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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Robert Fowler : Ancien diplomate

L’ancien diplomate canadien Robert Fowler raconte l’enfer qu’il a vécu aux mains d’Al-Qaïda.



Réalisateurs: Simon Madore, Karen Vanderborght
Année de production: 2013

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Début générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Fin générique d'ouverture


Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, ROBERT FOWLER, ancien diplomate et auteur, on montre des images de lui avec des hommes d'État à travers le monde. Puis, on le voit à l'ONU et en Afrique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le nom de Robert Fowler est

synonyme de diplomatie

canadienne.

À l'âge de 25 ans, le jeune

homme se joint aux Affaires

étrangères.

Il est d'abord affecté à Paris,

et ensuite aux Nations Unies

à New York. Petit à petit,

il monte les échelons.

Il conseille les premiers

ministres Trudeau, Turner et

Mulroney en matière d'Affaires

étrangères. En 1995, Robert

Fowler devient ambassadeur du

Canada à l'ONU. Et de 1999 à

2000, il représente le Canada

au Conseil de sécurité. La

passion de Robert Fowler,

c'est l'Afrique. Il y va pour la

première fois à l'âge de 19 ans

pour enseigner l'anglais au

Rwanda. Bien des années plus

tard, il est considéré comme

un expert de la situation

politique et humanitaire du

continent, et il est appelé à

conseiller plusieurs premiers

ministres sur la question.

Deux ans après sa retraite,

le secrétaire général de l'ONU

Ban Ki-moon lui demande de mener

une mission de paix au Niger.

Mais quand M. Fowler remet les

pieds en Afrique en septembre

2008, il ne peut pas s'imaginer

l'enfer qui l'attend. Le 14

décembre, M. Fowler et son

associé Louis Guay sont enlevés

et gardés prisonniers pendant

quatre mois aux mains

d'Al-Qaïda au Maghreb

islamique, la plus grande

branche d'Al-Qaïda au monde.

Cette épreuve a transformé le

diplomate chevronné pour

toujours. Et elle lui a rappelé

l'importance de sa famille, de

son épouse Mary et de leurs

quatre filles. Ces quatre mois

de captivité, Robert Fowler les

a mis sur papier dans le livre

Ma saison en enfer publié

chez Québec Amérique.


L'entrevue se déroule dans un salon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Fowler, bonjour.


ROBERT FOWLER

Bonjour, Gisèle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dites-moi, parlez-moi, en

fait, de la première fois que

vous avez mis les pieds

en Afrique.


ROBERT FOWLER

J'étais très jeune.

J'étais étudiant à McGill,

j'aimais pas tellement ça...

J'aimais pas tellement ma vie,

c'est peut-être ce qui arrive

à l'âge de 18-19 ans.

Mais... alors j'avais rencontré

un Canadien... très fameux,

le père dominicain Georges-Henri

Lévesque lors d'un cocktail.

Le père Lévesque m'a invité

à venir au Rwanda enseigner

à l'université que lui il avait

fondée l'an auparavant.

Alors je suis allé au Rwanda.

J'avais aucune idée où c'était

le Rwanda. Mais sur une carte,

je l'ai trouvé là au centre.

Et puis... j'ai enseigné

l'anglais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Justement, est-ce que c'est

à partir de ce voyage-là où

vous avez eu le goût de voyager

et de faire partie de la

diplomatie canadienne, des

Affaires extérieures?


ROBERT FOWLER

Bien, c'est certainement ça

qui m'a donné le goût de vivre,

de découvrir l'étranger...

surtout de découvrir plus

de l'Afrique. Mais j'ai dû

revenir pour... avoir ce que

mon père appelait ma carte

syndicale de collet blanc,

un degré universitaire.

Alors, ça, je l'ai pris de

Queen's, et puis je suis entré

dans la fonction publique tout

de suite après, mais à l'ACDI,

pas aux Affaires extérieures.

Après un an à l'ACDI,

j'ai trouvé que l'ACDI

était un peu trop missionnaire

pour mes goûts.

