Image univers Carte de visite Image univers Carte de visite

Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Partager

Afin de visionner le contenu, il est nécéssaire d'installer un plugin

https://get.adobe.com/flashplayer/

Suzanne Aubry : auteure

Suzanne Aubry vient de réussir un exploit peu commun : écrire une saga historique de sept tomes, soit 3 616 pages, en sept ans.
“Fanette”, vendu à plus de 100 000 exemplaires, raconte la vie d’une jeune immigrante irlandaise dans le Québec du 19e siècle.
Suzanne Aubry baigne dans les livres depuis sa petite enfance…



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2014

Accessibilité
Déterminer le comportement de la visionnneuse vidéo:

VIDÉO TRANSCRIPTION

DANIEL LESSARD rencontre des personnalités francophones et francophiles; des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que DANIEL LESSARD présente son invitée, des photos de SUZANNE AUBRY à différents moments de sa vie défilent à l'écran.


DANIEL LESSARD

Suzanne Aubry vient de réussir

un exploit peu commun: écrire

une saga historique de sept

romans, 3616 pages en sept ans.

Fanette, vendu à plus de

100 000 exemplaires, raconte

l'arrivée et la vie d'une jeune

immigrante irlandaise dans le

Québec du 19e siècle.

Née à Ottawa, la fille du

bibliothécaire de la ville

Suzanne Aubry baigne dans

les livres depuis sa petite

enfance. Avant Fanette, elle a

écrit des pièces de théâtre et

des téléromans comme Mon

meilleur ennemi, L'or du temps

et La Maison Deschênes.

Elle planche aujourd'hui sur

un nouveau roman, sur une

traduction anglaise et une

adaptation pour la télé de

Fanette.

(DANIEL LESSARD et SUZANNE AUBRY sont maintenant assis l'un face à l'autre dans le domicile de cette dernière.)


DANIEL LESSARD

Suzanne Aubry, bonjour.


SUZANNE AUBRY

Bonjour.


DANIEL LESSARD

Suzanne, tu viens de terminer

une saga, Fanette, sept

volumes, 400-500 pages, chaque

volume. Il y a eu, avant ça,

des pièces de théâtre. T'as

écrit à peu près 13 500 pages

qui ont été publiées. Ça

correspond à la définition de

boulimique, ça?


SUZANNE AUBRY

Oui, bien, c'est... En fait,

je suis née presque avec une

plume entre les mains parce que

mes deux parents étaient

écrivains.

Mon père était bibliothécaire,

amenait toujours des livres

à la maison. Alors, j'ai une

passion de la lecture...


DANIEL LESSARD

À Ottawa, ça.


SUZANNE AUBRY

À Ottawa. Dès mon plus jeune

âge, dès que j'ai su lire. Et

j'ai commencé un journal

personnel, très jeune aussi,

à l'âge de six ans et demi,

je pense.


DANIEL LESSARD

Six ans et demi?


SUZANNE AUBRY

Oui, bien, j'aimais écrire,

alors... c'était cette

vocation-là, entre guillemets.

Ç'a été très, très tôt dans

ma vie. Et le 13 000 pages et

plus dont vous parlez, en fait,

il y a beaucoup de télévision

là-dedans aussi, parce que j'ai

été scénariste pendant

longtemps aussi pour

Radio-Canada, pour TVA.


DANIEL LESSARD

Téléromans qui ont marché

très, très bien, à TVA et à

Radio-Canada.


SUZANNE AUBRY

Que j'ai co-écrits avec

Louise Pelletier. Donc, ça,

ç'a été... J'ai l'impression

d'avoir plusieurs vies,

en fait.


DANIEL LESSARD

Mais commençons par la

première. Bon, Ottawa, t'as

quitté à six ans? Sept ans?


SUZANNE AUBRY

Sept ans et demi.


DANIEL LESSARD

Pour aller à Montréal.


SUZANNE AUBRY

Oui.


DANIEL LESSARD

Et pendant toutes les études,

tu savais que tu deviendrais

écrivain, un jour?


SUZANNE AUBRY

J'étais pas mal certaine de

ça. J'ai continué à écrire.

J'ai écrit ma première pièce de

théâtre à l'âge de 13 ans, un

petit peu moderniste et tout

ça. Puis je m'habillais en

noir et tout ça. J'étais très

sérieuse. Puis, après ça, je

suis allée au cégep, puis au

cégep, je suis allée en

histoire, curieusement.

J'avais pas la vocation de

devenir prof d'histoire, mais

j'avais un intérêt pour ça.

Et, finalement... l'amour que

j'avais pour le théâtre s'est

concrétisé. J'ai présenté une

pièce de théâtre à l'École

nationale de théâtre. Et puis,

j'ai été acceptée en écriture

dramatique. Donc, ça a

déterminé ma vie... à partir de

ce moment-là, ma vie d'auteure.


