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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Bob Rae : avocat et ancien politicien

Que ce soit dans les corridors de Queen’s Park ou sur la colline du Parlement, Bob Rae a toujours été aux premières loges de la politique canadienne.
En 1981, il devient chef du NPD en Ontario et en 1990, c’est la grande surprise : les Ontariens le choisissent comme premier ministre. Après sa défaite écrasante en 1995, Bob Rae quitte la vie publique pour pratiquer le droit à Toronto. Mais en 2006, il fait un retour en politique, cette fois comme libéral au fédéral.
Il quittera définitivement la politique en 2013.



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, des extraits vidéos et des photos qui illustrent certains moments de la vie professionnelle et personnelle de BOB RAE.


GISÈLE QUENNEVILLE

Que ce soit dans les corridors

de Queen's Park ou sur la

Colline du Parlement, Bob Rae a

toujours été aux premières loges

de la politique canadienne.

Très jeune, il est témoin des

grandes discussions politiques.

Son père, Saul, est diplomate,

et la famille vit d'abord à

Ottawa, ensuite à Washington et

à Genève. En 1978, Bob Rae

devient député néo-démocrate à

Ottawa. C'est lui qui dépose la

motion qui fait tomber le

gouvernement de Joe Clark. Le

premier passage de Bob Rae à

Ottawa est de courte durée. En

1981, il devient chef du NPD en

Ontario. Et en 1990, à sa grande

surprise, les Ontariens le

choisissent comme premier

ministre. Ce sont des années

turbulentes. La province fait

face à une crise économique

sans précédent. Le déficit

monte en flèche et le

gouvernement rétorque en

imposant des congés non payés

aux fonctionnaires. Après sa

défaite écrasante en 1995, Bob

Rae quitte la vie publique pour

pratiquer le droit à Toronto.

Mais en 2006, il fait un

retour, cette fois-ci, comme

libéral au fédéral. Il tente de

se faire élire chef du parti,

sans succès. Il accepte plutôt

de jouer le rôle de chef

intérimaire pendant un temps et

quitte la politique en 2013.

(GISÈLE QUENNEVILLE et BOB RAE sont assis l'un face à l'autre dans le bureau de BOB RAE. L'entrevue suivante se déroule tantôt dans différentes pièces du bureau d'avocats où travaille l'invité, tantôt en d'autres endroits de l'édifice.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Bob Rae, bonjour.


BOB RAE

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Rae, quel a été

votre premier contact avec le

monde politique, avec la vie

politique, avec les politiciens?


BOB RAE

Avec les politiciens, d'abord,

chez nous, à la maison.

Parce que mon père était, parmi

beaucoup d'autres choses, il

était l'assistant de M. Pearson.

Il a écrit beaucoup de ses

discours. M. Pearson est venu

nous visiter à la maison

souvent. Et y en avait beaucoup

d'autres qui étaient de bons

amis avec mon père et ma mère.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il paraît que vous livriez

les journaux pour des

politiciens très connus

aux États-Unis.


BOB RAE

Aux États-Unis, oui. à M.

Kefauver et M. Nixon.

Alors...

j'ai livré les journaux pour

gagner un peu d'argent,

et puis je raconte

toujours l'histoire, qui est

une vraie histoire, que

M. Kefauver m'a donné 20$

comme « tip ».


GISÈLE QUENNEVILLE

À cette époque-là,

c'était bon.


BOB RAE

C'était pas mal à cette

époque-là. Et puis, Nixon, le

contraire. Sa femme me donnait

10 sous. Je dis toujours aux

gens: est-ce que vous voyez que

je suis pas républicain?

C'est là, la cause.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pas républicain, évidemment,

mais libéral au tout début parce

que, en 68, vous avez fait

campagne pour l'équipe de

Trudeau. Parce que vous aviez

de grandes convictions ou c'est

parce que c'est ce que tout le

monde faisait?


BOB RAE

Des convictions, oui. C'était

un peu la vie que j'ai connue,

et j'ai fait campagne dans

l'élection de 68 pour M. Caccia

qui était le député libéral de

Davenport. C'est là où j'ai...

Oui, j'étais un jeune libéral.

