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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Clermont Duval : artiste peintre

Très tôt dans sa vie, Clermont Duval se met à dessiner. C’est un talent naturel, spontané. Le peintre est autodidacte.
Il s’intéresse à la bande dessinée et à l’écriture. Il fonde sa propre maison d’édition à la fin des années 1970.
Depuis, Clermont Duval connaît une production soutenue et variée, tant du côté littéraire que visuel.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

RACHEL DESAULNIERS rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que RACHEL DESAULNIERS présente son invité, on montre des images de la ville de Mattawa, de la Galerie d'art de Mattawa ainsi que de l'atelier de l'artiste peintre CLERMONT DUVAL.


RACHEL DESAULNIERS

En ojibwé, Mattawa signifie la

rencontre des eaux. C'est ici

que la Rivière des Outaouais et

la rivière Mattawa convergent.

C'est dans ce lieu pittoresque

où habite l'artiste Clermont

Duval. Originaire de la région

de Kamouraska au Québec,

Clermont Duval a sept ans quand

la famille vient s'installer à

Mattawa. Ce qui attire les

Duval: la forêt.

M. Duval est propriétaire d'un

moulin à scie: Duval Lumber.

Clermont Duval travaille dans

les camps et se met à dessiner.

C'est un talent naturel,

spontané. Le peintre est

autodidacte. Il s'intéresse à la

bande dessinée et à l'écriture.

Il fonde sa propre maison

d'édition à la fin des années

70. Depuis, Clermont Duval

connaît une production soutenue

et variée, tant du côté

littéraire que visuel. En 1994,

Clermont Duval ouvre sa propre

galerie d'art à Mattawa. Un

arrêt qui s'impose quand on

voyage dans ce coin de pays.


CLERMONT DUVAL

(hors champ)

Le plus gros paiement comme on

a comme artiste, c'est la

satisfaction. Alors on est payés

en satisfaction.

(L'entrevue suivante se déroule tantôt à l'intérieur, tantôt à l'extérieur de la demeure de CLERMONT DUVAL, ainsi qu'à la Galerie d'art de Mattawa.)


RACHEL DESAULNIERS

Clermont Duval, bonjour.


CLERMONT DUVAL

Bonjour, Rachel.


RACHEL DESAULNIERS

On a le plaisir de se

retrouver à Mattawa, qui est

vraiment un petit bijou, une

ville du Nord de l'Ontario, avec

ses montagnes, ses rivières, ses

forêts. La nature vous entoure.

Est-ce qu'elle vous inspire?


CLERMONT DUVAL

Il peut pas en être autrement,

parce que la beauté de la

nature, ici, à Mattawa, c'est

que... c'est des forêts très

diversifiées. C'est une nature

très, très diversifiée.

On est dans une forêt de pins,

on se retrouve dans une forêt

d'érables, une forêt de

bouleaux, ça, dans l'espace d'un

mille de distance à peine.

Un ruisseau, une rivière, là,

une montagne, des rochers.

Alors c'est rempli de beautés

naturelles. Et puis... c'est

facile de réaliser un tableau

lorsque la nature ressemble déjà

à un tableau.


RACHEL DESAULNIERS

Puis votre émotion. Elle vous

habite comment, la nature?

Est-ce que c'est mélancolique,

est-ce que ça vous donne une

force, est-ce que c'est

romantique pour vous, cette

nature?


CLERMONT DUVAL

Oui. Ce que j'essaie de capter

dans un tableau, c'est ce que le

client, lui, arrive pas à

ressentir dans la galerie. Je me

rends toujours sur place pour

prendre des références, faire

des esquisses, des photos. Et...

ce que le client ressent pas,

lui, c'est le vent qui souffle,

des fois la tempête aussi. On

n’essaie pas de capter la tempête,

mais quand même. Mais le son,

les oiseaux qui chantent autour,

les branches qui vont craquer un

peu, les feuilles qui tombent,

le reflet du soleil aussi sur

notre peau, la chaleur du

soleil. Lorsqu'on est dans la

galerie, on n’arrive pas à

ressentir ça directement, mais

on essaie par les couleurs, en

amplifiant les couleurs, en

jouant certains jeux de lumière,

on essaie de capter ça avec les

couleurs.

