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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Rose Cathy Handy : présidente, Bilingual Link.com

Rose-Cathy Handy n’a que 25 ans lorsqu’elle met les pieds à Toronto pour la première fois. La jeune Camerounaise arrive dans la métropole canadienne prête à commencer une nouvelle vie.
Un jour Rose-Cathy tombe enceinte. Elle se prépare à l’arrivée de sa fille. Mais au moment de partir pour l’hôpital, la catastrophe : Rose-Cathy apprend qu’elle est expulsée de son logement. Son conjoint n’a pas payé le loyer. Il a plutôt vidé son compte en banque…



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles; des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invitée, des photos et extraits vidéos de ROSE CATHY HANDY défilent à l'écran.


GISÈLE QUENNEVILLE

Rose Cathy Handy n'a que

25 ans, lorsqu'elle met les

pieds à Toronto pour la

première fois. La jeune

Camerounaise arrive dans la

métropole canadienne prête à

commencer une nouvelle vie.

Elle travaille d'abord dans une

radio communautaire, et elle se

trouve un emploi dans une

banque. Un jour, Rose Cathy

tombe enceinte. Elle se prépare

à l'arrivée de sa fille. Mais

au moment de partir pour

l'hôpital, la catastrophe.

Rose Cathy apprend qu'elle est

expulsée de son logement.

Son conjoint n'avait pas payé le

loyer; il avait plutôt vidé son

compte en banque.

Pour Rose Cathy, il est clair,

elle devra rebâtir sa vie.

Le défi est de taille, mais la

résilience et la détermination

sont au rendez-vous.

(GISÈLE QUENNEVILLE et ROSE CATHY HANDY sont maintenant assises l'une face à l'autre.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Rose Cathy Handy, bonjour.


ROSE CATHY HANDY

Bonjour, Gisèle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dites-moi, parlez-moi du

Cameroun et du petit village

dans lequel vous avez grandi.


ROSE CATHY HANDY

J'ai grandi dans un petit

village qui s'appelle Makak.

Makak, dans ma langue qui est le

bassa, ça veut dire "promesse",

comme ça veut aussi dire

"espoir"; c'est un petit

village qui est au centre, dans

la province du Centre, 45

minutes de Yaoundé qui est la

capitale du Cameroun, et à peu

près 2 heures et demie de

Douala, qui est la capitale

économique, comme on aime

appeler. La plupart du temps,

on trouve deux groupes

ethniques importants: les Peuls

dont je suis, et puis Ndog Béa.

C'est les deux ethniques

importantes qui sont dans ce

petit village.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous venez d'une grosse

famille, je pense. Vous étiez

11 chez vous.


ROSE CATHY HANDY

Oui, oui, oui. Ma maman a eu

11 enfants dont je suis la 9e.

J'étais la 9e, parce qu'on en a

perdu deux. Mais on a toujours

été plus que 11 enfants dans la

maison, parce que ma mère a

toujours été quelqu'un qui aime

un peu donner une chance.

Ma mère, elle a une histoire

particulière. Elle a perdu sa

mère quand elle avait 3 ans.

Et à l'époque, il y avait toute

une histoire familiale, ce qui

fait que son père a voulu la

donner en mariage. Et sa

grand-mère, ayant appris

l'histoire, l'a kidnappée et

puis est allée la cacher dans

la maison d'un pasteur.

Ce qui fait qu'elle a

grandi d'une maison à une

autre, et ayant grandi seule,

quand elle a rencontré mon père,

elle disait toujours que la

seule chose qu'elle a demandée à

Dieu, c'est de lui donner une

grande famille, de lui donner

beaucoup de monde autour

d'elle. Donc elle a eu beaucoup

d'enfants elle-même, mais elle

s'est aussi dit que...

parce que son histoire de

comment elle a vécu, elle ne

voudrait jamais que ça arrive

à aucune autre jeune fille.

De ne pas avoir l'occasion

d'aller à l'école, parce que

son rêve, c'était toujours

d'aller à l'école, ce qu'elle a

réussi à faire plus tard.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'était une option

pour vous, de faire votre vie

au Cameroun? Ou est-ce que pour

vous, vous vouliez

toujours partir?


ROSE CATHY HANDY

Absolument. En fait, j'avais

quand même une bonne vie,

une enfance normale.

Et d'autres personnes qui

vivaient très bien au Cameroun,

qui ont grandi, se sont

mariées, ont fait des études.

