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Arrière-scène

Arrière-Scène vous invite à rencontrer ceux qui travaillent dans les coulisses : compositeurs de musique de films, directeurs de tournée, programmateurs, disquaires, réalisateurs, musiciens de bar.

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Les droits d'auteur

Rencontre avec ceux qui travaillent dans les coulisses : compositeurs de musique de films, directeurs de tournée, programmateurs, disquaires, réalisateurs, musiciens de bar…



Année de production: 2013

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Arrière-Scène part à la rencontre des artisans qui fabriquent de leurs mains notre paysage musical. On y découvre les coulisses de l'industrie musicale en rencontrant ceux qui y travaillent : musiciens de studio, compositeurs, metteurs en scène, producteurs, disquaires, programmateurs et plusieurs autres.

L'émission «Arrière Scène» est ponctuée d'entrevues de journalistes en studio et d'autres intervenants du milieu qui viennent apporter leur expertise et leurs commentaires.

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Arrière-scène— Vendre sa musique

[Fin information à l'écran]

VINCENT VALLIÈRES est dans un studio d'enregistrement.


VINCENT VALLIÈRES

Je me rappelle, mon premier

chèque de droit d'auteur je

l'ai reçu deux ans après la

sortie de mon premier disque.

Là j'ai regardé le chèque

et j'ai fait: "Ayoye,

j'ai de l'argent parce que

ma musique joue."

Peut-être qu'à notre époque

on a une tendance à oublier ça:

une chanson ou une oeuvre

d'art, ça a une valeur. Donc

il y a un prix à payer pour ça.

[Début information à l'écran]

Ysolde Gendreau, professeure— Faculté de droit, Université de Montréal

[Fin information à l'écran]


YSOLDE GENDREAU

(en studio)

C'est bien beau avoir son

15 minutes de gloire, être

célèbre, mais il faut quand

même manger. Et concrètement,

pour les gens qui oeuvrent dans

les milieux de la création,

le droit d'auteur c'est

le véhicule à travers lequel

on obtient sa forme

de rémunération.

[Début information à l'écran]

Georges Tremblay président— Believe Digital; vice-président, DEP distribution

[Fin information à l'écran]


GEORGES TREMBLAY

(en studio)

Est-ce que c'est pensable

de vivre sans avoir ses droits

d'auteur? Est-ce que c'est

pensable de vivre si je décide

de couper votre salaire?

Dans le concept de droit

d'auteur, il y a le mot droit.

Donc c'est quelque chose

auquel les artistes ont droit.


YSOLDE GENDREAU

(en studio)

Nos auteurs vont bénéficier de

deux catégories de droits:

ils vont avoir des droits

économiques et ils vont avoir

ce qu'on appelle des droits

moraux. Les droits économiques

sont des droits par lesquels

ils vont tenter de percevoir

des revenus, des redevances,

tandis que les droits moraux ce

sont des droits qui protègent

la création musicale, ce qui

émane du cerveau du parolier

ou d'un compositeur.


GEORGES TREMBLAY

(en studio)

Il faut penser en homme

d'affaires un peu, en gens

d'affaires, en disant... pas un

peu, beaucoup, en disant:

"J'ai un produit, il faut que

je le monétise de partout."

C'est comme un brevet,

tu écris une chanson,

tu déposes dans une

société de droits d'auteur,

ça devient une forme de brevet.

Donc l'utilisation de ce

brevet-là doit être rémunérée

de toutes les façons

et la plus complète possible.

(Début intertitre)

(Promotion = redevances)

(Fin intertitre)

(FRED POULIN est à Montréal et s'apprête à entrer dans les bureaux de Musique Plus.)

[Début information à l'écran]

Fred Poulin, confondateur— Ambiances Ambiguës; gérant—Ambiances Ambiguës; agent de promotion— Ambiances Ambiguës

[Fin information à l'écran]


FRED POULIN

Aujourd'hui, je vais rencontrer

Mike Gauthier à Musique Plus

pour aller porter un clip de

l'artiste qui s'appelle Navert,

la chanson c'est "Ta Cadence".

On travaille présentement sur

le clip, je travaille sur un

extrait radio avec elle.

[Début information à l'écran]

Agenda— 9h30 : Rencontre avec Mike Gauthier

[Fin information à l'écran]

FRED POULIN entre chez Musique Plus et rencontre MIKE GAUTHIER à son bureau.


