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Arrière-scène

Arrière-Scène vous invite à rencontrer ceux qui travaillent dans les coulisses : compositeurs de musique de films, directeurs de tournée, programmateurs, disquaires, réalisateurs, musiciens de bar.

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La tournée

Même si le spectacle était l’aboutissement de l’album, la tournée, elle, serait l’occasion de donner une vie au spectacle. On croit souvent que les musiciens en tournée mènent une vie de rêve. Pourtant, la réalité est toute autre. La tournée est certes une occasion de grandir musicalement en se confrontant au public. Mais en plus d’être souvent déficitaire, elle peut être extrêmement exigeante pour les musiciens, tant physiquement que mentalement…



Réalisateur: Nicolas Boucher
Année de production: 2013

Accessibilité
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VIDÉO TRANSCRIPTION

Arrière-Scène part à la rencontre des artisans qui fabriquent de leurs mains notre paysage musical. On y découvre les coulisses de l'industrie musicale en rencontrant ceux qui y travaillent : musiciens de studio, compositeurs, metteurs en scène, producteurs, disquaires, programmateurs et plusieurs autres.

L'émission «Arrière Scène» est ponctuée d'entrevues de journalistes en studio et d'autres intervenants du milieu qui viennent apporter leur expertise et leurs commentaires.

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Arrière-scène- La tournée

[Fin information à l'écran]

Au festival Pause Guitare d'Albi, en France, le groupe Benoît Paradis Trio se dirige vers la salle où se déroulera leur spectacle.


BENOIT PARADIS

On a fait trois shows ailleurs.

À Paris, vers Angers,

vers le sud à Narbonne,

puis là bien ici hier

on a fait le premier

de trois dans un bar

où personne nous écoutait.

Il y a toujours une date

qui est intéressante pour

les conditions, pour l'argent,

parce qu'il faut bien payer

le billet, mais autour il

faut jouer aussi puis ramasser

d'autres genres de public.

[Début information à l'écran]

Franz Schuller, guitariste & chanteur— Grimskunk; président— Indica records

[Fin information à l'écran]


FRANZ SCHULLER

(en studio)

La question de la tournée tourne

beaucoup autour de l'équilibre

entre la rentabilité et/ou faire

de l'argent et "l'exposure",

la visibilité que ça peut

donner à l'artiste

sur le marché visé.

[Début information à l'écran]

Olivier Robillard-Laveaux, journaliste et critique musical— Voir

[Fin information à l'écran]


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Donc c'est sûr que quand

tu te construis une tournée,

savoir qu'il y a tel festival

à tel moment, c'est bon d'aller

le chercher et de le "booker"

entre quelques autres dates

dans des plus petits bars

et surtout que le festival

souvent va te payer plus

cher que ce que tu vas gagner

dans les autres petits bars.

Donc cette espèce de grosse

rentrée d'argent-là rend

les autres plus petites,

plus attrayantes.

(Sur une scène, le groupe Benoît Paradis Trio répète pour son spectacle. On entend BENOÎT PARADIS en entrevue hors champ.)


BENOIT PARADIS

(hors champ)

En fait ici, on a eu l'occasion

de jouer devant des diffuseurs

français, ce qui ne nous est

pas arrivé au Québec

avant il y a deux ans.

Donc, dans le fond,

ça nous a donné des gigs plus

intéressantes ou payantes pour

manger puis dormir, essayer de

payer les déplacements puis

en se disant : "OK, on va

finir comme ça,

au moins on ne sera pas

juste déficitaire, pas trop."

On fait ça pour le fun

surtout de venir ici.

[Début information à l'écran]

Marie-Ève Roy, guitariste— Les Vulgaires Machins

[Fin information à l'écran]


MARIE-ÈVE ROY

(en studio)

Il y en a plein de groupes

justement qui font des shows

à perte, qui finissent par

ne pas survivre parce que

à un moment donné ça fait

de travailler aussi fort

et ne pas pouvoir en vivre.