Donc, c'était pas quelque chose

qui était... C'était là, quelque

part dans la tête, mais si ça

n'arrivait pas, ça n'aurait pas

été un drame ni une tragédie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors pourquoi vous êtes venue

au Canada?


ROSE CATHY HANDY

J'avais une bourse pour aller

étudier le journalisme en

France. Et je devais faire du

journalisme spécialisé en

politique. Donc, j'ai passé

7 ans en France. J'avais fait

mes 3 ans à l'université, mais

j'avais changé d'avis sur le

journalisme et je m'étais

orientée en administration des

affaires. Mais étant en France,

il y a certaines situations qui

te rattrapent, que tu le

veuilles ou non. Parce que j'ai

grandi dans une famille avec

beaucoup de valeurs de

tolérance, d'ouverture, et puis

de permettre à tout le monde

d'avoir des opportunités.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous avez pas retrouvé ça

en France?


ROSE CATHY HANDY

Non, pas du tout. Je pense que

surtout, mes deux dernières

années, j'étais à Paris. Des

anecdotes ou des histoires tous

les jours où on est dans le

métro, on veut s'asseoir à

côté, mais parce qu'on vient

s'asseoir et on est noir, la

personne blanche qui est assise

va se lever pour ne pas être à

côté. Donc, ce genre de petites

choses se passaient tout le

temps, et c'était très

difficile à pouvoir envisager

de pouvoir vivre là toute

ma vie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'était très

différent quand vous êtes

arrivée au Canada, par contre?


ROSE CATHY HANDY

Absolument.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui?


ROSE CATHY HANDY

Absolument. Je raconte souvent

une anecdote. Le premier jour

où j'arrive, quand je suis

arrivée au Canada un jeudi

soir, le vendredi matin, je

voulais aller acheter des

cartes postales pour envoyer

des cartes postales aux amis.

Je sors de la maison, j'arrive

dans la rue. Quelqu'un arrivait

de l'autre côté et puis, il

dit: Hello.

Je me tourne, je me tourne,

je me tourne,

parce que j'étais pas sûre que

c'est à moi que quelqu'un dit

hello, parce que pour moi,

c'était comme... ouf!

Je suis quelque part où

la personne remarque que je suis

un être humain et puis me dit

bonjour avant d'attendre que

je lui dise bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Diriez-vous que vous étiez

ambitieuse quand vous êtes

arrivée au Canada?


ROSE CATHY HANDY

Absolument. C'est vraiment

même l'ambition qui m'a fait

venir au Canada. Parce que en

France, j'aurais eu une vie.

J'aurais eu un bon emploi.

J'aurais certainement eu

une vie. Ça, y a pas de doute

là-dessus. Mais est-ce que

cette vie aurait été à la

hauteur de mes ambitions,

je ne pense pas. Et c'est

justement à cause de ça

que j'avais pris la décision.

J'avais vu que deux de mes

soeurs étaient au Canada et ça

semblait se passer bien, la

première chose. Deux ans après

qu'elles soient arrivées au

Canada, elles pouvaient être

résidentes permanentes.

Et quelque temps après,

j'entends qu'elles sont

canadiennes. Et c'est quelque

chose qui était très...

C'était très attirant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez faire votre petit

bout de chemin au Canada,

où vous aviez réussi à vous

trouver des emplois à la radio,

dans une banque aussi.

Un jour, vous vous êtes

retrouvée enceinte. Ça faisait

partie de vos projets, ça?


ROSE CATHY HANDY

Non, pas à ce moment-là.

Ha! Ha! Ha!

C'est une histoire assez drôle

d'ailleurs. J'ai pas su que

j'étais enceinte jusqu'au

4e mois. Ha! Ha! Ha!

Et c'est le genre de choses

qu'on ne planifie pas et ça

arrive. Et arrivée à ce

moment-là, c'est mon côté

religieux qui est juste rentré

en ligne. Je me souvenais,

ma tante, ma cousine, une fois

qu'on était enfants, elle était

enceinte. On était peut-être

l'équivalent de la 10e année.

