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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Anne Russon : spécialiste des orang-outans

Des plaines de la Saskatchewan aux jungles de l’Asie, Anne Russon a parcouru le monde. Aujourd’hui, cette chercheure canadienne est l’une des plus grandes spécialistes du comportement des orangs outans.
Anne passe six mois par année à Bornéo à étudier ces grands singes. Le reste de l’année, elle est à Toronto, au collège universitaire Glendon, où elle enseigne la psychologie.
En 1985, lors d’un voyage au Rwanda, Anne Russon visite un centre de recherche sur les orangs outans. Et c’est alors que commence une grande histoire d’amour.
Anne Russon venait de décider de faire de leur survie, le combat de sa vie.



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

CARTE DE VISITE

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

L'ANIMATRICE GISELE QUENNEVILLE fait la présentation biographique de ANNE RUSSON, sur une succession d'archives photos et vidéos..


GISELE QUENNEVILLE

(hors champ)

Des plaines de la Saskatchewan

aux jungles de l'Asie,

Anne Russon a parcouru

le monde. Aujourd'hui, cette

chercheuse canadienne est une

grande spécialiste du

comportement des orangs-outans.

Anne passe six mois par année

à Bornéo, à étudier ces grands

singes. Le reste de l'année,

elle est à Toronto, au collège

universitaire Glendon, où elle

enseigne la psychologie. Rien

n'aurait laissé croire que

cette fille de Régina allait

passer le plus clair de son

temps dans la jungle avec les

primates. En fait, la jeune

Anne s'est d'abord inscrite en

mathématiques à l'université,

mais une fois sur le marché

du travail, elle s'est rendu

compte qu'elle préférait les

humains aux machines. Elle est

donc retournée aux études,

cette fois-ci en psychologie.

En 1985, lors d'un voyage au

Rwanda, Anne Russon visite un

centre de recherche sur les

orangs-outans et c'est ici que

commence une grande histoire

d'amour. Les orangs-outans sont

une espèce en voie de disparition,

on estime qu'il n'en reste

que 40 000 dans le monde.

Anne Russon a donc

décidé de faire de leur survie

le combat de sa vie.

(GISELE QUENNEVILLE interviewe la chercheuse ANNE RUSSON, chez elle.)


GISELE QUENNEVILLE

Anne Russon, bonjour.


ANNE RUSSON

Bonjour.


GISELE QUENNEVILLE

Madame Russon, vous êtes une

spécialiste des orangs-outans.

Qu'est-ce qui, selon vous, rend

les orangs-outans uniques?


ANNE RUSSON

Un peu difficile à répondre

parce que ce qui les rend

uniques, c'est la similarité

aux humains, d'après moi, donc

c'est pas l'unicité en soi qui m'attire.

C'est le fait que je passe du

temps avec un être qui paraît

différent, mais qui est très

semblable à moi-même,

aux humains.


GISELE QUENNEVILLE

Et ils sont semblables à nous

de quelle façon?


ANNE RUSSON

Style de pensée, vie sociale,

réactions, les goûts...

Mais il y a des différences,

par exemple

même chez les humains, les

Chinois se comportent de façon

différente que les gens de

l'Ouest, donc il y a des

variétés chez les humains.

Mais ce que je vois avec les

orangs-outans, c'est les mêmes

personnes, différents types de

cheveux, mais c'est les

mêmes personnes.


GISELE QUENNEVILLE

On dit que ce sont des animaux

qui misent beaucoup sur

l'imitation. Dans quel sens?


ANNE RUSSON

Le point important en

psychologie, c'est qu'ils

peuvent apprendre de nouvelles

habiletés, en regardant. Ils

ont pas besoin de pratiquer,

essai-erreur, style ça. Ils

peuvent observer quelqu'un

d'autre et c'est comme s'ils

peuvent créer leur propre vidéo

mentale, et la vidéo mentale,

ça gère le comportement. Donc ils

voient ce que tu fais et ils

peuvent copier.


GISELE QUENNEVILLE

Et en général, est-ce que les

orangs-outans ont peur ou se

méfient des humains? Ou est-ce

que ce sont des animaux qu'on

peut apprivoiser?


ANNE RUSSON

Ça dépend. Ils apprennent

assez vite à distinguer les

humains qui sont dangereux et

les humains qu'on peut ignorer

ou les humains qui sont

attrayants. Donc, les

orangs-outans, par exemple, ils

connaissent très bien les

membres de mon équipe de

recherche comme individus.

