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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Natalie Choquette : Soprano

Elle est montée sur scène au Canada, aux États-Unis, en Europe et en Asie. Plus de deux millions de personnes ont vu ses spectacles. Mais Natalie Choquette n’a rien d’une diva ordinaire….
Oubliez les tragédies et les drames… Natalie Choquette, elle, aime rire et faire rire. La soprano jumelle humour et opéra, en créant des personnages de divas comiques et excessives.
Elle a une douzaine d’albums à son actif et continue de divertir les spectateurs partout où elle passe…



Réalisateurs: Alexandra Levert, Karen Vanderborght
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, nous voyons et entendons NATHALIE CHOQUETTE chanter un air d'opéra sur une scène.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Elle est montée sur scène

au Canada, aux États-Unis,

en Europe et en Asie.

Plus de 2 millions de personnes

ont vu ses spectacles,

mais Natalie Choquette n'a rien

d'une diva ordinaire. Oubliez

les tragédies et les drames,

Natalie Choquette, elle,

aime rire et faire rire.

La soprano jumelle humour

et opéra en créant

des personnages de divas

comiques et excessives.

Natalie Choquette est

une citoyenne du monde.

Ses parents étaient diplomates.

Elle est née à Tokyo, elle a

vécu au Pérou, en Italie

et en Russie, mais elle décide

d'étudier le chant à Montréal.

C'est ici qu'elle élève

ses 3 filles. La plus grande est

nulle autre que la chanteuse

Florence K. Et selon leur mère,

les 2 plus jeunes ont

elles aussi un talent fou.

Si Natalie Choquette a voulu

se consacrer à sa famille,

sa carrière ne semble pas

en avoir souffert pour autant.

Elle a une douzaine d'albums

à son actif et elle continue

à divertir les spectateurs

partout où elle passe.

(GISÈLE QUENNEVILLE et NATHALIE CHOQUETTE sont maintenant assises l'une en face de l'autre dans une pièce remplie d'oeuvres d'art.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Natalie Choquette, bonjour.


NATHALIE CHOQUETTE

- Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Vous êtes chanteuse d'opéra.

Moi, quand je pense à l'opéra,

je pense aux tragédies,

aux drames, aux pleurs.

Qu'est-ce que votre vision

de l'opéra?


NATHALIE CHOQUETTE

- Pour moi, l'opéra,

c'est avant tout une émotion

à l'état pur. C'est tout ce

qu'il y a de plus humain.

C'est la beauté, mais c'est

aussi parfois le loufoque.

C'est parfois le désuet.

C'est parfois un peu

le bâillement quand c'est trop

long! Mais c'est l'émotion

intense, c'est les décors, c'est

les costumes, c'est le théâtre

et la beauté des voix. Je suis

fascinée par les chanteurs

d'opéra, par le son que produit

un chanteur d'opéra,

et c'est ce qui d'ailleurs

m'a amenée à faire de l'opéra.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Vous, vous avez décidé

de jumeler l'opéra au rire.


NATHALIE CHOQUETTE

- Mais je pense que, dans ma

vie, j'ai jamais rien décidé.

Les choses, elles sortent

comme ça. Disons que,

quand j'avais 11 ans,

j'ai découvert l'opéra.

Mon père m'a forcée à aller voir

un opéra; je voulais rien

savoir. On habitait en Italie

à l'époque.

C'était Aïda

au Terme di Caracalla,

sous le ciel étoilé de Rome.

Alors, j'y suis allée et j'ai

boudé jusqu'au 1er accord

de l'orchestre. J'avais jamais

entendu un orchestre symphonique

live de ma vie et ç'a été

une révélation. Quand

les chanteurs ont commencé

à émettre des sons,

là, j'ai dit: "Mais qu'est-ce

que c'est que ça?" J'étais comme

traversée par un frisson, un

frisson que seul l'opéra sait

donner, quelque chose de

tellement puissant que depuis

ce jour-là j'ai été obsédée par

ce son et j'ai toujours voulu

atteindre l'idéal que j'avais

perçu à 11 ans. Et donc, voilà,

j'ai appris à chanter, non pas

pour faire carrière, mais

parce que j'étais fascinée

tout simplement. J'aime

beaucoup aussi faire rire

les gens, je trouve que ç'a

un côté très thérapeutique;

d'ailleurs, je voulais être

musicothérapeute, mais disons

que la vie en a fait autrement.

