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Arrière-scène

Arrière-Scène vous invite à rencontrer ceux qui travaillent dans les coulisses : compositeurs de musique de films, directeurs de tournée, programmateurs, disquaires, réalisateurs, musiciens de bar.

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Le réalisateur

Difficile d’imaginer le chemin parcouru entre les maquettes d’un artiste et le produit fini. Le travail du réalisateur constitue une étape déterminante. Une réalisation approximative peut faire de l’ombre au meilleur des artistes. Jetons un peu de lumière sur un art méconnu, celui de la réalisation.



Année de production: 2013

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Arrière-Scène part à la rencontre des artisans qui fabriquent de leurs mains notre paysage musical. On y découvre les coulisses de l'industrie musicale en rencontrant ceux qui y travaillent : musiciens de studio, compositeurs, metteurs en scène, producteurs, disquaires, programmateurs et plusieurs autres.

L'émission «Arrière Scène» est ponctuée d'entrevues de journalistes en studio et d'autres intervenants du milieu qui viennent apporter leur expertise et leurs commentaires.

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Arrière-scène— La réalisation : un secret bien gardé?

[Fin information à l'écran]

Au studio d'enregistrement Tone Bender, FRANÇOIS CHAUVETTE réalise l'album du groupe Pink Chocolate. FRANÇOIS CHAUVETTE donne des consignes à AIZA, la chanteuse du groupe.

FRANÇOIS CHAUVETTE

Tiens. Aiza, on va partir du

début de la toune. Tu peux faire

une première "track", on voit ce

qui se passe puis après ça, si

c'est cool, on double.


AIZA

C'est bon.

FRANÇOIS CHAUVETTE

"Alright". Cool, on y va.

Enregistre.

(FRANÇOIS CHAUVETTE et OLIVIER ST-PIERRE sont dans la régie du studio.)

[Début information à l'écran]

François Chauvette, batteur— Yann Perreau, Antoine Gratton; réalisateur—La Chango Family, Dobacaracol

[Fin information à l'écran]

FRANÇOIS CHAUVETTE

Depuis environ 12-13 ans, je

réalise des albums. Un des

derniers albums que j'ai faits,

c'est Yann Perreau. Moi, je joue

avec Yann Perreau depuis une

dizaine d'années en tant que

"drummer".

[Début information à l'écran]

Olivier St-Pierre, guitariste— Michel Pagliaro, Mardi Noir; réalisateur— Whywhynot, Ernesto Dabo

[Fin information à l'écran]


OLIVIER ST-PIERRE

François et moi, on est des

musiciens avant tout. Et après,

comme on aime la musique, on a

décidé de s'impliquer plus dans

une chanson, du début jusqu'à la

fin. C'est vraiment ça un

réalisateur...

L'artiste arrive souvent avec

une chanson pianotée, ou avec sa

guitare et il chante. Nous, on

construit autour de ça; avec nos

idées d'arrangements, avec des

accords des fois on construit un

"bridge". Des fois, l'artiste

arrive juste avec un début de

chanson puis après ça, on

construit là-dessus.

FRANÇOIS CHAUVETTE

Avec Aiza, ce que je fais, c'est

que j'écris sa musique et je

réalise l'album. Je donne une

saveur, si on peut dire.

J'essaie de donner une direction

à ça parce qu'elle a le talent,

il faut juste qu'on fasse la

bonne musique qui va avec.

[Début information à l'écran]

Philippe Brault, bassiste & directeur musical— Salomé Leclerc, Pierre Lapointe, Philippe B; réalisateur— Philémon chante, Random Recipe, Hôtel Morphée, Viviane Audet

[Fin information à l'écran]


PHILIPPE BRAULT

(En studio)

Je pense que la façon la plus

simple d'expliquer c'est quoi un

réalisateur...

c'est celui qui est responsable

de prendre l'idée que l'artiste

a de son disque dans sa tête et

de trouver les moyens pour que

le disque devienne ça.

