes that impact their art.

Share

A plugin is needed to display this content

https://get.adobe.com/flashplayer/

Marie-Pierre Arthur - Chanson pour Dan

Gaspesie-born Dan Gaudreau was a legendary guitarist with a zest for life. Following his sudden death in 2010, Marie-Pierre writes “Chanson pour Dan” in his honour. The song isn`t sentimental in the least and is a trip to the great beyond.



Production year: 2013

Accessibility
Change the behavior of the player

VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Marie-Pierre Arthur « Chanson pour Dan »

[Fin information à l'écran]

MARIE-PIERRE ARTHUR donne un spectacle à PETITE-VALLÉE. Le public applaudit, entre deux chansons.


MARIE-PIERRE ARTHUR

(s'adressant au public)

Merci beaucoup!

Et là, on va faire la chanson

pour laquelle on va filmer, et

c'est la plus touchy pour moi.

Je viens de passer une journée à

tourner, puis on a parlé de

cette tune-là toute la

journée. J'ai été dans ce mood-là

toute la journée, c'était

assez... étrange. Je suis

sûre que Dan aurait vraiment

beaucoup aimé ça, ça fait

qu'on fait ça pour lui.


MARIE-PIERRE ARTHUR

♪ Je me suis fait léger nuage ♪

♪ Et sans bruit,

j'ai glissé sous la lune ♪

♪ J'ai vu que tu dormais,

seul et tranquille ♪

♪ Comme un nuage,

je n'ai fait que passer ♪

(MARIE-PIERRE ARTHUR marche sur la plage, à PETITE-VALLÉE, en Gaspésie.)


MARIE-PIERRE ARTHUR (en aparté)

J'ai commencé la musique,

j'étais en train de composer

pour le 2e album, j'avais des

mélodies qui traînaient un peu

partout, puis tout ça. Puis,

on a eu un appel pendant la fin

de semaine comme quoi notre ami

Dan était disparu. Puis, j'étais

chez moi, avec Frank, mon chum,

puis on travaillait ensemble.

Puis là, on s'est mis à jouer

une chanson, à développer une

mélodie. Puis, sur le moment, je

ne savais pas que ce serait une

chanson pour Dan, je ne

me suis pas dit: "Ah, voilà

une bonne raison de

composer une chanson."

Après coup, quand on a réécouté,

après qu'on ait appris qu'il

était mort, finalement, puis

tout ça, j'ai réentendu ce

qu'on avait fait, mais c'était

tellement nostalgique puis

c'était tellement... un peu

lourd, avec de l'espoir, on

cherchait de l'espoir. Il

y a des bouts de mélodie qui

cherchaient ça. Puis, je me suis

dit que ça n'avait plus le choix

d'être une chanson qui traite...

de ce sujet-là, en tout cas. Je

voulais essayer, parce que, pour

moi, ça résonnait tout de suite.

Aussitôt que j'entendais

la mélodie, c'était ça

qui me revenait en tête.

♪ Joueur de tours ♪

Ç'a été drôle avec cette

toune-là, parce que je ne me souviens

plus qui est rentré dans le

studio après, qui ne connaissait

pas Dan, je pense que c'était le

mixeur, là, puis il disait: "On

dirait des grosses vagues, on

dirait une tempête sur la mer."

Puis, si on avait voulu faire

ça, tu sais, avec Dan qui est

mort dans la mer puis c'était

pour lui, je ne pense pas qu'on

aurait trouvé à le faire en le

cherchant. On a juste gonflé

une émotion, mais, tu sais,

inconsciemment, on est allés

vers quelque chose. Puis,

maintenant, quand je l'écoute,

je trouve que ça fait penser...

En tout cas, pour moi, les

images que je m'en fais

sont devenues très claires

puis très associées à la mer.

Je travaille à laisser de la

place à l'inconscient, parce

que quand, en studio, on essaye

de contrôler tout, on passe

à côté de beaucoup de belles

surprises, je trouve.

(MARIE-PIERRE ARTHUR s'entretient avec JIM CORCORAN, auteur-compositeur-interprète.)


JIM CORCORAN

La première fois que j'ai

entendu la source d'inspiration

qui est devenue ta chanson,

notre chanson, venait de Brad

Barr, des Barr Brothers, une

chanson qu'il avait composée

après la mort de Lhasa de Sela,

une chanson qui m'avait vraiment

touché, parce que j'aimais

beaucoup et j'aime encore Lhasa.

