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Arrière-scène

Arrière-Scène vous invite à rencontrer ceux qui travaillent dans les coulisses : compositeurs de musique de films, directeurs de tournée, programmateurs, disquaires, réalisateurs, musiciens de bar.

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L'évolution des supports

Avec la venue des mp3 et des boutiques en ligne, on parle de la dématérialisation de la musique. De moins grande qualité sonore, l’achat à la pièce nous éloigne de l’album en tant qu’oeuvre. La musique perd-elle de sa valeur? Pourquoi certains artistes mettent leur musique sur le web gratuitement?



Année de production: 2013

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Arrière-Scène part à la rencontre des artisans qui fabriquent de leurs mains notre paysage musical. On y découvre les coulisses de l'industrie musicale en rencontrant ceux qui y travaillent : musiciens de studio, compositeurs, metteurs en scène, producteurs, disquaires, programmateurs et plusieurs autres.

L'émission «Arrière Scène» est ponctuée d'entrevues de journalistes en studio et d'autres intervenants du milieu qui viennent apporter leur expertise et leurs commentaires.

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Arrière-scène- L'évolution des supports

[Fin information à l'écran]

À Moncton, au Nouveau-Brunswick, ARTHUR COMEAU, du groupe Radio Radio, magasine dans une vente de garage. Il fouille dans des bacs de disques vinyles et de cassettes. On l’entend en entrevue hors champ.


ARTHUR COMEAU

(hors champ)

En premier, j'avais les "tapes".

Là, les CD, puis les vinyles,

puis les MP3... Là, les vinyles

sont de retour...

Puis là, je suis de retour dans

les CD dernièrement.

Les "tapes" aussi, c'est bon.

Chaque format t'amène quelque

chose que tu ne peux pas

retrouver. J'ai trouvé une

cassette de Lou Rawls, un

chanteur de soul de

Philadelphie. Je ne pense pas

que le CD existe, peut-être le

vinyle, mais je ne l'ai pas

trouvé. Chaque format a des

affaires différentes.

(En fouillant dans des bacs de vinyles, ARTHUR COMEAU commente ce qu'il voit.)


ARTHUR COMEAU

Nat King Cole. Paul Anka, ça,

c'est du bon "stuff".

J'ai déjà "samplé" du Paul Anka.

On avait fait un album solo de

Jacobus, il y a 5 ou 6 ans, ou

il y avait un "beat" de Paul

Anka.

Papa John Creach, Filthy.

C'est pas pire ça.

(PHILIPPE PAPINEAU est dans les studios de CIBL.)

[Début information à l'écran]

Philippe Papineau, journaliste— Le Devoir; animateur radio, CIBL

[Fin information à l'écran]


PHILIPPE PAPINEAU

Disons qu'il y a eu une grande

rupture du physique à

l'immatériel. Donc c'est une

faille de San Andreas qui a

séparé deux mondes.

On est partis du vinyle au

ruban, donc la cassette, mais

c'est plus dans la "portativité"

de la chose que c'était majeur.

Quand le Walkman est arrivé,

c'est mon époque en plus, le

Walkman jaune de Sony que tout

le monde voulait, qui était

imperméable en plus, qu'on

pouvait échapper dans le bain...

Je ne sais pas pourquoi on

écouterait notre Walkman dans

notre bain!

Mais l'arrivée du Walkman, c'est

vrai que ça change énormément de

choses.

On devient en mouvement avec la

musique, ce qu'on ne pouvait pas

faire avant.

[Début information à l'écran]

Nicolas Tittley journaliste—Elle Québec, Musique Plus, Journal Métro

[Fin information à l'écran]


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

Quand on est passés aux CD, au

début, ça coûtait beaucoup plus

cher.

On se disait que c'était de la

qualité, ça va durer toute la

vie, il n'y aura jamais

d'égratignures dessus.

Là, on n'en produit pas assez,

c'est pour ça que ça coûte cher,

mais quand ce sera le format

dominant, le CD va baisser de

prix et ce sera vraiment

accessible.

Le coût de revient d'un CD est

bien moindre que celui d'un

vinyle. Est-ce qu'on a abaissé

les prix des CD en dessous de

celui des vinyles?

Jamais. On a continué à pomper

le plus d'argent possible du

client. Ça allait bien dans les

années 80, 90.

On vendait des disques, c'était

formidable.

[Début information à l'écran]

Georges Tremblay, président— Believe Digital; vice-président, DEP distribution

[Fin information à l'écran]


GEORGES TREMBLAY

(en studio)

Au début des années 90, quelque

chose arrive.

On remet aux gens ouverts sur le

monde, le code source

d'internet.

