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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Daniel Marchildon : auteur

Adolescent, l’auteur Daniel Marchildon n’avait qu’une idée en tête : quitter sa région natale de Penetanguishene. Mais après ses années d’études à Ottawa, il s’est rendu compte d’une chose… il voulait rentrer chez lui.

Mais si la baie Georgienne a marqué l’auteur, ses racines franco-ontariennes sont toutes aussi présentes dans son écriture.

Avec une douzaine de romans à son actif, autant pour les adultes que pour les jeunes, la formule magique pour Daniel Marchildon peut se résumer en trois mots : identité, histoire et humour.



Réalisateurs: Maxime DELAQUIS, Alexandra Levert
Année de production: 2014

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Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, l'auteur DANIEL MARCHILDON, on montre des paysages hivernaux de la région de La Huronie ainsi que les drapeaux canadiens et franco-ontariens qui flottent côte à côte aux vents.


GISÈLE QUENNEVILLE

Adolescent, l'auteur Daniel

Marchildon n'avait qu'une idée

en tête, quitter sa région

natale de Penetanguishene.

Mais après ses années d'études à

Ottawa, il s'est rendu compte

d'une chose: il voulait rentrer

chez lui. La Huronie, cette

magnifique région en bordure de

la baie Georgienne, est une

source d'inspiration pour Daniel

Marchildon. Elle est souvent au

cœur de ses romans.

Mais si la baie Georgienne a

marqué l'auteur, ses racines

franco-ontariennes sont tout

aussi présentes dans son

écriture. Avec une douzaine de

romans à son actif, autant pour

les adultes que pour les jeunes,

la formule magique pour Daniel

Marchildon peut se résumer en

trois mots: identité, histoire

et humour.

(L'entrevue suivante se déroule à l'intérieur et à l'extérieur de la demeure de DANIEL MARCHILDON, ainsi qu'aux bords de la Baie Georgienne.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Daniel Marchildon, bonjour.


DANIEL MARCHILDON

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Daniel, je pense que vous

aviez 16 ans et que vous n'aviez

qu'une chose en tête, c'était de

quitter cette belle région de la

Huronie. Qu'est-ce qui ne vous

plaisait pas ici, quand vous

aviez 16 ans?


DANIEL MARCHILDON

Il y avait beaucoup de choses

qui me plaisaient, mais peut-

être le côté le plus difficile,

c'était, bon, un environnement

où... bon, t'arrives à

l'adolescence puis tu sens quand

même des restrictions.

Puis... bon, t'as le goût de

faire éclater ça un peu. À cette

époque-là - là, on parle de la

fin des années 70 -, ici, le

climat était quand même, dans la

Huronie, assez tendu parce que,

bon, on était à la veille de la

crise scolaire qui allait

vraiment définir la région

pendant quelques années de

temps. Et puis, bon, il y avait

cette tension-là qu'on

ressentait puis... bon, le fait

de vouloir s'exprimer en

français, puis finalement, faire

des choses en français, c'était

difficile. Puis, bon...

de ce côté-là, il y avait peut-

être un peu de frustrations.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bon, vous avez mentionné la

crise scolaire à

Penetanguishene. Vous, vous

l'avez vécue, je pense, cette

crise scolaire-là. De quelle

façon... Et peut-être, dans un

premier temps, nous dire c'était

quoi, la crise scolaire, pour

ceux qui ne le savent pas.


DANIEL MARCHILDON

Bien, la crise scolaire de

Penetanguishene, c'était

vraiment un mouvement pour

obtenir une école secondaire de

langue française, ce qu'on

n'avait pas. Moi, j'ai pas connu

ça parce que, dans les années

70, on avait une école

secondaire qui se voulait

bilingue, bien que c'était

vraiment juste un bilinguisme de

façade. Il y avait quelques

cours en français, mais

vraiment, l'ambiance de l'école

et puis la manière dont ça se

passait là, c'était pas du tout

bilingue. Puis les francophones,

on se sentait diminués à

l'intérieur de cette école-là.