FRED POULIN

Bonjour.


MIKE GAUTHIER

Salut.


FRED POULIN

Ça va?


MIKE GAUTHIER

Oui, oui. Viens-t'en,

on va regarder ça.


FRED POULIN

Yes.

(FRED POULIN montre le vidéoclip de Navert à MIKE GAUTHIER.)


FRED POULIN

Toi, ton comité pour ça

est-ce que c'est cet après-midi

ou demain?


MIKE GAUTHIER

Demain matin, mercredi.


FRED POULIN

Demain matin, mercredi.


MIKE GAUTHIER

Mais ça devrait passer.

Depuis que je suis en poste,

je donne beaucoup de place non

seulement à la relève, mais à

des gens comme ça qui ont

besoin d'être vus et entendus.


FRED POULIN

Oui. Bien merci, Mike,

c'est super gentil.


MIKE GAUTHIER

Il n'y a pas de trouble.

(FRED POULIN serre la main de MIKE GAUTHIER et quitte les bureaux de Musique Plus.)


FRED POULIN

Quand je lance un clip à

Musique Plus, j'essaie aussi

de combler par d'autres trucs

pour essayer de créer un

buzz alentour du clip.

Là on regardait pour peut-être

venir faire une performance

à l'émission Top Musique.

Alors le clip entre en ondes,

il joue un petit peu,

les gens se demandent:

"Ah, c'est qui Navert?"

Après ça, elle vient faire une

performance à Top Musique.

Moi, à chaque fois je peux

reprendre ça. Eux autres ils

mettent toutes les performances

sur leur site Web de

musiqueplus.com, moi je mets

ça sur toutes mes plateformes

Web, je "drive" mes fans

sur leurs plateformes à eux

qui vont "checker" le clip et

vice versa. Moi je me fais de

la pub, je leur amène du monde

sur le site, c'est du donnant

donnant, on essaie, tout le

monde, de se partager ça.

(Dans le studio d'enregistrement, VINCENT VALLIÈRES est en compagnie de DAVID MURPHY.)


VINCENT VALLIÈRES

David Murphy m'a expliqué

souvent ce qu'il faisant dans

la vie mais je n'ai jamais

vraiment complètement compris.

Pour moi, c'est s'occuper de

l'argent, qu'il s'assure que

l'argent nous soit bien remis

quand il y a un extrait qui

tourne ou quand une chanson

est quelque part. D'autre part,

quand quelqu'un m'appelle

et veut acheter une de mes

chansons pour une publicité, là

j'appelle tout de suite David

Murphy parce que je deviens

comme anxieux et lui prend

le dossier en charge et

s'occupe de la gestion de ça.

Donc lui va connaître

les tarifs, va connaître les

différents intermédiaires.

[Début information à l'écran]

David Murphy, éditeur et président— David Murphy et cie

[Fin information à l'écran]


DAVID MURPHY

Les principales sources

de revenus en droit d'auteur,

on parle dans un premier

temps de la radio,

après ça la télévision.

Il y a de la musique, qui est

jouée à la télévision,

dans des shows de variété.

Les films qui sont diffusés

vont générer aussi des droits.

Les concerts, aussi, génèrent

des revenus.


VINCENT VALLIÈRES

Ça tu t'en occupes aussi.


DAVID MURPHY

Ça c'est ce qu'on fait.

Par exemple Vincent fait

un concert, part en tournée,

fait plusieurs concerts. Nous,

notre responsabilité comme

gestionnaires de droits, c'est

d'informer la SOCAN qui gère

ces droits-là, que Vincent fait

un concert à tel endroit, dans

telle salle puis voici la liste

des chansons qui ont été

interprétées. Donc le rôle de

la SOCAN est d'aller percevoir

ces droits-là. Le diffuseur,

celui qui a présenté

le spectacle en région va

envoyer 3%, pour être précis,

des recettes de billetterie

du spectacle. Ce 3%-là s'en va

à la SOCAN et la SOCAN va

redistribuer ces redevances-là

aux auteurs, compositeurs

et éditeurs des chansons

qui ont été interprétées

dans le spectacle.

(FRED POULIN marche sur une rue de Montréal.)