J'avais un sens de l'aide au

développement un peu plus...

moi, je dirais pratique. Alors

j'ai pris les examens des

Affaires extérieures, et après

un an, je suis rentré comme

jeune agent de services

extérieurs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez passé quand même

plusieurs années à l'ONU.

Vous étiez pendant plusieurs

années vu comme étant

notre homme à l'ONU.


ROBERT FOWLER

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quel est le souvenir que vous

gardez de ces années-là?


ROBERT FOWLER

J'ai fait deux stages aux

Nations Unies. Et tous les deux

ont été axés sur le Conseil de

sécurité. Quand j'avais 11 ans,

mon père m'a amené

ah, ça, c'est il y a longtemps de ça

mon père m'a amené aux Nations

Unies, et il...

il m'a présenté à Ralph Bunche

qui était un grand diplomate

américain, et même de ce

moment-là, de marcher dans les

coulisses des Nations Unies

m'a touché. L'idée que c'était

la grande souk, le marché

où tout le monde y est,

tous les pays au monde

représentés, les grands, les

petits, les puissants, les

pauvres, et j'ai trouvé cette

idée très attachante.

La réalité est moins attachante.


GISÈLE QUENNEVILLE

En 2008, je pense que vous

étiez déjà à la retraite quand

le secrétaire général Ban

Ki-moon de l'ONU vous a demandé

de diriger une mission de paix

au Niger.


ROBERT FOWLER

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez dit oui, pourquoi?


ROBERT FOWLER

C'est un peu osé pour moi

de le dire, mais j'avais...

j'avais tout ce qu'il fallait

pour entreprendre une telle

mission. On aurait pu dire que

j'ai passé 40 ans en

préparation d'une telle

mission. Quand j'étais au

Conseil de sécurité deux fois,

une fois comme le chef,

je me suis engagé en plusieurs

missions comparables,

mais de l'autre côté.

Mais... Niger, c'était un

des... des rares pays d'Afrique

où j'avais pas mis le pied,

jamais. La mission comme telle

n'était pas tellement

compliquée. Il y avait une

rébellion des Touaregs dans le

nord du pays qui... Le Niger,

c'est le troisième pays le plus

pauvre au monde, avec une

population qui explose. Et

déjà, aujourd'hui, 65% de la

population crève de faim.

Cette rébellion écrasait

encore plus ces 20 millions

de personnes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous étiez

conscient d'un danger au Niger?


ROBERT FOWLER

Non, parce qu'il n'y avait pas

de danger.

Au nord, où se passait la

rébellion, il y avait un

danger. J'étais très bien

protégé. Mais lui et moi,

nous étions pris dans le 8%

de pays qui est coloré en vert

sur les cartes onusiennes.

Nous étions pris...

à la place près du fleuve Niger

où l'ambassade canadienne

faisait des piques-niques les

week-ends, à côté de la plus

grande base militaire du pays.

Et peut-être vous allez trouver

ça amusant, nous étions pris à

côté d'un tout petit village qui

s'appelle Karma. Vraiment.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y avait un mauvais karma

cette journée-là.


ROBERT FOWLER

Oui, oui. Mais en tout cas.

Alors nous étions à 35 km

de la capitale, et c'était

sur la route que tout

le gouvernement devait

traverser en deux jours pour

célébrer le 50e anniversaire

de l'indépendance.

Alors, non, c'était une zone...

sécuritaire.

C'est très clair, mais on ne l'a

pas su, pour plusieurs mois,

qu'on était visés.

Et quelqu'un nous a "fournis"

à Al-Qaïda.

Eux, ils nous ont pris 500 km

plus au sud, où ils n'avaient

jamais opéré auparavant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Racontez-moi l'enlèvement.


ROBERT FOWLER

Alors ce jour-là, c'était un

dimanche, on avait eu des

rencontres vendredi, on en

avait d'autres prévues pour

lundi et mardi, on avait décidé

de visiter les parages, incluant

une mine d'or canadienne

à 100 km au nord-ouest de la

capitale. En rentrant de cette

visite aux mines, on avait

espéré que les revenus miniers

pourraient graisser un accord

éventuel entre les Touaregs et

le gouvernement.