DANIEL LESSARD

Donc, les deux parents qui

baignaient dans le milieu

littéraire t'ont encouragée,

j'imagine, dès le départ, même

si les écrivains, à cette

époque-là aussi, ne devenaient

pas millionnaires, là.


SUZANNE AUBRY

Non, ils m'ont pas encouragée

à le faire. C'est-à-dire qu'ils

m'ont pas découragée, mais

quand j'ai annoncé à mon père, à

un moment donné, que je voulais

devenir écrivaine, que je

voulais écrire, il m'a dit:

"Pauvre petite fille! Tu

gagneras pas ta vie avec ça."

Et il m'encourageait, en fait,

à écrire, mais à être... par

exemple, prendre un métier comme

bibliothécaire ou enseigner

pour gagner ma vie. Et je me

souviendrai toujours, je

l'ai regardé dans les yeux

puis j'ai dit: "Papa, je

deviendrai jamais

bibliothécaire et puis je

deviendrai pas professeur,

je veux écrire." Alors, ç'a été

vraiment... j'étais absolument

déterminée à gagner ma vie avec

ma plume aussi.


DANIEL LESSARD

Et c'est le seul métier que

t'as fait?


SUZANNE AUBRY

Bien, j'ai été... En fait,

non. Quand j'avais 17-18 ans,

19 ans, j'ai travaillé comme

secrétaire dans toutes sortes

d'organismes, la Maison de

l'Iran, des endroits

invraisemblables. J'ai fait ça

pour gagner ma vie. J'habitais

avec ma soeur jumelle, à

l'époque. Donc, je détestais...

le 9 à 5, ça me rendait folle.

Je me suis fait renvoyer, à

quelques reprises, parce que

j'arrivais en retard.


DANIEL LESSARD

Mauvaise élève, en plus.


SUZANNE AUBRY

Bonne élève, à l'école,

mais...


DANIEL LESSARD

Oui. Bons résultats, mais...


SUZANNE AUBRY

Le 9 à 5, pour moi, c'était

trop difficile.


DANIEL LESSARD

Donc, ce qui a vraiment lancé

ta carrière, ce sont les pièces

de théâtre, d'abord.


SUZANNE AUBRY

Oui. La première pièce qui

m'a vraiment lancée, c'était La

Nuit des petits couteaux, qui

était sur les thérapies de

groupes, qui étaient très

populaires dans les années 80.

Et c'était ma soeur jumelle.

On l'avait obligée... Elle

travaillait comme serveuse dans

un café et on l'avait obligée à

suivre une session, une

thérapie de groupe à Boston.

Mais j'ai eu une subvention

pour ça, pour aller là-bas.


DANIEL LESSARD

Ah, oui?


SUZANNE AUBRY

Et donc, j'étais comme une

espionne. Et je prenais des

notes. Chaque fois que je

rentrais dans... Je partageais

une chambre avec plusieurs

personnes puis je prenais des

notes en cachette parce que je

voulais pas qu'on me voie.

Alors, dans les toilettes,

quand il y avait personne. Et

j'ai écrit cette pièce-là en un

mois, une fois que je suis

rentrée, parce que j'avais...

tout était tellement vivant,

tellement intense.


DANIEL LESSARD

Et elle a été jouée à

Montréal?


SUZANNE AUBRY

Elle a été jouée à plein de

reprises, à Montréal. Elle a

été jouée en Outaouais aussi,

un peu partout. Elle a été

reprise en tournée. Ç'a été

vraiment...


DANIEL LESSARD

Et ensuite, il y a eu...

avant Fanette, il y a eu les

téléromans. Euh... comment on

aboutit à écrire La Maison

Deschênes, Mon meilleur

ennemi...? On arrive comment

dans ce domaine-là?


SUZANNE AUBRY

Bien, c'est arrivé en fait

par ma pièce de théâtre, par

La Nuit des petits couteaux,

parce que, Jean-Paul Fugère,

à l'époque, aimait beaucoup

la pièce - elle avait circulé

dans les couloirs de

Radio-Canada. Et puis, il y en

a qui songeaient à une

adaptation, qui s'est pas faite,

finalement. Mais c'est grâce à

cette pièce-là que M. Fugère

m'a confié... une minisérie.

J'étais toute jeune puis j'étais

un peu impressionnée. Il y avait

plus de 60 personnages. Ça

s'appelait Comment acheter son

patron. Et puis, évidemment,

j'ai accepté. Et puis, ç'a été

ma première... j'ai mis le pied

à Radio-Canada, à ce moment-là.

C'était comme ma première

expérience vraiment.

Après ça, j'ai fait Manon, avec

Guy Fournier, qui a été un peu

mon mentor sur le plan

télévisuel comme professeur,

si tu veux, parce que...