Il y en a qu'ils aiment, il y en

qu'ils n'aiment pas. Les gens

qui viennent faire de la chasse,

ils peuvent probablement très

bien identifier ces gens

comme étant dangereux,

donc ils s'éloignent.


GISELE QUENNEVILLE

Est-ce que ce sont des

animaux sociaux?

C:

Oui puis non. Ils étaient connus

autrement aussi, ils avaient

une grande réputation

comme espèce solitaire. Parce

que lorsqu'on se promène

en forêt, si on voit des

orangs-outans, on voit pas de

groupes comme un groupe de

babouins ou de chimpanzés.

Typiquement, on en voit un ou

parfois on en voit deux, mère

et enfant ou mâle et femelle qui

sont en train de faire la cour.

Mais, de plus en plus, encore

avec des analyses génétiques et

des choses comme ça, il paraît

qu'il y a les communautés

d'orangs-outans. Par exemple,

il y a des groupes de femelles,

si on cherche dans un certain coin,

possiblement 3 ou 4 km carrés, il y a

plusieurs femelles et elles sont

toutes des parentes.

Un peu plus loin, il y a un

autre groupe de femelles,

même aire, et ces femelles sont

parents et elles sont pas les

parentes des femelles qu'on a

vues dans le premier endroit.

Donc il paraît qu'il y a des

espèces de communautés de

femelles, et les mâles, ils

voyagent ici et là, donc on a,

si on veut, des petits villages.

Mais le problème,

c'est lorsqu'on observe,

lorsqu'on se promène dans la

forêt, on ne voit pas parce que

les distances sont trop grandes.

C'est une espèce de société qui

est très dispersée. Donc sociale,

je pense, d'après moi,

ils sont super sensibles au

plan social. On penserait, parce

qu'ils sont assez solitaires,

qu'ils seraient pas très habiles

dans les activités sociales,

mais ils sont super

sensibles et très raffinés dans

les espèces de réponses qu'ils ont.

Ils ont des relations à

long terme avec les autres

orangs-outans, ils ont des amis,

la parenté.

Le type de réaction dépend

fortement du type de relation

qui existe. Donc il y a

énormément de raffinement

là-dedans.


GISELE QUENNEVILLE

Et quel genre de relation

est-ce que vous, qui les

étudiez, pouvez établir avec

des orangs-outans?


ANNE RUSSON

Avec les orangs-outans sauvages,

donner le monde maintenant

et les dangers à tous les primates,

le transfert de maladies des humains

aux autres et le risque d'extinction.

On veut fortement éviter

de développer trop de

relations fortes avec les

primates sauvages. Donc

typiquement, on veut qu'ils

acceptent que nous sommes là

et nous sommes en train

de les observer, mais à distance.

Mais on veut pas venir plus près.


GISELE QUENNEVILLE

Et quand vous les observez,

qu'est-ce que vous cherchez

à savoir?


ANNE RUSSON

Ça varie selon le projet.

Généralement, ce qui m'intéresse

le plus, c'est leur intelligence.

Je suis un peu limitée

parce que c'est une étude

sur le terrain, donc je peux

pas expérimenter ou faire

d'autres choses et on ne voit

pas beaucoup d'orangs-outans.

Mais je m'intéresse maintenant

à leur système de voyage.

Comment ils choisissent les

routes, par exemple, comment

est-ce qu'ils savent où trouver

de quoi manger. Et il paraît

qu'ils comprennent très bien

les différents endroits dans

leur environnement, ils ont les

routes même comme la route 401,

ici. Il y a une grande route,

tout le monde l'a suivie, il y

a les endroits très connus où on

change de direction et,

typiquement, les routes passent

les arbres qui sont les arbres

préférés pour manger.

Le plus drôle, je pense, les

orangs-outans nous tolèrent

jusqu'à un certain point.

Donc nous pouvons les suivre,

les observer quelques jours à

la fois, sans trop de problèmes.

Mais ils sont quand même des

orangs-outans sauvages et c'est

une espèce qui est assez solitaire,

en termes d'activités quotidiennes,

et quand nous sommes en train de

les suivre, on sait quand ça

commence à être la fin parce

qu'une fois qu'ils ont décidé

que c'est assez; dans deux,

trois heures, ils peuvent nous

éviter, disparaître.