[Début information à l'écran]

Claude Rajotte, animateur— Musique Plus

[Fin information à l'écran]


CLAUDE RAJOTTE

(en studio)

L'internet a surpris beaucoup de

gens de l'industrie, les a

déboussolés, certaines de ces

personnes-là sont toujours

déboussolées maintenant.

[Début information à l'écran]

Guillaume Déziel, gérant, Misteur Valaire; éditeur & associé—MR. Label

[Fin information à l'écran]

GUILLAUME DÉZIEL

en studio

On a toujours eu une espèce

d'augmentation de la qualité

sonore, jusqu'au .WAV ou AIFF

qu'on voit sur un CD, qui est

une des qualités optimales.

Et là, pour la première fois

dans l'histoire, on voyait une

dégradation, c'est-à-dire qu'on

est passés du CD au MP3 et la

connexion internet pour pouvoir

accéder au contenu était très

lente.

Alors les gens se disaient: "Je

ne vais pas prendre un MP3 de

très haute qualité, parce que

c'est trop long à télécharger."


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

Lorsque Napster est arrivé,

beaucoup de personnes de

l'industrie ont vu ça comme une

simple curiosité, ça va passer

et ça prend deux heures pour

télécharger un album.

Et là, très rapidement, quand

les compagnies de disques se

sont rendu compte que peut-être

internet pouvait être une menace

à leur suprématie, qu'est-ce

qu'ils ont fait?

Ils ont traité les usagers en

criminels, ils ont accusé.

Certains artistes, dont

Metallica en tête de file, ont

carrément insulté leurs fans en

leur disant: "Vous êtes des

voleurs, vous êtes des

criminels, c'est mon argent que

vous venez prendre dans mes

poches." Entendre des

millionnaires du rock tenir ce

discours-là, disons que ça n'a

pas motivé les gens à se dire:

"C'est vrai, pauvre lui!

Il faut que je paie sa prochaine

limousine."


GEORGES TREMBLAY

(en studio)

Au début des années 2000, le

piratage représentait, selon

nous: pour une chanson

téléchargée, il y en avait 20 de

piratées.

Tout de suite, on s'est aperçu

que probablement pour la

première fois dans l'histoire de

la musique, le monde de la

technologie allait plus vite que

l'industrie du disque.


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

Il y a toute une génération de

fans de musique qui a grandi

dans une idée, une culture de

gratuité.

(PHILIPPE PAPINEAU est dans les studios de CIBL)


PHILIPPE PAPINEAU

Moi, ce qui m'inquiète un peu,

voire beaucoup, ce sont les plus

jeunes en fait.

J'ai 32 ans et j'ai grandi dans

un milieu ou on n'avait pas le

choix d'avoir de la musique

"physique". Il fallait la payer,

l'acheter, la magasiner, la

chercher, demander au commis...

il y avait des disquaires à

l'époque.

C'est presque une denrée rare.

Récemment, Renaud-Bray a enlevé

ses disquaires dans ses

magasins. Donc, il y a des gens

qui seront là pour recevoir des

commandes, mais ils ne sauront

plus t'aider ou les chercher

avec toi. Les jeunes qui

grandissent maintenant, qui

commencent à "triper" sur la

musique et qui ont tout ce

qu'ils veulent quand ils le

veulent, et gratuitement, quelle

sera leur réflexion sur la

valeur de la musique?

(Début intertitre)

(L'objet au centre du rituel)

(Fin intertitre)

(PATRICK BAILLARGEON marche sur une rue.)

[Début information à l'écran]

Patrick Baillargeon, journaliste et critique musical— Voir, ICI Radio-Canada

[Fin information à l'écran]


PATRICK BAILLARGEON

Ce qui est intéressant, c'est

qu'il y a des boutiques qui se

débarrassent des disques

compacts de plus en plus, pour

opter simplement pour du vinyle.

Ce regain du vinyle, qu'on

croyait mort et enterré, mais

qui n'a jamais vraiment disparu,

il a toujours été l'outil de

travail de nombreux DJ avec la

musique électro, la musique

techno et le hip-hop...

Maintenant, on a des artistes

qui sortent leur disque en

vinyle, alors qu'il y a quelques

années, ils l'auraient

simplement sorti en CD. Mais

bien sûr, c'est aussi en ligne.

Je partais de la campagne avec

mon frère et mon cousin, on

allait chez Dutchy's acheter des

disques, puis on revenait chacun

avec notre pile de disques et on

tirait au sort.

Celui qui gagnait pouvait

choisir la première face du

disque qu'il voulait écouter,

ensuite c'était au tour du

suivant, pour que ce soit bien

démocratique.

