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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Carmen Campagne : auteure-compositrice-interprète

Durant les années 90 et jusqu’au début 2000, Carmen Campagne était la coqueluche des enfants de sa Saskatchewan natale, en passant par le Québec, et jusqu’en France.

Durant cette période, Carmen Campagne a vendu presque un million de disques et a attiré des dizaines de milliers d’enfants à ses spectacles.

Mais les années folles n’allaient pas durer. Une mauvaise gestion de la part de son ex-conjoint a forcé les Productions Carmen Campagne à faire faillite en 2002.

Depuis ce temps-là, Carmen refait sa carrière à sa façon auprès des enfants… dans l’Ouest canadien.



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles; des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invitée, un extrait de ''Je vais à l'étable'' joue et des photos et extraits vidéos de CARMEN CAMPAGNE défilent à l'écran.


CARMEN CAMPAGNE

♪ Je vais à l'étable pour tirer

ma vache Pas capable de tirer ma

vache ♪


GISÈLE QUENNEVILLE

Ce petit refrain, vous le

connaissez sans doute.

Durant les années 90 et jusqu'au

début des années 2000, Carmen

Campagne était la coqueluche des

enfants.

De sa Saskatchewan natale, en

passant par le Québec, et

jusqu'en France.

Durant cette période, Carmen

Campagne a vendu presque un

million de disques et a attiré

des dizaines de milliers

d'enfants à ses spectacles.

Mais les années folles

n'allaient pas durer.

Une mauvaise gestion de la part

de son ex-conjoint a forcé les

Productions Carmen Campagne à

faire faillite en 2002. Durant

ces années sombres, la chanteuse

est rentrée chez elle en

Saskatchewan pour enseigner et

s'occuper de ses parents âgés.

Elle s'est ensuite installée à

Winnipeg où elle a recommencé

petit à petit sa carrière

d'artiste. De 2009 à 2011, on la

retrouve sur les ondes de TFO

avec sa série Carmen à la

campagne. Et en 2012, un retour

sur disque avec un nouveau DVD:

Carmen Campagne sur la ferme de

grand-père.

(GISÈLE QUENNEVILLE et CARMEN CAMPAGNE sont maintenant assises l'une en face de l'autre.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Carmen Campagne, bonjour.


CARMEN CAMPAGNE

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlez-nous de cette niche que

vous avez créée, de la musique

pour enfant. Comment vous êtes

rentrée là-dedans et comment

vous avez vécu ça.


CARMEN CAMPAGNE

Comment je suis entrée là-

dedans, bien, je chante depuis

toujours avec une famille, en

Saskatchewan, sur la ferme, avec

mon père aussi qui chantait

beaucoup. J'ai des souvenirs

de... on est tous assis sur le

piano à chanter avec mon père,

qui adorait les chansons

traditionnelles. Et on chantait

ensemble, la famille Campagne

chantait ensemble. Par la suite,

c'est ça, je suis devenue

enseignante et je chantais

beaucoup dans la salle de

classe. J'enseignais en

immersion puis je trouvais que

c'était une bonne façon pour les

enfants d'apprendre, surtout

parce qu'ils apprenaient une

nouvelle langue. Alors je

chantais énormément dans la

salle de classe. Et c'était un

peu... c'est arrivé un petit peu

par hasard, toute cette histoire-là.

J'ai fait un premier disque de

berceuses avec ma belle-soeur.

Et puis par la suite, les gens

m'ont encouragée à continuer à

chanter pour les enfants.

Puis pour moi, c'était tout à

fait naturel de le faire, parce

que j'avais tout un bagage de

chansons traditionnelles déjà

que je chantais quand j'étais

moi-même petite.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez vendu presque un

million de disques et de DVD.

Qu'est-ce qui fait que votre

musique plaît aux enfants?