Et puis, quand on t'a demandé,

toi, de chanter avec les Barr

Brothers, tu m'avais demandé de

traduire la chanson de Brad, ce

que j'ai fait.

Et j'ai beaucoup aimé le travail

que ça demande et le résultat.

Et c'est là que tu as conservé

la première ligne: "Je me suis

fait léger nuage." Et puis, toi,

tu voulais faire un peu ce que

Brad a fait pour Lhasa,

toi, tu voulais faire

quelque chose pour Dan.


MARIE-PIERRE ARTHUR

Oui.


JIM CORCORAN

Et puis, on s'est revus là

dessus. Et puis, je trouvais ça

extraordinaire, parce que cette

première ligne, qui avait

inspiré Brad, s'appliquait

à ton sentiment pour Dan.


MARIE-PIERRE ARTHUR (en aparté)

J'avais envie d'être en train

de rêver que je le croise, puis

qu'il va bien, tu sais. Puis,

juste le feeling de: "Bye! On

se revoit plus tard!", tu sais,

c'était plus ça que j'avais

envie de faire ressortir

de la toune.


JIM CORCORAN

C'était ton idée, c'était

ton insistance, et tu as bien

encadré le sentiment que tu

voulais dans la chanson. C'était

comme une sorte de prière très

affectueuse, un souvenir de

Dan, qui il était, joueur de

tours... jusqu'au dernier jour!

Et moi, j'ai trouvé ça très

touchant de le faire avec

élégance et aussi avec une

certaine... pas légèreté, mais

ce n'est pas une chanson lourde.


MARIE-PIERRE ARTHUR

Non.


JIM CORCORAN

On n'a pas sombré dans le

drame de cette perte, même si

ç'a fait mal, ça t'a fait mal,

comme pour moi. J'ai connu

peut-être plus Lhasa que Dan,

toi, tu as connu plus Dan...


[ENSEMBLE:] Que Lhasa.

JIM CORCORAN

Mais il y a une douleur qui traîne.

(Images d'une église au bord d'une falaise, et dont les cloches sonnent.)


MARIE-PIERRE ARTHUR (en aparté)

Dan, je l'ai rencontré très

jeune, parce qu'il faisait de

la musique dans son village à

deux villages du mien, à 15 minutes

de voiture. Puis, on en

entendait parler parce qu'il

avait un grand talent, quand

même, il était très, très

curieux. Il me tannait

parce qu'il était trop

crinqué, tu sais!

C'était vraiment, tu sais, là, surtout

dans les petites places de même,

une vedette. Pas juste parce

qu'il jouait de la guitare, là,

mais il était vraiment touchant,

ce gars-là, puis il parlait

beaucoup, puis il était très

drôle. Il avait vraiment une

aura, les filles capotaient

dessus, puis tout le monde

tripait sur ce gars-là.

Puis, après, quand je suis

partie au cégep, à Montréal,

pour un petit... - finalement,

je suis partie pour toujours,

là -, mais on s'est perdus de

vue pour un bout de temps. Mais

le festival à Petite-Vallée,

c'était un rendez-vous pour

moi, puis lui travaillait là.

On se recroisait puis on

s'amusait ensemble puis, des

fois, on jouait ensemble. C'est

resté marqué pour moi que Dan

avait fait partie... du début de

quelque chose pour moi, en fait.

C'est le moment où est-ce que

j'ai commencé à avoir vraiment

envie de chanter puis d'imaginer

faire plus de la création, parce

que, avant, je chantais pareil

puis je jouais pareil, mais

ça ne m'habitait pas.

(CAMILLE BROUSSEAU, directeur technique de Village en chanson, prépare son bateau pour partir à la pêche en mer.)


MARIE-PIERRE ARTHUR (en aparté)

La mer, en fait, je l'ai tout le

temps eue en pleine face, moi,

depuis que je suis née. Je ne me

suis pas aperçue que ça faisait

partie de ma vie jusqu'à

ce que je parte, tu sais.

On peut se sentir très, très

seul, tout seul devant la mer

aussi, parce que c'est trop

grand, c'est trop vaste. Tout le

monde a une histoire - pas nos

ancêtres, parce que c'est trop

loin -, mais juste de grands

parents, arrière-grands-parents

morts dans la mer, ici, là.


