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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Chantal Vallée : entraîneure de basketball, Univ. de Windsor

En 2005, l’équipe de basketball féminin de l’Université de Windsor était une des pires au Canada. Elle n’avait gagné aucun championnat en 50 ans d’existence. Mais cette année-là, tout a changé.

Une nouvelle entraîneure en chef est arrivée en ville. Chantal Vallée, originaire de Joliette au Québec, avait déjà dirigé l’équipe provinciale du Québec, et elle avait été adjointe à l’Université de la Colombie-Britannique et à McGill. Mais mieux encore, elle venait de passer deux ans à étudier des équipes à succès.

Le sujet de sa thèse de maîtrise : Comment construire une équipe universitaire gagnante.
Elle a tout de suite mis sa théorie en pratique et petit à petit, l’équipe de Windsor a commencé à gagner.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles: des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invitée, CHANTAL VALLÉE, entraineuse en chef de l'équipe de basketball féminin de l'Université de Windsor, on montre des images extérieures de la ville de Windsor ainsi que d'un entraînement de l'équipe.


GISÈLE QUENNEVILLE

En 2005, l'équipe de

basketball féminin de

l'Université de Windsor était

une des pires au Canada. Elle

n'avait gagné aucun championnat

en 50 ans d'existence. Mais

cette année-là, tout a changé.

Une nouvelle entraîneure en chef

est arrivée en ville. Chantal

Vallée, originaire de Joliette,

avait déjà dirigé l'équipe

provinciale du Québec et elle

avait été adjointe à

l'Université de la

Colombie-Britannique et à

McGill. Mais mieux encore, elle

venait de passer deux ans à

étudier des équipes à succès.

Le sujet de sa thèse de

maîtrise: comment construire

une équipe universitaire

gagnante. En 2010, Chantal et

son équipe se sont rendues en

finale des Championnats

canadiens. En 2011, les filles

ont remporté le trophée. Un

exploit qu'elles ont répété à

plusieurs reprises depuis.


CHANTAL VALLÉE

(hors champ)

Le rôle de coach a beaucoup

changé avec les années. Je me

décris souvent comme une

monoparentale avec 12 enfants.

(L'entrevue se déroule tantôt dans un gymnase, tantôt dans une salle qui sert à faire le suivi médical des joueuses.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Chantal Vallée, bonjour.


CHANTAL VALLÉE

Bonjour!


GISÈLE QUENNEVILLE

Chantal, vous êtes arrivée à

l'Université de Windsor en

2005. À l'époque, l'Université

de Windsor, c'était une équipe

perdante. À l'intérieur de

quelques années seulement, vous

avez réussi à prendre cette

équipe-là et d'en faire une

équipe championne nationale.

Qu'est-ce qui s'est passé entre

2005 et ce premier Championnat

national en 2011?


CHANTAL VALLÉE

Beaucoup de choses. C'est

quand même six ans. C'est

tellement beaucoup de travail,

d'effort, beaucoup de passion.

La première chose qu'on a faite

comme équipe d'entraîneurs,

c'est qu'on a établi une vision.

Pour nous, c'était important de

s'établir fortement dès le

départ en disant: « On vient ici

comme équipe d'entraîneurs pour

transformer le programme et

s'assurer qu'en cinq ans,

c'était notre objectif, qu'on

devienne champion national. »

Évidemment, maintenant, on

connaît l'histoire, on l'a pas

fait en cinq ans, on l'a fait

en six.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est pas si mal.


CHANTAL VALLÉE

Mais quand même! C'était

l'idée d'avoir une vision, des

buts, des objectifs précis et

de créer ensuite de ça des

petits objectifs entre ces

années-là. Donc à chaque année,

on avait un objectif de se dire:

Année numéro un, on veut

terminer et on veut faire les

séries éliminatoires. Ce qu'on

a fait. Numéro deux, on va se

rendre un petit peu plus loin.

Donc de vraiment diriger

l'équipe vers ce rêve ou cette

vision, jusqu'à ce qu'on soit

capables d'accomplir l'objectif.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais cette équipe était une

équipe perdante quand vous êtes

arrivée en 2005, qu'est-ce qui

vous a attirée à l'Université

de Windsor?


