Image univers Carte de visite Image univers Carte de visite

Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Partager

Afin de visionner le contenu, il est nécéssaire d'installer un plugin

https://get.adobe.com/flashplayer/

Jeremy Dias : Assoc. Jer's Vision

Pour Jeremy Dias, les années passées à l’école secondaire ont été difficiles. Originaire de Sault-Ste-Marie et d’origine pakistanaise, il était une de rare minorité visible dans son école. Mais plus encore, Jeremy est gai. Victime de taxage et d’intimidation, l’école ne prenait pas la situation au sérieux. Il a porté plainte à la Commission ontarienne des droits de la personne, entrainant un règlement de 5000$ du conseil scolaire d’Algoma, qu’il a utilisée pour fonder Jer’s Vision, un organisme qui milite contre l’homophobie et l’intimidation.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2014

Accessibilité
Déterminer le comportement de la visionnneuse vidéo:

VIDÉO TRANSCRIPTION

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, on montre des images extérieures et intérieures d'une école secondaire ainsi que des affiches et des objets qui représentent l'organisme Jer's Vision, fondé par JEREMY DIAS.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les années passées à l'école

secondaire sont des années

mémorables. Remplies d'amis,

de partys, et d'insouciance.

Mais pour Jeremy Dias, c'était

tout le contraire. Jeremy

vivait à Sault-Sainte-Marie,

dans le nord de l'Ontario.

D'origine pakistanaise, il était

une des rares minorités

visibles dans son école.

Mais plus encore, Jeremy était

gai. Le taxage a commencé dès

son arrivée à cette école. Des

commentaires, des insultes et

des menaces ont donné lieu à

des agressions physiques.

À l'école, on ne semblait pas

prendre la situation au

sérieux. On disait à Jeremy de

prendre son mal en patience et

de s'endurcir. À la fin de sa

12e année, Jeremy en avait

assez. Il a porté plainte à la

Commission ontarienne des

droits de la personne. Quelques

années plus tard, le conseil

scolaire d'Algoma lui a versé

une somme de 5000$, de l'argent

que Jeremy a utilisé pour

fonder Jer's Vision, un

organisme qui milite contre

l'homophobie et l'intimidation.


JEREMY DIAS

(hors champ)

Je voulais que l'école

s'excuse de qu'est-ce qui est

arrivé. Juste une excuse.

(L'entrevue suivante se déroule dans les locaux d'une école secondaire.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Jeremy Dias, bonjour.


JEREMY DIAS

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Jeremy, à quel moment est-ce

que toi, t'as découvert que tu

n'étais pas comme les autres

garçons, que tu étais gai,

finalement?


JEREMY DIAS

Moi, j'étais en 5e année, en

Alberta. On vivait au nord de

l'Alberta. Mon meilleur ami et

moi, on passait beaucoup de

temps ensemble, puis une

journée, proche de la

Saint-Valentin, il m'a donné un

bec à la joue, et c'était

comme... c'était comme magique.

On pensait pas grand-chose quand

même.

(propos en anglais et en français)

C'était pas qu'on était

gais, c'était plutôt que nous

étions peut-être en amour,

right?


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum, hum.


JEREMY DIAS

C'est quelques semaines plus

tard, quand on s'est donné la

main, qu'un gars nous a

approchés et a lancé le

commentaire qu'on était gais.

Et moi, j'étais comme... quoi?

On est pas gais, on est en

amour, on est comme tous les

autres. Et c'était pas un

langage chez nous. J'étais au

nord de l'Alberta, y avait pas

de défilé gai, y avait pas

de grosses informations, une

école catholique. Honnêtement,

on regardait la télé, on pensait

que toutes les personnes gaies

étaient à New York ou quelque

chose. Peut-être au Québec.

Mais... on est allé sur

Internet, on a recherché les

gais, puis on a dit:

(propos en anglais et en français)

Oh, my god,on est gais! C'est nous.

Le lendemain, j'étais assis à

mon pupitre, j'étais allé voir

mon chum, puis il m'a regardé

puis il disait qu'il voulait

pas me parler. Jamais.

On a passé tout le reste de

l'année, assis chacun à notre

pupitre. Mais on parlait pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu l'as mentionné, tu venais

d'un village, petit village

assez conservateur. Ta maman

est d'origine pakistanaise.

