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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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François Lamoureux, producteur de musique

Ils travaillent avec les grands de la musique, comme Rihanna, Willie Nelson et Rush.
Leur boulot : tourner des spectacles et des entrevues avec des stars internationales qui sont ensuite diffusés sur DVD, Internet ou à la télévision américaine.
Pour François et Pierre Lamoureux ça marche. La preuve : un Grammy, un Emmy, deux prix Junos et deux Geminis.
On rencontre aujourd’hui une moitié du tandem : François Lamoureux.



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, FRANÇOIS LAMOUREUX, producteur de musique chez Fogolabs corp, on montre des images de différents artistes de musique : Le groupe Coutning Crows, Richie Samboa, John Hiatt et Keith Urban. Ensuite, des images d'archives de FRANÇOIS LAMOUREUX et de son frère Pierre se succèdent. L'entrevue se déroule dans le grand salon d'un club de voile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ils travaillent avec les

grands de la musique. Leur

boulot: tourner des spectacles

de vedettes internationales, qui

sont ensuite diffusés sur DVD,

Internet ou à la télévision

américaine.

Pour François et Pierre

Lamoureux, ça marche.

La preuve: un Grammy, un

Emmy, deux prix Juno et deux

Gemini. Les frères Lamoureux

sont nés à Sudbury, mais ce

sont les années vécues

À Lafontaine qui ont le plus

marqué François, le cadet de

la famille. C'est ici qu'il a

découvert la musique, qu'il a

fait des spectacles, qu'il a

joué dans des

bands,entre

autres Brasse-Camarade,

qui a connu du succès dans les

années 90.

Une fois que leurs années sur

scène étaient derrière eux,

Pierre et François Lamoureux se

sont tournés vers la production,

À New York.

Je rencontre aujourd'hui une

moitié du tandem. François

Lamoureux vit entre Hudson

au Québec et New York.

Il nous a donné rendez-vous

au club de voile de Hudson.

François Lamoureux, bonjour.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Bonjour, Gisèle.


GISÈLE QUENNEVILLE

François, je sais que quand

t'étais jeune, toi et ta

famille, vous avez beaucoup,

beaucoup déménagé d'une ville

À l'autre en Ontario. Quand on

te demande aujourd'hui d'où tu

viens, qu'est-ce que tu dis?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Je suis encore jeune. C'est la

première chose que je dis.

Moi, je dis que je viens de

Sudbury. Mais que j'ai grandi

À Penetang et que je retournais

chaque été dans la région

du lac Nipissing.

Donc c'est un peu ça que je

dis, c'est un peu compliqué.

Déjà, je suis compliqué.

Je sais aujourd'hui que je suis

un extraterrestre. J'accepte ça

et je suis content avec ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les années formatrices se sont

passées beaucoup à Lafontaine,

À Penetanguishene. Quels sont

les souvenirs que tu gardes

de ces années-là, à Lafontaine

puis à Penetang?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Wow. Pour mettre les gens

en contexte, j'ai déménagé

À Lafontaine à l'âge de 10 ans,

en 1980. Et je partais de

Toronto, de North York, où

est-ce qu'il y avait beaucoup

de choses qui se passaient,

et là, j'arrive à Lafontaine,

population 500 l'hiver.

Je vivais sur le bord de l'eau

puis il y avait personne à 1 km

carré. En fait, il y avait une

famille à l'intérieur de 1 km

carré. Et il y avait strictement

rien à faire. Par contre, ce

qu'il y avait, c'était la

musique, par contre. Donc là,

on dirait qu'il y avait le café

chantant à chaque semaine.

C'était pas vrai, mais dans

ma tête de 10 ans, c'est comme

ça. Et il y avait des musiciens

incroyables. Parce que moi, je

venais juste d'apprendre à

jouer de la guitare quand j'ai

déménagé. Ce qui fait que

j'ai remarqué tout le monde

savait jouer de la guitare à

Lafontaine. Et c'est là que

j'avais beaucoup de temps

puis j'ai commencé à jouer

beaucoup plus.


GISÈLE QUENNEVILLE

Toi puis ton frère, c'était

l'époque où vous avez commencé,

vous avez parti des

bands,hein?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Ouais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Y en a eu des

bands!

Je pense que le premier,

c'était Plus-que-parfait.


