Image univers Arrière-scène Image univers Arrière-scène

Arrière-scène

Arrière-Scène vous invite à rencontrer ceux qui travaillent dans les coulisses : compositeurs de musique de films, directeurs de tournée, programmateurs, disquaires, réalisateurs, musiciens de bar.

Site officielpour Arrière-scène
Partager

Afin de visionner le contenu, il est nécéssaire d'installer un plugin

https://get.adobe.com/flashplayer/

Être musicien : les chiffres

À quoi ressemble le revenu annuel moyen du musicien? Comment se comparent les revenus d’une tournée à ceux d’un disque? Quelle proportion va à l’artiste? La situation varie-t-elle beaucoup d’un genre à l’autre? Combien de gens au Canada ne vivent uniquement que de musique? Combien d’années de pratiques avant d’y arriver?



Année de production: 2013

Accessibilité
Déterminer le comportement de la visionnneuse vidéo:

VIDÉO TRANSCRIPTION

Arrière-Scène part à la rencontre des artisans qui fabriquent de leurs mains notre paysage musical. On y découvre les coulisses de l'industrie musicale en rencontrant ceux qui y travaillent : musiciens de studio, compositeurs, metteurs en scène, producteurs, disquaires, programmateurs et plusieurs autres.

L'émission «Arrière Scène» est ponctuée d'entrevues de journalistes en studio et d'autres intervenants du milieu qui viennent apporter leur expertise et leurs commentaires.

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Être musicien : les chiffres

[Fin information à l'écran]

FRÉDÉRIC LAMBERT entre dans les bureaux de Radio-Canada.

[Début information à l'écran]

Agenda— 9h30 : Radio-Canada

[Fin information à l'écran]

FRÉDÉRIC LAMBERT entre sur le plateau de l'émission de radio Médium Large, sur ICI Radio-Canada Première. Il s'apprête à y donner sa chronique. On l'entend en entrevue hors champ.

[Début information à l'écran]

Frédéric Lambert, altiste— Quatuor Molinari, Les violons du Roy; chroniqueur musical, professeur de violon

[Fin information à l'écran]


FRÉDÉRIC LAMBERT

(hors champ)

Tout le monde écoute

de la musique.

Il y a de la musique

partout "anyway".

Il y a de la musique

dans les films,

dans la publicité.

On se promène dans la rue.

Il y a toujours de la musique.

Maintenant, la musique

fait partie de nos vies,

qu'on le veuille ou pas.

Il n'y a jamais eu autant

de diffusion de la musique.

Et à la fois, c'est bien.

Et à la fois, c'est moins

bien parce que avant y avait

cette espèce de rareté-là.

Quand on va voir un concert.

C'est un événement,

on sort, on y va.

Maintenant, c'est tellement

accessible que l'économie

en a écopé.

[Début information à l'écran]

Ysolde Gendreau, professeure— Faculté de droit, Université de Montréal

[Fin information à l'écran]


YSOLDE GENDREAU

(en studio)

On dit souvent que bien,

ces gens-là composent,

chantent, écrivent

parce que c'est en eux.

C'est inné. Ils ne peuvent

pas s'en empêcher.

Et donc, ils se font plaisir

en faisant ça.

S'ils y se font tant

plaisir que ça, bien,

peut-être qu'y ont pas tant

besoin d'être rémunérés.

Il n'y a rien de mal

à penser qu'un travail

peut être agréable.

Il n'y a rien de mal

à penser qu'on fait un travail

pour lequel on a un don.

Je pense que ça peut être

vrai dans bien d'autres

domaines aussi.

Et ça m'apparaît de toute

façon un très, très mauvais

argument pour dire que

ces personnes-là n'ont pas

besoin d'être rémunérées.

(Au bar Le Cheval Blanc, VINCENT LÉVESQUE, URBAIN DESBOIS et ANNIE-CLAUDE DESCHÊNES discutent autour d'une table.)

[Début information à l'écran]

Vincent Lévesque, claviériste—We Are Wolves

[Fin information à l'écran]


VINCENT LÉVESQUE

Toute la culture se retrouve

à abuser malgré elle

de la passion de l'artiste.

C'est que l'artiste

va le faire

(propos en anglais)

"no matter what".

L'artiste vit pour créer,

puis il va le faire dans toutes

les conditions pas possibles.

Tu le mets encore

plus dans la merde

puis si ça se trouve,

ça va être encore meilleur.

[Début information à l'écran]

Biz, rappeur— Loco Locass

[Fin information à l'écran]


BIZ

(en studio)

J'aurais moins de problème

à pas trop être payé

pour mon métier sachant

que ce que je produis

n'est plus en demande,

mais là c'est l'inverse.

Ce que je produis n'a jamais

été aussi en demande.

[Début information à l'écran]

Navet Confit, auteur-compositeur-interprète; réalisateur— Carl-Éric Hudon, Émilie Proulx, Polipe [Fin information à l'écran


NAVET CONFIT

(en studio)

On utilise la musique partout

mais on ne veut jamais la payer.

Mais par contre,

ceux qui utilisent

cette musique-là

dans leurs produits sont payés.

