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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Hon. Paul Rouleau : Juge

Paul Rouleau est un spécialiste du litige en droit de l’éducation, en droit constitutionnel, en droit du travail et en droit du commerce.
Durant sa carrière, Paul Rouleau s’intéressera un temps à la politique. Il fera même partie de l’équipe de John Turner.
Après ses études en droit, il s’établit à Toronto où il s’implique rapidement au sein de la communauté francophone. L’éducation devient son cheval de bataille. Les causes importantes se multiplient.
En 2002, il est nommé juge à la cour supérieure de l’Ontario et depuis 2005, il siège à la Cour d’appel de l’Ontario.



Réalisateurs: Simon Madore, Karen Vanderborght

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, des photos de PAUL ROULEAU à différents moments de sa vie défilent à l'écran.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ce matin, je me rends chez le

juge Paul Rouleau. Ça fait

longtemps qu'on ne s'est pas

vus. Autrefois, il m'arrivait

de l'interviewer, quand il était

avocat, sur la question de la

gestion scolaire. Mais en 2002,

il est devenu juge. Et un juge,

c'est beaucoup moins bavard

qu'un avocat.

Paul Rouleau vient de Vanier, à

l'époque où ce quartier d'Ottawa

s'appelait encore East View.

Son père est décédé quand il

avait 19 ans. Sa mère est

retournée travailler comme

infirmière et les quatre

enfants ont pu faire des

grandes études en droit et en

médecine.

Après un bac en commerce à

l'Université d'Ottawa, Paul se

dirige en droit, à la même

université. Pendant un temps,

il s'intéresse à la politique.

Il travaille même au sein de

l'équipe de John Turner.

Mais son travail d'avocat

l'amène à Toronto. Il s'y

établit avec son épouse et c'est

ici qu'ils élèveront leurs

quatre garçons.

à Toronto, Paul Rouleau

s'implique rapidement au sein

de la communauté francophone.

L'éducation devient son cheval

de bataille. Les causes

importantes se multiplient.

En 2002, il est nommé juge à la

Cour supérieure de l'Ontario.

Depuis 2005, il siège à la Cour

d'appel.

(GISÈLE QUENNEVILLE et PAUL ROULEAU sont assis l'un face à l'autre dans une pièce de la résidence de ce dernier.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Paul Rouleau, bonjour.


PAUL ROULEAU

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez été avocat pendant

une vingtaine d'années avant

d'être nommé juge à la Cour

supérieure, à la Cour d'appel.

J'imagine qu'avec un parcours

comme celui-là, le droit, c'est

quelque chose que vous vouliez

faire depuis un très jeune âge.


PAUL ROULEAU

Franchement, non. C'était...

à un jeune âge, je voulais

être médecin — mon père

était médecin — mais...

Et puis là, je me suis dirigé

vers le commerce. J'ai fait

mon bac en administration.

Puis c'est là que vraiment,

j'ai vu que je voulais pas

être en affaires.

Je voulais pas le côté...

C'était pas assez humain pour

moi. Mais j'étais pas prêt à

graduer encore, alors...


GISÈLE QUENNEVILLE

Il paraît que vous vouliez

être chauffeur de camion.


PAUL ROULEAU

Oui. Ça, c'était mon deuxième

choix. Mon premier, c'est que

je voulais être chauffeur

d'une charrue. J'aimais bien

ça, tu sais...


GISÈLE QUENNEVILLE

Genre déneiger?


PAUL ROULEAU

Déneiger... Ou même la terre.

C'était bien. Puis les camions,

bien ça, c'était mon rêve: un

gros camion puis juste faire la

navette d'un bout à l'autre du

pays ou de l'Amérique du Nord.

Mais c'était pas trop pratique.

Alors quand j'étais à

l'université, j'ai décidé qu'on

choisirait un programme après

le commerce. Puis c'est...

Ma pire note, c'était en

droit. Alors pourquoi pas le

droit? Alors j'ai choisi le

droit. J'ai été là pour rester

à l'université. Puis... devenu

avocat malgré moi,

malgré mes choix.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, vous avez grandi à

East View, aujourd'hui qui est

Vanier, bien sûr, une petite

vie assez tranquille, votre

père était médecin. Mais votre

père est décédé lorsque vous

aviez à peine 19 ans. Est-ce

que, à 19 ans, on a encore

besoin de son père?


