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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Thomas Bachelder : Négociant en vins

Dans sa cave à vin du Niagara repose une centaine de fûts en bois. Dans chaque fût on retrouve le fruit du travail de Thomas Bachelder.
Les vins signés Bachelder sont produits dans le Niagara, mais aussi en Bourgogne et en Oregon. Ce sont des chardonnays et des pinots noirs. Et les vins de chaque région demeurent fidèles à leurs terroirs.
Rencontre avec un sympathique Québécois, à la fois homme d’affaires, globe-trotter et grand amoureux de la vie…



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles; des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, des extraits vidéos de THOMAS BACHELDER, d'un vignoble et d'une cave à vin défilent à l'écran.


GISÈLE QUENNEVILLE

Une trentaine de fûts en bois

reposent dans cette cave du

Niagara. Dans chaque barrique,

on retrouve le fruit du travail

de Thomas Bachelder.

Ses chardonnays regorgent

de saveurs de pêche et de

noisette avec un brin

d'agrumes. Ses pinots noirs

offrent un mélange de cassis,

de framboise et d'anis. Mais

chaque vin est différent et

reste fidèle à son terroir.

Les vins Bachelder sont

produits dans le Niagara, mais

aussi en France et aux

États-Unis. Thomas connaît

chaque région intimement.

Après avoir travaillé dans

différents domaines en

Bourgogne et en Oregon,

ce Montréalais d'origine s'est

retrouvé dans le Niagara,

où il a fait sa marque au Clos

Jordanne. En 2009, Thomas

et son épouse Mary étaient

à la recherche d'un nouveau

défi. Ils se sont donc lancés

dans une entreprise audacieuse:

se procurer des raisins de trois

régions viticoles qu'ils

connaissent très bien

et utiliser la technique

bourguignonne pour mettre

en valeur les nuances

de leur terroir.


THOMAS BACHELDER (hors champ)

Je suis fier de ce qu'on fait

à Niagara et en Oregon,

parce que ç'a pas été fait avant.

(GISÈLE QUENNEVILLE et THOMAS BACHELDER sont assis face à face à l'intérieur d'une pièce où sont entreposés les fûts du vignoble où travaille THOMAS BACHELDER à Niagara.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Thomas Bachelder, bonjour.


THOMAS BACHELDER

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous êtes un spécialiste

de deux variétés de raisins en

particulier, de deux types de

vins, le pinot noir, le

chardonnay. Pourquoi ces deux

types de vins-là?


THOMAS BACHELDER

Je suis né à Montréal.

Je suis le premier Bachelder né

à Montréal. Donc il y a cette

grande culture vin et bouffe

à Montréal. Et puis c'est comme

j'ai eu l'appel. C'est le pinot

noir qui m'a choisi. Puis moi,

je détestais le chardonnay au

début, mais c'est en allant

en France pour l'école que j'ai

découvert les vrais

chardonnays. Chardonnay

de Meursault, de

Puligny-Montrachet,

de St-Aubin, de

Chassagne-Montrachet.

Tous ces noms, c'est des noms

de villages où c'est pas écrit

"chardonnay" sur l'étiquette,

mais c'est des vins tellement

subtils et tellement fins.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous parlez de vrai

chardonnay. C'est qu'il y a

des vrais et il y a des faux

chardonnays?


THOMAS BACHELDER

Ah, en étant québécois,

on a fait nos voyages au Maine

souvent, pas tout le temps,

sur le bord de la mer. Et on

avait bu beaucoup, beaucoup

de chardonnay à 8$ américains,

qui m'ont dégoûté, manque

d'acidité, beaucoup de sucre.

C'était pas mon truc. Fait que

je pensais que le chardonnay,

c'était pas pour moi. Et c'est

juste en buvant les vrais de

France que j'ai appris à

vraiment savoir que le

chardonnay pouvait être un

cépage de terroir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors comment est-ce que vous

avez pris ce que vous avez

goûté en France et comment vous

avez amené ça au Canada

dans la région du Niagara?


