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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Graham Fraser : commissaire aux langues officielles du Canada

Le bilinguisme n’a pas toujours fait partie du quotidien de Graham Fraser. Il est né à Ottawa, dans une famille anglophone.

À l’âge de 19 ans, il participe à un projet d’archéologie au Québec. Il a vite découvert que les vieilles trouvailles n’étaient pas son truc… mais le français l’était.

Jeune journaliste, Graham Fraser est fasciné par le Québec. Il travaille à Montréal et ensuite à Québec. Des expériences qui lui ont servi lors de ses années comme correspondant à Washington et Ottawa. Et ça a jeté les bases pour les défis qui l’attendaient en 2006 quand il a été nommé Commissaire aux langues officielles du Canada.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles; des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, des photos et des extraits vidéos de GRAHAM FRASER et des bureaux du Commissariat aux langues officielles défilent à l'écran.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le bilinguisme n'a pas

toujours fait partie du

quotidien de Graham Fraser.

Il est né à Ottawa dans une

famille anglophone.

à l'âge de 19 ans, il participe

à un projet d'archéologie au

Québec. Il a vite découvert que

les artefacts n'étaient pas son

truc. Mais le français l'était.

Comme journaliste, Graham Fraser

était fasciné par le Québec.

Il a déménagé sa jeune famille à

Montréal pour travailler au

magazine Maclean's.

Ensuite, c'était la ville de

Québec, comme chef de bureau

pour The Gazette.

Ces années ont permis à Graham

Fraser de mieux comprendre les

Québécois et ce que c'était de

vivre comme minorité.

Sa compréhension du Québec l'a

bien servi lors de ses années

comme correspondant à Washington

et à Ottawa, tant pour le Globe

& Mail que le Toronto Star. Et

ça a jeté les balises pour les

défis qui l'attendaient, en

2006, lorsque Stephen Harper l'a

nommé commissaire aux langues

officielles du Canada.


GRAHAM FRASER (hors champ)

J'ai vécu à Québec comme

anglophone pendant sept ans.

Cette expérience m'a fait

comprendre ce que ça veut dire

vivre en minorité.

(GISÈLE QUENNEVILLE et GRAHAM FRASER sont maintenant assis face à face dans un bureau du Commissariat aux langues officielles.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Graham Fraser, bonjour.


GRAHAM FRASER

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Graham Fraser, vous êtes

commissaire aux langues

officielles depuis presque dix

ans maintenant. Quelle est la

chose la plus importante que

vous avez apprise au fil des

dernières années?


GRAHAM FRASER

Euh... Bien, plusieurs choses.

D'abord, une chose que j'ai

apprise, c'est la vitalité des

communautés minoritaires au

Canada. Et comment chaque

communauté est

différente. Euh... Le temps est

bien révolu depuis l'époque où

on pouvait parler des

francophones hors Québec.

Par contre, parfois je dis à la

blague, au Manitoba, Louis Riel

a été pendu la semaine passée et

puis en Acadie, la Déportation,

c'était la semaine avant. Ça,

c'est une perception historique

très différente dans toutes les

communautés. Et un sens

d'identité aussi... qui est

différent aussi.

Une autre chose que j'ai

apprise, c'est qu'est-ce que ça

veut dire être le dirigeant

principal d'une institution.

Et tout d'un coup, de me trouver

à la tête d'une organisation de

170 personnes, de faire affaire

avec des parlementaires, avec

des communautés... avec des

plaignants... c'était une

situation assez différente.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes le commissaire aux

langues officielles. Est-ce

qu'il est plus difficile d'être

le représentant, si on peut dire

représentant, des minorités

francophones au Canada ou des

minorités anglophones au Québec?

C'est pas la même chose, hein?


GRAHAM FRASER

C'est différent dans le

sens... La communauté anglophone

est dans une situation...

comparable, d'une certaine

façon, mais très différente.

D'abord, il faut réfléchir sur

la perception que les Québécois

francophones majoritaires ont de

la société.

Moi, j'ai toujours pensé, et

c'était bien avant que je sois

commissaire, quand j'étais

journaliste au Québec, que quand

les Québécois se sentaient en

sécurité, confiants de la

stabilité de leur société, fiers

d'eux, le fait français et... sa

sécurité, sa permanence au

Québec, ils étaient ouverts et

généreux des autres... des

autres communautés culturelles,

des immigrants, des anglophones.