Le père de ma fille Florence

disait toujours: "Mais avec la

voix que tu as, il faut

que tu chantes!" J'ai dit,

oui, il a peut-être raison,

je sais pas. Disons que

j'avais pas vraiment de vision

précise de ce que je voulais

faire dans la vie. Les choses

sont comme venues. Je faisais

beaucoup d'animation avec lui,

j'ai beaucoup appris de lui,

côté entertainment,c'est-à-dire

on chantait de tout parce qu'il

fallait gagner notre vie.

En fait, j'ai jamais chanté

dans aucun opéra, mais

j'ai toujours chanté de l'opéra,

mélangé à toutes sortes de

choses. Je pense que le côté

créatif, d'avoir travaillé aussi

avec beaucoup de gens en musique

contemporaine qui étaient des

créateurs, ça, ça m'a vraiment

beaucoup inspirée. Marie

Pelletier, Raynald Arsenault, ce

sont des amis qui me demandaient

de chanter leurs œuvres et

c'était flyé... Je me disais:

wow, on peut sortir du cadre

aussi même en utilisant

un art très traditionnel.

Et ma façon de sortir du cadre,

c'est une façon théâtrale.

Je fais pas ça pour me moquer

de l'opéra, mais au contraire,

pour partager ma grande

passion, mon grand

amour de l'opéra.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Parlez-moi de la Diva

Fettuccini.


NATHALIE CHOQUETTE

(propos en italien)

- Alors, comment est-ce que tout

a commencé? Un jour, je chantais

dans un brunch, dans un

restaurant avec le papa de

Florence donc et il y a un

compositeur suisse, Pierre de

Villiers, qui est venu bruncher

là. Il m'a entendue. Il dit:

"Ça joue, ça! C'est parfait!"

Alors, il m'a invitée à chanter

en Suisse. C'est un oratorio

moderne. J'ai chanté et c'était

un gros événement. Je sortais

de chanter aux tables pour me

retrouver avec un orchestre

symphonique, des caméras de

télévision, un chœur de

500 personnes. C'était: "Ah,

d'accord..." Alors, j'ai chanté

ça et ç'a passé à la télévision

et ça m'a donné d'autres

contrats. Après, les spectacles,

nos amis suisses, qui aimaient

beaucoup la fête, me disaient:

"Natalie, fais-nous ton

répertoire de brunch."

"OK,

yes."Je sortais mes:

"Samedi soir à St-Dilon,

y avait pas grand-chose

à faire. On a dit on fait une

danse." Toutes sortes de choses.

Puis j'essaie de les faire

rire. La Reine de la nuit!

J'ai commencé à faire des petits

personnages comme ça.

Puis, j'ai un ami, Patrick

Stocco, qui m'a dit: "Mais

Natalie, la prochaine fois

que tu viens chanter en Suisse,

moi, je t'organise une tournée

parallèle cabarets." Là,

dans ma tête, ç'a fait ding! et

"Je te donne carte blanche!"

Il a été le premier à m'ouvrir

la porte à la créativité. Donc,

j'ai commencé avec des chansons

québécoises, je faisais un peu

de comédie musicale et je

finissais avec de l'opéra.

Et pour lier toute la sauce,

j'ai commencé à faire

des personnages, dont le

1er personnage qui était la

Fettuccini. C'est Florence qui

a d'ailleurs trouvé le nom de

ce personnage, je lui dois ça.