Tout ce rapport-là s'est un peu

perdu au détriment de la musique

en ligne parce que maintenant la

personne va dire: "Envoie-moi le

fichier." Tu vas l'écouter avec

ton casque et tu vas être planté

devant ton ordinateur.

Donc il n'y a plus ce genre de

poésie-là, ce rapport qu'on

avait avec l'objet, avec le

disque.

(ARTHUR COMEAU est toujours à la vente de garage.)


ARTHUR COMEAU

Maintenant qu'on a accès à toute

cette musique-là, souvent les

gens vont écouter ça sur leur

"laptop". Les gens n'ont plus de

système de son.

Je pense que le plus important,

peu importe le format, c'est ton

système de son. Parce que même

si tu écoutes quelque chose de

super numérique, si tu le mets

sur un vieux système, ça va

donner ce son-là.

Ton amplificateur et tes hauts

parleurs peuvent donner le son

que tu veux.


CLAUDE RAJOTTE

(en studio)

Ce n'est pas dans les appareils

et les mini écouteurs qu'on peut

entendre la qualité.

J'ai de bons écouteurs, mais je

préfère encore écouter sur un

système de son. Parce que la

musique pour moi, ça ne rentre

pas juste par les oreilles, mon

corps doit baigner dans la

musique aussi.

(PATRICK BAILLARGEON est toujours sur la rue.)


PATRICK BAILLARGEON

La musique n'est pas simplement

un produit, c'est une

expression, c'est quelque chose

qu'on doit respecter d'une

certaine manière. Je vois d'un

bon oeil la résurgence du

vinyle, parce que ça nous ramène

justement à cette époque-là.

Est-ce que c'est la simple

nostalgie? Je n'en sais rien,

mais ça nous ramène à ce rapport

aussi qu'on avait à l'objet, au

disque.

[Début information à l'écran]

Olivier Robillard-Laveaux, journaliste et critique musical— Voir

[Fin information à l'écran]


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Récemment, j'ai acheté un

vinyle. Ce sont des

enregistrements de Jimi Hendrix

à la BBC. C'est un vinyle

triple, donc trois galettes de

180 grammes. Tu le prends dans

tes mains... Wô! Je le tiens

l'enregistrement. Oui, il est

dans les airs, mais il y a

quelque chose de concret.

(C'est la journée des disquaires à Montréal, Québec. Une chanteuse interprète une chanson dans un magasin de disques.)

(PATRICK BAILLARGEON est à l'intérieur du magasin. Il parcourt la section «punk» des disques vinyles.)


PATRICK BAILLARGEON

Je suis un fan fini des Stooges,

mais vraiment.

J'ai les "bootlegs", j'ai plein

de trucs. Je les ai vus à

Montréal quand ils étaient

venus, il y a 3 ou 4 ans.

Ils s'étaient tout fait voler en

plus. Quel show!

Je suis devenu fou!

(Alors que la chanteuse poursuit sa chanson, on entend PATRICK BAILLARGEON en entrevue hors champ.)


PATRICK BAILLARGEON

(hors champ)

Pendant longtemps, le disquaire

était un peu le guide, celui qui

t'orientait et qui pouvait

connaître un peu tes goûts et

t'aider à choisir.

(PATRICK BAILLARGEON discute avec le disquaire du magasin. Le disquaire donne quelques conseils et PATRICK BAILLARGEON achète un disque vinyle.)

(Début intertitre)

(S'adapter à l'évolution)

(Fin intertitre)

(GUILLAUME DÉZIEL)

(en studio)

Aujourd'hui, vouloir être un

artiste de studio, c'est

impossible. Tu peux, mais on ne

contrôle plus rien sur la

consommation de ce qu'on va

faire. On va sortir des chansons

en numérique, en WAV ou en MP3

et les gens en fin de compte

vont les consommer, même si on

leur dit qu'elles ont une valeur

et il faut que tu paies tant.

Ils vont pouvoir aller sur les

"Torrent", les "Peer-to- Peer",

à moins qu'ils aient bonne

conscience et qu'ils souffrent

d'une grande culpabilité.

Nécessairement, ils vont aller

chercher là ou c'est le moins

cher, c'est une habitude de

consommation qui est tout à fait

normale.

[Début information à l'écran]

Marie-Ève Roy, guitariste— Les Vulgaires Machins

[Fin information à l'écran]


MARIE-ÈVE ROY

(en studio)

Il n'y a plus de support.

Pourtant, c'est la bande

passante, la courroie de

transmission de la musique.

Avant, sur les supports vierges,

sur les CD, sur les Walkman, sur

les cassettes, il y avait une

partie qui allait à l'artiste.

