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Arrière-scène

Arrière-Scène vous invite à rencontrer ceux qui travaillent dans les coulisses : compositeurs de musique de films, directeurs de tournée, programmateurs, disquaires, réalisateurs, musiciens de bar.

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S'expatrier pour être entendu

S’exporter comme artiste, s’expatrier pour réussir à atteindre son auditoire, c’est complexe. C’est que la réalité de l’artiste dépend de ceux qui écoutent sa musique. Et certains genres musicaux, certaines esthétiques, intéressent plus de gens dans une autre partie du monde. La question se pose : voyager ou rester.



Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Arrière-Scène part à la rencontre des artisans qui fabriquent de leurs mains notre paysage musical. On y découvre les coulisses de l'industrie musicale en rencontrant ceux qui y travaillent : musiciens de studio, compositeurs, metteurs en scène, producteurs, disquaires, programmateurs et plusieurs autres.

L'émission «Arrière Scène» est ponctuée d'entrevues de journalistes en studio et d'autres intervenants du milieu qui viennent apporter leur expertise et leurs commentaires.

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Arrière-scène— S'expatrier pour être entendu

[Fin information à l'écran]

Le chanteur PETER PETER est en France, à Paris.

[Début information à l'écran]

Peter Peter, auteur-compositeur-interprète

[Fin information à l'écran]


PETER PETER

J'aime beaucoup Paris. Depuis

que je suis arrivé, pour moi ç'a

été comme de recommencer à zéro,

t'as tout à prouver, ça n'arrive

pas souvent. C'est sûr que tu ne

peux pas faire ça cinq fois dans

une vie, je suis content de

l'avoir vécu. Il y a eu un bon

accueil, la presse a été

vraiment sympa. Non, je me suis

senti le bienvenu. Souvent, un

marché, quand tu viens

d'ailleurs, c'est comme, tu le

sais assez vite si tu plais ou

pas. Tu ne peux pas te mettre à

développer le marché

artificiellement, tu ne peux pas

créer un "buzz", surtout pas

dans un genre de truc de 65

millions de personnes, c'est

comme... personne n'a assez

d'argent pour créer quelque

chose qui n'existe pas. S'il y a

un engouement, c'est cool,

sinon, tu retournes chez toi.

(La journaliste ÉMILIE CÔTÉ est également à Paris.)

[Début information à l'écran]

Émilie Côté, journaliste culturelle— La Presse

[Fin information à l'écran]

ÉMILIE CÔTÉ

Le Québec c'est 6 millions

d'habitants, c'est un petit

marché, c'est des conditions de

tournées qui coûtent assez cher.

Comme dans tous les métiers, il

y a un mot qui s'appelle

"ambition" et on a le goût

d'aller voir ailleurs si ce

qu'on fait ça n'intéresserait

pas d'autres publics.

[Début information à l'écran]

Monique Giroux, productrice et animatrice radio— ICI Musique

[Fin information à l'écran]


MONIQUE GIROUX

(En studio)

Une ville comme par Paris

propose, je pense que c'est 800

spectacles par soir. C'est

énorme, tu t'en rends compte.

Un artiste a besoin d'être sur

scène, il veut la jouer sa

guitare, il veut la chanter sa

chanson, il veut rencontrer du

public, il veut jouer avec

d'autres musiciens, il veut être

stimulé. Et, bon, pour ça, s'il

faut partir, partons.

(PIERRE SIANKOWSKI est dans les bureaux du magazine Les Inrockuptibles.)


PIERRE SIANKOWSKI

L'idée c'est d'aller surtout

là ou il y a un marché,

c'est-à-dire que le marché

québécois, il est intéressant

pour les artistes québécois

parce que c'est chez eux, parce

que c'est là ou on a envie de

réussir, c'est là ou on a envie

d'être reconnus.

Mais après, c'est vrai

que la France, c'est un

marché qui est nettement plus

grand. Il y a plus de magasins

de disques, il y a plus de gens

qui sont susceptibles d'acheter

des disques ou d'aller voir des

concerts. C'est sûr que c'est

intéressant quand on chante en

français d'aller dans un pays ou

il y a une grosse potentialité

pour se faire connaître.