Donc, ce sont toutes les

décisions sur comment on va le

faire, comment on va

l'enregistrer, ou on va le

faire, quelles étapes on va

mettre en premier, en dernier.

L'idée c'est toujours d'essayer

de comprendre ce qu'il y a dans

la tête de l'artiste et ce qu'il

veut faire avec son disque, ou

il veut aller et de concrétiser

ça.

[Début information à l'écran]

Mathieu Charlebois, journaliste— L'Actualité, ICI Radio-Canada première, CIBL,CISM, Ma mère était hipster

[Fin information à l'écran]


MATHIEU CHARLEBOIS

(En studio)

C'est une logistique entre gérer

les chansons, gérer le son des

chansons, gérer un peu le studio

en pensant à peu près à tout ce

qu'il y a à faire...

Le réalisateur peut le faire

parce qu'il n'est pas en train

d'écrire pas la chanson, il

n'est pas en train de se

demander comment il va la

chanter, il n'angoisse pas en

pensant qu'il faut que sa ligne

de guitare soit bonne quand il

l'enregistre.

Je trouve que le travail est

super intéressant, parce que tu

peux influencer un disque "au

coton".

Tu peux passer par-dessus

l'artiste et changer toute la

version de son disque, ou tu

peux juste lui montrer ce qu'il

ne voyait pas dans sa propre

toune.

C'est quelque chose comme impact

que tu peux avoir, c'est

gigantesque...presque autant que

d'écrire la toune elle-même

finalement.

(Début intertitre)

(Est-ce que tout le monde a besoin d'un réalisateur?)

(Fin intertitre)

(Le groupe Alfa Rococo, DAVID BUISSÈRES et JUSTINE LABERGE, sont à Sutton, au Québec, dans une grande maison.)


DAVID BUISSÈRES

On compose rarement nos chansons

en guitare-voix ou piano-voix.

On enregistre des trucs sur

l'ordinateur et on dirait que

les arrangements arrivent au

cours du processus.

Les premiers albums, on les

coréalisait.

Ça a super bien été avec les

coréalisateurs, mais on s'est

rendu compte qu'au final,

souvent ce qu'on gardait,

c'était nos idées à nous.

On faisait juste les amplifier.


JUSTINE LABERGE

Là, David a décidé avec mon

accord qu'il serait réalisateur

pour cet album-là.


DAVID BUISSÈRES

Là, on sent qu'on est capables

de faire ça nous-mêmes parce

qu'on s'est améliorés aussi avec

cet outillage-là.

On a fait plus souvent du

studio, alors on est plus à

l'aise avec le matériel de

studio, les micros, les préamps

et tout ça.

On essaie ça dans le fond.

C'est comme notre propre petit

laboratoire.

(DAVID BUISSÈRES et JUSTINE LABERGE se dirigent vers un coin du salon, où sont placés leurs différents instruments et ordinateurs.)


DAVID BUISSÈRES

Donc, j'ai la

guitare, j'ai la basse, le

micro, on a tous les claviers

ici. Finalement, regarde.

Juste comme exemple, juste avec

ce petit "set-up" là qu'est-ce

qu'ont...


JUSTINE LABERGE

Avec mon banc de fortune.

Il n'est pas très confortable,

mais j'ai quand même fait mes

voix ici.

(DAVID BUISSÈRES fait jouer un court extrait musical sur un ordinateur.)


DAVID BUISSÈRES

Ça, c'est la démo. C'est juste

fait avec ça. Tu vois, il y a du

"stock" quand même. En aucun

temps on prend la chanson démo

et on la met telle quelle sur

l'album. On repasse toujours par

un processus d'aller quand même

dans de bons studios pour avoir

un bon son de "drum", tout ça.

Je pense que la différence

d'avec avant, c'est que

maintenant on peut simuler

l'effet que ça va donner au

final.