On n'apprend pas vraiment à

écrire, mais c'est un art qu'on

apprend en le pratiquant.


DANIEL LESSARD

C'est très différent d'une

pièce de théâtre ou d'un roman.

Il faut faire vivre les

personnages. Il faut qu'il y ait

des téléspectateurs qui

regardent ces émissions-là.


SUZANNE AUBRY

Oui, mais pour moi, c'est un

peu... c'est pas pareil, mais ça

se ressemble beaucoup. Parce

que, le téléroman, c'est dans

une petite boîte, là. Là, elle a

grandi, la boîte, mais c'est un

peu la même chose. Et puis,

il faut faire vivre des

personnages, il faut que les

gens s'y attachent pendant...

effectivement pendant... Il faut

qu'ils regardent l'émission,

qu'ils veuillent regarder la

suivante. Un peu comme les

romans-feuilletons de l'époque,

du 19e siècle. Sauf que... il

faut vraiment attirer les gens.

Mais au théâtre aussi, parce que

si on n'a pas un spectateur dans

la salle, on n'est pas bien

avancé. Alors les bons

dialogues, de bons personnages,

des histoires fortes, une voix

personnelle, forte aussi; je

pense que c'était un... c'est la

même chose pour moi.


DANIEL LESSARD

Est-ce que, une fois que t'as

remis le scénario, le texte au

réalisateur, est-ce que t'as

encore un mot à dire sur le jeu

des comédiens, sur la façon dont

on le fait? Si on change des

choses, est-ce qu'on te

consulte ou...?


SUZANNE AUBRY

Ça dépend beaucoup

des réalisateurs. On a eu

beaucoup, beaucoup de

réalisateurs. C'était de

grosses équipes, alors il y en a

qui étaient plus ouverts que

d'autres, il y en a qui me

laissaient aller dans... au

studio. On observait, on était

pas... Moi, j'étais pas le

genre, par exemple, à arriver

en studio puis à dire ce que je

pensais de ce que je voyais;

j'étais discrète. Mais je

regardais et j'observais

comment ça se passait. J'ai

toujours été une observatrice

de tout. Je suis très curieuse

de tout, tout, tout. Alors,

quand je suis quelque part,

j'observe, je regarde comment

les gens sont habillés, comment

ils parlent. C'est une seconde

nature pour moi, maintenant.


DANIEL LESSARD

C'est vrai qu'à une époque,

t'as été critique littéraire,

et très, très, très dure, que

tous les écrivains...


SUZANNE AUBRY

Je pense que j'avais 21 ans.

Je sortais à peine de l'École

nationale de théâtre. Et puis,

on m'avait confié, je sais pas

pourquoi, la chronique des

théâtres d'été au Devoir, la

critique de théâtre. Puis j'ai

accepté, bien sûr. Alors, je

faisais la tournée des pièces

de théâtre. Puis j'aimais

pas... à l'avance, j'étais pas

une fan du théâtre d'été, pas à

21 ans, puis une jeune auteure

qui voulait révolutionner le

théâtre, c'est certain, alors,

j'étais vraiment très dure. J'ai

pas relu mes articles.... j'ai

pas voulu les relire. Mais

j'ai fait ça pendant un été et

c'était quand même une bonne

expérience. Quand les

directeurs de théâtre me

voyaient arriver, ils

s'attendaient à voir une

ogresse... très, très grande et

terrible, arriver. Puis ils

voyaient une femme très

petite, quasiment avec des

tresses, un peu timide, en

plus. Alors, il y avait toujours

un choc, chaque fois. Mais ç'a

été une bonne expérience.


DANIEL LESSARD

Suzanne, peu d'auteurs ont

droit à un coffret de leurs

oeuvres. Ce coffret de la série

Fanette, comment il est arrivé?


SUZANNE AUBRY

C'est une surprise que Libre

Expression m'a faite, mon

éditeur, parce que bon, j'avais

terminé la saga, puis ils

faisaient une petite fête

pour fêter tout ça. Et puis,

ils m'ont apporté ce coffret.

J'ai éclaté en sanglots.

Je suis très... Moi, je ris

facilement puis je pleure

facilement aussi. Puis j'avais

une sorte de fantasme, comme

tous les auteurs, j'imagine,

d'avoir un coffret comme ça.

Alors, c'est vraiment un beau

cadeau.


DANIEL LESSARD

Et vous êtes

particulièrement... en amour

avec Balzac.


SUZANNE AUBRY

Je l'adore.


DANIEL LESSARD

Il y a de très beaux coffrets

de Balzac. Ça vous a inspirée

aussi, j'imagine.


SUZANNE AUBRY

Bien, c'est que je me disais

que j'étais...


DANIEL LESSARD

Vous avez déjà raconté

quelque part que, vous aussi,

vous aimeriez en avoir un.