[Début information à l'écran]

Philippe Brault, bassiste & directeur musical— Salomé Leclerc, Pierre Lapointe, Philippe B; réalisateur— Philémon chante, Random Recipe, Hôtel Morphée, Viviane Audet

[Fin information à l'écran]


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

Mais c'est sûr que c'est pour se

faire connaître aussi. Tous les

chanteurs avec qui j'ai joué ont

accepté des shows qui n'étaient

pas payants à des moments,

ou qui étaient même

des dépenses parce qu'il

était important d'aller les

faire pour pouvoir y retourner

à un moment donné.

Il y a toujours le double enjeu

du développement puis de

gagner ta vie, puis de prévoir

que tu peux la gagner

plus longtemps, ça c'est sûr.

(Au moment de leur spectacle, le groupe Benoît Paradis Trio monte sur scène et joue une de leurs chansons.)


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Il n'y a rien de garanti.

Quand un groupe part

en tournée aux États-Unis

ou à l'international,

il ne le sait pas quand il va

arriver là-bas, combien de

personnes il va y avoir dans

le bar, est-ce qu'il y a eu de

la publicité pour ce show-là?

Est-ce que à part l'affiche sur

la porte du bar, est-ce qu'il y

a quelqu'un qui fait un peu la

promotion de ce spectacle-là?

Les groupes qui arrivent puis le

bar existe même pas.

C'est déjà arrivé.

Maintenant avec internet

c'est moins fréquent ce genre

de situation-là, mais avant

Internet il existait un livre,

c'était "How to book your own

tour", un livre américain qui

répertoriait toutes les salles

de spectacles, les petites

salles indépendantes de partout

dans les grandes villes

américaines. Là tu achetais

ce livre-là, puis tu faisais

des appels.


FRANZ SCHULLER

(en studio)

Bonjour, je m'appelle... j'ai un

band, on vient dans ton coin,

est-ce que tu voudrais produire

notre show? Envoie-moi le CD

par la malle tu sais, c'était

vraiment très "roots" comme

organisation puis évidemment il

y avait peu ou pas d'argent du

tout quand tu faisais des choses

comme ça donc tu dormais

chez l'habitant, tu achetais

une van vraiment un peu finie,

puis t'espérais

qu'elle tienne le coup.

(Après leur spectacle, le groupe Benoît Paradis Trio décompresse dans leur loge. CHANTALE MORIN, la pianiste du groupe, discute avec les deux autres membres.)


CHANTALE MORIN

C'est beaucoup une affaire de

tripper sur le processus,

moi je trippe à le faire,

à voyager puis à jouer

de la musique.

C'est ça qui fait qu'on continue

puis ça marche.


BENOIT PARADIS

C'est vrai, bien oui.

(Le groupe Les sœurs Boulay est également à Albi pour le festival Pause Guitare.)


STÉPHANIE BOULAY

Ça fait trois mois que notre

album est lancé puis on a

je sais pas, peut-être une

quarantaine, une cinquantaine de

dates de faites déjà.


MÉLANIE BOULAY

On a vraiment appris notre

métier l'été passé. Là on a

compris c'était quoi d'être

parties plus qu'une semaine

finalement. Le "chez toi" est

comme différent un peu,

tu es plus chez toi dans

ta valise que dans ton appart.


STÉPHANIE BOULAY

Puis tu apprends la rigueur.

Les gens disent : "Ah vous

autres les musiciens,

vous partez puis

c'est tout le temps le party,

puis vous allez dans les bars."

Un moment donné tu réalises

que quand tu as quatre,

cinq shows par semaine,

tu ne peux pas sortir

dans les bars, tu ne peux

pas te coucher à trois heures

du matin. L'été dernier, on a

un peu poussé les limites,

Mélanie des fois se réveillait,

ah j'ai plus de voix.

Bon OK, il faut faire

le show pareil, qu'est-ce

qu'on fait? Puis à un moment

donné tu apprends

puis tu te fatigues,

on s'est beaucoup fatiguées.

On a appris la rigueur,

maintenant c'est vraiment

notre travail, on a réalisé

que ce n'est plus, on pense

au party, on a des comptes

à rendre puis les gens, tout le

monde a payé le même prix pour

voir ton show puis ils méritent

le meilleur show que tu peux

donner puis ils ne méritent pas

de sentir que la veille

tu t'es torché la face.