PAUL ROULEAU

Absolument. C'est un...

Au moment, tu le vois pas. Mais

comme tu avances, tu veux

prendre des décisions dans la

vie, tu veux un exemple de père.

Quand tu commences à avoir tes

enfants, tu veux partager.

Puis oui, y avait un gros vide.

J'ai pas pris conscience de ça

quand il est mort. Je pense que

ce qui m'a frappé le plus,

c'est ma mère, qui elle...

était bien prise au niveau

financier, au niveau personnel,

ç'a été très difficile sur elle.

Puis pour moi, ça m'a marqué.

Et puis j'ai pu au moins

développer une meilleure

relation avec ma mère,

mais ç'a été difficile,

ces années-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Chez vous, tout le monde a

fait des grandes études.

C'est-à-dire vous, vous êtes

devenu juge, vous avez un frère

cardiologue, un autre

neurologue. Est-ce qu'on

s'attendait à ça de vous?


PAUL ROULEAU

Oui, c'était... C'était très

compétitif chez nous.

Puis du côté de ma grand-mère,

du côté Rouleau, t'arrivais là,

il fallait que tu montres ton

bulletin. Si tu étais premier

de classe, t'avais 25 sous, si

t'étais pas premier de classe,

t'avais rien. Puis c'était...

c'était assez dur. T'arrivais

avec ton bulletin... Mon père,

je me souviens, j'ai eu 98,

puis la première question,

c'était: Où était ta faute?


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum. C'est sûr que vous

avez grandi à East View, c'était

très francophone à cette

époque-là. Vous avez fait vos

études à l'Université

d'Ottawa, j'imagine en

français. C'était important

pour vous quand vous étiez

jeune, le français et de

parler français? Est-ce que

vous étiez même conscient

que... on pouvait

ne pas parler français?


PAUL ROULEAU

Euh... Pour moi, c'est devenu

très important pour moi, le

français, relativement jeune.

Puis à ce temps-là, c'était le

changement. Ils commençaient...

Ils ont changé la loi pour

qu'on puisse avoir des écoles

secondaires en français juste

comme je passais, alors c'est

nous, mes frères... et on a été

à l'école privée parce que ça

existait pas. Puis vraiment, on

faisait face à une décision.

Puis beaucoup de francophones

qui réussissaient, ou qui

voulaient réussir, partaient de

l'Ontario, surtout à Ottawa.

T'étais pas loin de Montréal.

Et de fait, mes deux frères

aînés sont à Montréal.

Moi, j'ai pris la décision que

j'allais rester en Ontario puis

j'allais voir si je pouvais

faire avancer la francophonie.

Puis ça, c'est une décision

que j'ai prise tôt dans

ma carrière.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais je sais qu'à un moment

donné, au tout début de votre

carrière, c'était la politique

qui vous intéressait. Vous avez

même travaillé pour John

Turner, à un moment donné.


PAUL ROULEAU

Quand j'étais à l'université,

j'ai été chanceux, il était

ministre des Finances.

Alors là, j'ai été embauché

comme son aviseur responsable

pour le Québec.

C'était des petits bureaux,

dans le temps, les bureaux

de ministre. Nous étions...

je pense quatre ou cinq

seulement, comparé

à aujourd'hui...

Alors moi, j'étais responsable.

Je faisais ça à temps partiel

durant l'année puis l'été à

plein temps. Puis ça m'a ouvert

les yeux. C'était une expérience

vraiment fantastique.

Puis j'aimais les politiques.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pas assez pour

devenir politicien?


PAUL ROULEAU

Bien, disons qu'avec le

temps... j'ai eu une expérience

beaucoup plus intense en 84.

J'ai aidé M. Turner quand il

s'est présenté à la chefferie.