Ajouter sur une branche peut-

être des oiseaux, un oiseau qui

passe ou plusieurs qui passent

devant la scène aussi.

Alors le spectateur ou celui qui

regarde le tableau peut entendre

les oiseaux chanter, peut sentir

le vent souffler, sentir les

rayons de soleil.

C'est un peu ce que j'essaie de

capter en réalisant un tableau.

C'est à ça que je pense aussi

lorsque je suis sur place,

essayer d'amener plus que

l'image: essayer d'amener aussi

les effets qui entourent

l'image.


RACHEL DESAULNIERS

La forêt occupe une place

importante dans votre art, mais

dans votre historique familial

également. Le bois, l'industrie

aussi. Votre famille était

propriétaire du moulin ici, dans

la région. Vous aviez sept ans

lorsque vous êtes arrivé vous

installer ici, à Mattawa.

Parlez-nous de vos souvenirs de

petit garçon, la ville et ce

fameux moulin à scie.


CLERMONT DUVAL

Oui. Mais ça, le premier

moulin: quatre générations.

Alors ça va de

l'arrière-grand-père... Et je suis la 5e

génération. J'ai un peu brisé la

tradition. Mais par contre,

j'exploite toujours la forêt.

Je l'exploite d'une autre façon,

dans sa beauté. Chez nous, les

forêts... Je viens du

Bas-du-Fleuve,

la région de Rivière-du-Loup,

de Rimouski.

Puis les forêts là-bas,

lorsqu'on a une épinette de 12

pouces... C'est surtout de

l'épinette, très peu de pins.

Et puis lorsqu'un arbre va

atteindre 12 pouces, c'est déjà

un arbre mature. C'est un arbre

imposant. Et mon père, lui, par

un hasard, est passé à Mattawa

avec mes frères et puis,

lorsqu'il a vu les gros pins,

les pins blancs ici qui peuvent

aller jusqu'à 40 pouces de

diamètre à la base, il a été

séduit par ça. Et c'est ce qui a

fait que... la famille a

déménagé dans la région pour

installer le moulin à scie. Le

moulin à scie qui était déjà

installé là-bas. Mais tout

déménager les choses! Il fallait

vraiment qu'il soit séduit. Mais

là, c'était une autre façon.

C'était pas la beauté,

c'était... la richesse de la

forêt. Alors les arbres...

C'est gros. Surtout les pins

blancs, ici, dans la région.


RACHEL DESAULNIERS

Ce qui est d'autant plus

surprenant, c'est que vous êtes

autodidacte. Vous n'avez jamais

suivi de formation classique ou

technique. C'est vraiment un

talent inné.

Aviez-vous cette ambition peut-

être d'aller vers les grandes

écoles pour apprendre?

Ou comment avez-vous justement

appris et grandi?


CLERMONT DUVAL

Non. Pas vraiment, non. J'ai

pas eu cette envie-là d'aller

vers les écoles. Mais aussi,

faut dire que presque tous les

artistes... même si on a été à

l'école pour subir une certaine

formation, il reste que notre

trait de pinceau, le style de

sujet qu'on va exploiter, notre

style de dessin... Que ce soit

dans l'écriture, que ce soit

dans la musique aussi, la

musique qu'on va aimer, c'est

autodidacte. Même si on a été

dans les meilleures écoles, il

reste que notre produit, le

produit qu'on va créer, les

tableaux qu'on va réaliser, les

sujets vers lesquels on va être

attirés, c'est autodidacte.