(Début intertitre)

(Vivre dans ses valises)

(Fin intertitre)

(Au festival Garorock de Marmande, en France, PATRICK WATSON répète sur une scène avec ses musiciens.)

[Début information à l'écran]

Patrick Watson, auteur-compositeur-interprète

[Fin information à l'écran]


PATRICK WATSON

Hier, on avait toute journée un

peu de congé. Là, tu arrives

pour jouer à minuit, on arrive à

dix heures pour faire tout le

"set-up", on joue à minuit,

on joue le show une heure

et demie, après ça tu démontes

la scène, ça prend une

autre heure. On avait comme

une demi-heure pour relaxer,

après ça on est partis

dans le bus et on a conduit

toute la nuit et là on se lève

et on est directement

dans le "set-up", tu vois.

En général, tu fais comme

trois semaines et c'est comme

quatre shows: une journée

de congé, quatre shows,

une journée de congé,

en général. Celui-là, je suis

un peu gâté parce qu'on a

un tour bus parce qu'on est

plus connus en Europe,

alors on a plus de budget

pour ça, ce qui est bien.

C'est comme ton "living room"

qui voyage avec toi un peu.

Tu rentres dans le bus, tu peux

te coucher tout de suite si

tu veux parce que quand

tu n'as pas un bus,

t'es pogné un peu. Soit

tu retournes à l'hôtel tout de

suite, ce qui est un peu plate

parce que c'est pas comme

chez toi, c'est stérile un petit

peu après un show, tu es un peu

pompé, alors tu sors plus dans

les bars quand tu n'as pas de

"tour bus". Mais quand tu as un

"tour bus", ça te donne une

chance d'aller quelque part qui

est le fun avec tout le monde,

dynamique et ça te laisses

le temps pour relaxer

un petit peu.


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

Je me souviens, par exemple,

des premières années de Star

Académie, ils faisaient leur

tournée puis c'était filmé,

ils partaient en autobus

de tournée. Moi je ne suis

jamais monté de ma vie

dans un autobus de tournée.

On n'a jamais eu ça.

Moi j'ai un Econoline qu'il faut

aller porter à trois heures

du matin dans la cour de la

location puis rentrer comme

tu peux en taxi à la maison

après le show. C'est ça la vraie

vie de tournée, il n'y a pas

quelqu'un qui le fait tout le

temps pour toi. Mais c'est sûr

qu'il y a plein de niveaux de

tournées, j'ai fait une tournée

avec Pierre Lapointe ou on avait

une méchante équipe technique

qui faisait tout le

montage-démontage pour nous.

Puis je dis méchante tournée,

on était dix au total avec

les musiciens, c'est fou raide!

J'ai fait des tournées ou on

est deux dans une auto puis

on fait ce qu'on peut,

mais la tournée c'est rarement

glamour, ça c'est clair.

(Le groupe Les Chercheurs d'or est en tournée sur la côte est des États-Unis. Ils roulent en camionnette.)

[Début information à l'écran]

Simon Pelletier-Gilbert, batteur— Les Chercheurs d'or

[Fin information à l'écran]


SIMON PELLETIER-GILBERT

C'est sûr que si tu n'aimes pas

faire de la route, il ne faut

pas que tu sois musicien dans la

vie. Si tu veux faire des

spectacles, tu n'as pas le choix

de faire de la route, c'est sûr.

(La camionnette roule en direction de Colebrook, au New Hampshire. Pour passer le temps, la violoniste du groupe joue un petit air. Plus tard, Les membres du groupe arrivent à destination et sortent leurs instruments de la camionnette. On entend la voix de FRANÇOIS GAGNON, un des membres du groupe, en entrevue hors champ.)

FRANÇOIS GAGNON

(hors champ)

Simon c'est le seul qui

a un permis pour conduire

un quinze pieds.

On n'a pas le droit

de conduire ça nous autres.

D'habitude on se partage

la route pas mal Simon

et moi, des fois Isabeau.