Chez une certaine chaîne

de télé musicale québécoise

où est-ce qu'on va faire

des "perfos", bien,

on n'est pas payé.

Mais il y a une équipe

de huit, neuf personnes qui est

en studio qui est payée.

Puis là, je suis pas en train

de faire un discours

anti-industrie ou quoi

que ce soit.

C'est juste qu'il faudrait

faire attention des fois

comment l'artiste est traité

à travers toute la chaîne.

Puis je comprends

qu'y a des gens qui travaillent

autour, puis je comprends

que leur salaire est justifié.

Sauf que, est-ce que

leur salaire fait en sorte

que le musicien n'en a pas?

(Début intertitre)

(Une industrie ingrate?)

(Fin intertitre)

[Début information à l'écran]

Sylvain Cormier, journaliste— Le Devoir

[Fin information à l'écran]


SYLVAIN CORMIER

(en studio)

J'ai l'impression

que l'industrie de la musique,

c'est de la science-fiction

maintenant. Le mot "industrie".

À part Star Académie puis à part

La Voix, on a l'impression que

la grande majorité des artistes

de maintenant fonctionnent

à l'extérieur de ça

et se débrouillent.

(À Saskatoon, en Saskatchewan, MÉLANIE BRÛLÉE et ANIQUE GRANGER sont dans une voiture. Elles se dirigent vers une salle de spectacle.)

[Début information à l'écran]

Mélanie Brûlée et Anique Granger, auteures-compositrices-interprètes

[Fin information à l'écran]


ANIQUE GRANGER

J'ai fait autant de promo

que j'ai pu mais j'ai manqué

de temps les derniers jours

pour faire des "follow-ups",

alors j'ai aucune idée à quoi

ça va ressembler ce soir.

MÉLANIE BRÛLÉE

Je pense qu'il va

y avoir du monde,

parce que beaucoup de gens

m'ont dit à Willow Bunch

qu'ils s'en venaient.

(MÉLANIE BRÛLÉE et ANIQUE GRANGER entrent au Relais, une salle de spectacle de Saskatoon. Elles posent une question à une RESPONSABLE de l'endroit.)


ANIQUE GRANGER

C'est combien pour ce soir?


LA RESPONSABLE

C'est 10 $.


ANIQUE GRANGER

10 $ par personne.

MÉLANIE BRÛLÉE

Combien de personnes ce soir?


ANIQUE GRANGER

C'est dur à dire.

MÉLANIE BRÛLÉE

C'est 400, 500 peut-être.

[Début information à l'écran]

500 personnes X 10$ = 5000$

[Fin information à l'écran]


ANIQUE GRANGER

Moi, s'il y a 50 personnes,

je suis contente.

[Début information à l'écran]

50 personnes X 10$ = 500$

[Fin information à l'écran]


ANIQUE GRANGER

C'est drôle, moi je trouve

ça dur. C'est comme si

je ne me sens pas à l'aise

de demander plus que 10.

Je le sais que je pourrais.

Je le sais que je devrais.

MÉLANIE BRÛLÉE

Ça ajoute un stress aussi.

20$ je trouve.

C'est comme, OK,

Là on aurait besoin

d'éclairage adéquat.


ANIQUE GRANGER

Oui c'est ça.

Parce qu'on peut pas vraiment

faire notre propre son,

quand tu charges

20 piasses le billet.

Je suis certaine que mon frère

va beaucoup nous aider,

mais ce n'est pas

un "soundman."

C'est mon frère qui vient

nous donner un coup de main

parce qu'on ne voulait

pas embaucher quelqu'un.

MÉLANIE BRÛLÉE

10$ c'est bon pour cette fois.


ANIQUE GRANGER

Oui, moi je suis à l'aise

avec ça.

MÉLANIE BRÛLÉE

(sarcastique)

L'année prochaine,

ça va être 20.


ANIQUE GRANGER

(sarcastique)

"Sure". Prochaine tournée.

MÉLANIE BRÛLÉE

(sarcastique)

Oui.

(YUANI FRAGATA est en plein cœur d'une rue piétonne, le soir.)

[Début information à l'écran]

YUANI FRAGATA, réalisateur—Bande à part, Espace.mu

[Fin information à l'écran]


YUANI FRAGATA

J'ai immensément

de respect pour les gens

qui décident que eux,

c'est ça qu'ils vont faire

dans la vie et qui tracent

parce qu'ils n'ont pas choisi

un métier facile.

Si ton ambition c'est d'être

un musicien professionnel,

attache ta tuque!

C'est un métier ingrat.

(FRÉDÉRIC LAMBERT donne sa chronique à l'émission Médium Large. On l'entend en entrevue hors champ.)


FRÉDÉRIC LAMBERT

(hors champ)

Si tu veux une vie très,

très stable et que t'as peur

du risque, faut pas aller

en musique carrément.

Faut faire autre chose.

Mais si t'es prêt à vivre

une espèce d'aventure

où est-ce qu'il va avoir

des moments super excitants

puis d'autres un peu plus

tristes où est-ce que c'est

un petit peu les vagues,

bien bienvenue en musique

parce que c'est la place

pour ça.

(VINCENT LÉVESQUE est derrière le bar de la brasserie Le Cheval Blanc et sert des bières.)