Officiellement, j'ai la carte

de membre toujours. Et c'est

ce que j'étais au moment où j'ai

quitté pour l'Angleterre comme

étudiant, quand j'ai pris la

bourse Rhodes, je suis allé à

Oxford en 69.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est à ce moment-là que

vous avez changé d'allégeance

politique, est-ce qu'on peut

dire ça?


BOB RAE

Un peu, oui. Mais

c'était pas la même...

J'étais pas... impliqué dans

la politique électorale en

Angleterre, mais tout de même,

je faisais mon travail sur

l'histoire... L'histoire

politique et la philosophie

politique, c'était mon métier

un peu. Et quand je suis

retourné au Canada pour faire

mes... finalement, comme dit

mon père, finalement, mes

études en droit, à l'âge de

25 ans, là, j'étais beaucoup

influencé par M. Lewis,

Stephen Lewis, et j'étais très

intéressé dans le droit de...

des relations industrielles.

Alors j'ai travaillé pour le

syndicat des métallos comme

étudiant l'été. J'ai fait toutes

mes études sur la médiation,

sur l'arbitrage, etc. C'était

quelque chose qui m'intéressait

beaucoup. Alors je suis devenu

membre du... Parti

néo-démocrate.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez été élu député

néo-démocrate et c'est vous qui

avez déposé cette fameuse

motion qui a fini par défaire

le gouvernement de Joe Clark.

C'est un peu comme ça qu'on

vous a défini à l'époque. Est-ce

que vous saviez, à l'époque, les

conséquences que ce geste-là

allait avoir sur le

gouvernement?


BOB RAE

Oui, à l'époque, au moment

où on le faisait, la soirée

qu'on l'a fait, je crois qu'on

savait que c'était... le vote

était là. Mais au moment où on

a proposé la motion,

c'était pas clair que tout le

monde, le Parti libéral et les

autres, allaient voter de la même

façon. Alors... au moment où

j'étais... j'étais en faveur de

la motion, que j'ai proposé la

motion, il y avait six ou cinq

jours de négociation. Alors à

la fin de tout ça, c'était

clair que tous les Libéraux

allaient voter avec nous. Et

même le Parti créditiste a voté

avec nous. Ce qui surprenait

surtout M. Clark.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous, entre-temps, vous

êtes passé du fédéral au

provincial. Quel a été

l'attrait pour vous dans la

politique provinciale?


BOB RAE

Deux raisons. D'abord

personnelles et puis

politiques. Au point personnel,

je me suis marié avec Arlene, on

a notre jeune enfant, la

première, Judith, qui travaille

avec moi maintenant.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est vrai. Elle est avocate?


BOB RAE

Elle est avocate aussi. Alors

nous travaillons ensemble. Et...

j'ai décidé que c'était mieux.

Arlene avait beaucoup les mêmes

opinions. On voulait pas que

j'habite à Ottawa puis on fait

le tour à tour. C'était mieux

de rester à Toronto. Deuxième

point, c'est que du point de vue

professionnel et du point de vue

politique, d'abord, on pourrait

devenir un chef. Alors chef

d'un parti, c'est quelque

chose. Et j'étais jeune, je

n'avais que 33 ans. Mais donner

l'opportunité de diriger les

choses, d'être en charge, ça,

c'était quelque chose que je

voulais essayer...


GISÈLE QUENNEVILLE

Le 6 septembre 1990, le NPD a

remporté une majorité de sièges

en Ontario. Vous êtes devenu le

premier ministre de l'Ontario.

Qu'est-ce qui vous est passé

par la tête ce soir-là?


BOB RAE

Un moment extraordinaire.

D'abord, il y a beaucoup de

choses qui se sont passées dans

les années... entre mon arrivée

et huit ans à l'opposition.

Point de vue personnel,

j'ai perdu mon frère David

du cancer, Arlene avait

perdu ses parents dans un

accident de voiture et

à la fin, juste dans

les deux dernières années avant

l'élection, j'ai eu beaucoup de

réflexion avec Arlene, surtout

après la mort de mon frère

David, et j'avais décidé de

quitter la politique après

l'élection de 1990. Et c'était

décidé. Mais j'ai dit: « Écoutez,

je veux gagner un million de

votes dans la prochaine

élection. Je veux avoir une

trentaine de sièges et je vais

essayer d'aller jusqu'à 30% du

vote. » Parce que le NPD n'a pas

réussi 30% du vote. Alors le

soir du 6 septembre, on me

demande: « Est-ce que vous étiez

surpris? » J'étais surpris

d'avoir gagné une majorité.