Moi, j'étais sur l'avion, on

faisait la navette d'un bout

à l'autre du pays. Avec les

reporters, etc. Et ensuite,

je suis devenu son chef de

cabinet quand il était Premier

ministre. Alors j'ai fait ça de

façon très intense pendant à peu

près six mois. Puis quand on a

complété cette phase-là —

il a perdu l'élection — j'ai été

en Floride avec mes deux

enfants à ce moment-là, et mon

épouse, puis on a parlé de

politique. Puis c'était très

clair: si je voulais rester en

politique, ce serait sans ma

famille. Alors... ça a décidé

de tout. Puis je le regrette pas

du tout, hein, c'était une

décision mutuelle à ce

stade-là, mais c'était très

clair que... mon épouse, ça

l'intéressait pas. Et avec

raison. Ç'a été un temps très

difficile pour moi et pour la

famille.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors nous sommes maintenant

dans le bureau de Paul Rouleau,

et on voit ici que la famille,

c'est quelque chose

d'important pour vous.

(Des photos de famille sont exposées dans la bibliothèque du bureau.)


PAUL ROULEAU

Oui, depuis mes

grands-parents qui avaient

les réunions de famille, que ce

soit pour le Jour de l'An,

maintenant nous avons tous les

dimanches, tous les enfants

viennent, on fait le souper

du dimanche... très important

pour moi.

Ce sont mes beaux garçons.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça vous a fait plaisir quand

ils vous ont annoncé qu'ils

allaient étudier en droit?


PAUL ROULEAU

Disons que... ils avaient

tous maintenu qu'ils seraient

pas avocats. Ils m'ont vu

travailler, ils ont dit: Non,

non, non, c'est pas pour nous.

Mais vraiment, je suis fier

d'eux. Même s'ils sont tous

avocats, ils ont choisi leur

propre domaine.


GISÈLE QUENNEVILLE

De quoi vous vous parlez

le dimanche soir?


PAUL ROULEAU

Au grand désespoir de mon

épouse, on parle souvent de...

de droit. Alors il y a mon

épouse et Grégoire, mon

troisième, qui va vers

l'enseignement, eux autres

sont obligés de souffrir les

débats. Par contre, je dois

dire, Julie et Grégoire

commencent à comprendre beaucoup

plus le domaine juridique.

Puis c'est souvent mêlé avec

les choses francophones. Alors

ils sont... on se débrouille.

C'est quand même le fun.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, un juge, ça se

voit de par son habillement.

Alors dites-moi qu'est-ce que

vous portez et pour quelles

raisons.


PAUL ROULEAU

Bien, on porte, nous, c'est

très traditionnel. De fait,

beaucoup de ça, ça découle parce

que c'était des ducs ou des

gens religieux et autres qui

étaient les juges,

anciennement en Angleterre.

Alors ils allaient dans la

campagne puis ils dispensaient

la justice, et ils avaient

presque toujours des toges.

Alors si tu étais un... je sais

pas, un lord de quelques sortes,

un seigneur, tu avais une toge.

Alors ce qui est arrivé, c'est

qu'on a gardé la tradition.

Puis la tradition est importante

parce qu'on veut que tout le

monde soit sur un pied

d'égalité, on veut la formalité

parce qu'on veut que ce soit

sérieux quand les gens

rentrent. Alors on a développé

un uniforme, si tu veux, puis on

le garde encore.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et les pantalons à rayures,

ça fait partie de l'uniforme ou

c'est vous qui les choisissez?


PAUL ROULEAU

Ça, c'est...

traditionnellement, ça fait

partie. C'est très anglais.

Certains juges vont pas

porter les pantalons. Moi...

c'est commode, c'est... c'est

un peu comme quand tu vas à

l'école secondaire avec un

uniforme. C'est plus simple.

Pas de jeu. On porte la même

chose.


GISÈLE QUENNEVILLE

On parlait de votre épouse

tantôt, et je sais qu'elle a un

grand rôle à jouer dans votre

succès. Il paraît que vous vous

êtes rencontrés à la Cour

Supérieure du Canada? C'est une

rencontre prédestinée, ça?


PAUL ROULEAU

C'est prédestiné, puis c'est

une drôle d'histoire. Parce que

moi, j'étais guide à la Cour

Suprême du Canada avant d'être

en droit, d'ailleurs.

Puis mon épouse était guide pour

ÉduCanada. Alors elle...