SUZANNE AUBRY

Oui. Puis Balzac... Bon,

évidemment, ça, c'est

La Pléiade. Mais je me disais

que j'aimerais ça et... J'avais

l'impression d'être un petit,

petit Balzac, un Balzac

lilliputien, avec mon coffret.


DANIEL LESSARD

Donc, ça, c'est un

souvenir...


SUZANNE AUBRY

Ah, c'est un souvenir que je

vais toujours garder. Mais j'ai

pas regardé à l'intérieur. C'est

fou, hein? Je les ai laissés

dans le coffret en me disant:

Non...


DANIEL LESSARD

Pas osé l'ouvrir.


SUZANNE AUBRY

Non.


DANIEL LESSARD

Est-ce qu'un jour, il y aura

dans le commerce un coffret des

sept tomes de Fanette?


SUZANNE AUBRY

Oui, mais il sera pas aussi

beau que celui-là.

(Ils rient ensemble.)


DANIEL LESSARD

Suzanne, on l'a dit en début

d'entrevue, Fanette, sept

volumes en sept ans. Il faut

pas être un peu masochiste?


SUZANNE AUBRY

Non, c'est une belle folie.

Puis je prévoyais six. En

fait... on m'avait demandé d'en

écrire six. Déjà, c'était

complètement fou.

Quand ç'a été décidé, c'était

sur un coin de table, avec ma

directrice littéraire. Puis

elle m'a dit: "Pourquoi t'en

ferais pas six?" J'ai dit:

D'accord. Puis après ça, il y a

eu un contrat de signé puis je

me suis réveillé, le lendemain

matin, avec six tomes de

500 pages, chacun.


DANIEL LESSARD

Un par année.


SUZANNE AUBRY

Mais, après la panique, je me

suis dit: c'est merveilleux.

Je voyais comme une sorte de mer

devant moi, avec plein de

possibilités. Et je me suis

dit: Je commence par le

premier et si, après le

premier, j'ai dit ce que

j'avais à dire, je vais avertir

mon éditeur que ça s'arrête là.

Et je vais faire ça pour

chaque tome. Et c'est ce qui

est arrivé.


DANIEL LESSARD

Et il a fallu une recherche

exceptionnelle.


SUZANNE AUBRY

Énorme. Énorme. Et en amont,

mais aussi, pendant. Chaque

fois que j'écrivais, par

exemple, qu'il y avait une

nouvelle scène, à New York,

par exemple...


DANIEL LESSARD

Des nouveaux décors.


SUZANNE AUBRY

Oui. Au Nouveau-Brunswick,

quand je vais à Tracadie, tout

ça, alors là, les recherches

étaient continuelles. Mais je

dois dire que je suis une

fanatique de la recherche

aussi. J'adore découvrir des

choses nouvelles. Et par la

recherche, à certains moments,

ça me faisait découvrir des

bouts d'histoire que j'avais

pas prévus. Par exemple, la

léproserie à Tracadie. Je suis

tombée là-dessus par hasard,

et je me suis dit... Il y avait

toute une histoire qui se

déroulait pour un de mes

personnages.


DANIEL LESSARD

Qu'il fallait exploiter

absolument.


SUZANNE AUBRY

Exactement.


DANIEL LESSARD

Pourquoi une immigrante

irlandaise? T'as des racines

irlandaises?


SUZANNE AUBRY

Très lointaines. Mon ancêtre

lointain, lointain s'appelait

Tec O'Brennan. Et il est

venu en Nouvelle-France au

17e siècle. Donc, c'était pas

avec la Grande Famine - qui a

amené tellement, tellement

d'Irlandais au Québec et dans

le reste du Canada, et aux

États-Unis, au 19e siècle - qui

a été le coeur de mon histoire.

Ça m'intéressait parce que,

d'abord, c'est une tragédie

qu'on ne connaît pas

suffisamment, et je suis

fascinée par l'immigration. Je

trouve qu'on est tous des

immigrants. Et on est toujours

porté à se dire "les

immigrants, c'est les autres".

Mais non, on vient d'ailleurs.

Tout le monde vient d'ailleurs.

Il y a que les Amérindiens qui

viennent vraiment d'ici. Et

eux, encore, viennent peut-être

de... du Béring. Donc...


DANIEL LESSARD

Mais il reste, Suzanne, que

les Irlandais sont parmi ceux

qui se sont le mieux intégrés

au Québec. Pourquoi ç'a été si

facile pour eux et que c'est si

difficile pour d'autres?


SUZANNE AUBRY

Euh...


DANIEL LESSARD

Il y avait quand même la

barrière de la langue, là.


SUZANNE AUBRY

Il y avait la barrière de la

langue puis on se battait dans

les ruelles, quand même, entre

Irlandais catholiques et

francophones.


DANIEL LESSARD

C'est la religion qui nous...