FRED POULIN

Tu peux avoir un succès normal,

faire des petits shows puis un

moment donné Apple t'appelle

puis ils veulent ta toune pour

la prochaine toune du iPhone.

Bien ça, c'est payant!

Alors il y a des artistes qui

ont eu leur toune pour Apple et

du jour au lendemain, ils sont

devenus populaires. Ils ont

vendu des albums, ils ont vendu

des shows, ils ont fait des

tournées mondiales par rapport

à ça. D'être dans des films

ou d'être pris dans des pubs,

ça génère beaucoup d'argent,

c'est un milieu qui a beaucoup

d'argent comparativement

à la musique en tant que telle.

L'industrie du spectacle ou

du disque est de plus en plus

pauvre, tandis que le droit

d'édition est une industrie

encore en moyens.

[Début information à l'écran]

Biz, rappeur— Loco Locass

[Fin information à l'écran]


BIZ

(en studio)

Je pense qu'il y a là à

réfléchir sur la façon de faire

vivre tes chansons. C'est peut-

être plus juste enfermé dans

un CD qu'elles vont vivre, tes

chansons. Elles peuvent vivre

ailleurs, dans un jeu vidéo,

avec une équipe de hockey,

dans une émission de télé,

sur un parti politique.

Donc comme musicien, il faut

peut-être être à l'écoute des

occasions qu'il y a de faire

fructifier notre musique autour

de nous, en dehors du CD.

(Début intertitre)

(Où va l'argent?)

(Fin intertitre)


DAVID MURPHY

(en studio)

Prenons des exemples concrets:

une chanson sur iTunes, par

exemple, la chanson se vend 99¢

ou 1$, l'auteur-compositeur-

éditeur, pour cette vente

précise-là, va recevoir

approximativement 9% du prix de

détail, donc 9¢. Évidemment,

avec 9¢, si on vend 10

chansons, ça fait 90¢ pour

l'ensemble des ayant droits de

l'oeuvre musicale, auteur,

compositeur et éditeur...

[Début information à l'écran]

0,09$ X 10 chansons = 0,90$. 0,90$/3 ayants droit = 0,30$. 0,30$ X 10 000 exemplaires vendus = 3000$

[Fin information à l'écran]


DAVID MURPHY

(en studio)

...donc on

comprend qu'on parle de micro

paiements. Donc évidemment,

pour que ça génère des sommes

intéressantes, il faut vendre

des milliers d'exemplaires.

(VINCENT VALLIÈRES est dans le studio d'enregistrement avec DAVID MURPHY.)


VINCENT VALLIÈRES

Une question que je me fais

poser souvent: combien tu

reçois quand ta chanson joue

à la radio? La fois qu'elle

tourne, tu reçois combien?

Et là, j'essaie d'expliquer que

c'est pas nécessairement...

Est-ce que ça joue sur

une radio communautaire?

Ça joue à Radio-Canada? Ça

joue sur une radio commerciale?

Comment c'est départagé, ça?


DAVID MURPHY

La valeur au passage à la

radio, il y a différentes

façons. Il y a des radios qui

sont recensées, c'est-à-dire

que la SOCAN va payer chaque

passage qui est diffusé à la

radio. Pour ces radios-là, la

valeur d'un passage est en fait

la valeur du dernier trimestre,

soit 1,23$. Il y a un système

qui s'appelle BDS, "Broadcast

Digital System", qui fait de

l'identification sonore. Nous,

comme éditeur, on télécharge la

chanson sur le serveur de BDS

qui lui, écoute les différentes

stations et fait de

l'identification. Il est

capable de jumeler le passage

radio avec ce qu'il a dans sa

base de données, donc de cette

façon-là, il y a un cumul des

passages radio qui est fait.

Et c'est le nombre de passages

radio multiplié par la valeur

du dernier trimestre à 1,23 $,

mais ça peut varier entre 1,23$

et 1,70$. Et si, par exemple,

tu joues sur une radio qui

n'est pas recensée par le

système BDS, à ce moment-là

c'est une méthodologie

d'échantillonnage.

L'échantillonnage, la radio

doit fournir sa programmation

pour 14 jours pendant l'année,

c'est-à-dire qu'il y a un

trimestre de quatre jours, un

trimestre de trois jours, un

trimestre de quatre jours, un

trimestre de trois jours, ce qui

fait que ce ne sont pas tous

les passages qui sont payés.

