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Arrière-scène

Arrière-Scène vous invite à rencontrer ceux qui travaillent dans les coulisses : compositeurs de musique de films, directeurs de tournée, programmateurs, disquaires, réalisateurs, musiciens de bar.

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Les festivals de la musique

Événements de prédilection pour découvrir des artistes, musiciens ou même des styles musicaux. Comment faire pour performer dans les festivals? Plongeons dans le monde des festivals d’ici et d’ailleurs.



Année de production: 2013

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Arrière-Scène part à la rencontre des artisans qui fabriquent de leurs mains notre paysage musical. On y découvre les coulisses de l'industrie musicale en rencontrant ceux qui y travaillent : musiciens de studio, compositeurs, metteurs en scène, producteurs, disquaires, programmateurs et plusieurs autres.

L'émission «Arrière Scène» est ponctuée d'entrevues de journalistes en studio et d'autres intervenants du milieu qui viennent apporter leur expertise et leurs commentaires.

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

La festivalisation de la musique

[Fin information à l'écran]

Le groupe Random Recipe charge une camionnette de valises et d'instruments. Ils s'apprêtent à partir pour le Festival de musique émergente à Rouyn-Noranda, aussi appelé FME. Un peu plus tard, la camionnette roule sur les routes du Québec.

[Début information à l'écran]

Frannie Holder, musicienne— Random Recipe, Dear Criminals

[Fin information à l'écran]


FRANNIE HOLDER

(Narratrice)

On fait huit heures de routes,

on arrive là-bas, on fait des

entrevues pendant une couple

d'heures, puis là boom on

embarque sur scène puis on fait

comme l'un des shows les plus

stressant qu'on a fait depuis

une couple d'année. On le fait

devant toute notre équipe de

gérance de maison de disques,

nos amis qui sont montés

de Montréal, le public

et les journalistes.

C'est comme un genre de

(Propos en anglais et en français)

"big deal", parce que ça va

être devant un public vierge

qui n'a jamais entendu l'album.

[Début information à l'écran]

Franz Schuller, guitariste & chanteur— Grimskunk; président— Indica records

[Fin information à l'écran]


FRANZ SCHULLER

(En studio)

Il y a un truc qui existe

encore vraiment pour

la découverte de l'artiste

"at large", puis qui marche,

ou les gens sont là pour

découvrir, puis ils sont prêts

à découvrir, puis c'est

les festivals. C'est pour ça

que la réalité du festival va

bien mondialement. Il y a

beaucoup plus de festivals

qu'il y avait il y a 20 ans

mondialement. La raison,

c'est que les gens sont prêts à

payer le prix, aller voir deux,

trois gros bands et disent:

"Ah! il faut que je vois ça."

Puis en même temps, passer

le reste de la journée à voir

plein d'autres affaires cool,

puis découvrir des choses.

[Début information à l'écran]

Nicolas Tittley journaliste- Elle Québec, Musique Plus, Journal Métro

[Fin information à l'écran]


NICOLAS TITTLEY

(En studio)

On dit que la société s'est

désacralisée et qu'on n'a plus

de grands rassemblements,

mais il reste que les concerts,

et en particulier les concerts

de festivals, ça a ce côté

un peu grande-messe

et on se rassemble. Donc

on s'est peut-être découverts

chacun de notre côté dans notre

petite solitude cybernétique,

puis on consomme la musique

chacun de notre côté.

Mais une fois de temps en

temps, on se retrouve ensemble,

entre gens qui ont les mêmes

goûts, les mêmes aspirations

et tout d'un coup, l'expérience

humaine est là.

(XAVIER CAFÉÏNE vient d'arriver au Festival d'été de Québec.)

XAVIER CAFÉÏNE

Le Festival d'été de Québec

c'est plus gros, il y a

une plus grosse organisation

autour de ça.

Ça ressemble à rien,

c'est juste un gros festival.

On est bien traités, on est

bien logés. Faire de la grosse

scène, c'est quelque chose

aussi, la scène des Plaines

ce n'est pas une petite scène,

c'est une grosse affaire.

On fait Osheaga aussi à

Montréal, qui est un autre gros

festival aussi quand même,

le festival de Cowansville,

celui à Sorel.

C'est ça que tu fais l'été,

tu ne fais pas beaucoup

de salles et on recommence

les salles en septembre.


NICOLAS TITTLEY

(En studio)

Malheureusement, pour les

musiciens qui font dans les

genres peut-être plus pointus,

dans le jazz, dans le blues,

dans la musique africaine

par exemple, en-dehors des

évènements comme Blues Fest, du

Festival international de jazz,

de Nuits d'Afrique, ces gens-là

ont beaucoup de difficulté

à donner des concerts.