FRANÇOIS LAMOUREUX

C'est compliqué, ça. Tout est

compliqué avec moi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ha! Ha! Ha!


FRANÇOIS LAMOUREUX

C'est parce que mon frère,

il a quand même quasiment sept

ans de différence. Donc quand

moi j'ai déménagé à l'âge de

10 ans, lui, il a duré même pas

un an puis il est parti à

Cambrian. Donc il était

pas là quand je grandissais.

Mon premier groupe à moi

s'appelait le groupe Vacances,

quand j'avais 12 ans ou 13 ans,

après ça, on a formé Doux Désir

avec mon frère, en 84. Et après

ça, c'était Plus-que-parfait...

qui a commencé exactement

20 ans passés, je te dirais au

mois de novembre 84.


GISÈLE QUENNEVILLE

Important pour vous, comme

groupe, de chanter en français?

Il était-tu même question

de pas chanter en français

à ce moment-là?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Moi, je voulais juste faire de

la bonne musique. La Nuit sur

l'étang, pour moi, c'était comme

ln rêve. J'avais vécu ça quand

j'avais 13 ans, donc pour moi,

c'était normal de chanter en

français. Écoute, on était dans

une bataille épouvantable

à ce moment-là, en 83-84.

Mon père commençait l'école

Le Caron, il y avait beaucoup

de stress.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ton père était directeur.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Directeur d'école, fondateur,

oui. Alors moi... c'était normal

pour moi de chanter en français.

C'est ma langue, tout ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il aurait pas aimé ça

si t'avais chanté en anglais?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Non. Il m'a jamais dit de

pas... Il m'a jamais empêché de

faire quoi que ce soit, mon

père. Donc je chantais en

français parce que je voulais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Après ça, il y a eu

Brasse-Camarade.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Il y a eu Brasse-Camarade.

Mais il y a eu une étape entre

les deux, importante.

Je suis venu à McGill, à

Montréal, pour étudier en jazz

et classique, et il y avait un

studio d'enregistrement là,

à l'école. Mon frère était

venu avant moi faire son bac,

et il a rencontré un Américain

qui s'appelle Bryan Martin,

qui sera réalisateur plus tard,

À New York. Bryan a fait sa

maîtrise en son... et on a créé

un groupe ensemble, anglophone,

qui s'appelait The Frayed Edge.

Et The Frayed Edge, finalement,

c'était Pierre, moi, un

pianiste, Arnold Bondi qui

jouait de la batterie. Et ça,

c'était vraiment un très, très

bon groupe. Et Bryan chantait.

Bryan était à New York, il nous

a enregistrés à New York.

Donc je suis allé à New York

à l'âge de 18 ans enregistrer

dans un grand studio.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pas mal.


FRANÇOIS LAMOUREUX

C'était fantastique. Mais

Bryan était occupé. Donc pendant

que Bryan était occupé,

Brasse-Camarade est né,

les trois musiciens. Donc moi,

j'ai décidé de chanter.

J'ai repris des chansons

de Plus-que-parfait.

Et là, on a commencé à jouer,

mais là, Brasse-Camarade,

ça a comme fait ça, puis Frayed

Edge, ça a comme fait ça.

Parce que Bryan était trop

occupé à faire des gros

disques. Ce qui fait que

Brasse-Camarade est né du

groupe anglophone. Mais c'était

pas prévu, ça.


On présente un extrait du vidéoclip «Aline», du groupe Brasse-Camarade. FRANÇOIS LAMOUREUX est le chanteur du groupe.


FRANÇOIS LAMOUREUX

♪ Et j'ai crié crié Aline

pour qu'elle revienne

Et j'ai pleuré pleuré

Oh j'avais trop de peine ♪♪


L'entrevue se poursuit une fois l'extrait terminé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Brasse-Camarade, ça a super

bien marché en Ontario.

Au Québec aussi?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Oui, on a eu un numéro un

À MusiquePlus, on était numéro

un sur 26 stations... au

Québec, ça allait très bien.

