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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Sylvain Moreno - Neuroscientifique

Le docteur Sylvain Moreno est un expert mondial dans le domaine de la neuro-éducation.
Il cherche particulièrement à comprendre comment les techniques d’entrainement et de réhabilitation peuvent améliorer l’intélligence, la mémoire, les temps de réaction, l’attention et les compétences linguistiques.
Il estime que la musique et le bilinguisme, notamment, sont des expériences qui agissent sur la plasticité du cerveau et modifient les réseaux cognitifs.



Réalisateurs: Alexandra Levert, Simon Madore, Karen Vanderborght
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles; des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, des photos de SYLVAIN MORENO à différents moments de sa vie défilent à l'écran.


GISÈLE QUENNEVILLE

à la télé, à la radio, dans les

magazines, on entend le même

message: il est important de

faire de l'exercice physique.

Sylvain Moreno est tout à fait

d'accord. Mais pour Sylvain, il

faut faire aussi de l'exercice

pour le cerveau.

Sylvain est neuroscientifique.

Il est chercheur principal au

Center for Brain Fitness de

Toronto. Et sa recherche porte

non seulement sur les personnes

âgées, mais aussi sur les

enfants. Le cerveau est

malléable, et selon lui, on

peut l'entraîner à être plus

performant. Sylvain Moreno

s'est intéressé à la

neuroscience très jeune.

à 16 ans, il a eu un accident

de moto. Il s'est retrouvé en

fauteuil roulant et avait

d'importantes pertes de mémoire.

Ça l'a mené à poser des

questions sur les façons dont

le cerveau peut guérir.

Il a étudié principalement

en France, mais quand est venu

le moment d'établir un

laboratoire, il a choisi le

Canada. Son champ de

spécialisation: comment la

musique et le fait d'être

bilingue peuvent avoir

des impacts positifs sur

notre cerveau.

(GISÈLE QUENNEVILLE et SYLVAIN MORENO sont maintenant assis l'un face à l'autre, dans le bureau de ce dernier.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Sylvain Moreno, bonjour.


SYLVAIN MORENO

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes chercheur principal

au Center for Brain Fitness.

Quand je pense à ça, je pense à

un centre de conditionnement

pour le cerveau.

Est-ce que c'est bien ça?


SYLVAIN MORENO

C'est un centre de recherche

où on essaie de vraiment

comprendre comment le cerveau

fonctionne et comment on peut

essayer d'améliorer

ses capacités.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment est-ce qu'on

peut essayer d'améliorer

ses capacités?


SYLVAIN MORENO

Bien, il y a différentes

méthodes. Donc, il y a plusieurs

chercheurs qui travaillent sur

ces différentes méthodes et

chaque chercheur a eu peu son

angle d'approche.

Donc pour moi, l'angle

d'approche, c'est utiliser

l'art. Donc, tout ce qui est,

par exemple, la musique et

d'essayer d'arriver à travers

la musique, stimuler des zones

cérébrales qui vont permettre

d'augmenter les capacités

cérébrales telles que

l'attention, la mémoire, le

langage, l'intelligence.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum-hum.


SYLVAIN MORENO

Et à travers ces activités,

qui sont, par exemple, utiliser

des jeux vidéos ou des

instruments de musique ou... de

permettre de motiver nos

patients ou les participants

dans nos expériences, pour

arriver à les engager et à

augmenter ces capacités

cérébrales pour bénéficier leur

vie de tous les jours.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous parlez de vos patients.

Ici, on est au Centre Baycrest,

Hôpital Baycrest, c'est un

centre sur le vieillissement.

Est-ce que vos patients, c'est

surtout les personnes âgées?


SYLVAIN MORENO

Bien moi, en fait, je

travaille sur toute la vie.

Donc, je commence à travailler

avec des enfants qui sont aussi

jeunes que trois ans, et je

vais jusqu'à des patients qui

ont 99 ans. Donc nous, ce qu'on

essaie de vraiment comprendre,

c'est les composantes

essentielles de la plasticité

cérébrale, donc, comment votre

cerveau s'adapte.