Alors y a pas vraiment de mérite

d'être autodidacte. Je crois

qu'on l'est tous, qu'on est tous

autodidactes. Quelque chose de

drôle, c'est que lorsque je

dessinais... et je travaillais

au moulin, y a un endroit où les

planches passent. Et puis... ma

job au moulin, c'était de mettre

un grade sur le bois. Alors le

bois, y a différents grades, de

un à cinq. Et puis lorsque la

planche passait, c'était quand

même assez lent. Et puis je

m'amusais à mettre le grade de

la planche, mais je m'amusais à

dessiner sur la planche. Alors

je faisais toutes sortes de

dessins au fur et à mesure que

les planches passaient dans le

moulin. Et ce qui est drôle,

c'est qu'à l'époque, on vendait

le bois tel quel pour faire de

la couverture. C'était du bois

de construction. Et puis

aujourd'hui, si on va dans

certains greniers de maison, ou

(propos en anglais et en français)

des greniers de shed ou de...

on peut voir encore ces dessins-

là que je faisais à l'époque sur

les planches.


RACHEL DESAULNIERS

Donc des gens sont

propriétaires d'un Clermont

Duval sans le savoir peut-être.


CLERMONT DUVAL

Montez dans votre grenier.


RACHEL DESAULNIERS

Et vous aimiez dessiner sur

les murs aussi. Et lorsqu'on a

fermé le moulin, des gens

voulaient venir chercher des

morceaux de mur.


CLERMONT DUVAL

Oui. Lorsque le moulin a été

fermé, je me rappelle comme il

faut, y a des trous qui ont été

sciés avec des scies mécaniques

pour emmener le dessin. Y a des

gens qui se sont emparés des

dessins qui étaient sur les

murs. C'était fait avec un

crayon à bois.


RACHEL DESAULNIERS

Vous aimez jouer. Vous êtes

passionné par la vie. Ça paraît.

Vous êtes aussi alchimiste un

tout petit peu, parce que vous

avez ce tableau merveilleux où

vous nous jouez des tours avec

des illusions d'optique. Si on

va à la galerie, on peut voir

certains de ces tableaux

merveilleux. Qu'est-ce qui nous

attend à la galerie?


CLERMONT DUVAL

On s'amuse beaucoup avec ça,

ce qu'on appelle les tableaux

magiques. Alors c'est un tableau

qui raconte une histoire, mais

le punch de l'histoire, c'est

lorsqu'on allume une lumière en

arrière du tableau, y a un sujet

qui apparaît dans le tableau qui

révèle, qui nous donne la fin de

l'histoire.

Je m'amuse aussi avec des

illusions optiques. C'est que

dans la ligne de la perspective,

on peut jouer des tours à

l’œil. Et... c'est basé sur le

principe du cercle.

Alors si on regarde un cercle

directement, on voit un cercle.

Mais si on le regarde dans

différents angles, le cercle

devient un ovale et si on

regarde dans des angles

extrêmes, le cercle peut devenir

une ligne. Mais avec ce

principe-là, on peut arriver à

faire tourner un canot. Parce

que le canot qui finit en pointe

arrive à tourner à près de 90

degrés dans le tableau. Un monde

où les choses en deux dimensions

devraient pas bouger. On arrive

à faire bouger de 90 degrés sans

qu'il se déforme, tout en

gardant sa logique. Alors ça,

c'est les tableaux qui

représentent les illusions

optiques. Mais d'abord, y a

aussi toute une série de

tableaux au tout début... Avant

d'être peintre, j'étais aussi

bédéiste. Alors je travaillais

avec les éditions Héritage à

Montréal.

J'ai réalisé plusieurs bandes

dessinées. Mais après que j'ai

eu terminé de faire de la bande

dessinée, j'avais ce goût-là de

la couleur. Et puis le côté de

raconter des histoires me

manquait beaucoup. Et...

toute une série de tableaux à

mon début racontait des

histoires. Alors c'était encore

de la bande dessinée que je

faisais, avec les tableaux.