Et à l'époque, elle aurait pensé

s'en défaire, et puis sa mère

lui dit: "Si tu touches à cet

enfant, il va falloir me tuer

aussi." Et ma mère m'a toujours

rappelé l'importance et que

c'est Dieu qui décide. C'est

Dieu qui décide qui vient au

monde, qui doit... porter un

enfant, et que c'est une grâce

de pouvoir être mère. Et

justement, les circonstances

dans lesquelles je me suis

retrouvée enceinte, et surtout,

à 4 mois, je me suis juste dit

que c'est un enfant

qui doit naître et qu'il n'y a

rien à faire. Que j'aie été

prête ou pas, fallait que j'aie

l'enfant et puis, je l'ai eu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Rose Cathy, je sais que vous

êtes trop jeune pour penser à

la retraite, mais je sais

également que vous avez tout un

projet de retraite en tête.

Parlez-moi de ça.


ROSE CATHY HANDY

Oui, oui. Je dis tout le

temps: Mon rêve, c'est de

prendre ma retraite à 55 ans,

d'ouvrir un bon petit restaurant

quelque part qui va servir

que mes recettes. Les recettes

de personne d'autre, parce que

c'est une passion que j'ai.

J'ai découvert récemment

que j'ai cette passion de

cuisiner, parce que pendant

longtemps, dans ma famille, on

pensait que je ne cuisine pas.

J'aime beaucoup la boulangerie.

Pas la pâtisserie, mais la

boulangerie, faire des pains,

des biscuits. Donc, je voudrais

ouvrir un restaurant à 55 ans,

prendre ma retraite et venir

chanter là une fois par

semaine.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah bon.


ROSE CATHY HANDY

Je chante très, très mal.

(Elles rient ensemble.)


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est peut-être pas bon

pour la clientèle, ça.


ROSE CATHY HANDY

Si, au contraire.

Je compte là-dessus, parce que je

chante très, très mal, ça va

attirer du monde. Comme ça, les

gens vont venir rigoler chaque

semaine à m'entendre chanter.

Chanter faux.

(GISÈLE QUENNEVILLE et ROSE CATHY HANDY sont maintenant assises l'une face à l'autre dans un café.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, Rose Cathy, un moment

donné, vous vous êtes retrouvée

enceinte. Les choses se

passaient bien, jusqu'au jour

où vous devez accoucher, et là,

c'est le cauchemar qui a

commencé.


ROSE CATHY HANDY

Absolument.


GISÈLE QUENNEVILLE

Racontez-moi ça.


ROSE CATHY HANDY

Le jour où je dois accoucher,

le taxi m'attend, je sors, et au

moment où je referme la porte,

je vois une note sur ma porte,

note du shérif, qui dit que

j'ai 3 jours pour quitter...

pour quitter les lieux.

Parce que j'ai perdu ma maison.

J'arrive à l'hôpital, je

comprends pas. Je me suis dit

que ça doit être une erreur. Ce

qui fait que je me suis pas

trop cassé la tête avec ça.

C'était pas une erreur.

Il se trouvait que la personne

avec qui je vivais avait

détourné mon argent. Comme

j'étais enceinte et c'est lui

qui avait les responsabilités

d'aller payer pour la maison,

et que c'était jamais payé, je

me suis retrouvée sans...

sans une maison où retourner

avec mon bébé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous avez fait?


ROSE CATHY HANDY

Dieu merci, il y a une

institution au Canada qu'on

appelle Shelter, les abris

pour les femmes.

C'est vraiment une chose que

j'admire et que je félicite

au niveau du Canada. Parce que

c'est pas autant organisé

partout, dans tous les pays au

monde, autant que ça existe

au Canada.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant un refuge, oui, ça

vous a dépannée, mais c'est pas

la panacée, un refuge pour

femmes non plus.


ROSE CATHY HANDY

Non, pas du tout.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous avez trouvé

là-bas?


ROSE CATHY HANDY

Il y avait plein de femmes; il

y avait plein d'histoires de

femmes. Premièrement, c'était

pas du tout le rêve que j'avais

de mon premier enfant qui vient

au monde. Quand un enfant vient

au monde, c'est une

célébration. C'est une joie,

c'est quelque chose qu'on veut

admirer. Ici, au Canada, on

réduit les congés de maternité

et je pense que c'est une

institution, c'est quelque chose

qui est institutionnalisé

pour permettre à la femme

d'aller vraiment vivre cette

joie-là, d'aller vraiment vivre

ce moment. Et surtout, quand

c'est ton premier enfant,

c'est quelque chose que je

considère sacré. Et donc, c'est

vrai que c'est quelque chose

qui m'a complètement brisée

pendant plusieurs semaines,

de pouvoir se retrouver dans un

abri. Et je m'y retrouve, pas

parce que je n'ai pas

travaillé, pas parce que je ne

me suis pas préparée pour,

pas parce que je me suis pas

organisée. Je me retrouve là

par le fait de quelqu'un

d'autre. Mais ce qui était plus

difficile, c'est que c'est une

personne qui est autant

responsable qui devrait en

principe partager ces joies-là,

en même temps que moi.

