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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Thomas Perlmutter : Président ONF

Thomas Perlmutter est devenu président de l’Office National du Film en 2007. Il s’est donné comme mandat de devenir la « conscience culturelle du Canada ». Son premier défi : rendre disponible tous les films de l’ONF en ligne. Il veut aussi donner la possibilité aux cinéastes canadiens de créer sans contrainte commerciale. Une démarche qui a vu les films de l’ONF recevoir de nombreux prix partout dans le monde. Thomas Perlmutter de ses projets et de son parcours.



Réalisateurs: Francis Lussier, Mark Rosario
Année de production: 2012

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

GISÈLE QUENNEVILLE est en studio.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Bienvenue à l'émission. Thomas

Perlmutter s'est donné tout un

défi en étant nommé président

de l'Office national du film en

2007. Il s'est donné comme

mandat de devenir la conscience

culturelle du Canada.

Pas une mince tâche

considérant que le Canada

est un pays qui cherche

parfois sa réelle culture.

Comme premier objectif,

Thomas Perlmutter a

voulu partager les bijoux de la

collection documentaire de

l'ONF avec tout le Canada et

avec le monde. Il a commencé à

mettre en ligne tous les films

produits par l'ONF, et ça depuis

ses tout débuts il y a plus de

70 ans. De plus, M. Perlmutter

veut donner aux cinéastes

canadiens la chance

de raconter leurs histoires

sans contrainte commerciale. Et

ça semble fonctionner. Les

films de l'ONF sont toujours

primés dans les festivals un

peu partout. Si M. Perlmutter

comprend le Canada,

c'est peut-être à cause de sa

relation avec le pays. Il est

né en Hongrie, mais sa mère a

fui le communisme, alors qu'il

n'avait que quatre mois. Après

quelques années en Israël, il

est arrivé au Canada à l'âge de

quatre ans. C'est à Montréal

qu'il a observé et qu'il a

compris le Canada et c'est, par

le biais de son travail comme

cinéaste, qu'il raconte nos

histoires partout dans le

monde.

(Transition)

(GISÈLE QUENNEVILLE et THOMAS PERLMUTTER sont assis dans une salle de cinéma.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Perlmutter, bonjour.


THOMAS PERLMUTTER

- Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Dans la mission de l'ONF,

c'est écrit que l'ONF doit être

la conscience culturelle du

Canada. Qu'est-ce que ça veut

dire ça?


THOMAS PERLMUTTER

- Qu'est-ce que ça veut dire?

C'est pas écrit dans la

mission, c'est pas dans la loi.

La mission c'est très simple. Ça

veut dire refléter le Canada

aux Canadiens et au monde.

Mais d'être la conscience, c'est

plutôt une phrase que j'ai

inventée quand je suis arrivé à

l'ONF et c'était vraiment une

discussion avec mon

prédécesseur Jacques

Bensimon, qui était vraiment

une personne qui, je pense,

a ravivé l'ONF à l'époque,

dans les débuts des

années 2000. Mais, pour moi,

qu'est-ce que ça veut dire?

C'est que l'ONF doit aller

beaucoup plus loin que

n'importe quelle autre

institution et de vraiment aller

dans les profondeurs dans les

questions de tous les enjeux

sociaux, mais par le biais de

la culture, de la création

audiovisuelle et toute forme de

création audiovisuelle. Alors,

voilà.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Est-ce qu'on s'était éloigné

de ça, à un moment donné?


THOMAS PERLMUTTER

- Mais on était éloigné de ça

pour des raisons... une

partie technique, parce qu'on

était éloignés de nos

auditoires. On ne peut pas être

une conscience culturelle. On

ne peut pas avoir cet aspect si

on n'a pas une relation très

étroite avec nos auditoires, si

on n'a pas un lien très fort

avec la société. Et ce qui est

arrivé, il y avait des grandes

coupures à l'ONF, c'était en

1996 et c'était un tiers du

budget que l'ONF avait perdu à

l'époque. L'effet de ça, c'était

des coupures avec les relations

à travers le pays, fermeture

des bureaux, fermeture de toutes

sortes de façons d'être en

contact avec nos auditoires.


GISÈLE QUENNEVILLE

- On y reviendra dans un instant

avec toute cette question

d'accessibilité. Mais, dans

votre mission, vous dites

également que l'ONF doit faire

ce que le secteur privé ne fait

pas. Comment est-ce que l'ONF

peut réussir à se démarquer de

ce qui se fait dans le secteur

privé?


