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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Ron Rosenes - Militant et bénévole

Ron Rosenes vit avec le VIH depuis plus de 30 ans et il a consacré sa vie à ceux et celles qui vivent avec le VIH et le sida.
Au début des années 1980, Ron a commencé à se sentir de plus en plus fatigué. Il était malade. Il perdait du poids. En 1987, on a diagnostiqué la maladie.
Ce qui devait être un arrêt de mort pour Ron Rosenes est devenu une seconde vie…



Réalisateurs: Alexandra Levert, Simon Madore
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, des photos de RON ROSENES à différents moments de sa vie défilent à l'écran.


GISÈLE QUENNEVILLE

L'homme que je rencontre

aujourd'hui ne devrait plus

être de ce monde. Il vit avec le

VIH depuis plus de 30 ans.

Mais Ron Rosenes

a survécu et il a consacré

sa vie à ceux et celles qui

vivent avec le VIH et le sida.

Je l'ai déjà rencontré à

plusieurs reprises, et

aujourd'hui, on se retrouve

dans son magnifique loft

de Toronto. Ron Rosenes

savait très jeune qu'il était

différent des autres, mais pour

lui, ça s'est bien passé.

Ses parents ont accepté son

orientation sexuelle.

Il a pu poursuivre ses études

et il a eu une belle carrière

en affaires, jusqu'au jour où

les choses ont changé.

Au début des années 80,

Ron a commencé à se sentir de

plus en plus fatigué. Il était

malade et perdrait du poids.

En 1987, il a été diagnostiqué

avec le VIH. Ce qui devait être

un arrêt de mort pour Ron

Rosenes est devenu un

catalyseur. Plus de 30 ans plus

tard, Ron Rosenes est toujours

là et il est devenu un des

plus grands porte-parole pour

les hommes et femmes qui vivent

avec le VIH et le sida

aujourd'hui.

(GISÈLE QUENNEVILLE et RON ROSENES sont assis l'un face à l'autre, dans le loft de ce dernier.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Ron Rosenes, bonjour.


RON ROSENES

Bonjour, Gisèle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dites-moi, Ron, à quel moment

est-ce que vous vous êtes rendu

compte que vous étiez gai?

Ça fait longtemps, je pense,

hein?


RON ROSENES

Ah, bon, je pense que j'avais

11 ans et j'ai eu une

conversation très adulte, pour

l'époque, avec moi-même.

Je me suis assis dans ma petite

chambre à coucher et je me suis

dit: Écoute, Ron, t'es pas

comme les autres, il faut que

tu fasses face à ça. Et

heureusement, à l'époque,

j'avais aussi des amis, de

jeunes amis, dont mon cousin,

qui n'est plus avec nous

aujourd'hui, mais d'autres amis

que j'ai dû sortir du placard

un peu en criant. Mais moi,

je pense que j'en suis sorti

assez facilement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez grandi à Ottawa,

dans une famille juive

conservatrice. Et je pense qu'à

l'âge de 16 ou 17 ans, vous

l'avez annoncé à vos parents.

Comment est-ce qu'ils ont réagi?


RON ROSENES

Je pense que c'est tout ce

qu'on peut dire sur moi qui

est conservateur. Mais vraiment

j'ai eu de la chance. Je n'ai

rien dit à mes parents avant

l'âge, disons de 18 ans, mais

j'ai choisi un moment... Je suis

venu étudier ici, à Toronto, à

l'université de Toronto, et

j'avais invité ma mère à dîner

avec moi et je l'avais préparée

comme la grande annonce,

et quand je l'ai dit, elle m'a

regardé en disant: Bien, je le

savais. Je le savais depuis

toujours. Et elle a passé à

parler d'autre chose.

Quand je l'ai dit plus tard

aussi à mon père, ils m'ont

traité avec l'amour qu'ils

m'ont toujours accordé et aussi

à ma sœur et à mon frère.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum. Comment vous avez

vécu ça? On est à la fin des

années 60, début des années 70,

y a pas beaucoup de gens comme

vous qui sont sortis du placard

à ce moment-là. Est-ce que vous

vous sentiez seul?