Parce que c'est une joie qui est

notre joie ensemble.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, vous arrivez à ce

refuge; quel est votre

état d'esprit?


ROSE CATHY HANDY

Mon état d'esprit est un petit

peu mixte. Mais mixte, parce que

je peux pas cacher qu'à

l'intérieur, je suis en train

de vivre ce drame; je suis en

train de vivre cette douleur,

parce que c'était pénible.

Je vais pas cacher que c'était

pénible. Mais en même temps,

je suis en train de vivre la

responsabilité qu'il n'y a plus

que moi maintenant. J'ai un

enfant qui dépend de moi

à 100%. Et au-delà de l'enfant,

j'ai aussi... je viens d'une

culture où on traîne une

réputation derrière nous.

Chaque chose qu'on fait, on

représente toute une famille.

Et parfois, on représente tout

un groupe ethnique. Je peux pas

faire honte à ma famille.

Je peux pas faire honte à mes

parents. Là, je savais que je

dois faire quelque chose.

Je ne suis pas là pour être là

éternellement. Je dois

m'occuper de mon enfant, donc

il faut que je retourne

produire. C'est vraiment une

circonstance exceptionnelle

qui est arrivée. Je planifiais

toujours aller en affaires,

mais je ne pensais pas aller en

affaires tout de suite. Je

devais me préparer et me lancer

comme tout le monde, ou bien

comme j'ai appris qu'on doit se

lancer en affaires. On se

prépare, on économise de

l'argent, et puis on a un

capital pour démarrer.

Pendant qu'on était dans cet

abri-là, il y avait une petite

pièce à côté qui était... On

m'a dit que c'est une vieille

bibliothèque, personne va

jamais là. Y a plein de livres

et moi, parce que je devais

aussi allaiter mon enfant, j'ai

demandé à aller m'asseoir là.

Pendant que j'allaitais ma

fille, j'ai trouvé un petit

livre qui était un rapport

d'une organisation de femmes:

Comment démarrer son

entreprise. Et j'ai commencé

à lire le livre. C'était

vraiment plus par curiosité, je

lisais le livre. Et petit à

petit, je me suis rendu compte

que c'est en train de

m'apprendre des choses.

Et comme j'étais assise là et

que les jours passent, je me

suis dit: Au lieu de m'asseoir

là, je vais m'occuper à

m'exercer à appliquer ce qu'ils

sont en train de dire dans le

livre. Je me suis donc souvenu

que j'ai fait de la radio, et

quand je faisais de la radio,

on m'appelait souvent pour être

maîtresse de cérémonie pour les

événements, pour animer les

conférences. Et je me suis

aussi souvenu que j'ai eu

l'occasion dans le temps d'aider

des groupes, quand je venais

d'arriver au Canada. D'aider

des groupes à organiser un

petit peu que ce soit leurs

événements ou organiser des

activités. Et pour moi, c'était

un bon départ. Et donc, à

partir de là, j'ai commencé à

passer des coups de fil pour

pouvoir offrir mes services,

en disant: Je peux faire ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et quelle a été la réponse?


ROSE CATHY HANDY

J'ai eu mon premier contrat.

Je devais organiser une

conférence de femmes au collège

Glendon. Et à partir de là,

pour moi, tout était parti.

Je suis là, j'ai déjà de

l'argent, je peux sortir du

shelter. Je peux prendre

mon appartement avec ma fille.

Et à partir de là, je n'ai plus

jamais regardé en arrière.

Et toute une vie avait commencé

à ce moment-là. Donc, une fois

que je sors du shelter, et

j'ai déjà mon appartement, je

commence à avoir des contrats.

Mais c'était toujours que c'est

pas vraiment ce que j'ai envie

de faire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum, hum.


ROSE CATHY HANDY

C'est pas vraiment ça que j'ai

envie de faire, mais c'est tout

au moins un début.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum, hum.