Évidemment, quand tu reçois de

l'argent, la valeur au passage

est plus élevée sur ces

radios-là; si tu es dans

l'échantillonnage, la valeur de

passage va être entre 6$ et 7$.

(FRED POULIN est sur une rue de Montréal.)


FRED POULIN

Une bonne rotation dans une

radio, je te dirais que c'est

entre 21 et 30 spins, on parle

donc de trois, quatre fois par jour; ça

c'est une belle rotation. Je me

souviens, cet été, "Get Lucky"

était numéro un des tounes les

plus jouées au Québec avec près

de 800 spins durant la semaine.

La deuxième chanson la plus

jouée était à 600 spins, alors

c'est déjà 200 spins de moins.

Et là troisième chanson tombait

à 500 et là c'était du 500,

400. J'avais des artistes...

Caféine avait 350 spins et il

se trouvait à être à peu près

dixième. Tu vois? Entre le 800

et le 300 qui est dixième, 800

spins, c'est de la diffusion

radio et du droit d'auteur! Si

tu mets 800 spins au Québec,

mais mets ça partout au Canada

et partout dans le monde, il y

a du droit d'auteur qui s'est

récupéré-là. L'éditeur de la

chanson a un sacré boulot!

[Début information à l'écran]

Agenda— 11h30  : Rendez-vous à la SOCAN

[Fin information à l'écran]

FRED POULIN entre dans les bureaux de la SOCAN, où il rencontre MARIE-PIERRE BRUNELLE


FRED POULIN

Je venais te voir pour

regarder une de mes chansons,

comment ça avait performé.

J'ai des bons spins radio

de mon côté et je voulais

voir comment tu étais allée

percevoir les droits de ça

et quand est-ce que je pourrais

espérer recevoir ces sous-là,

parce que je veux réinvestir

dans le projet.

[Début information à l'écran]

Marie-Pierre Brunelle, chargée de comptes, radio et concerts— SOCAN

[Fin information à l'écran]


MARIE-PIERRE BRUNELLE

On calcule qu'un hit radio

c'est au bas mot à peu près

20 000$ dans les deux ans.

C'est toujours un cycle,

la radio, tu vas rester

un certain temps.

Alors en bas de 15 000, c'est

très rare. Il y a quelques

années ça pouvait être 40-50

même. Il y avait moins de

compétition internationale,

il y avait beaucoup plus de

contenu québécois, ça tournait

plus, les hits. Maintenant,

c'est un peu dilué, ça va vite,

ça s'en va vite. Mais c'est

quand même des montants

intéressants si tu es auteur-

compositeur et éditeur.

Si c'est une collaboration,

si tu as juste un 5% ou un 10%

de la pièce, c'est un petit

revenu d'appoint. Par contre,

si c'est un hit planétaire,

on parle de millions.

(MICHEL CORRIVEAU est dans son studio.)

[Début information à l'écran]

Michel Corriveau, compositeur

[Fin information à l'écran]


MICHEL CORRIVEAU

Le droit d'auteur est à la

merci des règlements que

les sociétés de perception

de droits d'auteur se sont

donnés dans chacun des pays.

Exemple, au Canada il n'y a

aucun droit d'auteur sur la

publicité. C'est un vieux

règlement parce qu'à l'époque,

la publicité était surtout

américaine et c'était une

mentalité qu'on ne veut pas que

notre argent sorte et aille

chez les Américains,

donc le droit d'auteur allait

beaucoup vers les compositeurs

qui faisaient la musique des

nouvelles, la musique des jeux,

des émissions pour enfant,

à l'époque, étaient très

populaires à Radio-Canada et

tout. En cinéma, c'est un peu

la même chose. J'en ai déjà

parlé, de ça, puis j'ai fait

sourcilier des gens à la SOCAN.

Quand j'ai reçu un prix pour la

musique de Bon Cop, Bad Cop,

qui était le plus grand succès

"ever" de l'histoire du cinéma

canadien pour revenus en salle,

le film a fait 12 millions.

Moi, en droits d'auteur, j'ai

fait 2 000$ sur ce film-là. En

Europe, j'aurais probablement

fait 350 000$, mais ici,

le droit d'auteur en cinéma

est presque inexistant.