J'ai même des trilogies où d'un

tableau, un, deux, trois, c'est

une histoire qui se poursuit sur

une période de trois tableaux.

Avec chacun sa fin, mais sa

suite.

Et... j'ai réalisé cette série

de tableaux-là à cause de ce

besoin-là aussi de raconter des

histoires.

Alors j'ai deux besoins: le

besoin d'illustrer et aussi le

besoin de continuer de raconter

des histoires.


RACHEL DESAULNIERS

C'est certain que c'est pas

chaud. L'automne s'installe, les

feuilles sont déjà tombées.


CLERMONT DUVAL

Oui.


RACHEL DESAULNIERS

Mais c'est quand même

tellement beau dans la région de

Mattawa. Moi, j'aime toujours ça

quand on vient faire un tour

ici. Et puis ici, on est devant

la maison. Et y a une petite

histoire derrière cette maison-

là, parce que les arbres

viennent du terrain ici.

Raconte-nous cette histoire-là.


CLERMONT DUVAL

C'était en 76. Mon père avait

toujours son moulin à scie et le

village venait juste de déblayer

le terrain. Ils avaient coupé

les billots, les gros pins

blancs qu'il y avait ici.

Et puis ils ont vendu les

billots au moulin à scie de mon

père. Et puis dans l'entrefaite,

j'ai acheté le terrain. Et j'ai

dit à mon père: « Écoutez, ça

serait une idée de se servir du

bois de ces arbres-là pour

construire la maison. » Alors la

maison est 100% en pin blanc.

Des arbres qui ont poussé sur la

propriété. Et du bois, j'en ai

mis. Alors les planchers, les

plafonds, les murs, le

revêtement en dehors, la

couverture, tout est 100% en

bois, en pin blanc. Les

armoires. Dans le village, de

pouvoir construire une maison

avec des arbres qui ont poussé

sur la propriété, c'est assez

unique, je croirais.


RACHEL DESAULNIERS

La littérature et l'écriture

jouent un rôle central dans vos

projets de création. Même très

tôt, vous vous êtes intéressé à

la bande dessinée.

Et à la fin des années 70, à la

fin de l'école secondaire, vous

avez publié cinq romans

graphiques. De quelle façon vous

les avez mis au monde? Et cinq

en même temps, faut le faire!


CLERMONT DUVAL

Pas tout à fait en même temps.

Mais déjà depuis mon tout jeune

âge, lorsque je dessinais,

c'était toujours une suite de

dessins qui racontait quelque

chose. Qui racontait des

histoires. Mais l’œuvre était

très Hergé... Tout le monde, on

a été influencés par Hergé et

Tintin bien sûr.

Et puis j'étais fasciné par ça,

comme bien des jeunes. Puis le

fait de pouvoir dessiner et en

même temps avoir le goût de

raconter des histoires, c'était

presque une évidence.

Mais après avoir réalisé

quelques bandes dessinées, je me

suis rendu à Montréal et puis...

D'abord, mon but, c'était de

publier à mon compte, pas

d'aller voir les maisons

d'édition. J'étais allé chez

Payette & Simms, qui était une

imprimerie. Eux, j'étais allé

leur demander les prix.

Combien ça coûtait pour réaliser

un album de bande dessinée. Mais

à l'époque, ça coûtait 25 cents,

35 cents, de réaliser une bande

dessinée de 72 pages ou 65

pages. Et puis... Jacques

Payette, à qui appartenait les

éditions Héritage, c'était dans

le même édifice. Et Jacques

Payette, lui, il publiait des

comics américains, traduits en

français. Y en a aujourd'hui,

c'est devenu des pièces de

collection. Et puis lui, il a

dit: « Ça nous prendrait des

choses qui sont faites au

Canada. On serait intéressés de

travailler avec toi. » De mon

côté, j'ai dit non. De mon côté,

je publiais à mon compte.