Mais on a été bloqués par mon

accent quand je chantais en

français. On m'a dit que

j'aurais jamais de succès au

Québec, dans une radio très

connue à Montréal, qui ont dit:

Écoute, t'es numéro 4 à CKMF,

t'as 26 stations numéro un

au Québec, t'es numéro un à

MusiquePlus, mais je jouerai

jamais ta musique. Un, j'aime

pas la chanson. Même si tout

le monde appelle tout le temps

À ce poste de radio-là, le plus

gros au Canada, CKOI,

le directeur musical a dit:

"Ouais, tu sais...

t'as un accent quand

tu chantes en français."

J'ai dit: "Ouais, bien... il y

en a d'autres." Il dit: "Comme

qui? "Bien, Kevin Parent."

"Oui, mais lui, c'est un

Québécois, lui." Alors du

moment qu'il m'a dit ça... j'ai

réalisé que j'avais gaspillé

des années de ma vie à bâtir

Brasse-Camarade. Parce qu'il y

avait aucune manière que je

jouerais au Québec, où est-ce

que je devais jouer. Et c'est

À ce moment-là qu'on a décidé

de donner le doigt d'honneur -

ma mère sera pas contente -

au Québec. Et de partir

au Portugal.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi le Portugal?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Ouais, c'est complètement fou,

hein? Comme je t'ai dit, je

suis un extraterrestre puis je

l'accepte maintenant, OK?

Mais en 90, donc avant que

Brasse-Camarade existe, il y a

The Frayed Edge, on a envoyé

une cassette démo à un festival

aux Açores, sur une île,

Santa Maria. Et ils ont adoré ce

qu'on a fait, pourquoi? Parce

que c'est enregistré par des

mains de maître à New York

dans des gros studios. Donc

notre démo sonnait comme un

album. Puis dans ce temps-là,

des studios, il y en avait pas

beaucoup. C'était compliqué

d'enregistrer. Donc là, quand

ils ont entendu ça, ils nous

ont fait venir, on a joué au

festival, et les gens nous ont

adorés. Et suite à ça, on est

retournés une couple de fois et

à un moment donné, ça a

commencé à grandir. Notre gérant

au Québec, qui était le

gérant des Vilains Pingouins

dans le temps, il trouvait ça

le fun, mais il voulait pas

qu'on passe trop de temps

là-bas. "Écoute, les gars,

c'est au Québec qu'il faut le

faire." Et on l'a écouté. Puis

ça allait bien au Québec, puis

c'est là qu'à un moment donné,

on voyait qu'il y avait... sans

issue, que j'avais dépensé des

années de ma vie à chanter

en français ici. J'ai décidé:

on retourne au Portugal.

On fonce sur le Portugal et le

reste du Canada. Donc on jouait

de Yellowknife, en Alabama,

en Louisiane, Vancouver...

On faisait tout le pays,

on évitait le Québec,

et on allait au Portugal.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et chanter en français dans

toutes ces places-là?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Oui, en français. À un moment

donné, on a décidé de signer un

contrat de disque en portugais.

J'ai appris la langue.


GISÈLE QUENNEVILLE et FRANÇOIS LAMOUREUX échangent quelques mots en portugais.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Et ça, c'est une autre histoire

absolument rocambolesque.

On a rencontré un grand poète

portugais en exil au Canada, par

accident, qui a traduit nos

textes. On savait pas que

c'était un grand poète. Donc

quand on est allés au Portugal,

les gens ont dit...

"Mais c'est le poète portugais

fameux qui est en exil au

Canada, on sait pas il est où!"

Donc nos textes étaient

merveilleux et ça nous a

vraiment aidés au Portugal.

Et c'est à cause du Portugal

plus tard, qu'on est revenus

À New York. Donc c'est un lien

étrange qui s'est fait qu'on

aboutisse à New York à cause

du Portugal.


GISÈLE QUENNEVILLE et FRANÇOIS LAMOUREUX sont dans une grande salle du club de voile.


GISÈLE QUENNEVILLE

François, toi, t'es musicien.

Tu dois jouer encore,

t'as ta guitare avec toi.

Tu joues beaucoup?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Bien non, je joue pas

beaucoup. Du tout, en fait.

J'essaye des fois de

revenir en forme.

À un moment donné, j'ai arrêté

de jouer pendant trois ans.

Mais il faut croire que je

pratiquais, des fois, quand

j'étais musicien, entre trois

et neuf heures par jour.

