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Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Robert Lemay : compositeur

La musique contemporaine, c’est l’oeuvre de sa vie. Il a signé la musique de plus d’une vingtaine d’enregistrements. Il a une réputation internationale. Ses pièces sont jouées dans plusieurs pays, en Europe, en Amérique et en Asie.
Et Robert Lemay se voit comme un architecte de la musique.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que RACHEL DESAULNIERS présente son invité, un violoniste interprète une pièce composée par ROBERT LEMAY.


RACHEL DESAULNIERS

La musique contemporaine,

c'est l’œuvre d'une vie.

Il a signé la musique pour plus

d'une vingtaine

d'enregistrements.

Il connaît une réputation

internationale.

Ses pièces sont jouées dans

plusieurs pays en Europe,

en Amérique et en Asie.

Robert Lemay se voit comme

un architecte de la musique.


ROBERT LEMAY

(Citation tirée de l'entrevue)

En tant qu'artiste, je ne veux

pas et je ne dois pas faire

d'efforts pour séduire

le public.

(L'entrevue suivante se déroule dans la demeure de ROBERT LEMAY.)


RACHEL DESAULNIERS

Bonjour, Robert Lemay.


ROBERT LEMAY

Oui, bonjour.


RACHEL DESAULNIERS

Vous êtes compositeur de

musique contemporaine.

Comment avez-vous choisi la musique

contemporaine?


ROBERT LEMAY

Elle s'est imposée

d'elle-même. J'ai toujours été

intéressé par les trucs

nouveaux, par la recherche

de nouvelles sonorités. Même

lorsque j'étais adolescent,

j'avais un groupe de rock et

puis déjà, à l'époque, on avait

(Propos en anglais et en français)

un cover band,comme on dit,

de Supertramp.

Donc on jouait du répertoire de

Supertramp. Et bon, déjà dans

cette musique-là, on sent qu'il

y a une recherche du son,

des nouvelles sonorités. Donc

c'est toujours quelque chose qui

m'a intéressé. Donc dès que j'ai

commencé à faire de la

composition, j'ai tout de suite

été attiré par la musique

contemporaine, qui m'a toujours,

toujours plu... dès que j'ai

découvert cette musique-là.


RACHEL DESAULNIERS

Comment voyez-vous votre rôle

comme compositeur?


ROBERT LEMAY

Moi, je le vois beaucoup comme

un architecte. Donc pour moi,

lorsque je compose une pièce,

c'est d'organiser mon matériel,

c'est d'organiser le temps...

qu'est-ce qui va se passer dans

le temps. Un peu comme un

architecte qui organise

l'espace, moi, j'organise le

temps. Et puis... Je dis

souvent: un architecte n'est pas

l'ouvrier sur le chantier. Donc

pour moi, je comprends

exactement ce que le violon

peut faire, ce que la flûte peut

faire, mais bon, je vais avoir

des interprètes qui vont le

faire. Donc moi, je ne joue

d'aucun instrument, je joue du

piano. Bien, j'en jouais et je

n'en joue plus. Mais donc,

lorsque j'écris une pièce pour

orchestre, je sais comment ça

va sonner, je sais ce que les

interprètes vont jouer et

comment amalgamer tout cela.


RACHEL DESAULNIERS

Est-ce qu'il y a en

particulier un instrument

préféré? Vous écrivez surtout

pour quel instrument?


ROBERT LEMAY

J'écris beaucoup pour

le saxophone. J'ai un large

catalogue d’œuvres

pour saxophone.


RACHEL DESAULNIERS

Jouez-vous du saxophone?


ROBERT LEMAY

Non, je ne joue pas

de saxophone.


RACHEL DESAULNIERS

Comment donc...? Parlez-nous

du défi, justement, d'écrire

pour un instrument quand vous

jouez pas de cet instrument.


ROBERT LEMAY

Bien, j'en reviens au début,

ce que je disais, c'est qu’à un

moment donné, vous

comprenez exactement comment

l'instrument fonctionne.

Je vais prendre l'exemple d'un

violon. Je sais, lorsque je

travaille avec un violoniste,

tout à coup, il y a un passage

qui est un petit peu difficile,

je lui dis: écoute, pourquoi

tu fais pas cette note-là sur

la troisième corde? Il dit:

ah oui, OK, oui, c'est vrai,

ça va fonctionner. Donc

intellectuellement, je le sais

comment ça fonctionne.

