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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Huguette Labelle : ancienne présidente, ACDI

Huguette Labelle est, depuis 2005, la présidente de Transparency International, un organisme de lutte contre la corruption dans le monde.
Mais sa carrière commence ici, au Canada. Dans la fonction publique fédérale, Huguette Labelle est l’une des rares femmes à occuper des postes de haut fonctionnaire, comme celui de sous-ministre. Elle y passe 26 ans.
Elle terminera sa carrière à la présidence de l’ACDI.



Réalisateurs: Alexandra Levert, Simon Madore
Année de production: 1415

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Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

L'ANIMATRICE LINDA GODIN présente HUGUETTE LABELLE en faisant une courte biographie. Des photos et des images d'archive illustrent le segment biographique.


LINDA GODIN

L'Université d'Ottawa, mon

« alma mater », est celui aussi

d'Huguette Labelle, pour qui

l'institution occupe une place

importante. Non seulement elle

y a étudié, mais elle en a été

la chancelière. J'ai hâte de

discuter avec cette femme qui

est l'une des Canadiennes les

plus influentes, de par son

travail ici et sur la scène

internationale. Elle est,

depuis 2005, la présidente

de Transparency International,

un organisme de lutte contre

la corruption. Et elle fait

partie de plusieurs organismes

internationaux, traitant de

démocratie, de pauvreté,

de santé, d'environnement.

Mais sa carrière commence ici,

au Canada. Dans les années

1970, quand elle entre dans la

fonction publique fédérale,

elle est l'une des rares femmes

à occuper des postes de haut

fonctionnaire, comme celui de

sous-ministre. Elle y passe 26

ans, presque toute sa carrière.

Son dernier mandat au fédéral,

elle le fait à l'ACDI : l'Agence

canadienne de développement

international, en tant que

présidente.

(LINDA GODIN rencontre en entrevue HUGUETTE LABELLE dans différents lieux, à l'Université d'Ottawa.)


LINDA GODIN

Huguette Labelle, bonjour.


HUGUETTE LABELLE

Bonjour.


LINDA GODIN

Vous êtes née à Rockland,

vous êtes née sur une ferme.

Comment c'était, quand vous

étiez jeune, sur la ferme?


HUGUETTE LABELLE

Premièrement, ce qui se passait,

c'est qu'on... on était très modestes.

Je ne dis pas « pauvres »,

parce qu'on ne manquait de rien.

Mais je suis allée à une petite

école d'une pièce. Quand je

suis arrivée à l'école primaire,

je savais déjà lire et écrire.

Donc, j'ai fait ça dans six ans,

évidemment, parce que...

j'ai passé beaucoup de

temps juste à... à rien faire.

Mais ça me permet d'aider mes

frères... ça me permettait

d'aider mes frères à faire leurs

devoirs, aussi, parce que, moi

aussi, je pouvais faire mes

devoirs avec eux. C'est une

petite période. On ne vit pas

d'une ferme seulement quand

c'est des petites fermes. Donc,

mon père travaillait à Ottawa.

Donc... ou ailleurs, pour

vraiment améliorer les revenus

à la maison. Mais ce qui

arrivait aussi, c'est que ma

mère, qui était infirmière /

sage-femme, elle était... avait

fait son cours d'infirmière à

Ottawa. Et, à ce moment-là, les

mères n'accouchaient pas dans

les hôpitaux. Elles accouchaient

chez elles. C'était aussi

dans le village de Rockland,

c'était pas seulement

à l'extérieur, où est-ce que

les médecins voulaient qu'elle

aille, parce que c'était la

seule sage-femme de la région.


LINDA GODIN

OK.


HUGUETTE LABELLE

Ce que ma mère a décidé, c'est

de convaincre la Croix-Rouge

de lui prêter un lit d'hôpital

et tout ce qu'il fallait, qui

se démantelait. Donc, quand une

femme était près d'accoucher,

elle l'amenait chez nous, et

là, le salon était converti en

salle d'accouchement. Et,

ensuite, en chambre d'hôpital.

Et.... donc, dès l'âge de

quatre-cinq ans, la maison, pour

moi, la maison était devenue

aussi un mini...


LINDA GODIN

Une salle d'accouchement.


HUGUETTE LABELLE

Une salle d'accouchement.