Elle est venue avec un groupe

de jeunes. Puis elle arrive en

autobus. Les jeunes rentrent,

elle rentre. C'était... un coup

de foudre pour moi. D'ailleurs,

je pense qu'elle a dû trouver

un certain attrait. Alors on a

fait la tournée, c'était la

dernière tournée de la journée,

et puis rendu à la fin, elle

m'a dit... On avait eu des

échanges, elle a dit: « T'habites

à East View? » J'ai dit oui. Elle

dit: « L'autobus passe par là

pour retourner les jeunes,

est-ce que tu veux un tour de

voiture? » On peut te laisser.

J'ai dit: « Certainement, ça

serait bien commode. » Je monte

dans l'autobus, on part... et

arrive au coin de Chemin de

Montréal puis St-Laurent, qui

est très loin de chez nous,

c'est l'autre bout de la

ville, elle dit: « Est-ce que ça,

c'est commode? » J'ai dit: « C'est

parfait, merci. » Elle me laisse

sortir. Je prends l'autobus,

je retourne à la Cour, j'avais

une voiture. Alors je suis

retourné prendre la voiture

pour retourner à la maison.

Mais ça a valu

l'investissement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Là, vous vous êtes retrouvés

à Toronto pour faire votre

carrière. Un francophone d'East

View transplanté à Toronto,

qu'est-ce que ça donne?


PAUL ROULEAU

Bien, c'était très drôle en

partant. Parce que quand je

suis venu pour faire des

entrevues pour un poste de

stage, certains des bureaux,

c'était comme...

curieux, ça disait: « Qu'est-ce

que tu fais ici? Pourquoi t'es

pas au Québec? Puis pourquoi

t'as pris le Common Law? »

Puis y avait aucune...

aucune connaissance des

Franco-Ontariens. Ils

comprenaient pas pourquoi je

voulais travailler en français

en Ontario. Alors j'ai pas eu

beaucoup d'offres,

malheureusement. Mais j'ai eu

une offre qui était... très

importante pour ma carrière,

c'est Pierre Genest, qui était

un grand francophone, surtout

ses grands-parents, Samuel

Genest. Il m'a embauché.

Un grand bureau, un grand

cabinet ici à Toronto. Puis il y

avait des guerres linguistiques

qui se passaient à ce temps-là,

à Penetang, l'École secondaire

de la Huronie, qui est une école

hors-la-loi qu'ils avaient

établie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Une école de la résistance,

à l'époque.


PAUL ROULEAU

L'École de la résistance,

exactement. Puis ils sont venus

voir Pierre Genest puis il m'a

impliqué tout de suite.

On représentait l'école, pro

bono parce que la communauté

avait pas d'argent. Puis ça m'a

impliqué dans les mouvements

francophones, mais surtout au

niveau de l'éducation. Alors

c'était un adon pur. J'ai eu

ensuite un poste permanent

avec le bureau...


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous vous êtes rapidement

impliqué dans la communauté

francophone, pas juste par le

travail, mais dans la

communauté francophone,

à différents niveaux. C'était

pour trouver des clients, ça,

ou vous vouliez vraiment

travailler dans la communauté?


PAUL ROULEAU

Non, c'était... Bien, de

nouveau, la vie, c'est plein

d'adons. Quand j'ai déménagé

à Toronto pour faire mon stage,

j'habitais sur la rue Carlton.

Puis je suis sorti pour trouver

une église. Puis l'église la

plus proche, ça s'adonne,

c'était l'église francophone

Sacré-Cœur. Alors il y avait

une réunion dans la salle de

l'église, alors j'ai été à la

réunion puis... quelqu'un

d'assez impressionnant, Omer

Deslauriers, a décidé de

présider la réunion.

Il a dit: « Qui peut aider puis

être trésorier? » J'ai dit:

« D'accord. » Puis tout de suite,

Omer et moi, nous sommes

devenus amis.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui. Faut dire que

M. Deslauriers, c'était un haut

fonctionnaire diplomate.