THOMAS BACHELDER

Pendant mon séjour en France,

à l'école, j'ai eu beaucoup de

visiteurs du Canada. Et une

femme, une amie, m'a dit:

"Est-ce que tu penses rester en

France?" J'ai dit: "Bien oui,

mais je suis québécois. Je vais

rester en France. On va avoir

beaucoup de visite. C'est très

proche en culture." Et elle a

dit: "As-tu pensé peut-être que

ce que tu apprends ici, tu vas

pouvoir plus le mettre en

valeur au Nouveau Monde?"

Et j'ai dit: Ah oui? Mais j'ai

jamais trop pensé à ça. Puis

après, j'ai eu un job à Ponzi en

Oregon. Et puis je suis revenu

à Meursault. Et puis Lemelson...

j'ai débuté un truc qui

s'appelle Lemelson Vineyards

en Oregon et finalement le Clos

Jordanne au Canada.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons du pinot noir

maintenant. Pinot noir, ça fait

un vin rouge. On sait que la

région du Niagara a pas

toujours été connue pour

ses vins rouges. Comment

êtes-vous arrivé à faire un bon

pinot noir ici?


THOMAS BACHELDER

Le pinot noir, c'est un

cépage qui a une pellicule qui

est très mince. Et le mauvais

côté, c'est qu'il y a des

moisissures qui peuvent

s'installer s'il y a trop de

pluie. Le bon côté, c'est que

ça fait un vin qui est pas très

coloré, mais très parfumé et

très révélateur de terroir.

Donc le pinot, il parle d'où il

a poussé. Tandis que le merlot,

le syrah, le cabernet-sauvignon

sont des vins concentrés,

denses, peut-être plus

difficiles à voir leurs

origines. Donc le pinot noir

à Niagara, on est à peu près

sur la même latitude que

Bourgogne et Oregon, et c'est

pour ça que ça se passe très

bien ici. Sauf que nos hivers

sont assez froids ici. Plus

chauds qu'à Montréal et Ottawa,

mais pas beaucoup plus chaud.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons des risques que vous

prenez quand vous décidez de

faire du vin dans le Niagara.


THOMAS BACHELDER

Oui. Ici à Niagara, entre

les deux grands lacs, il y a

beaucoup d'humidité des fois.

Et ça peut mener de l'oïdium

et du mildiou et/ou du rot.

à la fin de la saison, si on a

eu beaucoup de pluie ou beaucoup

d'humidité, il faut faire

beaucoup de tri sur la table de

tri pour sortir des bons pinots

noirs. Donc les pinots noirs

de Niagara, comme en Bourgogne,

sont forcément assez chers.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum. Maintenant, vous,

vous êtes un micro-négociant,

c'est-à-dire que vous ne

possédez pas vos vignobles.

En France, on vous appellerait,

je pense, un garagiste. Mais

ça n'a rien à voir avec de la

mécanique. Qu'est-ce que c'est

que vous faites au juste?


THOMAS BACHELDER

Garagiste, en France, ça veut

dire quelqu'un qui est pas

un grand château, mais qui fait

avec beaucoup de soins les

petits lots de qualité terroir.

Tandis que micro-négoce,

on est comme un petit

récoltant. La meilleure chose

du monde, c'est des petits

récoltants, eux qui ont une

famille, peut-être plusieurs

générations, qui font

leurs terres, leurs vins,

en bouteilles.

S'ils peuvent pas tout vendre

les bouteilles, ils vendent

un peu de vin en vrac aux

négociants. Et c'est pour ça

qu'on s'appelle pas négociant,

parce qu'on cherche les

raisins, on a des ententes

à long terme. On surveille les

vignes pendant la campagne.

Et puis après, on vinifie.

On fait tout sauf qu'on ne

possède pas de vignes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors comment vous choisissez

où vous allez chercher

vos raisins?