THOMAS PERLMUTTER

- C'est une bonne question,

parce qu'on a eu des

discussions de ça. Ce n'est pas

simplement de faire ce que le

secteur privé ne peut pas

faire. C'est de faire ce que

n'importe quelle autre

institution même publique ne

peut pas faire. Parce que je

crois que, fondamentalement, si

les contribuables paient pour

ça, si on rend un service, on

ne doit pas refaire ce que les

autres peuvent faire. Alors,

comment peut-on faire ça? C'est

axé vraiment sur la question de

prendre des risques: risque de

création, risque d'innovations,

risque d'aller plus loin. Parce

qu'il n'y a aucun modèle ni

d'affaires, ni de création et

d'explorer. Ça ne veut pas dire

qu'on va réussir tout le temps.

Mais c'est d'aller là, c'est

d'être très clair que chaque

fois qu'on engage, on est en

train de parler aussi. Mais, par

exemple, des cinéastes arrivent

à la porte de l'ONF

tout le temps et, pour eux,

ils sont tellement

habitués pour faire les pitchs.

Parce que c'est ça comme vous

le savez, ils doivent gagner

leur vie. Ils doivent vraiment

vivre. On ne peut pas simplement

vivre sur l'air. Et ils sont

habitués à faire des pitchs

pour essayer de vendre les

choses. Et là, on dit: non, les

pitchs ne nous intéressent pas.

C'est vous comme créateur qui

nous intéresse. C'est vous qui

devez aller plus loin en

démarches qui vous intéressent,

pas ce qu'on veut imposer

simplement. Et c'est

souvent un choc total

pour ces créateurs. Ils arrivent

là devant moi: vous voulez que

je réfléchisse sur moi-même,

que je crée quelque chose qui,

vraiment, m'intéresse? Là c'est

incroyable! Mais, on pousse.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Depuis que vous êtes là, je

pense que vous voyagez beaucoup

à travers le pays. Vous allez,

je pense que c'est une semaine

par mois, vous allez rencontrer

les gens dans les communautés.

Qu'est-ce qui se passe dans ces

échanges-là? Qu'est-ce que vous

dites aux gens et qu'est-ce que

vous entendez déjà des

Canadiens?


THOMAS PERLMUTTER

- C'est intéressant. Ce que j'ai

fait plutôt formellement d'une

certaine manière, c'est

peut-être d'organiser une

tournée pancanadienne. Moi,

j'ai voyagé toujours à travers

le Canada. J'ai rencontré...

c'était souvent, l'industrie ou

des communautés liées à

l'industrie des créateurs,

producteurs et tout ça. Cette

fois-ci, c'était vraiment de

rencontrer les communautés,

nos auditoires, les gens avec

qui on a toujours une relation

profonde. Et c'est la première

fois qu'un président de l'ONF a

fait ça. Et j'ai pris un an

pour traverser d'une partie à

l'autre du pays dans toutes les

communautés. Et ce que j'ai

fait, c'était des choses

comme j'ai organisé un déjeuner

avec les chefs de communautés

dans tous les secteurs;

chambres de commerce ou des

étudiants, des autochtones,

dans les services sociaux,

partout, pour vraiment avoir un

échange sur les enjeux de leur

communauté, comment la

culture peut jouer un rôle. Et

j'étais là pour leur expliquer

un peu le rôle de l'ONF, mais

plutôt d'écouter, d'être à

l'écoute de ce qui est

intéressant pour eux. Et après

le soir, c'était vraiment il y

a une soirée ouverte et j'ai

fait... au lieu de faire une

sorte de discours traditionnel

d'un président d'un organisme.

C'est ça qu'on fait. J'ai

raconté une histoire en

utilisant des extraits de films

de l'ONF. C'était très

personnel pour démontrer parce

que moi je suis un immigrant et

j'ai expliqué un peu le thème

de toute ces soirées, c'était

chez soi. Qu'est-ce que ça veut

dire de créer un pays où on

se sent chez soi.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Revenons à l'accessibilité.

J'imagine, quelque part dans

vos voyages, les gens ont dit:

mais on aimerait peut-être les

voir ces films-là de l'ONF. Et

vous, vous avez mis sur pied

une nouvelle façon de faire les

choses, c'est-à-dire les films

sont disponibles en ligne?