MATHIEU CHARLEBOIS

(en studio)

Il y a de plus en plus de

disques sans réalisateur parce

qu'ils sont enregistrés à la

maison, autoproduits par

l'artiste. Ça fait pas qu'il y a

plus de mauvais disques, mais

peut-être qu'il y a de grands

disques qui n'ont pas existé

parce qu'il n'y avait pas la

personne extérieure pour placer

tout ça.

(FRANÇOIS CHAUVETTE est dans la régie du studio Tone Bender.)

FRANÇOIS CHAUVETTE

C'est un peu l'idée du peintre

qui peint à ça de sa toile à un

moment donné. Tu as composé la

chanson, tu veux la réaliser

toi-même, tu n'as pas de

détachement. Oui, il y a des

gens qui le font. Prince le fait

et il y a quelques très "hot"

musiciens, même ici à Montréal,

il y en a qui le font et c'est

très bon ce qu'ils font.

Mais en général, un artiste va

nécessiter une certaine

déconnexion entre l'oeuvre et le

résultat final.

Un réalisateur, c'est au moins

un "step" de détachement par

rapport à ton oeuvre.

Et il y a les connaissances

aussi, il y a un apport humain

là-dedans. Il y a comme un

échange que tu ne pourras pas

faire avec toi-même.

Tu confrontes qui? C'est bon à

un moment donné d'avoir une

petite confrontation aussi, de

ne pas être d'accord avec

l'autre personne.


MATHIEU CHARLEBOIS

(en studio)

Ta mère va toujours te dire que

tu es le plus beau. Ce qu'il te

faut, c'est un ami. Si ta mère

réalise ton album, toutes tes

pièces vont passer, ce sera

toujours très bon. Si tu as un

ami qui est capable de te dire:

"Ce n'est pas la bonne guitare.

Assois-toi au piano et joue-la

comme une balade, juste pour

voir." Souvent, ça donne des

petites merveilles. Il y a plein

d'histoires de chansons qui

commençaient complètement

ailleurs et que l'ami en studio

a fait traverser la chanson là

où elle devait être, mais

l'artiste ne le savait pas lui-

même. Ça prend un certain choc

d'idées, ça prend des visions

d'abord et si tu en as deux dans

le studio c'est encore mieux,

tant que les deux arrivent à

s'harmoniser.

(Le groupe Alfa Rococo est au studio L'Gros pour leur session d'enregistrement. Ils sont en compagnie de JEAN-PHI GONCLAVES.)


JUSTINE LABERGE

Ça évolue beaucoup, mais juste

dans les derniers jours.

Il y a encore deux semaines,

c'était encore David qui allait

réaliser, et toute la charge

était sur lui.


DAVID BUISSÈRES

Je n'ai jamais le regard

extérieur et ça, je ne pourrai

pas l'avoir. On s'est rendu

compte qu'on fait nos tounes, on

compose nos chansons et un

moment donné, ça fait lourd à

porter sur les épaules de faire

tout ça. Alors, on a décidé, et

ça a été proposé aussi par eux,

que Jean-Phi et Alex

s'impliquent un peu plus dans la

réalisation aussi.

Donc, ça fait du bien justement

de profiter de ce regard-là et

de léguer un peu de ce poids-là

sur nos épaules à d'autres

personnes.

(JEAN-PHI GONCALVES s'adresse à DAVID BUISSIÈRES)


JEAN-PHI GONCALVES

Tu as quand même une idée assez

claire de ce que ça prend.

Ce n'est pas comme si tu

arrivais avec guitare-voix et

que tout est à faire.


DAVID BUISSÈRES

Mais dans certaines tounes oui,

et dans d'autres non. C'est pour

ça qu'on a ce "deal-là": qu'au

besoin pour telle toune, quand

moi et Justine on sent qu'on est

arrivés au bout, bien on peut

leur demander: "Peux-tu nous

aider là-dessus?"

C'est ça le concept finalement

pour notre collaboration pour

cet album-là.

(Début intertitre)

(La relation entre l'artiste et le réalisateur)

(Fin intertitre)

(Au studio Mixart, à Montréal, MARCUS PAQUIN est en régie pour la session d'enregistrement du groupe Hey Rosetta!)