Donc une culture aussi assez

conservatrice. Comment est-ce

qu'on a réagi quand tu leur as

annoncé, ou qu'ils ont

découvert ton orientation

sexuelle?


JEREMY DIAS

C'était des années plus tard.

On est déménagé au nord de

l'Ontario à Sault-Sainte-Marie.

C'était environ un an après ça

que j'ai... j'avais un chum.

On était arrivés chez moi un

peu tôt, après l'école. On était

tout seuls, on regardait la

télé, on s'embrassait sur le

fauteuil, puis maman est entrée

sans s'annoncer. Et elle a vu

qu'on était sur le fauteuil à

regarder la télé, puis elle a

dit: « Est-ce que t'es gai? »

Et moi, j'ai dit... oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle le savait pas.


JEREMY DIAS

Non, elle le savait pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle s'en doutait pas

non plus.


JEREMY DIAS

Bien, maintenant, oui, ça fait

du sens. Mais à l'époque,

c'était pas quelque chose

qu'elle a pensé. J'avais

des blondes, j'avais des filles.

J'étais toujours accroché avec

des filles, alors elle pensait

pas.

(propos en anglais et en français)

Mais tout d'un coup, pour

elle, ça faisait du sens,

right?


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment elle a réagi?


JEREMY DIAS

« Jeremy, est-ce que

tu es le gai? »

Puis moi, j'ai dit: « Non, je

suis pas le gai. » Imagine ça,

moi, le seul gai au monde.

Je leur ai dit: « Oui, je suis

gai. » Et elle a dit: « Comment

ça va? »

(propos en anglais et en français)

You know. Et c'était tout.

Elle a pris une marche,

elle s'est pris une

cigarette, elle est rentrée

quelques heures plus tard.

Moi, j'étais dans ma chambre,

mon chum était parti chez lui.

Je savais pas ce qui m'arrivait.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum, hum.


JEREMY DIAS

Alors, je suis dans mon lit,

complètement peur que ma mère

me lance à la rue ou quelque

chose comme ça. Et elle est

rentrée dans ma chambre, elle

s'est assise avec moi, et on

s'est parlé. Honnêtement,

complètement honnêtement. Puis

elle a dit: « Tu sais que je

t'aime, n'importe quoi. Et je

veux faire des t-shirts qui

disent "Moi, je suis la mère

fière gaie d'un fils fier gai".»

Et moi, j'étais à expliquer:

(propos en anglais et en français)

« T'es pas une mère fière gaie.

Maman, t'es pas lesbienne,

right? »Et elle a dit: « Non,

bon, je vais apprendre. »

Et c'était toute une blague.

On a commencé à rire et c'était

fantastique d'avoir tellement

de support.


GISÈLE QUENNEVILLE

Du support de ta maman, du

support du reste de ton

entourage, de ta famille

également?


JEREMY DIAS

Oui. Mon père m'a complètement

supporté. Le lendemain, il m'a

invité à la cuisine, on s'est

parlé et il a dit: « Maman me

dit que t'es gai. » Et j'ai dit:

« Oui. Et qu'en penses-tu? »

Il dit: « C'est correct. »


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors Sault-Sainte-Marie,

c'est une ville paisible, mais

quand t'es arrivé à l'école

secondaire, c'est pas du tout

ce que tu as retrouvé.


JEREMY DIAS

Non, pas du tout. C'était

unique, c'était difficile,

c'était...

C'était un peu raciste.

C'était un peu sexiste.

Je me souviens, mon coach de

gymnase qui me lance un

commentaire: « Tu cours comme un

gai, comme une tapette. »

Et moi, je pensais: je cours pas

comme une tapette. Je cours

comme une fille certainement.

C'était ce langage.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment t'as vécu ça?


JEREMY DIAS

Une journée à la fois.

C'était... honnêtement--


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais t'étais victime

d'insultes, de menaces,

d'agressions?


JEREMY DIAS

(propos en anglais et en français)

Oui, c'est tout ça.

C'est tout vrai, mais quand ça

arrive chaque journée, c'est

ton normal,

right?


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum, hum.


JEREMY DIAS

Et tu acceptes comme: ah! bien,

ça va arriver aujourd'hui.

On se prépare.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment tu vivais?

Donne-moi des exemples de ce

que t'as subi.