SUZANNE AUBRY

Je pense qu'il y avait le

tempérament. Les Irlandais sont

de grands conteurs et les

Québécois francophones aussi.

Ils aiment la musique. Ça, c'est

un autre point en commun. Et

puis, catholiques, à l'époque,

je pense que ça a aidé

beaucoup. Il y avait, à Québec,

en particulier, que j'ai

beaucoup étudié parce que ma

petite Irlandaise arrive dans

la ville de Québec, il y avait

le père McGauran qui

s'occupait des orphelins

irlandais et tout ça. Et ils

parlaient, bien sûr. Ils se

sont intégrés parce que... par

nécessité aussi. Ils sont

arrivés par milliers à Québec.

Et donc, ils ont fait partie

du tissu social assez

rapidement.


DANIEL LESSARD

Bon, les religieuses, ça n'a

jamais été tes favorites, mais

dans tes romans, les Soeurs du

Bon Pasteur, c'est des héroïnes.

Elles jouent un rôle absolument

exceptionnel.


SUZANNE AUBRY

Oui. C'est très différent,

l'expérience que moi, j'ai vécue

à l'école... avec la religieuse

en 5e année qui voulait me

couper mes tresses. C'était

vraiment une maniaque.

Je l'ai détestée. Puis...

(Ils rient ensemble.)


SUZANNE AUBRY

... la découverte que j'ai faite

des religieuses de l'époque qui

étaient vraiment missionnaires

dans l'âme et étaient les

travailleuses sociales de

l'époque. Parce que, sans elles,

les gens auraient pas été

soignés, ils auraient pas été

éduqués. Les femmes étaient

recueillies; les prostituées,

par exemple, étaient

recueillies par les Soeurs du

Bon Pasteur. Elles allaient les

voir en prison pour les aider,

pour les nourrir, pour les

amener, les sortir de prison

aussi, puis les amener dans

leur pension. Et donc,

elles faisaient un travail

extraordinaire. Et j'ai

rencontré une religieuse, soeur

Claudette Ledet, au Bon

Pasteur, qui m'a ouvert des

voies fantastiques pour le

personnage d'Amanda qui, dans

l'histoire, devient prostituée,

malheureusement, comme

plusieurs Irlandaises à

l'époque, pour survivre. Et ça

m'a ouvert des portes

merveilleuses. La réalité,

je trouve, est un terreau

extraordinaire pour les

romanciers. On essaie

d'inventer plein de choses,

mais au fond, la réalité est

beaucoup plus intéressante,

souvent, que la fiction qu'on

peut inventer.


DANIEL LESSARD

As-tu l'impression, parfois,

de... Quelqu'un a déjà dit que

tes livres, ou d'un autre

auteur de romans historiques,

qu'on devrait faire lire ça dans

les écoles, que c'est mieux

que des manuels d'histoire, que

la romance qu'il y a à

l'intérieur de ça, aide à bien

comprendre. Je prends ton

exemple à toi; la ville de

Québec de la fin du 19e siècle,

elle est pas mieux décrite

que dans tes romans, nulle part

ailleurs.


SUZANNE AUBRY

Je pense qu'il devrait y

avoir un mélange des deux.

Je crois que les livres

historiques sont importants

pour apprendre les faits

historiques et les dates, et

tout ça, même si c'est un peu

plate, des fois, là, mais il y

a quand même des dates

qu'il faut savoir.

Par rapport au contexte, par

rapport... Quand c'est bien

écrit et puis qu'il y a quand

même un respect... des faits

historiques. Par exemple,

quand j'ai écrit sur la Grande

Famine, j'ai respecté les faits.

Par contre, mes personnages

fictifs, qui transportent

l'histoire, bien là, je me suis

permis beaucoup de...


DANIEL LESSARD

De jouer un peu...


SUZANNE AUBRY

De liberté, quand même, parce

que je suis une romancière,

d'abord et avant tout, je suis

pas un professeur d'histoire.

Il faut pas être barbant,

quand même.


DANIEL LESSARD

Donc, ta rigueur historique,

c'est important, mais il faut

pas non plus virer fou avec ça.


SUZANNE AUBRY

Non. Puis par exemple, aller

jusqu'à, par exemple, la

température qu'il faisait, une

certaine journée, il faudrait

que ce soit la même...

Je... marche pas là-dedans.

Je sais que c'est un extrême,

mais je pense qu'il faut... ne

pas faire d'erreur grave, mais

quand on est conscient du

travail qu'on fait, on peut se

permettre des accrocs. Et ça,

ça s'appelle la littérature.


DANIEL LESSARD

Tu pourrais refaire une autre

série historique de ce

genre-là?