J'étais pas surpris que nous

étions en première. Et

franchement, de gagner une

majorité avec 37% de votes,

c'est un peu extraordinaire.

Mais tout de même, nous étions

là et puis j'ai une grande

fierté, une sorte d'émotion

mixte parce que mon frère

n'était plus là. Et puis les

parents d'Arlene n'étaient plus

là. Alors beaucoup d'émotions

ce soir-là, beaucoup,

beaucoup d'émotions.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Rae, votre maman aura

bientôt 100 ans et elle a reçu

son diplôme universitaire y a

pas très longtemps. Comment

ça s'est passé, ça?


BOB RAE

Une bonne histoire. Cambridge

University en Angleterre, c'est

là où elle était étudiante dans

les années 30, et franchement,

moi, je ne savais pas, mais ils

ne donnaient pas de diplômes aux

femmes. Une femme pouvait

prendre des cours, elle pouvait

écrire des examens et recevait

un certificat de présence, mais

pas un diplôme.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors que l'homme qui était à

côté avait un diplôme, lui.


BOB RAE

Alors y a pas si longtemps, un

jour, ma fille Eleanor parle

avec elle: on voit pas vos

diplômes. Vous étiez à

Cambridge, c'est une bonne

université, alors il faut...

Ma mère a dit qu'on avait pas de

diplôme parce qu'elle était là

pendant la période où on

n’en donnait pas...

Eleanor a refusé d'accepter

ça. C'est une impossibilité.

Alors elle est devenue en

contact avec l'Université

Cambridge pour dire: écoutez,

si elle peut prouver qu'elle

était là, qu'elle...

Oui, on donne maintenant,

nous donnons des diplômes.

Alors elle a tout arrangé.

Alors au moment de sa

fête d'anniversaire, on lui a

présenté le diplôme. Alors

voilà... c'était une bonne

histoire, une très bonne

histoire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Rae, je me souviens,

lorsque vous avez formé le

gouvernement, y avait une

blague qui circulait à

Queen's Park, à l'époque, que

c'était un gouvernement qui

était formé de syndicalistes,

fermiers, et enseignants. Ce

qui était une blague, oui et

non, parce que...


BOB RAE

Pas tellement une blague.


GISÈLE QUENNEVILLE

Essentiellement, c'était ça.

Pas beaucoup d'expérience

autour de la table.

Qu'est-ce que ça a posé

comme défi pour vous?


BOB RAE

Écoutez, j'avais... quand je

pense à ce moment et je

fais la réflexion, on avait

vraiment quatre grands défis.

Le premier, c'était le manque

d'expérience de beaucoup de

gens, moi inclus. Crise

économique sérieuse et puis

crise constitutionnelle. On

oublie un peu que l'appui pour

la souveraineté au Québec

était à 60%.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous parliez de la crise

économique, je pense que ça a

beaucoup été ça le talon

d'Achille de votre gouvernement.

Au départ, vous étiez...

vous avez senti le besoin de

dépenser, donc vous avez fait

un déficit. Tout ça, ça a

entraîné le contrat social, les

Rae Days, ces journées non

payées. Avec un recul,

maintenant presque 25 ans plus

tard, est-ce que vous auriez

fait les choses différemment?


BOB RAE

Probablement un peu. De grande

taille, les choses que nous

essayions de faire, c'était de

dire, il y a une contraction

profonde de l'économie

ontarienne, comme l'économie

canadienne, mais surtout en

Ontario. Alors il y aura un

déficit. Il y avait déjà un

déficit au moment où je suis

arrivé. Alors... on a décidé,

c'est vrai, de continuer de

faire des investissements

nécessaires. Et puis au moment

où la croissance revenait, on a

décidé, on a dit: écoutez, on

ne peut pas continuer de

dépenser sur les coûts normaux,

disons les salaires et tout ça,

il faut commencer à... à

restreindre les dépenses. Et

c'était là, je pense, des bonnes

décisions. Et peut-être qu'on

aurait pu faire les choses avec

un peu plus... d'habileté qu'on

l'a fait. Et là, je prends

complètement la responsabilité

pour le fait que j'ai décidé:

non, il faut qu'on commence à

montrer aux gens que c'est pas

simplement une question de

dépenser, dépenser, dépenser.