CARMEN CAMPAGNE

J'ai tout fait ça avec ma

famille. Avec mon frère Paul,

qui est réalisateur de tous mes

disques, de mes soeurs qui ont

composé pour moi, qui chantent

les choeurs sur tous mes

disques. Mais je pense qu'on a

toujours trouvé ça vraiment

important que la musique plaise

autant aux parents qu'aux

enfants.

Alors pour nous, c'était

vraiment important que les

instruments soient de vrais

instruments, que les

enregistrements soient faits

avec beaucoup d'humour et de

plaisir. Et pour moi, les

chansons traditionnelles sont

très importantes, parce que j'ai

grandi avec ces chansons-là.

J'entendais mes grands-parents

les chanter, et mes parents

aussi. Alors pour moi, les

chansons traditionnelles

évoquent de beaux souvenirs

d'enfance.

Et je pense que tous les enfants

devraient connaître les chansons

qui ont touché leurs parents et

leurs grands-parents aussi.

Alors c'est un mélange de

chansons traditionnelles, de

nouvelles chansons composées

avec des personnages très drôles

et puis des hits aussi que peut-

être les parents et les grands-

parents aiment réentendre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le plus grand hit?

Je vais à l'étable?


CARMEN CAMPAGNE

C'est ça. Puis cette chanson-

là, on l'a faite en plusieurs

différentes versions.

Je pense que j'ai comme quatre

ou cinq différentes versions de

la vache.

Je l'aime encore cette chanson-

là. Je la chante encore en

spectacle. Puis aussitôt que je

commence à faire ça...

les enfants: Ah! J'entends cette

réaction-là puis...

ils adorent ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Aller à un spectacle de Carmen

Campagne, c'était un peu comme

aller à un spectacle des

Beatles, hein, n'est-ce pas?

Parce qu'il y avait les jeunes,

c'était la foule... Comment on

gère ça?


CARMEN CAMPAGNE

Comment on gère ça...

Bien, pour moi, un spectacle, je

chante pour le plaisir de

chanter. Puis mes spectacles

sont très... c'est un spectacle

où les enfants participent, où

ils chantent, ils dansent, ils

sautent. Pour moi, c'était

important que les enfants

fassent vraiment partie du

spectacle. C'est vraiment ça le

plaisir, c'est de présenter les

spectacles. C'est la partie

préférée de toute cette

carrière-là, c'est les

spectacles.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans les grosses années de

Carmen Campagne, vous faisiez,

je pense, plusieurs spectacles,

même dans une semaine. Comment

vous arriviez à faire ça?


CARMEN CAMPAGNE

Bien, je faisais pas forcément

des spectacles pendant la

semaine, mais les fins de

semaine, j'étais très occupée.

Alors la semaine, j'étais à la

maison avec mes enfants qui

étaient tous à l'école, qui

faisaient des activités de

toutes sortes. Mais les fins de

semaine, j'étais souvent sur la

route. Et tu sais, c'était pas

facile parfois, parce que j'en

faisais énormément. Mais je veux

dire, quand je montais sur

scène, j'étais à l'aise puis je

m'amusais. Puis après les

spectacles, je signais des

autographes. Parfois, signer les

autographes, ça prenait deux

heures. C'était plus long que le

spectacle.

Mais je tenais vraiment à

rencontrer les enfants.

Puis ils voulaient se faire

photographier puis je donnais

une petite photo puis des

autocollants, puis...

Je le fais encore, ça.

C'était pas évident, toujours

être en tournée--


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais c'était une machine,

Carmen Campagne.


CARMEN CAMPAGNE

Oh oui, c'était une machine.

Oui. C'était pas toujours

facile, cette machine-là.

Puis pour moi, c'était... ç'a

été toute une surprise, ça.

Je m'attendais pas à tout ce

succès-là puis... Justement,

j'ai fait un spectacle à St-

Jean-sur-Richelieu, c'était au

Festival des montgolfières. Et

puis on attendait 4000

personnes.