CHANTAL VALLÉE

C'est ça. C'est sûr que ça a

l'air un peu bizarre. Mais à ce

moment-là, j'étais toute jeune,

je n'avais jamais coaché une

équipe universitaire comme

entraîneure-chef, mais j'avais

fait trois ans d'études à

l'Université McGill sur comment

transformer un programme, et

pas juste un programme de

basketball. Vraiment, ma

maîtrise était là-dessus, mais

toute la recherche était surtout

au niveau leadership. Qu'est-ce

que des gens font pour prendre

une organisation quelconque et,

à travers les années,

transformer peut-être un

business qui ne fonctionne pas

en une business qui rapporte

des millions de dollars, une

équipe perdante en une équipe

gagnante? Et finalement, j'avais

appliqué sur cet emploi, où il

n'y avait pas eu beaucoup

d'intérêt, faut aussi bien se

le dire. Y avait pas beaucoup

d'entraîneurs qui voulaient

venir coacher une équipe qui

n'avait pas gagné depuis...

plus ou moins 50 ans. Pour moi,

c'était un défi. Pour moi,

c'était une occasion

d'appliquer pratiquement ma

maîtrise, mes recherches, de la

théorie à la pratique. Donc

c'était super motivant

pour moi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais pensiez-vous vraiment

réussir à faire ça en cinq ou

en six ans?


CHANTAL VALLÉE

Alors ça, c'est une bonne

question. C'est sûr qu'au

début, je me dis: On part, on y

va, je suis motivée. Et ça, ça

dure deux mois, jusqu'à ce qu'on

se rende compte que, wow, c'est

vraiment dur. Les joueuses

m'aiment pas. T'arrives comme

un nouveau coach puis tu serres

la vis un peu. C'est difficile

sur le programme. Y a des

joueuses qui doivent s'adapter,

certaines qui se disent:

Ça fait deux, trois ans, quatre

ans que je suis ici et on a

jamais fait de musculation.

On fait pas d'entraînement,

de course à l'extérieur du gymnase

puis ce coach-là vient du Québec

pour nous dire quoi faire.

Y avait des tensions et c'était

pas facile, sur les joueuses,

sur l'équipe et moi-même.

Je me suis entourée d'une équipe hors

pair d'entraîneurs, de staff

qui m'aidaient et puis on a

continué à pousser jusqu'à ce

que, évidemment, on arrive à

voir le changement puis d'aller

de l'avant.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est sûr que le coach est

une partie importante, mais les

joueuses aussi, c'est une

partie importante d'une équipe.

Comment vous faites pour

choisir les filles qui vont

jouer pour l'Université

de Windsor?


CHANTAL VALLÉE

C'est tellement important.

C'est sûr que le succès ne

serait pas possible sans avoir

les joueuses qui doivent

évidemment performer. Donc la

partie de la vision, c'était de

recruter les meilleurs joueurs,

non seulement en Ontario, au

Canada, mais à travers le

monde. Lorsque j'ai commencé,

on avait pas de bourses

d'études. Maintenant, on en a

pour les athlètes jusqu'à un

certain maximum. Donc ça nous

aide un peu. Mais fallait

vraiment que je trouve toute ma

façon d'être la meilleure

vendeuse possible pour vendre

Windsor ou vendre une équipe

qui ne gagnait pas, pour me

vendre moi, qui étais toute

jeune, qui avais pas

d'expérience, qui avais jamais

gagné. Ça a était vraiment un

défi assez... assez complexe

puis assez difficile. Mais ce

que j'ai trouvé, c'est qu'une

fois de temps en temps, pour à

peu près, sans blague, tous

les 50 joueuses et parents que

je parlais, que je rencontrais,

y en avait une qui se disait:

j'aime la vision. J'aime l'idée

que Windsor est dernier au

pays, mais que dans cinq ans,

je vais être championne

nationale. Je sais pas pourquoi,

mais ça les accrochait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors comment est-ce qu'on

prend ce talent brut et on en

fait une équipe gagnante?


CHANTAL VALLÉE

De prime abord, plus important

que le talent, c'est vraiment

une question de caractère.

Et j'ai passé sur des joueuses

qui n'avaient pas un bon

caractère, mais qui étaient

extrêmement talentueuses, même

des joueuses locales parfois.