La Diva Italiana, très sûre

d'elle. Et de jouer des rôles de

femmes qui étaient très fortes,

alors que, moi, j'étais si

timide, si gauche, gaffeuse,

toujours peur de me tromper,

moi, ça m'a donné du courage

parce que, quand je suis ces

femmes-là, je n'ai plus peur

de rien... C'est compliqué,

mon cas, mais à part ça,

je suis normale.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Vous avez dit que vous n'avez

jamais fait d'opéra classique.

Est-ce que c'est quelque chose

qui vous manque?


NATHALIE CHOQUETTE

- Non.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Vous auriez voulu en faire?


NATHALIE CHOQUETTE

- Non. Non, parce que je suis

trop mal à l'aise, j'ai encore

toujours la peur de pas faire

comme il faut ce que je dois

faire, la peur de me tromper,

d'oublier une réplique, alors

que, dans mes spectacles,

je peux improviser comme

je peux faire rire... Je sais

pas comment expliquer

ce phénomène. Donc,

je pense que quand

tu habites, en tout cas au

Québec ou même au Canada,

c'est grand, notre pays,

mais il y a pas tant d'opéras

que ça par année. Si tu veux

gagner ta vie avec ça,

eh bien c'est pas évident.

Donc, il faut que tu ailles

chanter à l'étranger beaucoup

et quand tu pars pour un

opéra, c'est long, tu pars

un mois, un mois et demi pour

une production parce qu'il y a

les répétitions, ensuite toutes

les soirées qui s'échelonnent,

donc c'est pas quelque chose

qui est facile pour une mère,

je trouve. Moi, en tout cas, je

suis trop mère poule. Alors, ma

façon de faire, je crée tous

mes spectacles à la maison.

Donc, il y a une grande partie

de mon temps qui se passe à la

maison. En même temps que je

fais un bouillon de poulet,

j'apprends mon truc ou j'ai une

idée, je la note. Donc, je peux

allier l'utile à l'agréable.

(Transition)

(GISÈLE QUENNEVILLE et NATHALIE CHOQUETTE sont maintenant debout l'une en face de l'autre dans dans un grand hall. Une technicienne fait le clap précédent une prise.)


GISÈLE QUENNEVILLE

- Je suis curieuse, Natalie

Choquette: est-ce que vous

chantez dans la douche?


NATHALIE CHOQUETTE

- Ah oui! C'est difficile de

résister quand on est dans un

endroit où il y a une

acoustique, on le sent tout de

suite, nous, les chanteurs. Je

pense que tout le monde a du

plaisir à chanter, même les

enfants, dans une douche.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Alors, je regarde autour de

moi ici et je me dis que

l'acoustique, ça doit pas être

mauvais, hein?


NATHALIE CHOQUETTE

- Oh, c'est comme quand on

entre dans une cathédrale ou

qu'on marche en dessous d'un

viaduc et que ça résonne.

C'est vraiment...

c'est dur de résister!


GISÈLE QUENNEVILLE

- Ça vous inspire quelque chose?

Allez-y.


NATHALIE CHOQUETTE

- Ho-ho! Ça monte, ça monte,

ça monte!

(NATHALIE CHOQUETTE prend une profonde inspiration et chante un air d'opéra. Sa voix résonne.)

(Transition)

(Pendant les prochains échanges, nous voyons NATHALIE CHOQUETTE en répétition.)


GISÈLE QUENNEVILLE

- Vous répétez en ce moment.

Qu'est-ce que vous répétez?


NATHALIE CHOQUETTE

- Donc, on répète avec la

Symphonia de Lanaudière.

C'est pour un spectacle à

l'amphithéâtre de Lanaudière

avec maestro Stéphane Laforêt.

(GISÈLE QUENNEVILLE et NATHALIE CHOQUETTE sont à nouveau debout dans le grand hall.)


NATHALIE CHOQUETTE

-Il y a donc... Bon, le thème,

c'est les divas du Québec. Donc,

il y a Diane Dufresne, notre

grande diva nationale, et

Marie-Josée Lord avec sa voix

exceptionnelle, et Kim

Richardson d'une musicalité à

tout casser, et votre humble

servante qui est ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Et qu'est-ce que vous

chantez?