On commence à savoir les signes

de comment ça commence et le

résultat, c'est toujours la même

chose. Ils vont directement à

une falaise ou une côte où il y

a beaucoup de bambous ou de

végétation qui est près de la

terre et difficile à traverser

à pied. Ensuite, bye-bye.


GISELE QUENNEVILLE

Ici, vous avez des objets que

vous avez ramenés, n'est-ce pas,

de Bornéo, qu'est-ce que c'est, ça?


ANNE RUSSON

Oui, les artefacts qui

viennent des gens de Bornéo.

Les gens avec qui je travaillais

pendant les premières années

là-bas, c'était des Dayaks,

qui sont les autochtones les

plus... plus comme les

autochtones de Bornéo.

Donc ils font des espèces de culture,

ils ont des symboles et c'est une

des choses qui viennent des

villages là-bas. Aussi, une

autre chose.


GISELE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que c'est?


ANNE RUSSON

C'est un contenant pour les

petites flèches.

Je ne connais pas le mot en français,

« blowpipe ».

Ils faisaient de la chasse avec

les petites flèches empoisonnées

et avec le « blowpipe »,

(en faisant le geste de souffler dans une sarbacane)

Pffff!


GISELE QUENNEVILLE

Ils soufflent dessus.


ANNE RUSSON

Oui. Donc c'est quelque chose

qui a été vraiment employé.

C'est du bambou et vous pouvez

voir, si vous voulez, de près,

le noir ici, ça vient des incendies,

du feu.


GISELE QUENNEVILLE

Madame Russon, vous avez

décidé d'étudier en mathématiques.

Les mathématiques, on peut dire

que ça a rien à voir avec

les orangs-outans.

Pourquoi les mathématiques?


ANNE RUSSON

J'étais bonne. J'étais bonne étudiante

à l'école, mais les mathématiques,

je les trouvais faciles.

Donc j'ai toujours eu d'excellentes

notes et à la fin de l'école

secondaire, quand j'allais à

l'université, la question quoi

choisir, je choisis le sujet qui

était mon meilleur.


GISELE QUENNEVILLE

Mais à quel moment est-ce que

vous avez décidé que vous vouliez

rien savoir des mathématiques?


ANNE RUSSON

Mathématiques et ordinateur

parce que j'ai travaillé dans

la programmation pendant

plusieurs années après avoir

fini mes études en mathématiques.

J'ai découvert que je l'aime

et je suis capable, mais

probablement comme un loisir,

dix heures par semaine.

Quarante heures par semaines, non.

Et en termes de quoi choisir

autrement, je pense que mon

impression, c'est que ce qui

m'adressait, c'est le type de

choses qui étaient discutées à

la maison quand j'étais enfant,

qui est la psychologie, psychiatrie.

Donc je suis allée dans

cette direction comme orientation

et j'ai choisi la psychologie

plutôt que la psychiatrie

parce que la psychiatrie

est médecine, donc il faut

un diplôme en médecine

avant et j'ai décidé que ce

serait trop long, donc je suis

allée en psychologie. Et juste

par chance, en psychologie, j'ai

pris une couple de cours avec

un psychologue qui a fait des

études avec des singes et qui

prenait une approche un peu

naturaliste, comme les choses

que je fais moi-même: pas

l'expérimentation en labo,

comme la plupart des psychologues,

mais quelque chose

qui allait plus vers la nature.

Et je l'aimais mieux.

J'avais la chance de le faire

donc je l'ai fait.


GISELE QUENNEVILLE

Racontez-moi votre première

rencontre avec les orangs-outans.


ANNE RUSSON

En Indonésie, je suis allée

au Centre de recherche, encore

en forêt à Bornéo, de Biruté

Galdikas, qui est l'équivalent

de Jane Goodall mais avec

les orangs-outans.

Elle était la seule chercheuse

que je connaissais qui travaillait

pour les orangs-outans,

donc j'y suis allée.

Et là, elle étudiait les

orangs-outans sauvages,

mais elle avait aussi les

orangs-outans « rescue »,

les orangs-outans qui étaient

autrement en captivité.

C'est illégal, si c'est faisable, ils

son retournés en forêt, il y a

des programmes de

réhabilitation pour tenter de

les aider à retourner en forêt.