Quand les Québécois se sentent

minoritaires, menacés,

fragiles... et sous pression,

ils ont... C'est moins le cas.

Donc aussi longtemps que les

Québécois se sentent vraiment

majoritaires, ils vont être

généreux envers la minorité

anglophone. Et moi, j'ai une

sensibilité particulière parce

que j'ai vécu à Québec comme

anglophone pendant sept ans.

Et cette expérience m'a fait

comprendre ce que ça veut dire

vivre en minorité.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a également toute une

partie, je crois, non

négligeable de votre poste, qui

doit en quelque sorte défendre

le commissariat, défendre la Loi

sur les langues officielles.

Parce qu'il y a une certaine

partie de la population qui voit

ceci comme étant une grosse

perte d'argent monumentale. À

quel point est-ce que vous devez

défendre votre existence?


GRAHAM FRASER

Moi, je pense que la majorité,

l'opinion majoritaire dans les

deux sociétés, est favorable à

la politique linguistique. Pour

vraiment y réussir - et c'est

quelque chose d'assez intangible

et difficile de...

à évaluer, si on y arrive -,

c'est d'arriver à un point où

les gens ont le sentiment que

les deux langues officielles

leur appartiennent, même s'ils

parlent pas l'autre langue

officielle. La visibilité, la

présence orale de ces deux

langues dans des annonces aux

événements nationaux, c'est un

élément important

de l'identité nationale.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre mandat n'est pas encore

terminé, il vous reste encore

une année et demie encore, mais

à ce stade-ci dans votre mandat,

quelle est la chose dont vous

êtes le plus fier jusqu'à

maintenant?


GRAHAM FRASER

Vous savez, dans...

dans... C'est un peu comme être

diplomate. J'ai pas de pouvoir,

j'ai une certaine influence.

Et en exerçant cette influence,

c'est souvent difficile de

savoir... est-ce que c'est mon

rôle, en intervenant devant les

tribunaux, qui a fait pencher la

différence dans une cause devant

la Cour suprême, disons? Mais au

tout début de mon mandat, le

gouvernement a mis fin au

programme de contestation

judiciaire.

Et on est intervenu devant les

tribunaux avec la Fédération des

communautés francophones et

acadiennes, qui a pris

l'initiative avant même que

notre processus d'enquête sur

les plaintes qu'on avait reçues

soit terminé, on est intervenu,

on a eu le statut d'intervenant.

Notre rapport d'enquête était le

seul document devant la Cour.

Et au dernier moment, avant que

le juge puisse rendre sa

décision, il y avait une

décision... un règlement hors

cour qui a fait en sorte qu'on a

créé le programme d'appui aux

droits linguistiques.

Je pense que si on était pas

intervenu, ça se serait pas

produit.

(GISÈLE QUENNEVILLE et GRAHAM FRASER sont à présent debout devant un mur décoré par plusieurs caricatures encadrées.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Graham Fraser, on est devant

votre mur des caricatures.

Alors ce sont des caricatures de

vous et des caricatures de la

loi. Est-ce que vous êtes

satisfait de la façon dont vous

êtes caricaturé?


GRAHAM FRASER

Ah bien, disons que quand j'ai

vu la caricature de Bado, la

première fois--


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, c'est le

caricaturiste du Droit.


GRAHAM FRASER

Je me suis dit: Bien, c'est

plutôt mon frère que moi. Et mon

frère avait 11 ans de plus que

moi. Mais en vieillissant, je me

rends compte que je ressemble à

la caricature de plus en plus,

donc... faut devenir en

vieillissant... philosophique.

(Ils rient ensemble.)

(GISÈLE QUENNEVILLE et GRAHAM FRASER sont maintenant assis face à face dans un bureau du Commissariat aux langues officielles.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Graham Fraser, vous venez

d'une famille anglophone

d'Ottawa. Comment avez-vous

appris le français?


GRAHAM FRASER

Bien, disons qu'il y avait...

le français à l'école depuis le

début. Quand j'ai terminé...

l'école secondaire...

j'avais ce qu'on appelait à

l'époque Ontario High School

French.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, c'était le french...

core french, c'était pas de

l'immersion.


GRAHAM FRASER

Pas d'immersion, core french.