SUZANNE AUBRY

Euh... oui, j'aimerais bien,

mais là, en ce moment, je

ressens le besoin de me mettre

en danger en faisant autre

chose. Donc, j'écris un roman

unique qui se passe au 21e

siècle avec quelques petites

racines historiques quand même,

j'ai pas pu m'en empêcher. Mais

c'est une histoire complètement

différente. Et j'avais

besoin... ça dormait dans un

coin de mon coeur puis j'avais

vraiment besoin de l'écrire.

J'aurais pu continuer Fanette

encore deux ou trois tomes

parce que j'avais beaucoup,

beaucoup de matériel, mais je

me suis dit: Je veux finir la

saga en beauté, je veux que les

gens s'ennuient de Fanette et

qu'ils veuillent lire un autre

roman. Mais ce roman-là va

être... pas historique,

cette fois-ci.


DANIEL LESSARD

D'ailleurs, c'est pas

impossible que Fanette revive

à la télé?


SUZANNE AUBRY

Bien, j'y travaille.

J'y travaille fort.


DANIEL LESSARD

C'est pas toujours évident.


SUZANNE AUBRY

Bien, c'est ça, le manque de

budget, malheureusement.

Mais moi, je suis très décidée,

je suis... assez obstinée.


DANIEL LESSARD

Têtue.


SUZANNE AUBRY

Têtue. Quand je commence

quelque chose, généralement,

et quand j'y crois... Il faut

vraiment y croire parce qu'il y

a personne qui va y croire à

notre place. C'est vrai

pour tout.


DANIEL LESSARD

Une version anglaise aussi,

une traduction de Fanette?


SUZANNE AUBRY

J'y travaille. J'ai engagé

une traductrice qui a fait une

première traduction, le premier

tome est traduit. Et j'ai un

directeur littéraire qui va

s'occuper de tenter de

convaincre des éditeurs en

langue anglaise.


DANIEL LESSARD

Élargir les horizons.


SUZANNE AUBRY

Élargir. Parce que c'est

quand même... Je trouve ça

merveilleux, le Québec, parce

que c'est très riche

culturellement. Puis il y a

beaucoup, beaucoup de bons

romanciers, de bons auteurs

dramatiques, il y a beaucoup de

bons écrivains. Mais le marché

est quand même petit. Alors,

c'est bien de pouvoir... sortir

de ses frontières.


DANIEL LESSARD

Élargir nos horizons.

Dites-moi, on sent parfois...

peut-être pas du dédain - le

mot est peut-être mal choisi -

ou du mépris, mais une espèce

de tendance à regarder de haut,

à lever le nez un peu sur les

romans historiques. Ça t'agace?


SUZANNE AUBRY

Des fois, mais j'essaie de

pas trop y penser. C'est vrai

que ça existe, ça. Il y a des

étiquettes. Et moi, j'aime pas

les étiquettes. Par exemple,

les romans policiers, on les

étiquette, c'est pas des

oeuvres, comme telles. Les

romans historiques, c'est un

peu la même chose, le

fantastique, les romans de

genre. Alors qu'en France, les

romanciers policiers sont très

honorés puis... Et la même

chose pour les romanciers

historiques, on les respecte

beaucoup. Je trouve que c'est

réducteur, les étiquettes, ça

donne pas grand-chose. Et il y

a des bons et des mauvais

romans, tout court.

(DANIEL LESSARD pointe à présent une pile de feuilles surlignées.)


DANIEL LESSARD

Suzanne, cette manie des

piles, qu'est-ce que c'est?


SUZANNE AUBRY

C'est que, quand on écrit un

roman, ça a l'air de rien, mais

avec les différentes versions -

parce que je suis une

obsessive, une maniaque du

détail et tout ça -, bien ça

finit... Un petit roman...

Comme Le Fort intérieur, c'était

mon premier roman, ça finit par

devenir une pile comme

celle-là. Et ça, c'est sans

compter... Tu vois, tous les

Post-it que je mets, avec

toutes sortes de notes... Et

puis, j'ai plein de notes à

l'intérieur aussi. Et puis, je

fais du montage. Je fais du

montage...


DANIEL LESSARD

Pourquoi? Parce que t'es très

méticuleuse ou parce que t'es

maniérée un petit peu?


SUZANNE AUBRY

Non, c'est vraiment parce

que je suis... je veux que ça

soit parfait et la perfection

s'atteint jamais.


DANIEL LESSARD

Absolument.


SUZANNE AUBRY

Mais je suis vraiment...

Pour moi, la structure est

très importante, que les

personnages soient bien

développés et tout ça. Alors,

j'arrête pas de faire des

changements.


DANIEL LESSARD

Et j'imagine que, si tu

prends tous les manuscrits,

tout ce qui t'a servi aux sept

romans de Fanette, la pile va

monter jusqu'au plafond?


SUZANNE AUBRY

Oui, mais j'en ai apporté, je

les ai pas tous apportés.


DANIEL LESSARD

Tu vas garder ça

indéfiniment?


