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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Catherine Mensour : Agente d'artiste

Quand Catherine Mensour crée son agence, en 1985, à Ottawa, il s’agit de la première agence d’artistes bilingue au Canada. Au fil des ans, son entreprise a pris de l’ampleur et elle représente aujourd’hui une panoplie de comédiens, auteurs, metteurs en scène, animateurs et réalisateurs.
Kate Mensour est l’agente de Jean-Marc Dalpé, Robert Marinier, Marie Turgeon et Sonia Vigneault, par exemple.
C’est, dit-on, une négociatrice hors-pair… et une protectrice aussi.



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

L'ANIMATRICE LINDA GODIN fait une courte présentation biographique de CATHERINE MENSOUR. La présentation est illustrée de plusieurs photos et vidéos.


LINDA GODIN

C'est un quartier tranquille

à Ottawa et une maison où le

téléphone sonne très souvent

puisqu'elle abrite les bureaux

de l'agence Mensour :

une agence d'artistes.

Ce matin, nous rencontrons

sa propriétaire, Catherine Mensour.

Kate commetout le monde l'appelle,

est une femme souriante

et débordante d'énergie.

Je l'ai croisée et interviewée

à de nombreuses reprises,

et c'est toujours un plaisir

de discuter avec elle.

Quand Catherine Mensour crée son

agence en 1985, c'est la

première agence bilingue au

Canada. Au fil des ans, son

entreprise prend de l'ampleur et

elle représente aujourd'hui une

panoplie de comédiens, auteurs,

metteurs en scène, animateurs,

réalisateurs. Kate est l'agente de

Jean-Marc Dalpé, Robert Marinier

et Marie Turgeon, par exemple.

C'est, dit-on, une négociatrice

hors pair et une protectrice,

aussi. Pourtant, plus jeune,

ce n'est pas en administration,

ni en gestion qu'elle étudie,

mais bien en psychologie.

La profession d'agente d'artiste,

en tant que telle,

elle l'apprend sur le terrain.

Et le sens des affaires,

elle le tient de son père,

qui était propriétaire

d'un magasin de meubles,

à Sudbury.

(LINDA GODIN rencontre CATHERINE MENSOUR à l'intérieur et à l'extérieur de sa maison. Quelques images illustrent le propos.)


LINDA GODIN

Catherine Mensour, bonjour.


[CATHERINE MENSOUR:] Allô!

LINDA GODIN

Vous êtes une femme extravertie,

avec beaucoup d'énergie.

Est-ce que vous avez

toujours été comme ça,

même jeune?


CATHERINE MENSOUR

Mais je suis quand même

gênée. Puis personne ne le

croit, mais c'est très vrai et

j'ai mes petits trucs à moi

quand je sors, quand je fais

des trucs, pour cacher ça.

Alors, je pense que oui, jeune,

j'ai toujours aimé le monde,

j'ai toujours aimé avoir plein

d'amis chez moi. Puis, oui, j'ai

toujours aimé cette énergie-là.

Mais il y a quand même un petit

côté de gêne aussi, je pense.


LINDA GODIN

Oui. Vous êtes une fille

d'immigrant, mais en fait, de

deuxième génération. Vos

parents sont nés ici.


CATHERINE MENSOUR

Oui.


LINDA GODIN

Comment c'était ça, il y a 40 ans,

à peu près, dans Sudbury

d'il y a 40 ans?


CATHERINE MENSOUR

Sudbury, c'était vraiment

le « melting pot ». Et puis, même

sur la rue où moi, j'ai été

élevée, il y avait nous,

des Libanais, il y avait des Serbes,

il y avait des Lituaniens, il y

avait des Ukrainiens, il y avait

des Canadiens français.


LINDA GODIN

Oh wow.


CATHERINE MENSOUR

Alors, c'était vraiment un

« melting pot ». Puis oui, mes

parents sont venus au monde,

je crois, pas mal au temps où

leurs parents sont arrivés au

Canada, du Liban.


LINDA GODIN

Votre mère insistait pour que

vous appreniez le français,

vous et vos frères et soeurs.


[CATHERINE MENSOUR:] Oui.
[LINDA GODIN:] Pourquoi?

Ça venait d'où, ça?


CATHERINE MENSOUR

Bien, je pense qu'étant d'une

culture libanaise,et venant

d'une culture très chaude et

très chaleureuse, mes parents et

mes grands-parents, il y a

beaucoup de Libanais qui

parlent le français, eux ils ne

parlaient pas du tout le français.