Donc c'est un monde où on voit

les orangs-outans qui ont un

pied dans le monde humain et un

pied dans le monde orang-outan.

Donc ils viennent s'asseoir à

côté comme ça ou mettre le bras

autour. Donc l'expérience,

c'était incroyable. Moi, j'ai

toujours pensé...

Je vois mon âge...

Le film Star Wars,

il y avait une scène dans Star Wars

dans un bar avec les êtres

qui viennent de plusieurs

planètes, c'est comme si j'étais

en train de vivre cette scène au

bar, dans Star Wars.

Moi, je suis là, je suis un

humain, à côté de moi, il y a

un orang-outan, à gauche, il y a

un gibbon, ensuite, il y a

un oiseau qui vient, il y avait

un ours qui était en captivité

aussi, puis tout le monde se

promène en forêt comme si

c'était tout à fait naturel de

tout partager le monde.

C'était vraiment incroyable.


GISELE QUENNEVILLE

Maintenant, les orangs-outans

qui sont en captivité, ils le

sont pour quelle raison? Qui

les a attrapés et pourquoi?


ANNE RUSSON

La plupart, oui, c'est les zoos,

mais franchement, pour

les zoos de bonne qualité, les

orangs-outans qui sont là sont

nés là. Ceux qui sont en

captivité maintenant, soit ils

sont nés en captivité ou ils

sont capturés et si c'est des

orangs-outans, ils sont capturés

principalement comme des

animaux de maison, de compagnie.


GISELE QUENNEVILLE

Est-ce que ça fait un bon

animal de compagnie?


ANNE RUSSON

Non. En général, ça détruit

la vie de l'orang-outan.

Pour l'avoir, il faut tuer la mère,

donc c'est un orphelin.

On enlève l'orang-outan de tout

ce qui est son monde naturel,

de tous les membres de sa

propre espèce et on le force à

vivre avec des humains où c'est

les humains qui décident ce

qu'il fait. C'est agréable

probablement, pour les humains

et l'orang-outan, pendant la

période où l'orang-outan est

petit et assez doux, donc

jusqu'à l'âge probablement de

trois ou quatre ans.

Le problème, c'est que la durée

de la vie d'un orang-outan,

c'est jusque 50, 55 années.

Après qu'il arrive à l'âge

d'à peu près quatre ans,

il est vraiment têtu, il est

très fort et a des énormes dents

et il a ses propres opinions à

propos de quoi faire. Donc les

humains ne l'aiment pas trop et

le résultat, c'est typiquement

que l'orang-outan est mis dans

une cage, ou il a une chaîne,

ou il est abandonné dans une

cage en dehors de la maison

et il y a pas d'option, donc

c'est terrible.


GISELE QUENNEVILLE

Maintenant, vous avez votre

centre de recherche à Bornéo,

mais vous étudiez, en fait vous

enseignez ici à Toronto, au

collège universitaire Glendon.

Comment est-ce que ce que

vous apprenez sur le terrain

là-bas se traduit en salle de

classe ici?

- Je raconte des histoires.

(en riant)

Jusqu'à un certain point, je

suis capable parce que Glendon,

c'est un petit collège, donc on

a beaucoup de flexibilité et

Glendon m'a accordé beaucoup de

flexibilité dans ce que je

fais. Donc un de mes cours,

c'est un cours sur les primates

non humains, donc je peux

carrément discuter des autres

espèces. Aussi, j'ai un cours

que je donne parfois sur le

langage, l'acquisition du

langage, et lorsqu'on parle du

langage, on peut élargir à la

communication donc on peut

faire le lien avec la

communication chez d'autres

espèces. Donc il y a toujours un

lien avec mes orangs-outans.

Finalement, je raconte des

histoires parce que les

étudiants aiment les entendre,

donc il y a toujours une façon

de donner un exemple qui

est attirant.


GISELE QUENNEVILLE

Vous parlez l'anglais, le français,

mais comme vous êtes

beaucoup en Indonésie, vous

parlez l'indonésien ou les

langues de là-bas?


ANNE RUSSON

Je suis moyennement habile

avec l'indonésien, la langue

formelle officielle du pays,

mais je sais pas combien de

langues il y a en Indonésie

parce que c'est un pays qui

comprend 16 000 îles.


GISELE QUENNEVILLE

Vous, vous travaillez beaucoup

avec les orangs-outans.