On m'avait dit: on attend 4000

personnes. Bien, le spectacle a

été retardé de trois-quatre

heures parce qu'il y avait un

embouteillage de Montréal à St-

Jean-sur-Richelieu.

Et puis c'est des gens qui

venaient voir mon spectacle.

Il y a eu 12 000 personnes.

Il y avait un champ de

poussettes, c'était incroyable.

Puis j'avais été tellement émue

puis un peu... je me sentais un

peu même... J'étais un peu

bouleversée. Je voyais à quel

point les gens l'appréciaient,

appréciaient les chansons, les

spectacles, les CD, les

vidéocassettes à ce moment-là,

qui sont maintenant des DVD.


GISÈLE QUENNEVILLE

En 2002, tout cela s'est

effondré.


CARMEN CAMPAGNE

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui s'est passé?


CARMEN CAMPAGNE

Qu'est-ce qui s'est passé...

Bien, mon ex-conjoint, qui était

aussi mon gérant a eu des

problèmes de... de toxicomanie,

de jeu. Un moment donné,

c'est ça, je me

suis rendu compte qu'il y avait

quelque chose qui allait

vraiment pas. Puis à ce moment-

là, c'était déjà trop tard,

j'avais tout perdu.

J'ai été obligée de faire une

faillite personnelle, une

faillite en affaires.

Et puis ç'a été un moment très,

très difficile.

Je voulais qu'il s'en sorte et

puis que les choses redeviennent

comme avant.

Mais ç'a pas été le cas. Donc

j'ai divorcé, je me suis

éloignée du Québec. Je suis

partie, je suis allée vivre en

Saskatchewan dans un petit

village. Je me suis rapprochée

de mes parents, de ma famille,

dans l'Ouest, d'une très bonne

amie qui m'a beaucoup, beaucoup

aidée. Mes parents aussi. J'ai fait

de la suppléance, j'ai fait de la

surveillance à l'école.

J'ai travaillé dans un petit

bistro où je faisais des soupes

et des muffins.

Et là, à un moment donné, j'ai

eu un emploi à l'école, à

Bellegarde, et j'ai enseigné la

musique pour les enfants de la

maternelle à la 6e année.

Et j'ai fait ça pendant six ans.

Et j'ai recommencé à faire des

spectacles, je me suis acheté un

petit système de son puis j'ai

recommencé à faire des petites

tournées moi-même, dans une

vieille voiture que j'avais

achetée.

Parce que quand je suis arrivée

à Bellegarde, juste pour vous

dire que j'avais absolument

rien, j'avais à peu près 200$

qui me restaient de toute ma

fortune de Carmen Campagne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Wow!


CARMEN CAMPAGNE

Oui, oui, c'est ça. Alors

vraiment, j'ai recommencé à

zéro. Puis là, ç'a pas été

facile, parce que j'avais une

petite qui était en 3e année à

ce moment-là, quand je suis

partie du Québec.

Et puis ma grande était déjà au

cégep. Alors elle, elle est

restée. Et puis mon fils est

allé habiter avec une tante et

un oncle. Ça, ç'a été vraiment

difficile. Je pense que j'étais

sur le bord de faire une assez

grande dépression, alors j'ai

senti le besoin de m'éloigner

puis de partir.

De prendre un recul et puis de

recommencer à zéro.

Puis c'est ce que j'ai fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous avez un DVD,

un disque, une vidéocassette qui

représente plus que les autres

pour vous?


CARMEN CAMPAGNE

Probablement Un bon chocolat

chaud, parce que c'était la

toute première vidéocassette,

puis je savais pas du tout à

quoi m'attendre. Puis on avait

fait le tournage dans un gîte du

passant. Alors il y avait

beaucoup d'animaux.

Puis on avait tourné dans un

poulailler puis c'était...