VINCENT LÉVESQUE

En fait, je travaillais ici

hier soir. Le pire c'est que

j'aime ça en fait servir

des bières parce qu'il y a

un côté que je trouve relaxant

en fait dans le fait

de servir les gens.

Quand t'es artiste,

ta job c'est de penser

à toi puis tes idées.

C'est un peu de te trouver bon,

quand tu fais de l'art,

c'est d'être assez confiant

puis convaincu de ton truc

pour le mener à fond.

(VINCENT LÉVESQUE, URBAIN DESBOIS et ANNIE-CLAUDE DESCHÊNES poursuivent leur discussion autour de la table.)


URBAIN DESBOIS

Moi ça fait 5 ans

que je travaille dans la même

boîte de télévision.

Ça doit faire 2 ans

que je travaillais là,

puis mon patron

à un moment donné, il dit:

"Excuse-moi Luc,

mais je pense que je suis

le dernier à l'avoir appris,

mais c'est toi Urbain Desbois".

Là je le regarde, j'ai fait:

"Oui, il y a un problème?"

Là, y dit: "Non!

Mais je pensais pas que..."

J'ai dit: "Tu pensais pas

qu'il fallait que je paie

mon loyer, je te gage."

ANNIE-CLAUDE DESCHÊNES

Mon groupe c'est Duchess Says,

puis on existe depuis 10 ans.

On a tourné aux États-Unis.

On a tourné en Europe,

au Canada.


VINCENT LÉVESQUE

Angleterre.

ANNIE-CLAUDE DESCHÊNES

Angleterre, oui.

Je travaille dans une garderie.

Je suis secrétaire-comptable.

C'est ça que je fais.


URBAIN DESBOIS

(blaguant)

Tu comptes les enfants?

ANNIE-CLAUDE DESCHÊNES

(blaguant)

Hum, c'est ça.

Hier, il en manquait 3.


URBAIN DESBOIS

(blaguant)

À la fin de la journée? OK.

ANNIE-CLAUDE DESCHÊNES

Fait que c'est ça.

(Début intertitre)

(L'industrie du disque, encore rentable?)

(Fin intertitre)


URBAIN DESBOIS

Moi, vois-tu, j'ai travaillé

avec des compagnies

de disque comme Audiogram,

La Tribu, qui sont

des compagnies québécoises.


VINCENT LÉVESQUE

Ça c'est dans les seules

qui payent.


URBAIN DESBOIS

Financement, subvention,

tout ça puis ils te donnent

des avances quand tu fais

un album, comme mon dernier

album, ils m'ont offert

une avance. Moi j'ai dit:

"OK, je vais le faire

pour 10 000".

"OK, on le fait."

Quand l'album sort

et on n'en vend pas,

c'est comme ça parce que

l'industrie ne va pas bien,

étant donné qu'ils ont mis

des milliers de dollars

sur l'album, eux autres

ils se remboursent

sur les ventes.

Quand ils vont avoir vendu,

mettons, 5000 copies

de l'album, là je vais

commencer à recevoir

une cote.

Peut-être 50 cennes

ou 1 piasse par album.

Faut en vendre 5000.

Aujourd'hui, vendre 5000

albums, ça dépend des ventes,

ça dépend des régions ou tu es.

Mais dans le marché du Québec,

mettons, 5000 albums,

je n'ai jamais fait ça.

(VALÉRIE BOURDAGES est dans les bureaux de Dare to Care Records/Grosse Boîte.)

[Début information à l'écran]

Valérie Bourdages, comptable— Dare to Care Records/Grosse Boîte

[Fin information à l'écran]


VALÉRIE BOURDAGES

Dans le temps, oui Beau dommage,

Harmonium, tout ça, en bas

de 100 000, c'était comme

même pas un succès.

Aujourd'hui, 100 000

c'est impensable.

Nous, on a juste

Coeur de pirate qui a pu

vendre 100 000 exemplaires

d'un album.

Les Soeurs Boulay,

on vient d'atteindre, je pense,

les 15 000. Puis pourtant,

c'est un gros succès pour nous.

Bernard Adamus aussi il vend

en moyenne 20 à 25 000

peut-être par album.

Ça ne fait pas des 100 000

rapidement. Dès qu'on dépasse

les 5 000 copies de nos jours,

pour un artiste émergent qui

ne tourne pas dans les radios,

c'est quand même bien.

(THOMAS DUCRÈS est assis à une terrasse de Paris.)

[Début information à l'écran]

Thomas Ducrès, journaliste— Gonzaï, Technikart,

[Fin information à l'écran]


THOMAS DUCRÈS

L'industrie musicale, je trouve

que ça sonne de plus en plus

comme un contresens.

J'ai l'impression des années 60

à l'inverse, 65 jusqu'à 2000,

il y a une sorte de parenthèse

enchantée. On a pu brasser

des millions de dollars

en faisant quelque chose

qui était intéressant qui

était de la musique parce

qu'il y avait une esthétique,

y avait un propos derrière.

Ça prenait beaucoup

de gens parce que le rock

a fortiori était un vecteur

communautaire qui permettait

de liguer ou de lier des gens.