THOMAS PERLMUTTER

- Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Qu'est-ce que ça a eu comme

résultat?


THOMAS PERLMUTTER

- Mais c'est exactement le défi

de l'ONF. Quand je suis arrivé

à l'ONF, je suis arrivé en 2002

comme directeur, à l'époque, de

programmes anglais, de toute la

production et j'ai fait toutes

ces tournées à travers le pays

et la question était toujours:

comment peut-on voir les films

de l'ONF? Et, pour moi, c'était

le grand défi parce que si on

ne peut pas assurer que les

gens peuvent voir. Ce n'est pas

simplement voir, mais avoir

cet échange.

Encore une fois, on

revient à cette phrase...

conscience. On ne peut pas être

une conscience culturelle s'il

n'y a... si ce n'est pas

simplement de voir quelque

chose, mais d'avoir la

possibilité d'échanges, de

réflexions. Mais qu'est-ce que

ça peut donner? Premièrement,

l'accessibilité, parce que

c'est disponible gratuitement.

J'ai pris la décision

premièrement de faire ce

tournage numérique et d'assurer

l'accessibilité et

deuxièmement, d'assurer que

c'est gratuit. Et je dois dire

qu'il y avait beaucoup de

débats à l'interne de l'ONF et

beaucoup de désaccords, à

l'époque. Pourquoi on fait ça?

Pourquoi, gratuitement? Mais

j'ai dit: essentiel. Là, sur le

site, on est conscients. On

arrive dans une sorte

d'univers. C'est un peu comme

être un voyageur, pas un

touriste, mais un voyageur. À

un moment donné, on voyage à

travers le temps. Parce qu'on a

des films depuis le début de

l'ONF en 1939 jusqu'à

aujourd'hui. C'est à travers la

géographie. Parce que c'est à

travers la culture, à travers

les langues. À un moment donné,

c'est comme être en voyage, on

fait un grand voyage et on a

découvert des choses inouïes,

remarquables. On rencontre les

gens. À un moment donné, on est

surpris. On se dit: mais il y

a quelque chose, je connais

quelque chose ici, c'est

comme un petit déjà-vu et

on prend conscience: écoute.

J'ai découvert moi-même. C'est

mon pays. Et ça c'est fabuleux

et pour la plupart des

Canadiens. Moi, je suis

tellement chanceux d'avoir cette

chance de voyager partout, mais

la plupart des Canadiens ne

connaissent pas le pays. Et

c'est un pays incroyable!

C'est un pays remarquable.

C'est un pays d'une grande

beauté. C'est un pays de gens

d'une capacité, capabilité

incroyable. Et c'est ça

qu'on doit faire connecter

l'un avec l'autre.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Maintenant, tout n'est pas

rose non plus à l'ONF? Vous

avez parlé des compressions

budgétaires auxquelles vous

avez fait face dans les années

80-90. Il y a eu des

compressions budgétaires tout

récemment. On parle d'une

réduction de six millions de

dollars. On parle

d'accessibilité mais, en

quelque sorte, c'est un peu

l'ironie. On fait cette

entrevue aujourd'hui dans une

salle de cinéma qui n'existera

plus très bientôt. La

Cinémathèque de Toronto fermera

ses portes. L'impact de

compressions de cette

envergure-là sur une

institution comme la vôtre?


THOMAS PERLMUTTER

- Et, pour moi, il y a un impact

à court terme, je dirais. Ce

n'est pas facile. Ce n'est pas

quelque chose quand même qu'on

ne peut pas dire qu'on est

content d'avoir ces

compressions budgétaires, mais

j'aimerais les mettre dans un

contexte. Premièrement, le

contexte plus large, contexte

de notre société, ce n'est pas

simplement le secteur culturel

qui souffre. On regarde

tous les autres secteurs.

Quand on regarde les

chercheurs scientifiques, on

regarde les secteurs éducatifs,

quand on regarde les services

sociaux et tous les autres

secteurs, comment puis-je dire:

écoute, ne me coupe pas. Parce

que je suis sensible à tous les

autres secteurs. Et on contribue

d'une certaine façon pour le

futur de notre pays avec ces

coupes. Deuxièmement, quand je

regarde ça. On était en train

de quand même bâtir le futur de

l'ONF. C'est dur dans le

court terme. Mais, moi,

j'espère pouvoir dire: quand

aujourd'hui, on a des

opportunités d'aller chercher

d'autres sources de revenus. Et

ce n'est pas en devenant plutôt

commercial, c'est l'inverse. En

poussant tout l'aspect

innovation et création et notre

possibilité de connecter avec

les auditoires internationaux.