J'aimais faire ça moi-même. Ça

s'appelait Duval Éditeur.


RACHEL DESAULNIERS

Bien sûr.


CLERMONT DUVAL

Et puis Jacques Payette, il

dit: « On va travailler ensemble.

On va produire ensemble. »

Héritage investissait une part,

j'investissais une part. Alors

c'était un peu une belle façon

de procéder. Et aussi, le fait

de vouloir avoir un pied dans la

décision des choses, c'est que

je viens d'une famille où on a

toujours été des entrepreneurs.

Et mon père disait toujours: « Si

tu veux...

réaliser quelque chose, propose

le projet à celui qui réalise le

projet. Alors, propose-le

à toi-même. » Donc c'était un peu une

ligne de sagesse.

Alors tu peux te refuser ton

projet, ou tu peux t'accepter,

mais au moins, propose cela à

toi-même.

Alors avec Héritage, on a publié

un premier album et puis après,

Héritage s'occupait...

La beauté d'Héritage, c'est que,

eux, avait tout un réseau de

distribution. C'était pas à

travers des librairies à

l'époque. Les réseaux de

distribution, y avait comme

3000 à 4000 points de vente.

C'était les tabagies, les petits

magasins de coin. Alors, ces

albums-là, c'était distribué à

un nombre incroyable

d'exemplaires. On imprimait

10 000 exemplaires... qu'on

imprimait, à l'époque. Alors y a

eu « Red Power », y a eu

« La Guerre à coups de poing »,

« La Rage aux dents »,

« L'Arme humaine ».


RACHEL DESAULNIERS

Le terroir vous habite aussi.

La terre, les histoires

folkloriques. Et vous avez eu ce

coup de coeur pour le roman de

Louis Hémon, « Maria Chapdelaine ».

Vous avez dessiné 350 croquis,

dessins. Pourquoi « Maria

Chapdelaine »? Qu'est-ce que ça

vient chercher chez vous, ce

roman-là?


CLERMONT DUVAL

C'est vrai que c'était tout un

mode de vie qui était disparu.

Alors c'était un peu ça. C'est

un peu séduisant.

Aussi, c'était un mode de vie

que mon père avait connu. Mon

père était né en 1898. Alors on

peut s'imaginer que c'était

toute une époque. En 1913,

lorsque Louis Hémon a écrit

« Maria Chapdelaine », mon père

avait déjà 15 ans.

Alors c'était un peu son époque.

C'est l'époque dont lui nous

parlait. Alors c'était un peu

mon propre monde. C'était un peu

le monde dans lequel j'ai

grandi, sans avoir 116 ans. Mais

il reste que, quand même, je

vivais avec des gens autour de

moi qui avaient très bien connu

cette époque-là. Et puis, « Maria

Chapdelaine », c'était un peu pour

ramener ça.

Mais Héritage voulait aussi.

Héritage avec un grand intérêt à

le publier aussi.

Et la raison principale pour

laquelle on le faisait - c'était

en 1980 que ça a été publié,

c'est en 1979 que les dessins

ont été réalisés -, c'était pour

commémorer le centenaire de la

naissance de Louis Hémon.

C'était pour commémorer son

centenaire.

Alors... 300, plus, dessins ont

été réalisés. Et à l'époque

aussi, on n’avait pas l'Internet

pour faire des recherches sur un

livre comme ça.

Et puis, je me rappelle, j'avais

des anciens catalogues de

Eaton's. Alors je me servais du

catalogue Eaton's pour les

poêles à bois, les décors, les

armoires en arrière, et tous les

personnages de « Maria

Chapdelaine », dans la bande

dessinée, sont habillés chez

Eaton's.


RACHEL DESAULNIERS

Mais vous avez le tour de

redonner vie à vos projets.

Récemment, justement, tout ce

projet de « Maria Chapdelaine » a

revécu avec la Société

historique de Montréal. C'était

dans le cadre de... encore des

dates historiques. Lesquelles?