NATHALIE CHOQUETTE

- Chacune a son répertoire

et ses chansons et on fait

ensemble des chansons

de Diane Dufresne, comme

Aujourd'hui, j'ai rencontré

l'homme de ma vie, Les hauts et

les bas d'une hôtesse de

l'air... Pour ma part, je vais

faire Les parapluies de

Cherbourg, il y aura aussi des

extraits de The Sound of Music

et puis Gigi L'Amoroso.

(Elles rient.)


GISÈLE QUENNEVILLE

- Qui cadre très bien avec votre

personnalité.


NATHALIE CHOQUETTE

- Ma si! Un peu de Piaf aussi.

(Transition)

([GISÈLE QUENNEVILLE et NATHALIE CHOQUETTE sont à nouveau assises l'une en face de l'autre dans une pièce remplie d'oeuvres d'art.)


GISÈLE QUENNEVILLE

- Natalie, vous êtes née à

Tokyo. Vous avez vécu au Pérou,

en Russie, en Italie... C'est

quel genre de vie pour un

enfant, ça?


NATHALIE CHOQUETTE

- Bien, un enfant, il connaît

rien d'autre que ça, alors pour

lui, c'est tout à fait normal.

La cellule familiale est très

importante parce que c'est

comme la constante

dans notre vie d'enfant.

Tu suis le courant. C'est très

difficile de quitter ses amis.

On a peur de s'attacher,

c'est-à-dire qu'on a

l'impression d'être tout le

temps là temporairement

et ça, c'est quelque chose

qu'il faut combattre, même

plus grand. Ça nous reste,

ça, parce que c'est comme

une habitude, on sait qu'on va

avoir mal, alors on se protège.

Mais il faut se parler

et il faut juste trouver

ses racines aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Vous avez étudié en musique

et, quand est venu le moment

d'étudier en musique, vous êtes

revenue à Montréal pour faire

vos études à l'Université de

Montréal. C'est important pour

vous de rentrer au Québec?

Enfin, vous auriez pu étudier

n'importe où dans le monde.


NATHALIE CHOQUETTE

- Oui, j'aurais pu, mais je

sentais qu'il fallait que je

revienne parce que ma sœur,

elle entrait à l'université et

je voulais pas me séparer

d'elle, c'était ma meilleure

amie, Pour moi, la chose la

plus spéciale, c'est que

partout où j'étais à l'étranger,

on me demandait toujours

d'où je venais. Alors,

je me suis dit: "Je vais enfin

arriver chez moi et je vais être

comme tout le monde" parce que,

quand on est jeune, on a besoin

d'être comme tout le monde.

Alors, j'arrive au Québec et

les gens me disent:

"Mais tu viens d'où, toé?"

Là, j'ai dit: "Non!" parce que

j'avais un petit accent. Il y a

un petit fond d'accent, mais

c'est pas de ma faute, j'ai été

dans des écoles françaises et ma

sœur, elle a exactement le même

accent que moi. Donc, encore

cette question: elles sont où,

mes racines? Et même pour avoir

l'accent, j'ai dû apprendre

l'accent. On se souvient encore,

ma sœur et moi, de la

1re phrase quand on est

arrivées au Québec, c'était:

"Hé, ôte ton char de là, espèce

de concombre!" Quelqu'un criait

ça à un autre dans la rue.

Alors, on dit: "Papa, ça veut

dire quoi?" On comprenait pas.

Donc, j'ai dû apprendre à

comprendre les gens parce que

mes parents, à force de vivre à

l'étranger, ils avaient perdu

leur accent et tout. Non, c'est

important de venir ici pour

trouver les racines, pour

comprendre. Quand on vit ici,

on se dit: "Mon Dieu,

qu'on a de la chance. Quel beau

pays on a, vraiment."


GISÈLE QUENNEVILLE

- Vous avez des mentors ici?