Alors arrive 79 et puis la

revendication pour une école

secondaire de langue française

est devenue très forte. Et puis,

on était rendu à un point de

non-retour, c'est-à-dire que le

conseil scolaire refusait

d'aller plus loin, le conseil

scolaire anglophone, à l'époque,

refusait d'aller plus loin pour

améliorer les services en

français ou de donner une école

ou même un pavillon en français

aux francophones. Alors, on

n'obtenait pas ça. Donc, la

seule façon, vraiment,

d'avancer, faire avancer le

dossier, c'était vraiment de

poser... faire un grand coup, un

geste qui se voulait vraiment

théâtral, au début, mais qui est

devenu beaucoup plus que ça.

Donc, c'est qu'on a décidé de

fonder une école parallèle.


GISÈLE QUENNEVILLE

L'école de la résistance.


DANIEL MARCHILDON

Voilà. L'école secondaire de

la Huronie, comme ç'a été

baptisé, qui était censé juste

être un coup d'éclat comme ça,

qui durerait une fin de semaine,

question de 58 élèves qui se

retirent de l'école secondaire

anglaise, au tout début de

l'année scolaire, qui disent:

Bon, on en a assez puis il faut

que le ministère de l'Éducation

intervienne et fasse quelque

chose. Mais face à la réticence

du ministère de l'Éducation, et

puis le refus du conseil

scolaire de bouger, finalement,

l'école a fini par durer un an.

Il a fallu, finalement, qu'il y

ait des contre-propositions puis

des menaces parce qu'on était

rendu à l'époque du Référendum

au Québec. Et Bill Davis, qui se

claironnait d'être le champion

de son traitement des minorités

francophones, pour encourager

les Québécois à rester au sein

de la Confédération, allait

faire une tournée au Québec.

Et puis, on lui a dit... on a

l'a menacé, dit: bon, si vous

faites ça...


GISÈLE QUENNEVILLE

On va vous suivre.


DANIEL MARCHILDON

Justement. Et puis, on va

exposer, justement, la

situation. Puis d'ailleurs,

rendu à cette époque-là, la

crise scolaire de

Penetanguishene avait une presse

énorme, de plusieurs centaines

d'articles qui avaient été

publiés. Donc, les Québécois

étaient au courant de ce qui se

passait. Alors, au mois d'avril,

finalement, il y a eu un

règlement, donc, juste un mois

avant le Référendum, un

règlement qui a accordé une

école secondaire de langue

française, qui est devenue

l'école secondaire Le Caron.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y avait sans doute des

tensions, à cette époque-là.

Comment on vivait ça, ces

tensions-là, entre anglophones

et francophones?


DANIEL MARCHILDON

La difficulté principale, ç'a

été que, à l'époque de la crise

scolaire, il a fallu que les

gens fassent un choix parce que,

bon, il y avait une division qui

s'était installée.

C'est que, soit tu étais

francophone ou tu l'étais pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, une division entre

francophones, finalement.


DANIEL MARCHILDON

C'est ça. Il fallait choisir

un camp parce que là, il y avait

pas moyen de patauger entre les

deux. Il fallait, finalement,

qu'on se branche, d'une façon ou

d'une autre.

Alors, pour certaines personnes,

ç'a été très difficile parce

que... ils voulaient pas

brusquer les anglophones, qui

étaient pas d'accord, la

majorité en tout cas, avec

l'idée de créer une école de

langue française.

Et il y en a certains que, oui,

ne voyaient vraiment pas le

besoin d'une telle école.

Alors, ça aussi, ç'a été des

divisions assez difficiles au

sein de la communauté. Puis,

pendant plusieurs années, les

programmes, les cours en

français, à l'école anglaise,

ont été maintenus, ce qui

divisait la population scolaire.

Et finalement, pas tout le monde

a embarqué dans l'école

française tout de suite.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça a changé, une

fois que l'école était là ou

est-ce que ces vieilles

divisions, vieilles tensions...

ont continué à exister?


DANIEL MARCHILDON

Non, les choses ont

vraiment... changé. Finalement,

les gens, je pense, se sont

réconciliés avec la réalité.

Puis... la communauté

anglophone, je pense, aussi, a

fini par comprendre qu'on n'était

loin d'être une menace, qu'on

était une valeur ajoutée à la

communauté, puis que, tout ce

qu'on pouvait faire, c'était...

d'apporter des bonnes choses.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes allé à l'Université

d'Ottawa pour faire votre bac.