[Début information à l'écran]

Nicolas Tittley journaliste— Musique Plus, Musimax, ICI Radio-Canada

[Fin information à l'écran]


NICOLAS TITTLEY

(En studio)

Évidemment, on peut s'expatrier

pour beaucoup de raisons. Il y a

beaucoup de raisons créatives,

on cherche à être inspirés par

une autre ville, par un autre

pays. Mais il y a des moments ou

on n'a pas le choix. Lorsqu'on a

décidé dans la vie d'être un

timbaliste ou un bassoniste,

disons que les perspectives

d'emploi sont quand même assez

limitées. Si on ne réussit pas à

se trouver une place à

l'Orchestre symphonique ou à

l'Orchestre Métropolitain, il

faut chercher ailleurs. Si on a

des aspirations, si on veut

jouer dans un grand orchestre,

on doit faire les concours

internationaux, on doit se faire

reconnaître et si on se fait

offrir un job à Strasbourg ou à

Stuttgart ou à Tokyo ou à Buenos

Aires, en général, on le prend.

(Début intertitre)

(Voyager pour trouver son auditoire)

(Fin intertitre)

[Début information à l'écran]

Stanley Péan journaliste, animateur radio— ICI Radio-Canada

[Fin information à l'écran]


STANLEY PÉAN

(En studio)

Il faut savoir dès le départ,

quand on choisit de faire tel

type de musique, quand on

choisit de faire tel type de

musique de telle manière aussi,

on ne peut pas avoir les mêmes

attentes de réception, mais on

veut tout de même comme

musicien être entendu.

Ce n'est pas vrai qu'un

musicien veut jouer tout

seul, je n'y crois absolument

pas. Je pense qu'un musicien a

envie d'être entendu, mais il

faut qu'il le fasse lucidement,

il faut qu'il le fasse avec les

contraintes qui sont celles de

son marché, quitte à

s'expatrier. Et on sait que pour

certaines personnes il a fallu

qu'elles s'expatrient pour que

ça marche, pour qu'elles

trouvent leur public. Évidemment

au Québec on cite toujours le

cas de Félix Leclerc parce qu'il

fait cas de figure...


MONIQUE GIROUX

(En studio)

Il était très, très critiqué par

"l'intelligentsia" d'ici, Félix

Leclerc, parce qu'il chantait

comme un bûcheron et il avait

une chemise à carreaux, etc.

Et bref, il est parti en France

finalement pour deux semaines,

puis il est resté trois ans. Il

s'est installé, il a fait venir

sa femme et son fils et il s'est

installé en France. Il était

apprécié.


NICOLAS TITTLEY

(En studio)

Quand on est un créateur qui

a le choix, si on fait, par

exemple, de la musique

électronique, puis on se dit:

"Moi, je suis bien à Montréal

dans mon sous-sol, je fais de la

musique électronique, mais je

remarque qu'il n'y a pas une

énorme scène ici. J'aimerais

jouer plus souvent dans des

clubs." Et là on regarde ce qui

se passe du côté de l'Allemagne,

puis on se dit: "Wow! Ca c'est

vraiment La Mecque! Tous les

soirs je pourrais jouer, je

serais entouré de gens qui

pratiquent le même style que

moi... je déménage."

(GUILLAUME COUTU DUMONT est dans son appartement en Allemagne, à Berlin. Il dit au revoir à son fils et sort de chez lui. Il se dirige vers un studio d'enregistrement.)

[Début information à l'écran]

Guillaume Coutu-Dumont, musicien, compositeur et DJ

[Fin information à l'écran]


GUILLAUME COUTU DUMONT

Quand je ne suis pas sur la

route, puis que je ne suis pas

en train de passer du temps à la

piscine avec mon fils ben, je

viens au studio ici.

C'est un building,

c'est une vieille usine.

Ils ont transformé ça en

une espèce de complexe où il y a

des bureaux d'architectes, il y

a des photographes, il y a des

vidéastes, il y a comme...

des musiciens. Puis il y a deux

clubs. Il y a un club qui est

là-bas qui s'appelle le Ritter

Butzke, puis il y a un club

ici qui s'appelle le st. Georg.