Parce qu'en ce moment, là ce

qui est intéressant, c'est

qu'on est disponible partout

avec les plates-formes

numériques, nos auditoires

globaux hors du Canada sont

plus larges que les auditoires

canadiens.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Comme vous savez, il y a des

cinéastes francophones de

l'Ontario et de l'Ouest qui ont

été particulièrement choqués,

je pense, par la perte du poste

de producteur francophone ici

pour l'Ontario et l'Ouest.

Est-ce que ce que vous dites

en ce moment,

c'est que c'est temporaire et

qu'ils pourront raconter leurs

histoires?


THOMAS PERLMUTTER

- Non, plus que ça. Parce que

j'étais... et je suis pas dans

la position mais d'ici à un

mois à six semaines, je vais

faire des annonces qui vont

rendre toutes ces communautés

contentes et heureuses parce que

on va mettre plus de

ressources dans tout ça d'une

autre manière.

Une façon de vraiment valoriser

les voix francophones

à travers le pays.

Et pour une raison très

fondamentale, c'est pas

simplement quelque chose qui

était une réponse à ces

nouvelles, c'était quelque

chose que j'étais en train de

réfléchir depuis des mois.

Parce qu'il y a deux ans, j'ai

dit qu'on va valoriser, qu'on

va mettre au centre de nos

réflexions stratégiques ce que

j'appelle l'épanouissement du

français, la culture et la

langue française au Canada et

au monde. Et la raison de ça,

c'est parce que, moi je suis

allophone. Je ne suis pas ni

anglophone, ni francophone et je

suis très sensible aux

questions de langue et la

question de diversité des

langues. La question de

diversité de la culture est,

pour moi, c'est fondamental

ça. Et si on perd ça, on perd

notre âme. Et pour moi, c'est

pour ça que je mets beaucoup

d'emphase sur ça et c'est

vraiment au coeur de ce qu'on

veut faire. Et, en ce moment,

actuellement, l'ONF est le

leader mondial dans la

création d'un nouveau type

d'oeuvres interactives et, pour

moi, c'est vraiment une nouvelle

forme d'art. C'est une nouvelle

forme de création. C'est une

nouvelle forme de

divertissement qui va devenir de

plus en plus important dans les

années qui s'en viennent.

Ils ont besoin d'avoir un accès

aux outils et la façon de

création va assurer ça aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Parlons création. Parlons

documentaire. Vous, vous êtes

un cinéaste, un documentariste.

Qu'est-ce qui fait un bon

documentaire?


THOMAS PERLMUTTER

- C'est vraiment... il y a une

question de talent. Il y a

une question artisanale

aussi, d'assurer qu'il y a la

façon que quelque chose a été

tourné, la façon de monter

quelque chose, la façon d'entrer

dans une relation. Mais il y a

certaines choses fondamentales.

Parce que le documentaire,

ce n'est pas facile. Il

y a une blague que je dis

parfois que le documentaire,

c'est une façon beaucoup plus

difficile de faire la fiction.

Premièrement et toujours, c'est

une relation humaine et je

pense que ça veut dire... et là

l'ONF a un avantage avec le

documentaire et c'est

l'avantage du temps. Si on

entre dans une relation

profonde du temps ou on reste,

dans cette... on attend dans la

découverte parce que ça change

le documentariste aussi. On ne

peut pas raconter le même type

d'histoire si on est là pour

une période de temps, si on

passe le temps. On a fait un

film avec un cinéaste canadien

chinois Yung Chang sur les

Yangzi. Il a passé deux ans dans

une relation profonde avec des

familles chinoises aux bords du

Yangzi et le film était

superbe. On ne peut pas faire un

film comme ça en trois

semaines, par exemple, un

tournage de trois semaines.


GISÈLE QUENNEVILLE

- L'ONF existe depuis plus de

70 ans maintenant et c'est

considéré comme étant un des

meilleurs laboratoires créatifs

au monde, comment l'ONF se

distingue de d'autres

organismes semblables ailleurs

dans le monde?


THOMAS PERLMUTTER

- Bien, premièrement, il n'y a

pas un autre organisme

semblable parce que c'est

unique. Unique, parce que c'est

un studio de production. C'est

une compagnie de distribution.