ROSE CATHY HANDY

Pendant que j'étais ici,

les 2 ou 3 années précédentes,

j'avais été pigiste dans

plusieurs journaux.

Et donc, j'avais pris beaucoup

d'expérience à écrire des

articles. Je me suis dit: Je

vais me baser sur cette

expérience. Et j'avais lu un

exemple. Je voyais le

Employment News. Et je me suis

dit: Ah, je peux faire un

journal qui parle de carrières,

qui parle de l'emploi. Et

voilà. Et puis après, je peux

combiner avec une foire

d'emplois qui est juste pour

les postes bilingues. Et

j'avais toutes ces données. Et

c'est en combinant toutes ces

données que j'ai juste eu cette

idée en disant: Si on faisait

quelque chose qui fait la

promotion des opportunités pour

les personnes bilingues et qui

se concentre à aider les

personnes qui sont ici à

embaucher et à permettre aux

entreprises d'embaucher des

gens qui sont ici, pas

besoin - j'ai rien contre le

Québec, j'ai rien contre les

personnes qui sont à Montréal -

mais y a des gens ici qui ont

besoin de travail. Et il faut

les aider à aller vers

ces entreprises.


GISÈLE QUENNEVILLE

Rose Cathy, vous avez écrit un

livre sur vos expériences, vos

aventures. C'était important

pour vous de mettre ça

sur papier?


ROSE CATHY HANDY

Oui. Ça a été très, très

important pour moi, parce que

j'ai découvert qu'il y avait

une force et une leçon derrière

mon histoire. Et que si ça peut

aider à sauver même une vie,

à sauver une femme et donner

espoir que peu importe ce qu'on

vit, peu importe les épreuves,

le lendemain, y a toujours

le lendemain. Les épreuves qu'on

vit aujourd'hui ne doivent pas

déterminer le restant de notre

vie. Et c'est pour cela que

c'était très important pour moi

de partager, non seulement mon

histoire, parce que parfois, on

s'arrête sur ce qui s'est

passé, mais pour moi, c'était

pas ça qui était important.

C'est pas ce qui s'est passé.

Ce qui était déterminant, c'est

le fait que j'ai pu passer

à travers, et que j'ai pu me

redonner une vie, et que j'ai

pu aller de l'avant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Une chose qui ressort beaucoup

dans le livre, en le lisant,

c'est le côté spirituel, le

côté religieux. Et ça, je sens

que ça a été très important

pour vous.


ROSE CATHY HANDY

Oui. Et c'est toujours

important, et j'espère que ça

va rester important pour le

restant de ma vie. Je me dis

toujours que d'être là, de

pouvoir élever mes enfants, et

puis, de pouvoir vivre et faire

ce que je peux faire, ça ne

peut être que par la grâce de

Dieu. Et que... mes parents

m'ont élevée de cette façon.

Et je leur suis vraiment

reconnaissante.


GISÈLE QUENNEVILLE

Rose Cathy, cette entreprise

que vous avez imaginée, que

vous avez démarrée dans ce

refuge pour femmes, elle est

rendue où, cette entreprise

aujourd'hui?


ROSE CATHY HANDY

Cette entreprise est une

grande fierté pour moi.

Aujourd'hui, quand je dis que

plus de 30 000 personnes ont pu

trouver du travail ou changer

leur vie, grâce à mes services,

je n'exagère pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que vous avez commencé

à organiser des conférences,

mais par la suite, vous avez

fait du recrutement.


ROSE CATHY HANDY

C'est ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et du placement.


ROSE CATHY HANDY

C'est ça. J'ai pas fait du

placement moi-même directement,

mais j'ai fait la connexion.

Ce que ma boîte fait, c'est

vraiment offrir des outils aux

entreprises pour attirer plus

de candidats et pour les

embaucher plus facilement

et plus rapidement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre niche, je pense qu'on

peut le dire, c'est du

personnel bilingue, des

francophones, beaucoup

d'immigrants de pays

en émergence.


ROSE CATHY HANDY

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi vous vous êtes

concentrée là-dessus?


ROSE CATHY HANDY

Parce que ce sont des

personnes qui sont invisibles,

qui restent toujours invisibles.

Parce que ce sont des

personnes... Je me souviens à

l'époque, 98, 99, les services

d'emplois n'étaient pas ce

qu'ils sont aujourd'hui

où il y en a beaucoup. Mais même

quand il y a ces services

d'emplois, c'était toujours la

compréhension de ces personnes.