Donc, ç'a été une période, là,

qui m'a façonnée, je crois,

beaucoup.


LINDA GODIN

Mais... et donc, très jeune,

vous avez vu votre mère...


HUGUETTE LABELLE

Oui.


LINDA GODIN

...accoucher. Vous avez vu

des femmes donner naissance.

Ça vous a... incitée à vous

diriger en sciences infirmières

après, ça?


HUGUETTE LABELLE

Oui. Ça m'a vraiment... je

pense que je me suis jamais

posé la question de ce que je

ferais. J'avais aussi ma marraine,

qui était la sœur de ma mère.

Et, à ce moment-là, elle...

c'était toujours la question:

elle ne disait pas:

« Est-ce que tu vas aller à

l'université? » C'était: « Quand

tu seras à l'université. »

Donc... il était pas question,

est-ce que je vais y aller ou

non? Donc, ç'a été aussi...

ç'a été... elle a joué un rôle

important dans ma vie. Mais je

m'en allais en médecine,

enfant. Mais quand je suis

arrivée à l'université, j'avais

seulement 15 ans. Donc, le...


[LINDA GODIN:] C'est jeune!
[HUGUETTE LABELLE:] Oui. Le doyen de la faculté

m'a dit: « Va-t'en chez toi puis

grandis! Mais va faire une bonne

13e année. » J'avais seulement

une 12e année à ce moment-là.

« Puis là, si t'as des très

bonnes notes, on te prendra en

prémédecine 1. Parce que les

filles, on en a très peu puis

elles sont plus sages que les

gars à cet âge-là. »

Et, donc, j'ai réussi. Donc je

me suis... je m'en allais pour

m'enregistrer en médecine, et,

tout d'un coup, ça m'a frappée

en parlant aux autres étudiants,

qui étaient déjà en 2e, 3e, 4e

années, que si je voulais me

spécialiser, j'en avais pour

une douzaine d'années. Et

donc... j'ai passé de la ligne

de médecine à la ligne de

nursing en dedans d'une

décision instantanée que j'ai

prise à ce moment-là. Et c'est

ce qui m'a vraiment menée en

nursing. Je suis devenue une

enseignante tout de suite

après que j'ai gradué... que

j'eus gradué de mon bac à

l'université. Et donc, j'ai

commencé à enseigner dès le

début. Ensuite, je suis devenue

en charge de l'école d'infirmières

et, de là, tout de suite,

je suis passée au gouvernement

peu d'années après. Donc,

j'ai pas fait une carrière

très longue en nursing,

parce que j'ai continué mes études,

fait ma maîtrise à temps partiel,

j'ai fait aussi mon doctorat à temps

partiel à l'université ici.


LINDA GODIN

Et vous avez fait toutes vos

études à l'Université d'Ottawa.


HUGUETTE LABELLE

Oui. Bien, premièrement, par

le temps que j'ai fait ma maîtrise,

j'étais déjà mariée, j'avais

des jeunes enfants.

Donc il était pas question

d'aller ailleurs.

Et la même chose au niveau de

mon doctorat. Les enfants

étaient des jeunes adolescents.

C'était pas le moment de dire:

« Bien, je vais aller étudier

dans un autre pays... »

Mais, à ce moment-là aussi,

cette université d'Ottawa, pour

moi, c'était idéal, parce que

c'était une université qui

avait les deux langues.

Donc on pouvait passer,

si on le désirait, d'une langue

à l'autre.


LINDA GODIN

Comment vous avez fait pour

gérer tout ça?


HUGUETTE LABELLE

Bien, enfin, on...


LINDA GODIN

Vous travailliez, vous étudiiez

et vous aviez...


HUGUETTE LABELLE

J'étais présidente du conseil

de la Croix-Rouge, parce que

je travaillais au gouvernement

à ce moment-là. Bien, enfin,

ce que j'ai fait, c'est que,

bon, on prend un cours à la

fois. J'ai commencé mon

doctorat, parce que je gérais

des secteurs de recherche, à

l'intérieur de mes fonctions, au

gouvernement. Donc, je suis

mieux d'en connaître un peu plus

que ce que j'ai avec une

maîtrise. Mais, comme j'avais

changé de fonction, aussi, du

ministère de la Santé aux

Affaires indiennes et du Nord,

j'ai été deux ans sans...

en disant: « Je ne peux pas

parce que j'ai une nouvelle

responsabilité. » Mais, après ça,

il restait seulement deux ans

pour faire la thèse. Donc je

l'ai faite de trois heures du

matin à six heures du matin,

sept jours par semaine, deux

ans. C'est fait.