J'ai gardé même un journal

de mes pratiques, ce que je

faisais à telle vitesse puis

quels exercices que je

pratiquais. Donc maintenant,

j'ai encore ce livre-là, donc je

peux voir comment loin que je

suis d'où est-ce que j'étais

quand j'ai arrêté. Donc je peux

mesurer. Puis ça me prend

d'habitude deux semaines de

pratique pour revenir où est-ce

que j'étais quand j'ai arrêté

de faire de la musique

officiellement. Donc ça part

jamais, faut juste qu'on

refasse le travail. Mais je

connais le sentier maintenant.

Donc c'est beaucoup plus vite

me rendre où est-ce que je

devais être.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu vas nous jouer un petit

quelque chose? Aline?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Non.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pas Aline?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Non. Je vais vous jouer une

chanson qui s'appelle Manifest

Destiny. Et c'est une chanson

qui a paru sur un disque solo

que j'ai fait, disponible à

travers le monde entier,

en 99, sauf en Amérique du Nord.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pratique.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Venant du Portugal,

évidemment. Et c'est une

chanson qui veut dire beaucoup

pour moi. Alors la voici.


FRANÇOIS LAMOUREUX interprète sa chanson à la guitare.


On présente un extrait du vidéoclip «On doit choisir», du groupe Brasse-Camarade.


FRANÇOIS LAMOUREUX

♪ On doit choisir pour devenir ♪

♪ On doit choisir pour devenir ♪


L'entrevue se poursuit une fois l'extrait terminé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça te manque,

cette autre vie-là?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Les bons spectacles me

manquent et les mauvais

spectacles me manquent pas

beaucoup. Brasse-Camarade, on

a fait environ, de mémoire, je

pense que c'est 500 spectacles

à peu près. Je te dirais, de ça,

il y en a au moins 250 à 300

dans les écoles... ici,

ailleurs, un peu partout.

Et ça me manque, la camaraderie

d'être sur la route avec mes

amis, de découvrir des choses

extraordinaires... d'arriver

dans un village, on connaît

personne, on a pas d'argent puis

on couche chez des gens qu'on

connaît pas. Ça, j'ai fait ça

souvent. Donc ça, ça me manque.


GISÈLE QUENNEVILLE

François, grand succès de

Brasse-Camarade au Portugal,

mais à un moment donné, toi

puis ton frère, vous avez

bifurqué complètement de la

musique à la production,

du Portugal à New York.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment ça s'est passé, ça?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Ça, c'est rocambolesque comme

histoire. On a frappé le mur

au Québec, on arrive au

Portugal, mais quelque part,

on est des étrangers partout.

On est des étrangers au Québec,

parce qu'on est au Québec, quand

on retourne en Ontario, on est

des étrangers en Ontario.

On est aux Açores, et là, on

est des étrangers là-bas. Puis

parce qu'on est allés aux Açores

faire notre carrière, on arrive

à Lisbonne, bien, on est des

étrangers açoriens. On est des

étrangers partout. Et là à un

moment donné, bien, on a

commencé à aller à plusieurs

foires, dont le MIDEM à Cannes,

une grosse foire de musique,

et...

Chose étrange, c'est qu'il y a

le bureau du Québec à Cannes,

dans le fond, puis il y a le

bureau du Canada.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ils ont des kiosques.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Des kiosques, ouais, c'est ça.

Et, bien, les artistes de chaque

pays, tout ça. Mais moi, j'étais

avec le Portugal, OK? Donc là,

j'avais mon nom, tout ça, marqué

Portugal. À un moment donné,

il y a du monde qui nous

voyaient, tu sais, au

restaurant, on mange.

Puis un gars de New York, il

voit ça: François Lamoureux,

Portugal. Il comprenait pas.

Il dit: "Raconte-moi ça. OK,

laisse-moi comprendre. T'es

pas au bureau du Canada, t'es

pas au bureau du Québec, t'es

au Portugal; pourquoi?"

"Bien, c'est parce que je chante

en français et en portugais au

Portugal." Il dit: "OK. Mais tu

chantes en français au Québec?"

J'ai dit: "Non, on évite le

Québec, on va partout ailleurs

sauf ça." Il dit:

(propos en anglais et en français)

"Okay. Are you

making money?"J'ai dit:

"Yeah,

we're making money."Tu sais...

j'ai une maison sur le Plateau

puis on tourne beaucoup puis...