J'avais quand même... Mes

parents étaient intéressés

que... par l'idée que j'apprenne

plus que ça. Puis...

ma première année d'université,

j'ai travaillé sur un projet

d'étudiant, sur un site

archéologique, Fort Lennox, qui

est sur l'Ile-aux-Noix, à 50 km

au sud de Montréal, sur le

Richelieu. Et c'était un projet

pour attirer des...

enseigner et former des

archéologues. Et c'était la

période où on a fait

Louisbourg... Donc...

on attirait des étudiants en

anthropologie, en histoire, en

sociologie. La moitié était des

étudiants universitaires du

Québec, l'autre moitié du reste

du Canada. Et il y avait une

étudiante de l'Université

d'Ottawa, qui, elle, était

parfaitement bilingue, qui un

jour m'avait dit: "Toi, t'es

très différent en français qu'en

anglais." Puis moi, j'ai

répondu: "Bien sûr, je suis

différent; je suis stupide, je

suis inarticulé et j'ai pas de

sens de l'humour." Et j'ai

réfléchi là-dessus par la suite

et je me suis rendu compte que

c'est ça l'expérience de

l'immigrant qui arrive dans une

nouvelle société, qui comprend

pas les blagues, qui n'a pas les

repères pour vraiment

comprendre, qui est un peu

prisonnier de son accent.

Donc cette expérience m'a fait

non seulement mieux comprendre

mon pays, mais également m'a

rendu plus sensible à

l'expérience de l'immigrant.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'aime toujours poser la

question sur la rencontre avec

l'épouse. Est-ce que la langue

était un facteur dans cette

rencontre-là? Est-ce qu'elle

parle français, votre épouse?


GRAHAM FRASER

Oui. Pas à la rencontre parce

qu'on s'est rencontrés, on s'est

connus d'abord à l'école

secondaire. On était tous les

deux impliqués dans une

Organisation des Nations Unies

modèle... à Toronto.

Mais... elle avait travaillé...

Un des étés que moi

je travaillais au Québec,

elle travaillait au Québec aussi.

Pour apprendre le français.

Puis elle travaillait à Expo

pendant que moi, je travaillais

à l'hôpital. Donc...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça tombait bien.


GRAHAM FRASER

On s'est vus de façon assez

intense pendant cet été-là, 67.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, en 1976, vous avez

décidé de déménager à Montréal,

vous, votre jeune famille, je

pense que votre fils avait à

peine deux ans à ce moment-là.


GRAHAM FRASER

Oui, c'est ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour travailler pour le

magazine Maclean's à Montréal.

Un gros changement pour une

jeune famille. Qu'est-ce qui

vous a poussé à faire ça?


GRAHAM FRASER

Bien, disons que j'étais

toujours fasciné par...

la politique québécoise depuis

les années 60. Et c'était une

décennie au Québec - trois ans à

Montréal, sept ans à Québec - où

il y avait l'élection du Parti

québécois, le premier

référendum, deuxième élection,

débat sur la Constitution,

rapatriement... Et pendant cette

période-là, tout le débat sur la

Loi 101. Et les autres...

réformes du gouvernement du

Parti québécois. Et assez tôt

dans cette période, j'avais

décidé d'écrire un livre sur le

Parti québécois au pouvoir.

Donc... ce que j'avais fait.

Et c'était...

pour moi une grande expérience

de passer ces dix ans au Québec

en suivant de très près le

gouvernement du Parti québécois.


GISÈLE QUENNEVILLE

Justement, quand vous étiez

journaliste et que vous vous

asseyiez à votre machine à

écrire - parce qu'il y avait

probablement pas d'ordinateur à

cette époque-là - et que vous

saviez que vous deviez raconter

le Québec au Canada anglais,

qu'est-ce qui vous passait par

la tête? Comment vous vous y

preniez? Est-ce que vous

réfléchissiez à comment

présenter la situation politique

au Québec et comment la

présenter au Canada anglais?


GRAHAM FRASER

Disons que... il y avait,

surtout à l'époque, à Maclean's,

il y avait un certain...

une certaine pression d'essayer

de dénoncer le gouvernement du

Parti québécois. Il y avait une

espèce de réaction un peu

viscérale de réagir comme si...

ils avaient enlevé un

gouvernement.

Et mon principe, c'était de...

d'expliquer...

pourquoi ils étaient élus,

pourquoi ils étaient

populaires... tout en...

tenant compte de l'idée qu'ils

seraient pas défaits parce que

la presse anglophone les

dénonçait, mais quand les

électeurs francophones

décidaient qu'ils n'étaient plus

contents avec leur performance

comme gouvernement.