RON ROSENES

Non, je ne me sentais pas

seul, parce que, comme je vous

ai dit, j'avais des amis qui

m'entouraient et aussi, à

l'école, je me sentais accepté.

Je ne me suis jamais fait

battre par les autres. Je ne

sais pas, je pense que j'ai

toujours eu comme défense

un sens de l'humour, si vous

voulez. Je racontais des

blagues, j'amusais les gens,

et heureusement, j'ai échappé,

si vous voulez, à ce genre de

confrontation.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, vous avez

mentionné vos études.

L'autre partie de votre vie, si

vous voulez, c'est vos études.

Vous avez étudié en langues

slaves et vous êtes devenu

le premier étudiant canadien

à faire un programme d'échange

avec l'université de Leningrad.

Comment ça s'est passé, ça?


RON ROSENES

C'était vraiment une histoire

de chance, parce que d'abord,

j'étais très fort comme

étudiant en français, et ça, je

le dois, je crois, à mon père

qui avait une oreille incroyable

pour les langues. Donc pour

moi, j'ai commencé les études

en français en 2e année de

l'école primaire. Et en

arrivant à l'école secondaire,

on a lancé un programme de

langues modernes. Donc on m'a

offert la possibilité, si vous

voulez, en 10e année,

d'étudier soit l'italien,

l'allemand, l'espagnol

ou le russe. Je me suis dit:

vous savez, vous avez des

grands-parents qui sont arrivés

au début du XXe siècle de la

Russie, pourquoi pas explorer

un peu vos racines russes?

Tu vas étudier le russe.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum hum.


RON ROSENES

Donc c'est ce que j'ai fait.

En arrivant à l'université,

j'avais déjà 4 ans de russe que

j'avais pris à l'école

secondaire. Donc vraiment,

c'est de la chance. Et je pense

que pour ça, j'avais un certain

avantage en arrivant à

l'université Carleton, et donc,

quand on a conclu le premier

programme d'échanges avec

l'université de Leningrad, parce

que c'était pas encore...


GISÈLE QUENNEVILLE

Saint-Pétersbourg.


RON ROSENES

... retourné sur

St-Petersburg, donc c'était

Leningrad à l'époque, en 70.

J'ai été choisi avec une

collègue pour aller étudier

pendant un an académique

dans le département de la

philologie de l'université de

Leningrad. Quelle belle

expérience!


GISÈLE QUENNEVILLE

Et le fait d'être homosexuel

en URSS, c'était comment, ça?


RON ROSENES

Ah bien, j'ai dû le cacher.

Alors ça, pendant un an à

Leningrad, j'ai très peu fait,

parce qu'il y avait pas moyen

de rencontrer les gens, mais à

travers des excursions au

Ballet Kirov, j'ai réussi à

rencontrer des danseurs.

Et j'ai eu quelques aventures.

Quelques aventures. Mais j'ai

aussi eu l'occasion de

rencontrer des danseurs tels que

Baryshnikov, qui n'était pas

encore sorti de l'Union

soviétique. Les danseurs russes

qui avaient l'intention de fuir

à l'Ouest un jour, ils étaient

très heureux de rencontrer

les jeunes étudiants de l'Ouest.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum. Maintenant, y a rien

dans votre parcours académique

qui prévoyait votre parcours

professionnel. Parce qu'un

moment donné, vous vous êtes

lancé en affaires. Comment

c'est arrivé, ça, devenir

entrepreneur?


RON ROSENES

Je suis passé par une période,

ce que j'appelle ma période

d'enseignement, ma période

académique, où j'ai enseigné au

cégep Vanier à Montréal.

Donc j'ai eu cette belle

occasion, mais pour moi, le

plaisir d'enseigner, ça n'a

duré que 7 ans. Et je sortais

aussi à l'époque de ma première

relation gaie avec un jeune

artiste. Ça ne marchait plus.

Donc j'ai décidé de rentrer

à Toronto et je voulais

devenir comédien.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum.


