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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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India Desjardins : auteure, la série Aurélie Laflamme

India Desjardins est devenue la star incontestée de la littérature jeunesse au Canada français.
Les huit tomes d’Aurélie Laflamme, le journal intime d’une adolescente, se sont vendus à plus d’un million et demi d’exemplaires dans la francophonie. On en a tiré deux films, dont le second, “Aurélie Laflamme : les pieds sur terre”, sortira cette année.
India Desjardins remportait récemment le Prix Bologna Ragazzi de la prestigieuse foire du livre jeunesse de Bologne en Italie.



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

DANIEL LESSARD rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que DANIEL LESSARD présente son invitée, on montre des images des albums écrits par INDIA DESJARDINS ainsi que des images du film « Aurélie Laflamme - Les pieds sur terre ».


DANIEL LESSARD

Après des débuts difficiles,

India Desjardins est devenue

l'étoile incontestée de la

littérature jeunesse du Canada

français.

Les huit tomes

d'« Aurélie Laflamme »,

sous la forme du

journal intime d'une adolescente,

se sont vendus à plus

de 1,5 million

d'exemplaires dans la

francophonie.

On en a tiré deux films,

dont le deuxième, « Aurélie

Laflamme - Les pieds sur terre »,

sort cette année.

En plus de collaborations avec

d'autres auteurs, y compris à

la télévision, la jeune femme

de 38 ans se passionne

maintenant pour la bande

dessinée. « La célibataire »

et « La célibataire survivante »

font des malheurs.

D'ailleurs, India Desjardins

vient de remporter le prix

Raggazzi, de la prestigieuse

Foire du livre jeunesse de

Bologne, en Italie, pour son

plus récent album,

« Le Noël

de Marguerite ».

(L'entrevue se déroule dans la demeure d'INDIA DESJARDINS.)


DANIEL LESSARD

India Desjardins, bonjour.


INDIA DESJARDINS

Salut.


DANIEL LESSARD

Ça va bien?


INDIA DESJARDINS

Ça va bien.


DANIEL LESSARD

Soulagée que le tournage

soit terminé?


INDIA DESJARDINS

Oui, oui. C'est vrai que

c'est une grosse partie

de ma vie qui vient d'arrêter.

J'ai pris un peu de temps après,

parce que j'avoue que ç'a été

beaucoup de travail.


DANIEL LESSARD

On parle d'«Aurélie

- Les pieds sur terre »,

qui va sortir quelque part

en 2015.

Est-ce qu'on le sait déjà?


INDIA DESJARDINS

24 avril 2015.


DANIEL LESSARD

Très impliquée

dans le tournage?


INDIA DESJARDINS

Très impliquée. En fait, j'ai

écrit le scénario et j'ai un...

un titre de productrice

associée, que...

c'est un titre un peu...

comment je pourrais dire?


DANIEL LESSARD

Honorifique?


INDIA DESJARDINS

Oui. C'est juste que ça me

permet de participer, d'être

consultée. « Aurélie », c'est

vraiment quelque chose de très

important pour moi, ça a pris

beaucoup d'importance à travers

les années, parce que c'est

quelque chose que j'ai écrit

pour parler aux jeunes, pour

les aider à traverser une

période de la vie que ç'a été

un petit peu plus difficile

pour moi à traverser. Parce que

quand t'es adolescent, t'as

plein d'émotions incontrôlables

que t'arrives pas à nommer,

que t'arrives pas à...


DANIEL LESSARD

À bien identifier.


INDIA DESJARDINS

À comprendre, à contrôler,

tout ça. Et moi, j'avais envie

de parler de ça, d'une ado

normale qui vivait une vie

normale puis qui avait à

traverser des obstacles de la

vie normale. Puis y a plein

d'ados qui se sont identifiées à

ça et qui m'ont dit, à travers

les années, s'être identifiées à

Aurélie, mais aussi que ça les

a aidées à traverser cette

période-là. Et ça, c'est ce qui

me touche vraiment le plus.