CAMILLE BROUSSEAU

C'est sûr que nous autres,

en Gaspésie, on vit avec

les saisons. C'est pour ça

que, durant la saison d'été,

je fais un petit peu de pêche,

pêche à la morue. On ramasse

notre morue pour l'hiver.

(CAMILLE BROUSSEAU arrête son bateau pour interpeller un pêcheur.)


CAMILLE BROUSSEAU

Un maquereau ou un hareng?

Hé, maudit! Il me semble

qu'il n'est pas gros! Il

n'y a rien de gros, ici...

à part le conducteur!

(CAMILLE BROUSEAU reprend le volant de son bateau.)


CAMILLE BROUSSEAU

Ah, le vilain Dan! Il nous a

joué un tour! Il nous a joué

un tour. Tout le monde le

connaissait, tout le monde

l'admirait. Dan, c'était un bon

bonhomme puis il était très,

très fin. C'était un bonhomme

qui était gentil. Imitateur,

il se moquait de tout le monde!

C'était un bon bonhomme, tu

ne t'ennuyais pas, c'était un

brillant, brillant. Il avait les

yeux bleus pétillants. C'était

un brillant bonhomme, ouais. Il

est parti trop vite... bien, on

part toujours trop vite, hein!

Mais lui, il est parti vite, ça

n'a pas de bon sens. Ça n'a pas

de bon sens pantoute. C'était

un malheureux accident, mais

qu'est-ce que tu veux, il faut

faire avec. Il faut faire avec.

Il a fait son bout de chemin

très intense, c'est pour ça

qu'il est parti de bonne heure.


INTERVIEWER

Ç'a tu laissé un trou un peu?


CAMILLE BROUSSEAU

Bien ouais, ç'a laissé un

gros trou. Nous autres, au

théâtre, il nous manque, il

nous manque encore. On se dit,

des fois, on se surprend à se

dire: "Si Dan était là, ça

ne serait pas comme ça."

(Images de nature et de mer)


MARIE-PIERRE ARTHUR

♪ Ton silence résonne ♪

♪ Encore ♪

♪ Si fort aux alentours ♪

(MARIE-PIERRE ARTHUR marche maintenant en bord de mer avec ALAN CÔTÉ, directeur de Village en chanson.)


MARIE-PIERRE ARTHUR

Ici, c'était votre place

à feu de camp, avec Dan.

ALAN CÔTÉ

Bien oui! à chaque fois que

Dan était ici, à toutes les fois

qu'il faisait noir dans le bout,

c'était ici qu'il faisait

des feux puis qu'il chantait.


MARIE-PIERRE ARTHUR (en aparté)

Pour moi, Alan, c'est comme

un gardien du développement

chez nous, parce que, sans le

festival, le tourisme ne serait

pas ce que c'est. Il ne reste à

peu près que ça, là, pour donner

un grand coup l'été, pareil,

pour que les commerces s'en

sortent puis tout ça. Puis,

c'est un passionné aussi, il a

fait partie de ma vie, de loin,

de proche, ça dépendait des

époques. Maintenant, on est

beaucoup, beaucoup plus proches.

Quand j'étais jeune, pour moi,

c'était le grand

boss de la patente. Si tous les villages

avaient un crinqué de même,

ça donnerait beaucoup de

vie un peu partout, en fait.

ALAN CÔTÉ (en aparté)

J'ai commencé à faire

un café-théâtre dans la boutique

de forge de mon grand-père il

y a 31 ans. J'avais 21 ans,

complètement innocent, et

ignorant dans quoi j'embarquais!

C'était comme de la survie.

C'était vraiment le goût de

vivre puis de s'accrocher

à quelque chose.

(ALAN CÔTÉ entre en sifflant dans le Théâtre de la Vieille Forge de Petite-Vallée.)

ALAN CÔTÉ (en aparté)

Il y avait un tout petit bar

au village, une trentaine de

places, où on se tenait. Puis,

avec un des médecins, qui était

plutôt un bon vivant, admettons,

un féru de culture, de jazz,

de chansons, on s'est dit:

"Pourquoi ne pas se faire

un petit lieu de rencontres?"

C'est parti comme

ça, on a tous mis 1 000 $

chaque, on a récupéré des

châssis. Puis, cette petite

cabane, qui avait 55 places,

a accueilli des grands noms

de la chanson au Québec.

Puis, petit à petit, de

fil en aiguille, bien, ç'a

grossi, la réputation était là.


MARIE-PIERRE ARTHUR (en aparté)

Pour moi, le

festival, là, à partir de

12, 13 ans, j'attendais ce

moment-là avec impatience.