Mais quand vous considérez

généralement la position du

gouvernement, le déficit n'était

pas une décision personnelle de

la part du gouvernement. Le

déficit est une réflexion de la

situation économique de la

province et ça, je...

de ça, je suis convaincu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que le NPD ne s’est jamais

remis de vos années au pouvoir?


BOB RAE

Je crois que le NPD, le

problème, et c'est une histoire

plus longue, mais le problème

pour moi, c'était toujours que

le parti n'avait pas le goût de

gouverner, n'avait pas le goût

d'être en responsabilité

politique pour la situation. Et

je crois que ça pouvait être

difficile pour le parti et pour

tout le monde d'accepter le

fait que dans le gouvernement,

on doit faire des décisions qui

sont pas toujours faciles.

Mais je pense qu'il y a un autre

problème, c'est que le parti

depuis ce temps-là, n'a jamais

vraiment fait la réflexion de

dire: il y a des bonnes choses

qu'on a faites,

il y a des choses positives

qu'on a faites. Moi-même,

personnellement, je suis très

fier et je resterai très fier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez quitté la politique

après l'élection désastreuse de

95. Donc en 96, vous avez

quitté, un hiatus de 10 ans

avant de revenir à la politique,

mais cette fois-ci comme

libéral et cette fois-ci au

fédéral. Est-ce que ça a fait

bizarre pour vous de changer

d'allégeance politique et de

changer d'arène politique?


BOB RAE

Pas du tout. D'abord, oui,

j'étais... je faisais mon

travail comme avocat, mais

j'étais toujours impliqué dans

la vie politique à cause de ma

relation avec le Forum des

fédérations. Alors j'étais

pas... j'avais pas pris ma

retraite à l'âge de 47 ans.

J'étais très impliqué. Pendant

tout ce temps, il y a deux

choses qui sont arrivées.

Je pense que... d'abord,

je suis resté très proche

de M.Chrétien, que je connais

depuis longtemps.

Alors lui, il a parlé avec moi

et puis M. Martin aussi,

souvent, sur la question:

qu'est-ce que vous allez faire?

Quand est-ce que vous

allez retourner à la politique?

Et est-ce que vous serez

avec nous cette fois-là?

Parce que vous devriez être avec

nous. Et puis la deuxième

chose, c'est que comme j'ai

dit, le Parti néo-démocrate,

je pense, tout de suite après

mon départ, a dit: bien, la

période Rae, c'est fini, on va

retourner à quelque chose

d'autre. Les chefs allaient dans

une direction différente. Et

sur les affaires étrangères,

sur les événements en Ontario,

etc. Alors j'étais pas

franchement confortable avec

ça. Alors, j'ai.... j'ai

tranquillement quitté le parti,

et après la défaite de

M. Martin en...

avec difficulté en 2004,

beaucoup de gens m'ont parlé de:

est-ce que vous allez finalement

retourner, on a besoin de vous.

J'ai dit: oui, je suis plus

intéressé. Je suis pas

malheureux dans la vie que j'ai

comme avocat, je l'aime

beaucoup, mais je suis prêt à

retourner au Parlement. Et

finalement, j'ai dit: oui, je

suis prêt à retourner

comme libéral.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez tenté d'accéder au

leadership du Parti libéral. Je

pense que c'est quelque chose

que vous auriez grandement

souhaité. Les libéraux, par

contre, ne vous ont pas choisi.

Est-ce que ça, ça a fait mal?


BOB RAE

Oui.

Il faut pas... il faut pas

prétendre que perdre une

élection comme ça, c'est facile

ou c'est... qu'on ne se

souvient pas de ça. J'avais

pensé que je pourrais faire une

vraie contribution au parti et

à la vie nationale à cette

époque-là, mais c'est pas

arrivé. À ce moment-là, j'ai

décidé de rester, de continuer

de faire l'effort dans le Parti

libéral parce que, quand on

commence avec une campagne,

on se fait des amis,

on rencontre des gens,

on commence avec toute

une vie, toute une période de

relations, etc. Et j'ai décidé

que c'était pas possible pour

moi de juste quitter le parti

ou de dire: tant pis, je vais

quitter. Parce que les gens,

je pense, une des raisons, y a

beaucoup de raisons, mais une

des raisons pourquoi j'ai pas

gagné, c'est que les gens...