Alors c'est devenu... Pour moi,

les lectrices sont devenues un

peu comme des petites sœurs,

comme des filles, tu sais, un

peu, même je les appelle des

fois « mes petites filles ».

Puis y a des garçons aussi.

Et donc c'est devenu un peu

comme mes enfants quasiment.

Puis j'ai envie de leur faire

plaisir avec le film, et j'ai

envie de les respecter et de

respecter l'histoire qu'ils ont

vue. Donc c'est pour ça que

c'était important pour moi

d'être impliquée.


DANIEL LESSARD

Quand t'es arrivée dans ce

métier-là, il y a quelques

années - t'es encore toute jeune

- il y a une vingtaine d'années,

tu pensais qu'un jour, il y

aurait des films qui seraient

faits à partir de tes romans?


INDIA DESJARDINS

Jamais. Et c'était même pas...

c'était même pas un projet

ou un...


DANIEL LESSARD

Le projet d'écrire, ça

t'habitait pas?


INDIA DESJARDINS

Non. J'avais pas...

J'ai pas nécessairement

confiance en moi, ou, tu sais...

je suis pas mal insécure.

Donc quand j'ai écrit mes

livres, j'avais envie d'écrire

pour les jeunes, mais je savais

aucunement quelle serait la

réaction, je savais aucunement

ce qui m'attendait par rapport

à ça. Puis même, à chaque fois

que j'ai sorti un tome, tu sais,

les gens me disaient: ah bien

là, toi, tu dois être...


DANIEL LESSARD

C'est facile, automatique.


INDIA DESJARDINS

C'est ça. J'étais là: mais

c'est un nouveau tome. Je sais

pas comment les gens vont

réagir. Donc à chaque fois,

c'était nouveau, c'était une

surprise. Et quand les

producteurs m'ont approchée

pour faire « Aurélie », j'étais pas

convaincue tout de suite.

Tu sais, j'ai... j'avais peur

parce que pour moi, le message

que je livre à l'intérieur

d'«Aurélie », l'histoire, c'est

tellement important que je

voulais pas que ça prenne une

autre forme, je voulais pas que

ce soit nécessairement

dénaturé. J'ai travaillé avec

des producteurs qui ont

vraiment compris ça, et c'est

pour ça qu'ils m'ont donné le

titre de productrice associée,

pour me permettre d'être

impliquée. J'aime ça faire

partie de l'équipe. Puis j'aime

ça que mon opinion soit écoutée,

mais je ne l’impose pas.

Dans le sens que je veux dire

mon idée, mais si l'équipe a

une meilleure idée que moi, je

suis du genre à aller toujours

vers la meilleure idée pour

faire le meilleur projet

possible.


DANIEL LESSARD

India, revenons aux débuts.

Ç'a pas été nécessairement

facile. T'as fait du

journalisme, t'as touché à

tout. Ça a pris un peu de temps

avant de décoller, si j'ai bien

compris.


INDIA DESJARDINS

En fait, c'est que moi, ça m'a

pris du temps avant de savoir

ce que je voulais faire. Je

savais pas que je voulais

devenir auteure, et pourtant

j'écris depuis que je suis toute

petite, j'écris des histoires.

Mais je le savais pas que

j'avais envie d'en faire un

métier, et même que je pouvais

en faire un métier. Je suis

devenue journaliste parce que

ma mère était journaliste puis

c'était le seul métier

d'écriture que je connaissais.

Je raconte souvent aussi aux

jeunes, dans mes conférences,

que je rêvais à autre chose.

Je rêvais à un autre métier.

Je rêvais, en fait, moi, de

faire des entrevues, un peu

comme toi, tu fais là

présentement. C'était ça mon

rêve: de faire des entrevues

pour la télé. Puis je faisais

plein d'auditions pour ça puis

j'ai persévéré là-dedans.

Puis à un moment donné,

je me suis rendu compte:

Mon Dieu, c'est peut-être pas

moi. Je suis jamais choisie,

tu sais. C'est peut-être juste

pas moi. Puis tu sais,

aujourd'hui, on dit beaucoup

aux jeunes: Crois en ton rêve

puis persévère puis ça va

marcher. Moi, j'ai comme une

petite nuance là-dedans.