Il y a toujours une question qui

continue d'être qui est:

quelqu'un qui arrive ici, qui a

fait 15 ans de carrière

professionnelle dans son pays,

et que la première chose qu'on

lui dit, c'est qu'elle va

d'abord passer 2 ans à

travailler dans un centre

d'appels, c'est quelque chose

qui brise le coeur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors qu'est-ce que vous

pouvez faire pour ces gens-là?


ROSE CATHY HANDY

Ce que je peux souvent faire

pour ces gens-là, généralement,

j'aide pas directement les

individus, mais je réfère des

individus vers des services,

parce qu'il y a des services

professionnels, que ce soit des

services privés ou des services

communautaires ou des services

gouvernementaux. Parce que

parfois, ces gens-là, ce qui

leur faut, c'est leur donner de

l'information d'où ils peuvent

trouver les services.

Les services, que ce soit des

services d'évaluation de

compétences, que ce soit des

entreprises. Parce que nous, à

mon niveau à moi, au niveau de

mon entreprise, on peut se

limiter à leur dire qui sont

les entreprises qui embauchent.

Parce que c'est aussi souvent

l'information capitale pour

quelqu'un qui cherche du

travail, en lui disant que...

Je prends l'exemple, parce que

ce sont les exemples souvent

les plus difficiles. Les

ingénieurs, les architectes,

les pharmaciens, tous ces

métiers un petit peu

spécialisés, où parfois c'est

très difficile quand ils

arrivent de faire partie de

l'ordre directement ou il leur

faut des équivalences ou il

leur fait des transferts de

compétences. Et c'est très

important de leur donner

l'information sur les

entreprises où, parfois, une

personne peut entrer à un

niveau, entry level, comme on

dit, mais au moins, c'est que

tu es dans l'entreprise qui est

dans ton secteur, qui est dans

ton domaine, et tu sais que tôt

ou tard, on va reconnaître ton

expérience, on va reconnaître

ton expertise, et de

l'intérieur de l'entreprise, on

peut avancer.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous diriez que

l'expérience immigrante est

très différente aujourd'hui que

ce qu'elle était lorsque vous

êtes arrivée au Canada?


ROSE CATHY HANDY

Absolument. Absolument, parce

que dans les années 90, la

plupart des immigrants

arrivaient comme réfugiés

politiques. Aujourd'hui, la

plupart des immigrants arrivent

ayant déjà la résidence

permanente. Et certains

arrivent et ont déjà une offre

d'emploi d'une entreprise.

Donc, arrivés ici, ils peuvent

directement travailler. Parce

que qu'on le veuille ou non,

qu'on soit réfugiés ou pas, on

vient au Canada parce qu'on

veut une meilleure vie. Et qui

veut dire une meilleure vie

économique. Et ça veut dire

qu'on veut très rapidement

trouver du travail, on veut

très rapidement s'occuper de sa

famille et générer un revenu.

Et c'est très important de voir

que les immigrants qui arrivent

aujourd'hui de plus en plus,

ils arrivent avec la résidence

permanente, ce qui fait que ça

élimine au moins le stress.

Mais ça veut pas dire que le

stress n'est pas toujours là.

Surtout pour ceux qui arrivent -

quelqu'un qui arrive dans la

trentaine, dans la quarantaine -

qui sont des professionnels.

Et parfois, c'est pas toujours

évident de pouvoir naviguer

dans le système et de pouvoir

entrer dans les entreprises où

ils peuvent exercer

leur métier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que les employeurs sont

ouverts à embaucher

des immigrants?


ROSE CATHY HANDY

Absolument. Absolument, parce

que la plupart des employeurs

ont énormément évolué avec le

temps. Parce que beaucoup

d'employeurs aujourd'hui

comprennent l'importance. Parce

que quand tu embauches un

immigrant, c'est pas seulement

un employé, mais tu embauches

toute une culture. On embauche

toute une ouverture à des

communautés auxquelles on

aurait pas pensé. Donc, on

embauche une ouverture à des

clientèles auxquelles on aurait

pas pensé. On embauche une

ouverture à un monde auquel on

aurait pas pensé. Et

aujourd'hui, beaucoup

d'entreprises veulent aussi

avoir une expansion, veulent

s'ouvrir à de nouveaux marchés

et ils le comprennent de plus

en plus. Et ils savent aussi

que beaucoup d'immigrants

arrivent ici avec une

excellente éducation,

postsecondaire, avec une formation

très, très pointue, qui viennent

de pays partout dans le monde.