Parce que je voulais aller

chercher du caractère. Comment

on change le talent brut en

gagnant, c'est avec le

caractère. Alors si, de prime

abord, on a une joueuse qui est

très talentueuse, mais qui est

peut-être centrée sur elle-même,

qui travaille pas bien avec une

équipe, qui ne respecte pas

l'autorité... C'est sûr qu'il y

a toujours un lousse où on peut

enseigner cela. Puis ça fait

partie de notre job. Mais à un

moment donné, faut passer à un

autre athlète et dire: « Écoute,

on te remplace, on te renvoie

de l'équipe ou simplement, on

ne te recrute plus pour aller

chercher du caractère en premier

qui a du talent. »


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est important

pour vous, pour votre équipe

d'avoir des joueuses

de la région?


CHANTAL VALLÉE

C'est super important. Puis de

prime abord, quand je suis

arrivée, les joueuses de la

région, qui étaient les

meilleures, s'exilaient aux

États-Unis. C'était la bourse

complète, c'était un petit

peu... Surtout en étant à

Windsor, on est à cinq minutes

de Detroit. Y a beaucoup

d'Américains ici. C'est une

mentalité très américaine. Les

joueuses locales n'étaient pas

intéressées. J'ai été très

choyée d'avoir des joueuses du

Québec, qui étaient assez

bonnes pour aller jouer,

justement, dans la NCAA, qui

n'ont pas aimé leur expérience

et qui m'ont recontactée au

retour, dire: « Chantal, t'es

rendue où?

(propos en anglais et en français)

On a joué pour toi,

puis on sait que ça va être

safe. On sait qu'on va gagner,

qu'on va être bien traitée. »

Et je leur disais: « Je suis à

Windsor. » Et elles sont

revenues jouer pour moi à

Windsor. Et ça, c'est ce qui a

fait déboucher l'équipe en

premier. Lorsque ce talent est

revenu à Windsor, je pense que,

là, les gens ont commencé à

tourner des têtes, localement,

en se disant: Cette athlète est

venue ici. Et là, j'ai eu

beaucoup plus de succès à aller

recruter des filles locales. Et

finalement, depuis les dernières

années, toutes les meilleures

joueuses locales ou presque

sont restées à Windsor. Ce qui

a fait de nous l'équipe

championne nationale avec le

plus de locales sur le terrain.

Mais aussi, on a même créé des

vagues un petit peu au niveau

international.


GISÈLE QUENNEVILLE

Justement, ces filles

viennent ici pour jouer au

basketball, mais aussi,

j'imagine, pour avoir une

éducation. Alors comment est-ce

qu'on fait pour équilibrer les

deux et quel est votre rôle

là-dedans?


CHANTAL VALLÉE

Je pense que parce que j'ai

fait une maîtrise, je comprends

l'importance des études. C'est

important pour moi. Donc nous

avons des séances d'étude

obligatoires pour les joueuses.

Nous avons des tuteurs pour les

joueuses. Et c'est vraiment moi

qui « monitore » tout ça, qui

s'assure que les joueuses se

rendent à la bibliothèque, qui

s'assure que tout mon staff...


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est pas une coach! Vous êtes

une mère!


CHANTAL VALLÉE

C'est un peu ça. Le rôle de

coach a beaucoup changé avec les

années. Et je me décris souvent

comme une monoparentale avec 12

enfants. C'est vraiment comme

ça. Faut vraiment que j'en

prenne soin. Parfois, si elles

sont malades, faut que je les

reconduise à l'hôpital, faut que

j'aille les emmener à un

rendez-vous là-bas. Je les aide

avec l'école. Évidemment, je

les entraîne, je les pousse en

entraînement. Mais c'est

vraiment... les parents me

confient leurs athlètes et puis

je les transforme en

championnes sur le terrain et à

l'extérieur du terrain aussi.

(La joueuse ÉMILY PREVOST participe à l'entrevue.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors là, on va parler à

Emily, qui est joueuse de

basketball dans l'équipe de

Chantal. Ça fait combien

d'années que...


ÉMILY PREVOST

C'est ma 2e année.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis? Ça se passe bien?


ÉMILY PREVOST

Oui, très bien. L'année

passée, on a gagné le

championnat, le premier de ma

carrière. Ça, c'était

vraiment... quelque chose de

nouveau et excitant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi t'es venue à

l'Université de Windsor?