Parce que tout ça existe à cause

du contenu.

Tu as le droit de faire de

l'argent avec ça, mais donnes la

part qui ne te revient pas à

l'artiste.


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Les câblodistributeurs, les gros

joueurs, chargent 80 $, 90 $ ou

100 $ des fois pour des

connexions à ultra grande

vitesse et téléchargement

illimité. C'est parce qu'il y a

du contenu sur internet, et ce

contenu est produit par des

artistes. Je pense qu'à partir

du moment où tu fais des sous

sur ce contenu-là, tu as le

devoir de remettre une partie

des profits que tu fais aux

musiciens.


MARIE-ÈVE ROY

(en studio)

La musique sera toujours

gratuite sur internet

maintenant, c'est un fait et il

faut vivre avec ça et bâtir à

partir de ça. Il faut arrêter de

dire: "Non, il faut que tout le

monde paie ou se sente vraiment

coupable de nous télécharger".

Tu es mieux d'essayer de créer

quelque chose de nouveau. C'est

une porte d'entrée pour plein de

monde pour te découvrir.

(PATRICK BAILLARGEON est dans le magasin de musique.)


PATRICK BAILLARGEON

Tu es chez toi, tu peux vivre

dans un petit bled ou il n'y a

pas de disquaire à des milles à

la ronde et même s'il y avait un

disquaire près de chez toi,

c'est limité. Maintenant, tu as

accès à une quantité phénoménale

ou l'offre dépasse complètement

la demande.

L'autre bon côté aussi c'est que

tu as la possibilité d'entendre

des extraits. Tu as quand même

une bonne idée de ce à quoi va

ressembler la chanson en 1

minute 30.

Alors tu te dis: "Ça me plaît,

je l'achète."


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

Il y a quelqu'un en ce moment,

en Norvège, qui est en train de

découvrir un artiste de free

jazz de Montréal parce qu'il

s'intéresse au free-jazz.

Donc, lui s'en fout de quel pays

ça vient. Il se dit: "Moi, je

cherche du free-jazz, je veux en

trouver, il y a un gars au Japon

qui fait des trucs que j'aime,

il y en a un autre en Australie

qui fait la même chose..." Donc,

3 ou 4 clics et ça arrive sur

son truc.

[Début information à l'écran]

Philippe Brault, bassiste & directeur musical— Salomé Leclerc, Pierre Lapointe, Philippe B; réalisateur— Philémon chante, Random Recipe, Hôtel Morphée, Viviane Audet

[Fin information à l'écran]


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

J'ai des amis qui ont sorti un

disque, il n'y a pas longtemps,

un groupe qui s'appelle Forêt,

et ils reçoivent des courriels

et des articles de journaux

d'Italie. Ils n'ont jamais rien

sorti là-bas, mais ils ont un

Bandcamp et il y a quelqu'un en

Italie qui a écouté ça, et ils

ont 3 articles dans les blogues

spécialisés en Italie sans avoir

essayé de sortir là-bas.

Alors tu n'as plus besoin des

mêmes genres de portes d'entrée.

Tu as des portes d'entrée qui

sont difficiles à contrôler

parce que tout le monde les a,

mais elles existent quand même

au moins.

Ce sont des réseaux que tu peux

développer toi-même sans trop de

frais et qui te permettent

d'avancer tout seul.

(PHILIPPE PAPINEAU est dans les studios de CIBL)


PHILIPPE PAPINEAU

Je pense encore que les "labels"

peuvent donner une vie à des

artistes. Bernard Adamus fait un

album, Brun, qu'il sort en

indépendant.

Je me souviens d'avoir reçu

l'album, d'en avoir parlé, mais

ça reste un peu confidentiel.

Ça jouait beaucoup ici parce que

c'est un truc qu'on aime bien...

mais ça va.

Six mois après, Grosse Boîte

signe Bernard Adamus.

On sort l'album et là, tu as une

explosion parce que tu as aussi

une diffusion radio, tu as des

gens qui ont l'expertise pour

parler des artistes, pour

rejoindre plus de journalistes,

plus de médias, plus de

radios... Ils sont capables de

pousser un produit.

Je pense qu'il y a là un impact

encore plus grand que

l'autoproduction pourrait

amener.

(GUILLAUME DÉZIEL)

(en studio)

Historiquement, l'industrie de

la musique produisait et

commercialisait la musique.