RON ROSENES

Et ce n'est pas le sort qui

m'est arrivé. J'avais un autre

destin. J'avais à l'époque

aussi un grand ami allemand

qui avait déménagé au Canada.

Il m'a invité à participer avec

lui dans sa compagnie de

distribution en gros.

Alors, j'ai lancé une compagnie

de ventes pour aider mon ami.

Et j'ai rencontré un jeune et

beau comédien de l'Alberta,

qui a été mon ami pendant

15 ans. Alors j'ai lancé cette

compagnie, j'ai travaillé comme

directeur de ventes.

Finalement, on a eu les droits

de distribution pour les

montres Swatch, alors j'avais

affaire avec tous les grands

magasins à rayons. Un contraste

avec ce que je faisais

auparavant. Mais ça m'a permis

quand même d'utiliser mon

français, ce que j'ai toujours

pu faire. Et enfin,

malheureusement, j'ai établi

une belle vie ici, à Toronto,

mais mon ami Kimble est mort en

91 à cause du sida. À cause

du sida.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un moment donné, vous avez

commencé à vous sentir mal,

vous n'étiez pas bien, vous

vous sentiez malade. À cette

époque-là, on était, je pense,

au début des années 80, on...

le sida n'existait pas, le VIH

n'existait pas ou on le savait

pas. Qu'est-ce que vous pensiez

que c'était?


RON ROSENES

Je me suis rendu compte à

travers des tests de sang, des

anomalies dans les tests de

sang, qu'il y avait quelque

chose qui ne marchait pas.

Au début des années 80, on

lisait dans les journaux les

premiers cas, surtout

évidemment comme on le sait très

bien dans l'histoire maintenant,

parmi les hommes gais.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum hum.


RON ROSENES

Donc on voyageait beaucoup,

beaucoup à New York à l'époque.

Et on s'amusait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et j'imagine que des relations

protégées, ça n'existait pas

à ce moment-là.


RON ROSENES

Non... Ça existait, parce qu’

on a toujours pensé à se

protéger contre toutes sortes

d'infections sexuellement

transmises. On pensait pas

au VIH. On pensait pas à une

maladie fatale qui nous

arriverait, tel qu'on a

maintenant, depuis le début des

années 80. Mais je date mon

infection à mes visites à New

York dans les années fin 70.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum.


RON ROSENES

Donc au début des années 80,

mon ami Kim a participé à un

essai clinique où on essayait

de créer un test d'anticorps

pour le VIH. À l'époque, y

avait pas de traitement,

n'est-ce pas?


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum hum.


RON ROSENES

Donc les chercheurs lui ont

dit à l'époque: On vous donnera

pas les résultats, parce qu'on

veut pas vous énerver. Mais ils

ont changé d'idée et en 83, ils

ont dit à mon ami: Vous avez

testé et vous êtes positif.

Alors c'était vraiment un choc.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors vous, quand le

diagnostic est tombé pour vous,

on était plus tard.


RON ROSENES

On était plus tard, on était

en 87.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc c'était pas une surprise.


RON ROSENES

Non, il y avait pas de

surprise, c'est plutôt une

confirmation de ce que je

savais très bien.

(On voit l'intérieur du loft et les œuvres d'art qui s'y trouvent.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand on regarde un peu

partout dans votre logement,

y a de l'art partout; y a de

l'art contemporain partout.

Pourquoi l'art contemporain

en particulier?


RON ROSENES

Ça a commencé à me fasciner

depuis mon plus jeune âge. Et

j'avais comme premier ami, un

jeune artiste qui

malheureusement est aussi

décédé au début des années 80.

Un monsieur de Toronto qui

s'appelle John Street. C'est lui

qui a lancé mon intérêt dans

les tableaux, dans l'art et

dans l'art contemporain.

Et depuis bien des années, je

fais le tour des galeries,

je collectionne. Vraiment, le

monde de l'art contemporain me

fascine beaucoup, beaucoup.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ron, vous m'avez dit que vous

aviez toujours eu une facilité

pour les langues, que vous avez

commencé à apprendre le

français à l'âge... à la 2e

année, donc à l'âge de 7 ans à

peu près. Mais il y a avoir la

facilité pour les langues,

mais y a la pratique de cette

langue qui est importante

aussi. Et vous, de toute

évidence, vous pratiquez le

français, parce que vous le

parlez très bien.