Aujourd'hui, ce n'est plus vrai.

En tout cas, ce n'est plus

vraiment le rock. Et vivre

de sa musique aujourd'hui,

ça devient extrêmement

difficile et précaire.

Si on racontait ce qu'est

la vie de quelqu'un

qui fait un disque,

je suis pas sûr

que ça ferait encore fantasmer

beaucoup de monde.

[Début information à l'écran]

Franz Schuller, guitariste & chanteur— Grimskunk; président— Indica records

[Fin information à l'écran]


FRANZ SCHULLER

(en studio)

À moins d'avoir un hit radio

dans un marché, dans le cas

d'un artiste canadien

ou québécois au Canada

ou au Québec,

c'est très difficile de gagner

sa vie comme il faut.

Comme Grimskunk, nous autres,

notre chèque de paie

c'est genre pas bien, bien plus

que du B.S. On ne fait

pas beaucoup d'argent.

Mais on a d'autres activités

à côté qui nous ramènent

d'autre argent et on travaille

dans la compagnie,

ou on a d'autres bands,

puis on arrive

à boucler notre année.

Y'a pas de problème.

(MÉLANIE BRÛLÉE et ANIQUE GRANGER installent leurs équipements pour leur spectacle de la soirée.)

MÉLANIE BRÛLÉE

L'année passée, je pense

que j'ai fait...

c'était autour de 19 000.


ANIQUE GRANGER

C'est bon ça.

MÉLANIE BRÛLÉE

J'ai travaillé dans un bar aussi

l'année passée. C'est pour ça.


ANIQUE GRANGER

Ça devait ressembler.

Entre 15 puis 17.

(VINCENT LÉVESQUE, URBAIN DESBOIS et ANNIE-CLAUDE DESCHÊNES poursuivent leur discussion autour de la table.)


URBAIN DESBOIS

J'ai eu des bonnes années,

mettons, le gros top que je

pouvais faire, ça pouvait aller,

je sais pas moi, 25 000, 30 000

piasses. Mais ça veut dire que

cette année-là, j'avais demandé

une bourse pour écrire un album,

j'avais reçu 12 ou 15 000

piasses. Ça veut dire que j'ai

peut-être fait 10 000 piasses

dans mon année comme musicien.

Puis c'est les années

où est-ce que j'ai roulé.

J'ai fait les premières parties

de Renaud, de Arnaud,

j'ai fait de la tournée

un petit peu en France.

Ils ont mis de l'argent

dans les promos.

Mais regarde, un gros 10 000.


BIZ

(en studio)

Je ne me plains pas puis je ne

peux pas me plaindre parce que

moi je gagne un bon revenu.

Je fais partie des artistes

qui gagnent bien leur vie

au Québec grâce à la musique,

mais je suis obligé de te dire,

grâce à d'autres choses

que la musique.

Les produits dérivés

de ma musique,

c'est les chansons

qu'on place dans des films,

les chansons qu'on fait

pour une équipe de hockey.

Ça peut être un scénario

de film, des conférences

que je fais dans les écoles,

des livres que j'écris.

Donc, quand je ramasse tout ça,

artistiquement après,

je suis capable de bien vivre.

(FRÉDÉRIC LAMBERT sort des bureaux de Radio-Canada.)


FRÉDÉRIC LAMBERT

Je ne vis pas de la radio,

clairement!

C'est juste une petite partie.

C'est sûr que mon emploi

du temps plus à temps plein,

si on peut dire ainsi,

c'est de jouer de la musique,

c'est de performer

et d'enseigner. Là, je viens

de terminer ma chronique.

C'était de 10 à 11 heures.

11h30, je m'en vais à l'UQAM

enseigner une petite heure.

Après, une petite demi-heure

pour manger puis après,

on s'en va tout en avant

vers le conservatoire

pour aller répéter.

[Début information à l'écran]

Agenda— 11h30 : Université du Québec à Montréal

[Fin information à l'écran]

FRÉDÉRIC LAMBERT et RENAUD LANGLAIS jouent du violon dans un petit local de répétition.

[Début information à l'écran]

Renaud Langlais, étudiant en musique, Université du Québec à Montréal

[Fin information à l'écran]


RENAUD LANGLAIS

T'étudies en musique,

premièrement parce que

t'aimes ça. T'as aucune

certitude que tu sors

puis que t'as une job,

surtout que pour réussir

dans le domaine de l'orchestre,

veux, veux pas, si tu n'es pas

LA coche.

Ça ne passe pas.


FRÉDÉRIC LAMBERT

Aussi simple que ça.


RENAUD LANGLAIS

Sinon...


FRÉDÉRIC LAMBERT

Sinon, tu fais d'autres choses.


RENAUD LANGLAIS

Oui, c'est ça.


FRÉDÉRIC LAMBERT

Sinon, tu fais d'autres choses,

parce qu'aussi la musique

ce n'est pas nécessairement

rien que ça.

Tu peux trouver d'autres

façons de faire d'autres boulots

justement. Regarde, justement,

tu disais qu'en fin de semaine

t'avais une gig.


RENAUD LANGLAIS

Des contrats de mariage.