La plupart du temps,

on fait ça à deux puis c'est

bien correct, mais là c'est

lui qui conduit tout le temps,

fait qu'il risque

de "waver" à soir.

Quand il est fatigué le beat

bouge, mais on va s'ajuster puis

on va lui pardonner parce

qu'il y a des meilleures soirées

que d'autres là.


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

Une journée typique de tournée,

c'est que tu pars trop tôt de

Montréal, tu te ramasses dans

une salle, dans une ville

où il n'y a pas nécessairement

grand-chose pour le souper,

tu essaie de trouver

le restaurant qui peut

te servir vite et correct,

puis que tu ne vas pas

digérer pendant tout

le spectacle, tu vas faire

ton show, tu démontes

puis tu fais de la route

pendant deux heures puis

après tu vas te coucher

dans un hôtel. Puis là c'est ça,

même quand tu fais des grosses

salles, c'est vraiment pas une

vie de luxe la tournée,

c'est même assez

épuisant en fait.

(Les sœurs Boulay sont au festival Pause Guitare.)


MÉLANIE BOULAY

Les journées où on ne fait pas

de show, on fait quand même de

la route, des fois tu vas faire

jusqu'à huit heures de route

dans une journée. C'est pas vrai

que tu te reposes, quand même

c'est fatiguant puis pour une

heure de spectacle ou pour

deux heures de spectacle,

tu fais plein d'autres affaires

qui sont moins le fun et

qui te fatiguent pas mal.


STÉPHANIE BOULAY

Mais on dit ça,

mais c'est vraiment

le fun aussi, c'est comme

la chose la plus extraordinaire

au monde, sinon ça ferait

longtemps qu'on aurait arrêté.

(Le groupe Les Chercheurs d'or monte leurs instruments sur la scène de leur salle de spectacle au New Hampshire.)


SIMON PELLETIER-GILBERT

La tournée c'est comme tu

voyages puis tu visites, mais à

un rythme accéléré. Tu vois

les belles affaires passer

à 120 kilomètres heure.

Ah, OK c'était ça.

Là c'est pas pire, on a quand

même du temps pour dormir

on dirait cette tournée-ci.

Parce que des fois comme

l'Europe des fois c'est des

moyennes de sommeil de quatre,

cinq heures par nuit, un moment

donné ça te rattrape, là tu as

hâte à la journée de congé.

Parce que tu te couches à

l'heure des musiciens, mais tu

te lèves à l'heure des truckers.


MARIE-ÈVE ROY

(en studio)

Non, ce n'est pas des vacances,

je me souviens de nos tournées

en France où des fois

c'était 21 shows en

22 jours puis le matin

tu te lèves, tu embarques dans

le camion, tu arrives à ton

show, tu fais ton spectacle,

tu refais un peu de route,

tu te couches, le lendemain

tu te lèves. On ne visite pas,

on fait notre travail.

Des fois on dit qu'on est

plus des camionneurs

et des déménageurs que des

musiciens parce qu'on charge,

décharge le camion, on conduit,

on répare le camion parce que

là il y a un "fuck" sur le bord

de l'autoroute.

(PATRICK WATSON est au festival Garorock.)


PATRICK WATSON

La pire chose avec ça c'est que

tu n'as jamais de temps libre

quand tu es dans le camion parce

que tu es toujours sois assis

dans le camion ou sur une scène

et avec un "tour bus", tu peux

quand même te laisser aller,

tu peux te lever le matin,

prendre un déjeuner tranquille.

Dans le van, il n'y a aucun

temps pour ça, tu es

toujours obligé de bouger,

bouger, bouger.


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Il y a des tournées qui ont tué

des groupes parce qu'au début,

tu travailles tellement fort que

tu te mets à y croire à

l'international, puis tu te dis

OK, il y a des opportunités,

il y a des gens tout ça, puis

pendant deux, trois ans tu ne

ménages pas les efforts, tu pars

quatre, cinq mois d'affilée sur

la route, tu ne vois pas ta

blonde, tu ne vois pas ta

famille si tu en as une, tu mets

vraiment toute ton énergie, puis

là tu te rends compte après

deux, trois ans que c'est à

recommencer, que la prochaine

tournée aux États-Unis

serait à peu près la même

que tu as faite, puis il faut

que tu continues.