[Début information à l'écran]

Marcus Paquin, réalisateur— The National, Torngat, Stars; ingénieur de son—Arcade Fire, Colin Stetson

[Fin information à l'écran]


MARCUS PAQUIN

Présentement, on a terminé les

instruments principaux. On

travaille sur les cordes en haut

et les "back vocals" en bas.

On a deux studios qui roulent en

même temps et je flotte un peu

entre les deux.

C'est comme bâtir une maison, on

met les fondations et là on

commence à faire des choix sur

les tuiles, comment on va

décorer la cuisine, différents

choix comme ça...

et on voit qu'il y a beaucoup de

choix à faire.

(MARCUS POIRIER discute avec Romesh Tavanathan, un des membres de Hey Rosetta!, du dernier morceau qu'ils viennent d'enregistrer. MARCUS POIRIER demande à Romesh Tavanathan d'essayer quelque chose de pétillant et un peu grondant. Romesh Tavanathan s'installe au clavier et l'enregistrement s'apprête à reprendre)

(Au studio L'Gros, les membres d'Alfa Rococo sont avec JEAN-PHI GONCALVES )


JEAN-PHI GONCALVES

Il deux sortes de réalisateurs,

je pense. Des fois, ça

s'entremêle, mais il y a le

réalisateur qui est plus

musicien et qui va vraiment

s'impliquer dans la toune, la

forme, le choix d'instruments;

et il y a des réalisateurs qui

sont plus techniciens et qui

vont vraiment se concentrer sur

le son, qui vont choisir les

bons micros, les bons préamps,

la bonne pièce pour tel ou tel

"band". Les deux types de

réalisateurs s'entremêlent un

peu dans les deux cas.

Quelqu'un qui est plus du type

"réalisation musique" plutôt que

"technique" va toujours avoir

des idées sur la sonorité de

telle ou telle chose. Il a quand

même des notions de base comme

un "reverb" ou une distorsion,

n'importe quoi. La même chose

pour le réalisateur plus micro-

préamp. Lui, il a quand même un

jugement musical, il va dire:

"Ce couplet-là est trop long."

(Plus tard, le groupe Alfa Rococo est devant un ordinateur avec Alex McMahon.)

[Début information à l'écran]

Alex McMahon, musicien— Plaster, Cargo Culte; réalisateur—Alex Nevsky, Yann Perreau

[Fin information à l'écran]

Alfa Rococo et Alex McMahon discutent des arrangements sur un de leur morceau.

Dans la régie du studio Mixart, MARCUS PAQUIN donne des consignes à une chanteuse


MARCUS PAQUIN

(Narrateur)

Je ne comprends pas qu'un

ingénieur ou un réalisateur n'a

pas été musicien, je ne sais pas

comment ils font. C'est sûr que

de savoir ce qui est difficile

de l'autre côté de la vitre

comme musicien, être inspiré,

être dans une vague, être

créatif quand quelqu'un te dit:

"We're rolling", c'est sûr que

c'est difficile. Savoir que ça,

c'est quelque chose de

difficile, ça donne un lien

entre moi et le musicien.


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

Il y a deux chemins: le preneur

de son qui est sur plein

d'albums et qui devient influent

parce qu'il a plein d'idées et

finalement il finit par réaliser

le disque lui-même, ou il y a le

musicien qui est de l'autre côté

de la fenêtre tout le temps et

qui est finalement bien utile à

chaque fois qu'il traverse la

fenêtre donc, on finit par lui

confier.

Mais ça arrive souvent par

accident le premier en tous cas.

Je pense que tu en réalises deux

ou trois, et un moment donné, tu

te rends compte que tu es devenu

un réalisateur de disque.

(FRANÇOIS CHAUVETTE et OLIVIER ST-PIERRE sont au studio Tone Bender.)