Oh, il faisait chaud. Puis

c'était vraiment amusant,

j'avais adoré ça. Je m'étais

rendu compte à quel point

c'était le fun de se faire

maquiller puis de tourner sur

une ferme. Alors c'est ça, c'est

un... et puis une chanson avec

beaucoup d'instruments

acoustiques. Mais un beau

rythme, des paroles qui se

répètent, qui sont faciles à

apprendre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ici derrière moi, c'est

l'Ordre du Canada.


CARMEN CAMPAGNE

Oui!


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes entrée dans

l'ordre...


CARMEN CAMPAGNE

En 2014.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui. Puis?


CARMEN CAMPAGNE

C'était une belle

reconnaissance. Pas seulement

tout le travail que j'avais fait

au Québec ou en France, mais

vraiment partout au Canada. On

va à la cérémonie et puis on

voit aussi tous les gens qui

reçoivent cet honneur-là. Que ce

soit des scientifiques, des

journalistes... Il y avait plein

de monde, des danseuses...

J'étais juste... très émue.


GISÈLE QUENNEVILLE

Carmen, vous venez de Willow

Bunch en Saskatchewan.

C'est sûr, pour moi, ça pourrait

être un nom de Disney, Willow

Bunch. Décrivez-moi Willow

Bunch.


CARMEN CAMPAGNE

Bien, Willow Bunch, c'est un

village dans une vallée.

Mais c'est un petit village

d'environ 350 habitants.

C'était très francophone dans le

temps. Même avant que ça

s'appelle Willow Bunch, ça

s'appelait St-Ignace-des-Saules,

qui est beaucoup plus joli.

Mais évidemment, les anglophones

pouvaient pas dire St-Ignace-

des-Saules, alors saules,

willow, willow bunch.


GISÈLE QUENNEVILLE

Willow Bunch, est-ce que c'est

connu pour quoi que ce soit?


CARMEN CAMPAGNE

Bien, c'est connu pour le

géant Beaupré. Vous connaissez

pas le géant Beaupré?


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui, mais je savais pas qu'il

venait de Willow Bunch.


CARMEN CAMPAGNE

Le géant Beaupré était de

Willow Bunch.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il a vraiment existé?


CARMEN CAMPAGNE

Bien oui, c'était l'aîné de 24

enfants.


GISÈLE QUENNEVILLE

24 enfants. Ha! Ha! Ha!


CARMEN CAMPAGNE

Oui, et puis il y a un musée à

Willow Bunch justement où on a

fait une statue du géant

Beaupré. On a ses souliers, son

lit, des vêtements qu'il

portait. Et puis c'est ça, il a

grandi à Willow Bunch. Et à un

moment donné, il est parti avec

le cirque Barnum et Bailey, je

crois. Mais oui, l'histoire de

Willow Bunch est vraiment

intéressante. C'est un village

qui est... un des villages les

plus anciens en Saskatchewan. Et

moi, j'ai grandi sur une ferme à

peu près à 12 km de Willow

Bunch.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était des vaches ou c'était

des céréales?


CARMEN CAMPAGNE

Les deux. Oui, oui.

Mon père avait à peu près 350

têtes de vaches. Et c'est une

grande ferme où, c'est ça, mon

père faisait pousser du blé, de

l'avoine. Et puis la ferme, on

l'a encore, la ferme. Ma soeur

Solange qui est à la ferme, qui

est retournée à la ferme après

plusieurs années d'absence, a

transformé cette ferme-là et

c'est maintenant une ferme

biologique. Alors on fait

pousser du kamut, du blé

biologique, du lin, toutes

sortes de choses sur cette

ferme-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous venez d'une grande

famille, hein?


CARMEN CAMPAGNE

Oui, six filles, un garçon.

Et puis on chante tous, on a

toujours chanté ensemble.

Et on a formé le groupe Folle

Avoine.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et ça, vous chantiez, vous

faisiez la musique avec vos

frères et vos soeurs. Est-ce ce

que c'était exigeant, ça?