NATHALIE CHOQUETTE

- En fait, j'ai eu 2 grandes

influences dans ma vie, ma

tante Pauline et ma tante

Guiguitte, qui sont 2 sœurs,

les 2 sœurs de ma grand-mère

maternelle. Donc, tante

Pauline, c'était chez elle

qu'on est venues habiter

quand on a quitté nos parents

à Moscou. J'avais 17 ans. Elle

avait dans sa maison quasiment

un piano dans chaque pièce.

Elle avait dans son placard

toutes ces robes des années

folles, des années 20, et elle

louait son sous-sol à une

pianiste accompagnatrice,

Denise Bergeron.

J'entendais, quand

j'habitais chez elle, les

chanteurs d'opéra qui venaient

répéter. J'avais 15 ans.

J'arrêtais pas de chanter,

elle me laissait me déguiser

dans ses robes et elle écrivait

des contes de fées. Elle se

réveillait à 2h du matin

préparer des petites soupes et

on jasait de littérature. Elle

avait un récamier. Elle lisait

du Marcel Proust. Elle mangeait

des madeleines comme...

En tout cas, c'est un

personnage. Ensuite, ma tante

Guiguitte, c'est sa sœur,

Marguerite Lescope, qui a

commencé sa carrière, elle, à

l'âge de 80 ans. Ah, ça, c'est

mon modèle dans la vie

parce qu'elle a élevé 7 enfants.

Veuve, elle avait encore

un rêve: elle voulait écrire,

écrire un livre. Alors, elle

s'est inscrite à un cours pour

écrire un livre et elle l'a

écrit à 80 ans. Ses enfants

ont ouvert une compagnie pour

le publier. C'est devenu un

best-seller. Elle donne des

conférences partout. Elle a une

joie de vivre, une énergie,

un amour de la vie.

Ça, c'est mes modèles.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Vous, votre carrière, je

pense qu'on peut dire que ça a

pris son envol, vous étiez

dans la mi-trentaine.


NATHALIE CHOQUETTE

- Oui, 35 ans bien sonnés.


GISÈLE QUENNEVILLE

- C'est un peu sur le tard?


NATHALIE CHOQUETTE

- Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Est-ce que ç'a pris du temps?

Vous vous êtes découragée?


NATHALIE CHOQUETTE

- Non. C'est que, comme je dis,

j'ai jamais rien choisi,

planifié, je laissais

venir les choses. J'étais

heureuse. Je veux dire, je suis

une personne très simple et

j'ai la chance d'avoir le

bonheur facile. Je suis vraiment

une personne heureuse et, donc,

joyeuse. J'étais heureuse,

j'enseignais le piano aux

enfants, je me promenais de

maison en maison, je chantais

dans les églises, les mariages,

j'ai toujours chanté

de tout mon cœur,

Ça me rendait heureuse. Donc,

je cherchais pas plus et

Florence est arrivée. Je dirais

que, en mûrissant, les choses...

J'avais plein de choses

à apprendre.

C'est ça, j'avais pas

d'ambition. Je pense que c'est

toujours d'autres personnes qui

ont eu de l'ambition pour moi

et qui m'ont poussée. Le papa de

Florence, lui, il me poussait

beaucoup, il me faisait chanter

devant plein de gens. Il dit:

"Allez, chante, chante."

"OK." Puis, je chantais et

il y avait toujours comme une

réaction, les gens réagissaient.

Ma costumière, Rossignol, elle

aussi, elle a joué un rôle

incroyable dans ma vie. C'est

elle qui est le côté visuel de

mes personnages que j'ai dans la

tête et elle m'a toujours

poussée. Elle dit: "Vas-y, fais

ce que t'as dans la tête, aie

pas peur." Alors, elle m'a

vraiment poussée à aller au bout

de ce que j'avais à l'intérieur.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Quel a été le déclic lorsque

vous aviez 35 ans?

Qu'est-ce qui a fait la

différence dans votre carrière?