THOMAS BACHELDER

Quand les gens nous demandent:

"Pourquoi vous faites du pinot

et chardonnay dans les trois

places, les trois régions?",

on répond: Mais on fait du

pinot et chardonnay où on a

travaillé auparavant, où on a

aimé du monde, où on a aimé

les régions. Donc on a beaucoup

aimé la Bourgogne, et on a

des contacts. C'est le

réseautage. On a des tuyaux.

Et en Oregon, c'est la même

affaire. Tu appelles tes amis,

les mamans et les papas qui

étaient au parc avec

nos enfants quand on était avec

les poussettes dans le parc,

où sont aussi les vignerons.

Et donc, tu as un peu de

crédibilité quand tu dis:

"Est-ce que je peux avoir

une partie de ton meilleur

vignoble?" Donc il faut avoir

le réseau. Et au début de notre

projet, souvent, je disais:

"Mary, pourquoi on a pas fait ça

quand on avait 30 ans?"

Et puis la réponse était:

"On aurait pas eu le réseau

avant." Il fallait le réseau

avant de commencer ce projet.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça vous déçoit de

ne pas posséder vos propres

vignes? Est-ce que c'est

quelque chose que vous auriez

aimé faire?


THOMAS BACHELDER

Si je suis propriétaire

demain, si je gagne la loto,

je pourrais pas acheter des

vignes dans les trois places,

parce que là, il y a tout un

travail de suivi. Et je peux

pas être à trois places tout le

long de l'été, ce qui est la

partie la plus importante.

Là, comme je fais maintenant,

je peux faire le vin en trois

places, parce que c'est le

propriétaire des vignes qui

doit surveiller ses vignes. Bien

sûr, je surveille aussi. Mais

pas tous les jours. Et donc,

le moment où j'achète des

vignes, fallait choisir la

Bourgogne, l'Oregon et le

Niagara. Là, j'ai pas

à choisir. Donc ça serait bien

d'être propriétaire et de léguer

ça à quelqu'un un jour, mais de

l'autre côté, c'est super le fun

ce qu'on fait. On prouve

qu'on peut faire des vins

élégants à Niagara et en

Oregon. Les gens le savent pour

la Bourgogne, mais on prouve

les deux autres côtés.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez une région préférée

entre les trois?


THOMAS BACHELDER

Entre les trois, je préfère

la Bourgogne, mais je suis

plus surpris de ce qu'on peut

faire à Niagara et en Oregon

aussi. Je suis plus fier de ce

qu'on fait à Niagara et en

Oregon. Parce que ç'a pas été

fait avant. Vraiment, faire ça

comme font les Français avec

un regard sur le terroir, et pas

faire juste les vins de cépage,

mais vraiment essayer de dire:

Wismer, c'est un super

lieu-dit. Pour faire un

chardonnay, single vineyard,

Lowrey, c'est un des plus

beaux et parfumés

pinots noirs de la région.

Et quand tu trouves les

meilleures parties d'un vignoble

au Nouveau Monde et que les

gens sortent ça à l'aveugle dans

une dégustation, t'es vraiment

content. Parce que c'est toi

qui as choisi la partie du

vignoble à mettre en valeur.

Tandis que dans le Vieux Monde,

où je suis un peu moins excité,

c'est qu'on te dit: "Ça, c'est

la meilleure partie, vinifie-le.

Fais pas d'erreurs." C'est pour

ça que je dis, ici au Nouveau

Monde, tous ceux qui travaillent

bien sont des nouveaux moines.

(GISÈLE QUENNEVILLE et THOMAS BACHELDER sont à présent debout près d'un fût avec des coupes de vin entre les mains.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors Thomas, dites-moi ce

qu'il y a dans ce fût-là.


THOMAS BACHELDER

Là, il y a du pinot noir 2013

du Bench de Niagara qui vient

de Jordanne. Et puis, c'est

un vin qui est presque prêt

à la mise en bouteilles.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était une bonne année 2013?