Ils parlent quelle langue,

les orangs-outans?


ANNE RUSSON

Leur propre langue.

On dira pas qu'ils ont une

langue parce qu'on réserve le

mot langue pour le type de

chose que nous avons chez les

humains avec la grammaire, la

sémantique et tout ça, mais ils

ont un système de communication

un peu vocal, ils ont plusieurs

sons qu'ils font. Le mâle a un

appel qui s'appelle « long call »,

je sais même pas s'il y a un

mot en français, mais on peut

l'entendre à une distance d'à

peu près un kilomètre.

C'est un long appel, plusieurs

appels qui durent une couple

de minutes.

Ensuite, il y a quelque chose

qui s'appelle le « kiss queek ».

(bruits de bisous)

Qui veut pas dire qu'il veut

embrasser. C'est une indication

qu'ils sont agacés, donc c'est

une façon d'indiquer qu'ils

n'aiment pas ce qui se produit.

À part de ça, la plupart de ce

qu'ils font en termes de

communication, c'est par les

gestes : la position du corps,

l'expression du visage,

les positions des mains et

tout ça.


GISELE QUENNEVILLE

Madame Russon, on dit qu'il

reste à peu près 40 000

orangs-outans en liberté dans le

monde aujourd'hui. Comment ça

se compare à, je sais pas,

il y a 30 ou il y a 50 ans, par exemple?


ANNE RUSSON

Il y a 50 ans, je pense pas

qu'il y avait vraiment des

estimations de ce point-là,

mais ils ont dit estimation

début du XXe siècle,

beaucoup plus que ça,

possiblement un million,

donc une grande perte juste en

un siècle.


GISELE QUENNEVILLE

Et est-ce que à ce moment-là

il y en avait ailleurs qu'à

Bornéo ou à Sumatra?


ANNE RUSSON

L'espèce moderne non, l'espèce

moderne c'est unique à Sumatra

et à Bornéo, mais le nombre est

beaucoup réduit à cause du fait

que les humains développent le

terrain pour des fins humaines,

donc qui détruisent les forêts,

mais historiquement, en termes

des ancêtres des orangs-outans,

il y en avait jusqu'en Chine.

Il y a des fossiles qui sont

trouvés en Chine.


GISELE QUENNEVILLE

Parlez-moi de la déforestation

et l'impact que ça a sur

les orangs-outans.


ANNE RUSSON

La forêt, pour eux, c'est

leur vie, c'est leur maison,

c'est leur centre d'achat, c'est

la protection pour la pluie,

c'est ce qui est absolument

nécessaire pour la vie. Ils

sont pas à 100% végétariens,

mais la plus grande partie de

ce qu'ils mangent, c'est des

plantes, des fruits, des

écorces parfois, des feuilles

des arbres et tout ça.

Donc si on enlève les forêts,

ils meurent parce qu'ils

ont rien à manger.

Si au moins il y a des

plantations ou d'autres

développements "agriculturels",

il y a quelque chose à manger.

Mais typiquement, c'est une

espèce monoculture, donc c'est

des palmiers à huile ou c'est

d'autres choses comme ça,

donc la variété n'est pas là, donc

côté nutritif, c'est pas très

fort. Et d'ailleurs, s'ils

commencent à manger dans les

plantations, les humains

considèrent qu'ils sont en

train de voler quelque chose

qui appartient aux humains,

donc ils tuent.

Donc ils meurent, s'ils essayent

de survivre et ils meurent

s'ils restent en forêt parce

qu'il y a pas suffisamment de

forêt pour supporter la vie.


GISELE QUENNEVILLE

Donc c'est une espèce en voie

de disparition. Est-ce qu'ils

sont protégés?


ANNE RUSSON

Oui, ils sont protégés

internationalement en Indonésie,

en Malaisie, mais ça n'empêche

pas des gens de les tuer.


GISELE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qu'on peut faire de

plus? qu'est-ce qu'on devrait

faire de plus?


ANNE RUSSON

Toutes sortes de suggestions.

Une des suggestions, c'est pour

les gouvernements de carrément

limiter la destruction des forêts

parce que si on continue

à détruire les forêts, c'est

pas juste les orangs-outans,

mais toutes sortes d'espèces

vont disparaître.