Et on peut arriver à... quand

on a découvert ces principes

fondamentaux... à les appliquer

à n'importe quel âge en

vraiment, en adaptant, si vous

voulez, les exercices ou les

jeux qu'on fait avec les

enfants, par exemple, à l'âge

avec lequel on travaille.

Donc, quand on travaille avec

des enfants de trois ans, on va

utiliser beaucoup de jeux et

beaucoup d'activités qui sont

très stimulantes. Et plus on

avance dans l'âge, plus les

enfants ou les personnes

arrivent à avoir plus

d'attention, et donc à se

concentrer sur des choses qui

sont plus difficiles et

plus complexes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bon, parlons de

cette recherche.

Cette recherche où vous avez

étudié la musique et l'impact

que ça peut avoir sur le

cerveau des enfants.

Comment vous vous êtes pris

et qu'est-ce que vous avez

découvert avec cette

recherche-là?


SYLVAIN MORENO

Donc nous, ça fait 10 ans

qu'on travaille sur ça donc ç'a

été d'énormes recherches et des

études longitudinales et

plusieurs études, en fait, qui

ont été réalisées.

Et donc, on a passé vraiment...

le premier aspect du travail

était vraiment de comprendre

quelles sont les zones

cérébrales qu'on peut réussir à

stimuler avec la musique.

Et dans la littérature

scientifique, il y avait quand

même des idées que les

musiciens avaient une sorte de

capacité supérieure.

Donc, quand on étudiait des

musiciens professionnels, on

voyait que par rapport à

d'autres personnes, ils avaient

quand même une meilleure

attention, une plus grande

intelligence ou des scores

d'intelligence plus élevés.

Et donc, on est parti de ce

principe-là. On a dit, y a

peut-être quelque chose là

qu'il faut peut-être réussir à

étudier. Et donc, à travers ça,

ce qu'on a fait, c'est qu'on a

réalisé des études cliniques,

c'est-à-dire où on prend des

gens qui ont jamais

fait de musique et on

les teste et après on les

entraîne pendant une certaine

période et on les reteste.

Et on essaie de comparer ça.

Donc ça, c'est tout ce qui est

les études cliniques en

médecine classique qui prennent

ce format-là. Et on a réussi à

découvrir la causalité.

Donc, quel est le principe

fondamental qui permet de

modifier le cerveau.

Et à travers plusieurs études,

on a réussi à isoler ces

différents principes et on a

réussi à créer un entraînement

ou un programme de

réhabilitation, si vous voulez,

qui va permettre de stimuler le

cerveau dans ses capacités

essentielles. Ses capacités

essentielles, c'est des

capacités qu'on appelle des

fonctions exécutives,

par exemple. Et à travers ça,

en fait, on s'est rendu compte

que ces fonctions exécutives

sont utilisées tous les jours

dans n'importe quelle action que

vous faites.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, vous allez nous

montrer un peu comment

ça fonctionne.


SYLVAIN MORENO

Voilà.


GISÈLE QUENNEVILLE

OK?


SYLVAIN MORENO

Oui, bien sûr. Avec plaisir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, qu'est-ce qu'on va

voir là?


SYLVAIN MORENO

Là, on va voir un jeu, en

fait, où vous allez écouter des

sons et il va falloir que vous

arriviez à discriminer quelle

note de musique dans le fond

sonore. Et donc, ça, ça permet à

l'enfant de muscler ses

capacités d'attention,

d'écoute, dans la classe.

Et ça, on a ...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça pourrait m'aider ça aussi,

en fait.


SYLVAIN MORENO

On a mesuré ça et on a montré

que le cerveau, après cet

entraînement, il bloque les

sons qui sont pas cohérents

avec ce qu'il est en train

d'écouter.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah oui!


SYLVAIN MORENO

Donc, le cerveau l'empêche de

les traiter. Mais ça, c'est pas

conscient de l'enfant. Le

cerveau le fait automatiquement

grâce à l'entraînement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah!