Mais c'est public. C'est un

studio public. Pensez comme un

studio hollywoodien comme

Disney ou Warner là, qui est

public, mais ce n'est pas ça.

Nous, nous sommes publics. Ce

sont les Canadiens qui sont les

maîtres là.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Vous mentionniez tantôt cette

espèce de produit interactif

sur lequel vous travaillez, ça

va ressembler à quoi ça?


THOMAS PERLMUTTER

- Mais c'est déjà disponible sur

onf.ca. On a fait peut-être une

cinquantaine de films. Ce sont

toutes sortes de formes.

Ce sont des documentaires.

Ce sont des oeuvres

interactives. Par exemple,

on a travaillé avec le

forum mondial sur la langue

française qui s'est passé à

Québec en juillet et on a créé

une installation interactive.

On a travaillé avec des

cinéastes dans 12 pays

francophones en Afrique, ici à

travers le Canada. On est allé

partout pour créer des capsules

autour des thèmes, quelques

mots comme amour, joie, des

choses comme ça. Et c'est une

façon très ludique, mais à la

fois profonde et

l'installation est là. C'était

sur le lieu de la conférence et

les gens étaient là et ils

racontaient aussi et

enregistraient leurs histoires

à eux aussi. Mais chaque fois,

immédiatement, c'était sur le

site web. Alors, il y avait cet

échange. Mais c'est la création

basée autour de la création, de

créateurs. Dans un autre ordre

d'idées, c'est un peu comme

jouer aux échecs à 3D, d'entrer

dans un monde complètement

immersif et qui est organique.

Ça veut dire que ça change avec

le temps parce qu'on ajoute des

choses. Ce n'est pas comme un

cinéma traditionnel. Quand

c'est complet, c'est

fini. À un moment donné,

ça ne finit pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

- J'aimerais qu'on parle un peu

de vous. Parce que votre

histoire personnelle est en soi

assez captivante, je pense

qu'on peut dire. Vous êtes né en

Hongrie. Votre père est décédé,

vous n'aviez que quatre mois.


THOMAS PERLMUTTER

- Oui, c'est ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Et là, votre mère décide de

quitter la Hongrie, un pays

communiste. Comment ça

s'est passé?


THOMAS PERLMUTTER

- Oui, il y a une histoire à ça

aussi. Parce que comme une

famille juive en Hongrie qui

était une alliée des nazis, et

en 1944, tous les juifs étaient

envoyés au camp

de concentration.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Dont votre maman?


THOMAS PERLMUTTER

- Ma mère était à Auschwitz et

ça marque toute la communauté et

on a perdu presque toute la

famille. Moi, j'ai eu un frère

et une soeur qui sont disparus.

Et là, finalement, elle

a été libérée par les Russes en

1945. Elle était très malade,

avec le typhus. Elle a survécu.

Elle est revenue. Elle voulait

rester mais elle a un frère qui

était là, un cousin qui est

devenu son mari et après ça,

c'était mon père. Mais lui, il

était aussi dans un camp de

concentration. Et c'était

tellement dur, que,

finalement, il a décidé à cause

de ça. Et avec les communistes,

c'était encore une fois une

autre forme d'oppression.

C'était invivable pour eux et

ils ont décidé en groupe de

s'évader et de traverser la

frontière. Et c'était pendant la

nuit. C'était dur. C'était un

voyage d'aller en

Tchécoslovaquie; de

Tchécoslovaquie en Autriche et

de là, en Italie et de faire un

parcours. Puis finalement, on

est arrivé en Israël.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Vous, vous étiez tout petit à

l'époque?


THOMAS PERLMUTTER

- Oui, j'étais un bébé, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Tout à fait. Mais est-ce que

ça vous a marqué et j'imagine

que oui et de quelle façon?

(Pendant que M. PERLMUTTER parle, des photos de lui et de sa famille défilent.)


THOMAS PERLMUTTER

- Ah oui, ça m'a marqué parce

qu'on habitait... J'étais enfant

quand, finalement, qu'on a

déménagé au Canada dans les

années 50. On est arrivé,

c'était vraiment un refuge.

C'était: ah, finalement,

quelque part où on peut vivre

un peu! Respirer. Exactement.

Mais on n'échappe jamais.