CARMEN CAMPAGNE

Oui, c'était assez exigeant,

mais je veux dire, moi, j'étais

enseignante aussi à ce moment-

là. Alors c'était...

on chantait les fins de semaine.

On faisait toutes sortes de

spectacles. Mais un moment

donné, quand j'attendais mon

premier bébé, en 86, j'ai dû

faire le choix de quitter Folle

Avoine. Parce que cette année-

là, justement, ils allaient

chanter pendant un mois,

je pense, à Expo.

Et puis ils faisaient une grande

tournée en Europe aussi et

j'étais enceinte.

J'enseignais aussi à temps

plein. Alors j'ai été la

première à quitter le groupe.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que de nos jours, c'est

possible, pensez-vous, pour un

groupe de la Saskatchewan

d'avoir le succès, peut-être

moins Folle Avoine, mais que

Hart-Rouge.

Hart-Rouge, c'était le groupe de

votre frère et vos soeurs

également.


CARMEN CAMPAGNE

Oui, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est encore

possible?


CARMEN CAMPAGNE

Oh, je pense que c'est encore

possible. Oui, c'est encore

possible. Moi, je me dis que

Hart-Rouge, c'est un groupe qui

a eu beaucoup de succès, mais

j'aurais aimé qu'ils aient

encore plus de succès. Ils ont

eu un cheminement jusqu'à un

certain point.


GISÈLE QUENNEVILLE

Diriez-vous que c'était plus

difficile pour eux, ou même pour

vous en tant que Carmen Campagne

de la Saskatchewan de faire

carrière au Québec?


CARMEN CAMPAGNE

Je pense que oui. Je pense

qu'on était... on était comme

les outsiders un petit peu.

Ç'a pas toujours été évident de

ce côté-là. Les gens trouvaient

que j'avais un drôle d'accent,

puis ils avaient tendance à soit

dire que j'étais anglophone

ou...

Puis ça, ça m'insultait, j'étais

souvent insultée de ça.

Mais j'ai eu une belle carrière.

Hart-Rouge a eu une belle

carrière aussi. Malgré les

moments difficiles.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous êtes rentrée dans

l'Ouest, vous avez repris

l'enseignement. Avoir Carmen

Campagne comme enseignante, ç'a

dû être spécial, ça, pour les

enfants.


CARMEN CAMPAGNE

Oui. C'est ça, il y en a

plusieurs qui me connaissaient.

J'ai dit: "Je m'appelle madame

Campagne. Mais je vous donne le

choix, vous pouvez m'appeler

madame Campagne ou madame

Carmen, qu'est-ce que vous

voulez?" Puis là, il y a une

petite qui lève sa main puis

elle dit: "Bien non, on veut

t'appeler Carmen Campagne."

(Elles rient ensemble.)


CARMEN CAMPAGNE

Alors j'ai dit: Non, non, vous

pouvez pas faire ça. Mais je

trouvais ça drôle, parce que

partout, les gens me connaissent

bien. Puis ces enfants-là, il y

en a plusieurs qui me

connaissaient. Mais tu sais,

pour eux, j'étais madame Carmen,

leur enseignante. Puis je

chantais beaucoup avec eux dans

la salle de classe.

Parce que, je veux dire, ça,

c'était la partie préférée de ma

journée quand je pouvais passer

du temps à chanter avec eux.

Puis je leur ai enseigné

plusieurs chansons de mes

anciens disques et de mon

nouveau DVD aussi.

Ils aimaient tellement ça.

Puis là, on sortait des

instruments, des instruments de

percussion. Ou je les faisais

danser, on apprenait des pas de

danse. Alors, même si j'étais

leur enseignante pour tous les

sujets, pour moi, c'était

vraiment important de passer

beaucoup de temps à chanter avec

eux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Après cette période difficile-

là, est-ce que vous aviez envie

de retourner et de faire de la

musique?

Est-ce que vous aviez envie de

le faire ou est-ce que vous

aviez des réticences?