Et là, je pense qu'en quelque

part, vous avez eu le mal du

pays. Alors, ce désir de partir

s'est transformé en désir de

revenir. Qu'est-ce qui s'est

passé durant ces années à

Ottawa?


DANIEL MARCHILDON

Bien, pendant les années...

à Ottawa, finalement, j'ai vécu

une vie qui était plus urbaine,

ce qui était très intéressant, à

l'époque. Tu sais, j'étais plus

jeune. Mais là, finalement, j'ai

ressenti le besoin de retrouver

mon milieu, et finalement, la

tranquillité, peut-être, qui

s'associe avec ça, un contact un

peu plus direct avec la nature,

enfin, l'environnement, avec

l'eau, surtout. Parce que je

suis un gars de la Huronie, et

puis, le bord de la « mer douce »,

comme Champlain l'avait nommée,

la baie Georgienne. Alors, ces

éléments-là, ces influences-là

ont fini par me manquer. Et

puis, c'est ce qui a fait que

j'ai voulu retourner. Puis

finalement, j'ai bâti ma vie

ici. Ce qui était peut-être pas

nécessairement ce qu'il y avait

de plus sain pour la carrière,

en ce sens que ça a peut-être

limité les occasions que je

pouvais avoir.

Peut-être que si j'étais resté

en ville, j'aurais pu plus

facilement faire carrière et

puis me faire connaître plus

facilement puis, bon, développer

un plus grand réseau, puis bon,

avoir d'autres occasions que

j'ai pas eues. Mais, par contre,

je pense que, dans le fin fond,

j'avais besoin de faire ça.

Puis ça faisait partie de ma

démarche et puis de mon

évolution.


GISÈLE QUENNEVILLE

À quel moment est-ce que vous

avez su que vous vouliez écrire,

que vous vouliez être écrivain,

auteur?


DANIEL MARCHILDON

Bien, le goût des lettres, ça

vient probablement de ma mère,

en fait, qui était enseignante

et puis, bon, qui avait beaucoup

de respect pour la langue et

puis le besoin d'employer le mot

précis. Le goût de raconter des

histoires, ça m'est venu quand

même assez jeune.

Mes premiers souvenirs

remontent, j'avais peut-être 12

ans, puis déjà, je voulais

écrire un roman. On était en

salle de classe puis on nous

demandait une petite rédaction

de... un paragraphe ou deux,

puis là, je partais...


GISÈLE QUENNEVILLE

Cinq pages.


DANIEL MARCHILDON

Facilement. Alors, je me

souviens, à cet âge-là, d'avoir

voulu écrire un roman, puis j'en

avais entamé un, d'ailleurs,

puis je pense que j'étais rendu,

quand même, à 30, 35 pages,

peut-être.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah, oui? Ça parlait de quoi?


DANIEL MARCHILDON

C'était une histoire un peu

guerrière, qui se passait dans

une région un peu comme la

nôtre, et puis, bon, c'était

quand même une histoire de

conflits. Puis, je me souviens,

un soir, un peu déprimé, j'ai

relu les 30 pages, puis là,

j'étais tellement découragé que

j'ai foutu ça au feu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah!


DANIEL MARCHILDON

Ce que je regrette un peu,

maintenant, parce que ça serait

drôle de relire ça aujourd'hui.

Mais... non, dès cet âge-là, je

savais que c'était quelque chose

qui me plaisait puis que je

sentais qui était important pour

moi. Peut-être que c'était une

forme, aussi, de libération, de

thérapie pour me réconcilier

avec le monde, parce que je

pense que tous les écrivains...

on finit par faire de la

philosophie, avec un petit P. Et

cette philosophie, bien, c'est

qu'on la présente à travers des

histoires pour amener les gens à

réfléchir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Daniel, quand on vit dans une

région comme ici, quand on vit à

Lafontaine, forcément, on fait

du plein air.


DANIEL MARCHILDON

Ah, bien oui, c'est sûr. Les

espaces nous invitent tout le

temps à sortir, faire du ski de

fond, du canotage, de la

baignade, du vélo... oui.

La marche.