La Bottine Souriante par

exemple, c'est un des plus gros

groupes de festivals qu'on a

au Québec. De la même manière

que nous on va écouter

un musicien traditionnel

african en disant: "C'est donc

formidable sa culture!",

bien un Africain qui écoute

La Bottine Souriante dit:

"Ah! Tiens, la culture

traditionnelle du Québec."

Et c'est un groupe qui fait

le circuit des festivals folk.

En Angleterre, c'est très

important, il y aussi tout

un circuit parallèle

aux États- Unis.

Donc, ça leur permet d'être sur

la route 180 jours par année.

(Début intertitre)

(À chaque festival son identité)

(Fin intertitre)

(ARNAUD CORDIER est en plein cœur du Festival d'été de Québec.)

[Début information à l'écran]

ARNAUD CORDIER, programmateur musique— Festival d'été de Québec

[Fin information à l'écran]

ARNAUD CORDIER

Ici c'est un festival

généraliste.

Le festival de niche c'est

quand même différent,

tu vas rejoindre seulement

que certaines personnes

qui aiment certains styles

seulement. Si tu vas au Helfest

en France, bien tu ne vas voir

que du métal. Même chose pour

Osheaga, tu vas voir surtout

de l'Indy et tu n'auras

peut-être pas le world, tu

n'auras peut-être pas beaucoup

de chansons francophones et ça

c'est un choix de toute façon,

mais les deux se valent et les

deux marchent aussi très bien.

SANDY BOUTIN est au quartier général du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue.

[Début information à l'écran]

Sandy Boutin, cofondateur— FME

[Fin information à l'écran]


SANDY BOUTIN

Nous on a décidé de ne pas se

mettre de limitation de langue,

on fait principalement

du francophone, mais il y a

quand même de l'anglophone

au festival. On n'a pas de

limitation de style non plus.

Alors c'est sûr qu'on vient

tous se compléter pour réussir

à prendre sa place et je pense

que c'est ce qu'on a réussi

à faire. Dans le fond, c'est de

réussir à savoir c'est quoi

ta force, c'est-à-dire que

nous c'est l'intimité,

c'est les petites salles.

Oui il fait chaud là-dedans,

ce sont souvent des lieux

qui ne sont pas des salles de

spectacles, donc moins adaptées

au spectacle, mais qui donnent

une proximité que tu n'as pas

dans une salle ou c'est à

l'italienne, assis sur des

bancs à regarder. Alors c'est

beaucoup plus rare pour

quelqu'un de voir Ariane Moffat

dans une salle de 100 places

que de la voir sur la Grande

Place des Festivals à Montréal.

On savait que ça ne nous

donnerait rien de mettre des

scènes énormes et d'essayer de

compétitionner ce qui se fait à

Toronto, à Montréal, à Gatineau

et Hull. Ce sont toutes des

villes avec des plus gros

bassins de population que nous

autres, qui vont toujours avoir

plus de moyens pour mettre

des pétards et des feux

d'artifices. Nous ce qu'on peut

offrir par exemple, c'est

de l'infiniment petit, c'est

la proximité et ça je pense

que c'est notre créneau.

Un festival ça évolue,

ça ne grossit pas

nécessairement à tout prix.

Alors oui, on a une croissance,

mais gérer la croissance

c'est aussi difficile que gérer

une décroissance. Ça veut dire

qu'il faut réussir à grossir,

à faire en sorte que de plus

en plus de personnes puissent

venir ici, mais sans dénaturer

l'évènement. C'est-à-dire

que ce n'est pas en ajoutant

des scènes extérieures à n'en

plus finir, puis des spectacles

dans des arénas qu'on va faire

une croissance intelligente,

on va juste perdre notre âme,

puis finalement les gens

ne voudront plus y aller.

(ARNAUD CORDIER est au Festival d'été de Québec. Il parcourt les lieux et parle avec différents employés du festival.)


ARNAUD CORDIER

(Narrateur)

Je pense que du petit festival

d'une journée, que ça soit

en Beauce ou au Saguenay ou

en Gaspésie, jusqu'au plus gros

évènement d'une ville comme

Montréal ou parfois Sherbrooke

ou même Trois-Rivières,

on fait plus ou moins tous

le même boulot, mais dans

des conditions complètement

différentes. En parlant avec

beaucoup de collègues

à l'international, on se rend

compte que finalement, il y a

beaucoup de similitudes dans

la préparation au jour le jour.