PAUL ROULEAU

Oui. C'était un francophone

par excellence puis il

cherchait à se défaire de

toutes sortes de

responsabilités. Parce qu'il

était maintenant au

gouvernement. Alors il a dit:

Bien coudonc, t'es un avocat,

pourquoi on organise pas une

association d'avocats? Alors là,

j'ai dit: « D'accord. » Avec

d'autres, j'ai parti

l'Association des juristes

d'expression française,

la l'AJEFO. Alors...

par le truchement d'Omer

Deslauriers, je suis devenu un

homme à tout faire dans la

communauté francophone.


GISÈLE QUENNEVILLE

Revenons aux écoles, revenons

à la cause à Penetang. Il y a

eu la cause Marchand, il y a eu

l'obtention de l'école

secondaire française à

Penetang. C'était précurseur,

ça, de tout ce qui est gestion

scolaire aujourd'hui. Que les

francophones voulaient avoir

leurs écoles, mais voulaient

également pouvoir gérer leurs

écoles. Est-ce que vous vous

rendiez compte, à l'époque,

quel allait être l'impact de

cette cause Marchand sur les

francophones de l'Ontario?

En fait, des francophones de

partout au pays.


PAUL ROULEAU

Non. Oui et non. Disons que

c'est... comme j'ai mentionné

avant, je voulais contribuer

à la communauté. Il y a eu la

loi 75, qui était la première

loi ici en Ontario pour

donner une certaine gestion.

Parce qu'à ce moment-là, c'était

clair qu'on avait le droit à

avoir des cours en français,

d'être enseigné, mais

appartenir nos édifices, c'était

pas évident. Et l'exemple qu'on

a donné au tribunal, je me

souviens, c'était... Parce que

c'était des anglophones. Puis le

côté anglais de la Charte, de

l'article 23, est pas très

clair. Mais le côté français,

ça dit: « Les francophones, la

minorité, a le droit d'être...

instruite dans des

établissements de la minorité ».

Alors on a expliqué au juge, « de

la »... si on dit « la plume de ma

tante », puis c'était l'exemple

qu'on a utilisé, « la plume de ma

tante », c'est sa plume. Alors

on a dit: « Quand on lit le côté

français, c'est très clair,

faut que ce soit géré par la

minorité. » Puis ça, ç'a été

vraiment la pierre angulaire

des droits. Après qu'on a eu

gagné cette cause-là, la loi 75,

j'ai dit: « Bien coudonc... »

Il fallait ensuite définir

qu'est-ce que c'est. T'as le

droit à tes établissements,

mais quelle qualité

d'établissements? Puis ça, ça

m'a mené à la cause Marchand.

Et puis ça, ç'a été une cause

qui m'a... vraiment marqué.

Aux niveaux professionnel et

personnel. Personnel parce que

c'était une cause francophone.

Professionnel parce que j'ai vu

l'importance de faire vivre,

pour les juges, pour la cour,

qu'est-ce que c'est vraiment les

droits linguistiques. Puis le

prof d'atelier, parce qu'une des

choses qu'on cherchait, c'était

des ateliers pour les

francophones. Les francophones

devaient aller dans l'école

anglaise, puis y a des

grosses machines. Puis

eux autres pouvaient pas

toucher les machines. Alors ils

changeaient de l'école française

à l'école anglaise.

Puis il a dit... L'année

suivante, il les a rencontrés

sur la rue principale à

Penetang, puis il a dit: « Comment

ça va avec l'école anglaise? »

Ah, ils disent, on peut pas

réussir. On a laissé tomber.

Parce qu'ils avaient été élevés

en français, ils avaient été à

l'école française. Alors on

voyait tout d'un coup que ça

détruisait des vies, c'était...

Alors le juge a vu ça. Puis ça,

ça a créé la première cause

vraiment qui a établi ce que

j'appelle l'équivalence pour

les francophones. Ils ont droit

à des écoles non seulement qui

sont les leurs, mais qui sont

aussi bonnes que les

anglophones.


GISÈLE QUENNEVILLE

Paul Rouleau, on est en cour,

on est dans une salle

d'audience en ce moment.

Une salle d'audience qui est

réservée à la Cour d'appel.


PAUL ROULEAU

Bien, c'est la Cour d'appel,

on le sait parce qu'il y a trois

bancs. Alors les formations à la

Cour d'appel sont presque

toujours trois. Le plus senior

dans le milieu, le deuxième à

sa droite et l'autre à gauche.