écoute, Bob Rae, vous n'êtes

pas libéral. Vous étiez, il y a

très, très longtemps, vous

n'êtes plus, vous étiez

néo-démocrate et on pense pas

que vous êtes vraiment partisan

de notre organisation.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand les gens vous... vous

croisent dans la rue, quelle

est leur réaction qu'ils ont

par rapport à vous?


BOB RAE

Euh... toujours positif...

pas toujours, mais la grande

majorité est toujours positive.

D'abord, ils parlent toujours

de... sur le programme que j'ai

fait avec Rick Mercer. Y a un

programme qui est très

populaire dans le Canada.


GISÈLE QUENNEVILLE

On a vu beaucoup de vous

dans cette émission-là.


BOB RAE

On a vu beaucoup de moi. Alors

y a pas beaucoup de... j'ai pas

beaucoup de secrets. Les gens

pensent toujours à ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que vous étiez tout nu

ou presque.


BOB RAE

Oui. Un peu... pas presque.

J'étais. Mais y a des gens qui

viennent me parler du municipal,

ce qui se passe dans la vie,

qu'est-ce que je pense de

M. Harper, qu'est-ce que je

pense de ça. Ce que j'aime

beaucoup, c'est les gens qui

disent que s'ils viennent,

s'ils sont des immigrants, ils

disent: chez moi, on ne verra

pas un homme d'État ou un homme

en retraite qui est un homme

d'État. Et c'est ce que j'adore

du Canada, c'est que je peux

arriver pour vous parler. Et je

crois que c'est un exemple de

comment c'est une bonne chose

d'être un Canadien.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans toutes vos années en

politique, est-ce que vous avez

des regrets? Est-ce qu'il y a

des choses que vous auriez

faites différemment?


BOB RAE

Oui. Mais écoutez, en toute

réflexion, il faut dire que,

oui, des choses que j'aurais pu

faire différemment un peu, mais

sur les grandes questions, la

décision d'entrer dans la

politique, la décision de

devenir le chef du parti

provincial, la décision de

retourner à la politique comme

libéral en 2006,

là, je suis un homme heureux

avec ces décisions-là.

Naturellement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans toutes vos années en

politique, votre épouse, Arlene,

a toujours été à vos côtés.

Quels sont les sacrifices

qu'elle a dû faire pour que

vous puissiez réaliser vos

rêves et vos objectifs?


BOB RAE

Vous devriez poser la même

question à elle. Je pense que

d'abord, elle dirait, je pense,

que, considérant tout, elle a

toujours su que la politique

pour moi, c'était ma vie. Parce

que j'étais déjà député quand

on a pris la décision de se

marier. Alors, je pense qu'on

n’a pas de grands regrets

là-dessus. Elle a toujours

accepté les... les décisions

et on a pris les décisions

ensemble. Elle a dit... je me

souviens, la dernière fois que

j'ai décidé de me présenter

comme candidat pour la

chefferie du Parti libéral,

elle a dit: si vous ne vous

présentez pas, vous allez le

regretter pour le reste de

votre vie, il faut y aller,

allez-y.


GISÈLE QUENNEVILLE

Euh... vous avez toujours

travaillé, vous l'avez dit,

pour le bien public. Vous avez

restructuré la Croix-Rouge

suite au scandale du sang

contaminé, vous avez participé

à la résolution du conflit dans

les droits des Autochtones, de

la pêche à Burnt Church au

Nouveau-Brunswick, vous avez

enquêté sur l'écrasement

d'Air India.

Quelle est votre approche quand

un dossier comme ceux-là tombe

sur votre bureau?


BOB RAE

Euh... d'abord, il faut dire

que résoudre des conflits ou

trouver des solutions aux

conflits, pour moi, ça reste

toujours un grand défi. Mais

toujours un défi nécessaire pour

qu'on évite plus de difficultés.

Alors on commence en écoutant,

en essayant de vraiment

écouter exactement ce que les

gens disent de leurs problèmes,

pourquoi ils pensent qu'il y a

des problèmes et puis essayer

de voir quelle est la

possibilité, des solutions.