(SYLVAIN MORENO tient une tablette électronique dans ses mains. Il démarre un jeu vidéo et une voix électronique donne des consignes en anglais.)


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum.

(La voix électronique donne maintenant les consignes en anglais très lentement.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, le débit est

très lent.


SYLVAIN MORENO

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et la musique, le plan a pas

changé, finalement.


SYLVAIN MORENO

Ça, c'est fait exprès.

C'est justement pour vraiment

être...

c'est créé spécialement pour les

enfants entre trois et six ans.

Donc, ça s'adapte à leurs

capacités.

(La voix électronique répète les consignes.)


SYLVAIN MORENO

Tu vois là, par

exemple, ça a répété parce

qu'on n'a pas trouvé. Est-ce

que tu veux essayer

de répondre.


GISÈLE QUENNEVILLE

(faisant référence au son émis par la voix électronique)

Ah, le « Ré », c'était euh...

c'était le chat.

(Sur la tablette électronique. On voit un chat qui émet effectivement le son entendu.)


SYLVAIN MORENO

Oh!


GISÈLE QUENNEVILLE

(riant)

Ah!


SYLVAIN MORENO

Tu gagnes des points.

Et donc, tout est adapté pour

les enfants de trois ans.

Même les feedbacks sont

toujours positifs.

Il n'y a jamais un feedback

négatif parce que ça, ça a

une valeur négative sur

l'apprentissage.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ouais.


SYLVAIN MORENO

Donc, tout est un

encouragement. Donc, on a

vraiment travaillé énormément

sur l'ergonomie pour s'adapter

à cette population.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord.

(La voix électronique émet un son.)


SYLVAIN MORENO

Et celui-là?


GISÈLE QUENNEVILLE

L'hippopotame.


SYLVAIN MORENO

Oh! Mais tu vois, tu as

l'oreille musicale, tu me

disais que tu l'avais pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

(riant)

Oui. Demandez-moi pas de la

chanter par exemple!


GISÈLE QUENNEVILLE

Dites-moi, est-ce que ce

serait possible de faire ça

s'il n'y avait pas la

technologie? S'il n'y avait pas

un logiciel, une application

iPad pour faire ça?


SYLVAIN MORENO

On peut toujours faire ça,

par exemple, avec un

enseignant, mais ce serait très

considérable parce qu'il

faudrait entraîner un

enseignant dans chaque ville ou

des dizaines d'enseignants dans

des dizaines et dizaines de

villes pour pouvoir toucher

peut-être un dixième des

enfants qu'on peut toucher avec

un software qui est sur le net.

Grâce à ça, on peut accéder...

quelqu'un qui est dans le nord

de l'Ontario, dans une très

petite ville, a juste besoin de

se brancher sur Internet et il

va pouvoir avoir accès à ça.

Donc, ça donne une liberté et

aussi une égalité des chances

qui est gigantesque, en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Sylvain Moreno, vous vous

intéressez à la neuroscience

parce que c'est ce que vous

faites. Vous vous intéressez à

ça depuis quand?


SYLVAIN MORENO

C'est assez étrange parce que

c'est venu, en fait... la

première fois que je me suis

intéressé à ça, c'est quand

j'ai eu un accident de la route

où j'ai eu des pertes de

mémoire et un trauma cérébral.

Et donc, c'est la première fois

où j'ai commencé à vraiment me

poser des questions sur le

cerveau. Et vous savez, quand

vous avez des pertes de mémoire,

un trauma cérébral --


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous étiez quand même assez

jeune, à ce moment-là.


SYLVAIN MORENO

Oui, j'avais 16 ans, en fait.

Donc, c'est très, très tôt et

puis, au lycée, on n'apprend

pas... il n'y a pas de cours

sur le cerveau.


GISÈLE QUENNEVILLE

On se dit pas qu'on veut

faire de la neuroscience.