C'était une période de

l'année vraiment riche, puis

on rencontrait plein de monde,

on entendait plein de monde.

Pour moi, c'est mon jour de

l'An, en fait, parce que j'ai

à peu près le même âge que le

festival. Ma mère faisait du

son, à cette heure, c'est mon

frère, mon autre frère est chef

d'orchestre. Tu sais, on était

vraiment tout le temps là.

Même enfants, on traînait, on

dormait dans les road cases, là,

tu sais. C'est à ce moment-là

que tout le monde se regroupe,

on se revoit, toute la famille

complète. Puis, après ça, on

recommence une autre année,

tu sais. C'est comme à ce

moment-là que je fais le

reset de mon année, là.

ALAN CÔTÉ (en aparté)

Marie-Pierre faisait un

spectacle ici, quelque part

au mois d'avril. Puis, en fait,

on avait planifié... on a monté

une fondation autour de Dan. Et

donc, la première campagne de

financement, on a clôturé la

campagne avec le

show de Marie-Pierre. Puis là, bien,

on se parle. Puis là, moi, j'ai écrit

une chanson sur le thème de Dan

aussi, qui s'appelle

Les yeux bleus pour le blues.

Et puis là,

on se parle de ça, puis elle me

dit: "Hé, j'ai envie de faire

ma chanson que j'ai faite

avec Jim, là. Le texte,

on se questionne encore sur

quelques phrases, mais..."

ALAN CÔTÉ

(s'adressant à MARIE-PIERRE ARTHUR)

Tu avais ta feuille puis tu

n'étais pas encore sûre de la

chanter ce soir-là, tu m'as dit.


MARIE-PIERRE ARTHUR

Non, puis elle n'était

pas finie, finalement.

ALAN CÔTÉ

Elle n'était pas

finie, c'est ça.


MARIE-PIERRE ARTHUR

J'ai changé des phrases

pas mal, après. Ouais, je

t'avais chanté ça puis

j'étais tellement gênée!

ALAN CÔTÉ

Tu m'avais conté Jim

puis toute la patente.

Moi, je t'avais fait la

mienne aussi, qui était

flambant neuve, évidemment.


MARIE-PIERRE ARTHUR

Qu'est-ce que ça te fait,

quand tu joues ça, ici?

Tu es bien à l'aise?

ALAN CÔTÉ

Bof... je suis rendu plus à

l'aise pour la jouer, mais quand

je l'avais chantée la première

fois, je savais que sa mère

serait là. Ça fait que je suis

allé lui chanter chez eux.


MARIE-PIERRE ARTHUR

Tu as bien fait.

ALAN CÔTÉ

Oui, dans la cuisine. Puis,

j'ai dit: "Êtes-vous à l'aise

avec ça? Je sais que vous allez

être là." Je l'ai chantée puis

là... j'avais été fort, tu

sais. Elle pleurait, mais moi,

j'étais... solide, tu sais.

Puis, quand je l'ai faite sur la

scène, c'est moi qui pleurais!

(MARIE-PIERRE ARTHUR est maintenant à la table d'un restaurant en compagnie de MATHILDE CÔTÉ, fille d'ALAN CÔTÉ et amie de Dan.)

MATHILDE CÔTÉ

Tu sais, il y a des petites

choses, aussi, que tu effleures

dans la toune. Ses parents n'ont

pas été au courant de tout,

tout le temps, puis c'est

très bien comme ça, aussi,

tu sais! Mais...


MARIE-PIERRE ARTHUR

Ouais, ouais!

Ouais, des parents, ce n'est

pas supposé de... hein!

MATHILDE CÔTÉ

Je pense que c'est

avec les visions de tout le

monde qu'on fait un tout là

dedans aussi. Puis, c'est le

fun que toi, tu aies fait de quoi,

puis qu'Alan ait écrit de quoi.

C'est bizarre, parce que je l'ai

entendue par bouts, en fait. Ça

fait que j'ai entendu des bouts

dans le char à Joe, en jasant,

j'ai entendu des bouts ici, au

théâtre, blablabla. Puis, je

pense que c'est en show que je

l'ai entendue la première fois.


MARIE-PIERRE ARTHUR

Encore ici?

MATHILDE CÔTÉ

Avec un début puis

une fin, ouais.


MARIE-PIERRE ARTHUR

OK. Puis, la première fois

que je l'ai chantée ici, ce

n'était pas toutes les mêmes

paroles non plus, elle a bougé.