C'est assez chouette en fait,

c'est comme une espèce de

catacombe en fait qui descend et

ça s'en va, c'est tout en

dessous ici là. Ils enlèvent

tout, tout, tout. Il y a un

signe ici, en fait, du club,

puis ils l'enlèvent. Le nouveau

maire, lui, il a été un des

premiers à comprendre

l'importance de l'industrie du

"clubbing" à Berlin, il a misé

beaucoup là-dessus aussi, pour

faire en sorte que l'industrie

du "clubbing" à Berlin fasse

partie du rayonnement de la

ville. Le pourcentage des

revenus de la ville qui vient de

l'industrie du "clubbing", c'est

hallucinant, c'est hallucinant.

Avant de partir, j'avais sorti

peut-être un disque. L'année où

je suis arrivé ici, j'en ai

sorti... j'ai sorti un album,

j'ai sorti des "maxi" sur plein

de labels différents, et ça

déboulait. Ç’a été comme une

espèce de matraquage pendant un

an. J'avais un disque qui

sortait tous les deux mois à peu

près. Le fait d'être ici plus le

fait de sortir plein de disques,

ça m'a permis d'avoir une

"exposure" qui m'a servie

par la suite.

C'est sûr que de te déplacer

physiquement dans un endroit et

rencontrer des gens, j'ai

l'impression que de nos jours

c'est beaucoup plus efficace que

n'importe quelle autre façon de

se promouvoir de façon

numérique. Les relations de

travail fructueuses ne passent

pas par des mains, elles n'ont

jamais vraiment passé par des

mains. Tu rencontres des gens,

t'es en contact avec eux. T'es

sur place: "OK, mais c'est

quand la prochaine fois que tu

reviens en Europe? Tiens-moi au

courant." "J'habite à Berlin." "

Ah, OK , ben OK on organise

ça la semaine prochaine ou..."

C'est un petit peu comme ça que

ça fonctionne quand même, dans

mon milieu. Je pense que dans

l'évolution de n'importe quel

band, tu passes par plusieurs

étapes. Tu passes par une étape

de: "Bonjour, j'existe", à une

étape de consolider une espèce

de public qui est comme... qui

va devenir un noyau de... de

gens qui aiment beaucoup ce que

tu fais et tout ça, qui vont te

suivre... Puis après, il faut

sortir de ce noyau-là et aller

conquérir un peu plus

de gens, et tout ça...

[Début information à l'écran]

Marie-Christine Blais, journaliste et critique— La Presse

[Fin information à l'écran]


MARIE-CHRISTINE BLAIS

(En studio)

Il faut des gens qui veulent

t'entendre, qui veulent acheter

tes disques, qui veulent payer

leurs billets! Tu ne paies pas

ton loyer avec de l'amour.

Dommage, mais non. Il y a un

groupe qui s'appelle si je ne

m'abuse Redneck Bluegrass Québec

Project, et eux là, ils vivent

comme des malades en Asie. Il y

a beaucoup de monde en Asie.

S'ils achètent ton disque,

pff... même à une piastre, t'en

fais de l'argent. Et ils vivent

là à l'année!

(Deux des membres du groupe Voivod, DENIS "SNAKE" BÉLANGER et MICHEL "AWAY" LANGEVIN, sont dans leur local de répétition.)

DENIS "SNAKE" BÉLANGER

Déménager un band, ça implique

beaucoup de choses. Ça implique

au niveau personnel de tout un

chacun. Ce n'est pas un

changement facile. Quand on

avait 18 ans, qu'on est partis

de Jonquière pour s'établir ici,

c'était un "move" qui fallait

faire. On avait 18 ans, mais on

voulait voir le monde, bon bien

c'était le temps, ça fait que

c'était un "step".

Mais à partir de là,

déménager et changer de culture

et tout, c'est un gros pas.

MICHEL "AWAY" LANGEVIN

Nous autres, on était

précurseurs de quelque

chose qui est devenu très

populaire en dedans de deux,

trois ans quand même.

Le "thrash metal", tout

d'un coup, on était en tournée

avec des groupes qui étaient

quand même assez populaires

et il y avait beaucoup de gens

aux spectacles. Moi, revenir à

Montréal et établir notre base

ici, ça m'a tout le temps semblé

super naturel, je n'ai pas...

DENIS "SNAKE" BÉLANGER

Oui, puis quand tu voyages des

fois à travers le monde, il y a

des belles places là, mais il y

a des places que tu te dis:

"Maudit qu'on est bien chez nous

pareil!" Ce n'est pas toujours

ce qu'on voit dans les

magazines...