GISÈLE QUENNEVILLE

Canot, vous en avez beaucoup

fait, hein, du canot?


DANIEL MARCHILDON

À une certaine époque, oui.

Je veux dire, j'avais participé

à une reconstitution historique

en 82, puis ensuite de ça, j'ai

fait quelques petits voyages à

titre individuel. Un peu moins,

les dernières années, mais à

cette époque-là, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, parlez-moi de cette

reconstitution historique.

C'était tout un... un

pèlerinage, hein.


DANIEL MARCHILDON

Oui, c'est ça, extraordinaire.

En 82, on était 17 intrépides

qui avions participé à ce

projet-là. Ça s'appelait

Destination Ste-Marie. Puis

l'objectif, c'était de

reconstituer un voyage qui

aurait été fait en 1648, qui

partait de la ville de Québec,

en Nouvelle-France, jusqu'à Ste-

Marie-aux-Hurons, qui était la

mission qui avait été établie

par les Jésuites...

Ici, dans la Huronie. Le Wendake

des anciens Wendats.

Alors, c'est ça, on a refait le

voyage, essentiellement le même

périple qu'ils auraient fait à

l'époque, sauf que nous, on

était juste... 17. Normalement,

il y aurait eu toute une flotte

de canots wendats.

Les Français les auraient

accompagnés. Mais moi-même et

mon frère Blaise, on faisait

partie de l'équipage. Moi,

j'incarnais le père Gabriel

Lalemant, parce qu'on était tous

à la première personne. Chacun

avait son costume et son rôle,

qu'il gardait du début jusqu'à

la fin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, habillé en soutane.


DANIEL MARCHILDON

Voilà, comme un jésuite du 17e

siècle. Puis on a effectué

toutes les mêmes étapes. Et

puis, on arrêtait, on a fait

plusieurs arrêts parce que, un

des objectifs du voyage, c'était

de rencontrer autant de gens

possible puis leur parler de

l'époque et puis de Ste-Marie,

et faire la publicité,

également, du site historique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Daniel, qu'est-ce que c'est

d'être francophone à Lafontaine,

aujourd'hui? Ou être franco-

ontarien, aujourd'hui? Quelques

adjectifs, peut-être, pour nous

décrire cette réalité-là.


DANIEL MARCHILDON

Bien, vivre cette identité-là,

aujourd'hui, c'est d'être un peu

un hybride, je pense. C'est

d'être un métis dans le sens

qu'on est biculturel puis on

est... quand même, je pense,

dans une situation assez

spéciale, privilégiée, dans un

sens, mais en même temps,

menacée dans un autre.

En ce sens qu'il faut vraiment

travailler pour maintenir cette

identité-là puis s'épanouir là-

dedans aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans vos livres, cet état

minoritaire, si on peut

l'appeler ainsi, fait partie de

certains de vos livres - je

pense à « Les Exilés », par exemple,

où c'est quand même assez

présent -, c'est important pour

vous de véhiculer ce message-là

dans vos écrits?


DANIEL MARCHILDON

Je pense que je peux pas

passer à côté en ce sens que ça

fait tellement partie de qui je

suis, puis des choses que j'ai à

dire. Parce que, finalement, si

on écrit, c'est parce qu'on a

des choses à dire. C'est

intéressant de mentionner

l'exemple de « Les Exilés ».

C'est le seul roman que j'ai

produit qui a été si durement

critiqué. Et c'était une satire,

à la base. Bon, je riais,

vraiment, de la condition

franco-ontarienne puis aussi des

exilés franco-ontariens, des

artistes qui sortent...


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui sont à Montréal.


DANIEL MARCHILDON

Le besoin de s'exiler. Puis

c'est un besoin qui est

compréhensible. Mais en même

temps, je pense que les gens ont

pas compris la farce. Puis, il y

en a beaucoup qui ont vraiment

pas aimé le livre.

Alors, quand j'utilise cette

voix ou enfin quand je donne

voix à cette notion d'identité,

à l'intérieur de mes écrits,

c'est pas toujours quelque chose

qui rapporte.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, les romans, vos

romans qui ont peut-être été

moins durement critiqués, c'est

peut-être vos romans

historiques. Bon, je pense à

« L'eau de vie », celui qui vient de

sortir, il y a pas si longtemps,

« Le Sortilège de Louisbourg ».