(FRED POULIN est au bureau de MARIE-PIERRE BRUNELLE.)


MARIE-PIERRE BRUNELLE

Est-ce que ça a fait des

émissions de variété?


FRED POULIN

Oui, on a fait Pénélope,

on a fait Belle et Bum.


MARIE-PIERRE BRUNELLE

C'est ça. Ça rentre par la

SOCAN aussi dans le sens ou

c'est sûr que si tu as une

prestation, c'est super parce

que plus longtemps ta musique

est à l'écran, plus tu es payé

parce que c'est à la minute.


FRED POULIN

Moi, à la sortie de l'album, on

a fait plein de shows de télé

sans faire de performance, mais

juste à parler de l'album et

eux autres disaient: "On va

écouter un extrait." Alors

quand on écoute un extrait,

que ce soit 15 secondes,

je vais percevoir des droits

de cette diffusion-là?


MARIE-PIERRE BRUNELLE

Oui. À partir du moment où

on entend la musique à l'écran,

tu l'as. Disons que tu fais le

thème d'une télésérie, ça,

c'est vraiment payant parce

qu'en plus tu vas peut-être un

30 secondes en thème, ça c'est

payé 100% et ça s'accumule

à chaque fois. Imagine

si tu avais une quotidienne,

ça veut dire à tous les jours.


FRED POULIN

J'ai déjà discuté au gars qui a

composé le thème de Salut,

Bonjour! Ça fait longtemps

qu'il roule là-dessus.


MARIE-PIERRE BRUNELLE

C'est ça.

(MICHEL CORRIVEAU est dans son studio.)


MICHEL CORRIVEAU

Le droit d'auteur, comment ça

marche? C'est ça.

Les Américains, quand ils font

un projet, ils savent que

leur projet va déjà être

diffusé en Espagne,

en Allemagne, au Brésil,

en Italie, tout ça et

ils savent que tu vas aller

chercher un certain montant

de droits d'auteur, donc ils te

négocient super serré et ils te

prennent une partie de tes

droits parce qu'eux autres font

la gestion de ces droits-là et

je ne sais pas encore combien

ça va me payer. Ça prend

cinq, six, sept ans, en général,

avant de voir cet argent-là. J'ai

des amis qui sont passés carrément

à la banque, qui ont fait des

projets d'émissions pour

enfants, qui ont fait des

fortunes et j'ai des amis qui

ont jamais vu leur argent parce

qu'il y a eu un mauvais suivi.

Ça te prend quelqu'un,

vraiment, pour s'assurer que

tout ton droit d'auteur soit

respecté et que tu retires ta

part à chaque place.

(FRED POULIN est au bureau de MARIE-PIERRE BRUNELLE.)


MARIE-PIERRE BRUNELLE

Si tu as un hit radio et que ça

dure deux mois et que ça va au

numéro un et qu'après ça, ça ne

joue plus jamais, tu vas faire

un montant d'argent mais à long

terme, tu ne peux pas vivre de

ça. Tandis que si tu fais un

succès, un vrai... Je ne peux

pas dire un vrai succès, mais

comment tu qualifies un vrai

succès, c'est que je te chante

la chanson et tu la connais.

Ces succès-là, on appelle ça

des "succès catalogues". Ça

veut dire que ce ne sont pas

des succès souvenirs

nécessairement, mais ils ont

une longue vie, ils vont faire

des pubs à la TV. Ce sont

toutes les utilisations

connexes après ton hit radio

qui vont faire que quand tu vas

être vieux et en campagne et

que personne ne va vouloir

aller voir tes shows, toi tu

vas recevoir tes chèques de la

SOCAN. C'est ça qui fait que

tu peux vivre de ça.


BIZ

(en studio)

Mes bons relevés de la SOCAN,

mes meilleurs ont tourné

peut- être autour de 2 000$,

mes plus bas, c'était peut-être

500$ ou 600$.

Donc si tu multiplies par

quatre parce qu'il y a quatre

trimestres dans l'année, ça

veut dire qu'avec strictement

les droits d'auteur, je peux

aller chercher peut-être 2 000$

dans une année pour

l'utilisation de mes chansons.

Récemment, au dernier trimestre

de la SOCAN, j'ai regardé mon

truc, j'ai reçu 60$ pour le but

du Centre Bell, parce que

le Centre Bell a fait tourner

la chanson.