THOMAS BACHELDER

Une bonne année, 2013, oui.

Pas mal. Très parfumé. Là,

je vous donne pas trop.


GISÈLE QUENNEVILLE

Non, ça va.


THOMAS BACHELDER

J'espère que vous

allez cracher.


GISÈLE QUENNEVILLE

On est supposé de cracher?


THOMAS BACHELDER

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.

(Ils rient ensemble.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi ça?


THOMAS BACHELDER

Parce qu'on va goûter

plusieurs fûts.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah oui, d'accord.

Alors qu'est-ce qu'il a de

spécial, ce vin-là, vous

diriez, par rapport aux autres?


THOMAS BACHELDER

Il est bien. C'est juste

qu'il est pas tout à fait fait,

mais il a un parfum de rose

et de cassis et un tout petit

peu de framboise. Et c'est ça,

le pinot noir. Le pinot noir

n'est jamais très, très foncé,

mais en bouche très rond,

très élégant, très parfumé.

Essayons donc.


GISÈLE QUENNEVILLE

Allons-y.

Alors?


THOMAS BACHELDER

Je l'ai avalé.

(Ils rient ensemble.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce que vous

en pensez?


THOMAS BACHELDER

Je pense que c'est bien,

c'est rond, c'est riche, c'est

presque... l'adolescent

qui commence à sortir

de sa chambre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Voilà. Ha! Ha! Ha!

(GISÈLE QUENNEVILLE et THOMAS BACHELDER sont de nouveau assis face à face à l'intérieur d'une pièce où sont entreposés les fûts du vignoble où travaille THOMAS BACHELDER.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Thomas, vous êtes un passionné

du vin évidemment. D'où est

venue cette passion-là? Comment

vous avez eu la piqûre?


THOMAS BACHELDER

Je dis toujours que nous,

les vignerons, on vend la

culture de vin, puis après, on

vend une région ou un raisin,

ou un cépage je veux dire.

Et puis après, on parle de

notre vin. C'est sûr qu'il faut

être passionné du vin avant.

Mais c'est juste à Montréal,

cette belle ville entourée de

bouffe et vin, que j'ai eu la

piqûre comme ça.

Et j'ai commencé à acheter

du vin dans les dépanneurs pour

ramener chez nous et à boire

sur la table tous les dimanches

avec mes parents.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais le vin de dépanneur

à Montréal est peut-être pas

très réputé, n'est-ce pas?


THOMAS BACHELDER

Non, non. Mais j'avais 18 ans,

ou peut-être un peu plus jeune.

Et parce que je suis grand,

j'ai acheté du vin à 17 ans pour

mes parents. Mais mes parents

buvaient trois-quatre fois par

an. Et puis moi, j'ai changé ça

à tous les dimanches en famille.

Et puis ma foi, ça a continué

comme ça. J'ai goûté tous

les vins du monde et puis c'est

le pinot noir qui est resté

dans mon esprit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, à quel point

est-ce que la passion est

devenue une profession ou

un métier?


THOMAS BACHELDER

Oui, j'ai commencé à vinifier

dans mon sous-sol, rue Esplanade

à Montréal. Et on avait des

cuves en béton qu'une famille

portugaise avait installées

auparavant. Et puis j'ai

continué, continué. J'ai

commencé à écrire pour des

revues en français et en

anglais à Montréal. Et je

pouvais pas m'arrêter. J'ai dit

à ma femme: "Bon, j'ai été

accepté à l'école à Beaune,

Bourgogne, France." Et puis

elle a dit: "Oh boy! On y va."

Tu sais?


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc vous êtes allés faire

des études en France. Qu'est-ce

que vous avez appris là-bas?