D'où vient cette passion pour

l'histoire?


DANIEL MARCHILDON

L'histoire... peut-être que

c'est parce que je suis

paresseux en ce sens que, pour

faire le roman historique, on a

toujours un bon point de départ.

Et pour ça, pour un écrivain, le

point de départ, c'est parfois

le plus difficile. Puis avec le

roman historique, bon, on fait

de la recherche sur un sujet qui

nous passionne. Mais, en même

temps, le roman historique,

parce qu'on a un cadre

historique qui existe déjà, ça

nous donne finalement un

squelette sur lequel on peut

bâtir, du moins, on peut partir

de ça. Souvent, on sait déjà qui

meurt à la fin de l'histoire.

Alors, ça nous donne une

longueur d'avance.

Mais en même temps, c'est très

contraignant. C'est ce que je

trouve le plus difficile avec le

roman historique. Puis chaque

fois que j'en termine un, je me

dis: non, plus jamais. Parce que

c'est trop d'ouvrage, d'abord

pour faire la recherche

initiale, mais ensuite, c'est

pour respecter la réalité

historique à l'intérieur du

roman. Puis moi, je suis assez

soucieux de ça, donc j'essaye

vraiment de respecter la réalité

historique à l'intérieur de

l'histoire que j'invente. Mais

c'est tout le temps avoir besoin

de vérifier certains détails,

puis les dates, puis s'assurer

que les faits concordent avec ce

qui s'est vraiment passé. Par

exemple, dans « Le Sortilège de

Louisbourg », j'aurais bien aimé

que les Français gagnent, en

1758, quand on les attaque une

deuxième fois. Mais là, bon,

j'ai pas pu pousser la fiction

jusqu'à ce point-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre région alimente beaucoup

vos écrits?


DANIEL MARCHILDON

Je pense que je peux pas

passer à côté. Non, c'est

vraiment une source

d'inspiration, d'une façon ou

d'une autre. Même dans Les

Guerriers de l'eau, qui est un

roman de science-fiction, qui se

passe au Texas, dans l'an 2086,

qui a rien à voir avec la baie

Georgienne, encore, l'enjeu

central, dans le roman, c'est

l'eau, et puis le conflit qu'on

pourrait peut-être voir, à

l'avenir pour, justement,

obtenir l'accès à l'eau potable.

Alors, encore une fois, c'est

relié à ma région, mais de façon

vraiment indirecte. Mais c'est

quand même quelque chose, oui,

qui me rapporte tout le temps à

ma région.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment vos personnages

naissent en vous?


DANIEL MARCHILDON

Bien, souvent, c'est... les

personnages peuvent finir par

être un mélange des différentes

personnes qu'on connaît. C'est

souvent pourquoi les écrivains

ont pas beaucoup d'amis, c'est

parce qu'ils ont peur de se

retrouver dans un des livres.

Mais, souvent, je...

d'habitude, je change les noms

pour protéger les coupables.

Mais une des démarches, oui,

c'est d'aller chercher,

amalgamer des gens, puis je le

fais dans le roman historique.

On va amalgamer différents

événements pour créer un méga

événement. Donc, des éléments

qui viennent de différents

événements, mais on pige des

éléments de chacun de ces

événements-là puis on les met

ensemble. Avec les personnages,

c'est un peu la même chose.

C'est que je vais prendre le

sens de l'humour d'un tel, les

grimaces d'une autre personne,

les... la truculence d'un autre,

et je vais tout mettre ça

ensemble, dans une même

personne. Alors, c'est souvent

comme ça que je finis par

composer les personnages.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous aimez tous vos

personnages?


DANIEL MARCHILDON

La plupart, oui. Mais, des

fois, on est obligé ou enfin

appelé à créer des méchants, des

gens qu'on n'aime carrément pas,

mais qu'en même temps, on essaie

de comprendre.

Mais la plupart des personnages,

non, je... les crée. C'est un

peu comme des enfants; on les

met au monde et puis on les voit

grandir, on les aime beaucoup.