FRÉDÉRIC LAMBERT

Des contrats de mariage, oui.

Dans un mariage, un quatuor

à cordes, y en a qui vivent

de ça.

(Dans une salle de spectacle vide, PATRICK WATSON répète pour un spectacle avec ses musiciens. On l'entend en entrevue hors champ)

[Début information à l'écran]

Patrick Watson, auteur-compositeur-interprète

[Fin information à l'écran]


PATRICK WATSON

Nous autres, on fait notre vie

avec le mélange de tout

ensemble. Si t'enlèves juste une

partie, ça tombe par terre

parce que c'est sûr qu'avec

les disques on fait beaucoup

de "synch" pour la télévision

et les films et ça c'est

une partie, une grosse partie

de l'argent que tu fais.

Les ventes de disques

ce n'est pas incroyable,

mais c'est encore là

quand même. Fait que c'est

un mélange de tout

qui fait que ta vie.

Le seul problème,

c'est que ça revient à ce que

c'était avant.

D'une certaine façon,

je suis commandité

par les grandes compagnies,

parce que sans la synchro

à la télé et dans les films,

ça irait mal pour moi.

Au final, je suis payé

par ces grandes compagnies

au lieu de mes fans.

On ne gagne pas des millions,

on ne fait que couvrir les coûts,

et on peut se permettre

un quatuor à cordes sur l'album.

Ça permet juste d'être créatif

et de payer ton loyer.


FRANZ SCHULLER

(en studio)

Il y avait un band de rock qui

s'appelait Priestress qui ont

mis une toune dans un jeu

qui s'appelait "Guitar Hero 3".

Puis juste cette chanson-là

dans ce jeu vidéo,

a fait plus mondialement

que toutes les autres activités

combinées que le band

a fait pendant l'entière

carrière de ses 2 albums

qu'ils ont fait à ce jour.

(Début intertitre)

(La musique a-t-elle une valeur?)

(Fin intertitre)


NAVET CONFIT

(en studio)

Il va toujours y avoir quelqu'un

qui va accepter de jouer pour

une caisse de bière. Puis

quelque part, je l'ai déjà fait,

probablement il me semble,

où est-ce qu'on dit:

"Viens jouer dans mon bar,

ça va te faire de la bonne

promo, mais je ne peux

pas te payer." Je comprends

qu'il y en ait encore

qui le fassent parce que

c'est normal, il faut se faire

de l'expérience,

il faut des shows.

Mais je trouve que ça dévalue

complètement la musique

que de te donner comme ça

en échange de bière

parce que... Ben ça vaut

plus que de la bière

des tounes, je ne sais pas.

(FRÉDÉRIC LAMBERT et RENAUD LANGLAIS sont toujours dans le local de répétition.)


FRÉDÉRIC LAMBERT

Les gens ne comprennent pas non

plus qu'en musique classique,

en tout cas concernant

le violon, ça fait longtemps

qu'on en fait.

Moi j'ai commencé à l'âge de

cinq ans. C'est pas tombé du ciel

comme ça, inné. Puis c'est pas,

et je respecte ça aussi, mais ce

n'est pas non plus comme aller

faire une technique de 3 ans.

T'as fait 3 ans, c'est fini,

t'as ton diplôme puis là

t'as une job. Puis eux,

ils s'attendent à être payés.

J'ai fait la formation.

Mais moi, j'ai fait

ma formation aussi,

depuis des années.

À un moment donné, je m'étais

même amusé à calculer

le nombre d'heures.

J'évaluais, dans ma vie,

rien que pour le plaisir.

Je m'étais mis à évaluer,

entre tel âge et tel âge,

je sais qu'à l'âge de cinq ans,

je faisais une demi-heure,

40 minutes à tous les jours.

Ma mère me faisait

pratiquer tous les jours.

À un moment donné,

ç'a grossi. Vers sept ans,

c'était une heure par jour.

Adolescent, c'était une heure

et demie, deux heures puis

au Cégep trois, quatre puis

à l'université, bien écoute,

tu pratiques ton quatre,

cinq heures par jour.

(propos en anglais)

"That's it".

Puis j'évaluais et ça

équivalait à peu près à deux ans

de ma vie, à pratiquer

tout le temps, tout le temps.

Mais c'est drôle quand

tu penses à ça,

mais faut payer ça aussi.

(FRÉDÉRIC LAMBERT met son manteau et se prépare à partir.)


FRÉDÉRIC LAMBERT

"All right". Prochaine étape:

générale de concert.

Une petite journée.

(FRÉDÉRIC LAMBERT entre au Conservatoire de musique de Montréal.)

[Début information à l'écran]

Agenda— 13h30  : Conservatoire de musique de Montréal. [Fin information à l'écran

FRÉDÉRIC LAMBERT joue du violon avec deux autres musiciens.

VINCENT LÉVESQUE, URBAIN DESBOIS et ANNIE-CLAUDE DESCHÊNES poursuivent leur discussion autour de la table.


URBAIN DESBOIS

Je veux dire, n'importe qui qui

a une job, à un moment donné,

y va faire:

"Heille, il est 5 heures,

je m'en vais chez nous,

j'ai fini de travailler parce

qu'après 5 heures, tu ne me

paies pas." Mais quand

t'es musicien, c'est un truc,

c'est de la sédimentation.