(PETER PETER est en compagnie de FANNY NÉMÉ dans les bureaux de Sony Music à Paris.)

[Début information à l'écran]

Fanny Némé, chargée de communication— Arista France/ Sony Music Entertainment

[Fin information à l'écran]


FANNY NÉMÉ

Les Québécois ont une bonne

réputation en France, ils ont

plutôt une réputation d'artistes

assez authentiques avec des voix

assez particulières.

Voilà, ils sont assez

connus pour leurs talents.


PETER PETER

Il y a vraiment une grosse place

pour la culture alternative dans

un plus gros pays. L'effet de

grandeur, finalement de pays, de

densité, je pense que pour moi,

ç'a été vraiment favorable parce

que j'ai un public au Québec,

j'ai un public en France, c'est

juste qu'ici c'est... c'est

tellement large.


FANNY NÉMÉ

Là, il est physiquement à Paris.

Financièrement, c'est compliqué

d'assurer des allers-retours

permanents, même pour

l'organisation de la promo, de

tournages de clips, enfin de

tout le travail qu'il y a sur

l'exploitation d'un album. Et

puis on a besoin de la présence

de l'artiste en France même pour

faire des concerts, etc., et

c'est vrai que ça facilite

vachement plus le travail de

développement d'un nouvel

artiste, en tout cas, en France

la présence d'un artiste. Donc

c'était un des points qui était

important pour nous, qu'il soit

présent et qu'il puisse être

disponible, si besoin.

(Début intertitre)

(Être là où il faut)

(Fin intertitre)


STANLEY PÉAN

(En studio)

Dans la tradition du jazz, il y

a toujours eu ses capitales. Le

jazz est né à La

Nouvelle-Orléans, s'est déplacé

vers Chicago, puis tout d'un

coup il s'est installé à New

York. Ça fait longtemps qu'il

s'est installé à New York et

puis New York est vraiment

devenu le pôle d'attraction pour

les musiciens, pas seulement

américains, mais les musiciens

internationaux. Nos Québécois

vont là, les Chet Doxas,

les Samuel Blais.


NICOLAS TITTLEY

(En studio)

On imagine les lieux d'exil,

bon, on pense toujours aux

grandes capitales, on va aller à

Berlin, on va aller à Paris, on

va aller à New York parce que

c'est là qu'il faut aller. Les

industries musicales culturelles

sont basées là-bas.

Donc, il y a des villes

comme ça qui vont être, au

fil des époques, des

pôles d'attraction.

(GUILLAUME COUTU DUMONT est à Berlin.)


GUILLAUME COUTU DUMONT

Des artistes de Montréal, comme

des amis près de moi, on était

13 à peu près à déménager à

Berlin en même temps.

C'est comme si je prenais mes

chums que je voyais à Montréal,

puis... dans une autre ville...

C'est comme... c'est un peu

absurde comme situation. Mais

ç'a été la situation pour plein

de gens, même des Américains...

une espèce exode massif en fait

d'artistes qui ont décidé:

"OK, bon, on s'en va à Berlin.

Il ne fait pas beau, mais... il

ne fait pas beau, mais c'est

plus facile de vivre de notre

art." Mais c'est sûr que le

réseau de clubs, puis ça c'est

même une considération

commerciale qui fait que les

clubs en Europe généralement

sont ouverts plus longtemps.

Le fait qu'ils sont ouverts

plus longtemps, ça fait qu'ils

peuvent vendre de l'alcool plus

longtemps, puis le fait qu'ils

vendent de l'alcool plus

longtemps, ça fait qu'ils sont

capables d'avoir une

programmation internationale

qui est intéressante.

Donc il y a plus de clubs, la

distance entre les villes est

plus courte, donc tu peux te

déplacer facilement, puis ça ne

coûte pas les yeux de la tête.

(GUILLAUME COUTU DUMONT embarque dans un taxi et se dirige à l'aéroport.)


GUILLAUME COUTU DUMONT

En étant à Berlin ça me permet

de prendre un avion pis faire

deux heures et demie de vol, me

retrouver en Italie, dans un

"network" complètement

différent, dans une scène

complètement différente avec des

clubs dans lesquels je n'ai

jamais été. Il y a des clubs un

peu partout... Je vais jouer

là-bas, je vais passer la soirée

là-bas, je reviens demain, puis

après, je joue à Berlin ici

dans un "open air".