THOMAS BACHELDER

En France, j'ai fait une

formation en viticulture et

oenologie. Et c'était vraiment

un truc pour les petits

vignerons. Donc il y avait

l'oenologie, la chimie et tout

ça, la viticulture, le travail

dans le champ, mais aussi

les finances, la comptabilité et

le marketing. C'était vraiment

tout pour faire un petit

domaine de A à Z.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors qu'est-ce que vous

avez travaillé? Vous avez

commencé votre carrière en

France également.


THOMAS BACHELDER

Oui, j'ai commencé ma carrière

en France, mais après, tout de

suite, j'ai eu un emploi en

Oregon pour Ponzi Vineyards,

un des pionniers d'Oregon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons un peu de ces

années-là en Oregon. Est-ce

qu'il y avait un mouvement

viticole en Oregon à cette

époque-là? Parce que c'est

très Nouveau Monde ça aussi.


THOMAS BACHELDER

Ouais. Les Bourguignons

travaillent avec des techniques

qui sont révélatrices de

terroir. Donc quand vous

utilisez des techniques

bourguignonnes ailleurs, vous

allez mettre devant votre

terroir. C'est pas copier les

Bourguignons, c'est utiliser

leurs techniques pour faire

sortir vos terroirs, pour faire

chanter vos terroirs. Et c'est

ça que j'ai fait en Oregon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Après l'Oregon, c'était

Niagara où vous avez reçu

un appel du Clos Jordanne.

Très réputé aujourd'hui dans

le Niagara. En fait, dans le

Canada et dans le monde.

Qu'est-ce que vous avez apporté

au Clos Jordanne?


THOMAS BACHELDER

Il y avait une seule sorte de

pinot noir ici et c'était

Inniskillin et c'était Karl

Kaiser, le winemaker,

le fondateur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça faisait un moment

qu'il était là puis il s'en

allait nulle part.


THOMAS BACHELDER

Oui, exactement. Il y avait

pas d'autres domaines.

Et puis au moment de Clos

Jordanne, là, il commençait

à y avoir d'autres domaines

qui faisaient du pinot noir,

comme Malivoire et Tawse,

Hidden Bench est venu après

le Clos Jordanne. Tu vois?

Mais il commençait à y avoir

un mouvement à Niagara.

Et je me suis dit que si les

chutes de Niagara tombent

d'une falaise calcaire, il doit

y avoir du calcaire en Ontario.

Et le calcaire, c'est ce qui

donne le goût parfumé au vin

de Bourgogne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Après quelques années,

il y a pas si longtemps, c'était

en 2009 seulement, vous avez

décidé de partir votre propre

entreprise. C'est-à-dire

d'acheter des vins d'un peu

partout en Oregon, en Niagara

et en Bourgogne et de faire

votre propre vin, de produire

votre propre vin. Ça me paraît

audacieux de faire ça. Est-ce

qu'il y a beaucoup de gens

qui font comme vous?


THOMAS BACHELDER

Il y a des gens en Oregon qui

pensent que les vins français,

c'est pas bon. C'est trop

mince. Et je dis: non, les vins

de France sont agréablement

tendus. C'est tendu, mais c'est

agréablement tendu. Et les vins

d'Oregon, il y a des Français

et des gens de la côte Est,

de New York et de Montréal

qui disent: "Les vins d'Oregon

sont trop lourds." Et je me suis

dit: je sais, par mon

expérience, qu'on peut faire du

bon vin élégant, soyeux, dans

les trois places. Si je fais ce

projet trois terroirs, on va

montrer que l'élégance est

possible partout.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, dans toutes les

aventures que vous avez

poursuivies, que ce soit en

France, en Oregon ou dans

le Niagara, il y avait votre

épouse, Mary, qui était là

pour vous appuyer, pour vous

suivre. Comment est-ce qu'elle

a vécu ça?


THOMAS BACHELDER

Mary, comme moi, elle est très

entrepreneuriale. Elle avait eu

une galerie d'art à Montréal.