RON ROSENES

Merci. Heureusement,

mon travail m'a toujours permis

beaucoup d'occasions pour

parler français.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum hum.


RON ROSENES

Donc je m'en suis servi

assez fréquemment au courant

des années, heureusement.

Et surtout, quand je travaillais

même dans le VIH au niveau

national, notre organisme était

fondé par l'Agence publique du

Canada, donc il a fallu tout

traduire en français et

conduire les affaires de notre

organisme aussi en français.

à l'époque, j'ai rarement eu

l'occasion de parler aux médias

en anglais, ma langue

maternelle, mais plutôt et

beaucoup plus fréquemment

en français.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ron, ça fait déjà plusieurs

années qu'on se voit de temps

de temps. Vous me paraissez

toujours en grande forme,

pourtant vous vivez avec le

VIH. Comment vous maintenez

la forme?


RON ROSENES

Un moment donné, j'ai cessé...

J'ai laissé tomber quelques...

... drogues récréatives.

J'ai cessé de fumer.

J'ai commencé un programme

d'exercices et j'ai découvert

le yoga. J'ai pu faire toutes

sortes de choses pour moi.

J'ai aussi développé avec des

experts à l'époque, un

programme de supplémentation

avec des vitamines et j'ai

aussi une longue histoire avec

un pratiquant de la médecine

traditionnelle chinoise ici,

à Toronto.

J'ai fait, si vous voulez, un

mélange de soins personnels de

l'Est et de l'Ouest.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais en plus de ça, si vous

êtes encore là aujourd'hui,

plus de 30 ans plus tard, avec

le VIH, c'est parce que vous

êtes une de ces rares personnes

dans le monde qui ont un

bagage génétique, je crois,

qui vous protège du VIH.

Est-ce que c'est juste

de dire ça?


RON ROSENES

Oui. Y a des raisons pour

lesquelles je suis un

survivant, ce qu'on appelle un

survivant à long terme.

N'est-ce pas?


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum hum.


RON ROSENES

Alors je faisais des essais

cliniques. À l'époque, ils ont

découvert que j'avais une

mutation qui se trouve dans la

littérature, des années de la

peste bubonique...

(rires)

Oui. Et ça touche vraiment très

peu de personnes. Mais il

paraît que j'ai cette mutation

qui rend l'infection et le

niveau,

the rate of infection,

plus difficile. Mais je vous dis

ça parce que disons que j'ai eu

de la chance génétique, mais je

dis toujours que j'ai eu

beaucoup de chance et que je me

sens comme quelqu'un d'assez

privilégié, ce qui me permet

d'être ici avec vous

aujourd'hui. Et j'ai vraiment

appris, dans tout le travail

que je fais, que les gens font

face à des défis qui sont

vraiment beaucoup, beaucoup

plus difficiles. Et ça m'a

beaucoup, beaucoup motivé

dans le travail que j'ai fait

dans le domaine du VIH.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez eu de la chance, et

vous le savez que vous avez eu

de la chance, mais vous avez

vécu cette époque où vous avez

vu des proches de vous, des

amis, votre partenaire même,

qui sont décédés de cette

maladie. Vous avez vu les

ravages de cette maladie-là.

Comment vous avez vécu ça,

sachant qu'eux, ils partaient,

mais vous, vous restiez là?


RON ROSENES

Si j'ai de la chance aussi, je

vous dirai honnêtement que j'ai

de la chance de ne pas souffrir

de la dépression. Ça m'a

beaucoup aidé à garder une

attitude positive.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous sentiez un

moment donné que vous étiez

peut-être le prochain sur la

liste de victimes?


RON ROSENES

Euh... Non, j'étais toujours

un peu ignorant en ce qui

concerne mon sort.

Disons que ça m'a vraiment

étonné d'avoir eu mes 50 ans

et ensuite mes 60 ans,

et bientôt...

Là maintenant, j'ai 66.