Cet horaire de journée tourne

autour de l'organisation

de chaque scène et après ça,

on fait face éventuellement

aux problèmes de la minute.

On va coordonner aussi

les demandes d'accréditation,

les demandes d'invités...

Et le salaire des artistes,

il faut leur donner et

c'est aussi un peu le boulot

du programmateur. Toutes

des choses en fait que le

festivalier n'a pas à savoir,

ne saura jamais et parfois ça

serait chouette qu'il le sache.

(En soirée, FRANNIE HOLDER est devant un bar de Rouyn-Noranda.)


FRANNIE HOLDER

Il n'y a pas un festival

qui est pareil, d'un festival

à l'autre c'est aussi différent

dans son ambiance, dans le

déroulement d'une journée,

dans ce que ça t'apporte,

dans comment tu vis entre

un festival et une salle

de spectacle.

J'ai l'impression que j'absorbe

plus le mythe de ce qu'on

me dit que le FME est

qu'en réalité ce que je vis,

parce que la dernière fois

qu'on est venus, on a fait huit

heures de route, on est arrivés

ici, on a fait un sound check,

on a mangé des nachos, on a

fait un show, on était chauds

à la fin parce que tu fais le

party, c'est n'importe quoi, tu

viens de faire huit heures de

route et là les gens t'apporte

des shooters sur scène, tu

bois, tu ne comprends pas trop.

J'ai fait un show surprise

à 2h du matin parce que

tu essaies de te démarquer

dans le lot des festivals,

alors on a fait quelque chose

d'improvisé. Le lendemain,

on est repartis à 8h du matin

à Montréal, mais comme la

légende de ce show surprise

s'est étendue sur toute la fin

de semaine après, les gens nous

disaient: "C'était malade

quand vous étiez au FME!"

Moi je ne m'en rappelle pas, on

n'était même pas là dix heures.

Nous on est venus en voiture,

pendant ce temps-là

les journalistes ou n'importe

qui viennent en avion,

ça leur prend une heure puis

ils sont là pendant cinq jours,

puis ils savent c'est quoi

l'énergie du festival. Je ne

sais pas moi, je n'ai même

pas eu le temps d'aller voir un

show, tantôt je suis allée voir

dix minutes du show de

Misteur Valaire et ça c'est

probablement ce que je vais

avoir le temps de voir pendant

tout le festival. Mes amis sont

tous là en fin de semaine, puis

ils vont vivre tellement plus

le festival que moi parce que

je suis occupée.

(XAVIER CAFÉÏNE et son équipe embarquent dans une camionnette. Ils se dirigent vers une grande scène vide.)

XAVIER CAFÉÏNE

Je ne suis pas encore stressé.

J'ai hâte, mais je ne suis

pas stressé encore.

Je me garde ça pour quand

je vais voir le stage.

(Sur la scène, XAVIER CAFÉÏNE et son équipe installent leurs instruments.)

XAVIER CAFÉÏNE

(Narrateur)

J'ai fait deux festivals

d'été, j'ai fait aussi la

Saint-Jean deux fois. J'ai déjà

cassé la glace pour ce qui est

de ce genre de stage-là, puis

il y a d'autres festivals assez

gros, tu arrives sur le stage

à Woodstock en Beauce, c'est

quand même assez gros, Osheaga,

on a fait un gros stage aussi.

Alors c'est déjà arrivé.

Là c'est moins "freakant" parce

qu'il n'y a pas de public

encore. Mais j'ai hâte

de faire le sound check,

j'ai hâte que ça commence.

(Début intertitre)

(S'ouvrir sur le monde)

(Fin intertitre)

(PHILIPPE PAPINEAU est dans les bureaux de CIBL.)

[Début information à l'écran]

Philippe Papineau, journaliste— Le Devoir; animateur radio, CIBL

[Fin information à l'écran]


PHILIPPE PAPINEAU

C'est pas la même foule qui

va aller voir les Franco

dehors qui va aller voir les

spectacles en salle. Ma mère

ne va pas aller se confronter à

une situation un peu difficile

dans un bar ou c'est bruyant,

on est dans un contexte

qui est moins confortable pour

plusieurs personnes, mais elle

va tellement aller voir un show

dehors aux Francofolies.

Il fait beau, tu sors, tu

prends le métro et tu arrives

en ville, puis tu te promènes.