Alors j'étais toujours le plus

jeune puis tu te sentais pas en

contrôle comme quand t'es un

avocat, drôle à dire, tu te sens

comme si tu contrôles plus la

procédure. Parce que c'est toi

qui plaides, c'est toi qui

diriges la cour. Tandis que

quand t'es le junior, bien,

tu écoutes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous vous assoyez où

maintenant? Est-ce que vous

êtes toujours à gauche?


PAUL ROULEAU

Ça varie. Non, là, je suis

souvent à droite puis des fois

dans le milieu. Alors...

c'est pas parce qu'on est

brillant, c'est juste parce

qu'on est ici plus longtemps.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous trouvez qu'en

général, les Canadiens

connaissent leur système

judiciaire? Ou est-ce qu'on se

fait une idée basée sur le

système américain qu'on voit

à la télévision?


PAUL ROULEAU

Beaucoup, c'est basé sur ce

qu'ils voient à la télévision.

Parce que je parle souvent

aux jeunes étudiants qui

viennent ici, on a un programme

puis ils cherchent où est le

marteau puis on a pas de

marteau ici ou ils pensent que

c'est... tu sais, c'est un peu

l'embuscade. Mais c'est beaucoup

plus sobre chez nous qu'aux

États-Unis, ou du moins

qu'à la télé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez fait plein de choses

en tant qu'avocat. Un jour,

j'imagine que vous recevez un

appel pour vous proposer d'être

juge. J'imagine que c'est comme

ça que ça se passe, mais j'ai

aucune idée comment ça se

passe. Pouvez-vous nous

éclairer là-dessus?


PAUL ROULEAU

J'ai été très chanceux, dans

le sens que... un juge de la

Cour d'appel, Jean-Marc

Labrosse, qui est un juge très

bien connu, et il a suggéré,

il a dit: « Coudonc, tu ferais

un bon juge. »

Alors j'ai dit: « Pourquoi pas? »

Alors j'ai soumis une demande

puis ça a pris du temps, mais

là, grâce certainement à des

gens qui ont parlé en bien de

ma part, j'ai eu l'appel.

Puis là, oui, t'as un téléphone

puis ils disent: « Est-ce que tu

accepterais un appel du

ministre? » Puis j'ai dit:

« Certainement, ça me ferait

bien plaisir. »


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez toujours été un

avocat, je pense qu'on peut

dire assez activiste.


PAUL ROULEAU

(acquiesçant)

Hum hum.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que ça change

de passer de l'avocat activiste

au juge qui doit être très

très très impartial?


PAUL ROULEAU

Il faut donner le crédit aux

bonnes personnes. La communauté,

c'est eux qui vraiment ont

réussi à avancer les dossiers.

Moi, je facilitais, j'étais un

avocat, alors je desservais la

communauté. Alors j'ai jamais

été vraiment autant un

activiste direct, et...

Mais je manquais... ça me

manque, les clients, ça me

manque. Quand on a gagné la

cause Marchand, on était dans

la cave de l'église à

Lafontaine puis il y avait

toutes sortes d'artistes

francophones qui ont

spontanément commencé à faire

de la musique, du chant...

Je me sentais vraiment... qui

baignait dans une communauté.

Et je manque ça beaucoup.

Je manque me prononcer sur des

questions. Parce qu'on peut pas

se prononcer comme juge, c'est

pas notre rôle. Alors j'ai

trouvé ça difficile.

Par contre, je cherchais à

vraiment faire un travail plus

juridique. Parce que... oui,

j'ai contribué beaucoup avec

des causes francophones, mais

c'est assez limité, quand même.

Alors j'ai trouvé ça difficile,

je m'implique encore dans

certaines choses, mais très...

beaucoup moins directement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Justement, est-ce que vous

êtes obligé de vous retirer de

cette communauté francophone,

étant donné votre poste?


PAUL ROULEAU

Non. On se retire jamais.

C'est pas une bonne chose.