Donc peut-être que je fêterai

mon 70e. Mais je me rends

compte vraiment de façon très

profonde les années des grandes

pertes d'amis, de militants

dans la communauté. Je suis très

conscient des épaules de tous

ces gens, de tous ces amis, sur

lesquelles je me tiens

aujourd'hui et qui m'ont permis

de faire le travail que j'ai

réussi à faire, un travail que

j'ai beaucoup, beaucoup fait

en collaboration et en souvenir

de tous les amis que nous avons

perdus.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ron, vous venez de recevoir

une enveloppe, une enveloppe

qui vient de Rideau Hall.

La Chancellerie des distinctions

honorifiques de Rideau Hall.


RON ROSENES

Ah, mon Dieu.

Appointment to the order

of Canada.


GISÈLE QUENNEVILLE

Wow!


RON ROSENES

Ha! Ha! Ha!


GISÈLE QUENNEVILLE

Félicitations!


RON ROSENES

Merci.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous le saviez,

mais bon, c'est...


RON ROSENES

Mais il y avait des rumeurs,

mais je m'attendais pas à ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est l'Ordre du Canada, c'est

quand même pas n'importe quoi.


RON ROSENES

Ça... C'est incroyable.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est bien.


RON ROSENES

Je m'attendais pas à ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que ça représente

pour vous, ça?


RON ROSENES

(soupirant)

Bien là, vous me trouvez un

peu émotionnel, parce que je

n'ai jamais pensé à recevoir

l'Ordre du Canada. Mais je pense

vraiment que je l'accepte, je

l'accepterai au nom de...

de tous ceux avec qui j'ai

milité, avec tous mes amis,

surtout ceux qui ne sont plus

avec nous. Et surtout aussi,

ceux qui sont encore en bonne

vie et qui le méritent

autant que moi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Félicitations.


RON ROSENES

Merci. Merci.

(GISÈLE QUENNEVILLE épingle la broche de l'Ordre du Canada à la chemise de RON ROSENES.)


GISÈLE QUENNEVILLE

On sait qu'au fil des ans, il

y a eu des grands progrès

scientifiques par rapport au

sida, par rapport au VIH. À

quel point ces progrès-là ont

changé la vie de gens comme

vous?


RON ROSENES

À partir de l'année 96, à la

conférence qui a eu lieu à

Vancouver, la conférence sur le

sida organisée par la Société

internationale du sida,

cette année-là, ils ont annoncé

l'effet spectaculaire, si vous

voulez, d'avoir trois classes

de médicaments utilisés

ensemble contre le virus.

On a vu pour la première fois

jusqu'à quel point on arrivait

à supprimer la réplication du

virus avec ce triple, ce qu'on

appelle la triple thérapie.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum hum.


RON ROSENES

Alors dans les années

suivantes, on a vu l'effet

Lazarus, comme on dit, où les

gens se sont levés du tombeau

et sont retournés à la vie.

Et vraiment, c'est à partir de

ce moment-là. Mais on a vécu

aussi une très longue période,

disons que des gens comme moi

qui ont commencé à prendre des

médicaments bien avant, en 88,

on prenait l'AZT qui était le

premier médicament, ensuite

deux, et 10 ans après la triple

thérapie. Donc on a maintenant

une trentaine de médicaments

dans des classes différentes

pour traiter le VIH. Y a pas de

guérison, mais les médicaments

sont devenus de plus en plus

faciles à prendre, et avec

beaucoup moins d'effets

secondaires, surtout les

changements métaboliques

qui faisaient qu'on perdait

du poids dans le visage.

Il était évident qu'on avait le

VIH, non à cause du virus,

mais à cause de ces médicaments.

Mais on a fait aussi beaucoup de

progrès avec de nouvelles

classes de traitements. Donc

beaucoup plus facile à traiter

et à adhérer au traitement pour

le VIH. Ce genre de progrès.

Mais il reste encore d'énormes

frontières à franchir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais est-ce qu'on voit la

maladie de la même façon qu'on

la voyait à la fin des années

80, 90 ou est-ce qu'on est

devenu complaisant face au sida?