FRANÇOIS CHAUVETTE

Pour pas cher, tu peux devenir

réalisateur. Tu peux produire

tes propres affaires, beaucoup

plus qu'à une certaine époque ou

l'équipement était trop une

entrave pour aller plus loin.

Mais écoute de la musique et

fais-en des "recordings" avec

tes chums. Enregistre tes amis

dans la chambre, dans le sous-

sol, dans le garage...


OLIVIER ST-PIERRE

C'est vraiment l'expérience qui

compte là-dedans, c'est d'en

faire de plus en plus.

C'est beaucoup de travail et ça

se fait sur le terrain.

Ça ne se fait pas dans les

écoles ça.

[Début information à l'écran]

Navet Confit, auteur-compositeur-interprète; réalisateur— Carl-Éric Hudon, Émilie Proulx, Polipe

[Fin information à l'écran]


NAVET CONFIT

(en studio)

J'étais animateur de radio dans

une petite station AM à Amqui et

je travaillais deux jours par

semaine, donc j'avais vraiment

beaucoup de temps. Je me suis

mis à enregistrer vraiment

beaucoup. De ça, j'ai ramassé un

gros bassin d'expérience

d'enregistrement très "maison",

mais l'oreille se développe

quand même.

Ensuite, j'ai commencé à

enregistrer mon matériel qui a

servi pour mes premiers LP.

Parallèlement à ça, je faisais

écouter ça à du monde aussi pour

avoir leur avis et à travers ça,

et il y a des artistes qui m'ont

demandé: "Est-ce que ça

tenterait de m'enregistrer?" Ce

n'était pas clair au début.

Ce n'était pas: "Veux-tu être

mon réalisateur?", c'était plus:

"J'aurais besoin de quelqu'un

pour m'aider quand je suis dans

ma salle de bain et que mon ordi

est dans le salon pour faire

"play, record". Donc, c'est à

cause de quelqu'un qui a

enregistré dans sa salle de bain

que je suis devenu réalisateur.


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

Le premier réalisateur que j'ai

observé travailler quand je

n'étais pas encore réalisateur,

c'est Jean Massicotte, qui est

un grand réalisateur qu'on a

ici. Je lui posais souvent des

questions telles que: "Qu'est-ce

que tu fais d'habitude?" J'étais

intéressé, j'avais 22 ans et je

le regardais travailler en

studio. Il m'avait dit une

phrase que j'ai toujours

retenue, c'est: "J'ai réalisé

beaucoup de disques, mais je

n'ai jamais réalisé celui-là."

Je trouve que c'est une phrase

qui résume bien le travail à

faire pour justement ne pas trop

mettre une empreinte toujours

pareille sur les disques. Il

faut toujours se dire que celui

qu'on est en train de faire, on

ne l'a jamais fait.

(DAVID BUISSIÈRES est au studio d'enregistrement L'Gros.)


DAVID BUISSÈRES

Dans les deux autres albums, il

y a eu des moments ou j'ai senti

qu'on prenait les maquettes et

c'était peut-être nous le

problème là-dedans, qu'on

piétinait pour revenir à quelque

chose qui ressemblait à la

maquette.

On faisait un long détour pour

finalement revenir à ce qui

était là au départ.

Ce qui n'est pas mauvais, ça

valide. Mais pour cette fois-ci,

je me suis dit: "OK, on va

partir de la maquette, on va

"taper" par-dessus la maquette,

on va remplacer des affaires et

les idées vont arriver en plus."

Alors, au lieu de revenir sur la

maquette, on va partir de là et

on va aller plus loin. Je pense

qu'après une journée et demie,

c'est vraiment ce qui se passe,

alors je suis super content. Je

n'ai pas de misère à dire: "Moi

cette affaire-là dans mon démo,

cette partition-là, ce son-là je

l'aime, j'aimerais ça qu'on le

garde. Super, on le garde. Si on

le remplace, on le remplace."

Comme là, on est en train de

remplacer un truc et ça commence

à sonner en crime d'ailleurs.