LINDA GODIN

Wow! Et... vous êtes de Rockland,

vous êtes une Franco-Ontarienne.

Est-ce que ça, ça vous a aidée

dans votre carrière, c'est-à-dire

cette sensibilité-là à la minorité,

à une communauté minoritaire?


HUGUETTE LABELLE

Je pense que oui. Autant mes parents

pouvaient naviguer d'une langue

à l'autre facilement, mais il

reste que Rockland, c'était un...

un village, à ce moment-là,

qui était presque entièrement

francophone. Donc, l'anglais,

on le parlait de temps en

temps, mais c'était surtout le

français. Mais moi, ce qui m'a

frappée, c'est que, en étant de

l'Ontario, d'une part, on avait

la chance, si on était

Franco-Ontarien, de pouvoir

parler français, de vivre en

français aussi, pas seulement

le parler. Mais, en même temps,

d'avoir cette deuxième langue

qui nous ouvrait des horizons

qu'on n'aurait pas eus si on

avait seulement une langue.


LINDA GODIN

Vous êtes souvent dans vos

valises, parce que vous voyagez

encore régulièrement,

constamment. Est-ce que vous

vous lassez de voyager?


HUGUETTE LABELLE

Écoutez, je ne me lasse pas

d'être là où... quand j'arrive.


[LINDA GODIN:] OK.

HUGUETTE LABELLE

Ça, d'être... de faire la visite,

de faire le travail dans le pays,

une fois rendue sur place,

ça, c'est fascinant.


[LINDA GODIN:] OK.

HUGUETTE LABELLE

Je pourrais faire sans les aéroports.

(En riant)


LINDA GODIN

Et les avions. Si vous pouviez

vous téléporter...


HUGUETTE LABELLE

Enfin, si je pouvais me téléporter,

ça serait idéal.


LINDA GODIN

Ouais.


HUGUETTE LABELLE

Donc... parce qu'on passe

beaucoup de temps. Si je vais

en Afrique du Sud, à Johannesburg,

pour une journée et demie,

je vais passer trois jours,

trois nuits sur l'avion.

Maintenant, c'est pas toujours

cette même situation. Mais il

reste qu'on passe beaucoup de

temps dans les aéroports et les

avions, mais je travaille en

même temps, donc je me prépare

pour mes réunions, j'en profite...

j'utilise ce temps-là...


[LINDA GODIN:] Pour travailler.

HUGUETTE LABELLE

Oui, pour travailler.

Autrement, ça serait une perte

de temps.


[LINDA GODIN:] Ouais.

Madame Labelle, vous avez passé

presque toute votre carrière,

26 ans, à la fonction publique,

19 ans à peu près comme

sous-ministre. Qu'est-ce qui

vous a fait décider, en fait,

d'aller travailler au

gouvernement fédéral?


HUGUETTE LABELLE

C'est une histoire assez intéressante.

J'étais... J'étais à une réunion ou...

un forum, enfin, où je faisais

une présentation. Dr Leclerc,

qui était sous-ministre de la

Santé, aussi.

Bon... quelques semaines après,

il me téléphone, me disant:

« Madame Labelle, je veux vous

rencontrer. » Je suis allée le

voir. Il me dit: « Dans un an,

j'aurai un poste qui va

s'ouvrir et j'aimerais ça que

vous puissiez... venir au

gouvernement fédéral

dans ce poste-là. »

« Bon, parfait. »

Quelques semaines après, il me

retéléphone, il me dit: « C'est

maintenant, pas dans un an.

Et je vous ai déjà envoyé toutes

les formules pour que vous

puissiez les remplir. »

Bon, en fait, la dernière journée,

je n'avais pas rempli de formule;

en principe, j'avais décidé

de ne pas y aller. Donc,

j'arrive au travail et j'avais un appel

du Dr Leclerc, huit heures du

matin, qui me dit: « Madame

Labelle, vous avez sûrement

perdu... »


[LINDA GODIN:] Il insiste!