GISELE QUENNEVILLE

Quand vous parlez d'établir

des politiques comme ça, est-ce

qu'il y a une ouverture de la

part des gouvernements, du

gouvernement malais ou du

gouvernement de l'Indonésie?


ANNE RUSSON

Oh oui, il y a certainement

des lois et des règlements et,

comme ici au Canada, on est

toujours en train de jouer en

termes de où sont les limites.

Les problèmes sont, premièrement

« enforcement »,

donc maintenir les barrières,

et deuxièmement, c'est pas

tout le monde qui est d'accord.

Il y a les gens qui

travaillent dans les affaires,

par exemple, qui s'intéressent

au développement ou qui pensent

que les humains, les intérêts et

les goûts des humains, ça

compte le plus, donc les forêts

ne comptent pas.

Les forces ne sont pas toutes

dans la direction de

conservation, c'est ça le

problème. Et les forces de

développement ou de

destruction sont souvent plus

fortes que les forces

de conservation.


GISELE QUENNEVILLE

Vous avez déjà parlé, je pense,

une suggestion que vous

avez faite, c'était: si on

pouvait donner des droits

légaux aux orangs-outans, un peu

comme des droits humains aux

orangs-outans. Comment ça

pourrait marcher, ça?


ANNE RUSSON

Ça marche un peu maintenant

parce que... jusqu'au point que

il y a plusieurs pays qui ont

déjà interdit les recherches

biomédicales avec les grands

singes, donc les chimpanzés,

les gorilles et les orangs-outans.

Parce que ces êtres, ces

espèces, deux choses:

ils sont en voie d'extinction

et, deuxièmement, ils sont

tellement près des humains

qu'on devrait mieux respecter

leurs similarités à nous

et leur conscience, leur

conscience, leur intelligence.

Donc les caractéristiques

qu'ils ont sont les types de

caractéristiques qui demandent

la protection sous la loi.

Donc c'est une façon de dire:

Écoute, ils ont les caractéristiques

que nous respectons chez nous,

donc on devrait les respecter aussi.


GISELE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qu'il faut faire

pour se faire entendre?


ANNE RUSSON

Je sais pas parce que c'est

une situation vraiment sévère

et c'est très difficile d'avoir

une solution qui est positive.

Je pense que, d'après moi...

une chose, mais il faut essayer.

Même si on voit la fin,

(propos en anglais)

« how could you not try? »

Deuxièmement, possiblement,

les humains vont être forcés

finalement de voir que s'ils

continuent à détruire

l'environnement, les humains

vont aussi souffrir.

Si nous mangeons tous les

poissons qui existent dans la

mer, y a rien de plus à manger.

Si nous détruisons les forêts,

les conséquences sont, par

exemple, les inondations qui

sont plus sévères, les

sécheresses qui sont plus

sévères, la qualité de l'eau qui

n'est pas bonne, qualité de...

l'oxygène n'est pas bon aussi,

l'érosion, c'est très sévère,

changement de climat, ça

continue, il y a des

conséquences très sévères

et ça va nous affecter.

Donc j'ai probablement un petit

espoir que si nous pouvons

continuer à garder la vie des

orangs-outans, possiblement les

humains vont changer leurs

perspectives avant qu'on les

détruise complètement.


GISELE QUENNEVILLE

Et justement, vous voyez

cette espèce où dans une...

vingtaine, une cinquantaine

d'années?


ANNE RUSSON

La population maintenant est

vraiment fragile. À Sumatra, il

n'y a que 6000 ou 7000 qui

existent, donc la population

est déjà au point de disparaître.

Possiblement, il y aura

des orangs-outans qui

vivront quelques années ou

quelques générations de plus,

mais la qualité de la

population, du côté génétique,

c'est fin de l'histoire.

Le plus qu'on peut espérer

probablement, c'est que

nous pouvons protéger

assez de forêts pour

les orangs-outans qui continuent

à vivre, et pour éviter les

problèmes génétiques,

c'est-à-dire l'isolation des

petites populations, de

commencer à construire, par

exemple, les corridors, les

connexions entre les petits

coins de forêt pour au moins

permettre la communication

entre eux.

Donc si on peut au moins

protéger ce qui est là,

possiblement, ils

peuvent survivre.


GISELE QUENNEVILLE

Madame Russon,

merci beaucoup.


ANNE RUSSON

De rien, merci beaucoup.

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