Oui, crois en ton rêve,

persévère. Puis peut-être que

si à un moment donné, ça marche

pas, réfléchis à: j'ai-tu un

autre rêve? Un autre rêve

possible? Et moi, finalement,

c'est ça que je me suis

trouvé. C'est que, à force

d'essais-erreurs, je me suis

ramenée à qu'est-ce que j'étais

comme... C'était quoi ma

passion? Puis ma passion, c'est

raconter des histoires. Puis

j'avais jamais osé rêver à ça.

Puis finalement, quand j'ai osé

rêver à ça, finalement, ç'a pas

été facile, j'ai persévéré,

comme pour tous mes autres

rêves, mais celui-là, il a

fonctionné. Puis je pense que

c'est important, des fois, de

dire aux jeunes: C'est pas

important de réaliser tous tes

rêves, mais c'est important

d'être capable de t'en trouver

des nouveaux. Puis, à chaque

rêve, de persévérer. Puis à un

moment donné, il y en a

peut-être un qui va fonctionner.

C'est ça qui m'est arrivé

à moi.


DANIEL LESSARD

T'as parlé de ta mère, soyons

absolument transparents;

ta mère, c'est ma cousine.

Donc on a un lien de parenté.

Donc si on trouve que je suis

complaisant avec toi,

je l'assume pleinement.

Mais connaissant Lise, ta mère,

elle a sûrement eu une

influence très grande sur toi

parce que c'est une femme forte,

extrêmement autonome, qui fait

ce qu'elle veut dans la vie.

Quelle influence elle a eue

sur toi?


INDIA DESJARDINS

Bien, ce que tu décris, c'est

exactement ça qu'elle a eu

comme influence sur moi.

Ma mère, c'est une femme libre

qui m'a appris la liberté

et l'indépendance.

Puis quand t'es pas heureuse à

quelque part, que tu peux faire

autre chose, que t'es pas

obligée d'aller vers une voie

qui est la voie qu'on attend

de toi ou qui est la voie,

tu sais, un petit peu plus

standard.

Donc elle m'a appris beaucoup

à ce niveau-là.


DANIEL LESSARD

Et ce côté insécure dont tu

parles, à tes débuts, ça devait

l'agacer, ta mère, elle qui sait

où elle s'en va, est-ce que...


INDIA DESJARDINS

Elle aussi, elle est pas mal

insécure! Ça aussi, je pense

que je prends ça d'elle. Mais

je pense que c'est une espèce

aussi de modestie par rapport

à... tu sais... à... toutes les

choses. De jamais s'asseoir sur

ses lauriers. De jamais penser

que quelque chose t'est dû ou

qu'un succès veut dire que ça

va être pour la vie. Comme moi,

je suis très consciente que

« Aurélie », des fois, c'est

peut-être une fois dans une vie

puis que tous mes livres que

je vais sortir n'auront pas

nécessairement le même succès

qu'« Aurélie ». Mais c'est pas pour

ça que j'écris des livres, moi,

dans la vie. J'écris des livres

pour raconter des histoires que

j'ai dans mon coeur. Donc de

tout le temps rester proche de

ça, de tout le temps conserver

mes doutes pour continuer

d'évoluer. De pas penser que

parce que j'ai fait quelque

chose qui a fonctionné, de

refaire toujours la même chose.

Puis le doute, je pense que ça

permet... ça permet toujours de

rester les pieds sur terre.

Puis ça, c'est super important

pour moi. Il y a eu un article,

à un moment donné, sur

« Aurélie »... et je me souviens

que, quand j'ai vu ça, je me

suis sentie flotter.

Pendant cinq minutes, je me

suis sentie flotter. Puis après

ça, je me suis ramenée sur

terre puis j'ai dit: jamais.

Je vais jamais flotter. Je veux

jamais devenir cette fille-là

qui flotte au-dessus de la

terre. Oui. Je veux rester les

pieds sur terre, c'est

important pour moi. Puis le

dernier tome d'« Aurélie » s'appelle

« Les pieds sur terre ». Le premier

tome s'appelle « Extraterrestre

ou presque » et le dernier tome

s'appelle « Les pieds sur terre ».