CLERMONT DUVAL

Oui. C'est ça, 30 et quelques

années après. Louis Hémon est

mort à 33 ans. Alors 33 ans

après, on m'a proposé de

republier « Maria Chapdelaine » à

travers la Société historique de

Montréal, qui, eux, m'ont

contacté. Eux voulaient le faire

à travers un éditeur québécois,

mais j'ai dit: « Non. Nous, on le

fait nous-mêmes. » Alors c'était

quelque chose. Et j'avais

toujours les droits des dessins.

Et « Maria Chapdelaine », bien sûr,

c'est public maintenant. Et on a

décidé d'aller de l'avant. Mais

par contre, fallait moderniser

l'album. Parce qu'à l'époque,

« Maria Chapdelaine » avait été

publié en noir et blanc. Alors

c'était strictement des dessins

à l'encre noire et le papier

journal presque. Mais

maintenant, on voulait faire un

album de luxe et puis mettre de

la couleur aussi. Héritage

devait le faire d'abord.

Héritage m'avait appelé, ils ont

dit: « Faisons-le ensemble. » Et

finalement, Héritage ont reculé.

Ils ont dit: « Oh, non, la

couleur et tout, ça va nous

coûter beaucoup trop. »

« Bien non, je leur ai dit, on peut

s'occuper de ça. » « Oh, non,

non. » Finalement,

eux ont reculé et...

j'ai procédé pour réaliser

l'album en couleur et sur un

papier plus lustré. Mais il

fallait aussi moderniser

quelques dessins. Alors avec le

monde numérique, aujourd'hui,

c'était plus facile aussi à

faire, à changer.

La typo aussi a été changée.

À l'époque, c'était des textes

écrits à la main, très serrés,

dans des bulles très serrées.

Aujourd'hui, le monde de

l'édition a très changé. Faut

que ça respire beaucoup plus.

Alors le texte a été changé,

raccourci. On a éliminé beaucoup

de cases qui étaient

descriptives. Oui, c'était un

beau projet. Pour commémorer,

bien sûr, le centenaire de sa

mort, qui était en 2013.


RACHEL DESAULNIERS

Nous voici maintenant à la

galerie d'art à Mattawa. Vous

avez ouvert les portes à quel

moment encore?


CLERMONT DUVAL

Déjà 20 ans que ma galerie est

ouverte. On fête notre 20e cette

année.


RACHEL DESAULNIERS

On parlait tout à l'heure des

tableaux magiques. Alors les

voici, ces histoires cachées à

l'intérieur des toiles.

Qu'est-ce que ça raconte, ces

tableaux?


CLERMONT DUVAL

Alors j'en prends un, par

exemple, celui-là. Où on voit

deux lièvres qui poursuivent

trois loups. Quand même pas

ordinaire. Et aussi un raton

laveur sur une branche qui

observe la scène. Le tableau

fait aucun sens, jusqu'à ce

qu'on mette la lumière en

arrière et le raton laveur

devient...


RACHEL DESAULNIERS

Ah ha!...


CLERMONT DUVAL

... Le casque du trappeur, et

les lièvres, c'est ses bottes de

lapin.


RACHEL DESAULNIERS

Et comment vous faites

justement cette technique pour

avoir l'image derrière l'image?


CLERMONT DUVAL

On va numériser le tableau.

Le trappeur est déjà dans

l'original, le tableau à l'huile

original. Et puis on en imprime

une copie. Et par ordinateur,

avec Photoshop, on enlève le

trappeur, on l'élimine et puis

on imprime une copie sans le

trappeur. On les met une sur

l'autre. Et lorsqu'on met la

lumière en arrière, le trappeur

semble apparaître.