SYLVAIN MORENO

Oui, voilà, pas du tout.

Et donc, j'ai commencé à

essayer de comprendre ça à

travers ma réhabilitation et

puis à essayer de comprendre la

mémoire et comment ça pouvait

jouer un rôle dans

l'apprentissage, par exemple, à

l'école, dans mes performances

en classe et des choses comme

ça. Et donc, ç'a été vraiment la

première approche. Et donc...

mais ç'a été vraiment succinct

parce que le seul lien que je

pouvais comprendre avec ça,

c'était la médecine. Et moi,

j'étais pas forcément enclin à

prendre une carrière médicale.

Ce que moi, j'ai fait, je me

rappelle mon premier cours à

l'université, ç'a été justement

sur les neurosciences et ç'a

été comme un flash. J'ai fait,

« c'est ça que je veux faire »,

en fait. J'ai vraiment réalisé

ça à partir de la première

heure. J'étais passionné.

C'était vraiment quelque chose

qui me fascinait et donc, du

coup, après j'ai fait des

stages en laboratoire à

l'université et j'ai été de

plus en plus, de plus en plus

passionné et donc, c'est comme

ça que c'est venu, en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum. Vous avez... bon,

parce qu'on a parlé de musique,

vous utilisez l'art finalement

dans vos recherches.

Vous êtes artistique également

à la base?


SYLVAIN MORENO

En fait, ma famille m'a

toujours introduit à l'art.

Donc, mon père était passionné

de photographie et de peinture.

Donc, je me rappelle qu'on

avait toujours des discussions

aux repas sur ça, par exemple.

Et moi, j'étais toujours

passionné de musique et de

danse. Et donc, j'ai toujours

été encouragé par mes parents en

général, d'aller vers ce

côté-là ou au moins de se poser

des questions, en fait.

Et en France, c'est vraiment

une part de l'éducation.

Alors moi, je me rappelle que,

par exemple, à l'école

élémentaire, j'avais une

chorale, je faisais partie

d'une troupe de théâtre, déjà,

de la danse.

Et à travers ça, j'ai... je me

suis rapproché de cet art-là.

Donc, c'est vraiment quelque

chose qui a toujours fait

partie de ma vie.

Et donc, quand je me suis posé

la question de savoir comment

je pouvais stimuler le cerveau,

et que j'ai trouvé ce lien avec

la musique, ç'a été vraiment,

tel un moment... Il fallait

que j'aille par là, quoi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez fait vos études

principalement en France.

Qu'est-ce qui vous a emmené

ici, au Canada?


SYLVAIN MORENO

Bien, en fait, le... j'ai

fait un premier stage d'été.

Donc, j'ai gagné une bourse

d'études en 2001 pour venir

faire un stage d'été à

l'université Carleton.


GISÈLE QUENNEVILLE

À Ottawa.


SYLVAIN MORENO

Avec le professeur Lefebvre.

Et moi, j'étais passionné de ça.

Ç'a été vraiment le déclic sur

la recherche. Je savais que je

voulais faire de la recherche

après ça. Et donc, ç'a été un

premier rapport avec le Canada,

qui a été formidable.

Comme ici on dit, tombé en

amour au Québec avec le Canada.

Et j'ai continué mes études en

France. Donc, j'ai fait ma

thèse au Centre national de la

recherche scientifique à

Marseille. Et un de mes

évaluateurs de thèse était un

professeur de l'université de

Toronto, le docteur

Schellenberg. Et en fait, il

m'a offert une position après ma

thèse et donc, je suis revenu au

Canada comme ça.

Et j'ai adoré Toronto et

l'Ontario donc, du coup, je

suis resté là après.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et là, ici, vous avez pu

monter votre propre

laboratoire?


SYLVAIN MORENO

Oui, donc ça, ç'a été aussi

notre chance que le Rothman

Research Institute et Baycrest

Hospital m'a donnée, c'est de

me faire confiance et me

permettre d'avancer ces idées

nouvelles sur comment utiliser

l'art pour permettre d'aider

les gens, en fait.