Donc quand il y avait la

possibilité de démarrer des

choses pour les autres, elle

a aidé. Même si elle bossait

aux côtés, elle a beaucoup aidé

à Lemelson, elle a beaucoup aidé

au Clos Jordanne. Donc quand

on a fait Bachelder, elle était

là à moitié. Moi, je dirais

52%, moi, c'est 48. Elle fait

tout, tout, tout. Et puis je

pense qu'on a eu des moments

durs, c'est sûr, et c'est

difficile de travailler en

couple, mais on a

des responsabilités

très différentes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ce que vous faites, c'est très

petit. Vous avez pas pignon sur

rue dans le Niagara. Est-ce que

ça marche vos affaires?


THOMAS BACHELDER

Le business du vin, c'est très

dur, parce que tu paies pour

tes raisins pendant la récolte

et tu vends le vin deux années

et demie plus tard. Donc les

fonds de roulement, c'est

terrible dans notre business.

Ceci étant dit, si tu veux être

plus grand un jour, tu dois

acheter un peu plus de raisins.

Ce qui implique aussi que

tu vas aussi avoir plus de

bouteilles, plus de bouchons

et plus de fûts.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et plus d'investissements

finalement.


THOMAS BACHELDER

Plus d'investissements.

Donc c'est sûr qu'on va

chercher un peu plus

d'investissement pour grandir,

parce que rester la même

taille, c'est un peu trop petit

pour bien gagner sa vie.

(GISÈLE QUENNEVILLE et THOMAS BACHELDER marchent à présent sur le vignoble.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, Thomas, c'est votre

parcelle. C'est vos vignes.

En fait, c'est votre raisin

ici. Pourquoi vous avez choisi

ces vignes-ci en particulier?


THOMAS BACHELDER

On est à Vineland à Wismer

et puis on sait que Vineland,

c'est très bon pour le

chardonnay, c'est le centre,

Jordan et Vineland.

L'appellation, c'est Twenty Mile

Bench. Et c'est un terroir

qui est très bon pour le

chardonnay fin, minéral et

assez gras quand même.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que le chardonnay du

Niagara est très bien connu,

très bien coté?


THOMAS BACHELDER

Ça commence. Surtout avec

le Cool Climate Chardonnay

Celebration où le monde entier

vient nous voir. Il commence

à comprendre que Niagara peut

concurrencer la Bourgogne même.

Parce qu'il doit être frais,

le chardonnay. Il doit être

tendu et minéral et pas juste

gras et mou. Et Niagara sait

garder son acidité

au chardonnay.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que les Français

pensent de ça?


THOMAS BACHELDER

Les Français dégustent

rarement ça, mais quand ils

dégustent ça, ils aiment ça

plus que la Californie ou

l'Oregon, parce qu'ils trouvent

l'âme soeur ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est à cause du temps frais

qu'on a ici?


THOMAS BACHELDER

Oui, la latitude, le temps

frais, les sols qui sont

adaptés, la colline vers le

lac. Là, c'est lac Ontario,

on le voit pas aujourd'hui, mais

on est bien ici.

(GISÈLE QUENNEVILLE et THOMAS BACHELDER sont à présent assis face à face à l'intérieur d'une pièce où sont entreposés les fûts du vignoble où travaille THOMAS BACHELDER.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Thomas, vous travaillez

essentiellement dans trois

différentes régions du monde

pour faire votre vin.

Décrivez-moi une saison dans

la vie de Thomas Bachelder,

viticulteur.


THOMAS BACHELDER

Cette année, en allant en

France pour faire les 2014,

j'ai dégusté mes 2013 toujours

en fût. Parce que je dois

retourner en France après

les récoltes, au début de 2015

pour embouteiller les 2013.