NATHALIE CHOQUETTE

- C'est que j'ai osé, poussée

par des gens. C'est quand cet

ami en Suisse m'a demandé de

créer mon 1er spectacle. Après

ça, c'était pas que de l'opéra.

Mais de retour à Montréal, ma

costumière connaissait des

personnes qui étaient amies avec

le directeur du Festival

international de la voix. Donc,

elle leur a dit: "Mais allez

donc écouter Natalie, il me

semble qu'elle pourrait faire

quelque chose." Là, elles m'ont

donné carte blanche pour faire

un spectacle et je me suis dit:

"Tiens, et si je faisais un

spectacle avec uniquement de

l'opéra pour voir si les gens

qui n'aiment pas l'opéra

aimeraient l'opéra dans ce

spectacle?" C'est comme ça

qu'est né Diva, une espèce en

voie de disparition. Ça, ç'a été

vraiment le 1er concert complet

spectacle, complet avec Scott

Bradford au piano, de divas.

Alors, il y avait Fraulein

Wienerschnitzel, il y avait

Natalia Krokettova, il y avait

toutes sortes de personnages.

Mais j'aime faire rire les gens.

Je me dis, la vie peut être

tellement dure parfois, hein.

Quand je suis sur scène, je vois

tous ces êtres et je me dis:

qu'est-ce que chaque âme

renferme? Quelles douleurs?

Quelles joies? Et je dis: on est

là pour passer un bon moment.

Donc, c'est ça, je sais pas...

En même temps, je me fais

plaisir, eh oui, parce que je

chante ce que j'aime chanter et

j'aime les grandes robes, ça me

rappelle ma tante Pauline.

(Transition)

(GISÈLE QUENNEVILLE et NATHALIE CHOQUETTE sont à nouveau debout l'une en face de l'autre dans dans un grand hall.)


GISÈLE QUENNEVILLE

- J'aimerais qu'on parle de

critiques. Vous avez déjà eu une

critique d'un certain Claude

Gingras, je pense, au tout début

de votre carrière, qui vous a un

peu surprise. Vous pouvez nous

raconter ça?


NATHALIE CHOQUETTE

- Oui. Évidemment, un artiste

est un être sensible. Bon, il y

a des jours où on est plus en

forme que d'autres. Je me

rappelle, j'avais fait un

concert. En fait, ça allait pas

du tout dans ma vie, ça faisait

2 mois que je dormais pas,

j'étais fatiguée. C'est sûr que

j'étais pas à mon meilleur, je

dois lui donner. Mais la

critique était tellement

méchante! Mais ça m'avait fait

tellement mal! En même temps,

c'est drôle, j'ai comme une

espèce de laboratoire en moi

qui réussit à transformer la

peine ou la colère en création.

Alors, quand j'ai fait mon

1er spectacle d'opéra

complet avec que des divas,

j'ai décidé de faire ma propre

thérapie sans savoir que

Claude Gingras était dans la

salle ce soir-là. Donc, dans un

de mes tableaux, qui s'appelait

La Critique, j'arrivais en diva

de l'Europe de l'Est. J'arrive

avec un journal, je dis:

"Avez-vous vu ce que Claude

Gingembre L'Ingrat dit de moi

dans sa critique?" Et là, alors

j'ai repris ses termes, mais

en encore pires et j'ai tout

exagéré. Les gens riaient.

Même lui, il riait et il m'a

fait une critique

dithyrambique après ce show-là,

il a même su rire de lui-même,

il a même cité que je l'avais

appelé "Claude Gingembre

L'Ingrat". Alors, voilà.

(Transition)

(NATHALIE CHOQUETTE en spectacle. Elle est habillée de façon très ludique. Elle tient la note.)


GISÈLE QUENNEVILLE

- Natalie Choquette, vous

faites également des spectacles

pour enfants. C'est qui la Diva

Malbouffa?


NATHALIE CHOQUETTE

- Ah, la Diva Malbouffa...