RACHEL DESAULNIERS

Clermont Duval, vous êtes

écrivain, artiste, homme

d'affaires aussi. Vous

mentionniez tout à l'heure que

le commerce, ça fait partie de

l'historique familial. Quelle

leçon, justement, de commerce et

d'affaires, avez-vous appris

grâce à l'industrie familiale,

le moulin Duval Lumber?


CLERMONT DUVAL

C'est souvent mieux faire les

choses soi-même. D'autant plus

dans le monde des arts. Parce

qu'il y a d'autres commerces où

on pourrait se fier à d'autres

gens.

Mais dans le commerce des arts,

c'est que... y a très peu de

peintres qui arrivent à en faire

une vie. Et je crois que la

seule manière pour un peintre de

faire une vie dans le monde des

arts, c'est d'avoir sa propre

galerie.

C'est avoir un plein contrôle de

ses choses. De les étaler de la

façon qu'il veut le faire.

Une chance que je viens, oui,

d'une famille où on a toujours

travaillé à notre compte. Pas

des grosses entreprises. Même si

c'est une petite entreprise,

c'est les mêmes règles.

Faut faire attention. C'est le

produit qu'on veut vendre, c'est

toujours essayer d'avoir une

certaine qualité, un certain

service aussi. Un accueil des

clients. Alors tout ça, même si

je recule... 50 ans en arrière,

du moulin à scie de mon père, y

avait des clients. Fallait qu'il

vende son produit. C'est les

mêmes règles encore aujourd'hui.

Le client qui arrive, il faut

lui proposer un produit...

Et le fait d'appartenir sa

propre galerie, c'est qu'on

diminue les dépenses aussi. On

fait l'encadrement nous-mêmes.

Les tableaux sont réalisés, bien

sûr. Les reproductions sont

faites directement à la galerie.

On a les équipements nécessaires

pour numériser les tableaux,

pour faire les reproductions en

plus petit ou les éditions

limitées. On reproduit les

tableaux sur toile. Alors ça

nous donne cette flexibilité-là

qu'on n’aurait pas ailleurs. Ou si

on l'avait, faudrait le payer

beaucoup plus cher. Parce que

là, on le fait soi-même. Ce qui

fait que la marge de profit est

meilleure. C'est ce qui fait...

Le commerce est basé sur la

marge de profit qu'on réalise.

Et plus grande cette marge de

profit-là est, plus grande est

la chance du commerce de

réussir, de survivre, d'arriver

à faire un mode de vie. Comme

peintre, c'est pas une vie de

richesse. Par contre, le plus

gros... paiement qu'on a comme

artiste, c'est la satisfaction.

Alors on est payé en

satisfaction. Et je crois que

ça, ça vaut encore beaucoup

plus. Bien sûr, y a la réalité.

Faut qu'il y ait une certaine

somme d'argent qui rentre aussi.

Mais on est chanceux d'être bien

situés à Mattawa. On est dans un

village touristique très

fréquenté par les Américains.

Beaucoup de gens de Toronto, de

Montréal, d'Ottawa. Parce que

Mattawa, c'est un peu le centre

de ces grands centres-là,

lorsque les gens se déplacent,

ils passent par Mattawa.

Beaucoup de nos clients, c'est

des gens qui voyagent. C'est des

voyageurs.

Des gens qui s'arrêtent à

Mattawa. Y a des collectionneurs

américains.

J'en ai un qui a près de 40

tableaux d'achetés. Toutes les

fois qu'il passe, il achète un

ou deux tableaux.


RACHEL DESAULNIERS

Vous êtes quand même très

audacieux. Vous avez parti votre

propre maison d'édition.

Vous êtes propriétaire de votre

galerie d'art. À toutes fins

pratiques, vous avez toujours

travaillé à votre compte. Et

vous avez toujours été votre

propre patron. Est-ce que ça

faisait partie d'une vision

d'avenir pour vous?


CLERMONT DUVAL

C'était évident. Oui. Parce

qu'avoir grandi dans ce milieu-

là, travaillé avec mon père,

travaillé avec la famille, pas

pour la famille.