Et pour moi, ça a toujours été

prévu comme ça puis c'est une

valeur importante que j'ai dans

ma vie.

(INDIA DESJARDINS tient une boule dans ses mains.)


DANIEL LESSARD

India, une boule de Noël,

c'est quoi?


INDIA DESJARDINS

Oui, une petite boule

décorative, ça vient de Haïti,

un voyage qui a vraiment marqué

ma vie. En fait, on est parti,

une délégation d'auteurs,

ça s'appelait Les rencontres du

Québec en Haïti, et moi, j'ai

été invitée par l'auteur Gary

Victor, qui est un auteur

haïtien, et sa fille s'appelle

Aurélie. Et sa fille, j'avais

déjà donné à Gary mes livres,

dans un salon du livre

à Montréal, puis quelques

années plus tard, il m'a dit:

Ah, ma fille aime beaucoup tes

livres, tout ça, puis elle les

a passés à toute son école.

Alors là quand elle a su qu'il

y avait cet événement-là en

Haïti, elle a demandé à son

père que moi, je sois là. Alors

j'ai été invitée grâce à la

Aurélie d'Haïti. Et puis c'est

elle qui m'a donné cette

boule-là de Noël puis ç'a été

vraiment un beau voyage puis je

me suis rendu compte que, peu

importe le passé, tous les

jeunes vivent la même chose au

niveau émotif puis c'est ça qui

m'a beaucoup touchée.

Et puis une chose qui m'a

touchée, qui m'a marquée,

d'Haïti, c'est que Gary Victor,

à un moment donné, on se

promenait en voiture, et il m'a

dit: « Regarde autour de toi,

India. Ici en Haïti, tout le

monde lit et écrit parce que le

quotidien est si difficile que

l'imaginaire est notre seule

évasion. » Et cette phrase-là

m'a marquée pour la vie,

parce que ça m'a donné

la réponse à pourquoi j'écris

et pourquoi je lis.


DANIEL LESSARD

J'ai lu quelque part qu'une

embolie pulmonaire avait été

en quelque sorte à l'origine

d'Aurélie?


INDIA DESJARDINS

Oui. En fait, j'étais pas

partie pour écrire ça. J'allais

écrire une suite à mon premier

roman, qui s'appelait « Les

aventures d'India Jones ».

J'allais écrire une suite à ça,

qui est une comédie romantique.

Et j'ai fait une embolie

pulmonaire.

Et j'ai failli mourir.


DANIEL LESSARD

À ce point-là?


INDIA DESJARDINS

Oui, oui. Je suis passée très

proche. Puis je me suis posé

beaucoup de questions sur la

mort à ce moment-là, sur c'était

quoi mes croyances. Parce que...

tu sais, les seules personnes

qui étaient décédées autour

de moi, c'était mes

grands-parents, qui étaient

croyants et qui croyaient au

paradis. Moi, j'ai énormément de

respect pour les croyances des

autres. Alors moi, quand je les

imagine, je les imagine dans

« leur » paradis. Mais là, quand

c'est moi qui ai failli mourir,

je me disais: Merde, je serais

allée où? Parce que moi,

je crois en quoi?


DANIEL LESSARD

Oui...


INDIA DESJARDINS

Puis là, c'est en me

demandant je serais allée où

que là, je me suis vraiment

posé des questions sur mes

croyances à moi. Puis ça m'a

ramenée beaucoup à mon

adolescence. Puis aussi,

c'est ça, à la même période, en

fait, c'est que j'avais une

chatte qui s'appelait Sybil et

qui était très vieille et quand

j'étais à l'hôpital pour mon

embolie, elle, elle s'est

laissée mourir. Fait que j'étais

beaucoup en contact avec la

mort à ce moment-là. Puis je me

suis dit: si j'avais un enfant,

et qu'elle me demandait où...

tu sais... c'est quoi la mort?

Où est-ce qu'on va?