MATHILDE CÔTÉ

Ah ouais, hein!


MARIE-PIERRE ARTHUR

Ouais, ouais. C'est arrivé

plusieurs fois que je me suis

fait dire par du monde d'ici

qu'ils sont tombés dessus sans

le savoir. Puis, je trouve

ça cool. Ce n'est pas trop

envahissant, je pense.

MATHILDE CÔTÉ

Bien non.


MARIE-PIERRE ARTHUR

C'était ça que je voulais,

là. Ce n'était pas, au départ,

une chanson pour Dan.

MATHILDE CÔTÉ

Ah oui?


MARIE-PIERRE ARTHUR

C'est juste que, après,

c'était tellement le mood

dans lequel on était.

MATHILDE CÔTÉ

C'est clair.


MARIE-PIERRE ARTHUR

Mais c'était ça, la toune a

été faite carrément au moment où

il est disparu puis elle a été

terminée quand on a su qu'il ne

reviendrait plus, finalement.

MATHILDE CÔTÉ

Bien oui.


MARIE-PIERRE ARTHUR

Tu sais, ça fait que c'est

sûr que ça lui appartenait,

cette musique-là, là.

C'était clair, là.

MATHILDE CÔTÉ

C'était un jeudi.

Dan, il appelait sa mère, il se

rapportait tout le temps. Puis,

il y avait un autre de ses amis,

aussi, qu'il voyait à tous les

vendredis. Ça fait qu'un plus

un, ni sa mère, ni cet ami-là

n'avaient de nouvelles.

J'étais à Montréal puis je

glandais. Puis, un moment donné,

ma soeur m'appelle... puis elle

est à peine capable de parler

puis elle dit: "Ils ont trouvé

un soulier au bord de l'eau." Tu

sais, le email ou téléphone que

tout le monde a un peu eu, là.

Ça fait que, finalement, je

suis partie cette nuit-là.

Puis, c'est drôle, parce que

les six, sept fois que j'ai refait la

run de nuit en autobus...


MARIE-PIERRE ARTHUR

Tu as été en autobus.

MATHILDE CÔTÉ

... de Montréal à ici...


MARIE-PIERRE ARTHUR

Tu revis ça, genre?

MATHILDE CÔTÉ

Là, maintenant, c'est

correct, tu sais. Puis, j'aime

ça que ce soit réassocié à des

bons souvenirs, mais c'est

arrivé une couple de fois

que je faisais la run,

surtout comme au printemps,

puis... tabarnouche que

c'était bizarre, tu sais.


MARIE-PIERRE ARTHUR

Hum!

ALAN CÔTÉ (en aparté)

Dan Gaudreau, c'était un

électron libre, un bébé gâté de

la pire espèce, mais en même

temps un gars extraordinaire

et agréable, et d'une grande

générosité. C'était un clown,

le joueur de tours de la

chanson, mais il revient...

il revenait tout le

temps dans la vie à...

Moi, dans la chanson, je dis

qu'il imite Biel, qu'il aime

se moquer de nous autres, bien,

c'était vraiment un trait de

Dan très caractéristique.

Quand Dan est décédé, en fait,

il était allé dans la baie des

Chaleurs, pour le party d'homard

à Carleton, à la marina. Et

puis, donc, ils sont allés

faire ce spectacle-là, qui

était plutôt très arrosé.

Ils étaient pour s'en aller se

coucher, toute la

gang. Puis là,

Vincent, qui est le DT, il est

encore dans la marina puis il

sort puis leur crie: "Hé! Venez

prendre une dernière bière!

Vous êtes lâcheux!" Ça fait

qu'ils ont retourné de bord.


MARIE-PIERRE ARTHUR (en aparté)

On a su qu'il était tombé

à l'eau puis que... On n'aura

jamais de certitudes, il ne nous

le dira pas, ça fait que... mais

il s'est sûrement pété la tête

puis il s'est noyé, là... en

allant sur le bord du quai,

là, un peu alcoolisé, disons.

Ça fait que, c'est ça, la

version, mais, je veux dire,

rendu là, on ne peut pas savoir.

(Dans son Théâtre de la Vieille Forge de Petite-Vallée, ALAN CÔTÉ chante pour Dan.)