FRANZ SCHULLER

(en studio)

La première tournée complète

des États-Unis qu'on a faite,

on s'est rendus jusqu'à

San Diego en Californie.

C'est presque le point

le plus loin en Amérique

du Nord, à part l'Alaska de

Montréal, puis il nous

restait cinq piasses,

puis on a acheté cinq

"one dollar burritos"

à San Diego puis il nous

restait plus une cenne.

Puis il a fallu qu'on

s'auto-finance en jouant

puis en trouvant des solutions

pour revenir à la maison,

puis on l'a fait,

puis je ne sais pas comment.

(PATRICK WATSON est au festival Garorock.)


PATRICK WATSON

Nous autres, ça fait sept ans

qu'on fait des tournées

et il y a peut-être 75 %

du monde que j'ai vu

au début qui ne sont plus là.

Pas capable, ça a cassé.

C'est vraiment une bizarre

de vie, ça bouge, ça n'est pas

pour tout le monde,

c'est très rare le monde qui est

capable de faire ça. La première

année que j'ai fait la tournée,

on a fait 200 shows dans

une année, c'est-à-dire qu'on

était 250 journées sur la route

et ça a pris huit mois

pour me sentir bien après.

Ton cerveau est "fucké"

parce que tu es toujours

avec les mêmes gars

dans un petit van.

C'est pas évident pendant

trois semaines de faire

des shows et tout le monde est

un peu fatigué. Alors, c'est

difficile avec les personnalités

de ne pas se casser la gueule.

(Début intertitre)

(Pas toujours glamour...)

(Fin intertitre)


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Les groupes quand

ils font des tournées,

on appelle ça un "rider",

c'est une liste de demandes.

Les choses les plus demandées

quand on arrive sur une scène,

c'est dans le contrat.

Quand tu arrives dans

une salle, toutes les choses

demandées doivent être là,

c'est des bas, parce qu'ils ne

font pas de lavage et en tournée

tu n'as pas le temps de faire

du lavage puis tu peux porter

la même paire de bas

plusieurs jours d'affilée.


MARIE-ÈVE ROY

(en studio)

Je me rappelle au début quand

on faisait des tournées,

à chaque fois qu'on arrivait

dans les shows,

ils nous servaient de la pizza

pour souper, par exemple.

Là au bout d'un an, on était

comme là c'est fini la pizza,

ce n'est pas un repas

puis on a écrit ça

sur notre contrat : la pizza

n'est pas un repas chaud.

Mais tu sais, si on ne leur

dit pas, eux autres ils

ne le savent pas,

ils pensent que tu es un band,

tu t'en viens puis on t'offre

de la pizza puis tout est beau,

mais à un moment donné

ça ne se peut plus.

(PATRICK WATSON et ses musiciens jouent sur une scène du festival Garorock. On entend PATRICK WATSON en entrevue hors champ.)


PATRICK WATSON

(hors champ)

Normalement on est six

sur scène, maintenant

on est huit, quelque chose

comme ça sur scène.

Ça dépend des tournées.

On ne fait pas une tonne de cash

parce qu'on fait toujours

des "set-ups" un peu trop chers.

On n'est pas le plus gros

band au monde, mais

on apporte un show qui est

plus gros que la grandeur

de notre band, donc l'argent,

on rentre tout juste dans nos frais.

On veut créer des moments

magiques. C'est difficile.

Plus ton spectacle est gros,

plus tu perds de l'argent.

On fait de l'argent quand on

joue en France et en Hollande,

où ça marche très bien.

C'est comme ça qu'on se rattrape.

Au Québec, ça marche bien aussi.

On investit l'argent des spectacles

payants dans ceux qui le sont moins.

Comme ça, la qualité est constante.

(L'autobus de tournée de PATRICK WATSON quitte Marmande en pleine nuit. On entend PATRICK WATSON en entrevue hors champ.)