Premièrement, des juges, faut...

faut que tu sois dans le vrai

monde, tu peux pas être sur un

piédestal. Alors je m'implique

beaucoup avec l'AJEFO, je vais

toujours aux conférences,

j'essaie d'aider les jeunes dans

la mesure que je puisse, je

travaille avec Glendon sur un

comité aviseur. Ce qu'on peut

pas faire, c'est être le

porte-parole ou être...

activiste dans le sens

traditionnel. Mais non, il faut

pas se retirer de la

communauté. Je participe

beaucoup, autant que je le peux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourtant, y a pas si

longtemps, vous avez rédigé

un rapport sur l'accès...

des francophones à la justice

en Ontario. Donc vous êtes

encore impliqué.


PAUL ROULEAU

Oui. Ça, c'est c'était...

c'était assez limité, le mandat

était limité. C'était sur...

est-ce qu'il y avait assez de

juges francophones en Ontario?

Puis à ma façon, j'ai...

j'ai élargi ça. Parce que c'est

une fausse question.

Est-ce qu'il y a assez de juges?

Bien, si tous les juges étaient

bilingues, il y en aurait

assez. Mais si tout le monde

est pas bilingue, tous les

juges sont pas bilingues, il

faut que tu regardes le

système, faut que tu regardes

l'accès. Et...


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais est-ce que c'est l'accès

à la justice qui est le problème

ou c'est les francophones

qui demandent pas cet accès

non plus?


PAUL ROULEAU

C'est ça que le rapport

explique. Et puis ce qu'il y

avait de très important,

c'est écrire un rapport,

rédiger un rapport qui

non seulement identifiait

les problèmes,

mais pouvait expliquer la

réponse à la question que tu

poses. Parce que beaucoup de

gens en Ontario disent:

Coudonc, ils ne veulent pas le

service. Alors on veut pas les

forcer. Mais les exemples sont

clairs. Si tu... tu as une

petite contravention, puis t'as

ta contravention, t'as le droit

de plaider en français. Mais si

tu vas, tu prends la journée de

congé, tu te présentes devant

un juge puis là, tu dis: je

veux en français puis ils

disent: y a pas de juge

aujourd'hui, mais on va t'en

donner un la semaine prochaine.

Bien, t'as pris ta journée de

congé, t'es là, tu dis: Bien

coudonc, je parle anglais,

alors je vais le faire en

anglais. Puis quand on commence

à faire l'étude, on voit que

c'est pas un accès égal.

Oui, ils l'offrent le service,

mais est-ce que c'est un

service s'il est pas égal?

Alors le rapport explique le

problème et donne des pistes

de solution, qui est critique.

Si on va survivre comme système

bilingue en Ontario, il faut

qu'on travaille et invente un

système qui va être réellement

égal, comme les écoles.

C'est un peu la cause Marchand

au niveau du droit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quelques réflexions sur votre

profession aujourd'hui. Vous

avez quatre fils, trois de ces

fils-là sont des avocats.

Est-ce que c'est une profession

qui a beaucoup changé au fil

des ans? Est-ce que c'est une

profession que vous

recommanderiez à des jeunes

aujourd'hui?


PAUL ROULEAU

La profession a changé.

C'est beaucoup plus commercial

que c'était. Quand j'ai

commencé, il y avait beaucoup

d'intérêt... d'aider les jeunes,

de travailler, des mentors...

Maintenant, c'est beaucoup plus

commercial. Ça, c'est

l'impression que j'ai. Alors

c'est plus difficile pour les

jeunes de faire ce que j'ai

fait, de passer... Je gardais

toujours un pourcentage de mon

temps pour travailler pour le

centre d'accueil Héritage ou

pour la communauté et autres.

Pas pour développer des clients,

mais pour me valoriser.

C'était égoïste dans un sens,

c'était ce qu'on aime faire.

Et puis la compétition est

incroyable maintenant. Il y a

beaucoup plus d'avocats.

Mais moi, j'encouragerais les

jeunes encore. Je trouve que

c'est une façon de penser,

une façon d'analyser.

Côté francophone y a encore un

gros besoin. On a pas assez

d'avocats bilingues qui font

du droit pénal, par exemple.

Alors on est chanceux comme

francophones, je dirais, y a

encore beaucoup d'opportunités.


GISÈLE QUENNEVILLE

Paul Rouleau, merci beaucoup.


PAUL ROULEAU

Bien, fait bien plaisir.

(Générique de fermeture)

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