JEREMY DIAS

Je me souviens, une fois,

j'étais dans le corridor, avant

que mon cours commence. Une

personne a lancé un commentaire

et m'a frappé au visage.

Puis j'avais une bosse sur ma

tête. Et c'était à moi de faire

une présentation sur la

Deuxième Guerre mondiale,

devant toute la classe.

J'étais en train de perdre du

sang de mon visage, puis j'ai

dit à la madame: « Est-ce que je

peux prendre une serviette

quelque chose pour me laver

avant ma présentation? »

Elle a dit: « Non, juste utiliser

tes vêtements, quoi que

ce soit. »


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, ça se passait à

l'école, devant les

enseignants, devant la direction

de l'école, ils ont rien fait?


JEREMY DIAS

Ils faisaient rien. Et ça,

c'est le problème. On faisait

rien. Y avait des personnes

certainement homophobes, mais...

Je me souviens de mon

enseignant de mathématiques.

Lui, c'est un gars vraiment

fantastique, et on m'a lancé

des commentaires dans la salle

de cours, devant lui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Des commentaires...


JEREMY DIAS

(propos en anglais et en français)

Comme: « T'es fag. T'es

tapette. »

Whatever, right?

Et il disait rien. Toujours,

c'était comme: hé, on se ferme

la gueule. On continue.

Des années plus tard, je lui ai

demandé: « Pourquoi est-ce que

t'as fait ça? Pourquoi est-ce

que t'es pas intervenu?

Pourquoi est-ce que t'as pas

mis ces gars au bureau?

Pourquoi est-ce que t'as pas

fait des choses? »

Puis il m'a regardé:

« Oui, j'ai

fait des choses. Je leur ai dit

de fermer la gueule et on

continue. Je voulais pas

d'autres choses, parce que je

voulais pas attirer plus

d'attention sur toi. »

Et tout d'un coup, j'ai réalisé

que c'est pas lui qui fait des

mauvaises choses, c'est qu'on

lui enseigne pas comment réagir

dans ces situations. Et la

majorité des enseignants sont

pas des personnes mauvaises.

C'était des personnes qui

avaient jamais eu un gai dans

leur école, jamais eu une

personne qui faisait des choses

comme ça. Ils savaient pas

comment réagir. Y a pas un livre

qui t'explique comment être

professeur, enseignant, à faire

quoi que ce soit.

(propos en anglais et en français)

Eh oui, ça

fait comme dix ans déjà, mais

comme... il y a encore des

écoles où on sait pas comment

réagir, right? C'est quoi,

la bonne façon?


GISÈLE QUENNEVILLE

Jeremy, le nom de l'organisme

s'appelle Jer's Vision. Jer,

c'est sûrement Jeremy. D'où est

venu le nom?


JEREMY DIAS

Le nom, c'est venu quand moi,

j'étais diseur de tarot. Moi,

j'étais voyant à

Sault-Sainte-Marie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Une job d'été?


JEREMY DIAS

(propos en anglais et en français)

Yeah,j'avais de la

difficulté à trouver une job,

puis j'ai été embauché par la

madame puis c'était incroyable.

C'est bien du fun. Quand on a

commencé la bourse Jer's

Vision, on voulait pas changer

le nom de mon courriel. Moi,

j'étais comme tellement

lazy, alors j'ai décidé de garder

le nom, mais cette année, pour

notre dixième anniversaire, on

le change. C'est le Centre

canadien pour la diversité des

gens de la sexualité.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait beaucoup plus sérieux.


JEREMY DIAS

Oui, c'est beaucoup plus

sérieux. Mais nos programmes

sont sérieux. La recherche est

sérieuse, ce qu'on fait est

sérieux. Et on travaille plus

seulement avec les jeunes; on

travaille avec tout le monde.

C'est excitant, ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous faites, à Jer's Vision,

vous faites combien d'ateliers

ou de conférences dans une

année à peu près?


JEREMY DIAS

Environ trente par année.

C'est incroyable qu'on travaille

avec tellement de personnes.

Et ça continue d'accumuler.

L'année passée, on a travaillé

avec environ 250 000 personnes.

Puis la Journée Rose, on a

touché 9 millions de personnes.

Alors, c'est assez de monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, Jeremy, t'es en 12e

année, ça fait presque trois

ans maintenant que tu subis des

menaces, des insultes, même des

agressions, qu'est-ce que

tu fais?