Ce qui arrive, parfois, c'est

qu'ils prennent des chemins

inattendus. Et puis, des fois,

on n'est pas d'accord avec les

chemins qu'ils vont suivre, leur

parcours, mais on respecte quand

même leurs choix et on leur

donne la liberté d'agir comme

ils doivent, finalement, pour

suivre leur destin. Dans le cas

de certains personnages, il y a

des personnages qui...

finissent par connaître des

destins un peu tristes, la mort,

même, et ça me chagrine beaucoup

parce que c'est des gens que je

voulais pas que ça leur arrive,

ça. Mais finalement, c'est leur

destin dans l'histoire, puis...


GISÈLE QUENNEVILLE

On n'a pas le choix.


DANIEL MARCHILDON

On n'a pas le choix parce que,

finalement, c'est les

personnages qui nous dictent...

On les crée, mais finalement,

ils prennent leur propre vie.

Et ils vont nous dire leur

histoire. Et nous, en tant

qu'écrivains, on transpose cette

histoire-là, on la transcrit

pour eux. Mais on ne peut pas

l'influencer. Et puis,

finalement, c'est eux qui nous

amènent vers ce qui leur arrive

dans l'histoire.

(Une partie de l'entrevue se déroule à l'extérieur, sur les berges enneigées de la baie Georgienne.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, Daniel, ici, on est au

bord de la baie Georgienne,

votre baie Georgienne.

L'importance de ce cours d'eau

pour vous, pour votre écriture.


DANIEL MARCHILDON

Ma mer douce, c'est vraiment

un lieu d'apaisement, de

sérénité. Puis je pense que je

tire beaucoup... de l'eau, de

cette façon-là. Les deux tiers

de notre corps, c'est de l'eau.

Puis je pense qu'il y a un tiers

de mon corps, c'est de l'eau de

la baie Georgienne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous écrivez au sujet de

l'eau, mais vous avez également

un combat, je pense, en ce

moment, ici, très local,

justement, pour préserver l'eau

qu'on retrouve ici.


DANIEL MARCHILDON

Bien, en effet, en fait, je

suis pas le seul qui a ce

combat-là. C'est qu'on est

plusieurs gens de la région qui

avons toujours profité de

l'accès au bord de l'eau puis

des plages. Parce qu'il faut le

dire, on est sur l'étendue de

plage d'eau douce la plus longue

au monde, de plus d'une

soixantaine de kilomètres.

Mais là, depuis la dernière

décennie, surtout, deux

décennies même, les

propriétaires qui ont des

somptueuses résidences sur le

bord de l'eau s'organisent de

plus en plus pour interdire

l'accès aux gens locaux, puis à

tout le monde, d'ailleurs.

Donc, les plages, les accès

publics deviennent de plus en

plus limités. Puis la

municipalité va dans le sens de

ceux qui ont le plus d'argent,

c'est-à-dire les grands

propriétaires. Donc eux

participent aussi à des mesures

qui restreignent de plus en plus

l'accès.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous venez ici souvent?


DANIEL MARCHILDON

Oui, oui. Pour moi, c'est

presque une activité

quotidienne. En fait, ça fait

partie de mon bureau, en ce sens

que je vais venir ici, puis, des

fois, je vais...

écrire et puis même songer à

d'autres idées. Alors, oui, ça

fait vraiment partie de mon

quotidien.

(On est de retour dans la demeure de DANIEL MARCHILDON où se poursuit l'entrevue.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Daniel, en 1988, je pense,

vous avez créé et joué dans

« Histoire ontaroise ». Maintenant,

c'est un spectacle, je pense,

pour souligner 375 ans

d'histoire franco-ontarienne.

Ça ressemblait à quoi?


DANIEL MARCHILDON

« Histoire ontaroise »,

maintenant, ça apparaît comme

une autre vie, vraiment, parce

que... non seulement les années,

mais c'était vraiment une autre

tangente dans ma carrière, parce

que c'était de la performance,

puis d'être en public.

Puis on a fait quand même...

C'était avec le chanteur...

l'auteur-compositeur Michel

Paiement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui est d'ici, oui.


DANIEL MARCHILDON

Il faisait la musique dans le

spectacle, donc on était deux.