Donc ce que j'essayais de faire,

c'est de comprendre et expliquer

ce qu'ils pensaient, pourquoi

ils pensaient de cette façon-là,

ce qu'ils faisaient et pourquoi.

Donc... j'ai pu avoir un rapport de

grand respect avec des gens

comme M. Parizeau, M. Laurin,

M. Morin. Et je pense que

c'était... à cause de ça que

j'ai réussi à...

écrire un livre sur René

Lévesque et le Parti québécois

au pouvoir.


GISÈLE QUENNEVILLE

À cette époque-là, on parlait

beaucoup des deux solitudes au

Canada. Est-ce que ces deux

solitudes existent toujours ou

est-ce que ça a changé?


GRAHAM FRASER

Euh... Bien, faut... faut jamais

oublier qu'on est...

un pays avec deux sociétés qui

sont majoritairement unilingues.

Je pense quand même qu'il y a

pas... le même niveau

d'hostilité ou d'incompréhension

qu'il y avait il y a 20 ans, il

y a 30 ans, il y a 50 ans. Donc

je pense qu'il y a bien des

évidences que les Québécois sont

plus intéressés aux affaires

intéressantes. Et c'est pas

nécessairement le patriotisme ou

l'amour pour les Rocheuses qui

animent cet intérêt.

Mais...

quand il y a un film canadien

intéressant, quand il y a un

livre canadien intéressant,

quand il y a un politicien qui

mérite une couverture...

Tandis que quand je suis allé au

Québec, en 76, il y avait une

conviction profonde que rien

d'intéressant pourrait jamais se

produire à l'ouest de

l'Outaouais.


GISÈLE QUENNEVILLE

En 2013, Graham Fraser, vous

avez fait un grand voyage en

canot, trois jours en canot,

pour souligner la mémoire de

votre papa, qui est décédé au

même lieu dans un accident de

canot. Pourquoi ce voyage-là au

juste?


GRAHAM FRASER

On avait appris que la croix

que la famille et ses amis ont

établie a été détruite...

renvoyée dans... la rivière.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans le Parc Algonquin.


GRAHAM FRASER

Oui, dans le Parc Algonquin.

Et Roy MacGregor du Globe & Mail

m'avait averti de ça, de ce

vandalisme. On avait parlé de

est-ce qu'on... établit une

autre croix, est-ce qu'on fait

un petit monument?

On avait fait des contacts avec

le parc pour s'assurer que ça

soit permis. Ensuite, on l'avait

trouvée dans la rivière.

Quand la rivière était très

basse... et donc on avait décidé

d'aller restaurer, réimplanter

la croix.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais c'était pas juste

n'importe qui, là, c'était un

voyage de famille.


GRAHAM FRASER

Oui, tout à fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les hommes de la famille.


GRAHAM FRASER

Les hommes de la famille.

Mes deux fils et mon petit-fils,

qui avait alors 13 ans. Donc

c'était... très émouvant pour nous

d'établir ce lien

multigénérationnel avec la

mémoire de mon père.

(Un extrait vidéo d'une allocution de GRAHAM FRASER défile à l'écran.)


GRAHAM FRASER

Ce désir d'appartenance à la

communauté qui se manifeste à

l'échelle d'un quartier, en

milieu de travail, par des

filiations à un parti politique

ou à un groupe communautaire

est, je crois, le signe d'une

société saine. La participation

n'est pas seulement gratifiante

sur le plan personnel, elle

enrichit le monde dans lequel

nous vivons.

(GISÈLE QUENNEVILLE et GRAHAM FRASER sont maintenant assis face à face dans un bureau du Commissariat aux langues officielles.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Graham Fraser, votre père

était journaliste.


GRAHAM FRASER

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'on parlait beaucoup

d'affaires publiques chez vous?


GRAHAM FRASER

Ah oui. Ah oui. On parlait

beaucoup des élections, des...

des questions politiques. Moi,

j'avais visité plusieurs fois la

Chambre des communes pour

regarder, donc...

Donc, effectivement, quand je

suis venu au Parlement comme

journaliste, c'était un endroit

assez familier déjà.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, votre père est

décédé assez jeune. Il s'est

noyé dans un accident de canot.