Mais c'était une culture

qu'ils aimaient beaucoup,

mais aussi, nous, on a appris

beaucoup de langues. Je faisais

les écoles d'Allemand, le samedi.

Je faisais des cours d'Arabe,

le mardi soir. Puis, on nous a

tous envoyés à des

écoles élémentaires francophones.

Alors, nous, on arrivait,

il n'y avait pas d'immersion,

on ne comprenait pas un mot.

Pas un mot. Moi, je me souviens

d'avoir... moi, je me souviens

la journée que j'ai appris « écureuil ».

Ça, c'était tellement... je me souviens.

Tout à coup, je comprenais un

mot quand ils parlaient.

Fait que c'est ça.


LINDA GODIN

Est-ce que vous parlez

toujours arabe?


CATHERINE MENSOUR

Non, je l'ai jamais beaucoup

parlé, quand ma grand-mère

était vivante. Oui, je le

comprends pas mal, puis je fais

toute la bouffe, puis on... tout

ça est très... la culture, les

choses comme ça, mais le

langage, moins.


LINDA GODIN

Le sens des affaires, vous

l'avez appris de votre père, ça?


CATHERINE MENSOUR

Je pense que ça, je l'ai... bien,

je sais pas si j'ai un très bon

sens des affaires, mais

je pense que ça, c'est quelque

chose qui était juste inné chez

moi. Puis, ma mère aussi était

très d'affaires. Puis, elle

aussi, elle faisait ses petits

projets. Jeune, elle vendait de

l'assurance vie pour être

capable de s'acheter des

terrains, des terres. Je pense

que ça fait partie de qui on est.

Je pense aussi que c'est

très immigré, ça aussi...

immigrant. Je pense que tu veux

prendre ta place, tu veux...


LINDA GODIN

Vous êtes allée étudier en

psychologie...


[CATHERINE MENSOUR:] Oui.
[LINDA GODIN:] ...n'est-ce pas?

Qu'est-ce que vous vouliez

faire avec ça?

C'était dans quel but?


CATHERINE MENSOUR

Je le sais pas si j'avais

aucune idée vraiment de ce que

je voulais faire. Je voulais

aller à l'université, ça m'intéressait,

alors je me suis versée là-dedans.

Mais... je sais pas.

J'avais vraiment pas un plan.

J'ai jamais voulu vraiment

être psychologue

ou quoi que ce soit.


LINDA GODIN

Mais c'est quelque chose qui

vous est utile dans ce que

vous faites aujourd'hui?


CATHERINE MENSOUR

Oui, je suis certaine.


[LINDA GODIN:] À Sudbury, dans les années

70, il y a eu un gros boum

culturel. CANO, Robert Paquette,

ça bougeait beaucoup. Y a

beaucoup d'artistes qui sont

issus de Sudbury aussi.

Est-ce que vous, vous faisiez

partie de cette gang-là?


CATHERINE MENSOUR

Nous, on était, mes amis et

moi, oui. On était plus jeunes,

mais on montait des pièces

l'été et puis André Paiement

nous aidait au début avec ça.

Puis on faisait partie... y

avait le Moulinet, puis y avait

le Petit Moulinet ou quelque

chose. Oui, on était là.

On était là dans la gang où

tout se passait.


LINDA GODIN

Vous étiez plutôt adolescente

vous, à ce moment-là?


CATHERINE MENSOUR

Dans les années 70, oui. Pour

dire début de l'adolescence au

début des années 70.

Mais c'était les grands frères

et les grandes soeurs de mes

amis qui étaient très impliqués.

Fait que veut, veut pas,

on était là-dedans.


LINDA GODIN

Vous, vous étiez dans

le milieu--


CATHERINE MENSOUR

C'était extraordinaire, ce

qui se passait. C'était

extraordinaire. Y avait Ciné-Fam,

y avait La Slague,

les Éditions Prise de Parole,

y avait la Galerie du Nouvel-Ontario.

Tout débutait: CANO, le théâtre...

Tout, tout, tout commençait.

Tout débutait. C'était

le centre culturel de

l'Ontario français.


LINDA GODIN

Puis, il s'en passait beaucoup là.


CATHERINE MENSOUR

Oui, vraiment.


LINDA GODIN

Est-ce que vous vous souvenez

d'André Paiement?


CATHERINE MENSOUR

Oui, je me souviens d'André.