Si tu n'aimes pas ce que tu

entends là, il y en a deux ou

trois autres qui jouent en même

temps, alors tu te promènes,

tu t'en vas à l'autre,

je n'aime pas ça non plus,

ou j'aime ça, ou ah,

je ne connais pas. Donc moi

je pense que le festival

va être une porte d'entrée

hyper importante, efficace

pour la découverte de musique.

(FRANNIE HOLDER est devant un bar de Rouyn-Noranda.)


FRANNIE HOLDER

La première fois qu'on a joué

au Festival de jazz, on a été

bookés à 48 heures de préavis.

En fait, on n'avait pas

de booker, pas de gérant, rien.

Alors le Festival ne voulait

pas faire affaire avec nous

parce que c'est beaucoup

d'organisation un festival, ils

gèrent 108 bands en même temps,

alors souvent ils ne veulent

pas avoir à travailler avec

des bands indépendants.

Alors là on n'était pas bookés

dans aucun festival et

finalement à la dernière minute

au Festival de jazz, une scène

extérieure un samedi soir

à 10h, il y a un band qui

a été coincé à la frontière,

ils nous ont appelés en

renfort: "Voulez-vous jouer?"

Alors on n'a même pas hésité,

on a dit oui, mais on n'avait

jamais joué devant plus que

100 personnes et on se

retrouve devant 5 000.

Là c'était juste: "Bon, ça se

passe, ça ne se passe pas."

puis ça a passé, c'est ces

moments magiques-là quand tu

vois 5 000 personnes qui vivent

un moment de la même façon

que toi, ils ont l'impression

d'avoir fait une découverte

ce soir-là, mais c'est

parce qu'ils marchaient

sur Sainte-Catherine

cette journée-là,

ils ont entendu quelque chose,

ils ont tendu l'oreille,

ils sont venus découvrir.

(FÉLIX B. DESFOSSÉS est en plein cœur du FME.)

[Début information à l'écran]

Félix B. Desfossés, journaliste musical— ICI Radio-Canada; blogueur, Vente de garage

[Fin information à l'écran]

FÉLIX B. DESFOSSÉS

Il y a des artistes qui se font

découvrir au FME qui par la

suite, vont revenir en région

et ils ont déjà un public

acquis. Donc une fois que tu es

passé ici une fois, tu as joué

devant peut-être 50 personnes,

le prochain show que tu vas

faire va avoir 100 personnes,

puis ta prestation est

intéressante parce que c'est le

bouche-à-oreille qui fait ça.

Par exemple We Are Wolfes sont

venus faire un show au FME à

un moment donné, puis ils sont

venus jouer à Rouyn après ça

et la salle était pleine.

Bernard Adamus est venu au

FME et revient jouer à Rouyn,

systématiquement c'est plein,

les gens s'arrachent les

billets. Parce que quand

tu as le Festival de musique

émergente ici, ça fait

découvrir la musique aux gens,

ça fait des gens qui

connaissent la musique, ça fait

des gens qui sont intéressés,

ça fait des gens qui vont

retourner dans des spectacles

et qui ont faim de musique, pas

juste une fois par année. Parce

que c'est bien beau à la fin de

l'été comme ça, il fait beau,

il fait chaud, mais l'hiver

à Rouyn-Noranda, c'est sûr

que ça devient vraiment plus

tranquille. Alors quand on a

des artistes qui ont le "guts"

de venir nous voir le reste

de l'année, bien les gens sont

doublement contents.


FRANZ SCHULLER

(En studio)

Un festival va rayonner dans

sa région, on va parler

du festival, on va parler des

artistes qui sont au festival.

Donc forcément, ça fait parler

de ton band, les gens vont

aller sur le site du festival

pour voir qui joue, ça rayonne.

En général, un festival va

payer presque toujours mieux

qu'une salle.

(FRANNIE HOLDER est devant un bar de Rouyn-Noranda.)


FRANNIE HOLDER

Souvent quand tu joues dans une

salle de spectacle en région,

puis que c'est un évènement

isolé ou c'est juste toi,

c'est juste ton nom qui est

représenté, c'est ton nom qui

amène du monde, il y a une plus

grande pression. Quand tu joues

dans un festival, tu jouis

un peu de la publicité du

festival, alors je ne pense pas

que si on allait jouer à Rouyn

à la même date, que notre show

aurait été "sold out"

en 20 minutes. Là il l'est,

mais c'est beaucoup à cause du

festival. Aussi, tout l'attrait

médiatique qu'il n'y a pas

normalement quand tu joues tout

seul, ce n'est pas vrai qu'à

chaque fois qu'on va à Rouyn,

à Alma ou à Gaspé,

il y a 70 médias internationaux

sur place. Alors c'est sûr

que c'est différent pour ce

que ça peut t'apporter dans

ta carrière, mais un show c'est

un show et ça ne change pas

la façon dont le band joue.