JEREMY DIAS

C'était presque la fin de la

12e année. Notre enseignante

nous a mis en groupe, puis un

gars que je connaissais pas m'a

lancé des commentaires.

(propos en anglais et en français)

Il disait que moi, je suis

tapette, je suis fag, je suis

n'importe quoi.

Et je me souviens d'avoir fermé

mes yeux, complètement. Je

voulais pas l'écouter, je

voulais pas être à l'école.

Je voulais me suicider

honnêtement, puis une fille

là-bas lui a dit d'arrêter de

me lancer des commentaires.

Puis moi, j'étais comme... quoi?


GISÈLE QUENNEVILLE

T'avais un appui.


JEREMY DIAS

(propos en anglais et en français)

Yeah! C'était comme...


GISÈLE QUENNEVILLE

T'en avais jamais eu?


JEREMY DIAS

Non, c'était la première fois;

12e année, presque la fin de

mon année, de mon expérience

scolaire, puis la première fois

que j'avais un peu de support.

Puis lui, il a arrêté tout de

suite. Elle a dit un mot

« arrêtez », fini.

(propos en anglais et en français)

I'm like... quoi? Qu'est-ce qui est arrivé?

On est devenus des amis.

Et quelques semaines plus tard,

elle a eu l'idée de poursuivre

mon école en cour. Alors j'ai

fait ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as déposé en fait une

plainte auprès de la Commission

ontarienne des droits de la

personne.


JEREMY DIAS

Exactement.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était dans le but de faire

quoi, d'atteindre quoi? Quel

était ton objectif avec ça?


JEREMY DIAS

Je voulais que l'école

s'excuse de qu'est-ce qui est

arrivé. Une chose...


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que t'avais eu aucun

appui de l'école dans ces

années-là.


JEREMY DIAS

Jamais. Alors, je suis allé

sur cette piste. C'était trois

ans de bataille. Il y avait des

avocats de leur côté qui

essayaient... eux, ils étaient

assez méchants. Et j'ai jamais

embauché d'avocat. J'ai juste

dit chaque fois: je veux qu'on

s'excuse parce que c'est pas

juste qu'on s'implique pas dans

des situations d'homophobie, de

raciste. C'est pas comment

l'école devrait être.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais l'école s'est pas

excusée, hein.


JEREMY DIAS

Non, pas tout de suite.

À cause qu'ils voulaient pas

accepter ma solution...


GISÈLE QUENNEVILLE

Quelle était ta solution?


JEREMY DIAS

Juste une excuse.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum, hum.


JEREMY DIAS

Sur papier peut-être, ou au

téléphone, mais ils voulaient

pas. C'est mis à la justice du

système, puis eux, ils ont

décidé de me donner 5000$, de

faire de l'entraînement avec

des enseignants, l'équipe de

supervision, la direction ou

que ce soit, de nouveaux

livres pour toutes les écoles,

des alliances homosexuelles,

des alliances gaies-lesbiennes

pour toutes les écoles et...

(propos en anglais et en français)

yeah mon directeur, la

direction de l'école ont perdu

leur job. Et moi, j'étais triste

par ça, parce que je voulais

que personne perde leur job,

je voulais qu'on soit entraîné

pour mieux adresser ces

solutions, mais c'était

trop tard.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que t'étais satisfait

de ce résultat-là?


JEREMY DIAS

Je voulais pas l'argent.

Mais on m'a dit que je pouvais

le garder, alors j'ai décidé

d'utiliser l'argent pour créer

Jer's Vision, initiative

canadienne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Justement. Parle-moi de Jer's

Vision, qu'est-ce que c'est,

puis comment ça a vu le jour.


JEREMY DIAS

Quand ils ont décidé de me

donner l'argent, et c'est le 2e

plus gros montant qu'une

Commission de droits humains a

donné, et c'est 5000$.

C'est pas gros quand même.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors qu'est-ce que t'as fait

avec ce 5000$?


JEREMY DIAS

J'étais assis à la résidence

à l'université d'Ottawa, avec

mes amis, et j'ai pensé à créer

une bourse pour des jeunes qui

font des choses pour arrêter

l'intimidation, l'homophobie

puis la transphobie dans leurs

écoles. Et on a créé un site

web, on a créé cette bourse, on

l'a lancée avec Jack Layton et

des vedettes du Canada. C'était

une grosse affaire puis...

la journée d'après, on a eu un

coup de téléphone, puis on me

demandait de parler dans une

école, puis dans une autre.