CARMEN CAMPAGNE

Bien, c'est-à-dire que j'avais

envie de le faire, mais pas au

même niveau que ç'a été dans le

passé. J'adore toujours faire

des spectacles, puis signer des

autographes après puis passer de

beaux moments avec les enfants.

Mais je souhaite pas que ça soit

comme ç'a été dans le passé.

Mais ça va jamais l'être.

Ça va pas l'être, alors c'est

correct, ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je sais que les Campagne sont

éparpillés un peu partout dans

l'Ouest, au Québec.

Est-ce que vous vous retrouvez

en famille très souvent?


CARMEN CAMPAGNE

Oui. Bien, on se retrouve

chaque été depuis... ça va être

la septième année qu'on fait un

festival chez nous, sur la ferme

justement où on a grandi. On

fait un festival qui s'appelle

Terre Ferme, FarmFest. Et puis

c'est ça, on se rencontre chaque

été, peut-être une semaine avant

que le festival commence pour

tout organiser le festival.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour les gens, la communauté?


CARMEN CAMPAGNE

Oui, c'est ça, c'est un

festival. La première année

qu'on a fait ce festival, on a

eu à peu près 25 personnes.

Alors c'était plutôt juste un

festival pour nous, pour la

famille, pour les amis.

La deuxième année qu'on l'a

fait, on a eu 75 personnes.

La troisième année, on a eu 200

personnes. La quatrième année,

là, on est rendus entre 250 et

300 personnes qui viennent nous

écouter pour notre festival.

Alors, c'est toute une fin de

semaine d'activités. On fait un

vins et fromages le vendredi.

Les gens arrivent avec leur

roulotte, avec leur tente. Ils

font du camping sur notre ferme.

Ensuite, le soir, on fait un

grand spectacle où la famille

chante, on a des invités aussi.

C'est rendu qu'on a des invités

d'un peu partout. Puis ensuite,

en soirée, on fait une danse

dans une grange qu'on a

transformée en salle de danse.

Et on s'amuse jusqu'à 3-4 heures

du matin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Carmen, vous avez lancé un

nouveau CD, un nouveau DVD en

fait, il y a quelques années à

peine: Carmen Campagne sur la

ferme de grand-père.

Comment est-ce que ce disque-là

a vu le jour?


CARMEN CAMPAGNE

Bien, ça faisait longtemps

depuis que j'avais sorti un

nouveau CD. Puis justement, ça

me tentait de recommencer à

chanter, mais je me disais que

j'avais quand même besoin d'un

nouveau CD. J'en ai parlé avec

mon frère Paul et c'est ça, on a

décidé d'enregistrer de

nouvelles chansons. J'ai

travaillé à Montréal dans son

studio, puis le studio de mon

beau-frère aussi. On a

enregistré ce beau disque-là.

Et puis là aussi, on a décidé de

le sortir en DVD, de filmer des

clips.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je pense que vous, vous étiez

une des premières artistes pour

enfants à faire un DVD.


CARMEN CAMPAGNE

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

L'importance d'avoir cet appui

visuel pour la chanson.


CARMEN CAMPAGNE

Vous savez, c'est à ce moment-

là que...

après avoir sorti la première

vidéocassette...

C'était la folie, parce que là,

les gens me voyaient et

entendaient les chansons avec

les animaux, les enfants.

Et c'est à ce moment-là que

c'est devenu la folie.

Je veux dire, avant, j'avais un

certain succès avec les deux ou

trois CD que j'avais faits. Mais

quand la première vidéocassette

est sortie, ç'a été incroyable

la différence. Et c'était

vraiment inattendu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand je regarde le nouveau

DVD, je me suis dit: c'est

vintage Carmen Campagne, dans le

sens qu'on a pas l'impression

qu'il y a une dizaine d'années

qui sont passées parce que vous

avez adopté à peu près les mêmes

façons de faire les choses.

C'est ce que vous vouliez faire?