Bien sûr, on peut pas nier qu'il

y a pas de discrimination qui

existe encore.

On en voit partout.

Mais c'est là où je pense aussi

que les efforts qui continuent

d'être là pour se concerter,

pour continuer à sensibiliser

les entreprises, pour continuer

à sensibiliser les

gouvernements d'aider à

comprendre.

Parce qu'il y a une telle

mobilité, il y a une grande

mobilité de la main-d'oeuvre en

ce moment et les entreprises

n'ont pas le choix que de

s'ouvrir, parce que c'est la

seule façon de maintenir les

employés, sinon ils partent.


GISÈLE QUENNEVILLE

À quel point est-ce qu'il est

important de parler anglais

quand on vient ici?


ROSE CATHY HANDY

C'est très important, c'est

capital. Au Canada, on peut

comprendre que le pays est

bilingue, mais ça reste quand

même que même dans les postes

bilingues, la première langue

à parler, vraiment à maîtriser,

c'est l'anglais. Surtout quand

on commence à évoluer dans

l'entreprise ou à évoluer dans

sa profession, pour avoir une

promotion, il faut être capable

de parler anglais. Non

seulement le parler, mais de

l'écrire aussi. Mais je me dis

que ce qui est le plus

important vraiment, souvent,

c'est de pouvoir maîtriser

d'abord ce qu'on fait, on est

bon à faire quoi, qu'est-ce

qu'on sait faire. Et c'est ça

qui est le plus important. Les

langues, heureusement, les

langues s'apprennent, mais le

métier, il faut d'abord

l'avoir, et c'est ça qui

ouvre les portes à tout.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, ça fait 18 ans

maintenant, depuis que votre

fille est arrivée dans le

monde, depuis que vous avez

dû vous ramasser, si vous

voulez, du début jusqu'à la

fin. Votre fille ira à

l'université très bientôt.


ROSE CATHY HANDY

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous retenez

de cette expérience d'il y a

18 ans, aujourd'hui?


ROSE CATHY HANDY

Comme ma fille me rappelle

tout le temps, elle dit

toujours: N'oublie pas que c'est

grâce à moi que tu as une vie.

(Elles rient ensemble.)


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est peut-être le contraire

aussi. Hein?

(Elles rient ensemble.)


ROSE CATHY HANDY

Parce que j'aime toujours dire

que ma vie a commencé le jour

où je l'ai eue. Je pense que si

je n'avais pas eu cette

épreuve, je n'aurais pas su

ma force. Je n'aurais pas su la

profondeur de...

de ma ténacité, la profondeur de

jusqu'où je suis capable

d'aller. Parce qu'il a fallu

que j'aille vraiment me défier

moi-même, que j'aille creuser

au fond de moi-même pour savoir

ce que je suis capable de

faire, jusqu'où je suis capable

d'aller, et quelles sont les

idées qui sont dans ma tête.

Et comment je suis capable de

pouvoir partir de rien et de

pouvoir aller au plus haut que

je peux aller. Même si je suis

née d'une famille avec beaucoup

d'enfants, chaque personne a

vraiment son cheminement.

Et parfois, on trouve son

cheminement à travers les

épreuves. Et parfois, il faut

vivre les épreuves pour pouvoir

découvrir ce qu'on est capable

de faire, ce qu'on est supposé

faire. Et effectivement, je

suis très, très fière de ma

fille. Et je vois comment elle

a grandi, elle est très, très

belle, elle est hyper

intelligente. Ha! Ha! Ha!


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien sûr, c'est maman

qui le dit.

(Elles rient ensemble.)


ROSE CATHY HANDY

Je pense que... je ne pourrais

pas dire moins. Mais je lui

rappelle aussi tout le temps

que sa naissance a été

spéciale. Ça veut dire qu'elle

est supposée aussi avoir une

vie très spéciale. Et que c'est

à elle d'aller la vivre et

d'aller la chercher. Et je suis

très, très fière de ce qu'elle

fait de sa vie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Rose Cathy Handy,

merci beaucoup.


ROSE CATHY HANDY

C'est moi qui vous remercie

pour l'opportunité.

(Générique de fermeture)

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