Louis était au téléphone,

parlant au chef d'office

canadien pour arranger

notre dîner ce soir-là.

Et... soudainement, un camion

nous a dépassés.

Tout de suite après nous avoir

dépassés, il nous a coupés.

Notre chauffeur onusien

a essayé de repasser le véhicule

en avant, un camion, et il

s'est déplacé pour nous bloquer

encore une fois. Alors tout de

suite, tout de suite, j'ai su

que c'était pas bien.

Et finalement, ils nous ont

arrêtés, forçant notre

chauffeur à freiner, et tout

de suite, il y avait deux

Kalachnikov pointés dans la

gueule de notre chauffeur à

une distance de trois mètres.

Ils nous ont arrachés du

véhicule, jetés dans le camion.

Et c'était le début de notre

descente en enfer.


L'entrevue se déplace dans un restaurant, avec deux invitées de plus, LINTON DRUMOND et JUSTINE FOWLER les filles de ROBERT FOWLER.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment vous avez réagi

lorsque vous avez appris

la nouvelle?


LINTON DRUMOND

Au début, on nous disait

que... il va peut-être être là

pendant deux, trois semaines.


JUSTINE FOWLER

Quand on a entendu que c'était

Al-Qaïda, c'est sûr qu'on a...

il fallait... repenser un petit

peu, oui.


LINTON DRUMOND

Quelque chose comme ça,

on n’était pas vraiment bien

préparées, savoir quoi faire.

En fait, notre père nous a

appelées un jour, mais l'appel

était triste...


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous avez finalement

réussi à rejoindre votre fille

après tout ce temps-là,

qu'est-ce que ça vous a fait?


ROBERT FOWLER

C'était très dur. Après qu'on

avait fini avec le sérieux,

il n'y avait pas beaucoup

d'autres choses à dire, sauf...

adieu.


LINTON DRUMOND

On s'est parlé pendant

tellement de temps qu'après un

certain temps, on était à...

So... Plus rien à se dire.

Non, c'est vrai.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Fowler, parlez-moi

des conditions de votre

captivité. Vous étiez dans

le désert, il faisait chaud.

Et vous bougiez beaucoup.


ROBERT FOWLER

Oui et non.

Nous étions à 1000 km,

plus ou moins,

je ne sais pas exactement

où nous étions... mais plus ou

moins 1000 km au nord de

Timbuktu. Pour la grande

population du monde de l'Ouest,

Timbuktu, c'est...


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est nulle part!


ROBERT FOWLER

...c'est la définition de

lointain. Et on était 1000 km

plus loin que lointain.

Et on était en plein centre du

désert de Sahara. Alors le

désert, ça, c'est un désert

plus large que les États-Unis,

ça nous a pris cinq jours pour

arriver là où... où ils

voulaient. Et là, nous sommes

restés 56 jours dans la même

place... Alors ça, c'est...

avec les cinq jours, c'est plus

ou moins la moitié de notre

captivité, et la deuxième

moitié, on était à 23

différentes places.


GISÈLE QUENNEVILLE

Saviez-vous à qui vous aviez

affaire? Saviez-vous à ce

moment-là qui étaient vos

ravisseurs?


ROBERT FOWLER

Douze heures après notre

enlèvement... On avait fait un

très dur... off-road trajet.

Alors on arrêtait juste avant

l'aube. Moi, j'avais mal au

dos, je pouvais pas m'étendre,

alors je marchais. Et un de nos

ravisseurs qui s'appelait à

cette époque le Sénégalais,

lui, il faisait du thé dans le

sable comme ça. Alors je

voulais avoir un verre.

Alors je suis passé par là...

Et lui, il m'a regardé d'en bas

pour dire: "Est-ce que vous avez

déniché qui nous sommes?"

Alors j'ai dit non. Alors il

dit: "Nous sommes Al-Qaïda."

Ils nous ont dit très

clairement: "Vous êtes des

prisonniers de guerre. Vous

n'êtes pas des touristes de

passage qu'on a pris comme ça.