(Le groupe Random Recipe interprète une chanson devant le public d'une petite salle.)


NICOLAS TITTLEY

(En studio)

À Montréal il y a tellement

de Festivals qu'on est presque

blasés, on parle toujours

de festivalite aiguë

et il n'y a qu'à Montréal que

les gens se plaignent de ça.

[Début information à l'écran]

Patrick Baillargeon, journaliste et critique musical— Voir, ICI Radio-Canada

[Fin information à l'écran]


PATRICK BAILLARGEON

(En studio)

Tout se passe à Montréal.

Mutek est à Montréal, Osheaga

est à Montréal, les Francos,

le Festival de jazz, les Nuits

d'Afrique, le Festival

de reggae, Pop Montréal,

Coup de coeur francophone.

Donc on dirait que

culturellement, le Québec

sans Montréal c'est quoi?

Est-ce qu'il y a quelque chose

qui se passe, à part deux,

trois évènements comme ça,

à part le Festival d'été

de Québec qui est majeur.

(XAVIER CAFÉÏNE et ses musiciens jouent sur une scène du Festival d'été de Québec.)

XAVIER CAFÉÏNE

(Narrateur)

Chacun a besoin de son festival

en quelque part, tu habites

ou est-ce que tu habites, alors

il faut que tu aies quelque

chose qui se passe, il faut

de la musique. Ce serait

drôle un musicien qui dirait

qu'il y a trop de festivals.

(XAVIER CAFÉÏNE a terminé sa prestation. Il descend de scène et parle à un des employés du festival.)

XAVIER CAFÉÏNE

J'en aurais joué comme

cinq autres. Rendu là,

j'en aurais fait cinq autres,

j'aurais été vraiment content.

Mais, parfait.

(XAVIER CAFÉÏNE se rend à l'arrière-scène et partage ses impressions du spectacle.)

XAVIER CAFÉÏNE

Content ou pas content? C'est

sûr! As-tu vu ça? C'est cool.

C'est difficile un premier

show, il faut que tu réveilles

le monde, mais on a la chance

d'avoir une couple de singles,

puis le nouvel album a une

bonne réaction, j'ai vu des

gens chanter mes nouvelles

chansons. J'ai senti qu'il y

avait une bonne énergie, une

bonne réaction, ça me revenait

tout de suite. Sinon je ne peux

pas faire ce genre de show-là,

s'il n'y a pas d'énergie qui

revient, tu as juste l'air d'un

con qui essaie trop. Il faut

que tu saches surfer sur ce

qu'ils te donnent comme vague,

ça veut dire qu'ils me

donnaient beaucoup. Ça nous

prépare très bien pour Osheaga.

(SANDY BOUTIN est au quartier général du FME.)


SANDY BOUTIN

Faire un festival comme ça

à la base c'est un peu égoïste,

c'est-à-dire que tu le fais

pour toi. Nous on trouvait

qu'il n'y avait pas assez de

musique qu'on aime qui venait,

puis au départ j'avais organisé

des spectacles, je faisais

venir des groupes de Montréal

que je voulais entendre, mais

qui ne venaient pas en région.

Faire un festival, c'est un peu

politique, on est un acteur

social au même titre qu'une

corporation ou qu'un syndicat,

disons que tu as une certaine

influence, tu as une façon,

tu as une vision. Au début,

on avait déjà dit qu'on voulait

être un outil de rayonnement

pour la région, on voulait

faciliter la rétention des

jeunes en région, alors j'ai

l'impression qu'il y a un gang

de jeunes qui nous ont vus

faire ça et qui ont vu que

c'était possible de faire

des choses. Alors après notre

arrivée, est arrivé le Festival

du documentaire, le Festival

des langues sales, le Festival

de contes et légendes,

le Festival de guitare,

alors j'ai l'impression

que ça a inspiré des gens

qui se sont dit: "Oui,

on peut le faire en Abitibi."

(FÉLIX B. DESFOSSÉS est en plein cœur du FME.)

FÉLIX B. DESFOSSÉS

De moins en moins on entend

parler de mouches noires quand

on parle de l'Abitibi et de

plus en plus on entend parler

du Festival de musique

émergente. Donc ça change cette

image-là et c'est sûr qu'ici au

niveau local, ça va motiver les

jeunes à rester ou à revenir

en région parce qu'ils ont cet

évènement-là qui leur ressemble

auquel ils ont envie de

participer et qui devient un

peu le Noël du fan de musique.