ÉMILY PREVOST

Le programme sûrement a été

le premier dans le pays. Quand

je suis venue ici, Chantal a

entraîné le cégep où j'ai joué.

C'était vraiment ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment tu les choisis,

Chantal?


CHANTAL VALLÉE

Écoute, quelqu'un comme

Emily, c'était vraiment spécial.

Parce que c'est sûr qu'elle

venait du cégep Vanier. J'avais

coaché là-bas y a peut-être

huit ans. Puis je demande

toujours aux coachs: « Est-ce

qu'il y a des athlètes qui sont

intéressants? » « Oui, j'ai une

bonne athlète que peut-être tu

voudrais voir. » Alors j'ai pris

l'avion, je suis allée voir

jouer Emily. Je l'ai regardée

jouer puis j'ai comme fait wow!

Un leadership hors pair sur le

terrain. Elle parlait beaucoup.

Tu voyais qu'elle avait vraiment

le respect de ses coéquipières.

Une performance extraordinaire

quand je suis allée la voir

jouer. Je savais qu'elle avait

de l'intérêt à venir jouer pour

l'équipe numéro un. Alors je

m'assois là puis elle a vraiment

une super belle performance.

Par la suite, on s'est assise

puis j'étais assise avec ses

parents. Je savais même pas.

Super monsieur, super madame.

On jasait tout le match. Et

Emily vient s'asseoir à côté de

moi après le match. On

regardait les gars. Puis là, je

me suis rendu compte de sa

personnalité. Bonne étudiante

à l'école. Vraiment, on appelle

ça...

(propos en anglais et en français)

On dit une blue chip dans

notre monde de recrutement. Et

je me suis dit: faut emmener

cette fille-là de Montréal à

Windsor. Je pense qu'elle va

nous aider à continuer à bâtir

un programme qui est champion

national.

(On présente un extrait vidéo dans lequel CHANTAL VALLÉE parle de ses joueuses.)

(Début extrait vidéo)


CHANTAL VALLÉE

(Propos traduits de l'anglais)

Du sang. De La sueur.

Mais pas de larmes, ni regrets.

Ces femmes sont des leaders.

Elles sont puissantes, passionnées.

Elles sont les meilleures

joueuses de basketball

au Canada.

(Fin extrait vidéo)


GISÈLE QUENNEVILLE

Chantal, si vous êtes coach de

basketball, j'imagine qu'à un

moment donné, vous avez été

joueuse de basketball.


CHANTAL VALLÉE

Bien oui. Les gens assument

ça et c'est vrai un peu. Écoute,

j'ai joué au secondaire. J'ai

été à une école privée à

Joliette. J'ai joué là pour

trois ans, quatre ans peut-être

même.

J'ai joué au collège

Assomption, au cégep. Quand je

suis arrivée à l'université,

moi, je parlais pas anglais.

J'avais été recrutée un peu par

l'Université Bishop. Je suis

allée faire un tour de campus.

Mais là, j'avais comme un petit

peu le doute que je pouvais

faire tout un programme

universitaire en anglais. Alors

j'ai décidé d'aller à l'UQAM,

qui n'avait pas de programme de

basketball féminin. Alors j'ai

arrêté de jouer. Là, ça m'a

manqué et c'est pour ça que

j'ai commencé à coacher. Donc

c'est un peu, dans le fond,

l'idée de vouloir continuer à

faire partie de la compétition,

mais sans pouvoir jouer. Alors

je n'ai jamais joué au niveau

universitaire canadien.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez grandi à Montréal,

vous avez fait vos études à

Montréal, à l'UQAM, mais

ensuite à McGill pour la

maîtrise. Et vous vous êtes

retrouvée à Windsor. Est-ce que

c'était un choc pour vous?


CHANTAL VALLÉE

J'aurais aimé coacher à

Montréal. Y avait pas

d'opportunités à ce moment-là.

Et lorsque je suis venue faire

l'entrevue à Windsor, j'ai été

surprise du nombre de

francophones dans cette

communauté. On a même trois

écoles francophones.


GISÈLE QUENNEVILLE

Secondaires.


CHANTAL VALLÉE

On a plusieurs écoles

immersions aussi. J'ai fait des

camps de basket en français

pendant plusieurs années à

Windsor. Alors ça, c'était

super. Fait que ça a été un

choc de déménager en Ontario,

oui. Travailler en anglais, oui.