Je me souviens de CANO.

Je me souviens quand CANO

a joué... parce que c'était nos

amis, aussi. Quand CANO a joué

ici, au CNA, on était là, on

suivait pas mal tout ce qui se

faisait. Je me souviens quand

on a appris son décès.

C'était assez tragique.


LINDA GODIN

Catherine, vous êtes

d'origine libanaise.

Est-ce que vous êtes déjà allée

au Liban?


CATHERINE MENSOUR

Non, mais je vais aller au Liban.


[LINDA GODIN:] Oui?
[CATHERINE MENSOUR:] Oui.
[LINDA GODIN:] Bientôt?

CATHERINE MENSOUR

Bien là, ce n'est pas le temps,

le Canada avise pas,

parce que j'ai vérifié, j'ai dit :

« C'est le temps là, je

vais y aller. » Mais oui, c'est

un voyage que je vais

définitivement faire.


LINDA GODIN

Mais êtes-vous du genre à

regarder ce qui se passe là-bas

aux nouvelles, tout ça?


CATHERINE MENSOUR

Je suis ce qui se passe

là-bas, comme je suis ce qui se

passe ailleurs. Et c'est

épouvantable tout ce qui se

passe là-bas. Mais oui. Est-ce

que je sens : « Oh, c'est mon

chez-moi », quand quelque chose

arrive? Non, ça m'affecte. Ça

m'achale, ça me fait de quoi,

mais c'est pas...


LINDA GODIN

Parce que le Canada, vous

êtes née ici, alors...


CATHERINE MENSOUR

Je suis née ici, et y a

plus de Libanais qui vivent

en dehors du Liban, qu'y en a

qui vivent au Liban. Y a plus

de Libanais qui vivent à travers

le monde, que y a de Libanais

qui vivent... C'est tout petit,

le Liban.


[LINDA GODIN:] Ouais.

Catherine, comment l'idée

de créer une agence d'artistes

est née?


CATHERINE MENSOUR

Moi, je travaillais à la revue Liaison,

aux Éditions L'Interligne

et je gérais la boîte,

puis j'ai travaillé là deux ans,

comme administratrice.

Alors, je suis devenue amie

avec beaucoup d'acteurs.

Alors, j'étais amie avec

Robert Bellefeuille,

Anne-Marie Cadieux,

Jean-Marc Dalpé, Brigitte, Roch...

évidemment,

j'étais avec Robert Marinier.

Fait que c'était vraiment

ma gang, ça. Et en quittant les

Éditions L'Interligne, je

travaillais à la pige et à un

moment donné, je travaillais

comme scripte, parce que je

voulais apprendre c'était quoi

un plateau, un tournage. Je

travaillais sur un tournage pour

Radio-Québec : « Les Outardes. »

Jacques Ménard réalisait ça,

et puis c'est les comédiens, je

pense que c'était Louise Nobert,

un moment donné, qui m'a dit:

« T'as jamais pensé d'être

artiste... d'être agent? Tu

pourrais négocier nos contrats,

tu pourrais... » J'ai commencé à

penser à tout ça, penser à tout

ça, puis je me suis dit : « Oui,

OK, ça me tente, je vais voir

ce que ça donne. » Fait que j'ai

loué un petit bureau, puis j'ai

commencé à rencontrer les

acteurs, les producteurs. J'ai

appelé TFO, je suis allée

rencontrer tout le monde. Puis

une chose a mené à l'autre,

puis...


LINDA GODIN

Vous aviez quel âge?


CATHERINE MENSOUR

Il y avait un besoin.

J'avais... oui là, tout va se

savoir! J'avais 27 ans.


LINDA GODIN

OK. Mais au début, y a

beaucoup de gens qui pensaient

que c'était un projet qui était

voué à l'échec, qui avaient

même dit que c'était un peu

stupide comme idée.


[CATHERINE MENSOUR:] Ah oui, « Ça marchera pas »...

LINDA GODIN

Y a pas grand monde

qui y croyait.


[CATHERINE MENSOUR:] Non. « Ça marchera pas.

T'es à Ottawa. C'est ridicule. »

Puis, je suis allée voir

l'union anglophone ACTRA.

Je suis allée voir les gens ici

qui les représentaient puis je

me suis présentée. « Voici les

gens que je veux représenter.

Voici ce que je veux faire. »

Puis elle m'a dit :

« Tu « tougheras » pas six mois. »

La lèvre me tremblait. Je suis

partie avec les livres d'union.