Ça fait que chaque fois que

j'interviens, je fais plusieurs

choses. Et comme j'ai pas

les vignes, c'est un souci que

j'ai pas. On doit se déplacer

beaucoup, quand même

trois-quatre fois en France

par an, trois-quatre fois en

Oregon. Plus les voyages où je

fais les visites de marchés;

à Montréal, aux États-Unis,

à Londres. Ça fait beaucoup de

déplacements quand même.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous êtes

complètement seuls pour

travailler, vous et votre

épouse, ou est-ce qu'il y a

des gens qui travaillent pour

vous également?


THOMAS BACHELDER

Ce que j'ai appris au Clos

Jordanne et à Lemelson,

j'ai appris à déléguer. On a

tendance, les winemakers

à être égoïstes,

à vouloir dire: j'ai tout fait,

j'ai tout touché. Mais

quand tu as 60 hectares

ou 56 hectares, et tu fais

10 000-15 000 caisses,

tu dois déléguer. Donc le

winemaker ou le vinificateur,

ça doit être la personne qui a

la vision, qui sait ce qu'elle

veut et qui encourage les

autres à bien bosser.


GISÈLE QUENNEVILLE

À quel moment est-ce que

vous savez que vous avez

un bon produit?


THOMAS BACHELDER

Pour la qualité du vin, on

sait déjà dans le champ quand

on déguste le raisin qu'on va

dans la bonne direction.

Dans le chardonnay, que c'est

sucré, mais élégant et une

belle acidité. Et dans le pinot

noir, qu'on a des peaux assez

épaisses pour pouvoir faire

un vin avec un peu de couleurs,

de fruits, de saveurs. Rendu

à la cuve ou au pressoir, on

goûte le jus et c'est sucré,

c'est bon. Et on commence

à voir ses qualités. Ah, ça va

être concentré, ça va être

coloré. Or, c'est juste après

la fermentation, quand le vin

est sec qu'on peut voir la

qualité du tanin, qu'on peut

voir s'il va être assez

concentré, long en bouche,

riche. Mais tout au long de

la fermentation, on devine,

on utilise notre expérience

d'autres millésimes qu'on

a faits auparavant. Et on essaie

de déguster tous les jours et

voir si on doit pousser la

fermentation plus loin ou

arrêter, être sur l'élégance.

C'est toutes des décisions qui

se font d'un jour à l'autre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et est-ce que votre vin change

beaucoup d'une année à l'autre?


THOMAS BACHELDER

Le vin change beaucoup

d'une année à l'autre. Surtout

à Niagara, on est vraiment

comme ça. Et le vin change

beaucoup en fût en 16 mois.

On part avec une matière brute

qui a des arômes et pas

beaucoup plus, et on finit avec

un bouquet qui est très nuancé

et très complexe. On part

avec un vin qui en bouche est

assez tannique et un peu

rugueux. Mais à la fin, on

arrive avec quelque chose

de soyeux, long et élégant.

Et c'est le job du vinificateur,

c'est le boulot de dire: OK,

c'est assez, on a assez de

vieillissement. Là, on "cape"

ça, on met ça en bouteilles.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre travail est sans doute

très accaparant du fait que

vous devez beaucoup voyager

à plusieurs moments dans

l'année. Vous avez votre épouse,

vous avez aussi deux filles,

deux adolescentes. Quel impact

est-ce que ça a, ça,

sur une vie de famille?


THOMAS BACHELDER

C'est sûr qu'il y a un impact

sur la vie de famille. Quand

on peut, les enfants voyagent

avec nous. Mais avec notre

plus vieille, elle a déjà

18 ans, il y a déjà séparation.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle ne veut plus voyager.


THOMAS BACHELDER

Oui. Il commence à avoir

une séparation de l'Église et

l'État, déjà, c'est normal.

Mais quand même, quand

je suis absent, c'est dur.

On fait beaucoup de textos,

on envoie des photos et tout.

Et quand on revient, on essaie

de faire des choses ensemble.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vos filles

boivent du vin?


THOMAS BACHELDER

Mes filles ne boivent pas de

vin, pas encore.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est parce qu'elles aiment

pas ça ou c'est parce que vous

ne voulez pas?