Alors, c'est au profit de la

meilleure idée.

(DAVIS BUISSIÈRES rejoint Alex McMahon à son ordinateur pour discuter des arrangements d'un autre morceau.)


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

Ce ne sont pas des disques de

Philippe Brault que je fais

quand je réalise un disque.

Je fais le disque du "band", je

fais le disque de l'artiste.

Moi, c'est ça ma "job". Si je

voulais faire des disques avec

mon nom dessus, bien je ferais

mes disques. Donc oui, c'est un

métier qui est plus en arrière,

mais c'est ça notre rôle, c'est

d'être en arrière et de le

faire. Ce n'est pas nous qui

allons le défendre le disque

après. J'essaie toujours de me

rappeler de ça quand on a des

discussions avec les artistes

sur des décisions artistiques

importantes ou des fois

l'artiste a une idée et moi j'en

ai une autre. Je vais tenir mon

bout pendant un certain temps,

mais à la fin ce n'est pas moi

qui vais donner des entrevues,

qui vais avoir mon nom sur le

disque et partir en tournée

avec. Donc, il faut aussi être

conscient qu'on est là pour

offrir le support, pour faire le

meilleur disque possible pour

les gens, mais on n'est pas la

vedette de ce disque-là.

(PHILIPPE PAPINEAU est dans les studios de CIBL.)

[Début information à l'écran]

Philippe Papineau, journaliste— Le Devoir; animateur radio, CIBL

[Fin information à l'écran]


PHILIPPE PAPINEAU

Souvent les gens vont se

confronter dans le son, dans

l'arrangement.

Qu'est-ce qu'on met autour?

Est-ce qu'on met des violons,

des cordes, des saxophones, des

claviers? Mais les compromis

pour changer les mélodies ou

changer les mots, c'est

difficile. Si les artistes

acceptent ça, tout en étant en

contrôle, tout en pouvant

refuser les offres et les

demandes, je pense que c'est le

signe d'un artiste qui veut

avancer, qui veut s'améliorer et

qui veut parler à des gens

aussi, pas juste faire de la

musique pour lui et sa gang.

(TIM BAKER est au studio Mixart pour la session de mix de l'album de Hey Rosetta!)

[Début information à l'écran]

Tim Baker, chanteur et auteur-compositeur— Hey Rosetta!

[Fin information à l'écran]


TIM BAKER

(propos traduits de l'anglais)

J'ai du mal à couper des bouts.

Nous sommes habitués

aux chansons telles qu'elles

étaient. Une nouvelle voix

s'implique et dit :«Après ce refrain,

il devrait y avoir une transition,

ou on devrait carrément oublier

ce refrain.» C'est dur. On a

travaillé sur ces chansons

pendant des mois avant

d'arriver ici. C'est dur de dire :

«Wow, oublier ce refrain?!»

Mais bon, il faut rester

ouvert et l'essayer. Ça n’aide

personne de s'obstiner,

il faut être ouvert, essayer

de le voir autrement,

du point de vue de quelqu'un

qui ne les ont jamais entendues.

(Au studio Mixart, MARCUS PAQUIN discute en anglais avec Romesh Tavanathan d'un des morceaux de Hey Rosetta! Romesh Tavanathan aimerait un peu plus de distorsion dans la guitare. MARCUS PAQUIN lui fait écouter un effet de guitare sur son ordinateur.)


MATHIEU CHARLEBOIS

(en studio)

Tu veux savoir qui sera ton

réalisateur? Alors, prends tes

10 disques préférés sortis au

Québec dernièrement ne pense pas

faire venir quelqu'un de Los

Angeles, contente-toi de ce

qu'il y a autour de toi et ouvre

les pochettes et regarde qui a

réalisé. Si tu vois qu'il y a un

nom qui revient quatre fois,

c'est peut-être un bon signe,

peut-être que tu l'aimes lui ou

elle.