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce que tu lui

répondrais?


INDIA DESJARDINS

Je me disais: qu'est-ce que je

lui répondrais? Puis la seule

réponse qui m'est venue, c'est:

je le sais pas. Puis c'est là

que Aurélie est apparue dans ma

tête. 14 ans, dont le père était

décédé quand elle avait 9 ans

et dont la mère lui a répondu,

quand elle lui a demandé:

« il est où, mon père? », elle lui a

répondu « je le sais pas ».

Puis c'est vraiment comme ça

que s'est construite l'histoire.

Et aussi ma chatte Sybil, je

lui ai promis de la faire

revivre dans une histoire et je

l'ai fait revivre dans « Aurélie ».

Alors maintenant, c'est réglé,

je sais elle est où, elle est

dans « Aurélie ».


DANIEL LESSARD

India, ton premier roman,

« India Jones », « Les aventures

d'India Jones », il y a ce mot

les « amourophobes ».

Quessé ça?


INDIA DESJARDINS

Oui. C'était un mot que

j'avais inventé à l'époque, en

fait, je sais pas si ça

existait, puis c'est un hasard

si ça existait puis que moi, je

l'ai inventé, je le sais pas,

je veux pas m'accorder le

crédit de l'invention de ce

mot-là. Mais oui, c'était pour

parler de la peur de l'amour,

la peur de l'engagement. Je me

questionne beaucoup là-dessus,

en fait, ça m'inspire beaucoup

toute cette peur de l'amour, qui

est très moderne, la peur de

s'engager, la peur de

l'intimité, tout ça, ça

m'inspirait beaucoup à cette

époque-là. J'avais quelque chose

à régler avec mon prénom,

j'avais quelque chose à régler

avec l'amour, amis aussi avec

mon prénom.


DANIEL LESSARD

Pourquoi ton prénom?


INDIA DESJARDINS

C'est parce que, toute ma vie,

on m'a demandé si c'est mon

vrai nom. Quand j'étais petite,

mon rêve... Il y a un personnage

avec mon nom parce qu'il y

avait des chansons ou des

personnages sur des Mélanie,

des Nathalie, des Marie.

Mais y en avait pas de India.

Puis je me disais: Si y a un

personnage ou une chanson, bien

là, les gens vont savoir que

c'est un vrai nom. Puis le seul

qui est arrivé, c'est Indiana

Jones, qui était un homme

barbu! Ça n’avait aucun rapport

avec moi puis avec une fille.

Donc j'avais quelque chose

à régler avec mon nom.


DANIEL LESSARD

Après « India Jones », il y a eu,

bon, « Aurélie Laflamme ».

J'imagine qu'on s'est précipité sur

vous, ç'a été facile de

convaincre les éditeurs?

Oui, oui, oui, on en veut,

on en veut?


INDIA DESJARDINS

Pas du tout. Premièrement,

« India Jones », j'ai reçu beaucoup

de refus pour ça. Puis

aujourd'hui quand je le relis,

honnêtement, je comprends.

Mais là, je le retravaille

un petit peu pour la

republication. Mais « Aurélie »,

en fait, je l'ai présenté à un

éditeur au début, puis c'est

drôle parce qu'on en rit, lui

et moi aujourd'hui, mais

quand je lui ai présenté

l'idée, il m'avait répondu:

« a priori, ça me fait pas faire

des bonds sur ma chaise ».

Il m'avait répondu ça.

Finalement, j'étais retournée

avec mon premier éditeur.


DANIEL LESSARD

On avait dit la même chose

à J. K. Rowling pour

« Harry Potter »,

puis à Réjean Ducharme

« L'avalée des avalés ». Alors t'es

en bonne compagnie.


INDIA DESJARDINS

Oui, c'est ça. En fait, J. K.

Rowling, elle a beaucoup été

un modèle pour moi.


DANIEL LESSARD

À cause de « Harry Potter »?


INDIA DESJARDINS

Oui, mais à cause de son

parcours surtout. Ç'a été...

Tu sais, ç'a pas été facile

pour elle de faire accepter

son manuscrit.