J'ai dit OK. Puis là, je parlais

avec l'Union des artistes, puis

eux, les agents ça devait pas

exister. « Vous vivez sur le dos

des acteurs. Nous, on établit

les minimums, vous prenez une

cote là-dessus. » Fait que c'était

vraiment... j'ai des producteurs

ici qui me disait: « Jamais.

Jamais. On ne travaillerait pas

avec une agence. Ça marchera pas

de toute façon. »


LINDA GODIN

Mais c'était quoi, leurs raisons?


CATHERINE MENSOUR

Premièrement, tout à coup,

les gens qu'eux appelaient

toujours ici, « Viens, on a

besoin d'une voix pour une

annonce ou on a besoin de ci ou

de ça », disaient : « Bien non, on

peut pas, écoute, on a un agent,

appelle-la. » Moi, ils

m'appelaient, je sortais les

livres d'Union, puis je disais

« Tarif minimum c'est ça,

j'aimerais ça... » Eux, ils

étaient habitués de dire

« Écoute, j'ai 50 piasses,

viens-tu me faire une faveur... »

Fait que ça, ça a... puis

eux aussi ils savaient pas

autrement. C'était... tout

commençait pas mal y a 27 ans,

y a 29 ans à Ottawa.

Fait que c'était ça.


LINDA GODIN

Vous dites que ça venait aussi

d'un besoin. Y en n'avait pas

beaucoup.


[CATHERINE MENSOUR:] Non.

LINDA GODIN

Vous êtes la... à l'époque,

vous étiez la première agence--


[CATHERINE MENSOUR:] Bilingue.
[LINDA GODIN:]...d'artistes bilingues--
[CATHERINE MENSOUR:] Au Canada. Mais aussi, moi

c'était différent, parce que je

voulais pas une agence

simplement pour faire le

travail corpo, gouvernemental,

etc. Fait que moi, c'était

vraiment... tout de suite au

début, j'essayais de vendre

l'idée de prendre une pièce,

puis en faire un télé-théâtre.

Ou de pousser les pièces des

auteurs ou d'aller rencontrer

d'autres théâtres, de les faire

traduire. Fait que c'était autre

chose que moi, je voulais faire.

Je voulais beaucoup créer des

événements, des projets qui

pouvaient survivre au lieu de

simplement juste... présenter

les acteurs pour les rôles qui

étaient déjà là.


LINDA GODIN

Gérer des artistes, c'est pas

comme gérer n'importe quel

commerce, si je peux dire,

ou entreprise.


[CATHERINE MENSOUR:] Non. Quand je

dis : « C'était ma gang ». Au

début, c'était ça. C'était

vraiment une amitié puis un

respect qui étaient là. Je pense

que ça, c'est très important

entre l'agent et son client, que

ce soit un acteur ou un auteur.

Parce que souvent, t'es le

psychiatre, t'es la maman,

t'es matante. Puis souvent,

y en a qui veulent... ils ont leur

vie, y ont pas besoin de ça,

« Négocie mes contrats », puis on

s'entend, c'est ça. Mais oui,

c'est autre chose. C'est autre

chose. On vend pas des autos,

là. Ou des souliers, ou des...


[LINDA GODIN:] Quand vous avez créé votre

agence, vous avez permis à

beaucoup d'artistes francophones,

vos amis et d'autres;

et anglophones aussi, évidemment,

de mieux vivre.


CATHERINE MENSOUR

Oui. Et les années 80, pour

ça, c'était extraordinaire. À

Ottawa, le montant de travail,

juste au niveau des corpos,

était extraordinaire.

Fait que oui, tout à coup, les

artistes pouvaient gagner leur

vie autrement et continuer à

faire le théâtre et tout le

reste qu'ils voulaient faire.

Ça, c'était très excitant.

Puis, on a créé un buzz. Y avait

un buzz que si tu voulais des

voix extraordinaires, appelle

l'agence. Ou si tu voulais...

fait que ça, c'était...


LINDA GODIN

On dit que vous êtes une

négociatrice hors pair.

Qu'est-ce que vous aimez dans le

jeu de la négociation?


CATHERINE MENSOUR

Je suis contente qu'on dise ça!

J'aime faire le « deal ».

J'aime le « Win-Win ».