RON ROSENES

Il y a une certaine

complaisance. On ne peut pas

le nier. Il y a certaines

attitudes, mais y a des

attitudes différentes. Y a des

jeunes qui veulent vraiment se

protéger, veulent savoir

comment le faire. Y a pas

beaucoup d'éducation dans les

écoles, donc ça nous empêche

souvent. Et c'est souvent la

responsabilité de nos

organismes qui...

qui travaillent dans la lutte

contre le VIH de fournir

cette éducation. C'est le

travail de parents, pas

souvent les écoles. Les jeunes

n'ont pas eu l'expérience de

perdre leurs amis, de bien

comprendre qu'est-ce que c'est,

avoir le VIH et ne pas avoir de

traitement. Ça, vraiment c'est

un peu absent. Au Canada,

une personne sur cinq ne connaît

pas le fait que lui ou elle

porte le virus ou est VIH

positif. Nous n'avons pas

encore réussi à identifier cet

individu et à le... à créer

pour cet individu une relation

de confiance avec le système de

santé, afin qu'on puisse faire

le diagnostic du VIH.

Aujourd'hui, les gens qui sont

bien supprimés, qui ont le

virus contrôlé par les

médicaments, ne sont plus

infectieux. Ça, c'est vraiment

quelque chose de très important

qu'il faut vraiment expliquer

aux gens. Donc ce qui est très

intéressant maintenant dans le

traitement du VIH, c'est qu'on

s'est rendu compte que le

traitement, c'est une forme de

prévention.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous vivez avec la

maladie depuis plus de 30 ans

maintenant. Vous vous

considérez comme un pionnier.

Un pionnier, parce que vous êtes

parmi les premiers à vieillir

avec le VIH. Qu'est-ce que ça

apporte comme défis, ça?


RON ROSENES

Ça nous apporte des défis un

peu inattendus. Euh...

Les gens vieillissant avec le

VIH ont des problèmes de foie,

de reins, d'os, l'ostéoporose...

et aussi un certain nombre

de cancers disproportionnel

comparé à la population

générale.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est à cause de la maladie

ou c'est à cause des médicaments

que vous avez pris?


RON ROSENES

Les deux probablement.

À cause de l'âge, parce que nous

vieillissons tous. Donc on

cherche vraiment à mieux

comprendre qu'est-ce qui se

passe chez les gens vivant ou

vieillissant avec le VIH.

Et vraiment, c'est une

combinaison de l'âge

chronologique, de l'activité

persistante du virus et aussi

les effets et les toxicités de

nos médicaments. Donc on essaie

maintenant de bien...

to unpack, de bien comprendre

ce qui se passe dans ces

relations très compliquées.


GISÈLE QUENNEVILLE

On parle de vous comme étant

un survivant du VIH et que vous

vivez avec le VIH depuis toutes

ces années, mais vous êtes pas

seul à défendre les droits des

gens comme vous, finalement.


RON ROSENES

Non, pas du tout. Et un moment

donné, je me suis rendu compte

jusqu'à quel point c'est

vrai encore de nos jours

que je suis parmi les très,

très peu de personnes qui sont

confortables à parler du VIH

dans le domaine public,

mais je ne suis pas le seul.

Je me tiens sur les épaules, si

vous voulez, et aussi à côté de

grands amis et collègues, tels

que Maggie Atkinson,

Tim McCaskell, qui étaient là

au début et bien avant moi,

qui sont des gens très

importants dans la lutte contre

le VIH. Greg Robinson, et

surtout ma grande amie Louise

Binder, avec qui nous avons

dirigé le travail du Conseil de

surveillance et d'accès au

traitement. Mais si je peux

dire qu'il y a une chose dont

je suis assez fier, c'est

d'avoir pu travailler avec des

gens à qui on a donné la

possibilité de parler de leur

propre voix. Et pour moi, c'est

devenu vraiment extrêmement...

de grande valeur,

si vous voulez.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ron Rosenes, merci beaucoup.


RON ROSENES

Merci à vous, Gisèle.

(Générique de fermeture.)

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