C'est encore ça aujourd'hui; on

a besoin d'une équipe qui va

commercialiser notre musique,

qui va mettre en marché cette

musique-là. C'est sûr qu'au

début on peut "buzzer" autour de

notre environnement social: j'ai

deux mille amis sur Facebook,

les amis de mes amis sont mes

amis, mais dans les faits c'est

toujours très difficile d'aller

plus loin que son réseau

naturel. Un moment donné, quand

tu finis par avoir un mini buzz,

c'est bien de t'adjoindre une

équipe de mise en marché qui va

t'aider à aller plus loin. Parce

que si tu passes ton temps à

essayer d'aller plus loin avec

ton contenu, tu n'as plus le

temps d'en créer.

(Le groupe Radio Radio marche en direction d'une scène extérieure.)


ARTHUR COMEAU

Pour moi, les mots "record

label", ça veut dire des gens

d'un bureau qui travaillent à

promouvoir la musique. Je pense

qu'on aura toujours besoin de

gens qui travaillent dans un

bureau pour promouvoir des

choses, que leur bureau soit

dehors ou à l'intérieur.

Je pense que des termes comme

"record label", album, musique,

ça reste toujours la même chose,

c'est juste le contenant qui

change. L'internet, c'est le

vinyle d'aujourd'hui. Alors,

utilisons-le pour voir ce qu'on

peut faire avec. Ça ouvre des

portes. À la fin de la journée,

une toune c'est une toune et un

"band", c'est un "band".

(Début intertitre)

(L'ère de la mise en marché créative)

(Fin intertitre)

(GUILLAUME DÉZIEL)

(en studio)

Le spectacle c'est un service

qu'on contrôle. Le MP3 c'est une

"bébelle", c'est une espèce de

truc bizarre qu'on ne contrôle

pas. On peut s'en servir pour

attirer l'attention des gens sur

la musique et éventuellement se

connecter avec ces gens-là.

On peut échanger un MP3 contre

un courriel ou éventuellement

avoir une conversation avec ces

adeptes-là, le public, et les

amener à venir dans la salle de

spectacle, là où ça se passe.

Il y a toutes sortes d'habitudes

de consommation.

Il y en a qui vont te pirater

sur le web et qui vont

éventuellement venir au show et

qui vont acheter le CD ou le

vinyle en sortant.

Toutes les habitudes de

consommation sont là, il faut

seulement les respecter. On

n'est rien sans les oreilles de

nos consommateurs, ce sont ces

gens-là qui donnent de la valeur

à ce qu'on fait.

(PHILIPPE PAPINEAU est dans les studios de CIBL)


PHILIPPE PAPINEAU

Tu peux t'abonner à Misteur

Valaire, c'est un peu drôle,

hein? Où dans le fond, tu paies

un montant par mois et ils

t'envoient du matériel chaque

mois.

(PIERRE-ÉTIENNE, participe à un cocktail organisé pour les « ghosters» dans le carde du lancement de l'album Bellevue de Misteur Valaire. Il nous explique ce qu'est un «ghoster» .)


PIERRE-ÉTIENNE

J'appelle ça des membres VIP.

Quand les gens me demandent:

"Comment ça tu as toujours plein

de billets?" Bien je dis que je

suis membre VIP. C'est plus

simple que de dire "ghoster".

(DEBBIE, une autre «ghoster», participe également au cocktail.)


DEBBIE

C'est une espèce de nouveau

mécénat version web, ou tu paies

un montant par mois et tu as des

avantages.


PIERRE-ÉTIENNE

Je paye 9 $ par mois, je vais à

tous les shows, je reçois tous

les albums d'avance.


DEBBIE

Il y a des vidéos en primeur...

Des fois, il peut y avoir des

décisions, des rencontres de

"brainstorming" aussi.


PIERRE-ÉTIENNE

C'est un concept qui repense le

système économique de la musique

actuelle qui est difficile à

gérer en ce moment parce que le

physique n'est plus nécessaire.

(Une autre «ghoster», ISABELLE, participe au cocktail.)


ISABELLE

Plutôt que de payer 50 $ pour un

billet et 30 $ pour un album,

bien je paie un petit 9 $ par

mois et au bout de l'année, j'ai

eu tout ça pour à peu près le

même prix, mais d'une autre

façon.


PIERRE-ÉTIENNE

Je télécharge beaucoup de

musique, j'ai 23 000 chansons

sur mon ordinateur que je n'ai

pas payées. Je me suis dit que

je pourrais bien payer pour un

artiste pour lequel je n'ai

jamais été déçu. Mais ça va être

une bonne façon de participer au

milieu culturel de la musique.


GEORGES TREMBLAY

(en studio)

J'entends aujourd'hui qu'il faut

donner la musique. Non.

Il faut l'exploiter de façon

intelligente et commerciale

partout.