On a fait la tournée ensemble

dans plusieurs écoles, parfois

dans des centres culturels

aussi. Enfin, c'est arrivé qu'on

fasse le spectacle pour le grand

public, mais c'était surtout un

spectacle pour les groupes

scolaires. On visait à raconter,

vraiment, quatre siècles

d'histoire franco-ontarienne.

Moi, j'incarnais des personnages

à la première personne.

Je commençais, j'étais Étienne

Brûlé, puis j'aboutissais,

j'étais Daniel Marchildon, à la

fin du spectacle, un Franco-

ontarien, aujourd'hui.

Alors, on faisait vraiment

l'histoire de l'Ontario

français, différentes étapes,

les grandes périodes, vraiment,

de l'histoire à travers

l'interprétation à la première

personne. Donc, moi, j'arrivais

sur scène et puis je racontais

mon histoire, de chaque

personnage à son époque. Et

entrecoupé de musique. Michel

apportait un volet musical. On

faisait chanter les gens, on

faisait de la chanson à

répondre, pendant le spectacle,

et tout ça. Donc, c'était un

spectacle d'une heure, à peu

près.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et si vous avez fait ça, c'est

parce que vous sentiez que

l'histoire franco-ontarienne

était méconnue, possiblement?


DANIEL MARCHILDON

Bien, en fait, c'était Richard

de Grandmont, un ancien du

groupe Pure Laine, qui était, un

moment donné, qui travaillait au

centre culturel, ici, le Centre

d'activités françaises, qui est

devenu La Clé d'la Baie. Et

c'est lui, vraiment, qui a eu

cette idée...

Bon, d'abord, il y avait des

groupes scolaires qui venaient

dans la région, et puis de leur

offrir quelque chose avec un

cachet historique comme ça.

Alors, moi, en fait, la première

version de « Histoire ontaroise »,

c'était pas moi qui étais

dedans. C'était une jeune femme

qui avait fait le spectacle avec

Michel, puis on avait des

personnages féminins, à ce

moment-là. Alors, c'est venu un

peu de cette idée-là que, bon,

il y avait une demande pour ce

genre de spectacle-là, qui

pourrait mêler histoire et puis

divertissement, culture. C'était

très participatif parce que, au

fur et à mesure que se déroulait

le spectacle, les endroits qu'on

mentionnait dans le spectacle,

Fort Rouillé, on avait une

petite affiche avec

« Fort Rouillé » écrit dessus.

Puis, bon, on allait chercher un

jeune dans la foule, puis lui,

il fallait qu'il mette

« Fort Rouillé » sur la carte de

l'Ontario. Le Fort Frontenac, la

même chose. Donc, c'était

vraiment interactif de cette

façon-là. Il y avait des

questions qu'on posait comme ça,

puis bon, je remettais un

collant du drapeau franco-

ontarien à celui qui avait la

bonne réponse.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, vous avez fait ça, et

par la suite, vous avez

également écrit des livres pour

jeunes. Forcément, il doit y

avoir un côté pédagogique dans

tout ça. Ça vient d'où, ce...

ce besoin ou cette volonté

d'écrire pour les jeunes, de

travailler pour les jeunes?


DANIEL MARCHILDON

Bien, ma mère qui était

enseignante a pas un enseignant

parmi ses six enfants.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle doit être très déçue.


DANIEL MARCHILDON

Non, je pense pas qu'elle

était autant déçue que peut-être

surprise qu'on ait tous, quand

même, la passion de communiquer

les choses aux autres, que ce

soit à travers des histoires ou

autrement. Puis je pense que

c'est ça, ça vient peut-être un

peu de ce côté-là de ma mère, de

vouloir aider les gens,

finalement, les renseigner sur

différents aspects de

l'histoire, la langue, toutes

ces choses-là. Alors, oui, ça

vient peut-être de là. Moi, j'ai

commencé comme romancier pour

jeunes. Là, on remonte autour

des années 90, « Le Secret de

l'île Beausoleil », mon premier

roman. Euh... et à cette époque-

là, il y avait pas de romans

pour jeunes, faits en Ontario

français. Et d'ailleurs, au

Québec, même, c'était un secteur

qui était quand même très

limité. Alors, moi, quand je...