Il dit: "Qu'est-ce qui arrive

si je vous amène à New York,

vous autres? Parce que moi, j'ai

des tatas à qui je paye bien de

l'argent, qui perdent de

l'argent avec de l'argent; vous

autres, vous avez absolument

rien, vous faites de l'argent

avec rien." Donc il nous a

courtisés pendant... je pense

que c'est neuf mois. Et c'était

Pierre qui s'occupait plus de

la business dans ce temps-là,

donc c'était vraiment dirigé à

Pierre. Puis Pierre, lui, bien,

À New York, il demandait tout le

temps: "Pourquoi tu viens pas?"

Il disait: "J'ai pas d'argent

pour déménager."

"Regarde, on va te donner

10 000$ pour déménager."

"J'ai pas d'appartement."

"On va te trouver un appartement

À New York." "J'ai pas de

visa." "On s'occupe de ton

visa." J'ai dit: "Pierre, ils te

donnent tout, vas-y." Et là,

Pierre est arrivé à New York

comme ça. Et la première

journée de son travail, il

devait commencer, genre, dans

le mail room... et histoire

cocasse un peu, il rentre dans

l'ascenseur à Times Square,

première journée, il y a un gars

dans l'ascenseur qui donne des

coups de pied sur les murs,

il est pas content, il sacre en

allemand. Et Pierre parle

allemand. Alors il pèse sur le

bouton pour son plancher puis

il réalise qu'il y a juste un

bouton de pesé; ils s'en vont

les deux à la même place.

Et l'autre gars allemand,

Pierre, il parle en allemand

avec. Il dit: "Tu parles

allemand et tu t'en vas au même

étage que moi?" Il dit: "Oui, je

commence ma job aujourd'hui."

Le gars dit: "Mais tu parles

quelles langues à part

l'allemand?" Il dit: "Je parle

anglais, français, portugais,

espagnol." Il dit:

(propos en anglais et en français)

"This is my

company. You're now the head of

international! You speak

German, these people don't

know how to speak German!"

L'ascenseur ouvre.

"He is now

the head of international!"

Alors Pierre, je l'appelle puis

il dit: "Tu croiras pas ça, j'ai

mon bureau du coin, Times

Square, je vois le Goodyear

Blimp, là, puis je suis en

charge de l'international."

Et c'est là qu'il a commencé

À m'engager, moi, à faire plein

de travail pour les spectacles

que cette compagnie-là

tournait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et là, vous avez percé grâce

à Willie Nelson.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Willie Nelson, effectivement.

On se retrouve maintenant

exactement le 24... je pense que

c'était le 20 ou le 24 juin

2000. Pierre a eu un appel

qu'il devait aller faire la

production, le tournage du

spectacle à Amsterdam de

Willie. Parce qu'avec le gars

qui était là, ça allait très

mal. Donc le deuxième soir,

Pierre est arrivé, il a tout

arrangé. Et Willie a adoré

Pierre puis il a dit: "Écoute,

viens chez moi le 4 juillet, je

fais un gros party puis

apporte qui tu veux."

"Je peux-tu amener mon frère?"

Il dit oui. Alors moi, je suis

allé avec Pierre à Austin, on a

écrit plusieurs chansons, Pierre

et moi, avant d'aller voir

Willie, on a passé une semaine

ensemble avant. Parce que son

gérant avait aimé une chanson

que j'avais écrite puis il m'a

demandé de l'enregistrer.

Je l'ai enregistrée, je l'ai

envoyée. Et Willie, il l'a

aimée, pas adorée. Mais il a

adoré le son de

l'enregistrement. Puis il a

demandé au gérant: "C'est qui

qui a fait ça? Je veux qu'il

mixe mes choses." Donc j'ai fait

10 tounes en test.

Et finalement, j'ai mixé

48 chansons puis c'est devenu

le meilleur DVD de l'année en

termes de son avec le DVD

Association. Et c'est là que la

carrière a commencé et tout

l'ouvrage a commencé à

venir avec Pierre et moi.


GISÈLE QUENNEVILLE

À quel moment est-ce que vous

avez commencé à réaliser des

films, Pierre et toi?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Pierre était vraiment un

producteur, donc il s'occupait

de tous les tournages.