Le Festival de musique

émergente c'est un peu ça, on

se prépare longtemps d'avance

et on parle d'environ au total

25 000 festivaliers. La ville

même de Rouyn-Noranda, on parle

d’environ 30 000 personnes qui

habitent ici, avec les

alentours, on évalue de 40 000

à 50 000 personnes depuis la

fusion avec les villages. Donc

s'il y a 25 000 personnes qui

participent au festival, oui il

y a des gens d'ici, mais

il y a quelques milliers qui

viennent de l'extérieur,

c'est pratiquement la moitié

de la ville qui vibre au rythme

du festival.

(PHILIPPE PAPINEAU est dans les bureaux de CIBL.)


PHILIPPE PAPINEAU

Nous autres on est chanceux

ici à Montréal, on a un marché

qui est autonome, qui se suffit

à lui-même. Il n'y aurait

pas de festivals à Montréal,

il y aurait plein de musique,

il y aurait plein de musiciens,

il y a plein de salles.

Mais il y a des places qui

ne sont pas des grandes

capitales, aller à Winnipeg

comme musicien, en-dehors

du Festival du voyageur là-bas,

est-ce que tu vas te rendre

là-bas pour dire: "on prend

l'autobus, on prend une van

puis on traverse le Canada

pour se rendre là?" Bien, on

ne sait pas qui. Ce n'est pas

évident comme musicien, donc

c'est le partage des risques

aussi pour le musicien et

pour le festival, chacun prend

un risque, mais qui est plus

équilibré, plus calculé, les

deux s'aident, mais personne

n'irait faire une tournée

à Winnipeg, à Saskatoon, même

à Vancouver. Il y a des bands

de là-bas, il a une scène qui

s'organise, mais il n'y aurait

que leurs musiciens

à eux ou presque.

(LYNE BARNABÉ est dans un studio de radio de Vancouver.)

[Début information à l'écran]

Lyne Barnabé, comédienne; animatrice radio—ICI Radio-Canada

[Fin information à l'écran]


LYNE BARNABÉ

Lorsqu'on est francophone ou

francophile ici à Vancouver,

la seule façon de voir de la

musique en français sur place,

souvent c'est par le biais des

festivals qu'on a ici. Il y a

le Festival d'été francophone

de Vancouver qui est organisé

par le Centre culturel

francophone de Vancouver.

Ce festival a lieu en juin

et c'est un festival qui va

accueillir plutôt des artistes

de musique d'aujourd'hui,

des grandes icônes, donc

ces gens-là viennent présenter

leurs spectacles ici et souvent

ce n'est pas nécessairement

dans le cadre de leur tournée

canadienne, on les invite, ils

viennent uniquement pour ça et

repartent ensuite à la maison.

Ensuite on a un volet du Coup

de coeur francophone. Alors là

aussi, on a la chance de voir

un artiste qui est en tournée

canadienne, comme c'est année

c'est Louis-Jean Cormier qui va

arrêter un peu partout, dont

à Vancouver dans le cadre des

Coups de coeur francophones.

Dans ce contexte-là, c'est

vraiment une des seules façons

pour nous de voir ces grands

musiciens francophones ici

à Vancouver. S'il n'y avait pas

de festivals, honnêtement,

on n'en verrait pas.


NICOLAS TITTLEY

(En studio)

Petite-Vallée, il y a des gens

qui pensent à y aller à cause

du festival et on voit de plus

en plus des festivals devenir

le moteur économique

de certaines régions.

(SANDY BOUTIN est au quartier général du FME.)


SANDY BOUTIN

C'est l'espace d'un moment,

c'est l'espace d'une fin de

semaine, mais la population ici

est vraiment fière d'accueillir

des gens ici, c'est le fun de

voir des gens qui se déplacent,

qui viennent chez nous,

ça on aime ça.

(Début intertitre)

(L'envers de la médaille)

(Fin intertitre)


NICOLAS TITTLEY

(En studio)

Dans le meilleur des cas,

les gens vont faire des

découvertes, vont tomber en

amour avec un artiste qu'ils

ont vu gratuitement sur

une scène extérieure et vont

développer une véritable

relation avec cet artiste-là,

vont acheter ses albums,

vont par la suite aller voir

des concerts payants.

Inversement, on peut dire

qu'il y a des gens qui

sont simplement, pas des

pique-assiettes de festivals,

mais des gens qui profitent de

cette offre gratuite-là comme

ça, simplement pour goûter de

la musique sans se soucier même

de qui est l'artiste sur scène.