J'étais pas très bonne en

anglais quand j'ai eu l'emploi.

Mais on développe le langage,

on développe nos habitudes puis,

écoute, je suis super contente

ici. Je me sens choyée d'être

à Windsor.


GISÈLE QUENNEVILLE

L'équipe, je pense, a une

certaine implication

communautaire ici dans la

région. Parlez-nous un peu des

liens qui existent entre

l'équipe et les gens de Windsor.


CHANTAL VALLÉE

Une de mes visions, c'était

de recréer une équipe un peu

plus professionnelle, dans

le sens que je voulais vraiment

que la communauté s'implique

dans nos matchs. Et puis c'était

un petit peu une stratégie qu'on

avait développée, que si on est

capables de se rendre dans la

communauté, de se rendre

visibles, plus les gens

allaient venir nous voir, plus

ils allaient établir une

relation avec mes joueuses, je

me disais: j'ai vraiment des

filles de caractère hors pair.

Les fans et les gens vont

vouloir venir voir le match et

c'est exactement ce qui

s'est passé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais les filles, est-ce

qu'elles ont le temps

de faire ça?


CHANTAL VALLÉE

Elles ont le temps, elles

prennent le temps et elles

doivent prendre le temps. Ça

fait partie du programme ici.

Lorsqu'on vient ici, je veux

vraiment et j'explique à leurs

parents lorsqu'on les recrute,

c'est pas juste du basket, c'est

pas juste l'école. C'est un

développement complètement

total d'un athlète, où je vais

même les emmener parler

publiquement dans différents

endroits avec moi. Il faut

qu'elles apprennent à

travailler un endroit avec tous

les gens de business et tout ça.

Donc ce côté développement-là,

communautaire, je pense, les

aide aussi dans leur vie

personnelle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez donné des camps

également. Les filles donnent

des camps de basket.


CHANTAL VALLÉE

Toujours, oui. Les filles

font des camps de basket durant

l'été. Elles en font parfois

durant les fins de semaine.

Elles développent les jeunes

dans la communauté, se font

connaître. Et encore une fois,

c'est pas juste le basket.

Lorsqu'elles font un camp,

elles enseignent le basket, mais

y a toujours un côté leadership

aussi où elles vont parler

d'elles-mêmes, elles vont

parler de leur expérience, pour

que les jeunes se sentent

inspirés. Ce qui est super

intéressant, c'est que puisque

ça fait maintenant presque 10

ans que je suis ici, y a des

filles qui avaient neuf ans,

dix ans, onze ans, qui font

maintenant partie de l'équipe,

à qui on a parlé lorsqu'elles

étaient à l'école primaire à ce

moment-là. C'est le fun d'avoir

ça. Puis elles ont vu mes

anciennes joueuses. Elles

voulaient devenir comme elles.

Et maintenant, c'est elles qui

portent l'uniforme des Lancers.


GISÈLE QUENNEVILLE

Chantal, ça fait une dizaine

d'années, presque, que vous êtes

ici. Avez-vous encore des défis

à relever ici?


CHANTAL VALLÉE

En fait, surtout après le

premier championnat, on avait

travaillé six ans pour

accomplir quelque chose qu'on

avait maintenant accompli

puis je me suis sentie un peu

vide. Tout le monde était

content. Et moi, je me

rappelle, j'étais presque en

larmes. Je me suis dit: ma

carrière est finie. J'ai passé

toute ma vie... Six ans, toute

ma vie! à vouloir accomplir

quelque chose et c'est fait.

Maintenant quoi? Puis quand j'ai

regardé mon équipe l'année

d'après, j'ai eu de la

difficulté à me motiver. Pour

être très honnête, je trouvais

ça dur de venir au travail.

Je me suis dit: elles vont en

gagner un autre, ça fait quoi?

Et soudainement, j'ai regardé

mes nouvelles joueuses. J'en

avais à peu près trois ou

quatre par année. Et elles,

elles n'avaient jamais gagné.