Donc nous autres,

c'est juste le centre Bell,

mais imagine Kiss ou Crazy

Train d'Ozzy Osbourne, eux

autres ont tous les

amphithéâtres de la ligue

nationale, tous les stades

de football, de baseball, les

stades de soccer en Europe. Eux

autres, à coups de 60$, par

trimestre, ils peuvent aller en

chercher pas mal depuis 20 ans.

(FRED POULIN est sur une rue de Montréal.)


FRED POULIN

Maintenant on va se diriger

vers le building de Bell Média.

J'ai beaucoup de trucs à voir

avec Radio NRJ parce que c'est

une radio... Moi je fais du

contenu francophone, il y a une

des tounes, là-dedans, qui est

Keith Kouna, Batiscan. C'est

une chanson qui est débile, qui

est merveilleuse, mais qui est

peut-être dure au niveau des

radios alors j'essaie de

pousser du mieux que je peux.

Je vais avoir une grosse job

là-dessus à faire.

[Début information à l'écran]

Agenda― 15h45: rencontre chez NRJ, Rouge FM et CHOM

[Fin information à l'écran]

FRED POULIN entre aux bureaux de BELL Média, où il y rencontre VINCENT GARNEAU, le programmeur musical. FRED POULIN fait écouter la chanson de Keith Kouna à VINCENT GARNEAU.


FRED POULIN

C'est vraiment un texte qui est

fort, c'est vraiment ailleurs

de ce que vous présentez

ou de votre son actuel. On a

travaillé fort sur les autres

extraits qui ont bien marché.

Keith, durant l'été et le

printemps a rempli ses salles

partout. On a gagné le prix de

la SOCAN.


VINCENT GARNEAU

C'est sûr que c'est une grosse,

grosse toune. Tout de suite

quand elle est arrivée sur 45

tours je l'ai écoutée, j'étais:

"Wow! C'est un texte

super fort!"


FRED POULIN

Ça lève le poil.


VINCENT GARNEAU

Ah oui! Mais pour NRJ, je

trouve ça bien difficile parce

qu'elle est très, très, très

dénudée, c'est très linéaire.

NRJ, c'est plus hop la vie,

plus rythmé. Surtout pour

quelqu'un de moins connu,

en même temps elle est triste

alors c'est un petit peu anti

climax avec ce qu'on joue en

ondes. C'est plus difficile.


BIZ

(en studio)

"Ça ne fait pas partie de notre

son, ce n'est pas ce que les

gens veulent entendre." Les

directeurs de programmation

présument des goûts de leur

public mais souvent, ils sont

dans l'erreur. Je te donne un

exemple. La chanson

"Dégénération" de Mes Aieux qui

a fait un tabac dans toutes les

radios commerciales du Québec.

C'est une chanson

traditionnelle, sa structure

est atypique et elle parle de

dénatalité au Québec. Y a-t-il

quelque chose de moins CKOI FM

que ça? Et pourtant cette

chanson-là a joué. Pourquoi?

Parce qu'il y a un animateur de

radio, je ne me rappelle plus

si c'était CKOI ou NRJ, qui

était parti en vacances, qui

s'était fait remplacer par un

gars et qui voulait embarquer

une toune de Mes Aieux mais

une autre toune, qui avait

une structure plus commerciale.

Il s'est trompé, il a mis

"Dégénération", ça sonne

partout: "C'est quoi cette

affaire-là? Je veux l'entendre!

C'est quoi? C'est bien bon,

c'est intéressant!" Ils n'ont

pas eu le choix de l'embarquer.

Quand les radios écoutent leur

monde, curieusement, ça fait

partie de leur son,

ça dérange pas que ça ne fasse

pas partie de leur son.

(FRED POULIN est encore en rencontre avec VINCENT GARNEAU.)


VINCENT GARNEAU

Durant la semaine qui a passé,

moi j'ai reçu tous les singles.

J'identifie entre 10 et 12

chansons que je considère être

les plus fortes qui pourraient

jouer sur NRJ. On fait jouer

les 10, 12, on les écoute, on

ne dit aucun commentaire et

suite à ça on fait un tour de

table. "Quelles sont vos

préférées?" Puis on les note.