Peut-être que c'est cette

personne-là que tu veux avoir

autour de toi pour te demander:

"Ce disque-là qui vient de Los

Angeles, pourquoi tu l'aimes,

au-delà des chansons?" Si ce

disque a tourné sans arrêt chez

vous, c'est aussi parce qu'il

est peut-être bien enregistré et

qu'il était agréable à écouter.

(PHILIPPE PAPINEAU est dans les studios de CIBL.)


PHILIPPE PAPINEAU

Il n'y a pas tant de joueurs que

ça dans le marché de la

réalisation, surtout sur la

scène alternative, il y en a

quelques-uns. Je pense que comme

artiste tu te dis: "J'ai un

album, ma chanson s'en va par

là. Est-ce que je veux la rendre

un peu "weird" avec Navet

Confit, est-ce que je veux la

rendre riche avec Philippe

Brault, est-ce que je veux la

rendre folk poussiéreuse avec

Éric Goulet?" Tu peux magasiner

ta talle de réalisateurs pour

savoir ou tu veux aller.

(Début intertitre)

(Le studio, un laboratoire)

(Fin intertitre)

(DAVID BUISSIÈRES est en studio avec Alex McMahon et David Laurendeau, un ingénieur et preneur de son. Ils essayent différents effets de batterie sur le morceau d'Alfa Rococo.)


MATHIEU CHARLEBOIS

(en studio)

C'est l'occasion de chuchoter et

qu'on t'entende quand même.

C'est l'occasion d'avoir un

"drum" qui joue super fort, puis

de prendre son volume et de le

baisser et d'ajouter plein de

"reverb". Donc, le "drum" joue

super fort, mais tu ne l'entends

pas fort et il y a comme une

espèce de nuage de réverbération

autour. Tu ne pourras jamais

faire ça "live", à moins de

louer une église juste pour ton

"drum" et que toi, tu joues

dehors.

(MARCUS PAQUIN présente les différents boutons de sa console de son.)


MARCUS PAQUIN

Sur les consoles, on a tous les

différents instruments qui sont

sur les "faders". Ici, c'est la

batterie, la basse, la

percussion, les guitares

acoustiques et électriques,

claviers, "vocals", cordes.

Tout est sur la console.

En gros, on ajuste les niveaux

de chaque instrument.

C'est aussi le placement, on a

le "panning". Par exemple, dans

cette chanson, je place un

tambourin à gauche, un piano à

droite, on ajuste l'égalisation

qui est un peu la couleur de

chaque instrument.

On envoie à chaque instrument

différents effets comme du

"reverb", des délais, des

distorsions. Ce sont des effets

qu'on fait après

l'enregistrement. Je pense qu'on

voulait tous quelque chose de

différent du "live", alors on a

travaillé les sons beaucoup, les

arrangements et les petits

détails. On a beaucoup travaillé

ça pour que l'expérience

d'écoute dans les écouteurs et

les haut-parleurs soit quelque

chose de très profond.

L'expérience "live" sera très

différente, mais la plupart des

groupes avec qui je travaille,

c'est comme ça. On finit le

projet et on se dit: "OK,

comment on va faire ça "live"?"

C'est une autre affaire.


MATHIEU CHARLEBOIS

(en studio)

Si ce que tu veux, c'est faire

ce que ton groupe fait "live",

bien enregistre-toi "live".

Parce que si tu le fais en

studio...On voit souvent les

groupes traditionnels qui

enregistrent un disque et qui

font des "Ha-ha!" dans la partie

instrumentale. Ça ne fonctionne

pas. Un: je sais que tu es seul

en studio. Deux: moi je suis

dans ma cuisine.

Alors l'énergie "live" que tu es

en train de créer en studio ne

fonctionne pas.


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

Il y a toute une école de

réalisation que notre génération

connaît un peu moins parce que

ça vient avec d'autres budgets

et une autre esthétique de

travail qui existe plus ou moins

encore dans le milieu émergent

et par ou on commence nous. Donc

arriver dans les années 2000

comme réalisateur, tu n'apprends

pas à travailler sur les gros

disques pop. Je ne sais même pas

comment ils font un disque de

Céline, je ne sais pas comment

ils travaillent, on n'apprend

pas ça.