On réalisait pas. Moi, je

m'occupais de toute la

post-production, le montage et

le son. Et là, on a eu un appel,

en 2002, d'Alanis Morissette.

On avait une semaine, elle

dit: "Je veux faire un tournage

À Rotterdam dans une semaine."

C'était un peu comme compliqué.

"Parce que c'est tout vendu."

C'est qu'il y a pas de place

pour les caméras si c'est

tout vendu. Et dans une semaine,

on a réussi à tout faire, sauf

qu'on a pas de réalisateur.

Le gérant a dit: "Écoute,

pourquoi tu le fais pas, toi?"

Donc c'est là que Pierre a

commencé à réaliser. Et à

partir de ce temps-là, moi,

j'ai commencé à faire ça avec

lui, et depuis 2002, on fait

vraiment du bout à la fin,

la production jusqu'à la

post-production, le montage,

la réalisation, tout.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quels sont les défis d'agencer

le visuel à la musique pour des

spectacles comme ça?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Le défi qu'on a, nous, c'est

d'être l'extension de la

créativité de l'artiste.

Par ça, je veux dire que

pendant des décennies,

l'artiste, il allait en studio,

il enregistrait un album,

ça sortait, puis son

implication technique était

finie. Or aujourd'hui ce qui

arrive, c'est qu'il y a

tellement plus de technologie,

que ça soit le DVD, le blu-ray,

comment qu'on streame, toutes

les affaires, comment que l'art

va survivre à la technologie?

Donc notre

trademark à nous

autres, c'est:

(Propos en anglais)

Where art

survives technology.

Donc on a décidé d'apprivoiser

toute la technique et de donner

ce qu'on a vraiment jamais eu,

nous autres, on a jamais été

vraiment très bien filmés. On a

été filmés correct, mais pas

très bien. Donc on a pu

comprendre ce que les musiciens

veulent avoir d'un tournage.

Donc on a pu vraiment leur

donner, à travers de tout ça, ce

qu'on fait. Donc le défi, c'est

d'apprivoiser la technologie

pour que l'artiste ne la voie

pas, la technologie. Pour que

lui ait juste besoin de faire

ce qu'il a à faire, pas

s'occuper... Et tout sort

correct à la fin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Des clients que t'as appréciés

plus que d'autres?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Bien, je te dirais le groupe

Rush. Ça fait quand même 12 ans

que je suis en charge de leurs

archives, j'ai tout transféré

leurs bandes en numérique,

donc je suis l'archiviste

principal pour Rush. On a fait

deux tournages avec eux aussi.

Je les aime beaucoup, eux.

J'aime beaucoup Harry Connick

Jr., c'est un bon ami. Brandford

Marsalis... J'ai adoré

travailler avec Pete Townshend,

parce que j'ai travaillé sur

son projet qui lui tient le plus

À coeur, Lifehouse.

Mais j'aime travailler avec

chaque artiste. Chaque artiste,

on réalise qu'il y a une raison

pourquoi qu'ils sont où est-ce

qu'ils sont. Ils sont tous assez

spéciaux... positivement.

Il y en a une couple qui sont

plus difficiles à travailler

avec. Je te dirais, en 14 ans,

il y en a peut-être eu trois

qui ont vraiment pas été du

monde. Mais sinon... Du moment

que tu fais l'excellence,

ces artistes-là à ce haut

niveau-là, ils recherchent

l'excellence. Donc du moment que

moi, je fais l'excellence, bien,

eux autres sont contents.


GISÈLE QUENNEVILLE sont sur un quai du Yacht Club de Hudson.


GISÈLE QUENNEVILLE

François, t'as suggéré de nous

rencontrer ici, au Yacht Club

de Hudson. Pourquoi ici?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Ici, c'est une place assez

spéciale. C'est... Ils appellent

ça le lac des Deux-Montagnes,

mais ça l'est pas vraiment,

c'est la rivière des Outaouais.

Sur les vieilles cartes, c'est

marqué "rivière des Outaouais",

mais depuis qu'il y a le barrage

là-bas, c'est le lac des

Deux-Montagnes. Mais moi,

j'appelle ça la rivière des

Outaouais. Puis c'est ici que

je disais tout à l'heure que

les Hurons, les Iroquois puis

les Nipissings se sont tous

retrouvés. C'est une place qui

est paisible, l'eau est vraiment

assez pure et propre, on peut

nager dans la rivière. Et c'est

ici que tous les étés, ma

famille, on passe quasiment

tous les jours ici. Il y a

une piscine par là-bas. Et c'est

une place... c'est un peu comme

notre petit Club Med où on

vient. Puis c'est des gens

vraiment trippants puis c'est

une belle culture ici.