A, il faut que ce soit tout de

suite en ondes. B, on n'est pas

certains, petit stand-by. C,

non, on ne l'entend pas en

ondes, c'est inutile de la

ramener à un prochain

comité d'écoute.


FRED POULIN

J'ai une autre toune que je

t'avais déjà fait écouter, je

pense qu'elle était justement

classée B. Selon notre dernière

discussion, c'était: "C'est une

bonne chanson, mais je pense

que je suis arrivé dans un

timing plus serré."

Je suis allé porter le clip

à Musique Plus ce matin,

Mike Gauthier a vraiment aimé

le clip, aimé la chanson,

donc demain, si la tendance se

maintient, on devrait l'ajouter

à Musique Plus et Musimax

parce que lui le voyait dans

les deux stations.

(FRED POULIN fait écouter la chanson de Navert à VINCENT GARNEAU.)


VINCENT GARNEAU

Ce qui est difficile pour

l'oreille, dans la toune, c'est

qu'elle a une voix quand même

très diffuse puis la musique

est très en avant ça fait qu'on

perd un peu le vocal; pendant

le refrain particulièrement. Je

m'imagine toujours la personne

qui est dans son auto ou en

train de travailler puis qui

entend la chanson. Il faut soit

que tu puisses taper du pied ou

que tu puisses écouter les

paroles et celle-là, il me

semble que...


FRED POULIN

Elle est entre les deux?


VINCENT GARNEAU

Elle est entre les deux puis

j'ai un bémol. C'est pour ça

qu'elle était en stand-by.


FRED POULIN

OK. Est-ce que c'est quelque

chose que tu peux quand même

réessayer sur ta liste du

comité de demain?


VINCENT GARNEAU

Oui, mais peut-être pas demain

parce que j'ai déjà beaucoup

de stock, mais si j'ai de la

place, oui. Si je suis rendu à

15 tounes, je ne lui donnerai

peut-être pas priorité parce

que comme je te dis, j'ai un

bémol sur la chanson.

(FRED POULIN est sur une rue de Montréal. Il commente sa rencontre avec VINCENT GARNEAU.)


FRED POULIN

Ça a quand même bien été.

C'est sûr que c'est toujours

difficile, dans les grosses

stations comme ça, d'embarquer

des chansons. Un truc qui me

déçoit un peu c'est au niveau

de Batiscan de Keith Kouna. Je

comprends que le format est pas

évident parce que c'est juste

une voix, guitare sèche sur un

ton mollo, mais le texte est

tellement fort, la toune est

tellement bonne, c'est là que

je suis un peu "down" des

formats de radios commerciales

ou elles sont prises dans un

canevas qui est tellement

précis par rapport à des études

de marché, par rapport à des

publics cibles, par rapport à

des sons. Des fois, j'aimerais

que les radios puissent aller

ailleurs que ça, que ce

format-là, quand tu as

un coup de coeur, quand

tu as une bonne chanson. Je

vais parler d'un vieux dossier

mais à l'époque, j'ai réussi à

faire jouer Hawaïenne dans les

radios, mais au début

d’Hawaïenne, il n'y a aucune

radio qui voulait jouer ça,

elles trouvaient ça ridicule,

niaiseux, enfantin, mal

produit. Moi, je croyais à la

toune puis je savais que

j'avais une réaction.

J'ai travaillé comme un malade,

chacune des radios, je les

appelais une par une,

j'ai fait des concours,

j'ai envoyé des CD puis de

fil en aiguille, c'est devenu

le succès qu'on connaît.

Pendant un été de temps,

l'été 2004, c'était Hawaïenne

partout dans les radios.

(Début intertitre)

(Le droit d'auteur 2.0)

(Fin intertitre)

[Début information à l'écran]

Stéphane Moraille, avocate

[Fin information à l'écran]


STÉPHANE MORAILLE

(en studio)

Quand la radio est arrivée,

il y a eu un tollé au niveau

de l'AFM, les gens disaient:

"On ne va jamais plus nous

engager pour faire des shows."...

[Début information à l'écran]

AFM : American Federation of Musicians

[Fin information à l'écran]


STÉPHANE MORAILLE

(en studio)

...Mais les revenus commerciaux

de la radio ont fait l'objet

d'un tarif qui permettait de

redistribuer une partie de ces

revenus-là, une infime partie

de ces revenus- là, aux

auteurs-compositeurs dont

les oeuvres étaient diffusées.