C'était une famille qui

n'échappait jamais les horreurs

de la guerre, de cette fuite,

de la perte, de tout ça. Et ça

nous marquait parce qu'on

vivait dans cette bulle-là.

Même si c'était à Montréal.

C'était une petite communauté

de réfugiés hongrois qui

existaient parmi eux, d'une

certaine manière isolés.

C'était quand même une poupée

russe, cette communauté. Dans

une communauté plus large, je

dirais qu'elle était plutôt

anglophone dans une communauté

minoritaire qui était

francophone. Alors, ce sont

toutes les questions de

marginalité étaient ancrées

dans mon âme et c'est pour ça

que je suis très sensible à ces

questions. Et ça veut dire que

je vois aussi des forces de

possibilités d'être marginal

nous permettant d'aller

expérimenter, innover, d'aller

plus loin, d'essayer des

choses.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Comment vous vous êtes

intéressé au cinéma?


THOMAS PERLMUTTER

- Je suis tombé dans le cinéma

très jeune. C'était quelque

chose qui m'intéressait.

Je ne sais pas pourquoi.

Je pense un peu

que c'était deux choses.

Moi, j'étais complètement

quelqu'un qui a échappé

au monde autour de moi

dans les livres. Je lis

beaucoup partout, n'importe

quoi. Mais l'autre chose,

c'était le cinéma. J'échappais

dans d'autres mondes et je

m'intéressais très tôt au cinéma

mondial. Je vous rappelle que

j'ai déménagé à Londres et j'ai

vécu là pendant plusieurs

années et là, j'ai commencé une

relation avec une femme qui est

devenue, à l'époque, ma femme.

Et la première sortie qu'on a

faite, j'ai insisté:

s'il vous plaît, voulez-vous

venir au cinéma avec moi? On

sortait parce qu'il y avait

un programme de longs métrages

russes muets de minuit à l'aube.

Mais c'était la première sortie

avec cette femme-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Mais ça a marché quand même?


THOMAS PERLMUTTER

- Pour une période.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Pour un temps, d'accord.


THOMAS PERLMUTTER

- Finalement, elle a appris

que j'étais peut-être plus fou

qu'elle pensait. Ha! Ha! Ha!


GISÈLE QUENNEVILLE

- Alors c'est comme ça que vous

êtes rentré dans le cinéma?


THOMAS PERLMUTTER

- Je suis rentré dedans et

j'étais fasciné par cette forme

de création, par une façon de

voir le monde autrement.


GISÈLE QUENNEVILLE

- En tant que fils d'immigrante,

et là, on pourrait peut-être

même dire, réfugiée dans le cas

de votre mère, de votre

famille, qu'est-ce que ça

représente pour vous

aujourd'hui d'être le président

d'une des plus importantes

institutions culturelles

au Canada?


THOMAS PERLMUTTER

- Premièrement, une surprise.

C'est pas parce que, pour moi,

comme un immigrant, c'était je

pense un effet de voir cette

famille qui était tellement

prise dans cette histoire-là

qu'il y a toujours la peur,

qu'il n'y a aucun futur.

C'était ça. On était ancrés

dans une sorte de monde, un

paysage mythique où le futur

n'existait pas. Et quand

j'étais jeune, l'idée que je

pouvais, finalement, avoir une

ambition d'être à la tête...

jamais, jamais, jamais.

Et qu'est-ce que ça veut dire.

Ça veut dire que

j'ai un sentiment de

responsabilité énorme d'assurer

l'ouverture d'une institution.

En ce moment, c'est beaucoup

plus important parce que la

diversité, le visage du pays

ont changé énormément depuis 30

ans. Maintenant, on a une des

populations les plus

diversifiées au monde. À

Toronto, c'est quoi, presque 50

pour cent.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Des gens qui ne sont pas nés

ici.


THOMAS PERLMUTTER

- Exactement et partout même à

Vancouver, à Montréal, à

Windsor et comme ça. Alors, on

doit être ouvert à ces autres,

pas simplement à ces autres

histoires, mais aux autres

formes de raconter des

histoires, même dans les formes

de création, on doit être

ouverts. Ce n'est pas d'insister

certaines choses, d'explorer

sans qu'on fasse un rôle de

conscience culturelle, d'être

ouverts à la façon de créer.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Monsieur Perlmutter, merci

beaucoup.


THOMAS PERLMUTTER

- Merci beaucoup à vous.

(Générique de fermeture)

- Sous-titrage: CNST, Montréal.

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