HUGUETTE LABELLE

« ...les formules que je vous

ai envoyées. Donc mon chauffeur

est en route avec d'autres pour

vous permettre de les remplir.

Écoutez! Remplissez les

formules. Envoyez-moi-les.

Puis... y a rien qui... qui vous

dit que vous aurez à prendre

le poste si vous décidez

de ne pas venir. »

Donc, j'ai fait ça. Le concours

est arrivé, j'ai eu le poste et,

après ça, j'ai été très heureuse

au gouvernement canadien.

Ça a été une expérience extraordinaire.


LINDA GODIN

Ouais. C'est ça, vous avez été

sous-ministre et vous avez...

été à différents ministères aussi.

Vous avez une compréhension

de l'appareil gouvernemental

assez... et des différents ministères

assez importants, assez complète.


HUGUETTE LABELLE

Évidemment. Bien, en fait,

comme sous-ministre ici, ce qui

arrive, c'est que, lorsque le

premier ministre décide qu'ils

ont besoin de nous quelque part

ailleurs, on nous demande d'y

aller et, en principe, on ne dit

pas non non plus. Donc,

c'est pour ça que j'ai fait

Secrétariat d'État, qui a été

mon premier ministère, qui est

un ministère en or, aussi.

Ensuite, je suis passée au

Conseil privé, la Commission de

la Fonction publique, pendant

cinq ans, qui était aussi...

C'était... La Commission avait

plusieurs fonctions à ce

moment-là. Donc c'était un

poste qui était très intéressant.

Et, de là, je suis allée aux

Transports. Donc, c'était

la première fois qu'il y avait

une femme dans un poste

économique. Et, pour moi,

c'était... et les transports,

on touche à la vie de tous les

Canadiens. Et, après ça, je suis

allée à l'ACDI, où j'ai passé

sept ans et j'ai imploré le

premier ministre du temps de me

laisser là pour terminer ma

carrière au gouvernement.


LINDA GODIN

Est-ce que vous êtes féministe?

Je vous pose la question,

parce que, quand vous

avez accepté des postes de

sous-ministre, on vous disait

tout le temps: « Vous êtes une

des rares femmes. Il faudrait

qu'il y ait plus de femmes

hauts fonctionnaires. »

Est-ce que ça, ça a joué un rôle

dans votre acceptation de ces

emplois-là?


HUGUETTE LABELLE

À quelques reprises.


[LINDA GODIN:] OK.

HUGUETTE LABELLE

Je dois l'avouer.

Premièrement, lorsqu'il était

question de venir au

gouvernement canadien, on m'a

dit: « Vous êtes la cinquième

femme à être nommée au groupe

exécutif », qui était les trois

niveaux supérieurs en dessous

de sous-ministre. Donc... et

il y avait 720 postes à ce

moment-là. Là, je retourne en

72, quoique j'ai commencé en

73. Mais j'étais tellement bien

à la Santé, j'adorais ce que je

faisais. Finalement, un gars à

la Commission de la Fonction

publique, Bert Whiskin,

qui est décédé maintenant, me

téléphone, me convoque, enfin.

Il me dit: « Là, j'ai besoin de

vous voir. » Donc j'arrive là.

Et il m'a dit: « Vous savez,

vous êtes en train de ruiner

la cause des femmes. »

Donc il m'a mis...

et je me suis sentie très

coupable. Il dit: « Voilà!

Vous avez quatre différentes

possibilités de poste et vous

refusez toujours. » Mais quand

j'étais à la Commission de la

Fonction publique, y avait un

objectif d'augmenter le nombre

de femmes dans le groupe

exécutif à 22%. C'était encore

très, très bas. Y avait aucune

femme qui était recommandée.

Pas seulement ça, mais y avait

pas de femmes qui faisaient

partie des concours. Donc, j'ai

dit: « À partir de maintenant,

s'il y a pas de femmes, on

n'approuve pas. » S'il y a pas

de femmes qui sont... qui font

partie du concours, qui sont

des candidats, ou des

candidates. Euh... qu'elles

gagnent ou qu'elles ne gagnent

pas. Ça sera la meilleure

personne qui doit gagner.

La semaine suivante, y en avait

pas, parce que ça datait,

évidemment, du passé; on n'a

pas approuvé. Troisième semaine,

on n'a pas approuvé. à partir

de là, il a commencé à y avoir

des candidates. Ça a commencé

vraiment à faire un changement

très important.