(PHILIPPE PAPINEAU est dans les studios de CIBL)


PHILIPPE PAPINEAU

C'est comme si on investissait

sur un artiste qu'on aime, pas

seulement à deux moments, soit à

l'album et au spectacle, mais un

peu tout au long de l'année.

Disons que mon budget de Misteur

Valaire est de 100 $ par année,

bien je vais le faire chaque

mois. Comme ça, le groupe

s'assure d'avoir un revenu étiré

dans le temps, chaque mois,

comme une paye, ce qui est assez

rare dans le milieu de la

musique, au lieu de le donner de

façon ponctuelle au show et à

l'album. C'est intéressant,

c'est un bon pari, mais qui va

vouloir s'engager autant dans la

carrière d'un artiste?

Eux, c'est un groupe qui part de

la base. Il y a des gens qui les

ont aimés et qui les ont

propulsés par en haut. Ce n'est

pas quelqu'un qui les a tirés

par en haut. Il a des racines

solides, alors je pense que ça

peut marcher. Ce ne sont pas

tous les groupes qui ont ça.


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Dans le cas de Misteur Valaire,

ils se permettent de donner leur

musique. Ils n'ont pas de

travail à côté, Misteur Valaire.

Ils sont tellement bien

organisés, qu'ils font des sous

en allant faire des spectacles

et en vendant de la marchandise.

En récoltant aussi les adresses

courriel de tout le monde, on

s'assure que quand il y a

quelque chose de nouveau à

vendre, il y a plein de gens qui

reçoivent cette nouvelle-là

parce qu'on a eu les adresses de

tous les gens qui ont

téléchargé. Donc c'est facile de

leur dire: "On est en show à

côté de chez toi dans deux

semaines, viens nous voir."

Mais pour un Misteur Valaire, il

y en a combien qui ne

réussissent pas? L'exemple de

Misteur Valaire revient toujours

parce que ce sont les seuls. Ça

fait 4 ou 5 ans qu'on nous casse

les oreilles avec Misteur

Valaire: "Oui, c'est un modèle

qui est faisable, il faut le

faire." Parfait.

Mais tu es le seul à réussir à

le faire parce que tu as un

gérant hallucinant qui comprend

tout ce qui se passe, qui est

vraiment bien placé et qui

travaille très fort.

Mais reproduire ce modèle-là, on

cherche d'autres exemples et on

n'en a pas, alors je n'y crois

pas tant que ça à ce modèle-là

non plus.

(GUILLAUME DÉZIEL)

(en studio)

La mise en marché de Misteur

Valaire... Si demain j'avais la

gérance de Ginette Reno, je ne

ferais pas une stratégie de mise

en marché comme celle qu'on a

faite avec Misteur Valaire parce

que ça n'a aucun rapport.

Avec Misteur Valaire, on

s'adresse à des jeunes branchés,

18-34, principalement dans les

centres urbains, alors que

Ginette Reno s'adresse aux

"baby-boomers": une génération

qui consomme énormément de CD et

qui est plus fortunée, en

général. Ils sont prêts à

débourser un peu plus pour le

spectacle. Je crois que personne

n'a la science infuse et

personne ne connaît la vérité

absolue sur ce qui va se passer

demain. Mais une chose est sûre:

si tu es capable de te connecter

avec quelqu'un par courriel et

que ça prend juste cinq envois de

courriels pendant cinq mois pour

réussir à remplir le Métropolis

de Montréal qui a une capacité

de 2 300 personnes, quelque part

tu n'as pas eu besoin d'acheter

de la publicité à la radio, tu

n'as pas eu besoin d'acheter de

la publicité à la télé, tu n'as

pas eu besoin de beurrer épais

sur tous les murs de la Ville de

Montréal en engageant des

services d'affichage. Il y a

toutes ces dépenses-là que tu

n'auras pas à faire parce que tu

es connecté directement avec tes

consommateurs.

(Le groupe Radio Radio répète sur scène pour un spectacle à Moncton. On entend les entrevues hors champ de deux membres du groupe : JACQUES ALPHONSE DOUCET et ARTHUR COMEAU.)

[Début information à l'écran]

Radio Radio— Abonnement annuel à 10$ donnant droit à toutes les sorties numériques échelonnées sur 12 mois

[Fin information à l'écran]


ARTHUR COMEAU

(hors champ)

Je vois l'abonnement comme une

saison d'opéra, sauf que ce

n'est pas aussi réfléchi qu'un

opéra. Mais on ne va pas

nécessairement le faire

indéfiniment. Là, on a une

saison; on s'est dit que pendant

12 mois, on va sortir quelques

tounes par mois.

C'est un projet en soi.

Après ça, qui sait?