SUZANNE AUBRY

Non, je pense que je devrais

faire un don, un don d'archives

parce que j'en ai tellement.

Puis... c'est fou à dire,

mais j'ai besoin de voyager

léger. Et je trouve qu'il est

temps que je me déleste un

petit peu, regarder en avant.


DANIEL LESSARD

Mais c'est dur de laisser

aller ces choses-là.


SUZANNE AUBRY

Mais il faut.


DANIEL LESSARD

Suzanne, tu fermes pas les

portes, t'es le genre à mener

plusieurs projets de front?


SUZANNE AUBRY

Bien, c'est-à-dire, pas en

écriture, généralement, mais là,

je me suis surprise à tromper

le roman que je suis en train

d'écrire avec un autre.


DANIEL LESSARD

Deux de front? Ah, oui?


SUZANNE AUBRY

Oui. C'était la première fois

que je faisais ça. Et j'appelle

ça "tromper" parce que j'avais

vraiment l'impression d'être

infidèle au roman que je suis

en train d'écrire. Puis j'ai

fait ça... j'ai fait un voyage

à Paris récemment. C'était

vraiment pour me ressourcer,

pour... sortir du quotidien,

parce que je suis constamment

enfermée dans mon bureau.

Et là, j'avais une idée qui me

trottait dans la tête depuis un

certain temps. Puis là, j'ai

commencé à écrire. Et c'est

un autre roman qui commençait à

fleurir là-bas. Alors, c'est...

c'est bon signe, quand même,

hein, ça veut dire que...


DANIEL LESSARD

Oui, oui, l'important, c'est

d'avoir des idées...


SUZANNE AUBRY

La page blanche, pour moi,

ça n'existe pas, c'est une

abstraction totale.


DANIEL LESSARD

L'inspiration est toujours là.


SUZANNE AUBRY

C'est-à-dire que, quand on

fait... qu'on a un bon sujet

et qu'on fait beaucoup de

recherches et qu'on travaille

fort, ça se peut pas qu'il y

ait une page blanche. S'il y

en a une, à mon avis, c'est

parce qu'il y a un problème de

structure, de personnages ou

qu'on a mal travaillé.

Je suis sévère...


DANIEL LESSARD

Il y a pas un matin ou

t'essaies d'écrire puis que...


SUZANNE AUBRY

Oui, mais c'est parce que je

suis dans une panne, parce que

j'ai mal compris, j'ai mal

cerné mon personnage, parce que

l'intrigue est pas assez bonne.

Et là, je me juge sévèrement,

dans ce temps-là. Alors, là, je

suis un peu coincée. Alors,

dans ce temps-là, je vais

partir prendre une marche. Je

vais pas rester dans l'angoisse

constamment parce que...


DANIEL LESSARD

Donc, l'angoisse de la page

blanche, pour toi, ça... non?


SUZANNE AUBRY

Non. C'est... un beau

problème, quand même.


DANIEL LESSARD

Suzanne, t'es impliquée dans

plusieurs organismes qui

s'occupent de littérature,

de livres... Est-ce que

l'industrie du livre est en

bonne santé?


SUZANNE AUBRY

C'est une grosse question.

Je pense qu'il y a des

problèmes. Il y a des

problèmes, d'abord parce qu'il

semble que moins de livres se

vendent, depuis quelques

années. Ça, c'est un premier

problème. Il y a beaucoup,

beaucoup de livres qui

paraissent par année. Là, je

parle de livres en langue

française; 40 000 titres

par année.


DANIEL LESSARD

C'est beaucoup, hein?


SUZANNE AUBRY

C'est énorme.


DANIEL LESSARD

C'est trop?


SUZANNE AUBRY

Bien, ça, j'irais pas... Je

peux pas dire, comme écrivain,

qu'il y a trop de livres. Je

pourrai jamais dire ça. Mais

il y en a beaucoup. Et pour

les libraires, quand ils

reçoivent les nouveautés, ils

les ont, ils doivent les

placer, il faut que ça soit

placé pour que les gens

puissent les voir. Et ce qui

est très triste, je trouve,

c'est que les retours... Ce

qu'on appelle les retours, c'est

que les livres restent un

certain temps en librairie

puis sont retournés, après ça,

chez les éditeurs, se font de

plus en plus rapidement. Alors,

un jeune auteur qui arrive avec

un titre, même s'il est très

intéressant, s'il passe

seulement cinq semaines ou six

semaines en librairie,

qui va le voir?


DANIEL LESSARD

Oui. Est-ce que les

programmes de subvention, tant

du gouvernement fédéral que du

gouvernement québécois sont

suffisants, bien adaptés?

Est-ce qu'ils aident vraiment

les éditeurs ou s'ils les

encouragent à publier, publier,

publier avec un souci de

qualité qui, parfois,

laisse à désirer?