LINDA GODIN

Vous, vous avez ouvert,

alors, des portes...


HUGUETTE LABELLE

Ouais. Il fallait... j'étais

dans un poste qui me permettait

de faire cela. C'est pas

toujours... on n'est pas

toujours dans une situation

comme celle-là.

- Faut que vous me racontiez, en

19...82, lors du rapatriement

de la Constitution, c'est vous

qui avez lu la Proclamation du

rapatriement de la constitution,

à cette cérémonie, fameuse

cérémonie sur le Parlement,

devant la reine, devant le

premier ministre de l'époque,

Pierre Elliott Trudeau.

Comment vous avez fait

pour être choisie pour lire ça,

qui était... c'était un événement

hyperimportant!


HUGUETTE LABELLE

Pierre Trudeau était le

premier ministre à ce moment-là.

Et... c'était la pratique,

c'était la coutume que,

lorsqu'il y avait un événement

comme celui-là, que c'était le

sous-secrétaire d'État, c'était

le poste, qui faisait la lecture

du... du document. Mais je suis

allée voir le premier ministre.

J'ai dit: « Monsieur Trudeau,

ça n'est pas une loi, c'est une

pratique. Donc vous avez quand

même le choix. » Et il m'a

répondu, à sa manière:

« Écoutez, tout le monde

voudrait le faire. J'ai assez

de problèmes sans régler

celui-là. Donc, allons-y avec

la coutume, avec la pratique. »

Et c'est un peu comme ça que...

Mais ça faisait partie du...

ça faisait partie de la

responsabilité.


[LINDA GODIN:] OK.

HUGUETTE LABELLE

C'était prévu pour avoir lieu

en février. Donc ça devait être

au Sénat. Mais ça a été reporté

au mois d'avril. Et là, à nouveau,

mon ministre m'a dit:

« Le premier ministre veut nous

voir. » Donc, on est arrivés sur

place et M. Trudeau dit:

« Qu'est-ce que vous pensez si

on faisait la cérémonie à

l'extérieur? Comme ça, les

Canadiens pourraient être là,

pourraient en faire partie. »

J'ai dit: « Monsieur le premier

ministre, si vous voulez le

faire à l'extérieur, on va le

faire à l'extérieur. »

« Mais qu'est-ce que vous en

pensez? » Donc, j'ai dit...

Il dit: « Non, je veux que vous

regardiez ça. » J'ai dit:

« On vous revient dans 24

heures. » Lorsque nous sommes

sortis du bureau de M. Trudeau,

le greffier du Conseil privé,

qui était Michael Pitfiel, à ce

moment-là, et Michael Kirby se

sont mis à rire. Mais j'ai dit:

« Je sais que je rencontre pas le

premier ministre à tous les

jours. Pourquoi est-ce que vous

riez? » Bien, ils ont dit:

« Si ça avait été nous, qui

sommes des hommes, il aurait

dit: « Je voudrais faire la

cérémonie dehors ». Mais comme

vous êtes une femme, madame,

probablement qu'il voulait être

plus poli envers vous, et vous

dire: « Bien regardez ça ». »

Donc... enfin, évidemment,

ça a été à l'extérieur, et c'était

une très bonne décision.


LINDA GODIN

Euh... Vous avez terminé votre

carrière à la fonction publique

à l'ACDI. Est-ce que ça a été

comme le début d'une troisième

carrière, ça, pour vous?

C'est-à-dire celle de

l'international.


HUGUETTE LABELLE

J'aurais... j'aurais pu rester

plus longtemps. J'adorais

ce que je faisais à l'ACDI, au

gouvernement canadien, pour moi,

ça m'a permis de découvrir le

Canada, mais aussi de découvrir

le monde. Et... Mais je m'étais

dit, ça faisait quand même sept

ans que j'étais à l'ACDI,

19 ans comme sous-ministre,

et... c'était probablement le

bon temps de repenser les

nouvelles politiques d'avenir,

ainsi de suite, les grandes

stratégies d'avenir. Et donc,

à ce moment-là, j'ai quitté,

mais avec l'idée, évidemment,

de ne pas prendre une retraite,

mais de continuer et, en grande

partie, de... redonner, sur une

base volontaire, ce que j'avais

reçu pendant toutes les années

de ma vie au gouvernement et

avant.