J'aime beaucoup ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est principalement

anglophone, Hudson.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Hudson, c'est 75% anglophone.

Mais les anglophones... à la

différence de l'Ontario, les

anglophones parlent tous

français pas mal. Donc c'est des

gens qui veulent être ici.

On dirait que je me sens juste

À l'aise en minorité. On dirait

que quand je suis majoritaire,

ça marche pas, faut que je sois

minoritaire. Donc c'est pour

ça que je suis là.

Je me sens à l'aise ici.


L'entrevue continue dans le grand salon du club de voile.


GISÈLE QUENNEVILLE

François, toi puis ton frère,

c'est un peu comme un vieux

couple, hein, on peut pas

juste dire "François Lamoureux"

ou "Pierre Lamoureux". C'est

toujours François et Pierre

Lamoureux. Ou Pierre et

François Lamoureux. Est-ce que

c'est bon, ça? Est-ce que vous

avez des chicanes, des fois?


FRANÇOIS LAMOUREUX

C'est sûr qu'on a des

chicanes. Tu sais, quand tu

penses que... Encore une fois,

c'est important de dire qu'il a

quitté la maison quand j'avais

10 ou 11 ans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est lui le grand frère.


FRANÇOIS LAMOUREUX

C'est lui qui est le grand

frère. Il était pas là durant

l'année, donc j'étais

vraiment... je faisais mes

affaires à moi. Mais quand il

revenait, les étés, on jouait

de la musique ensemble, comme

on a dit tout à l'heure. Et là,

par contre, quand je suis

arrivé à l'université, à

17 ans, lui finissait son bac.

Et... c'était pas automatique

qu'on allait travailler

ensemble. Mais il était

tellement bon bassiste et

musicien que je voulais

travailler avec lui. C'était

pas parce que je devais le

faire. Et même, à un moment

donné, il est parti à Toronto,

j'étais à Montréal, on était

vraiment loin, mais on a décidé

de travailler ensemble parce

qu'on était vraiment une bonne

équipe. Et ça, ça a duré.

Imagine, t'es dans le camion

pendant 18 heures de route avec

lui, et là, t'es en tournée

pendant six semaines... Et on

revenait à la maison ensemble.

On était à la maison tout le

temps, on composait ensemble,

on mangeait ensemble, on

voyageait ensemble, donc c'était

vraiment tout le temps

ensemble. Ce qui fait que oui,

c'est sûr qu'on a eu des

chicanes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis là encore, vous

travaillez ensemble.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Bien oui, c'est mon meilleur

ami puis la personne que j'aime

le plus au monde.

Donc... c'est ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment c'était, le passage de

musicien à homme d'affaires,

finalement?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Ça, ç'a été totalement

wild.

Parce que...

le dollar canadien était

comme très, très bas.

Et là, à un moment donné,

il y avait énormément

d'argent qui arrivait à

Montréal, à travers de New

York, parce qu'on chargeait le

même prix que les Américains.

Et là, moi, ma compagnie que

j'ai fondée pour faire de la

post-production, est partie de

comme... je sais pas, 50 000$

et c'est devenu plusieurs

millions de dollars, ce qui fait

que la compagnie a fait une

croissance exponentielle.

Donc là, moi, tu sais, on

faisait payer 1500$ à

Iroquois Falls puis là, je gère

14 employés. Et finalement,

j'ai cinq studios, plus que ça,

sept studios... Et là,

justement, je deviens un

gestionnaire. Donc il y a des

gens qui nous ont beaucoup,

beaucoup, beaucoup aidés à

devenir des hommes d'affaires.

Parce que c'était pas évident,

ça. Puis on a eu des échecs, on

a eu des gros échecs, on a eu

des succès extraordinaires.

Je te dirais qu'on a vécu tout,

Pierre et moi, en affaires.


GISÈLE QUENNEVILLE

La compagnie principale, parce

qu'il y en a quelques-unes,

c'est FogoLabs.