On se dit: "Est-ce que tu aimes

ça le jazz?" "Moi, non pas

vraiment, mais j'aime

l'ambiance, j'aime être dans

le Festival de jazz, il y a

plein de gens, c'est coloré,

la musique est le fun, je

ne sais pas trop ce qui joue,

je n'irai pas nécessairement

acheter l'album."

[Début information à l'écran]

Olivier Robillard-Laveaux, journaliste et critique musical— Voir

[Fin information à l'écran]


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(En studio)

On ne contrôle pas tout dans

un festival, on ne contrôle pas

tous les paramètres. C'est

possible que ton spectacle soit

programmé en même temps que

l'autre grosse tête d'affiche,

puis toi tu vas jouer devant

1 000 personnes, alors qu'à

l'autre scène un peu plus loin

il va y avoir 75 000 personnes.

Donc tu ne contrôles pas ta

programmation, tu ne contrôles

pas toujours non plus ton temps

dans un festival, ton temps est

déterminé, tu joues 30 minutes

ou tu joues 40 minutes

et c'est tout.


PATRICK BAILLARGEON

(En studio)

Ce n'est pas les meilleures

conditions. Quand tu vas voir

un spectacle dans un festival,

tu as plein de monde autour de

toi, les artistes s'enchaînent

un après l'autre, des fois il y

en a qui jouent en même temps,

tu cours une scène, tu reviens

à l'autre, bref tu as vu

20 minutes de un et d'un autre,

tu ne peux pas vraiment

avoir un très bon avis

sur une performance.

(Le groupe Random Recipe joue toujours dans la petite salle de Rouyn-Noranda..)


FRANNIE HOLDER

(Narratrice)

Ce n'est pas une salle facile,

c'est une salle de billard.

C'est souvent ça les festivals,

ils font ça dans des bars et

des salles de spectacles un peu

partout, c'est pas le meilleur

système de son. C'est difficile

de jouer ici alors tu compenses

souvent avec l'énergie pour

compenser pour le son qui est

plus ou moins ce que tu veux.


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(En studio)

Un spectateur chez lui qui sait

qu'il va y avoir 15, 20

artistes francophones qui vont

débarquer dans son patelin

au mois de juillet, il va en

profiter pour aller les voir

et le reste de l'année, il va

aller voir juste ceux qu'il

aime vraiment, il ira peut-être

moins faire de découvertes, il

va peut-être mettre son argent

sur autre chose en se disant:

"J'ai vu plein de show cet été,

je veux aller voir des films,

je veux aller voir un

humoriste." Donc je pense que

c'est dangereux, c'est vraiment

une lame à double tranchant.


NICOLAS TITTLEY

(En studio)

Beaucoup de l'argent public va

dans les méga évènements.

Il y a d'ailleurs au Canada

un budget spécial pour les

grands évènements culturels.

Ça c'est dur quand on produit

des spectacles à l'année.

(ARNAUD CORDIER est au Festival d'été de Québec.)


ARNAUD CORDIER

Il faut faire attention

aux artisans ici, les artisans

de la scène, c'est-à-dire

les diffuseurs, les salles.

Je pense qu'on en prend soin et

j'en prends un soin vraiment

particulier en ce qui me

concerne, parce que j'en viens

et je sais que c'est fragile,

que leurs budgets sont

fragiles. Alors un artiste

qui va jouer en septembre

en billetterie ne va pas être

programmé au festival.

Ça c'est une règle non-écrite,

mais on le sait tous. Alors

le but est de compléter, de

donner envie peut-être d'aller

plus tard voir des spectacles

et d'aller acheter son billet.

(Début intertitre)

(Vivre une expérience unique)

(Fin intertitre)


NICOLAS TITTLEY

(En studio)

Pierre Lapointe, par exemple,

a participé à presque toutes

les éditions des Francofolies

depuis le début de sa carrière

et chaque fois, il débarque

aux Francofolies avec

un spectacle-évènement:

45 musiciens sur scène,

on va faire un truc théâtral,

on va faire une adaptation

symphonique de ses chansons.

Ça, hors-festival,

c'est pratiquement impossible à

produire pour un artiste d'ici,

ça coûte énormément d'argent

avoir un orchestre symphonique.

Pierre Lapointe, malgré son

succès, ne peut pas se payer

un orchestre symphonique.

Donc sans l'aide d'un grand

festival, ce genre

de show unique pourrait

difficilement exister.