[Début information à l'écran]

Départ : 1h04. Direction : Laval, France, 564 km

[Fin information à l'écran]


PATRICK WATSON

(propos traduits de l'anglais)

J'aime me réveiller

et ne pas savoir où je suis.

C'est tout simple, mais ça

m'émerveille. On s'installe

dans une couchette et on ferme

le rideau. Je me souviens,

la première fois qu'on a eu

un bus de tournée,

je me suis réveillé,

et je n'avais aucune idée d'où

on se trouvait. J'étais

en sous-vêtements et

j'ai ouvert la porte.

J'étais dans un centre-ville

en Belgique!

Je me demandais :«Quelle langue

parlez-vous?» « Où suis-je?».

J'aime bien l'idée qu'il soit

permis de se perdre.


FRANZ SCHULLER

(en studio)

Dans le cas de Grimskunk,

la première tournée qu'on

a faite, c'était une tournée

de la côte est américaine

puis c'était une tournée

de deux, trois semaines,

puis ce qui a suivi c'est

une tournée de huit semaines

à travers l'Amérique du Nord,

puis les tournées en Europe

avaient tendance à faire

entre six et onze semaines.

On s'entend qu'à

cette époque-là,

on avait début vingtaine,

mi-vingtaine gros max,

fait qu'on n'avait pas

vraiment de famille, on n'avait

pas d'enfants, on n'avait

rien d'autre à faire.

(PATRICK WATSON est dans son autobus de tournée.)


PATRICK WATSON

(propos traduits de l'anglais)

J'essaie de partir

deux à trois semaines au maximum.

Mais l'année dernière,

on a quand même été

en tournée de mars

à décembre.

Une centaine de spectacles.

J'étais plus souvent parti

qu'à la maison. Mais c'est

mon métier et ce n'est

pas comme ça chaque année.

On est plus souvent

en tournée quand on lance

un album.

C'est mon gagne-pain,

alors c'est un sacrifice

que je dois faire.

On doit tous faire des

sacrifices pour le travail.

Certains parents à la garderie

de mes enfants doivent

déposer leur enfant

à 8h, puis ils récupèrent

l'enfant à 18h et se couchent

à 20h. À mon avis,

ce n'est pas une question

de quantité, c'est

la qualité qui compte.


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Quand tu es rendu à un stade

de dire pour notre famille,

puis pour notre esprit

mental on ne part pas

plus que deux semaines,

c'est parce que tu es déjà rendu

à une place dans ta carrière

de groupe ou tu peux

te permettre ça. Si tu te dis,

un Malajube ou un Karkwa

à coup de deux semaines,

ils vont se rendre compte

que ce n'est pas trop

rentable puis que si tu es là,

bien tu es mieux d'en faire

pendant un mois ou deux,

parce que si tu fais

tout le temps des vols

aller-retour pour aller faire

un petit deux semaines là,

un petit deux semaines là,

un petit deux semaines là,

ça coûte beaucoup plus cher

que de partir pour un long

"stretch", puis rentabiliser

au maximum ton voyage.

(Au festival Pause Guitare, MATHIEU CHARBONNEAU accompagne le groupe Benoît Paradis Trio dans sa tournée. Il marche en compagnie de CHANTALE MORIN en poussant une poussette dans laquelle se trouve Alice, une petite fille.)

[Début information à l'écran]

Mathieu Charbonneau, musicien—The Luyas, Avec pas d'casque, Timber Timbre, Torngat

[Fin information à l'écran]


MATHIEU CHARBONNEAU

Bien moi je suis musicien

aussi, donc des fois

avec Chantal, ils sont venus

avec moi quelques fois

depuis qu'Alice est née.

Sinon Alice resterait avec moi

pendant deux semaines.


CHANTALE MORIN

Ah non, pas question.


MATHIEU CHARBONNEAU

Mais Chantal ne peut pas faire

ça, c'est trop long.


CHANTALE MORIN

Je ne suis pas capable.

Elle est trop petite encore.


MATHIEU CHARBONNEAU

C'est trop long pour Alice.