(GUILLAUME COUTU DUMONT embarque dans son avion.)

Depuis sept ans que je suis en

Europe, je dirais que, si je

calcule un show par semaine,

c'est très conservateur,

donc ça fait à peu près

50 shows par année, donc

ça fait comme 350 shows en

sept ans. Je suis sûr que c'est

plus que ça là, ç'a comme pas de

sens. Juste ça, allers-retours,

ça fait 700 vols déjà, plus les

tournées ou est-ce qu'il y a,

genre, 30 vols en l'espace de

deux semaines. Il y a des gens

qui jouent pis qui se déplacent

en "bus", ça existe encore.

Ce n'est pas mon cas, je

suis content.

(Les membres du groupe Voivod répètent dans leur local.)

MICHEL "AWAY" LANGEVIN

Pour déménager à un endroit, il

faut que ton band sonne comme

la scène qui se passe à

cet endroit-là pour que

tu puisses réussir.

C'est normal qu'en 91 tout le

monde se soit mis à

déménager à Seattle

et à sonner plus

"grunge". Ils voulaient

tenter leur chance

parce que les compagnies

signaient tout le monde.

Ça aurait été difficile

de dire: "OK, on sonne comme

la scène de San Francisco...

Non, ce n'est pas vrai. On ne

sonne pas comme la scène

new-yorkaise non plus, ah,

tiens, on ne sonne pas

nécessairement comme la gang de

Sepultura et compagnie en

Amérique du Sud." On sonne,

comme Denis disait, comme des

gens qui ont grandi sur le rock

progressif québécois, mais qui

tout d'un coup ont découvert le

métal, le "hardcore". Donc, ou

tu vas déménager rendu là?

T'es juste aussi bien de rester

à Montréal.

DENIS "SNAKE" BÉLANGER

Il y a eu une époque ou c'était

ça, tout le monde déménage à

Hollywood, dans le temps des

bands... Guns N' Roses, Prey

pis... Poison, tout ça. Il y a

beaucoup de gens qui

s'imaginaient que la seule façon

de "scorer" des "deals", c'était

de déménager en Californie et

traîner sur Sunset Boulevard.

Oui, peut-être que si la chance

te sourit, tu vas peut-être

arriver à faire de quoi, mais...

À la base, ce n'est pas ça faire

de la musique, c'est vraiment de

le faire pour soi et pour les

autres, peu importe ou t'es

dans le monde.

(GUILLAUME COUTU DUMONT est sur une plage italienne.)


GUILLAUME COUTU DUMONT

On est à Soverato, en Calabre.

Le club est sur la plage, puis

c'est un club à capacité

médium cool, 800 personnes,

pas trop gros.

Ça, c'est un petit

peu le contexte qu'il y a

en Europe en général,

il y a des clubs partout.

La densité de population

permet ça. En Allemagne par

exemple, tu prends le train, tu

débarques en plein milieu de la

campagne, en plein milieu de

nulle part,...il y a des

vaches d'un côté et il y a des

chevaux de l'autre, puis

finalement, il y a une auto qui

arrive à un moment donné et

c'est ton promoteur qui vient te

chercher pour te faire jouer

dans un club qui est en plein

milieu de nulle part dans une

vieille usine désaffectée et il

y a, genre, 2 000 personnes qui

se pointent là. À Berlin, il y a

peut-être, au minimum, une

vingtaine de clubs dans lesquels

je pourrais jouer. C'est un

minimum. Combien y a-t-il de

clubs à Montréal dans lesquels

je peux jouer? Depuis autant

d'années? Malheureusement, ce

n'est pas comme ça que ça

fonctionne pour ce genre de

musique. Si je n'avais pas

déménagé à Berlin, je ne sais

pas, est-ce que je pourrais être

ici ce soir? Je veux dire, le

fait que j'ai déménagé à Berlin

il y a sept ans, ç'a fait que je

me suis construit moi un

réseau. Si je n'avais jamais

fait le "move" ici et si je ne

connaissais pas de gens en

Europe,... peut-être que je

serais encore... dans le bas de

la pile et... "Ah, oui, je vais

regarder ce qu'il fait à un

autre moment quand je

vais avoir le temps."