Vous êtes l'ennemi. Vous

représentez l'horrible Nations

Unies, cette organisation qui

veut détourner les cerveaux de

jeunes musulmans." En fait,

dans un certain sens, ils nous

détestaient personnellement,

physiquement. Quand nous étions

dans le camion...

trois personnes dans deux sièges

en avant, et les épaules

frottaient contre les leurs,

ils étaient presque visiblement

malades. On était des gens

dissipés de l'Ouest...

d'une religion qu'ils ne

respectaient pas, des moeurs

qu'ils ne respectaient pas et

nous étions tous des perdus...

des... des damnés par Dieu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous parliez de la fois où

vous êtes amenés dans cette

tente pour la vidéo preuve de

vie, ça s'est passé à quelques

reprises. Et c'était des

moments très tendus pour vous,

ça, n'est-ce pas?


ROBERT FOWLER

Toujours très.

Parce que... dès que je voyais

une tente et une caméra,

je pensais tout de suite à votre

collègue Daniel Pearl...


GISÈLE QUENNEVILLE

Il s'est fait décapiter.


ROBERT FOWLER

Voilà. Un journaliste au Wall

Street Journal qui en 2002

a été décapité par Al-Qaïda

à Karachi au Pakistan.


GISÈLE QUENNEVILLE

Devant les caméras.


ROBERT FOWLER

Et plus d'un demi-million de

personnes l'ont vu sur YouTube.

Moi, je l'avais pas vu.

Mais on me l'avait décrit,

ce qui était peut-être pire.

Alors chaque fois que je voyais

cette tente, et il y avait

quatre vidéos, trois faits

dans une tente,

l'autre à l'extérieur,

et les trois vidéos dans

la tente, chaque fois que

j'entrais dans la tente, je

regardais par terre pour voir

s'il y avait du plastique sur

les tapis.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez été libéré après 130

jours. On sait que le président

du Mali était impliqué

là-dedans, on sait que le

président du Burkina Faso

était impliqué là-dedans, dans

votre libération. Qu'en est-il

du Canada?


ROBERT FOWLER

Honnêtement, je ne sais pas.

Aucun agent du gouvernement

ne m'a jamais parlé de ce qui

s'est passé, de comment...

comment ils ont su...

quand ils ont établi leur

task force qui a été très

grande et très importante,

quel était le déroulement

des négociations, etc.,

ils m'ont jamais dit.

Le premier ministre a dit très

clairement lors de notre

libération que le Canada n'a

pas payé de rançon et n'a pas

libéré de prisonniers.

OK. J'ai pas de raison de ne

pas le croire, mais je dis très

clairement dans le livre

que je suis là avec vous pas

pour mes beaux yeux bleus...

Ils ont eu quelque chose.

Louis et moi, on discutait

constamment: comment est-ce

qu'on va sortir de là.

Nous avions eu 75 ans

d'expérience de l'analyse

géostratégique entre nous,

c'était nos métiers...

Alors, lui, il disait: "Écoutez,

éventuellement, ils vont en

avoir marre de nous", et ça,

c'est certain...

et éventuellement, ils vont nous

libérer comme ça, en geste

humanitaire. Moi, j'ai dit:

C'est Al-Qaïda! Ils font pas

de gestes humanitaires.

Ça détruirait leur trademark.

Alors lui, il disait avec grande

raison: "Alors quoi?"

Je disais: Il faut qu'ils

reçoivent assez. Il dit: "C'est

quoi, assez?" J'ai dit: J'ai

aucune idée. Alors, bien que le

Canada ne m'a rien dit, y a

beaucoup de reportages de

presse, surtout de là-bas,

surtout de Agence France

Presse et Associated Press,

selon leurs reportages, il y

avait des prisonniers de

libérés au Mali et il y avait

une rançon de payée.