FRANÇOIS LAMOUREUX

FogoLabs, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est saluer les amis

du Portugal, ça?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Oui, lagoa de Fogo.

C'est un lac sur l'île de San

Miguel, un lac volcanique.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est lac du feu, finalement,

c'est ce que ça veut dire.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Lac du feu, exactement.

Et la compagnie principale

est basée aux États-Unis,

tout est là-bas.

Et on a notre immigration de

faite, nos visas, tout ça, donc

on va et vient comme qu'on veut

puis c'est fantastique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et toi, t'es à Hudson.

T'es pas à New York.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Je suis pas à New York.

Ma femme voulait pas déménager

après le 11-Septembre.

Donc Hudson, c'est la place la

plus proche de New York que

j'ai pu trouver dans le nom.

Quand je suis à New York, les

gens disent:

(propos en anglais)

"Where do you

live, François?"

"I live in Hudson."

"I love Hudson."

"No, it's not the same Hudson."

"Really? There's

another Hudson?"


GISÈLE QUENNEVILLE

T'aimes ça ici?


FRANÇOIS LAMOUREUX

J'adore Hudson. C'est un peu

comme l'Ontario français.

On est minoritaires

francophones ici. Donc mes

enfants peuvent grandir comme

j'ai grandi, un peu avec

l'esprit ouvert, de connaître

les autres cultures et les

autres personnes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que pour toi, Sudbury

ou Lafontaine, c'est loin?

Qu'est-ce que tu gardes de ta

jeunesse franco-ontarienne,

de ces racines

franco-ontariennes?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Bien moi, j'ai jamais été

accepté par les Québécois. Puis

là, je suis correct avec ça.

Pendant un bout de temps, ça me

dérangeait beaucoup. Mais quand

tu vois Paul Desmarais...

tu sais, qui est

franco-ontarien, mais qui est

au Québec depuis 1958...

Jusqu'à sa mort, ils disaient le

Franco-Ontarien. Ils l'ont

jamais accepté comme québécois

non plus. Donc si lui est pas

capable de se faire accepter

comme québécois...

veux-tu savoir quoi?

Parce que les séparatistes

m'haïssent beaucoup parce que

je suis la preuve que le Canada

peut exister, tu sais, je suis

bilingue, je parle français, je

parle anglais... Puis c'est

comme, ça dérange. Donc moi,

ce que je garde de mes racines

franco-ontariennes, je garde

la persévérance. Et le problème

que j'ai, c'est que... parce que

je suis en exil au Québec ici

un peu dans le fond...

L'Ontario, dans ma mémoire,

a pas changé. C'est encore

l'Ontario de... avant. Mais

l'Ontario a évidemment évolué.

Mais moi, je l'ai pas vu parce

que je suis pas là. Donc ma

vision de l'Ontario français

n'est pas la véritable vision

d'aujourd'hui, tu vois? Donc je

suis un peu pris dans Mayberry

1950, Ontario, qui est ma

réalité, qui est 80-90.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'es musicien d'abord et avant

tout? Est-ce qu'on peut dire ça?


FRANÇOIS LAMOUREUX

Absolument. Oui. Mais là...

C'est plus que je suis un

explorateur. Sur ma page

LinkedIn, à un moment donné,

faut que tu marques qu'est-ce

que tu fais dans la vie,

je marque

"explorer".

Je suis un explorateur.

Puis d'ailleurs, à Hudson ici,

c'est un peu intéressant parce

que les Nipissings, les Hurons

et les Iroquois, à un moment

donné, en 1700

whatever,ils ont

tout mis à la même place ici.

Et c'est drôle parce que j'ai

grandi en Huronie, sur le lac

Nipissing puis j'ai du sang

algonquin, puis quand j'arrive

ici, je me sens chez nous.

Et j'ai juste su ça récemment

qu'à un moment donné, les tribus

étaient toutes venues ici.

Donc je me sens très bien ici.

Et je sais qui je suis

maintenant. Puis ça, c'est...

Du moment que tu sais qui

tu es puis que t'acceptes que

t'es un extraterrestre, c'est

correct, tu sais. Donc moi,

je suis correct avec moi-même.


GISÈLE QUENNEVILLE

François Lamoureux,

merci beaucoup.


FRANÇOIS LAMOUREUX

Merci, Gisèle.


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