JACQUES ALPHONSE DOUCET

(hors champ)

Je pense que c'est Alexandre qui

a eu l'idée de mettre de la

musique en ligne; une affaire

d'abonnement à la place d'avoir

besoin de créer des CD physique.

On peut tout mettre en ligne. Et

c'est aussi une affaire de

fidélité de fans aussi.

Tu t'abonnes comme à un magazine

comme GQ; tu payes tant pour

l'année et tu le reçois par la

poste. Bien avec nous, tu les as

par courriel.


ARTHUR COMEAU

(hors champ)

Aussi, sur un album, tu as tout

un concept qui tourne autour.

C'est quand même un gros projet

qui peut prendre une année ou

deux. Avec l'abonnement, ça nous

permettait de faire des projets

sur le moment.

Souvent, tu as un artiste qui a

une ou deux chansons

intéressantes, mais il va se

sentir obligé de faire un album.

On doit se dire qu'un album

c'est un album et qu'une toune

c'est une toune.

Le format d'album qu'on a est

basé sur le CD, le vinyle ou le

"tape" et 60 minutes à peu près.

Avec internet, que ça soit 5,

10, 15 minutes ou 2 heures, il

n'y a pas vraiment de

différence. C'est juste ce que

tu as à offrir et comment tu

veux le formater.


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

Ce que Radiohead a fait et qu'on

a considéré comme une

révolution, c'était l'idée de

dire au public: "Voici un album,

c'est un album de Radiohead en

tous points et on vous donne

l'occasion de décider vous-

mêmes.

Vous êtes le marché, dites-nous

combien ça vaut".

Le prix moyen payé pour cet

album-là était 6 $.

Là, on peut se dire: 6 $ ce

n'est rien, un CD se vend 18 $

dans un magasin.

Combien des 18 $ du CD que vous

achetez en magasin vont à

l'artiste? Moins de 1 $.

Combien des 6 $ qui ont été

donnés à Radiohead vont à

Radiohead? 6 $.


MARIE-ÈVE ROY

(en studio)

Le dernier album qu'on a fait,

on l'a mis sur notre site et

c'était une contribution

volontaire. Les gens décidaient

s'ils le téléchargeaient ou

s'ils donnaient de l'argent.

Autant il y avait des gens qui

pouvaient donner 50 $, autant il

y en avait qui donnaient 15

cents. Ça varie énormément.

Ça revenait à un ratio assez

comparable à ce qu'on fait

normalement sur la vente d'un

disque.

[Début information à l'écran]

Martine Groulx, musicienne— Camaromance; présidente, La Meute; copropriétaire, Lazy At Work

[Fin information à l'écran]


MARTINE GROULX

(en studio)

Aussi, il y a plein de façons de

générer de l'argent qui peuvent

être liées à l'album de façon

originale. Tu peux dire: "J'ai

besoin de 10 000 $ pour produire

mon album, si vous me donnez 10

$ maintenant, quand l'album sera

prêt, je vais vous envoyer un

téléchargement.

Ou si vous donnez 20 $, quand

l'album sera prêt, je vais vous

envoyer une copie physique. Si

vous donnez 50 $, je vais avoir

une copie avec l'autographe."

Je me souviens qu'un moment

donné, il y avait un concours

avec Kid Koala et si tu gagnais

le concours, ils venaient chez

toi. Sa blonde faisait le souper

et lui était DJ.

À la fin, ils partaient et te

laissaient les tables

tournantes. C'était comme un

concours et j'ai pensé: "Wow!

Ça a l'air vraiment le fun ça!"

Alors, je pense qu'il y a

beaucoup de monde qui a

participé au concours parce que

c'était très personnalisé. Tu

sentais que tu allais vivre un

moment et je pense que les gens

peuvent lier l'album à quelque

chose de personnel.


MARIE-ÈVE ROY

(en studio)

Les gens veulent que les

artistes soient payés dans le

fond. C'est même déjà arrivé

qu'après des shows, on traîne en

salle, on va voir le monde et on

va à la table de marchandises et

il y a des gens qui nous donnent

du "tip".

Je suis là et je dis: "Mais non,

tu n'as pas besoin de faire ça!"


MARTINE GROULX

(en studio)

Il va toujours avoir un produit

physique par exemple, parce

qu'il y a des artistes qui

vendent des t-shirts avec un

code de téléchargement.

Il y avait un artiste qui

vendait des "pucks" de hockey

avec le logo de son album et un

code de téléchargement.

Je pense que plus ça avance,

plus ça va être ça. Les gens

continuent à acheter des disques

parce qu'ils sont là.