CARMEN CAMPAGNE

Oui, c'est ce que je voulais

faire. Je me suis dit: bon, moi,

je suis à l'aise là-dedans.

J'aime les animaux, j'aime

tourner avec des enfants aussi.

Alors pour moi, c'était tout

naturel de le faire puis je

voyais pas ça comme quelque

chose de vieux qui avait déjà

été fait. Je trouve que c'est

important que les enfants

puissent être des enfants,

qu'ils voient des choses simples

et naturelles. De faire quelque

chose en campagne, avec des

animaux. Parce qu'on sait jamais

ce que les animaux vont faire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui, vous prenez tous les

risques, faire une vidéo avec

des animaux et des enfants,

c'est probablement ce qu'il y a

de plus risqué.


CARMEN CAMPAGNE

Sur la ferme de grand-père, la

chanson Sur la ferme de grand-

père, je sais pas si vous avez

remarqué, mais il y a des

chèvres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui. Ha! Ha! Ha!


CARMEN CAMPAGNE

Bien, il y a une chèvre qui

m'a donné un vilain coup sur la

jambe. J'avais un bleu gros

comme ça. Pendant tout le

tournage, il fallait que je

porte quelque chose de plus long

parce que j'avais un énorme

bleu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que l'industrie a

changé dans les... Vous avez

quitté l'industrie pendant une

dizaine d'années.

Est-ce que vous sentez qu'elle a

changé dans ces dix ans-là?


CARMEN CAMPAGNE

Absolument. Ce n'est plus

évident comme c'était. Puis

comme vous l'avez dit, lorsque

j'ai commencé, j'étais la seule

à faire ça. On présentait mon

spectacle comme un spectacle de

chant. Puis là, les gens

disaient: "Mais t'as des

marionnettes et puis tu fais du

théâtre aussi?

C'est pas juste du chant.

Tu vas pas juste chanter pour

les enfants?" Puis je disais:

"Oui, c'est un spectacle de

chansons. Je vais faire

participer les enfants." Puis au

début, c'était pas évident.

Mais maintenant, il y a

énormément de gens qui chantent

pour les enfants puis qui

tournent. Et ça a beaucoup

changé et ce n'est plus

tellement évident.

Les CD et les DVD ne se vendent

plus comme avant. Y a toute

l'histoire de l'Internet.

Et puis j'essaie de m'adapter à

ça, mais même pour moi, c'est

pas évident. J'apprends tous les

jours et...

c'est pas facile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez connu un énorme

succès il y a 25 ans au Canada,

au Québec. Où est-ce que vous

souhaitez aller maintenant?


CARMEN CAMPAGNE

Je veux peut-être être plus en

contrôle de tout. À ce moment-

là, je l'étais pas. Et puis je

le regrette, ça, un petit peu,

de ne pas avoir été plus

impliquée un peu dans toutes les

facettes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez vécu des hauts et

des bas.


CARMEN CAMPAGNE

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous ressentez de

l'amertume par rapport à ce que

vous avez vécu?


CARMEN CAMPAGNE

Euh... écoutez, c'est...

De l'amertume...

Bien, je veux dire, c'était des

moments vraiment difficiles. Et

peut-être qu'à un moment donné,

je me suis sentie vraiment

victime. Mais on peut pas rester

victime quand même. Plutôt que

de se laisser abattre et

descendre, et que ça soit

vraiment négatif, il faut

apprendre à faire tout à fait le

contraire. Je veux dire, j'ai eu

une belle carrière, et puis elle

est pas finie ma carrière. Je

fais encore des spectacles. J'en

fais pas autant. J'en fais dans

les écoles. C'est pas forcément

des festivals de montgolfières

où il y a 12 000 personnes, mais

je veux dire, c'est correct, ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Carmen Campagne, merci

beaucoup.


CARMEN CAMPAGNE

Ça me fait plaisir.

Merci à vous.

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