Non, j'ai jamais travaillé pour

quelqu'un d'autre. Chez nous,

comme je le dis, travailler avec

la famille, c'est que tous les

revenus de la famille ensemble

allaient dans un lot central et

toute la famille en produisait.

Au fur et à mesure que

l'entreprise était plus

prospère, là, on avait des

salaires plus... fixes. Mais

avec ce background-là, la

question m'est jamais venue de

dire: « Bon, tiens, je vais aller

emmener mes tableaux à une autre

galerie, aller les exposer

ailleurs dans une autre galerie

ou dans d'autres... ou à

Montréal. » La question se posait

même pas. Même la pensée de

procéder de façon différente,

non, ça m'est même pas venu à

l'idée. C'était presque un

réflexe naturel de dire: « C'est

ça que je veux faire.

Maintenant, on vend les

tableaux, on ouvre une galerie. »


RACHEL DESAULNIERS

Parlez-nous de vos projets

actuels. Qu'est-ce qui vous

inspire ces temps-ci? Vous

travaillez sur quoi?


CLERMONT DUVAL

« La Forêt blanche », qui est la

suite de « La Forêt rouge ». J'ai

réalisé un roman aussi qui

s'appelait « L'Être humain cesse

d'être humain ». C'est un roman

écrit que je vais réaliser en

bande dessinée. J'ai déjà

commencé les esquisses. Et puis

une 3e bande dessinée sur

laquelle je travaille, mais qui

sera pas prête avant quelques

années. Et une histoire assez...

olé olé. Vraiment différent de

tout ce que j'ai fait

auparavant.

C'est une histoire où... Y a ce

principe-là de la gauche et la

droite, qu'on entend toujours

parler. Les gens de gauche, les

gens de droite. Des gens de

gauche, des gens de droite.

Je suis toujours impressionné

par les différences qu'il y a

dans les deux idéologies. C'est

d'un extrême à l'autre. Puis on

se dit: comment c'est possible

qu'une personne peut penser à

cet extrême puis croire que

c'est très bon puis l'autre peut

penser à l'autre extrême et

croire que c'est très bon aussi.

Alors cette bande dessinée,

c'est deux pays, le pays de la

droite et le pays de la gauche.

Alors les gens de gauche dans le

pays de la gauche, c'est la

gauche extrême. Et les gens du

pays de la droite, c'est la

droite extrême. Mais l'élément

différent de cette histoire-là,

pour pas offenser personne,

c'est que les personnages eux-

mêmes sont pas des personnages.

Les gens de droite, les

personnages, ce sont des mains

droites. Les habitants du pays

de la droite, c'est des mains

droites, qui portent un genre de

montre électronique. C'est leur

graphique, c'est leur visage.

Et dans le pays de la gauche,

c'est des mains gauches, qui

vivent dans le pays de la

gauche. Alors c'est un peu les

blocs de cette histoire, de

cette bande dessinée, où les

personnages sont des mains.

Ils sont habillés. C'est des

mains qui sont habillées avec

des costumes. Et puis ça fait

très science-fiction, d'une

façon. Et c'est le 3e projet,

qui est un projet de bande

dessinée aussi. Et quelques

romans aussi en chantier.


RACHEL DESAULNIERS

Donc les travaux et les

projets s'accumulent. En

terminant, je vais vous inviter

à jouer, puisque vous aimez

raconter, vous aimez jouer. Je

vais vous demander de remplir le

tiret. Si je vous lance la

phrase, pour être heureux dans

la vie, il suffit de?


CLERMONT DUVAL

Euh... d'être... son meilleur

ami soi-même. Alors si je suis

mon meilleur ami, je vais être

heureux. Je peux pas me tromper.


RACHEL DESAULNIERS

Merci beaucoup, Clermont

Duval.


CLERMONT DUVAL

Merci, Rachel.

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