Un journaliste d'Associated

Press a trouvé un tas de

documents dans une maison

à Timbuktu, une maison

supposément qui était le

quartier général de Mokhtar

Belmokhtar, qui était mon

ravisseur, et les documents

étaient tous écrits à la main

parce qu'ils avaient peur des

communications électroniques,

avec grande raison,

et un de ces documents,

document que je trouve

absolument fascinant,

qui était le document qui

congédiait, qui renvoyait

Belmokhtar de l'Aqmi, de

Al-Qaïda dans le Maghreb

islamique. Et ils ont cité une

douzaine de ses péchés

dont: "Vous n'avez pas soumis

vos comptes de dépenses

à temps."

Et un autre de ces péchés-là

a été décrit comme: "Vous n'avez

pas bien géré les négociations

pour Guay et Fowler.

Vous n'avez eu que 700 000

euros... pour les deux!"


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est un million de dollars,

quand même.


ROBERT FOWLER

Un million de dollars pour les

deux. C'était jugé par eux

pas suffisant. Ils auraient pu

faire plus.

Mais la chose la plus...

qui me donne toujours des

frissons, c'était pas

seulement: Vous n'avez pas eu

assez d'argent, mais nous, on

voulait les utiliser pour faire

sortir les Canadiens

d'Afghanistan. Alors si ça avait

été revendiqué, je ne serais pas

là. Il n'y a pas de doute.


L'entrevue a lieu au restaurant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlez-moi de la libération

et des retrouvailles.


LINTON DRUMOND

On attendait dans une petite

chambre avec tous les autres

enfants, hein.

On les entend arriver de l'autre

côté de la porte.

On entend sa voix et on n'a pas

le droit de sortir de la

chambre. C'est tellement

bizarre.


JUSTINE FOWLER

Il faut pas lui demander trop

de questions, il faut pas

l'embrasser trop fort...

On était comme... Sérieusement?

Ça fait quatre mois et demi puis

on peut pas lui parler?


ROBERT FOWLER

Je crois qu'il y avait un

psychiatre qui leur a tous dit:

"Surtout, puisque ça fait 130

jours qu'on lui a donné des

ordres constamment, il faut

jamais lui donner des

instructions." Mais

malheureusement, ils ont tous

oublié ces bons conseils.


JUSTINE FOWLER

Toute ta vie!


GISÈLE QUENNEVILLE

Depuis, hein?


ROBERT FOWLER

Voilà, exactement.


JUSTINE FOWLER

Si on lui dit pas quoi faire,

il va être très inquiété.


L'entrevue reprend dans le salon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Fowler, au tout début

de votre livre, vous dites que

vous et votre associé Louis

Guay, que vous avez récolté

ce que le Canada et ses alliés

ont semé après les attentats

du 11 septembre.

Qu'est-ce que vous voulez dire

par ça?


ROBERT FOWLER

C'est toute l'histoire de "war

on terror" de la guerre contre

le terrorisme. J'ai passé dix

ans de ma vie à New York.

Nous avons eu plusieurs amis

qui ont péri le 11 septembre.

C'était une horreur...

inacceptable.

Alors, j'étais entièrement en

faveur de répondre à cet acte

pour démontrer clairement

que le Canada, l'Ouest, nos

alliés ne pourraient jamais

accepter une telle menace,

et qu'on devait sérieusement

endommager les capacités

d'Al-Qaïda de faire ces

choses-là. Mais dès que

la mission a changé...

envers la démocratie,

l'anticorruption et d'échanger

Afghanistan en Alberta, j'ai

trouvé que c'était la folie

pure. Y a pas de doute que ce

que nous avons fait, la manière

que nous l'avons fait en

Afghanistan, en Iraq et en

Libye, a certainement...

haussé la cote d'Al-Qaïda

dans le monde... a haussé

la réputation des djihadistes

à travers le monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous dites également

dans le livre qu'on se trompe de

penser qu'en éliminant Oussama

Ben Laden, qu'on a affaibli

Al-Qaïda. En fait, ce que vous

dites, c'est que Al-Qaïda n'a

jamais été aussi fort,

notamment en Afrique.


ROBERT FOWLER

Je trouve que oui. Et ce qu'on

a vu dernièrement, en Somalie,

au Kenya, en Ouganda, au

Nigeria, au Niger, au Mali,

pour moi le prouve. Juste

dernièrement, toute la

publicité, que cette horreur

dans le mall de Nairobi ait pu

atterrir dans les médias de

l'Ouest. Et c'était horrible,

ce qui est arrivé.