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(En studio)

Aux Francofolies de Montréal,

c'est arrivé souvent que des

groupes avaient des cartes

blanches, j'ai vu des Malajube

trois soirs d'affilée dans

trois concepts complètement

différents, des spectacles

acoustiques de Karkwa et tout

ça. Donc souvent, les festivals

ont des budgets, donc vont

dire: "Vas-y, amuse-toi,

on veut être sûrs que les gens

vont venir te voir, ils t'ont

déjà vu plein de fois dans

l'année, alors s'ils viennent

te voir dans ce concept-là,

ça va fonctionner."

(Après leur spectacle, le groupe Random Recipe décompresse dans sa loge.)

[Début information à l'écran]

Fab, musicienne— Random Recipe

[Fin information à l'écran]


FAB

Pendant quatre ans on est venus

au FME, on avait joué

au Groove, finalement on finit

le show et on dit: "Bon bien,

guys, dans deux ou trois

heures, après notre douche,

on s'en va à Morasse

manger une poutine."

Dans la van, on se dit:

"Tu n'es pas game de sortir

les speakers puis jouer."

"Ah, c'est pas grave.

OK on joue? OK on joue." On

débarque à Morasse avec quatre

amplis et on se dit: "Bien,

en fait je sais qu'on n'a pas

le droit normalement, mais

est-ce qu'on a le droit là?"

La fille nous dit: "Attendez,

je vais appeler ma gérante."

Puis finalement ils

nous disent qu'on peut jouer,

alors on installe l'équipement

et soudainement,

il y a 60 personnes qui

rentrent et qui disent:

"Ah! Ils sont encore ici!"

pendant qu'on mange et

qu'on installe l'équipement.

Finalement, on a fait un show

de 2 h 30 à 3 h 45 du matin.

Puis l'histoire du happening,

de faire des shows au hasard

au FME est partie de là.

(SANDY BOUTIN est au quartier général du FME.)


SANDY BOUTIN

Ma plus grosse tâche de la

semaine a été de trouver des

pontons, des bateaux, des trucs

comme ça pour qu'on nolise

un autobus, qu'on les amène

à un lac qui est à peu près

à 40 kilomètres de la ville

et qu'on mette le public

sur les bateaux et eux jouent

sur une plateforme sur le toit

d'un gros bateau-maison.

Là il pleut, alors on ne peut

pas faire ça, alors il faut

trouver un plan B.

(Le lendemain de leur spectacle, Le groupe Random Recipe est à l'intérieur d'un autobus scolaire rempli de gens. FAB s'adresse aux passagers de l'autobus.)


FAB

Aujourd'hui en ce beau

vendredi, Frannie, moi Fab,

Liu-Kong et Vincent, on a

décidé de vous offrir un petit

show acoustique privé

de Random Recipe.

(Propos en anglais et en français)

Alors vous êtes "up close

and personal" avec nous.

Amusez-vous et merci beaucoup.

"Lets go guys!"

(L'autobus démarre. Un peu plus tard, Random Recipe emmène les passagers de l'autobus à l'intérieur d'une église. Le groupe y joue un concert acoustique. Après le spectacle, LIU-KONG HA et FRANNIE HOLDER commentent leur performance)

[Début information à l'écran]

Liu-Kong Ha, musicien— Random Recipe

[Fin information à l'écran]


LIU-KONG HA

C'est sûr que ça aurait été

le fun sur le bateau, surtout

qu'on avait prévu ça depuis

deux semaines, qu'on essaie

d'arranger la patante et

finalement ce matin, ça

s'annule à la dernière minute,

c'est plate mais bon, le FME

ont été super cools, ils nous

ont proposé plein d'endroits

juste pour les fans.

Ça aurait été plate d'annuler

ça aussi pour les 20 personnes

qui ont gagné des billets.


FRANNIE HOLDER

Quand on faisait des "stunts"

avant, on débarquait nous autre

de notre propre initiative et

on faisait quelque chose, mais

là comme on les a impliqués

dans le truc, c'est devenu

quelque chose de beaucoup plus

organisé, alors si ça n'avait

pas été d'eux, on n'aurait pas

eu de show parce que

c'est eux qui ont trouvé plein

d'opportunités, ils ont plein

de contacts dans la ville.

C'est sûr que c'est une autre

façon d'échanger avec

le public, parce qu'aujourd'hui

en musique tu ne peux pas juste

sortir un album et essayer

que ça marche, il faut que

tu donnes beaucoup et c'est

le genre de moment ou tu reçois

en même temps que tu donnes.

(Fin émission)

(Générique de fermeture)

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