THOMAS BACHELDER

Non, c'est parce qu'elles

aiment pas ça, elles veulent

pas essayer, c'est pas leur

truc encore. Mais je leur ai

dit: Vous avez eu les meilleurs

vinificateurs du monde qui ont

passé dans cette maison, qui

nous ont rendu visite. On a

eu de très, très grands vins

sur la table, pas juste les

nôtres. Mais pour le moment,

elles s'intéressent pas. Ce que

je veux pas, c'est que leurs

chums leur présentent du vin

et qu'elles fassent: "Ah, papa,

j'ai découvert le chardonnay

avec mon chum."

Ça,ça serait dur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous voulez faire ça

avec vos filles.


THOMAS BACHELDER

Moi, je veux faire ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est normal. J'ai déjà vu

sur une de vos étiquettes de

bouteilles, je pense que c'était

écrit "Bachelder et filles".

Est-ce que vous souhaitez

que vos filles reprennent

la business familiale?


THOMAS BACHELDER

Oui, mais je veux dire, c'est

écrit "et filles", parce qu'on a

fait ça parce qu'on est très

fiers de nos filles.

C'est des bosseuses. Si

elles veulent venir nos aider,

elles peuvent. Mais elles ont

beaucoup aidé en cave, surtout

ici à Niagara, à venir faire

les remplissages, des fois

des tâches très dures.

Beaucoup de prélèvements de

raisins dans les champs et

tout. Mais je pense qu'un peu

de travail, savoir comment

travailler, ça aide un jeune

à se former. Les filles

comprennent que c'est vraiment

le fun d'avoir une

business familiale.

Elles sont fières de ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous auriez pu vous installer

en France ou en Oregon. Vous

avez choisi le Niagara.

Pourquoi?


THOMAS BACHELDER

Nos deux filles sont adoptées

de la Chine très jeunes.

On les a adoptées au Québec.

Et puis on les a eues à 11 mois

chacune. Fait que pour nous,

de revenir de l'Oregon ici,

excepté le boulot au Clos

Jordanne, c'était aussi d'être

sûr que nos filles se sentaient

canadiennes, qu'elles pourront

aller à l'école française.

Beaucoup de choses. Être

proches du Québec et de

la famille. Donc on a pensé

venir pour trois années,

et on est là depuis 11 ans

maintenant à Niagara.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quelles sont les qualités

qu'on doit posséder?


THOMAS BACHELDER

Il faut avoir une formation de

viticulture et oenologie. Faut

connaître les vignes. Quand

quelqu'un te propose une

parcelle, il faut pouvoir dire:

c'est bon, c'est en santé. Ça,

c'est une première chose.

Deuxième chose: il faut avoir

beaucoup vinifié dans plusieurs

endroits pour cerner tout de

suite la qualité d'un millésime

et qu'est-ce qu'il faut faire.

Mais surtout, il faut avoir

l'esprit entrepreneurial et

pas avoir peur de faire

des longues heures.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous êtes invité chez

des gens ou quand vous invitez

des gens, est-ce qu'on boit

que du Bachelder?


THOMAS BACHELDER

Quand vous venez chez nous,

on peut ouvrir du Bachelder si

on sait que ça va surprendre.

Par exemple, vous attendez

un vin de Niagara, et on met

un de nos vins de Bourgogne

ou d'Oregon. On va peut-être

faire ça. Et on va boire du vin

chez nous de nous quand on a

envie de voir comment se

comporte un ancien millésime

ou un nouveau millésime,

est-ce qu'il est prêt à mettre

en marché. Mais sinon,

bien sûr, on va boire

d'autres choses, parce que

je suis dans ça

tous les jours.


GISÈLE QUENNEVILLE

Thomas Bachelder,

merci beaucoup.


THOMAS BACHELDER

Merci.

(Générique de fermeture)

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