Elle a aussi eu des années dans

la simplicité volontaire. Elle

était mère monoparentale...

Tu sais, les femmes écrivains,

tu sais... Les gens lui ont

demandé de changer son nom parce

qu'on n'aurait pas confiance en

une femme écrivain. Finalement,

elle a décidé de s'appeler

J. K. Rowling, juste ses

initiales, elle a pas changé

son nom pour un nom d'homme.

Mais on lui disait: le

fantastique... Les gens auront

moins confiance en une femme.

Donc moi, je pense qu'elle a

vraiment une importance, cette

femme-là... Une inspiration.

Puis elle a redonné...


DANIEL LESSARD

Elle a révolutionné

la littérature jeunesse. Parce

que c'était...

« Harry Potter »,

c'était du jamais vu.


INDIA DESJARDINS

Oui, c'était du jamais vu.

Elle a redonné le goût à plein

de gens de lire. Tu sais,

aujourd'hui, on est peut-être

15 ans plus tard de

« Harry Potter », et là, les gens essaient

de faire des gros trucs promo

pour les livres.

« Harry Potter » a pas eu besoin de

ça, « Harry Potter » a eu besoin

d'une bonne histoire. Puis d'une

auteure qui écrivait vraiment

des choses avec son cœur.

Là maintenant, on cherche des

concepts. Je trouve ça dommage

que les livres deviennent un

peu de la promotion. Puis je

comprends la promotion. Mais...

je sais pas, moi, je pense que

j'ai encore la naïveté de

vouloir qu'un livre, ce soit

une bonne histoire d'abord et

avant tout. Puis qu'on veuille

raconter cette histoire-là avec

son cœur. Non pas pour vendre

quelque chose, surtout aux

jeunes, mais pour leur dire

quelque chose.


DANIEL LESSARD

Exact.

Right.

(On présente un extrait de l'entrevue au cours duquel DANIEL LESSARD commet une erreur en appelant INDIA DESJARDINS par le nom de son personnage.)


DANIEL LESSARD

Aurélie... Aurélie...


INDIA DESJARDINS

Tout le monde fait ça! Non,

mais je te jure, ça arrive à

tout le monde. Tout le monde.

Je suis India, mais je suis

aussi Aurélie.

(Un livre et une claquette sont posés devant INDIA DESJARDINS.)


DANIEL LESSARD

India, ce truc... c'est ce

dont tu te servais pour diriger

le film?


INDIA DESJARDINS

Bien! Oui, c'est ça! Non,

c'est pas moi, mais c'est un

cadeau qu'on m'a fait après le

tournage. C'était une des

claquettes du film. Ils me

l'ont donnée à la fin du

tournage puis je suis vraiment

contente. C'est un petit objet

précieux. Tu sais, je la regarde

puis on dirait que ça

représente tout le travail

accompli. Puis c'est un symbole.


DANIEL LESSARD

Et le journal?


INDIA DESJARDINS

Puis ça, c'est un livre qu'a

fait le réalisateur après le

tournage. Il a pris des photos

pendant le tournage puis il a

fait, pour Marianne, la

comédienne du film, et pour

moi, un livre avec toutes les

photos. Donc toutes des belles

photos qu'on va toujours

pouvoir regarder en souvenir

du tournage, Marianne et moi.


DANIEL LESSARD

India, « Aurélie Laflamme »,

c'est grosso modo 1,5 million de

copies vendues dans la

francophonie. Ça a fait de toi

la star de la littérature

jeunesse. Comment on vit

avec ça?


INDIA DESJARDINS

Je saurais même pas quoi

répondre à cette question-là

pour vrai, parce que je me suis

jamais considérée comme ça.


DANIEL LESSARD

Mais ça vient avec un rôle

social, ça vient avec une

influence importante dans la

société dans laquelle tu vis.

Y a plein de jeunes qui

s'identifient à toi. Est-ce que

c'est lourd à porter, ça?


INDIA DESJARDINS

Non. Pour moi, c'est une

responsabilité que j'accepte.