GISÈLE QUENNEVILLE

- Elle est italienne,

elle aussi, hein?


NATHALIE CHOQUETTE

- Mais oui, elles ont toutes

un petit fond italien.

Alors, la Diva Malbouffa est

née parce qu'il y a un petit

côté en moi qui aime bien

l'éducation aussi, je trouve que

c'est vraiment la clé de bien

des choses, un remède à

beaucoup de maux sur terre.

Créer les bonnes habitudes

chez les enfants.

En tant que chanteuse d'opéra,

c'est sûr que je dois faire

attention à ma santé parce que,

pour nous, les chanteuses

d'opéra, le moindre petit rhume

est un désastre. Donc, on met

toutes les chances de notre côté

et on découvre avec les années

que, oui, c'est vrai qu'on peut

s'aider beaucoup en mangeant

mieux, en faisant attention à

ce qu'on mange. Donc, je leur

fais une petite initiation à

l'opéra, ce que c'est, mais

d'une façon comique, très

ludique. En même temps,

évidemment, la chanteuse, elle

a mal au ventre parce qu'elle

s'est empiffrée. Elle a un

faible pour les frites,

aïe-aïe-aïe!


GISÈLE QUENNEVILLE

- Elle mange pas bien.


NATHALIE CHOQUETTE

- Mais non, elle ne mange pas

bien. C'est ça, les enfants, il

faut pas leur faire la morale,

il faut que ça soit eux qui nous

fassent la morale et c'est

là que ça marche parce qu'ils

sont contents de se sentir...

"Hé, non, non, non! Il faut pas

que tu manges ça!"

Alors, c'est ça, c'est d'amener

les enfants à s'intéresser sans

qu'ils se rendent compte.

Mais ils adorent l'opéra,

les enfants. Quand tu leur

présentes, ils sont tout à fait

réceptifs à ça. Alors, c'est

pour ça que j'ai beaucoup de

plaisir à faire ces spectacles

pour enfants.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Il y a les spectacles, mais il

y a également la littérature, si

vous voulez. Vous avez eu un

projet littéraire à partir du

personnage qui s'appelle

Mademoiselle Myrtille.


NATHALIE CHOQUETTE

- Oui. C'était issu... C'est une

série qui s'appelle Mimi

raconte. Alors, Mimi, la Diva

Malbouffa, en plus de faire ses

spectacles et ses machins--


GISÈLE QUENNEVILLE

- Elle est très occupée.


NATHALIE CHOQUETTE

- Elle est très occupée, elle

raconte aussi des histoires.

Alors, Mimi a raconté d'abord

l'histoire de Mademoiselle

Myrtille, qui est fille du roi.

C'était ma façon aussi

d'honorer notre folklore.

Donc, ça me fascinait.

Puis, c'était aussi une façon

d'honorer toutes ces

magnifiques régions de notre

pays où il y a des francophones

partout, de l'Acadie au

Manitoba. Partout. Je trouve

remarquables les efforts que

font les francophones du Canada

pour garder la langue vivante.

C'est important pour eux, ils

réussissent, ils veulent donner

cette richesse à leurs enfants.

Alors, c'est ça, je voulais

simplement... Mademoiselle

Myrtille a beaucoup

de prétendants,

que ce soit le Capitaine Bedaine

des Îles-de-la-Madeleine ou bien

le cuistot Franco d'Ontario. Ou

bien, je sais pas, moi, il y

avait V'lalebonvent de Chipagan.

Alors, il y a vraiment des

personnages qui viennent d'un

petit peu partout et chacun a

une chanson qu'il chante,

un folklore de chez nous

parce que, je me dis,

ça va se perdre aussi,

il faut les chanter, ces

chansons-là, aux enfants.