(FRANÇOIS CHAUVETTE est dans la régie de son studio et donne des consignes à AIZA juste avant d'enregistrer. FRANÇOIS CHAUVETTE donne le signal et AIZA commence à chanter.)

FRANÇOIS CHAUVETTE

(Narrateur)

La plupart des réalisateurs de

nos jours sont des multi-

instrumentistes, des

multidisciplinaires qui font la

réalisation, l'ingénierie, le

mix, ils font tout. Parce que si

tu veux faire un peu d'argent,

tu ne peux pas juste dire: "Je

suis un réalisateur." Il y a un

ingénieur, il y a l'équipe au

complet parce que sinon, tu n'y

arrives pas.


OLIVIER ST-PIERRE

(Narrateur)

Même les gros studios

aujourd'hui en arrachent.

On en entend parler.

Moi, je fais des soumissions

pour des contrats.

Le gros studio charge pour le

mastering et tout le kit au

complet, disons 6 000$ et moi,

j'ai fait ma soumission à 5

500$. Mais ce studio-là

chargeait 120$ l'heure à

l'époque. Je charge 50$ l'heure,

des fois 40$. On peut voir que

je charge ce prix-là et je suis

vraiment moins cher que le gros

studio. Là, tu te dis que ça ne

va vraiment pas bien.


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

C'est sûr que c'est un atout

pour un réalisateur de savoir

faire plus de choses maintenant.

Surtout dans la musique

indépendante, c'est clair qu'un

band qui fait son premier disque

n'a pas les moyens d'engager une

grosse équipe. Ils vont aller

chercher un réalisateur qui va

tout faire, si possible jusqu'au

mixage parce que c'est un

intervenant, un poste budgétaire

et ça aide la production d'un

disque avec peu de budget.


NAVET CONFIT

(en studio)

Je ne me considère pas comme un

preneur de son, un ingénieur ou

quoi que ce soit. Je le fais

parce qu'il faut que je le

fasse. Ce que je veux aller

chercher, c'est l'intensité

d'une "take", une espèce de

"mood" qui avait dans la place à

ce moment-là, un peu comme une

photo. Je me dis dans le fond

que si j'avais été un

réalisateur dans les années 90,

je n'aurais rien compris. Je ne

suis pas familier avec le studio

conventionnel. J'en ai fait,

même beaucoup, mais j'avais

toujours quelqu'un pour m'aider,

alors je n'aurais pas pu me

débrouiller autant. Donc, le

fait que ce soit simplifié comme

ça, oui il faut savoir comment

l'utiliser, mais pour moi c'est

simplifié et ça fait en sorte

qu'on a plus de belles

opportunités d'enregistrer plus

de musique aussi, ce qui crée un

autre problème.

(PHILIPPE PAPINEAU est dans les studios de CIBL.)


PHILIPPE PAPINEAU

La situation actuelle du métier

de réalisateur, je ne la vis

pas, mais elle me plaît bien en

ce moment. Avoir plus de

responsabilités n'est pas une

mauvaise chose dans leur cas, je

trouve, parce qu'ils peuvent

justement avoir une empreinte

plus large, plus cohérente.

Il n'y a pas quelqu'un qui dit:

"Moi je paie, je veux que ça

soit comme ça." Tandis que

l'autre dit: "Moi je suis

créateur, je veux que ça soit

comme ça." Il y a moins

"d'obstinage" entre l'argent et

la création dans ce cas-là.

(MARCUS PAQUIN est dans la régie de son studio.)


MARCUS PAQUIN

C'est quelque chose de bâtir un

album, il y a de l'émotion, une

énergie physique et

émotionnelle. Voir la fin d'un

projet comme ça c'est toujours

excitant quand tu trouves que tu

as réussi ce que tu voulais

faire.

(Fin émission)

(Générique de fermeture)

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