Mais le même raisonnement

ne s'est pas transposé

au niveau des fournisseurs

d'accès Internet.


BIZ

(en studio)

Beaucoup de gens font de

l'argent avec la musique, puis

quand je te dis beaucoup de

gens, ça va des producteurs aux

gérants, puis aux fournisseurs

de contenu, à feu Steve Jobs

avec son iPhone. Donc le

problème, à mon avis, c'est pas

qu'il n'y a pas d'argent dans

le domaine de la musique, c'est

que cet argent-là est mal

distribué. Parce qu'à la base,

s'il n'y a plus de musique,

ça ne donne rien de vendre un

téléphone intelligent et s'il

n'y a plus de musique, s'il n'y

a plus de films, ça ne donne

rien d'avoir une connexion

haute vitesse pour envoyer des

courriels ou des textos.

Donc quand on dit: "Ah, moi

je ne veux pas payer pour la

musique." Heille! Ca te coûte

80$, ta connexion Internet puis

tu payes 120$ de téléphone par

mois. Ne dis pas que ça ne

te coûte rien, ça te coûte de

l'argent. Mais moi, comme

créateur, il ne m'en reste plus

beaucoup en bout de ligne.

(VINCENT VALLIÈRES est dans le studio d'enregistrement avec DAVID MURPHY.)


DAVID MURPHY

Le téléchargement gratuit, à

moins qu'il ne soit autorisé,

c'est du vol. C'est du vol.

Quand tu as besoin d'un

grille-pain, tu vas t'acheter

un grille-pain et tu le payes

en sortant. C'est juste que

malheureusement, c'est facile

de voler des oeuvres musicales.

Alors c'est sûr qu'autant au

Québec qu'à travers le monde,

on a été frappés par

ce phénomène-là.

C'est un défi à relever,

je pense qu'il ne faut pas

être pessimiste, il ne faut

pas non plus vouloir empêcher

les gens d'écouter de la

musique, au contraire, on veut

que la musique soit diffusée.

Mais évidemment on veut qu'il y

ait une rémunération parce que

c'est le salaire des auteurs.

Si on ne paye pas les auteurs,

les créateurs, pour faire des

chansons, bien évidemment, il

n'y en aura plus, de chansons.


YSOLDE GENDREAU

(en studio)

Globalement, vous avez

pratiquement deux grandes

catégories de personnes

qui veulent tout avoir

et ne rien payer.

D'un côté vous avez le

public en général, qui est très

content d'avoir accès à tout

sans payer quoi que ce soit, et

vous avez aussi tous ceux qui

leur apportent les oeuvres

protégées par droit d'auteur.

Vous avez aussi, parmi ces

personnes qui aident à relayer

l'information, des industries

extrêmement puissantes, aussi,

de fabrication de technologies

et marchandises de toutes

sortes qui font d'énormes

profits, qui veulent continuer

de le faire. Grâce à ces

entreprises-là, oui, on a accès

à la musique, mais je ne suis

pas sûre que ces entreprises-là

investiraient autant si elles

n'avaient pas tant à faire

véhiculer aussi.

(MICHEL CORRIVEAU est dans son studio.)


MICHEL CORRIVEAU

Le respect de l'oeuvre

a diminué beaucoup. Puis je ne

parle pas juste de l'oeuvre

de la musique, je parle de

l'oeuvre au sens large.

Le respect de l'oeuvre est

amoindri depuis des années,

on n'a pas besoin d'explication

pour le comprendre, au niveau

de la copie, du Web et tout ça.

Alors au niveau de la musique,

c'est la même chose. En pub,

ils prennent n'importe quelle

toune et disent: "Allez, copie

ça''. ''Je ne peux pas copier ça''.

''Ah? Pourquoi?"

Ils ne comprennent même pas.

Alors on est rendu là.


STÉPHANE MORAILLE

(en studio)

Au niveau de la conception de

ce qu'est la musique, c'est

devenu un bien commun. Ce n'est

pas devenu un effort créatif

que le musicien a fait et qui

mérite une compensation

économique. On n'achète plus de

disque et on écoute de la

musique, parce que c'est aussi

naturel pour nous de le faire

que de laisser le soleil nous

dorer de ses rayons.

(Fin émission)

(Générique de fermeture)

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