Et d'augmenter leur capacité

cérébrale et... ou sinon dans

des cas de pathologies,

permettre de se réhabiliter et

d'avoir une vie qui est de plus

en plus normale.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous êtes arrivé ici,

je sais pas à quel point vous

parliez l'anglais, est-ce que

ça, ç'a été un choc pour vous?


SYLVAIN MORENO

Ah, ç'a été très dur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui?


SYLVAIN MORENO

Ah oui, parce que l'éducation

française, c'est tout ce qui

est écrit est très, très mis en

avant. C'est-à-dire que je

pouvais écrire une dissertation

en anglais, quoi. Mais tout ce

qui est oral est quasi

inexistant. Donc, je me

rappelle discuter avec les gens

dans la rue, de mon immeuble

où j'habitais pour pouvoir

améliorer mon anglais.

Ou aller prendre des cafés,

discuter avec des gens pour

essayer de...

Donc, au départ, ç'a été très

difficile et donc, ça aussi,

une des questions qui m'a...

m'a permis d'aller vers l'étude

du bilinguisme.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien justement, parlons-en

parce qu'il paraît que si on

parle plus d'une langue, c'est

bon pour le cerveau, ça.


SYLVAIN MORENO

Bien, c'est ce que montrent

les études de, par exemple,

Ellen Bialystok, qui a été

aussi un de mes mentors ici au

Canada. Et qui a démontré qu'en

fait, ça permettait de ralentir

le processus de vieillissement

et donc, on pouvait garder les

mêmes capacités cognitives,

malgré le processus de

vieillissement par rapport à

des gens qui parlent qu'une

seule langue.

Donc, il y a vraiment d'énormes

bénéfices que vous gagnez, plus

de cinq ans de bénéfices si

vous voulez qu'on arrive à agir

et vivre au même niveau

cognitif plus que des gens qui

ont qu'une seule langue.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et est-ce qu'il faut

s'entraîner à ça ou c'est juste

dans nos conversations et notre

façon de vivre tous les jours?


SYLVAIN MORENO

Ouais, le bilinguisme, c'est

vraiment quelque chose qui fait

partie de... quand vous êtes

bilingues, vous êtes bilingues

tous les jours.

C'est-à-dire que vous allez...

si, par exemple, votre... ce qui

est mon cas, ma femme parle

français, donc à la maison, on

parle français, mais dès que

j'arrive au travail, je parle

anglais. Et si ma femme me

téléphone, je switch directement

vers le français. Et ça, c'est

le meilleur environnement.

C'est-à-dire que quand vous

pouvez passer d'une langue à

l'autre au fur et à mesure de

votre journée, c'est ça qui va

vous donner le plus de

bénéfices, en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

On a parlé de l'importance de

la musique sur le cerveau et

sur l'intelligence et sur le

développement du cerveau.

Il y a la musique, mais il y a

également les arts visuels,

n'est-ce pas?

(faisant référence à un tableau que SYLVAIN MORENO tient près de lui.)

Et ça, c'est une

œuvre qui en témoigne,

je pense.


SYLVAIN MORENO

Bien oui, tout à fait, en

fait parce que ce qu'on a

essayé de vraiment développer,

c'est comment on peut accéder à

ces zones cérébrales qui sont

si importantes dans nos vies,

qui nous permettent d'augmenter

nos capacités cérébrales.

Et il y a plusieurs façons

d'accéder à... ou de les

stimuler. Donc, la musique,

c'est l'une d'entre elles, mais

il y a aussi le langage, comme

on en a parlé. Mais il y a

aussi l'art visuel.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce qu'on voit ici?


SYLVAIN MORENO

Et donc, ça ici, c'est une

œuvre d'un des participants

dans une de nos études qui ne

savait pas du tout peindre,

n'avait jamais fait de peinture.

Et après 15 heures de suivi de

nos entraînements artistiques,

a augmenté ses capacités

cérébrales et a réussi à

produire cette peinture.