Je pense que quand il n'y en

aura plus, les gens vont

continuer à acheter des albums

avec I-Tunes parce que tout ce

qu'on veut dans la vie, c'est

sauver du temps.

Chercher un album obscur dans

les "Torrent" pour le

télécharger, ce n'est pas sûr

qu'on va le trouver sur le

premier, il va falloir fouiller.

Alors, le côté rapide fait que

les gens continuent à payer à

cause de ça.

(PHILIPPE PAPINEAU est dans les studios de CIBL)


PHILIPPE PAPINEAU

Beaucoup de gens m'ont dit qu'il

faut que je fasse attention

parce qu'on ne voit pas l'argent

passer, donc c'est facile de

dire: "Je clique et j'achète tel

nouvel album, j'ai vu ça à la

télé, je l'achète, je

l'achète..." On se rend compte à

la fin du mois qu'on a dépensé

pas mal d'argent sur I-Tunes

parce que notre rapport avec

l'objet physique n'est plus là.

Donc, notre rapport à la

consommation a changé et va

changer la consommation de la

musique aussi.

(Début intertitre)

(Porter un regard sur l'avenir)

(Fin intertitre)


GEORGES TREMBLAY

(en studio)

Il y a probablement 165 modèles,

mais il faut qu'on soit prêts

pour les 165 modèles.

Est-ce que c'est le modèle par

abonnement? Est-ce cela?

Est-ce que c'est le

téléchargement permanent comme

celui de I-Tunes?

Si je le savais, je serais

l'homme le plus génial de la

terre, mais je suis loin d'être

ça. Je suis juste...

à tous les jours, on essaie de

voir ce qu'il y a de nouveau,

quelles sont les nouvelles

tendances et on essaie de réagir

plus rapidement.

(GUILLAUME DÉZIEL)

(en studio)

Probablement que l'album actuel

est le dernier album que Misteur

Valaire va conceptualiser comme

un album parce qu'il y a de

grands irritants à faire un

album.

Faire un album, ça veut dire

arrêter de 4 à 6 mois pour aller

en studio, composer,

enregistrer, réaliser, mixer,

faire le mastering. Donc le fait

d'arrêter pendant 4 à 6 mois

pour Misteur Valaire, c'est

hautement dangereux

financièrement parce que les

gars ne sont plus sur la scène

en train de faire des shows.

De 50 à 60% de leurs revenus

sont liés au fait qu'ils font

des spectacles. Devant cette

réalité-là, on a décidé

d'essayer de voir comment on

pourrait être plus réguliers

dans la sortie de contenu.

Justement pour arrêter moins

longtemps, sortir plus

fréquemment et être plus en

conversation avec le public.

(Le groupe Radio Radio chante devant une foule endiablée. On entend les entrevues hors champ de JACQUES ALPHONSE DOUCET et de GABRIEL LOUIS BERNARD MALENFANT.)


JACQUES ALPHONSE DOUCET

(hors champ)

24 chansons pour 10 $, ce n'est

pas cher pour une année.

C'est des bonnes chansons, mais

elles ne se retrouvent pas sur

l'album parce que ça ne "fitait"

pas dans le concept de l'album.

Donc le monde se retrouve avec

des choses le fun. Ils se

disent: "OK, Cool".

C'est pas très cher et on

s'amuse avec.


GABRIEL LOUIS BERNARD MALENFANT

(hors champ)

En plus, on a la collaboration

des artistes visuels, on leur

donne vraiment carte blanche.


JACQUES ALPHONSE DOUCET

(hors champ)

Nous, ça nous donne la chance de

donner des chansons qu'on veut

sortir, les artistes visuels ont

de "l'exposure", alors c'est

gagnant pour tout le monde dans

le projet.

(PATRICK BAILLARGEON est dans le magasin de musique.)


PATRICK BAILLARGEON

Dans 20 ans, il y en aura encore

de la musique, peu importe

comment on va l'obtenir. J'ai

toujours dit ça. Je me fiche un

peu du support, que ce soit en

cassette, en disque, en CD, en

MP3, en autant que j'ai la

musique que j'ai envie d'avoir

et que ça me plaise.


MARIE-ÈVE ROY

(en studio)

Ça ne me transforme pas.

J'ai quand même le goût de faire

un album avec un début, un

milieu et une fin, que ce soit

un voyage.

C'est comme ça aussi que j'aime

encore écouter de la musique. Ce

qui a peut-être changé, c'est

juste une nouvelle culture,

selon moi, de consommer la

musique à la pièce, mais peut-

être qu'il y a des groupes qui

vont écrire plus de bonnes

tounes qu'avant.

(Fin émission)

(Générique de fermeture)

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