ALAN CÔTÉ

♪ C'était pourtant

un matin clair ♪

♪ Bon déjeuner,

petit salaire ♪

♪ La mer en huile,

2 gars, 2 frères ♪

♪ Par une journée

bien ordinaire ♪

ALAN CÔTÉ (en aparté)

Ce qui était dur pour moi,

c'est que j'étais comme, tu

sais, le gars fort de la place,

qu'il faut qu'il reste fort puis

qu'il essaie de contrôler tout

le monde. J'étais beaucoup,

beaucoup, beaucoup là-dedans.

Puis, un moment donné, je

suis parti juste sur le

bord de la mer, tout seul...

... me vider... le plexus!

Ça n'a pas été facile, ç'a

été très dur, cet épisode-là.

Ça fait qu'on a organisé toute

la cérémonie, les chansons.

On a chanté aux funérailles

une chanson d'ailleurs qui...

Sur le disque

Chanter plus fort que la mer,

il y a une chanson

qui... oupalaye...

(ALLAN CÔTÉ doit s'interrompre, la gorge nouée par les émotions.)

ALAN CÔTÉ (en aparté)

… qui a pour titre

Chanter plus fort que la mer.

C'est chanter plus fort que la

mer quand on est en ostie après

elle, parce qu'elle nous a

enlevé quelque chose, tu sais.

Ça fait que, cette chanson-là,

de chanter ça aux funérailles,

ce n'était pas... facile.

(Les yeux mouillés, ALAN CÔTÉ se remet à chanter pour Dan.)

ALAN CÔTÉ

♪ Il faut chanter

plus fort que la mer ♪

♪ Pour rattraper

le temps qui passe ♪

♪ Pour éloigner

les peines, les misères ♪

♪ Chanter, chanter

plus fort que la mer ♪

♪ Chanter plus fort que la mer ♪


MARIE-PIERRE ARTHUR (en aparté)

Danielle Vaillancourt, c'est

la blonde d'Alan. Elle venait

d'arriver au village pour

enseigner à l'école primaire,

mais les cours de musique.

Je pense que c'est pour ça

qu'elle était arrivée, en fait.

Elle avait une douceur puis une

tendresse. Elle est encore

de même, c'est facile de

voir que cette femme-là est

exceptionnellement calme, là.

Ouais. Bien, ça prenait ça pour

compenser avec Alan, qui est

bien trop crinqué! Ha, ha!


DANIELLE VAILLANCOURT

(en aparté)

Elle était pétillante, Marie-Pierre.

Maintenant, je la trouve

très souple et vaporeuse! Ha,

ha! Mais à cette époque-là,

c'était une petite fille qui

était bien rieuse, puis

elle était amusante, puis

elle faisait des farces,

puis elle était drôle,

avec ses amies de filles.

Au tout début, je lui ai

enseigné la musique, je lui ai

enseigné le piano et la guitare.

Au piano, elle était plus ou

moins vaillante... ha, ha! Ça

fait que je pense que, après,

elle s'est mise à la guitare.

Puis là, elle a comme trouvé son

instrument. Ça fait que Marie-Pierre,

elle, elle répétait

avec nous autres en classe,

elle faisait des spectacles à

l'école. Puis, elle était très

jeune, elle avait 13, 14 ans,

je pense, quand elle a participé

à des premiers concours.

Le téléthon Enfant Soleil, à

Québec, là, elle interprétait

des chansons. Bien, c'était

autour de ces années-là qu'on a

eu les embryons de ses premiers

textes puis de ses premières

chansons. Elle a fait le

Festival en chanson, elle avait

16 ans. Puis, on savait qu'elle

allait faire quelque chose de

grand, parce que c'est une fille

grande ouverte sur la musique.

Moi, Dan, je pourrais vous en

parler longuement de tout ce

qu'il m'a apporté dans ma vie.

Ça part de très loin. Mais ici,

dans la communauté, c'est une

présence qui est encore là puis

qui ne partira jamais, là.

Dan, il est dans l'air du temps

ici. On est sûrs qu'il n'est

pas parti, on est sûrs qu'il

est encore là. Puis, dans

l'école, ici, il a enseigné.

Ça fait qu'on a tout le temps

l'impression qu'il est à quelque

part! Ha, ha! Le départ de Dan,

ç'a été quelque chose qui a

été très difficile à prendre.

D'abord, on n'y croyait pas,

personne. Puis, ç'a été une

période de temps très, très

longue pour faire le deuil.