Et cette personne était

tellement heureuse d'avoir

participé dans nos

entraînements, qu'elle m'a

offert, en fait, son travail.

Donc, je le garde toujours dans

mon bureau. Ça me permet de me

rappeler de l'impact qu'on a sur

les gens et de me donner du

cœur au ventre pour continuer

à travailler.


GISÈLE QUENNEVILLE

Une des choses intéressantes

du Center for Brain Fitness,

c'est que c'est un incubateur,

dans le sens qu'on prend des

recherches et on essaie d'en

trouver des débouchés

commerciaux. Avec les

recherches que vous faites,

quels sont les débouchés?

Quels sont les produits qui

pourraient se retrouver sur le

marché en bout de ligne?


SYLVAIN MORENO

Alors ça, c'était vraiment

quelque chose de très important

pour moi parce que ça donne

tout le sens à mon travail.

C'est-à-dire d'arriver à voir

que la recherche qu'on a

commencée il y a 10 ans, elle

va permettre d'aider un enfant

10 ans après avec un produit ou

une solution.

Donc, l'idée du Center for

Brain Fitness, c'est vraiment

de créer ce lien entre un

centre d'exception qui est

Rothman Research Institute,

donc un des cinq plus grands

centres sur la recherche du

cerveau dans le monde et

vraiment le lien avec la

population. C'est-à-dire les

patients à l'hôpital, mais aussi

les gens... les Canadiens.

Donc, ce qui se passe, ça passe

par plusieurs étapes.

Donc déjà, on a une étape de

traduction de la recherche

scientifique. C'est-à-dire

comment peut-on utiliser

ces résultats pour les

faire... pour faire bénéficier

les gens? Donc, un des exemples

les plus simples, c'est, par

exemple, on a créé un programme

pour essayer de modifier le

cerveau, pour essayer

d'impacter le cerveau et donc,

comment on peut traduire ce

programme pour que les gens

puissent l'utiliser.

Donc, il y a 50 ans, ce qu'on

faisait, c'est qu'on écrivait

des livres. Mais là, ce serait

très difficile pour expliquer

tout un programme. Un livre, il

faudrait que ce soit des

spécialistes qui le lisent.

Et donc, l'idée qu'on a eue,

c'est de traduire ça en jeux

vidéo pour les enfants ou en

software, par exemple, pour les

adultes, pour faciliter l'accès.

Donc, d'une, ça nous donne une

facilité. N'importe quel

Canadien peut avoir accès

n'importe où où il se trouve

grâce à l'Internet.

Et... ou grâce aux tablettes,

par exemple, avec l'iPad.

Et là deuxième solution, c'est

qu'on peut avoir vraiment un

coût qui est très, très, très

réduit parce qu'une fois qu'on

a créé le software, on n'a plus

besoin de faire autre chose.

C'est une version électronique.

Donc, il peut se disperser de

partout grâce à l'Internet.

Donc, un des produits qu'on a

eus par exemple, nous espérons

qu'il va être commercialisé

dans l'année qui arrive, c'est

un des softwares qu'on appelle

« Smarter Kids » et ça, les

écoles l'utilisent déjà.

Donc, ces softwares-là, ils

sont déjà utilisés par les

enfants dans les écoles, dans

Toronto et dans d'autres pays

dans le monde, où les

enseignants l'utilisent trois

fois par semaine avec les

enfants. Donc, par exemple, chez

les enfants de quatre ans, c'est

des séances qui durent une

demi-heure.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce qu'ils font?

Ils chantent?


SYLVAIN MORENO

Bien oui, par exemple, voilà.

Donc, c'est assez codifié.

Donc on a plusieurs exercices

et c'est un programme qui dure

un an, en fait. Donc, c'est une

année scolaire, trois fois par

semaine, une demi-heure et, par

exemple, ils font des exercices

sur le rythme. Ils essaient de

produire des rythmes.

Ils font de la discrimination

de son pour entraîner

leur attention.