Elles n'avaient pas

expérimenté ça et je me suis

dit: attends un peu, ça, c'est

important pour ces quatre

filles-là. Et c'est comme le

désir de vouloir leur faire

expérimenter d'escalader cette

montagne et d'aller au sommet

et de planter notre drapeau. Ça

m'a comme remotivée. Et

maintenant, je veux redonner à

ces nouvelles joueuses-là à

chaque année. Puis ça, pour

moi, c'est un défi. Parce que

c'est une nouvelle équipe. Mes

meilleures joueuses graduent

toujours, je dois continuer à

gagner malgré la graduation des

meilleures joueuses. Ça, c'est

un super défi.

(L'entrevue se poursuit alors que l'entraînement de l'équipe vient de se terminer.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Chantal, vous venez de finir

une pratique, vous avez un match

demain. Qu'est-ce que vous

vouliez faire dans cette

pratique-ci?


CHANTAL VALLÉE

Alors pour nous, c'est très

important dans la dernière

pratique avant le match, on va

très intense et beaucoup plus

court.


GISÈLE QUENNEVILLE

À certains moments durant la

pratique, vous leur demandiez

de faire des sprints, d'un bout

à l'autre du terrain. Après,

vous leur demandiez à quoi vous

pensiez. Pourquoi vous leur

demandez ça?


CHANTAL VALLÉE

Si on demande, je pense, à

tous les athlètes et les

entraîneurs de haut niveau, et

on dit souvent: qu'est-ce qui

est le plus important? La

préparation physique ou

mentale? Qu'est-ce qui fait

gagner un match? Tout le monde

va dire: « C'est le mental. »

Alors lorsqu'elles font des

petits sprints, à quoi tu

penses, Cheyenne? Évidemment,

elle pensait à son lancer franc

qu'elle avait manqué. Je pensais

que j'ai manqué mon lancer

franc. La prochaine fois, il

faut que je le fasse. Et je

leur dis: non, c'est fini, ça.

T'as manqué ton lancer franc.

Tu vas le faire, le prochain. Ce

à quoi il faut que tu penses,

c'est que tu sprintes. Quand

dans un match, que tu sprintes,

tu sprintes pour aller au

panier, pour aller en défense,

alors fais la punition

concrète. Dans un match, on

manque un lancer franc,

qu'est-ce qui se passe? On va

sprinter en défense. Prochain

jeu, prochain jeu, prochain

jeu. Toujours penser dans le

futur. En étant dans le

présent. Alors il faut rester

dans le présent. Et le passé,

c'est qu'on a fait l'erreur. On

oublie. Présentement, je fais

un sprint. Alors pourquoi je le

fais? Donc c'est vraiment de

changer cette réponse-là

d'erreur qu'on fait. C'est une

très belle habileté de vie aussi

pour arriver à laisser passer

nos erreurs, à se pardonner

puis à passer à d'autres

choses, passer à l'avant.

(On présente un extrait vidéo d'une intervention du député BRIAN MASSE à l'Assemblée législative de l'Ontario qui vise à souligner la performance de l'équipe de basketball féminin de l'Université de Windsor.)

(Début extrait vidéo)

[Début information à l'écran]

Brian Masse, Windsor West, ON

[Fin information à l'écran]


BRIAN MASSE

(propos traduits de l'anglais)

Le jeu des Lancers, sous le

leadership de Chantal Vallée,

s'est hissé parmi l'élite du sport

universitaire et est devenu

la référence du basketball féminin

du Canada.

(Fin extrait vidéo)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, Chantal, je sais que

vous allez recruter des filles

à l'étranger pour venir jouer

à l'Université de Windsor. Mais

vous-même, vous allez coacher

parfois à l'étranger. Vous êtes

allée au Brésil avec l'équipe

nationale brésilienne.

Parlez-moi de cette

expérience-là.


CHANTAL VALLÉE

C'est une expérience

extraordinaire. Je veux dire,

moi, j'ai eu la chance d'être

impliquée dans l'équipe

nationale canadienne depuis

plusieurs années.

Et cet été, j'avais une année de

congé. Alors je me suis dit:

Aller chercher de l'expérience

internationale, avec d'autres

équipes, pour apprendre d'autres

cultures, comment eux

travaillent avec leur équipe

olympique serait super. Donc on

avait un lien entre l'Université

de Windsor et la Fédération

brésilienne de basketball. On a

fait un lien pour faire un

échange. Je suis allée là-bas

pendant un été. Et eux vont

venir apprendre de l'Université

de Windsor. Alors j'ai passé

avec toute l'équipe environ

cinq à six semaines durant

l'été. Et c'était super de

passer, de voir comment une

autre équipe olympique

travaille avec leurs athlètes.