(GUILLAUME COUTU DUMONT donne son spectacle en Italie.)

(Début intertitre)

(S'expatrier : un travail de terrain)

(Fin intertitre)


MONIQUE GIROUX

(En studio)

La situation est telle qu'on va

inviter, par exemple, une

Catherine Major dans un festival

magnifique en Ardèche au

mois d'août.

Puis on va lui donner un

cachet... correct, mais...

alors ça va l'obliger à partir,

à faire l'aller-retour, à

revenir le lendemain.

Est-ce qu'on peut imaginer

une tournée? Oui, mais

entre chaque festival il y a

trois semaines. Qu'est-ce que tu

fais pendant ces trois

semaines-là? Tu ne reviens pas.

Alors, tu pars avec tes enfants,

tu t'installes là-bas, tu fais

12 festivals et... Jipé Dalpé

est là-bas en ce moment, mais il

est parti six mois. Et là il

rencontre des musiciens, qui

connaissent des producteurs, qui

ont besoin d'une première

partie, qui ont besoin d'un

trompettiste pour un

enregistrement, qui ont besoin

d'un spectacle, "woup", il y a

un groupe qui ne peut pas venir:

"Peux-tu venir chanter ce soir?"

"Oui." Écoute, t'es en

spectacle tous les soirs.


MARIE-CHRISTINE BLAIS

(En studio)

C'est simple, aller faire

quelques "shows" en France,

c'est te faire plaisir et

pouvoir dire: "Hé, j'ai joué en

France. Super cool. Ah, le monde

a beaucoup aimé ça." La vérité,

c'est que ça prend énormément de

temps. C'est de la visibilité

constamment et dans le marché

européen comme dans le marché

américain, les gens qui font la

télé ou la radio s'attendent à

ce que tu sois là "live", et

que tu correspondes à

leur dictat à eux.

Alors les émissions que

nous, on trouve parfaitement

"poches" quand on les regarde

à la télévision française,

il faut les faire.

Il faut jouer le jeu

du "lip-sync", il faut faire

comme: "Ah! C'est super

intéressant!" Il faut faire ça.

Il faut le faire beaucoup,

beaucoup, beaucoup, beaucoup,

beaucoup, beaucoup de fois.

Beaucoup de fois.

(ÉMILIE CÔTÉ est à Paris.)

ÉMILIE CÔTÉ

Si tu veux des entrevues et tout

ça, ce sont souvent des choses

qui se prévoient à la dernière

minute, donc oui, il faut être

prêt à habiter ici, et des

médias ici, il y en a plus

qu'au Québec.

Et on pense souvent aux Inrocks,

au Monde, aux grands

quotidiens, mais il y a un

paquet de blogues, il y a un

paquet de magazines qui

peuvent te servir.

Il ne faut pas oublier

que le marché, ici, est

dix fois plus grand, donc...

T'as besoin d'avoir accès à des

médias moins prestigieux pour

avoir un succès égal au Québec,

et il y a plein d'artistes du

Québec qui pourraient en fait

très bien gagner leur vie ici

pis avoir une bonne carrière,

mais ils ne sont juste pas prêts

à faire le "move" de déménager

ici. Karkwa, après avoir

tourné un peu partout à

l'international, notamment en

France, ont fait le choix: "On

va prendre une pause." Pourquoi?

Ben parce que c'était très...

c'était très fatigant, c'était

beaucoup de compromis pour leur

vie de famille. C'est très

poétique de dire: "Ah, je vais

vivre à Paris pendant six mois."

Mais venir vivre ici, dans des

appartements très petits, ne pas

connaître personne, recommencer

à zéro, c'est un compromis qu'il

faut être prêt à faire. Pierre

Lapointe, Peter Peter, dans les

dernières années ont carrément

décidé de s'installer ici avec

une équipe réduite, une équipe

plus réduite qu'à Montréal, donc

ce sont des compromis de vie.

C'est aussi repartir du début,

ne serait-ce que dans la

promotion, tout ça, pour

certains médias aussi, des

artistes comme Lisa Leblanc et

Klô Pelgag, ce sont des

bibittes, donc aller sur un

plateau de télévision pis un peu

passer pour une espèce de... pas

le clown de service là, mais

presque parfois, Lisa Leblanc

l'an dernier... "Bon, on dit

comment en Acadie..." Je veux

dire, il faut être patient. Moi,

des fois je... je ne suis pas

sûre que je serais contente de

passer pour la "bibitte

folklorique" du Québec.