J'aime savoir que dans

la possibilité de ce qui

existe, l'artiste devrait

recevoir un tel montant et

j'aime viser pour ça et j'aime

aller chercher ça. J'aime

trouver toutes les autres

conditions de travail. J'aime

beaucoup faire le deal. Beaucoup.

J'ai toujours... peu importe

c'est quoi, j'aime faire ça.

Que ce soit acheter mon auto

ou acheter ma maison. J'aime ça.

C'est difficile pour l'artiste

parce qu'ils veulent ça,

mais ils veulent pas perdre

le contrat. Alors, toi, t'as

quelqu'un qui dit : « Oui, oui,

vas-y, mais perds pas le contrat! »


LINDA GODIN

Y a une danse, un peu.


CATHERINE MENSOUR

C'est ça! T'as souvent pas

le pouvoir de juste dire

« Ben, on va dire non. »

Et je dis toujours aux artistes,

un des seuls pouvoirs que vous avez,

c'est de dire non.


LINDA GODIN

Et donc, juste pour revenir

au début, quand vous l'avez

créé, puis vous vous faisiez

dire par des gens, « Tu vivras

pas pendant six mois ».


CATHERINE MENSOUR

Je les remercie énormément

aujourd'hui. Vraiment.


LINDA GODIN

Mais eux ont donc dû s'adapter,

s'habituer à votre présence

aussi dans l'environnement.


[CATHERINE MENSOUR:] Oui, puis on est devenu

beaucoup... on est devenu amis.

On a un respect mutuel. Et je

dis ça, je pense pas que je suis

toujours bien aimée pour ce que

je fais. Mais j'espère au moins

que je suis très respectée dans

ce que je fais.


LINDA GODIN

On dit souvent des critiques

culturels que c'est des gens qui

auraient voulu être des artistes.

Est-ce que c'est le cas des agents

d'artistes? Est-ce que ça,

c'est quelque chose que vous

auriez voulu faire de votre vie?


[CATHERINE MENSOUR:] Jamais.
[LINDA GODIN:] Non?

CATHERINE MENSOUR

Non. Jamais. Jamais. Jamais.

Moi, j'aurais voulu faire ce que

toi, tu fais. Ça, j'ai toujours

trouvé ça fascinant, le

« one-on-one » ,de juste parler

avec les gens, d'aller chercher

des trucs. Ça, je trouve ça...

mais être artiste, non.

« Oh my god », non. Je pourrais

jamais... j'aurais jamais la

force qu'ils ont. J'aurais jamais

la détermination qu'ils ont.

Écoute, c'est des gens

tellement courageux et tellement

forts. Et ils ont une passion

extraordinaire pour ce qu'ils

font parce qu'il y a un rejet

dans ce métier-là aussi, qui

est énorme.


LINDA GODIN

Puis ça, c'est une autre chose

aussi, qu'on dit de vous, vous

aimez profondément les artistes.


CATHERINE MENSOUR

Oui. Bien, je respecte

profondément les artistes.


LINDA GODIN

Pourquoi? Qu'est-ce qui vient

vous chercher chez eux?


CATHERINE MENSOUR

Bien, si on n'a pas ça,

on a rien, hein? On aurait quoi?

Je veux dire, on rentrerait le

soir, on regarderait quoi? On

penserait à quoi? Qu'est-ce qui

nous ferait réfléchir? Qu'est-ce

qui nous ferait pleurer?

Qu'est-ce qui nous ferait rire?

Y aurait rien. Y aurait rien.

C'est ce qui nous nourrit à la

base de tout. Et

malheureusement, on vit

dans un pays où on a un

gouvernement qui n'a aucun

respect ou qui peut apprécier,

quant à moi, quoi que ce soit

qui a à faire avec les arts.

Puis on le sent. On le sent dans

tous les domaines de ce

qu'on fait.


LINDA GODIN

Catherine, on est devant

un mur d'artistes que vous

représentez.


[CATHERINE MENSOUR:] Oui.

LINDA GODIN

Y en a qui sont avec vous

depuis le début, hein?


CATHERINE MENSOUR

Oui. Y en a qui sont là, y en

a qui m'ont inspirée à le faire

qui sont toujours là.

Jean-Marc Dalpé,

Robert Bellefeuille,

Robert Marinier,

Pierre Paquette, Roch Castonguay.

Depuis le tout début.

Puis en anglais aussi.

Les anglophones, vous les

connaissez moins, y en a beaucoup.