Puis dix ans plus tard, on parle

dans des écoles chaque journée

de la semaine.


GISÈLE QUENNEVILLE

Justement. À quel point est-ce

que tu dirais que l'homophobie,

le taxage, la discrimination...

à quel point c'est présent

dans les écoles?


JEREMY DIAS

(propos en anglais et en français)

Oh, my god!

C'est intéressant, parce qu'il y a

pas une réponse à ça.

La discrimination, l'homophobie,

la transphobie,

l'intimiditation, c'est dans

chaque école, mais si on fait

pas des choses pour l'adresser,

intervenir, trouver des

solutions, on change pas

la culture.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce que Jer's Vision

peut faire pour faire

une différence?


JEREMY DIAS

Notre organisation fait des

ateliers, des conférences, des

présentations autour du Canada.

On leur apprend à adresser les

solutions. On leur apprend à

être plus résilients.

L'homophobie, la transphobie,

l'intimidation, on engage les

jeunes à changer leur

communauté. Par exemple, ça

fait dix ans qu'on travaille

avec une école ici, à Ottawa.

Quand on a commencé à travailler

à cette école, y avait pas

d'élèves qui étaient sortis

du placard.

Y avait pas d'élèves qui se

sentaient confortables.

(propos en anglais et en français)

L'année passée, y avait des jeunes qui

sont allés à leur prom en

couples gais, sortis du placard,

pas de problème.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le bal des finissants.


JEREMY DIAS

Oui, exactement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et tu fais des interventions

auprès du personnel enseignant.


JEREMY DIAS

Et c'est tellement le fun.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment ça se passe, ça?


JEREMY DIAS

C'est incroyable, parce que

comme moi, j'avais des

enseignants qui savaient pas

quoi faire, il y a encore des

enseignants qui savent pas quoi

faire non plus. Puis c'est bien

du fun, bien, bien, bien du

fun. Parce que les enseignants

sont tellement heureux

d'apprendre des outils pour

s'impliquer. On doit enseigner

c'est quoi l'homophobie puis la

transphobie. Et c'est pas

juste d'enseigner c'est quoi le

mauvais, mais c'est quoi, le

bon aussi. Cette année, c'est

le 45e anniversaire de la

décriminisation de

l'homosexualité au Canada.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum, hum.


JEREMY DIAS

Y a pas un drapeau, y a pas de

site web, mais peut-être que si

t'es enseignant d'histoire, on

peut parler de ça. On peut

discuter. Et on peut savoir que

oui, il y a des personnes comme

ça.

(propos en anglais et en français)

C'est étrange pour moi,

right? Moi, j'ai appris Molière

à l'école, right?


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum, hum.


JEREMY DIAS

Il y a des personnages gais

dans les histoires de Molière

que moi, j'ai apprises, mais on

disait pas le langage. On

parlait pas de ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum, hum.


JEREMY DIAS

Pourquoi? La Cage aux folles,

je me souviens de lire ça en 8e

année, et je pensais que les

gars étaient juste...

plus artistiques.

On parlait pas de ça.

Et c'est maintenant le temps

de s'en parler.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je suis curieuse. Est-ce que

t'es retourné dans ton ancienne

école secondaire depuis?


JEREMY DIAS

C'est une bonne question.

Trois ans après qu'on a commencé

Jer's Vision, et tout ça, mon

école m'a invité à parler à

tous les élèves de 10e année.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment t'as réagi quand t'as

reçu l'invitation?


JEREMY DIAS

Moi, j'étais complètement

surpris. Je leur ai toujours

annoncé que je pouvais

retourner. On annonce à chaque

année, à chaque école scolaire

autour du Canada que oui, on

peut parler, c'est gratuit.

Si tu peux le faire? Oui,

absolument. Mais je suis

retourné à l'école. J'étais dans

mon théâtre où je suis sorti du

placard devant mes amis.

C'était étrange. C'était étrange

de marcher dans les corridors

et regarder mon casier. C'était

étrange que ça a pas trop

changé. Mais il y avait des

arcs-en-ciel sur chaque porte.