Ça fait des années que

tu travailles là-dessus;

les études, la composition,

le travail, le recul,

tu retournes, tu recommences,

les instruments, le local,

les assurances.

Moi je n'ai jamais été assuré

pour mes instruments.

Ah non, c'est des frais

énormes. Puis là, t'es même

pas encore parti en tournée.

Tu es juste en train

de composer ta musique

puis de te pratiquer

avec ton band.

ANNIE-CLAUDE DESCHÊNES

Quand tu commences à faire de

la musique, ton premier album,

bien t'as toute ta vie,

tout ton bagage.

T'as plein de choses à dire.

Mais un coup que tu l'as dit

dans ton premier album

ou des fois, au début,

un ou deux albums.

Là il faut que t'ailles

chercher tes idées.

Y faut que tu recommences

à zéro, fait que ça fait

que tu n'arrêtes jamais

d'y penser puis ça fait partie

de ta vie. C'est comme

une autre partie dans,

mettons exemple,

pour moi dans ma tête.

(MÉLANIE BRÛLÉE et ANIQUE GRANGER continuent de brancher leurs installations dans la salle de spectacle de Saskatoon.)

MÉLANIE BRÛLÉE

Il y avait quelqu'un qui m'avait

demandé pour un show en dehors

de Cornwall, puis il m'avait

dit: "combien pour toi puis

ton band?".

Bien, j'ai dit: "C'est minimum

750 à 1 000 piasses."

Puis il a dit:

"Oh, c'est bien cher".

Puis quand je lui ai réécrit,

j'ai dit: laisse-moi te faire

ma répartition des coûts.

Parce que, tu sais, je le veux, le contrat.

Je veux vraiment jouer pour ta

famille ou peu importe qui.

Et beaucoup de gens se disent que ça

te fait de la promotion.

C'est cool "l'exposure",

mais y faut manger quand même.

Avec les heures que je fais,

à 1 000 $ c'était 6 $

à l'heure. Moins que ça,

c'est comme 3 $ à l'heure.

Il n'y a personne qui peut

vivre comme ça.

Y m'a écrit, il a dit:

"J'avais aucune idée.

Je m'excuse. Je ne peux pas

me le permettre, désolé,

mais maintenant je

comprends. J'étais

contente, parce que les

gens pensent qu'on fait

juste se pointer et jouer

des chansons...


ANIQUE GRANGER

(propos traduits de l'anglais)

Et qu'on s'amuse...

MÉLANIE BRÛLÉE

(propos traduits de l'anglais)

On s'amuse, mais c'est aussi

beaucoup de travail!


NAVET CONFIT

(en studio)

Pour moi, les shows

ce n'est pas ça qui paie

mon loyer. Mon activité

principale de studio,

de conception sonore,

de théâtre, etc.

Ça c'est des contrats

plus sur du long terme

puis c'est plus ça qui est

payant au final. Quand je vais

faire des shows grunge

à Saint-Hyacinthe,

je ne m'attends pas

à me ramasser 400 piasses

ce soir-là.

(MÉLANIE BRÛLÉE et ANIQUE GRANGER répètent dans la salle de spectacle. On les entend en entrevue hors champ.)


ANIQUE GRANGER

(hors champ)

Des fois, on joue

pour 50 piasses. Des fois,

on joue pour 20 piasses.

Mais des fois...

MÉLANIE BRÛLÉE

(hors champ)

Ca dépend, mais il y a pas

de "en général".

C'est différent chaque soir.


ANIQUE GRANGER

(hors champ)

N'importe quoi entre 20 piasses

puis 3 000 piasses.

MÉLANIE BRÛLÉE

(hors champ)

C'est fou.


BIZ

(en studio)

Puis avec les spectacles,

il y a une partie de moins

en moins négligeable aussi

qui sont les produits dérivés,

les "bébelles", les calottes,

les chandails, les linges

à vaisselle. J'ai un problème,

je dirais, philosophique

avec ça, c'est-à-dire

que c'est rendu, je te donne

de la musique, achète

une calotte Loco Locass.

Donc, on est devenu

des marchands de guenille.

Puis quand on fait

notre transport d'instruments,

bien on a de plus en plus

de sacs de hockey puis

de poches de linge sale,

de coton ouaté puis

de ci puis de ça, parce que

notre marge de profit c'est là

qu'elle est. Mais on est devenu

des vendeurs de guenille.

Moi j'aimerais mieux faire

l'inverse. Achète ma musique,

je vais te donner une calotte.

(MÉLANIE BRÛLÉE et ANIQUE GRANGER préparent la table de marchandises pour leur spectacle.)


ANIQUE GRANGER

Pour cette tournée ici, on s'en

tire assez bien. Mais sans

Musicaction, on serait nettement

en train de patiner un peu plus

que ça.

[Début information à l'écran]

Musicaction : organisme à but non lucratif soutenant financièrement la production et la commercialisation d'enregistrements sonores ainsi que la promotion des artistes canadiens

[Fin information à l'écran]


ANIQUE GRANGER

Comme ce soir

concrètement, bien on n'a pas

d'hôtel, ça va bien.