LINDA GODIN

Comment ça marche une agence

d'artistes? Comment vous faites

pour choisir les artistes que

vous représentez, par exemple?


CATHERINE MENSOUR

Bien, souvent, on va voir

quelqu'un dans une pièce, dans

une émission, puis on va se

dire : « Ah, je pense que ce

serait bien si on travaillait

avec cet acteur-là. »

Ou de nos acteurs vont être en

train de travailler avec

quelqu'un et leur dire : « Ah,

vous devriez rencontrer Rachel

ou Kate à l'agence. Vous

devriez aller voir. »

Fait que là, y a la rencontre.

Des fois, y a l'audition,

si on les a pas vus jouer avant.

Regarder tout le matériel,

voir avec qui ils ont déjà

travaillé. Et là, si des deux

bords, on trouve que le

gel se fait bien, que le mix se fait

bien, là, c'est de les rentrer

à l'agence, expliquer le

comment, les photos, le démo,

tout ça. Et après ça, ça

devient vraiment un « partnership ».

Alors, de voir quelles auditions

qui sont mieux pour l'acteur,

où les envoyer, qu'est-ce qui

ferait l'affaire, qu'est-ce qui

ferait pas l'affaire. Souvent on

fait les auditions ici. On les

enregistre ici, on les envoie

au « casting ».Négocier les

contrats pour eux. Ça, ça part

tout le...


LINDA GODIN

Oui. Mais vous en refusez,

aussi.


[CATHERINE MENSOUR:] Oui.
[LINDA GODIN:] Vous acceptez pas tout

le monde?


[CATHERINE MENSOUR:] Non.
[LINDA GODIN:] OK.
[CATHERINE MENSOUR:] On peut pas.
[LINDA GODIN:] Non.
[CATHERINE MENSOUR:] Non.

Puis aussi, je crois qu'on a une

réputation pour avoir de très,

très bons acteurs. Et ça, il

faut le maintenir. Il faut que...


LINDA GODIN

Y a un clic qui se passe?


CATHERINE MENSOUR

Oui, il faut qu'y ait un clic.

Y a des gens extraordinaires

qui sont venus nous voir,

puis le clic était pas là,

puis on savait que ce serait

problématique, puis on

pouvait pas.


LINDA GODIN

Catherine Mensour, qu'est-ce

qui a changé, en presque 30 ans

de carrière pour vous, sur la

scène culturelle à Ottawa?


CATHERINE MENSOUR

Au niveau du théâtre,

on a maintenant la

Nouvelle Scène et bientôt

la nouvelle Nouvelle Scène.


[LINDA GODIN:] Oui.

CATHERINE MENSOUR

Y a des directeurs artistiques

qui étaient présents,

qui étaient beaucoup

plus dans la création de

plusieurs pièces par année.

Maintenant, c'est peut-être

un peu moins. Au début, c'était

les créations collectives qui

étaient très importantes. Tout

le monde écrivait ensemble, tout

le monde faisait...


LINDA GODIN

C'était des troupes de

théâtre, maintenant c'est

des compagnies.


CATHERINE MENSOUR

C'est ça, y avait des spécialités

en théâtre pour enfant avec

la Vieille 17, des pièces

qui ont gagné des prix

partout pour leur originalité,

leur écriture et tout ça.

Alors, je pense que le théâtre

est plus mature maintenant,

aussi. Les gens, les artistes

sont plus mûrs dans leurs

carrières. Alors, ils ont la

chance de faire différentes

choses, je pense. Pour moi, ça,

ça a changé. Puis y a toute une

relève qui nous pousse dans le

dos, et qui prennent leur place.

Et ça, c'est toujours extraordinaire.


LINDA GODIN

Et qu'est-ce qui a changé

dans votre agence, dans votre

façon de faire, en 30 ans?


CATHERINE MENSOUR

Je contrôle un peu mieux ce

que je fais. Je comprends un

peu mieux ce que je fais, ainsi

que mes co-travailleurs.

On représente... c'est plus

divisé entre les artistes de la

scène, le théâtre, les auteurs.

On a aussi maintenant... moi,

je me fais demander beaucoup

par soit des journalistes ou

des personnalités, de négocier

simplement un projet pour eux.

Soit que leur contrat à

Radio-Canada va être renouvelé.

« Est-ce que tu pourrais juste

t'occuper de ça. » Alors, y a

beaucoup plus de ça.