LINDA GODIN

On est ici à l'Université

d'Ottawa, dont vous avez été

la chancelière pendant 18 ans.

Ça a été important pour vous,

ça, ce poste-là?


HUGUETTE LABELLE

Oui. Pour moi... Premièrement,

l'Université d'Ottawa, c'est mon

université. Autant j'ai été

impliquée avec d'autres

universités, mais, évidemment,

pas comme celle-ci. Parce que,

un, j'y ai étudié. Mais, ensuite,

d'avoir été le chancelier,

pour moi, ça a été

un travail extraordinaire.

Parce qu'on voit le résultat

des études.


LINDA GODIN

La chapelle de

l'Université d'Ottawa porte

votre nom depuis quelque temps.

Ça s'appelle la salle Huguette-Labelle.

Qu'est-ce que ça vous a fait

quand on l'a nommée à votre nom?


HUGUETTE LABELLE

Écoutez, ça m'a vraiment

touchée, parce que... c'était

la chapelle de l'université, du

temps des Oblats, mais, ensuite,

pendant une période de temps

assez prolongée, c'était le lieu

où tous les étudiants

se rencontraient, évidemment.

Mais, ensuite, t'as eu souvent

des mariages qui ont eu lieu là.

Les gradués veulent revenir

et... des concerts ont lieu là,

des colloques de toutes sortes,

des réunions de toutes sortes.

Donc c'est vraiment un peu,

ça a servi comme le coeur de

l'université. Donc, quand on

m'a approchée pour me dire

qu'ils voulaient nommer la

chapelle à mon nom,

j'étais vraiment très touchée.


LINDA GODIN

Madame Labelle, expliquez-moi

qu'est-ce que Transparency

International, dont vous êtes

la présidente depuis 2005.


HUGUETTE LABELLE

Oui. Bien, c'est vraiment...

c'est une organisation qui a

maintenant 21 ans. On est situés

à Berlin, en Allemagne.

Mais nous avons des sections

dans au-delà de 100 pays.

Et nous avons des membres

individuels aussi. Mais le but,

c'est de lutter contre la corruption,

d'essayer de prévenir la

corruption à travers le monde,

mais aussi de la dépister

rapidement, parce qu'il

y en aura toujours,

malheureusement. Donc, c'est

vaste, et... y a des moyens que

nous avons développés, avec les

Nations Unies, avec la

Banque mondiale, l'OCDE.

On travaille de près avec

le G20 dans le moment.

Ce qu'on retrouve,

c'est qu'il y a une certaine

complicité entre ceux qui volent

dans leurs pays et les pays

du Nord, les pays...

industrialisés, qui ont bien

souvent regardé de l'autre côté

ou qui ont laissé les paradis

fiscaux exister. On travaille

aussi, on développe des

instruments, on recommande

des lois, des pratiques,

des systèmes, surtout pour les

achats, pour la construction.

C'est des coins très vulnérables,

comme on le sait au Canada,

d'ailleurs. On n'est pas

immunisés...


LINDA GODIN

On n'est pas à l'abri.


HUGUETTE LABELLE

...contre la corruption,

nulle part. On en a peut-être

beaucoup moins qu'ailleurs,

mais on n'est pas immunisés.

Donc, c'est vraiment un fléau

mondial, c'est endémique et

ça crée de grands problèmes.

Et c'est possible de la prévenir.

S'il y a la volonté politique

de le faire, si les leaders

des entreprises, et y

en a d'ailleurs, qui décident

que c'est quelque chose qu'ils

vont vraiment attaquer de front

et se donner les moyens pour

que leur entreprise ne devienne

pas une entreprise qui favorise

la corruption, qui paie des

pots-de-vin pour avoir des

contrats, par exemple.

On trouve aussi que...

bien souvent, le peuple, les

citoyens se disent: « Ah! Mais

c'est l'affaire des autres.

C'est pas mon affaire. »

Donc, ce qu'on essaie de faire,

c'est de convaincre les citoyens

des pays, les organisations des

pays, de se dire: « J'ai une

responsabilité aussi. »


LINDA GODIN

La Banque mondiale veut

réduire le niveau de pauvreté

de beaucoup d'ici à 2020, 2030.