Et... de continuer de persuader

les autres et trouver les

faits. Être toujours

constamment reconnaissant des

émotions, et l'impact que les

émotions peuvent avoir sur la

possibilité des solutions. Et

toujours essayer de trouver la

vérité, les faits de la

situation. Le fond des choses.


GISÈLE QUENNEVILLE

En ce moment, vous êtes le

négociateur en chef pour les

Premières nations dans les

négociations avec la province

sur les droits des gisements

miniers dans le Cercle du feu

dans le Nord de l'Ontario.

Comment vous voyez votre rôle?


BOB RAE

Presque de la même façon.

D'abord, je suis... je

travaille pour mon client, c'est

les Autochtones, et c'est neuf

communautés qui sont très

différentes.

Alors j'ai passé beaucoup de

temps à discuter avec les

communautés, à visiter, à vivre

avec, habiter, avoir des

longues discussions avec les

sages de la communauté et

comprendre mieux l'émotion, les

problèmes, la situation et puis

voir les possibilités et les

solutions. Et c'est pas facile,

c'est très difficile parce que

la différence de vie entre ceux

qui vivent dans des communautés

isolées dans le Grand-Nord de

notre province et les gens qui

prennent des décisions à Toronto

ou à Cleveland, ou à New York,

où sont les.... les gens, les

organisateurs de ces grandes

compagnies, c'est pas facile

d'essayer de leur montrer.

Écoutez, vous avez des vies

complètement différentes. Alors

il faut trouver comment est-ce

qu'on va convaincre les gens de

trouver une solution. C'est pas

facile, je fais la même chose

en Colombie-Britannique, c'est

la même chose. Et la deuxième

chose, c'est mon travail

maintenant, c'est que je

travaille avec des groupes de

communautés. Alors tous les

groupes ne sont pas d'accord.

Toutes les communautés ne sont

pas les mêmes. Alors elles ont

des différences.

Mais on commence avec

la même formule: d'abord,

écouter, écouter. On a deux

oreilles, une bouche. Alors...

il faut écouter deux fois plus

que parler. Et puis il faut

considérer les faits,

connaître l'histoire, faire

une étude personnelle de

connaissance et de

reconnaissance et puis vraiment

essayer de comprendre mieux le

point de vue de l'autre côté.

Il faut comprendre les idées

des autres. Il faut comprendre

un peu mieux. Pourquoi est-ce

que le gouvernement fait quelque

chose? Pourquoi est-ce que les

compagnies agissent comme ça?

Il faut comprendre un peu ce

qui est dans leur tête pour

essayer de les persuader de

faire d'autres choses.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans tout ce que vous avez

fait au cours de votre

carrière, au cours de votre

vie, de quoi êtes-vous le plus

fier aujourd'hui?


BOB RAE

D'abord, je dois dire que je

suis très fier de mon expérience

comme père. Le fait que j'ai

trois filles qui sont en bonne

santé et qui font un bon

travail, qui sont des jeunes

femmes d'un énorme talent et de

beaucoup de cœur et de bonnes

valeurs, alors pour moi, ça,

c'est une source de joie

toujours, chaque jour. Je dis

que je suis chanceux en

comparaison avec beaucoup

d'autres. Et puis l'autre chose

que je dirais de ma vie,

c'est que je peux regarder ce

que j'ai fait et puis dire: le

travail n'est pas terminé. Alors

je préfère ne pas regarder et

dire: voilà le monument que je

veux voir ou les choses... Je

dis que ce que je fais, c'est

mon monument, ce que je continue

de faire, c'est le monument que

j'ai. Je continue de le

construire. Et il faut pas

sous-estimer l'importance de

l'expérience. C'est-à-dire que

je fais mon métier mieux

maintenant que je le faisais

il y a 10 ans ou il y a 20 ans.

Je sais mieux comment le faire.

Et c'est pourquoi je veux

continuer. Et c'est pour ça je

dis que la retraite, pour moi,

c'est un concept que je

reconnais pas. Je veux continuer

de travailler... peut-être avec

un peu de vacances en plus,

mais toujours de le faire d'une

façon, avec intégrité et avec

un sens d'optimisme sur les

possibilités, sur ce que

les gens peuvent faire...

s'ils ont l'esprit de le faire.

Et c'est là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bob Rae, merci beaucoup.


BOB RAE

Merci.

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