On a les entrées à la porte,

puis moi je peux me donner

un cachet de Musicaction.

Disons que je m'écris

un chèque de 200 piasses,

Musicaction m'en rembourse

la moitié, puis moi je vais

partager la moitié avec

Mélanie. Alors, ça nous fait

un petit 50 piasses de plus

par soir. Puis quand

on a une douzaine de shows,

c'est ça qui fait la différence

entre arriver à la maison

les mains vides ou non.


BIZ

(en studio)

Depuis quelques années,

les subventions que

les compagnies de disque

reçoivent, c'est une enveloppe

globale alors que avant,

c'était par projet, OK.

Je te donne un exemple.

Moi je sais que quand

on a fait l'album Amour oral,

notre compagnie Audiogram

a reçu 42 000 $ en subventions

pour produire et promouvoir

cet album-là.

Puis à ce jour, cet album-là

a été vendu,

je pense, à 72 000 exemplaires.

Donc, si tu fais un calcul

rapide en TPS, TVQ,

72 000 fois, on va dire

peut-être, une piasse et demie

peut-être, bien t'es rendu à 100

quelques milles et plus de TPS,

TVQ donc, la subvention

pour le disque, ce n'est plus

de la quête.

C'est un investissement

qui a retourné du 200 %.

Ça devient donc très rentable.


NAVET CONFIT

(en studio)

C'est sûr qu'il y a comme

un aura qui est répandu

dans une certaine couche

de la société

comme représentant l'artiste

comme une espèce de loser

aussi puis de B.S. de luxe

comme on entend souvent.

Puis ça, ça me fait royalement

chier parce que ces gens-là

ne comprennent pas à quel point

on travaille. En tout cas, moi,

je vais parler pour moi.

Je ne parlerai pas pour l'UDA

au complet. Mais je travaille

comme un mongole, mais

tout le temps-là. Puis ce n'est

pas vrai non plus que je suis

tout le temps en train

de prendre l'argent

des fonds publics.

Les contrats que j'ai,

c'est de l'autoproduction.

C'est rare que j'ai des "subs"

pour faire mes projets.

(THOMAS DUCRÈS est toujours sur la terrasse à Paris.)


THOMAS DUCRÈS

Si tu poses la question

à des musiciens d'aujourd'hui

et que tu leur demandes

en fait comment ils font

pour vivre. Ils auront,

à mon avis, dans 70 % des cas,

une sorte de réponse un peu

malaisée à ne pas vouloir

t'avouer qu'ils ont travaillé

à côté. Ce qui est pourtant

véritable. Comme s'ils avaient

honte de ça, comme si en fait

quelque part ils étaient moins

bien que les générations d'avant

parce que eux, n'arrivent pas

à gagner de l'argent. Ce n'est

pas de leur faute. En tant que

musiciens, s'ils gagnent moins

d'argent, il y a moins de vente,

c'est pas de leur faute. Mais

ils ont du mal à accepter

ce truc-là, à avouer en fait

qu'ils sont peut-être peintres

en bâtiment, charpentiers

peut-être. Alors je trouve

que ce serait vachement

plus à leur crédit,

ils pourraient être

d'autant plus fiers d'avoir

quasiment deux vies en une,

d'avoir un vrai travail comme

tout le monde, avoir presque

une sorte de costume

de super héros, de oui,

le soir j'enregistre des albums

et je t'emmerde, tu vois.

Et ils ont un appartement comme

tout le monde. Bien oui, ils

paient le gaz. Ils ont du mal à

accepter ce truc-là. Je trouve

ça un peu paradoxal, quoi.

Ils devraient en être fiers,

je trouve.

(VINCENT LÉVESQUE, URBAIN DESBOIS et ANNIE-CLAUDE DESCHÊNES poursuivent leur discussion autour de la table.)


URBAIN DESBOIS

Une fois, j'avais été en

nomination à l'ADISQ pour

Meilleur auteur-compositeur

de l'année, imagine-toi donc.

Puis là, je suis avec

Martin Léon. Puis il me dit:

"Heille Urbain, qu'est-ce qui

t'arrive de bon?"

J'ai dit: "Ah, bien

je travaille à la TV."

"Hein, quoi?" J'ai dit:

"Oui, je m'occupe des décors."

Puis là, il me regarde puis

il dit: "Ça tu de l'allure?

Le gars qui est

en nomination pour avoir écrit

les plus belles chansons de

l'année 2000 je ne sais pas

quoi, c'est lui qui s'occupe

des décors."

(YUANI FRAGATA est toujours sur la rue piétonne.)


YUANI FRAGATA

Je ne veux pas blaster l'ADISQ,

mais une fois je suis allé

sur le tapis rouge de l'ADISQ

puis Urbain Desbois débarque.

Tout le monde se faisait

demander comment il était

habillé, dont Urban Desbois.

"Ma chemise, je l'ai choisie

moi-même en sortant

de chez nous aujourd'hui.

Et puis mon veston,

bien c'est mon vieux veston

de cuir que j'ai acheté

pour 100$ dans une friperie".

C'était comme une joke.

Il est arrivé à nous.