Parce que j'aime vraiment

profondément les jeunes. Puis

c'est pas difficile pour moi,

parce que j'ai pas à changer

qui je suis. Mais...


DANIEL LESSARD

Mais quand tu les regardes de

près, ces jeunes... On dit

souvent des ados: ils ont pas de

culture, ils lisent pas comme

nous on lisait, ils sont collés

sur leurs trucs électroniques.

Plusieurs d'entre eux

décrochent, le taux de

décrochage est très élevé.

Est-ce que c'est les ados que tu

connais, ça? Est-ce que c'est le

milieu? Est-ce que c'est comme

ça que tu les vois? Est-ce que

c'est une marge seulement

de l'adolescence?


INDIA DESJARDINS

Moi, c'est tellement pas ça

que je vois. Puis tu sais, je

trouve ça dommage de mettre en

relief des statistiques qui sont

peut-être le plus faible

pourcentage, puis moi, c'est

pour ça que je voulais parler

des ados, je voulais parler de

l'autre statistique, tu sais,

les ados normaux--


DANIEL LESSARD

Ceux qui vivent leur vie

normalement.


INDIA DESJARDINS

Oui, c'est ça. Puis faut aller

dans un salon du livre pour voir

à quel point les jeunes lisent

et s'intéressent aux livres.


DANIEL LESSARD

Il faut aller dans un salon du

livre pour voir que la seule

auteure où il y a des files

d'attente interminables, c'est

India Desjardins. Ça aussi,

ça doit être rassurant et

extrêmement valorisant.


INDIA DESJARDINS

En fait, à chaque fois que je

vois une file, c'est comme si,

dans mon cœur, je me dis:

ah, c'est gentil d'être là pour

moi. Puis je me dis: c'est

peut-être la dernière fois.

Fait que je vais comme... juste

être reconnaissante envers ce

moment-là. À chaque fois, je

me dis: c'est peut-être la

dernière fois puis faut pas

que je m'attache à ça, faut

pas que je m'attache à ça parce

que ça peut arriver une fois

dans une vie. À chaque fois, je

suis reconnaissante du public.

C'est eux qui m'ont choisie.

C'est eux qui ont acheté mes

livres. C'est eux qui ont fait

de moi l'auteure que je suis.

Moi, quand j'étais petite,

j'étais, moi aussi, fan de

certaines personnes, puis

j'étais gênée d'écrire puis

tout ça. Si j'avais osé

écrire puis qu'on m'avait

répondu, ça aurait été

comme tellement--


DANIEL LESSARD

Un immense bonheur.


INDIA DESJARDINS

Oui. Alors je me rappelle

toujours de ce que j'ai été

puis j'essaye toujours de

redonner la même chose que

j'aurais voulu qu'on me donne

quand j'avais cet âge-là.


DANIEL LESSARD

Ç'a été dur de faire

le deuil d'« Aurélie »?


INDIA DESJARDINS

Très difficile. Très

difficile. Mais pour moi, quand

j'ai commencé à écrire

« Aurélie », j'avais une histoire

dans ma tête. J'avais huit

tomes puis j'avais la fin.

On m'a demandé: « Pourquoi tu

continues pas? Tes livres ont du

succès puis tout ça. » Ce serait

tellement contre mes valeurs,

ça serait contre mon intégrité.

Parce que j'avais une histoire

à raconter dans ma tête.

Pour moi, l'intégrité, c'est

super important. Donc je me

suis toujours dit qu'un jour,

j'écrirais une suite à « Aurélie »

qui se passerait 10 ou 15 ans

plus tard. Mais je vais attendre

avant d'écrire ça. Puis je vais

attendre de voir aussi si je

l'ai, cette histoire-là en

dedans de moi. Je ne le ferais

jamais juste pour le faire.

Parce que le respect...

Le respect des lecteurs, pour

moi, c'est la chose la plus

importante. Je ne voudrais jamais

faire quelque chose juste

pour vendre. Pour moi, c'est

important de suivre mon cœur.