Vous, vous aviez, je pense, 22

ans...


GRAHAM FRASER

Vingt-deux ans, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

À l'époque. Je sais pas, mais

est-ce que son décès vous a

poussé à faire carrière, à faire

comme lui, à devenir

journaliste?


GRAHAM FRASER

J'étais déjà en route pour

faire du journalisme. Pendant

mon adolescence et pendant la

période que... mes années à

l'université, souvent, j'étais

intéressé par autre chose.

Mais je me disais: Ou bien je

vais être... prof ou

journaliste. Je vais être

organisateur syndical ou

journaliste. Diplomate comme mon

frère ou journaliste.

Déjà, avant la mort de mon père,

j'avais été accepté dans le

programme d'été du Toronto Star.

Et... une des dernières conversations

que j'ai eues avec mon père, il

m'avait dit que lui, son premier

emploi comme journaliste,

c'était au Montreal Herald...

et c'était après avoir tout à

fait échoué comme prof d'école.

Et il a dit: c'était l'emploi le

plus facile pour quelqu'un qui

venait d'échouer parce que la

moitié des journalistes étaient

alcooliques et on prenait pour

acquis que la moitié serait

pas... au travail

après la journée de

paye. Donc c'était un peu...

les bons vieux jours des

journalistes de cette époque, de

front page. Et...

Mais il m'avait dit: Toi, tu

commences avec le journal le

plus difficile au Canada.

Tu peux pas te permettre...

de ne pas être vraiment assidu

au travail. Et...

Mon père avait beaucoup

d'humilité comme journaliste.

Et même s'il était très

respecté, il pensait jamais

qu'il était meilleur que les

gens qu'il couvrait. Il disait

parfois que... il est devenu

journaliste parce qu'il n'avait

pas l'imagination de faire autre

chose. Donc c'était vraiment

avec humilité qu'il faisait son

métier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, vous avez passé

plus de 30 ans comme

journaliste, n'est-ce pas, est-

ce qu'il y a un événement ou

est-ce qu'il y a une rencontre

qui vous a marqué pendant votre

carrière?


GRAHAM FRASER

Probablement...

le fait que j'ai pu passer...

une semaine avec René

Lévesque... comme très jeune

journaliste. J'avais 23 ans.

Et... quand il allait...

parler aux universités, on était

deux. Donc il y avait pas un

entourage. Et à cause de la

différence d'âge, c'était moi

qui prenais les bagages, qui

téléphonais aux taxis... et...

C'était une possibilité d'avoir

un... un contact aussi intime

qu'on peut imaginer comme un

jeune journaliste de 23 ans avec

un politicien... qui était à ce

moment-là en opposition...

député indépendant à l'Assemblée

nationale. Une expérience qui a

transformé... ma carrière et ma

vie journalistiques.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous êtes devenu

commissaire aux langues

officielles, vous êtes passé de

l'autre bord - je pense qu'on

peut dire - jusqu'à un certain

point. Donc au lieu...

de poser des questions,

d'interviewer les politiciens,

les fonctionnaires, c'est vous

qui étiez interviewé par les

journalistes, certains anciens

collègues. Avez-vous trouvé ça

difficile?


GRAHAM FRASER

Dans les premières semaines

que j'ai passées comme...

commissaire, la transition était

très facile entre mon discours

de livre et mon discours de

commissaire. Donc...

Ce qui a été plus difficile, et

j'en parlais un peu au début de

notre conversation, ç'a été...

de devenir un administrateur, de

devenir dirigeant principal

d'une organisation.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre mandat commence à tirer

à sa fin, il vous reste à peu

près un an et demi, vous aurez

été commissaire pendant dix

ans... Après ça quoi?

Êtes-vous du genre à prendre une

retraite?


GRAHAM FRASER

Euh... Bien, j'ai pas vraiment

commencé à réfléchir.

Quand je...

Quand je croyais que mon mandat

terminerait en 2013, j'avais eu

une conversation...

très préliminaire avec le

président d'une université, la

possibilité de faire quelque

chose. Peut-être cette

conversation peut recommencer à

un certain moment donné.

J'ai certains projets de livres

en tête. Donc... C'est...

c'est possible que...

je vais pouvoir revenir...

à l'écriture d'une façon ou

d'une autre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Graham Fraser, merci beaucoup.


GRAHAM FRASER

Je vous en prie.

(Générique de fermeture)

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