Donc ça, c'est toutes les

capacités qui sont liées à

comment on peut améliorer leur

attention envers les

apprentissages comme le langage

ou les mathématiques en classe.

Vraiment le but essentiel

pourquoi j'ai commencé

cette recherche, oui, il est

assez simple. C'est-à-dire que

quand il y a des grosses

différences économiques

entre les familles,

et on se rend compte que quand

les enfants rentrent à l'école

élémentaire, à cause de ces

différences économiques, les

enfants des couches sociales

moins aisées arrivent avec un

retard. Donc, l'idée c'est

d'arriver à donner des contenus

d'apprentissage ou

l'opportunité à des parents de

pouvoir accéder à ces contenus

d'apprentissage qui vont

permettre de donner les mêmes

chances de succès à

leurs enfants.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça me paraît tellement de

base ce que vous dites par

rapport à la musique et

chanter, le rythme et les sons

et tout ça. Est-ce que ça vous

a surpris lorsque vous avez

constaté les changements dans le

cerveau quand un enfant chantait

ou produisait de la musique

quelconque?


SYLVAIN MORENO

Bien, oui dans le sens qu'on

sait qu'il y a un développement

personnel à travers la musique,

une ouverture d'esprit, une

confiance en soi qu'on peut

acquérir grâce à ça.

Mais il n'y avait jamais eu

de résultats scientifiques

sur, vraiment, les capacités

cérébrales, c'est-à-dire

vraiment la base de tout

ce qu'on fait dans toutes

nos journées. Et ça, c'est le

côté qui a été surprenant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous parlez d'un produit

comme ça pour les enfants, je

pense que des produits comme ça

pour les adultes existent déjà.

J'allume ma télé et je vois des

pubs à répétition pour un truc

qui s'appelle Luminosity, puis

si j'achète, puis si je fais

des exercices, je vais être

alerte et j'aurai toute ma tête

pendant longtemps. Est-ce

qu'ils ont une utilité

quelconque? Est-ce que ça vaut

la peine de les faire?


SYLVAIN MORENO

Bien, c'est-à-dire que ces

compagnies-là, elles ont eu une

démarche qui est un peu

différente de la nôtre ou de la

mienne, en tout cas.

C'est-à-dire que nous, on a

passé 10 ans de recherche

scientifique dessus et on a

voulu vraiment s'assurer qu'il

y avait vraiment un bénéfice

qui était réel avant de

construire le jeu vidéo ou le

software qu'on a réussi à

construire. Eux, ils ont

construit le software avant et

ils sont en train d'essayer de

voir si ça a vraiment un

bénéfice. Donc, c'est vraiment

une différence de deux choses.

Donc, ce genre de solution est

« basé » sur la science.

Nos softwares et nos solutions,

elles sont issues

de la science.

C'est-à-dire que nous, on a

testé et on a montré qu'il y

avait un bénéfice. Donc, c'est

vraiment un cheminement et un

parcours qui est vraiment

totalement différent dans le

sens que nous, on voulait

vraiment s'assurer qu'il y ait

un bénéfice pour les enfants,

par exemple, ou pour les

patients. Et on n'était pas lié

ou dirigé par le succès

commercial de notre entreprise.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous parlez encore une fois

des patients.

Est-ce que la démarche qu'on

fait auprès des jeunes enfants

est la même que vous faites

auprès des personnes âgées

que vous avez ici,

au centre Baycrest?


SYLVAIN MORENO

Bien, les principes

fondamentaux, oui.

Mais tout le reste, non.

Parce que, vraiment, il faut

adapter n'importe quel

entraînement, n'importe quel

programme de réhabilitation à

la population elle-même.

Donc, même pour les enfants, on

va avoir différents programmes.

Donc, on a un programme entre

trois et six ans, un programme

entre six et huit ans,

un programme entre huit

et dix ans. Et, pour les jeunes

adultes, on a un programme qui

est complètement différent.