MARIE-CHRISTINE BLAIS

(En studio)

Il y a beaucoup d'artistes qui

l'ont fait, qui, à un moment

donné ont craqué parce que...

il y a des limites, il y a des

limites à ce que tu peux faire à

un moment donné. Et il n'en

demeure pas moins qu'il faut que

tu assures un... comment dire...

un service après-vente soutenu,

avec les bons outils, être

épaulé par une bonne équipe, et

jouer le jeu. Et les règles

nous semblent des fois

tellement aberrantes.

(PETER PETER est dans une voiture. Il se dirige vers le studio de radio Le Mouv'.)


PETER PETER

Honnêtement, quand je suis

arrivé en promo, je ne pouvais

pas imaginer que ça déboulerait

autant, j'ai passé mon temps à

faire des... puis quand je

croyais que c'était terminé, il

fallait... ça continuait, ça

continuait... À travers, aussi,

il fallait que je fasse des

répètes parce que je venais de

débarquer, il a fallu que je me

forme un band. Au début j'avais

un band français, il fallait que

je fasse des "perfos" avec le

band français. Puis à travers

ça, ils me "bookaient" des

"interviews" fait que oui,

j'étais comme un peu dépassé par

les événements et je passais le

plus clair de mon temps, en

fait, dans des taxis à courir

dans la ville. Je ne voyais pas

Paris presque, quand je suis

arrivé, ç'a été... ç'a été assez

brusque, mais... ça m'a appris à

être un peu plus résistant à ce

genre de trucs, en fait, oui.

(PETER PETER entre dans les studios du Mouv'. L'enregistrement de l'émission commence.)

(PIERRE SIANKOWSKI est dans les bureaux des Inrockuptibles.)


PIERRE SIANKOWSKI

Je pense que ce qu'il faut pour

les artistes qui arrivent en

France, c'est se dire qu'il faut

tourner beaucoup. Accepter de

faire la première partie d'un

groupe et de tourner avec lui

parce que le groupe forcément va

permettre de nous faire une

visibilité. Le cas de Karim

Ouellet qui fait des tournées de

Stromae, pour lui c'est parfait,

il joue dans des zéniths. Les

gens qui ne le connaissaient pas

forcément au début, repartent

avec son nom en tête, écoutent

le disque, enfin il y a un vrai

travail de mise en place de la

"fanbase" et je pense que c'est

celui qui le fait le mieux en ce

moment et Peter Peter aussi qui

a eu une vraie reconnaissance

critique au Québec a décidé de

venir à Paris. Il a fait des

concerts avec des groupes un peu

plus connus que lui, dont il

assurait la première partie et

je pense que c'est le même

processus, ça va se mettre en

route gentiment. C'est sûr que

parfois, c'est un peu dur quand

on est très connu dans son pays

de jouer dans des plus petites

salles à Paris ou de faire des

choses un peu plus

périphériques, mais je crois

qu'il a compris que c'était tout

à son avantage de le faire, et

ça leur permet d'entrer en

contact avec le marché français,

puis de rencontrer aussi des

artistes français, des

manageurs, qui ont peut-être un

savoir-faire un petit peu plus

localisé sur la France que ne

peut l'avoir un manageur ou un

producteur qui va débouler pour

la première fois à Paris qui n'a

pas forcément tous les contacts.

Le public français est un petit

peu, même pour ses propres

artistes, est un peu lent pour

aduler les artistes, pour les

reconnaître, pour les laisser

rentrer dans le... dans la

conscience collective des

médias, donc... je ne pense

qu'il faut se donner du temps.


STANLEY PÉAN

(En studio)

Les publics sont différents. Les

traditions musicales sont

différentes et il est clair que

quelqu'un qui a énormément de

succès chez lui, peut arriver

ailleurs ou il est confronté à

un marché ou il y a plus de

gens, ou il y a des gens qui ont

un autre talent, et tout d'un

coup, ce n'est plus si facile

que ça de se faire applaudir.

Tous les publics ne se valent

pas parce que tous les publics

n'ont pas la même culture

musicale, n'ont pas les mêmes

traditions musicales, n'ont pas

la même manière d'accueillir

la musique.