Je travaille de près avec des

gens comme la petite

Hélène Campbell, qui a eu

un transplant double des poumons.

C'est ça. Qui après ça,

a commencé à parler beaucoup

et elle se faisait demander

d'aller donner des discours.

Et c'est un journaliste,

à un moment donné,

qui lui a dit: « Écoute, t'as

aucune idée quoi demander pour

ça, appelle Kate. » Alors, des

choses comme ça qui se sont

présentées. On a commencé à

faire beaucoup plus de

« package », de présenter un

projet à un producteur. De dire :

« Voici, on a les textes, on a

les auteurs, veux-tu prendre

ça? » Alors ça, beaucoup plus.

Et on travaille énormément

à Montréal.


LINDA GODIN

Ah oui, hein?


CATHERINE MENSOUR

Ouais. On travaille beaucoup,

beaucoup à Montréal. Et je dois

dire, si c'était pas de Montréal,

je suis pas certaine

qu'on aurait survécu ici,

29 ans.


LINDA GODIN

Les technologies ont

beaucoup changé.


[CATHERINE MENSOUR:] Beaucoup changé.

LINDA GODIN

Ici, d'habitude, le téléphone

sonne beaucoup.


[CATHERINE MENSOUR:] Oui.

LINDA GODIN

Mais là, avec maintenant...

on est mobile, avec l'Internet,

les courriels, est-ce que vous

utilisez encore le téléphone

autant?


[CATHERINE MENSOUR:] Moi, oui.

Les plus jeunes qui travaillent

avec nous, des fois ils me

disent: « Envoie un courriel,

bien envoie... ». Puis c'est

vraiment un autre monde.

Moi, je maintiens... et c'est

pour ça qu'on est sur le

téléphone encore beaucoup,

que tu peux pas développer

des relations par e-mail ou

par courriel. Tu peux pas.

T'apprends pas à connaître

quelqu'un, qu'est-ce qui l'a

fait rire, qu'est-ce qui est

arrivé pendant le week-end.

Courriel, c'est beaucoup plus

business, d'affaires. Un tel

demain, à telle heure, bla, bla,

bla... oui, OK, on y va.

Mais y a beaucoup qui se fait

par ordi. Tous les « castings »,

toutes les demandes pour les

films, les ci, les ça.

Tout sort sur les...


LINDA GODIN

Mais vous, vos négociations,

vous les faites...


CATHERINE MENSOUR

Téléphone!


[LINDA GODIN:] Par téléphone...

CATHERINE MENSOUR

Face à face. Téléphone. Moi...


LINDA GODIN

Face à face aussi?


CATHERINE MENSOUR

Oui. Moi, j'aime le contact.

Alors, tu finalises des choses

par courriel ou tu commences

tes propositions par courriel,

mais moi, non. Puis tu veux

apprendre... moi, je veux...

puis je pense être très vieille

école... mais moi, je veux

vraiment apprendre avec qui je

négocie, avec qui je travaille.

Alors, ça, c'est plus important

pour moi au début que de tout de

suite passer à la négo. Puis :

« Qu'est-ce que t'offres,

qu'est-ce que... »

Puis, j'aime le monde!


LINDA GODIN

Vous êtes une travailleuse

acharnée. En plus, c'est votre

entreprise, ça, l'agence.

Mais y a à peu près un an, vous

avez fait un AVC, un accident

vasculaire...


[CATHERINE MENSOUR:] Hou!

LINDA GODIN

OK.


LINDA GODIN

Vous avez fait un accident

vasculaire cérébral, y a à peu

près un an. Qu'est-ce que ça,

ça a changé dans votre vie?

Ça vous a amené à prendre du

repos, premièrement.


CATHERINE MENSOUR

Pas autant que j'aurais dû.


LINDA GODIN

OK.


CATHERINE MENSOUR

Mais je pense que la peur

incite beaucoup de choses.

Alors, oui, y aurait peut-être

fallu que je prenne plus de

repos. Mais oui, j'étais en physio,

j'étais en tout ça.

Mais la peur d'arrêter,

c'est quelque chose aussi.

Puis, j'avais très peur que

cognitivement, ça m'affecte.

Est-ce que je pourrais encore

travailler? Là, j'insistais

pour qu'on me fasse plein de

tests, puis qu'on vérifie plein

de choses. Puis, je pense que

je leur tombais vraiment sur les

nerfs. Mais c'était pas parce

que je faisais du cholestérol ou

que j'avais des plaques dans mes

artères ou quoi que ce soit. Je

souffrais d'une arythmie de...

en français c'est fibrillation

auriculaire.