SUZANNE AUBRY

Moi, je pense qu'ils sont

très bien. Il y a la loi 51

qui est très, très importante

parce que, sans subventions,

évidemment, l'industrie du

livre n'existerait pas. C'est

la même chose en télévision,

puis la même chose en cinéma.

Parce qu'on n'a pas un énorme

marché. Aux États-Unis, bien

sûr, ils peuvent se targuer de

ne pas avoir de subventions,

bien qu'il y en ait quand même

ici et là, parce que c'est un

énorme marché. Mais ici, c'est

vraiment un marché protégé

nécessairement à cause de la

petite taille. Mais, en gros,

je pense que... il y a jamais

assez d'argent, il en faudrait

toujours plus, mais qu'on a

quand même un bon système

qui aide les créateurs. Il

faudrait plus de sous pour les

créateurs. Il y en a pas assez.


DANIEL LESSARD

Chaque année, il y a des

librairies qui disparaissent,

une bonne demi-douzaine, l'an

passé. Il y en a très peu de

nouvelles qui arrivent dans le

décor. Ça aussi, c'est

inquiétant, non?


SUZANNE AUBRY

Oui, c'est inquiétant. Quand

il y a une librairie qui ferme,

c'est comme... je trouve que

c'est comme... une vie qui

disparaît. Dans les quartiers,

particulièrement, il y en a eu

vraiment trop, depuis quelques

années. Et c'est un lieu de

connaissances qui disparaît,

c'est un lieu de diffusion des

livres qui disparaît.

Et c'est... Et je pense pas que

les gens ont arrêté de lire ou

lisent moins. Je pense pas que

ça soit ça. Je crois que les

gens ont moins d'argent.

Ils vont aller en bibliothèque,

par exemple. Les prêts, en

bibliothèque, c'est des listes

d'attente...


DANIEL LESSARD

Les listes d'attente sont

très, très longues pour

certains livres.


SUZANNE AUBRY

Exactement. Et puis, les gens

sont beaucoup sur des jeux...

toutes sortes de jeux. Puis

ça prend du temps, ça.

Alors il y a peut-être un petit

peu moins de temps pour

la lecture.


DANIEL LESSARD

Les grandes surfaces,

c'est un problème?


SUZANNE AUBRY

Pas pour moi. Moi, je trouve

que... Je suis très sincère, je

vends beaucoup en grande

surface, puis je trouve que

c'est important d'avoir des

lieux de distribution partout.

Le plus possible. Moi, je

pleure quand ils disparaissent.


DANIEL LESSARD

Le livre papier, Suzanne,

il va disparaître?


SUZANNE AUBRY

Je pense pas. Non. Encore mon

optimisme peut-être. Non, je

crois qu'il y a trop de gens

qui aiment le livre papier, même

les jeunes continuent à aimer le

livre papier. Il se transforme,

c'est sûr que le numérique est

là pour rester, mais je ne crois

pas qu'il mette en danger, à

long terme, le livre. Je crois

que c'est un autre support. Et

moi, plus il y a de supports...

plus je suis contente. C'est

une autre façon de lire. Par

exemple, des personnes qui ont

des problèmes de vision vont

aimer lire sur des liseuses

ou des tablettes. Je les

comprends. On parlait, à un

moment donné, des livres qui

sont trop lourds pour certaines

personnes, bien, les livres

numérisés sont pas lourds du

tout. En voyage, moi, je vais

peut-être craquer... Juste pour

les voyages, parce que je passe

ma vie, sept heures souvent,

devant l'ordi, ça fait beaucoup

de temps passé devant l'ordi.

Alors parlez-moi pas d'une

liseuse chez nous, quand je lis,

c'est un livre papier, c'est un

besoin physique, un besoin

psychique aussi. Et j'aime la

texture, le parfum des livres.

J'aime savoir où je suis

rendue. Parce que sur une

liseuse, tu peux pas

feuilleter. Moi, je mets un

signet pour savoir quand je

vais arrêter de lire puis

j'adore dépasser mon signet.

C'est des choses qu'on peut pas

faire avec...


DANIEL LESSARD

... avec une liseuse.

En terminant, Suzanne, l'avenir,

il est prometteur, l'avenir

du livre?


SUZANNE AUBRY

Il va être comme... C'est

comme le cinéma, c'est comme le

théâtre, ça va toujours être en

danger, on va toujours penser

que ça va disparaître, et pour

moi, ça disparaîtra jamais. Ça

va juste prendre des formes

peut-être un peu différentes.


DANIEL LESSARD

Chère Suzanne,

merci infiniment.


SUZANNE AUBRY

Ça m'a fait plaisir.

(Générique de fermeture)

Épisodes

>Choisissez une option de filtrage par âge, fiction, ou saison

  • Catégorie Saison
  • Catégorie Documentaire
  • Catégorie Reportage

Résultats filtrés par