Mais ces choses-là, elles

arrivent deux, trois fois par

semaine au nord du Nigeria...


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais c'est pas des

Occidentaux, c'est pas des

Blancs.


ROBERT FOWLER

Exactement. C'est ça la

réponse.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors si Al-Qaïda Aqmi est si

présent en Afrique, est-ce qu'on

se trompe, ou on s'est trompés,

de concentrer nos efforts en

Afghanistan, au Moyen-Orient?


ROBERT FOWLER

On s'est trompés horriblement

parce que quand il s'agissait

simplement d'endommager

Al-Qaïda, la mission avait du

sens. Mais quand la mission

d'amener une démocratie

occidentale en Afghanistan,

nous, nous sommes absolument

convaincus que nos valeurs sont

meilleures que les leurs.

Mais eux, ils ne sont pas

convaincus. L'orgueil qui nous

a amenés à croire qu'on pouvait

imposer nos valeurs à travers

le monde... est absolument

ridicule. Ceci dit, en Afrique,

le genre d'Islam que j'ai connu

si bien en Afrique a été

toujours en Islam doux, gentil,

généreux, ouvert, qui est très

menacé par cet Islam salafiste,

cet Islam wahhabiste que j'ai

connu de près. Et je trouve que

nous devrions encore aider nos

amis africains à résister

contre cette menace salafiste.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais comme vous dites dans

votre livre, ces gens sont à la

recherche d'une domination

spirituelle. Il n'y a pas

d'intérêts économiques ni

territoriaux face à leur

démarche. Alors, comment

combattre ça?


ROBERT FOWLER

La réaction automatique

des gentils Canadiens...

devant une telle menace,

c'est de répondre: c'est une

question de développement.

Et c'est pas vrai.

Aucun, aucun de mes ravisseurs

n'était là parce que... ils

étaient simplement pauvres,

ou leur famille crevait de

faim, ou... Ils étaient là parce

que Dieu leur a dit d'y être.

Et de prendre le sabre pour

lutter pour lui. Ils veulent

pas les choses que les guerres

du passé, des derniers

1000 ans, voulaient accomplir.

Ils voulaient pas des ressources

naturelles, ils voulaient pas

des marchés...

ils voulaient pas simplement

les territoires ou les empires.

Ils veulent restaurer le grand

Khalifa. Ils veulent appliquer

une féroce application de charia

à travers le monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et pour les Canadiens,

on voit ça de l'extérieur,

on dit: c'est loin... ça ne nous

touche pas. Est-ce que c'est

le cas?


ROBERT FOWLER

Non. Comment est-ce qu'on peut

le prétendre?

Quand Belmokhtar, quand il a

attaqué l'énorme usine de gaz

naturel à In Amenas en janvier

passé...


GISÈLE QUENNEVILLE

En Algérie.


ROBERT FOWLER

En Algérie. Quand ils ont tué

39 étrangers, otages

étrangers, il y avait parmi ces

djihadistes deux jeunes

Canadiens de Londres en

Ontario... de son côté, avec

lui. Après, ici au pays, il y

avait des gens qui voulaient

attaquer un train entre Toronto

et New York... On a eu une

attaque contre le parlement

à Victoria en

Colombie-Britannique. Il faut

se rappeler que le Millennium

Bomber qui voulait faire

exploser l'aéroport de

Los Angeles...

GISÈLE QUENNEVILLE

Ahmed Ressan.


ROBERT FOWLER

...est venu de Montréal.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


ROBERT FOWLER

Alors comment est-ce qu'on

peut prétendre que ça ne nous

touche pas? Certainement!

Et après Boston... Comment

est-ce qu'on... Après le major

américain qui a tué 11 soldats

américains à Fort Hood...

Bien sûr, ça nous touche.


GISÈLE QUENNEVILLE

Robert Fowler, merci beaucoup.


ROBERT FOWLER

C'est un grand plaisir.


Générique de fermeture


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