quand j'étais jeune, j'allais à

la bibliothèque, je trouvais des

choses... vraiment, pour jeunes,

qui étaient soit des traductions

ou qui étaient écrites en

France, et ça collait pas

vraiment à ma réalité. Alors,

ç'a été, je pense, le coup de

départ de vouloir écrire des

livres pour jeunes. C'était des

livres pour jeunes qui... sont

des histoires qui se passent

chez nous. Mais c'est aussi

parce qu'il y a des histoires

qui conviennent à ce groupe

d'âge-là. Et moi, quand je viens

pour écrire une histoire, j'ai

un sujet qui m'intéresse, c'est

le sujet qui va me pousser

vers... soit que ça devienne un

roman pour jeunes ou un roman

pour grand public. Puis c'est un

sujet qui, donc, s'adresse à ce

groupe d'âge-là, qui se

développe mieux quand ça vient à

ce groupe-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un projet sur lequel vous avez

travaillé récemment s'appelle

« Histoires collectives ».

Qu'est-ce que c'est, ça?


DANIEL MARCHILDON

« Histoires collectives », c'est

un projet de la ACELF, qui est

l'Association canadienne des

éducateurs de langue française,

qui promeut, évidemment,

l'instruction en français dans

les écoles.

Mais ce concours-là, ça fait

quelques années qu'ils le font

maintenant. J'ai participé...

c'est ma deuxième participation

au concours. C'est que des

auteurs de différentes régions

du Canada et un auteur du

Québec, on est appelés à écrire

un début d'histoire. Et le début

de l'histoire est affiché sur

Internet, sur le site web du

concours. Et des jeunes, et des

apprenants, des centres

d'apprentissage pour adultes

sont invités à continuer

l'histoire. Alors, cette

année... on nous avait imposé un

thème, qui était: la joie de

vivre, et puis, la francophonie

en général. Donc c'était

d'essayer d'intégrer ces deux

éléments-là dans le début de

l'histoire. L'année d'avant,

c'était un peu plus libre et

puis j'avais composé l'histoire

d'un sac de plastique qui se

trouve devant un site de

construction, et puis attend

pour voir si le vent va s'élever

et puis le pousser vers une

fosse, où le sac va être enterré

à tout jamais, ou continuer son

voyage. Et puis là, j'invitais

les participants à faire un

retour en arrière, un an avant,

comme est-ce que le sac a abouti

là. Alors, c'est très étonnant,

oui, ce que les jeunes...


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui, qu'est-ce que ça donne!


DANIEL MARCHILDON

C'est ça, vont trouver une

histoire et comment, eux, ont

finalement envisagé le trajet de

ce sac-là, dans ce cas-ci.

Alors, j'ai pas encore vu les

soumissions pour cette année,

mais je suis très curieux à

savoir comment l'histoire a été

continuée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre devise personnelle est:

« Avec ou sans raison, mais

toujours avec passion ». Comment

vous vivez cette devise-là?


DANIEL MARCHILDON

Bien, c'est en essayant,

chaque jour ou chaque fois que

j'entreprends quelque chose de

le faire aussi bien que je le

peux, et puis, aussi, d'y

apporter tout l'enthousiasme que

je peux, toute la passion que je

peux. Évidemment, on va toujours

peut-être se planter.

C'est toujours la possibilité

puis ça arrive, je veux dire,

c'est inévitable. Mais c'est de

pas avoir peur de ça, justement.

L'écriture, pour moi, c'est de

se jeter par la fenêtre, puis

sans savoir qu'il y a un filet.

Parce qu'il y a pas

nécessairement un filet en

dessous pour nous rattraper.

Alors, cet élément de passion,

donc, de vouloir, justement, se

jeter dedans autant qu'on peut,

c'est très important pour moi.

Des fois, ça donne... ça nous

amène pas nécessairement là où

on voulait aboutir et c'est pas

nécessairement...

la meilleure des choses, mais

c'est de le faire aussi

passionnément, avec autant

d'enthousiasme qu'on peut.


GISÈLE QUENNEVILLE

Daniel Marchildon, merci

beaucoup.


DANIEL MARCHILDON

Ça m'a fait énormément plaisir.

(Générique de fermeture)

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