Et pour les personnes âgées

aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous parlez des jeunes

adultes, c'est des jeunes

adultes qui sont en

réhabilitation suite à

un accident...


SYLVAIN MORENO

Non, non.


GISÈLE QUENNEVILLE

... ou ça peut être...


SYLVAIN MORENO

Ça peut être tout le monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, je peux améliorer

ma mémoire.


SYLVAIN MORENO

Voilà, exactement.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord. Je suis pas

une jeune adulte, mais

je peux quand même améliorer

ma mémoire.


SYLVAIN MORENO

Mais les programmes de jeunes

adultes sont... c'est très

large. Donc, c'est des gens

entre 15 ans et 50 ans.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord.


SYLVAIN MORENO

Donc, c'est très, très...

c'est vraiment la population

qui est la plus large, en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, si on revient à la

personne âgée. Une personne qui

a des signes précurseurs

d'Alzheimer, par exemple,

est-ce que vous pouvez

l'aider avec votre recherche?


SYLVAIN MORENO

C'est ce qu'on est en train

d'essayer de construire, en

fait. Là, pour l'instant, on a

montré que nos entraînements

sont bénéfiques pour les

personnes qui ne souffrent pas

de pathologies, mais c'est

vraiment la prochaine étape

pour nous. La prochaine étape,

c'est d'aller vers les

pathologies et d'essayer

de comprendre si on

peut améliorer les pathologies

telles que l'Alzheimer, MCI,

Parkinson et d'essayer de voir

comment on peut modifier

les entraînements et vraiment

les calquer pour ce genre

de pathologies.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes un jeune papa.

Vous avez deux jeunes enfants à

la maison.


SYLVAIN MORENO

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et ce sont des « Smart Kids »?

Eux autres, ils font de

la musique?


SYLVAIN MORENO

(riant)

Bien, il y a en a un qui a un

an, donc il est trop jeune pour

« Smart Kids », mais le deuxième,

je l'ai mis tout de suite.


GISÈLE QUENNEVILLE

(riant)

C'est votre cobaye?


SYLVAIN MORENO

Euh... bien oui.

Ç'a été... c'est une de mes

motivations en tout cas, oui,

oui, c'est sûr quoi.

C'est... j'aurais pas conçu

pouvoir recommander cet

entraînement si mon fils

l'avait pas suivi, quoi.

C'est vraiment... je pense

que c'est vraiment

la première étape, quoi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous avez reçu du feedback

de personnes, de familles qui

ont utilisé et qui ont eu

des résultats?


SYLVAIN MORENO

Bien ça, c'est vraiment la

cerise sur le gâteau. C'est

vraiment pourquoi on fait

ce travail-là. Parce que quand

on a un feedback positif, c'est

extraordinaire, quoi.

On a eu... un des exemples

qu'on a eus, c'est, par exemple,

une famille avec un enfant qui

avait des retards de

développement, et qui se posait

vraiment beaucoup de questions

et qui était vraiment paniquée

par savoir dans quelle classe

on va pouvoir le mettre.

Ils avaient le souhait de le

mettre dans une section

« normale », c'est-à-dire le

cursus régulier.

Et donc, on l'a fait suivre

l'entraînement « Smarter Kids »

pendant un mois et l'enfant,

avant l'entraînement « Smarter

Kids » ne pouvait pas accéder à

ce qui était le cursus régulier,

et après, a réussi à pouvoir

intégrer une classe normale.

Donc, ç'a été vraiment un

accomplissement pour mon équipe

et moi-même. Et la famille est

venue nous remercier. Ils ont

traversé le pays en avion pour

venir nous remercier.

Donc, c'était vraiment un grand

accomplissement de tout ce

travail de...

Même si on arrive à aider juste

un enfant, c'est... c'est... on

ne compte plus les années après.

C'est vraiment quelque chose

de spécial.


GISÈLE QUENNEVILLE

Sylvain Moreno,

merci beaucoup.


SYLVAIN MORENO

Merci beaucoup.

(Générique de fermeture)

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