Si on ne fait pas ça,

on ne se voit pas souvent,

on n'est pas souvent

en famille. Des fois tu vas

faire une tournée, puis tout

le cachet que tu aurais eu pour

ta tournée, tu vas l'investir

pour que ta famille vienne

pendant quatre jours

sur 25 jours de tournée,

mais ça fait que tu peux

continuer à faire ça,

tu peux en faire une autre

après. C'est pas tous les

endroits où tu tournes

que tu peux faire ça justement,

mais en France, tu vas

au restaurant ils t'attendent,

ils t'accueillent,

tu es toujours logé,

tout le monde a des lits.

Tu tournes aux États-Unis,

c'est complètement différent.


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Les États-Unis c'est très

difficile, mais tous

les groupes vont s'entendre

pour dire qu'une tournée

en Europe c'est souvent

beaucoup plus facile, le vin

coule à flots, le repas chaud

va être bon, ça va être une

spécialité locale. Souvent même,

on va offrir un endroit où

dormir au groupe, il y a quelque

chose de très particulier à

l'accueil quand on est en Europe

pour un groupe.

(PATRICK WATSON et ses musiciens sont arrivés à Laval, en France. Ils sont accompagnés de DAVID ÉTIENNE SAVOIE.)


PATRICK WATSON

Quand on voit une ville

pour la première fois,

on a encore le même "feeling"

que quand on a commencé,

c'est vraiment le fun

de découvrir un pays,

une culture.

[Début information à l'écran]

David-Étienne Savoie, directeur de tournée— Patrick Watson, Arthur H

[Fin information à l'écran]


DAVID-ÉTIENNE SAVOIE

Il faut que la route

soit le fun, il faut

que ce soit "trilant",

il faut que ce soit différent,

il faut qu'il y ait une partie

d'aventure aussi dans tout ça.


FRANZ SCHULLER

(en studio)

Des fois, mettons que tu jouais

à Austin au Texas,

puis tu restais chez les gens,

puis les gens étaient

super cool puis ils disent :

"Ah, vous jouez à Seattle! Cool!

J'ai mon amie

Sherry qui est à Seattle."

Puis là tu débarquais

à trois heures du matin

chez Sherry, six gars qu'elle

n'a jamais rencontré de sa vie,

puis elle ouvrait sa porte,

puis elle t'accueillait

chez elle.

Il y avait un niveau de contact

humain vraiment magique

que t'as pas quand

tu deviens plus connu puis

tu restes dans les hôtels,

puis évidemment c'est beaucoup

plus facile puis c'est moins

épuisant, mais il y avait

quelque chose de très beau

à faire tout par la peau

des fesses, si tu veux.

(La camionnette du groupe Les Chercheurs d'or arrive en pleine nuit à East Dixfield, dans l'état du Maine.)


SIMON PELLETIER-GILBERT

Il y a vraiment du monde qui

vont venir voir le concert ici?

Je ne suis même pas sûr.

On est vraiment dans un trou.

(Le groupe entre dans la salle de spectacle, encore vide. On allume les lumières. Le groupe admire la salle. Un peu plus tard, ils s'installent dans leur loge.)


SIMON PELLETIER-GILBERT

(en aparté)

Comme je t'ai dis, c'est

l'aventure, on ne sait jamais

où est-ce qu'on va atterrir,

puis là on a atterri

dans une vieille école

de campagne qui date

de je ne sais pas quand,

je ne sais pas quelle année.

C'est vraiment super beau

pour un millier de livres.

Ça sent bon l'odeur.

(Plus tard, le groupe monte sur la scène et joue devant public.)


MARIE-ÈVE ROY

(en studio)

Ça devient une envie de vivre

aussi, ça fait partie

de la musique le fait

d'être en gang puis de

se lever tôt le matin puis

de faire de la route puis

d'arriver à une place puis

de monter ton stage tout ça,

tout le monde fait partie

du même tout.

(L'équipe de PATRICK WATSON est toujours à Laval, en France.)