Puis, il y a encore beaucoup

de monde, par ici, qui ne

l'ont pas encore fait ou ne

voudraient pas qu'il soit parti.

(DANIELLE VAILLANCOURT chante et joue de la guitare, dans sa classe de musique.)

(Au cimetière, MARIE-PIERRE ARTHUR discute avec ISABELLE GAUDREAU, la cousine de Dan.)


MARIE-PIERRE ARTHUR

Tu ne connaissais pas

l'existence de cette toune-là,

tu es tombée dessus par hasard?


ISABELLE GAUDREAU

Ouais, c'est ça, je suis

tombée dessus par hasard. J'ai

vu le titre, tu sais,

Chanson pour Dan,

je me suis dit: "Bon,

bien, je vais regarder, voir,

je vais écouter c'est quoi."

Puis, quand je me suis mise à

entendre les paroles, dans le

fond, j'ai vraiment tout de

suite su... Tu sais, quand tu

dis "joueur de tours jusqu'au

dernier tour", tu sais, c'est

ça, c'est un peu ça qui s'est

passé, en termes de l'histoire

de la disparition, au départ.


ISABELLE GAUDREAU

Je l'ai écoutée à quelques

reprises, mais, tu sais, à

chaque fois, c'était toujours

un sentiment intense...


MARIE-PIERRE ARTHUR

Envahissant.


ISABELLE GAUDREAU

... envahissant qui remonte.


MARIE-PIERRE ARTHUR

Pour moi, maintenant, ça ne

me fait plus de peine de chanter

ça, mais je la chante à tous les

soirs, quasiment. Ça fait que je

pense à lui, je trouve que c'est

ça, le plus le fun de la toune,

c'est qu'il ne disparaît juste

pas, dans ma tête, dans ma

mémoire. Tu sais, un moment

donné, le visage du monde

commence à devenir flou puis

tout ça, mais là, il est tout le

temps là, à quelque part. Puis,

je le présente à tout le monde,

tu sais, je ne raconte pas toute

l'histoire, mais je dis juste

que je réalise, puis ça le garde

frais dans ma mémoire. Tu sais,

c'est à ça que ça sert, cette

chanson-là, pour moi, juste

de le garder vivant un peu

plus longtemps.


ISABELLE GAUDREAU

Ouais, c'est vrai.

(Images de la mer, puis retour à la conversation avec JIM CORCORAN)


JIM CORCORAN

D'une manière ou d'une autre,

tu déterres le premier sentiment

que tu avais quand tu as appris

que Dan était décédé. Et bon, ça

évolue, avec le temps, l'émotion

se place. On souhaite que

l'émotion ne disparaisse jamais.


MARIE-PIERRE ARTHUR

Bien oui!


JIM CORCORAN

Il faut toujours...


MARIE-PIERRE ARTHUR

Garder une sensation

de quelqu'un, ouais.


JIM CORCORAN

Oui. Mais question de

survie, il faut apprendre

à avoir moins mal.


MARIE-PIERRE ARTHUR (en studio)

Un, deux, trois, quatre!


MARIE-PIERRE ARTHUR (en aparté)

Avec le temps, je ne me sens

même plus triste quand je le

fais. J'ai juste l'impression de

me le garder frais en mémoire

puis je suis contente de ça.

C'est juste que Dan est là,

pendant cinq ou six minutes,

dans ma tête. Sinon, il

reviendrait moins souvent.


MARIE-PIERRE ARTHUR

♪ Je me suis fait léger nuage ♪

♪ Et sans bruit,

j'ai glissé sous la lune ♪

♪ J'ai vu que tu dormais,

seul et tranquille ♪

♪ Comme un nuage,

je n'ai fait que passer ♪

♪ Joueur de tours ♪

♪ Jusqu'au dernier jour ♪

♪ Ton silence résonne ♪

♪ Encore ♪

♪ Si fort aux alentours ♪

♪ Je suis venue voir

si tu étais bien ♪

♪ Ce qui me faisait peur,

c'est que tu t'amuses moins ♪

♪ Depuis que tu es parti,

nous n'entendons plus rien ♪

♪ Que l'écho de tes mots,

qui nous garde au chaud ici ♪

♪ Joueur de tours ♪

♪ Jusqu'au dernier jour ♪

♪ Ton silence résonne ♪

♪ Encore ♪

♪ Si fort aux alentours ♪

(Générique de fermeture)

Episodes

Choose a filtering option by age, fiction or season

  • Category Season

Résultats filtrés par