(Transition)

La pochette de l'album de NATHALIE CHOQUETTE intitulé: Mademoiselle Myrtille. On entend un extrait


NATHALIE CHOQUETTE

♪ Do ré mi ♪

Et moi, je m'appelle Mimi

Ré mi fa ♪

Je chante de l'opéra

Mi fa sol

C'est fou, j'en suis folle

Fa sol la

Je m'amuse avec ma voix ♪♪

C'est peut-être ma façon

de retrouver encore une fois

des racines, mais comme

si j'étais un enfant.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Quand vous voyez vos filles

sur scène, que ce soit

Florence K, que ce soit la

plus jeune Éléonore...


NATHALIE CHOQUETTE

- Ou Ariane parce qu'elle

chante, elle aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Qui écoute? Est-ce que c'est

Natalie la maman ou Natalie

la chanteuse?


NATHALIE CHOQUETTE

- Quand je les écoute, pour moi,

c'est des artistes...

La mère en moi est toujours

émue. Donc, si c'est un

concours, je vais être sur les

nerfs, mais si c'est un

concert... Elles ont une telle

assurance musicale, je suis

fascinée, émue, émerveillée.

Je dis: "Oh, my God!" Mais c'est

tellement beau! J'arrive presque

à me détacher de la maman

pendant qu'elles chantent pour

admirer l'artiste chez mes

3 filles, l'artiste qui ressort.


GISÈLE QUENNEVILLE

-Vous, vous avez une grande

carrière derrière vous et sans

doute devant vous également.

Est-ce que vous leur donnez des

conseils parfois, sur leur choix

de carrière, sur leur

cheminement?


NATHALIE CHOQUETTE

- Bien, parfois. Je pense que

c'est important. Je leur dis

toujours d'être vraie, ça,

c'est sûr, et de pas mélanger la

vie privée et la vie publique

parce que, sinon, tu t'émiettes

et tu ne t'appartiens plus,

c'est-à-dire qu'il y a des

choses qu'on ne dit pas tout

simplement et des choses qu'on

peut partager avec des gens.

Une bonne façon de surmonter

beaucoup de choses dans la vie,

c'est de se dire... c'est

d'avoir malgré tout... d'abord,

de garder une distance, mais

d'abord de la compassion

pour ces êtres qui n'arrivent

pas à sortir de leur énergie

négative. Au fond, c'est eux qui

sont à plaindre. Je dis: "Toi,

tu fais ton affaire." Et je leur

dis toujours: "Au lieu que ça

soit toi qui te laisses traîner

vers le bas par les autres qui

veulent te traîner vers le bas,

pourquoi ce serait pas toi qui

traînerais les gens vers le

haut?" Et puis, c'est vrai, même

par rapport à tout. En tant que

mères, on parle beaucoup de la

drogue, de ces choses-là. Je

dis: Pourquoi? Sois un exemple,

toi, laisse-toi pas tirer

vers le bas.


GISÈLE QUENNEVILLE

- Quel serait pour vous,

Natalie Choquette, le spectacle

de rêve auquel

vous participeriez?

Ce serait quoi et qui serait là?


NATHALIE CHOQUETTE

- Oh, mon Dieu! Mais ce serait

avec un cirque, ça, c'est sûr et

certain. J'ai travaillé avec des

cirques. Moi, ça me fait

tripper. Il y aurait des gens

de cirque, il y aurait des

comédiens...

Il y aurait toutes les formes

d'art, ce serait comme

un méga opéra, mélange de pop,

de rock, de classique, d'arts

du cirque. De tout. Parce

que j'admire les artistes,

j'aime la beauté, j'aime

l'humour, j'aime tout ce qui est

constructif finalement. C'est

ça, dans la vie, il y a les

destructeurs et des bâtisseurs.

Moi, je salue les bâtisseurs,

quel que soit leur domaine. Je

trouve qu'il faut vraiment faire

le choix dans la vie. Alors,

c'est ça, le méga spectacle.

En fait, ça prendrait toute une

planète...


GISÈLE QUENNEVILLE

- Natalie Choquette, je vous

souhaite ce méga spectacle.

Merci beaucoup.


NATHALIE CHOQUETTE

- Merci à vous.

(Générique de fermeture.)

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