Il y avait des personnes qui

portaient des t-shirts qui

disaient: moi, je suis OK avec

ça. Et j'ai partagé mon histoire

avec la salle. On m'a demandé

des questions. Puis à la fin,

le nouveau directeur de l'école

s'est présenté, puis il a dit:

« Au nom du conseil, je m'excuse

pour qu'est-ce que t'as subi.

Nous sommes certainement... On

veut certainement changer cette

attitude dans notre

communauté. » Et moi, j'étais...

Je me suis mis à pleurer.

(propos en anglais et en français)

C'était comme...

you know, c'était fort, ça.

Et c'était

tout ce que je voulais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors Jeremy, t'es un des

instigateurs de la Journée du

chandail rose. Qu'est-ce que

c'est, la Journée du

chandail rose?


JEREMY DIAS

C'est la journée pour célébrer

la diversité et promouvoir ces

bonnes choses dans les écoles et

dans la communauté. L'année

passée, il y avait 9 millions

de personnes qui ont participé

au Canada. C'est incroyable,

ça. Et c'est le 8 avril. C'est

toujours le 2e mercredi

d'avril. Et c'est une journée

pour célébrer nos différences,

de participer à des activités

à l'école ou à la maison ou au

travail. D'ailleurs, on peut

s'impliquer.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'où est venue l'idée?


JEREMY DIAS

Ça a commencé ça fait 5-6 ans,

avec des jeunes en

Nouvelle-Écosse qui ont vu un

élève qui s'est fait intimider

à cause qu'il portait un

chandail rose, ils sont

intervenus dans la situation et

quelques semaines, ils ont

acheté des centaines de t-shirts

roses pour tout le monde à

l'école pour le porter pour

dire non à l'intimidation.

(On présente un extrait vidéo d'un discours de JACK LAYTON.)

(Début extrait vidéo)


JACK LAYTON

(propos traduits de l'anglais)

À l'école, quand tu t'affiches

comme un homme gai, comme

une minorité visible et que tu dis

que tu veux lutter contre la

discrimination et on te dit non

et toi tu persévères, eh bien

ça s'appelle avoir du courage.

(Fin extrait vidéo)


GISÈLE QUENNEVILLE

Jeremy, y a une nouvelle loi

en Ontario qui permet les

groupes hétérohomosexuels dans

les écoles. Est-ce qu'une loi

comme ça, est-ce que ça fait

une différence?


JEREMY DIAS

Oui, absolument. Absolument.

Ça fait depuis les années 70

qu'on n’a pas changé les

curriculums.

Même aujourd'hui en Ontario, on

mentionne pas les personnes

gaies, lesbiennes, bisexuelles,

transgenres dans le curriculum

en Ontario. Et ça, c'est pas

unique à l'Ontario. Autour du

Canada, on mentionne pas ma

communauté.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum, hum.


JEREMY DIAS

Et pour moi, c'est vraiment

difficile, parce que

l'homophobie, la transphobie,

ça affecte tout le monde.

C'est pas nécessaire que tu sois

gai pour qu'on te lance un

commentaire comme ça.

(propos en anglais)

Right?


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum, hum.


JEREMY DIAS

Et à cause de ça, on a besoin

de cette loi, de ce langage,

pour commencer le dialogue.

Cette semaine, en fait, on a eu

un courriel qu'il y a un groupe

contre les gais, contre quoi

que ce soit, qui dit que Jer's

Vision est mauvais, qu'on fait

de mauvaises choses, qu'on veut

pas Jer's Vision dans les

écoles. Et c'est triste, ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça venait d'où, ça?


JEREMY DIAS

Ça vient du Canada, ici,

à Ottawa. Il y a un groupe

aussi à Toronto, un groupe au

nord. Ils font partie de la même

association. Et c'est dommage,

ça, parce qu'il y a encore

l'homophobie dans la

communauté, dans la société.


GISÈLE QUENNEVILLE

Y a certaines écoles,

certaines écoles catholiques,

qui sont plus réticentes à faire

la promotion des groupes

hétérohomosexuels dans les

écoles. Est-ce que les

convictions religieuses doivent

avoir un impact sur

cette loi-là?