Au niveau préparation physique,

mentale, les entraîneurs, tout

ça. C'était vraiment... Ça m'a

vraiment ouvert les yeux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est

très différent?


CHANTAL VALLÉE

C'est très différent.

Premièrement, c'est très

culturel. Y a beaucoup

là-bas... tu sais... la chose

la plus différente en fait,

là-bas, c'est super émotionnel.

Si on gagne, c'est à cause du

cœur. Au Canada, on gagne

parce qu'on travaille fort.

Juste ça puis tous les speechs

des coachs, l'entraînement

comment c'est fait, l'énergie

au Brésil. Y a aucune défense

là-bas. Là-bas, c'est l'attaque,

l'attaque et le cœur. Puis

ici, c'est la défense, les

principes. On est tellement un

peu comme des robots. Là-bas,

c'est comme un peu des danses.

C'était fou pour moi d'arriver

à voir ça. Puis j'étais

quasiment aux extrêmes. L'équipe

nationale canadienne, qui est

l'une des meilleures équipes

défensives au monde, et l'équipe

brésilienne qui est l'une des

meilleures équipes offensives

au monde. C'était incroyable.

Alors j'ai appris. Et ça, c'est

vraiment ce que je voulais

aller chercher. C'était quelque

chose de différent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce que vous faites

avec cette information-là, ce

vécu-là lorsque vous revenez à

Windsor avec votre équipe?


CHANTAL VALLÉE

Moi, je reviens ici et j'ai

dit: « Les filles, on va jouer

un petit peu plus brésilien. »

Puis j'aime ça, parce que, dans

le fond, mes souches

québécoises, notre sang latin,

ça m'a beaucoup touchée. Le côté

artistique avec lequel les

entraîneurs allaient chercher

la passion des joueuses. Puis

je trouvais que je « fittais » bien

là-dedans. C'était beaucoup

plus... un peu comme mes

souches à moi. Alors on est

arrivés, puis c'est drôle,

parce que cette année, on est

vraiment l'équipe la plus

« potente » au niveau national. Et

on est peut-être pas la

meilleure défensive. Ce qu'on a

été depuis plusieurs années.

Mais on est pas loin. On attaque

beaucoup plus. On est beaucoup

plus créatives, je pense, au

niveau attaque qu'on l'a été

dans les années passées.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous parlez des filles qui

peuvent jouer de façon

professionnelle aux États-Unis

ou en Europe, mais c'est pas

pareil comme les gars. Les

gars, ils peuvent caresser ce

rêve d'aller jouer dans la NBA

puis devenir Lebron James et

gagner des centaines de

millions de dollars dans une

carrière. Les filles peuvent

pas vraiment caresser ce

rêve-là.

Elles peuvent aspirer à quoi,

les filles?


CHANTAL VALLÉE

En fait, c'est pour ça que

l'école est très importante. On

parle toujours d'avoir des

étudiantes athlètes. Et c'est

pour ça qu'on veut que nos

joueuses graduent avec une

bonne base académique. À moins

qu'elles soient complètement

hors pair... Et on a eu la

chance, dans le programme de

Windsor, d'envoyer cinq joueuses

professionnelles, quatre qui

jouent encore au niveau

professionnel en Europe, et une

ou deux qui un peu plus tard

pourraient faire la WNBA. Donc

y a une opportunité. C'est très

mince. Et au niveau salarial,

ça fait un bon boulot, mais

c'est pas des millions de

dollars. Elles aspirent à plus

souvent qu'autrement à devenir

une Olympienne, à devenir

peut-être une porte-parole plus

tard pour le développement des

sports féminins. Mais à un

moment donné, c'est vraiment la

carrière, l'éducation qui va

faire une différence dans

leur vie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Avez-vous des Olympiennes?


CHANTAL VALLÉE

On a une Olympienne en fait,

qui est Miah-Marie Langlois, qui

est la première joueuse de

Windsor qui a fait l'équipe

olympique canadienne l'année

dernière. Elle était au

Championnat du monde une des

cinq partantes sur l'équipe.