Enfin, y a différents objectifs.

Vous, vous dites que

ces objectifs-là ne pourront

être atteints si on ne règle pas

les cas de corruption, si on ne

diminue pas la corruption, qui

est directement liée à la

pauvreté. Comment faire?


HUGUETTE LABELLE

Absolument.


LINDA GODIN

Concrètement, comment faire?


HUGUETTE LABELLE

Voici ce qu'on fait à ce

moment-ci. Les Nations Unies

sont à regarder les objectifs

post-2015. Parce qu'il y a eu

des Objectifs du millénaire qui

ont été développés, pour

réduire la pauvreté, réduire

la... la mortalité maternelle,

la mortalité chez les enfants,

ainsi de suite, le manque

d'alimentation. Et là, y a tout

un mouvement international des

pays, des gouvernements, mais

aussi des institutions comme la

nôtre, des organisations comme

Transparency International, pour

dire quels seront les prochains

objectifs. Évidemment, y en a

qui doivent continuer, que ça

soit la santé, l'éducation,

diminuer la mortalité, et ainsi

de suite, s'assurer qu'on a de

quoi manger, que notre planète

ne prend pas feu, non plus, dans

les prochaines années. Mais...

nous, ce que nous disons, c'est

que, justement, si on ne

s'assure pas qu'il y a une bonne

gouvernance dans tous les pays,

on n'y arrivera pas.


LINDA GODIN

On parle beaucoup de

Transparency International parce

que vous êtes... vous en êtes

la présidente, mais vous siégez

à de nombreux autres organismes

internationaux. Qu'est-ce que

ça vous apporte? Qu'est-ce

que vous allez chercher là?


HUGUETTE LABELLE

Écoutez: ça m'apporte

probablement plus que ce que je

peux donner. Parce que...

vraiment, ça nous donne...

cette capacité de contribuer.

Et on dit souvent qu'on est

beaucoup plus heureux quand on

donne que quand on reçoit. Et

c'est une peu cette

situation-là, je pense, qui me

motive. Mais... parce qu'aussi,

ce sont des causes que je

trouve importantes. Gouvernance

et pauvreté, l'environnement et

l'éducation sont peut-être les

trois secteurs, en passant un

peu par la santé aussi, où je

continue de donner, mais ce sont

les secteurs qui m'intéressent

le plus.


LINDA GODIN

Ouais. Est-ce qu'un jour, vous

allez prendre votre retraite?


HUGUETTE LABELLE

Non! Non! Écoutez,

quand je ne pourrai

plus contribuer, j'espère que

j'aurai la sagesse d'arrêter et

de ne pas essayer, mais... je

ne me vois pas arrêter.

En toute franchise,

je ne sais pas ce que je ferais

si j'arrêtais. Parce que...

je me dis: « Tant qu'on

peut donner, il faut le faire.

Tant qu'on peut partager

ce qu'on peut partager, tant

qu'on peut mettre, disons,

la main à la pâte pour essayer

de changer une situation, bien,

à ce moment-là, je veux

continuer. » C'est sûr.


LINDA GODIN

On vous considère comme

l'une des Canadiennes

les plus influentes.

Quel héritage souhaitez-vous

léguer? pensez-vous

que vous léguerez?


HUGUETTE LABELLE

Oh! Écoutez! Je voudrais

contester le fait que... je ne

suis pas une des personnes les

plus influentes, mais... ce que

je voudrais léguer, c'est que

le Canada, d'une part, que

le Canada, comme pays, s'assure

qu'il joue son rôle sur la

scène internationale;

qu'il prenne vraiment totalement

sa place à la table des nations.

Et, pour moi, ce que j'espère,

c'est que, dans les organismes

où j'ai oeuvré, que j'aie pu

laisser un peu... cette idée de

bien travailler ensemble.

D'unir nos forces plutôt

que d'aller un contre l'autre.

Parce qu'à ce moment-là,

on peut faire tellement plus

si on unit vraiment nos forces.

Aussi bien à l'intérieur du

Canada qu'à l'extérieur. Donc

j'espère que j'aurai laissé un

petit peu de cela comme

héritage.


LINDA GODIN

Huguette Labelle, merci beaucoup.


HUGUETTE LABELLE

C'est moi qui vous remercie.

(Générique de fermeture)

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