DANIEL LESSARD

Les deux bandes dessinées

« La célibataire »... Il y a

toujours quelqu'un quelque part

qui s'inquiète de ta vie

sentimentale. « Pauvre India,

elle est toute seule. »


INDIA DESJARDINS

Elle est célibataire!


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce qui lui arrive?

Une si belle fille. Est-ce

qu'on a raison de s'inquiéter?


INDIA DESJARDINS

Je pense que faut pas

nécessairement penser que le

célibat, c'est une tragédie.

Moi, je pense que ça m'a permis

de faire plein de choses.

Ça m'a permis de travailler

encore plus, ça m'a permis de

donner du temps pour mes

lecteurs, lectrices, ça m'a

permis de faire plein de

projets. Je pense que pour moi,

ç'a été positif puis que ça m'a

permis de me connaître. Mais

c'est vrai qu'à un moment

donné, faut pas que ça

devienne une prison.

Faut pas que tu dises: ah bien,

le célibat m'a amené ça, ça, ça.

Donc... Le célibat, c'est

beaucoup de solitude,

beaucoup de...

L'écriture aussi, c'est très

solitaire. Des fois...

t'écris toute la journée puis

tu parles pas à personne.

Mais non, on n'a pas raison de

s'inquiéter. Ni pour toutes

les célibataires. Parce que

je pense qu'il y a des avantages

aussi au célibat. Mais il y a

des avantages à la vie

de couple.


DANIEL LESSARD

Je sais que l'actualité te

passionne, que tu suis de très

près. Charlie Hebdo, qu'est-ce

que ça a sonné comme cloches

chez toi?


INDIA DESJARDINS

Moi, ça m'a fait beaucoup de

peine. C'est quelque chose que

j'ai vraiment pas compris. J'ai

pas compris. C'est comme...

C'est de pas se battre à armes

égales. Puis j'ai beaucoup aimé,

je sais pas si vous avez vu...

Il y a eu une entrevue avec

Jamel Debbouze, qui lui est

musulman et qui est un

humoriste en France, et ce que

j'ai retenu de cette

entrevue-là, que j'ai trouvé

très beau, c'est qu'il dit:

« Moi, je suis musulman. Et

dans ma culture, on n'a pas la

culture du blasphème ». Alors il

dit: « J'étais ami avec les gens

du Charlie Hebdo... sans être

d'accord avec eux. Mais je

leur exprimais mon désaccord

avec des mots. Donc c'était à

armes égales ». Dans notre groupe

d'amis, on n’a pas nécessairement

les mêmes opinions politiques,

on n'a pas nécessairement les

mêmes opinions sur les femmes,

sur le couple, mais ça provoque

des discussions tellement

intéressantes. Je préfère avoir

un groupe d'amis où est-ce

qu'on a des discussions, où

est-ce qu'on peut enrichir nos

visions plutôt que d'être tout

le temps avec la même opinion

puis tout le temps pareil.

Me semble que c'est beaucoup

plus enrichissant.


DANIEL LESSARD

Je termine là-dessus. On va

lire un nouvel opus quand?


INDIA DESJARDINS

Hum... Bien... Là, je suis en

train de préparer un roman

tranquillement. Je le sais pas.

Peut-être pour automne 2016.

Mais je promets rien. Parce que

j'ai travaillé très fort sur

le film, je ressors « India Jones »

sous un nouveau titre qui

s'appelle « Un homme s'il vous

plaît! » Puis j'ai mes bédés

« La célibataire ». Je travaille sur

un nouveau conte. J'ai des

projets comme ça, je sais pas

c'est lequel qui va sortir en

premier, mais je sais que le

prochain projet important, c'est

mon film, le 24 avril. Mais ça,

c'est ce qui est certain. Après

ça, le reste, on peut avoir

une embolie pulmonaire puis

avoir un personnage qui

apparaît comme ça, on sait pas.

Ça arrive comme par magie.


DANIEL LESSARD

Je te souhaite le meilleur

du meilleur tant en amour que

dans ta vie professionnelle.

Merci mille fois.


INDIA DESJARDINS

Merci.

(Générique de fermeture)

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