[LINDA GODIN:] OK.

CATHERINE MENSOUR

Et c'est quelque chose où

le... c'est très commun, et la

majorité des gens qui l'ont ou

beaucoup de gens qui l'ont, ne

savent pas qu'ils l'ont.

C'est une des causes primaires

pour les AVC.

Et puis les AVC qui sont

conséquents de ça sont

habituellement assez sévères.

Moi, j'ai été très chanceuse.

Moi, on me repartait le coeur

très souvent. J'allais à

l'hôpital, on m'endormait un

petit peu, on me repartait le

coeur. C'était rendu qu'on

faisait ça à toutes les 36

heures presque. Soit avec des

médicaments ou soit avec les

trucs. Et c'était trop.

Et alors, on a fait une procédure

à mon coeur après et on attend

toujours pour voir si

ça a marché, mais à date, tout

est beau.


LINDA GODIN

Est-ce que vous en avez gardé

des séquelles?


CATHERINE MENSOUR

Euh... la fatigue est énorme.

Puis ça, ça va diminuer. Ça, ça

va partir. Des fois, si je suis

très fatiguée, la jambe gauche

ou le bras gauche est

un peu plus faible. Et je passe

mon temps à dire à tout le monde

de prendre leur pouls. Parce

que souvent, la seule façon que

les médecins se rendent compte

que quelqu'un souffre de ça,

c'est en prenant le pouls, parce

que le pouls n'est pas régulier.

Alors, tu prends ton pouls, et

si ton pouls n'est pas régulier,

tu te fais vérifier.


LINDA GODIN

Est-ce que ç'a changé quelque

chose dans votre vie? Votre

regard sur votre vie?


CATHERINE MENSOUR

On en parle beaucoup ici que...

par petits moments, oui,

ça aurait dû le faire beaucoup

plus, je pense, que ça l'a

fait. La peur, parce qu'on me

disait souvent : « Tu risques d'en

avoir un autre, ça va se

reproduire, ça pourrait se

reproduire si t'as encore des

arythmies. » La peur de ça était

épouvantable parce que moi,

j'allais en physio et je

rentrais avec une canne. Et

j'étais avec des gens que à la

fin de leur physio, était

tellement contents de me

montrer que y ont pu bouger leur

pouce puis avaient de la misère

à me le dire, puis y avait rien

d'autre qui bougeait, là.

Fait que moi, je partais, puis

ça, y avait une peur énorme. Et

ça, j'ai passé beaucoup de

temps à parler aux gens qui me

fréquentent que... si jamais,

puis si c'était sévère, puis

c'était... quoi faire puis

comment le faire. Fait que ça...

Puis, c'est arrivé ici, au

bureau, alors je parlais avec

Rachel, puis là, un moment

donné, elle était très loin...

pour moi, je la trouvais loin,

elle était comme... Puis elle,

je l'entendais, elle me criait

après :

(Propos en anglais)

« Kathy, Kathy, what are

you doing? What are you saying? »

Ça fait qu'en dedans de trois

minutes, l'ambulance était ici,

puis c'était fait, c'était fini.

Moi, je me sentais bien, mais

non. Ç'a graduellement commencé

à...


LINDA GODIN

Wow.


CATHERINE MENSOUR

Fait que j'ai arrêté de me

teindre les cheveux. Ça,

c'était immédiat pas mal, après.


LINDA GODIN

Mais donc, quand même de la

physio, de la réadaptation

après, là?


CATHERINE MENSOUR

Oui, mais pas pour... non,

c'était vraiment... Ça s'est

passé très vite. En dedans de

deux mois, y avait rien.

Vraiment là, je suis

tellement chanceuse.

Une énorme gratitude que ça

s'est passé comme ça.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qu'on pourrait

vous souhaiter? Pour le reste.


CATHERINE MENSOUR

D'être heureuse. Je pense que

tout ce qu'on peut souhaiter à

quiconque, c'est la paix

émotive.

(Propos en anglais)

« Peace of mind ».

Je pense que y a rien d'autre

qu'on peut souhaiter que...

Si ça, c'est là, c'est parce

que tout le reste est là.


LINDA GODIN

Catherine Mensour,

merci beaucoup.


CATHERINE MENSOUR

Ah, merci à vous!

(Générique de fermeture)

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