MONIQUE GIROUX

(En studio)

Il y a toutes sortes de facteurs

qui expliquent le succès

ou la... la réussite d'un

développement de carrière à

l'étranger. Il y a le "timing"

qui est très, très, très

important. Il y a l'équipe.

Coeur de pirate est un bon

exemple. Elle a fait la première

partie de Benjamin Biolay au

Club Soda, la même semaine elle

faisait la couverture du Voir et

The Hour. Trois semaines, un

mois après, elle était dans le

métro de Paris partout, personne

ne la connaissait et tout à coup

boum! Bon, elle-même s'est

demandé ce qui lui arrivait.

C'est un phénomène.

C'est vrai que quand on

s'installe ailleurs, comme le

fait Coeur de pirate qui est là

la moitié de l'année ou Isabelle

Boulay qui est là la moitié de

l'année, ça facilite les choses

pas mal. Et il ne faut pas non

plus se fier qu'à sa

"québécitude". Ça ne suffit plus

maintenant pour... pour avoir du

succès à l'étranger ou dans la

francophonie.

(Dans une salle de spectacle à Paris, PETER PETER se prépare à donner une représentation.)


PETER PETER

Je n'aurais pas pu le faire

n'importe quand dans ma

carrière. Avec le premier album,

je ne pense pas qu'il y aurait

eu un intérêt assez fort.

J'ai été chanceux avec

tout ça parce que tout était

vraiment... tout "fittait".

Donc je me suis senti

invité ici puis quand je

suis débarqué ici, bien... les

choses ont fait que j'ai pu

rester, sinon, peut-être que

j'aurais été déçu de retourner.

Là j'ai des portes qui se sont

ouvertes et depuis ce temps-là,

j'aurais le choix de retourner

chez moi et de ne pas vivre le

"trip" jusqu'au bout, mais j'ai

encore envie. Un an, ce n'est

quand même pas assez long, je

veux dire, il y a eu l'album,

puis ensuite les équipes qui ont

accepté de travailler ensemble,

parce que c'est ça le plus

compliqué, si les équipes

bloquent... Pendant un moment je

pensais que ça n'allait pas se

faire, honnêtement. Quand t'es

six mois dans les paperasses

d'avocats, que tu vois des

échanges de "mails" puis à un

moment donné, il y a des clauses

sur lesquelles ça "bug", tu dis:

"Bon..." Finalement ça s'est

passé, mais ce sont vraiment les

équipes... si les équipes ne

s'étaient pas entendues, si

Audiogram ne s'était pas

entendue avec Sony France et

Arista, ben, je ne pense pas que

j'aurais pu aller jusque là-bas.

C'est sûr que mon manageur,

c'est lui qui m'a taillé la

place avant que j'arrive,

c'était son travail de... puis

encore là, de faire que je reste

finalement. C'est lui qui a le

plus travaillé. Pour moi, ç'a

été la clé un peu de mon

installation ici, oui.

(Plus tard, PETER PETER donne son spectacle sur la scène. Il chante une de ses chansons.)


PETER PETER

♪Moi et mes amis

travaillons fort

À noyer la douleur et l'ennui

Nous forgeons au sein de

nos ivresses

Une version améliorée

de la tristesse

Moi et mes amis...♪

(PETER PETER poursuit son spectacle.)


PETER PETER

(Narrateur)

Là ou ça m'a ouvert les portes

ici, c'est de savoir que je peux

travailler de n'importe où, en

fait. Puis ça, dans quelques

mois, je vais peut-être le

savoir en fait de... de savoir

si je veux aller écrire à

Lisbonne parce qu'il fait chaud,

puis que ce n'est pas cher, ou

si je reste à Paris parce que

j'ai comme une vie ici. Mais je

pense que pour l'avenir, je ne

me poserai jamais de limites sur

ou je vais faire mes trucs. Si

je sens qu'il y a une ouverture

quelque part c'est... c'est le

plaisir aussi que j'ai à le

faire, ce n'est pas de conquérir

la planète, c'est de... de

juste, tout simplement vivre des

choses intenses. C'est ce que...

c'est ce qui m'a mené vers les

arts aussi, d'être libre, puis

de vivre l'intensité pour le

reste de ma vie finalement.

(Fin émission)

(Générique de fermeture)

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