C'était notre meilleure. Elle a

gagné quatre championnats

nationaux avec nous. Et elle

est maintenant évidemment sur

l'équipe pour se qualifier pour

Rio 2016 et on lui souhaite la

meilleure des chances.


GISÈLE QUENNEVILLE

On sait que même au niveau

universitaire, il y a des

inégalités entre les sports

masculins et les sports

féminins. Est-ce qu'on ressent

ça ici à Windsor avec le

programme de basketball?


CHANTAL VALLÉE

On est super choyées en fait.

Pour nous, on a vraiment même

la chance de... jusqu'en 2011,

lorsqu'on a commencé à gagner,

on est devenues l'équipe la plus

profitable de notre université.

C'est-à-dire que la communauté

est vraiment derrière nous. On

peut remplir les estrades, on

peut remplir jusqu'à 2 000

personnes ici. C'est une

atmosphère extraordinaire

évidemment, mais ça rapporte de

l'argent à l'université. Donc

on est super bien choyées.

S'il y a quoi que ce soit, je

pense qu'on est parfois

peut-être... tellement bien

traitées sur le campus et dans

la communauté que je pense que

l'expérience peut être

différente de ce qu'on

s'imaginerait où est-ce que les

filles peut-être n'ont pas

autant d'importance.

à Windsor, on a beaucoup

d'importance. Le président

reconnaît notre travail. Un des

présidents de l'université nous

avait invitées à aller souper

chez lui avec sa femme et leur

chef. On est traitées comme des

petites stars de Windsor. C'est

super pour les joueuses

d'avoir la chance

d'expérimenter ça comme

athlètes. Les doyens, les

professeurs viennent nous

encourager. Parfois, mes filles

disent: « Chantal, on peut pas

aller faire l'épicerie, j'étais

là et je me suis fait arrêter

pendant 30 minutes. » Elles se

promènent en vélo et les autos

vont les arrêter et leur dire:

(propos en anglais et en français)

« Good job! » On est vraiment

souvent dans les médias. Pour

nous, c'est une expérience

vraiment extraordinaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait déjà quelques années

que vous êtes ici. Vous avez vu

des filles passer par votre

programme. Est-ce que,

aujourd'hui, vous avez des

retours de ces filles-là, qui

reviennent vous voir, qui vous

appellent, qui vous suivent ou

que vous suivez?


CHANTAL VALLÉE

Ça, c'est super spécial,

parce que je n'avais pas eu

l'occasion de travailler à un

endroit aussi longtemps pour

avoir cette expérience. Et

effectivement, on a perdu notre

premier match de l'année cette

année. Et c'est rare qu'on

perde. Et je suis sur Skype avec

Miah, notre Olympienne, et je

reçois un courriel de Raylin,

de France, professionnelle

aussi, qui dit: « Mais qu'est-ce

qui s'est passé? » Et j'ai des

joueuses qui reviennent

travailler pour nous. J'ai des

joueuses qui reviennent

travailler dans le bureau, comme

adjointe, comme entraîneure

adjointe aussi. Ça, c'est

super. Qui ont maintenant des

carrières, soit comme

hygiéniste dentaire ou

professeur d'école, puis qui

reviennent nous voir et faire

ça. Ça, c'est la chose la plus

extraordinaire que j'ai jamais

expérimentée. Je me sens comme

une... On a dit un peu plus tôt

que j'étais comme une mère.

Mais je me sens comme une mère

fière de mes enfants que j'ai

eues pendant seulement cinq ans,

qui sont rendues tellement

compétentes dans la société.

C'est le fun.


GISÈLE QUENNEVILLE

Avez-vous l'impression

d'avoir changé des vies?


CHANTAL VALLÉE

Je pense que changer des

vies, j'ai de la misère à

m'approprier ça, mais avoir

aidé dans un processus de

transformation, oui. Puis c'est

le but ultime d'un coach. Le

basket et de gagner des

championnats, c'est super, mais

la relation qu'on développe et

de voir ces jeunes femmes-là

s'épanouir comme des leaders

hors pair dans la société, c'est

vraiment ce qui me tient

à cœur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Chantal Vallée,

merci beaucoup.


CHANTAL VALLÉE

Merci beaucoup, Gisèle.

(Générique de fermeture)

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