DAVID-ÉTIENNE SAVOIE

Patrick a envie de tourner

de la même façon que moi

j'ai envie de tourner,

par moi-même, c'est-à-dire

naturellement. Donc on peut

trouver des hôtels un peu

bizarres, un peu différents,

de créer un peu un voyage à

travers une tournée finalement.

C'est pour ça qu'avec Patrick

par exemple, c'est génial

parce que c'est toujours

différent à chaque soir.

Patrick adore la spontanéité

par exemple, moi ça me fait

super tripper, qu'il se passe

plein de choses, que soir

après soir ce soit différent.

(PATRICK WATSON et ses musiciens jouent sur une scène. On entend PATRICK WATSON en entrevue hors champ.)


PATRICK WATSON

(propos traduits de l'anglais)

Les souvenirs s'accumulent,

les liens se resserrent

et ça paraît sur scène.

Pas besoin de se soucier

de l'endroit ou du temps,

il faut juste profiter

du moment et s'assurer

de donner un bon spectacle.

Ceux qui ne voient pas

la tournée comme une aventure

devraient faire autre chose.

(Durant son spectacle, PATRICK WATSON invite le public à sortir hors de la salle et de continuer le spectacle dehors. Le public le suit et PATRICK WATSON continue de chanter à l'extérieur. On entend DAVID-ÉTIENNE SAVOIE en entrevue hors champ.)


DAVID-ÉTIENNE SAVOIE

(hors champ)

Ce n'est pas comme monter

un spectacle que tu amènes

nécessairement, mais c'est que

tu vis avec les gens au moment

présent, tu interagis, puis

tu as des idées. Patrick c'est

comme ça, il a souvent des idées

"on the spot", il fonctionne

beaucoup comme ça, mais ça fait

que c'est vraiment, c'est super

vivant, super spontané.

Même la route, même ce qui

est entre les spectacles

est aussi intéressant

que ce qui se passe sur scène.

(Au festival Pause Guitare, les sœurs Boulay se donnent en spectacle sur scène. On les entend en entrevue hors champ.)


MÉLANIE BOULAY

(hors champ)

En bout de ligne de toute façon,

faire de la musique pour nous

c'est pour le plaisir de faire

de la musique finalement.

Du moment qu'on se fait

chier on arrête ça là.

Oui, on a beaucoup de fun.


STÉPHANIE BOULAY

(hors champ)

On essaie de prendre le temps,

des fois c'est difficile,

des fois on se dit même

on fait la fête après le show,

puis finalement on n'est même

pas capables parce qu'on

est fatiguées.

Mais c'est tellement

un beau métier, c'est tellement

un honneur aussi d'aller

parler devant des gens,

d'aller chanter devant des gens,

de toucher des gens avec ce que

tu écris, il ne faut pas ternir

ça avec de la mauvaise énergie,

ce serait comme une insulte

à la musique.

(L'équipe de PATRICK WATSON est toujours à Laval, en France.)


DAVID-ÉTIENNE SAVOIE

Bien moi je fais ça par passion,

quelque part j'aime l'aventure,

j'aime la route, j'aime les

concerts, c'est quelque

chose qui me fait tripper.

Si ça devient vraiment...

que je commence

à compter mes heures,

si je commence à compter ce qui

me manque en étant loin,

si je me mets à faire le pour

et le contre, je pense que oui,

ça commencerait à être

pas mal moins intéressant là.

Mais si tout ce qui

n'est pas de l'argent

ou des conditions qui

font partie de ce que

je considère gagner sur

une tournée, c'est plus

que ces choses-là.


PATRICK WATSON

Il y a des aventures

qu'on a vécues ensemble,

toutes les mémoires

qu'on a eues ensemble

à l'extérieur de la musique qui

sont aussi belles que

la musique. Ça c'est une force

qui garde un band ensemble,

parce que si c'est juste

la musique qui les tient,

ce n'est pas assez fort

pour garder un band ensemble.


DAVID-ÉTIENNE SAVOIE

Tout le monde a envie de se

retrouver pour recommencer la

prochaine, qu'est-ce qui va se

passer la prochaine fois?

(Fin émission)

(Générique de fermeture)

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