JEREMY DIAS

Bien, comme une personne

religieuse - moi, je suis allé

à une école catholique toute ma

vie - je crois que c'est

important que la communauté

religieuse soit impliquée dans

le dialogue contre l'homophobie

et contre la transphobie.

On regarde le pape qui est

tellement « supportif » des

personnes allosexuelles, et ça

change les attitudes

certainement. Ça change le

dialogue un peu, mais chaque

enseignant, chaque conseiller,

chaque communauté doit

s'impliquer adresser

l'homophobie. Dans notre

communauté ici, à Ottawa, Jamie

Hubley allait à une école

catholique et s'est suicidé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, c'est le jeune garçon qui

subissait de l'intimidation à

cause de son orientation

sexuelle.


JEREMY DIAS

Et c'est assez récent. Ça fait

juste quelques années.

Pour nous, à Jer's Vision, on n’a

pas besoin de suicide pour

annoncer qu'il y a encore

des défis.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu n'es plus à

Sault-Sainte-Marie, tu as fait

tes études à l'université

d'Ottawa, tu fais ta vie

maintenant à Ottawa. Est-ce que

les choses sont plus

tranquilles pour toi

aujourd'hui?


JEREMY DIAS

Je crois que des fois la peur

m'attrape des fois.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle est toujours là, la peur?


JEREMY DIAS

Toujours là. On a été à

l'autobus, par exemple. On

allait à Orleans pour chercher

quelque chose. Et j'ai réalisé

que quand on était au

centre-ville, on se tenait

la main.


GISÈLE QUENNEVILLE

Toi et ton partenaire.


JEREMY DIAS

Oui, exactement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et quand on était à Orleans,

on se tenait pas.

Et lui, il a subi quelque chose;

moi, j'ai subi des choses.

La peur est toujours là.

On veut pas... On va pas

déménager dans une communauté

rurale ou au nord bientôt.

Et ça arrive. J'ai voyagé en

Jamaïque, puis après un bout de

temps, j'étais plus à l'aise.

J'étais avec des personnes

homosexuelles où c'est illégal

d'être gai en Jamaïque, mais

comme... j'étais à l'aise.

Et je commençais à partager.

Et tout d'un coup, mon frère qui

était avec moi m'a frappé

vraiment fort. Il dit: « On parle

pas de ça. On va parler en

codes. Et on va être plus

silencieux et plus alertes. »

(propos en anglais et en français)

J'ai dit: « Alright, yeah.

C'est vrai, ça. »

Et c'est vraiment difficile.

On pense voyager autour du

monde. Y a encore 90 pays où

c'est illégal d'être gai.


GISÈLE QUENNEVILLE

(acquiesçant)

Hum, hum.


JEREMY DIAS

Alors, y a beaucoup de choses

à faire ici, mais

ailleurs aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

(propos en anglais et en français)

Qu'est-ce qu'il faudrait faire

justement, pour que

l'homosexualité devienne

mainstream?...


JEREMY DIAS

Ha! Ha! Ha!


GISÈLE QUENNEVILLE

Si tu veux, au Canada?

Est-ce que c'est possible

d'envisager ça? Est-ce qu'on

est proche de ça?


JEREMY DIAS

Votre question me demande

une question:

(propos en anglais et en français)

est-ce que je veux que

l'homosexualité soit

mainstream? Et honnêtement,

je veux pas ça.

Je veux être une communauté avec

une culture et une histoire

distinctes et célébrées.

Comme francophile, anglophone

francophile, francophone des

fois, je veux jamais qu'on n’ait

pas des écoles francophones.

(propos en anglais et en français)

Je veux jamais que l'enseignant

francophone soit

mainstream.

De la même façon, je veux pas

que ma communauté soit

mainstream. Ma communauté, c'est

divers, c'est radical, c'est

un défilé, c'est un party,

c'est triste, c'est fantastique,

c'est fabuleux. C'est unique.

(propos en anglais et en français)

Mainstream,c'est plate.

Personne veut être

mainstream.

On veut être tous célébrés,

on veut être tous distincts.


GISÈLE QUENNEVILLE

Jeremy, merci beaucoup.


JEREMY DIAS

Merci.

(Générique de fermeture)

Épisodes

>Choisissez une option de filtrage par âge, fiction, ou saison

  • Catégorie Saison
  • Catégorie Documentaire
  • Catégorie Reportage

Résultats filtrés par