Et puis Urbain a dit quelque

chose de quand même

très intéressant.

Y disait: "On est en train

de filmer des gens qui sortent

de limousines, qui débarquent

sur un tapis rouge

et qui marchent pour rentrer

ici pour le gala de l'ADISQ,

mais quel genre d'images

que ça projette aux Canadiens

et aux Québécois des réalités

de l'industrie de la musique?

Ces gens-là ont de la misère

à arriver".

Urbain, il a un métier,

je veux dire, il ne gagne

pas sa vie en faisant de

la musique. Mais y arrive en

limousine à l'ADISQ puis

il débarque sur un tapis rouge.

C'est complètement débile.

(VINCENT LÉVESQUE, URBAIN DESBOIS et ANNIE-CLAUDE DESCHÊNES poursuivent leur discussion autour de la table.)


VINCENT LÉVESQUE

Je suis confronté à plein d'amis

qui sont relativement proches

qui font comme: "Ayoye Man, ça

roule en débile ton band". Puis

là... Hum. Là, je suis en train

de lui servir une bière

à ce moment-là.

Je fais: "Oui, mais...

"Ah oui , c'est fou man".

Eux, ils aiment ça vivre

leur espèce de fantaisie

de rock & roll à travers moi.

Toi dans ta tête, je bois

des bières puis je me fais

applaudir. Où c'est que

tu prends ça ces idées-là?

(Durant leur spectacle, MÉLANIE BRÛLÉE et ANIQUE GRANGER jouent une de leur chanson. Une fois le spectacle terminé, elles sont assises à une table et comptent l'argent gagné.)


ANIQUE GRANGER

90, 100.

MÉLANIE BRÛLÉE

Hey. 1, 2, 3, 4, 5, 600.

C'est 60 personnes.


ANIQUE GRANGER

10$ par personne.

MÉLANIE BRÛLÉE

OK. So, y en avait 60.


ANIQUE GRANGER

Cool.

MÉLANIE BRÛLÉE

Égale 600. C'est bon,

c'est une bonne soirée.


ANIQUE GRANGER

Très bonne.

MÉLANIE BRÛLÉE

C'est la meilleure jusqu'à maintenant.

C'est aussi une bonne soirée

pour la marchandise.


ANIQUE GRANGER

Mets-en.

(propos en anglais et en français)

Puis ton "name your own

price", ça a marché.

Ils donnaient 15 dollars

la plupart du temps.

MÉLANIE BRÛLÉE

Oui, c'est ça.


ANIQUE GRANGER

Ce soir, le "breakdown" est très

bon, mais l'avantage ce soir,

c'est qu'on n'a pas eu besoin

de louer la salle. On est quand

même dans une belle place qui,

normalement, aurait pu nous

coûter quelques centaines...

MÉLANIE BRÛLÉE

Oui. Des fois, c'est 250, 300.

À Toronto, il y a des places

que c'est comme 500

pour un soundman...


ANIQUE GRANGER

Oui. Mais avec 500, ils seraient

mieux de te donner un "soundman"

avec ça. Mais on a eu

de la chance ce soir

avec une belle place.

(MÉLANIE BRÛLÉE donne la moitié de l'argent à ANIQUE GRANGER.)

MÉLANIE BRÛLÉE

Oui. Ça, c'est à toi.


ANIQUE GRANGER

Merci.

MÉLANIE BRÛLÉE

Puis on va à la banque demain

puis on paie notre loyer.

[Début information à l'écran]

Agenda— 19h30  : Conservatoire de musique de Montréal

[Fin information à l'écran]

FRÉDÉRIC LAMBERT entre au Conservatoire de Musique de Montréal, où il répète avec deux autres musiciens.


FRÉDÉRIC LAMBERT

Quand un musicien se retrouve

sur son violoncelle, son violon,

il est vraiment content d'être

là, parce que c'est le moment

qu'il attend depuis longtemps,

puis il va se donner. Alors

évidemment, moi je suis très

positif dans tout ça, mais j'ose

espérer que les musiciens

essaient de réfléchir, essaient

d'obtenir ce sentiment-là

lorsqu'ils jouent, lorsque

finalement, après avoir fait

toutes ces jobs-là, le temps de

livrer la marchandise musicale,

bien ils ont cette joie.


SYLVAIN CORMIER

(en studio)

L'argent c'est pas le diable.

Jerry Lee Lewis disait:

''Tout le monde veut être payé''

Et c'est normal d'être rétribué

pour ce qu'on fait.


FRANZ SCHULLER

(en studio)

C'est pas une bonne chose qu'il

y ait beaucoup moins d'argent

dans notre domaine parce que

les pauvres gens en arrachent

là, mais il y a des bonnes

choses qui en sont sorties,

c'est que les gens ont appris

à faire les choses

d'une manière beaucoup

plus cool puis beaucoup plus

raisonnable. Et les gens qui

étaient là juste pour le cash,

tranquillement, on s'en

débarrasse. Puis ça

c'est une bonne affaire.

(Fin émission)

(Générique de fermeture)

Épisodes

>Choisissez une option de filtrage par âge, fiction, ou saison

  • Catégorie Saison

Résultats filtrés par