Physiquement, ça, je suis pas

capable. Parce que de jouer

d'un instrument, c'est comme

un athlète, c'est à tous les

jours, il faut travailler, il

faut former les muscles, etc.

Donc ça, moi, je ne le fais pas.

Mais je comprends exactement

comment l'instrument

fonctionne. Donc pour le

saxophone, c'est exactement la

même chose. Au début, je

m'assoyais avec des

saxophonistes, ils me disaient:

oui, ça ici, ça fonctionne, ça,

ça fonctionne pas... Mais avec

le temps - je crois que j'ai

écrit plus que 40 œuvres pour

saxophone - à un moment

donné, je commence à comprendre

comment ça fonctionne. Et puis

je le sais que tel passage, il

va utiliser tel doigté, ou pour

telle sonorité, ça va se

faire comme ça.


RACHEL DESAULNIERS

Parlons du public. Parfois, la

musique contemporaine peut être

intimidante. Comment

apprivoiser le public davantage

pour aller vers la musique

contemporaine?


ROBERT LEMAY

Moi, je dis souvent

que je suis un puriste.


RACHEL DESAULNIERS

Comment?


ROBERT LEMAY

Dans le sens que moi, comme

artiste, je livre des choses et

puis c'est au public, pour moi,

de faire l'effort d'apprécier

la musique.

J'ai beaucoup de réticence

envers tous ces concerts...

On met un artiste pop ou on

fait des trucs... Pour moi,

c'est comme mettre du...

du sucre sur les épinards; c'est

pas de mettre du sucre sur les

épinards qui va faire aimer les

épinards. Il faut aimer les

épinards. Donc...

Et pour moi, l'art

contemporain, de façon générale,

ça demande un effort. Mais la

musique, ou l'art en général,

ça demande un effort. On peut

apprécier une oeuvre de

Beethoven, une symphonie de

Beethoven. Si vous écoutez

seulement la mélodie, si bon, il

y a une jolie mélodie et tout,

mais si vous avez un peu de

connaissances et si vous faites

un effort, tout à coup,

l’œuvre de Beethoven vous

parle beaucoup plus, tout à

coup, vous arrivez dans le

développement: ah oui, c'est

intéressant comment qu'il a

développé son... motif... Ah

oui, c'est une belle modulation

ici... etc., etc. Mais c'est la

même chose pour le jazz aussi.

Le jazz, l'important, c'est

l'improvisation. Donc les

musiciens jouent le thème et

après, chaque musicien

improvise sur la suite

harmonique, sur la mélodie

d'origine. Mais si vous portez

pas attention, si vous faites

pas un effort de vous

rappeler ce que les musiciens

ont joué au début, ça demeure

inintéressant. Donc pour moi, il

doit y avoir un effort. Il faut

avoir des connaissances de la

part du public. Et moi, de mon

côté, en tant qu'artiste, je ne

veux pas et je ne dois pas

faire d'effort pour séduire

le public.

Un peu drastique, mais bon.

(ROBERT LEMAY présente le musicien CHRISTIAN ROBINSON qui participe à une partie de l'entrevue.)


ROBERT LEMAY

Je vous présente Christian

Robinson, qui est violoniste ici

à Sudbury, donc qui est le

premier violon du Silver Birch

String Quartet et aussi de

l'Orchestre symphonique de

Sudbury. J'ai écrit plusieurs

œuvres pour Christian, dont un

concerto qu'il a interprété

avec l'Orchestre symphonique de

Sudbury, j'ai écrit un trio

à cordes, un quintette à cordes

et aussi une œuvre pour violon

solo, dont il va nous

interpréter quelques extraits

aujourd'hui.


RACHEL DESAULNIERS

(Propos traduits de l'anglais)

C'est comment de travailler

avec Robert?


CHRISTIAN ROBINSON

(Propos traduits de l'anglais)

C'est extrêmement satisfaisant

comme musicien

d'avoir un compositeur

ici à Sudbury. Travailler

avec lui est une grande joie

pour moi. Tu as accès à la personne

qui a écrit la musique. Ce n'est pas

possible avec Beethoven ou

Brahms.

(CHRISTIAN ROBINSON interprète une composition de ROBERT LEMAY.)


RACHEL DESAULNIERS

Robert Lemay, vous aviez huit

ans lorsque vous avez commencé

vos leçons de piano.

Étiez-vous un bon élève,

étiez-vous un élève docile?


ROBERT LEMAY

Non, pas vraiment. En fin de

compte, ce qui est arrivé,

c'est que ma mère restait sur

la rue St-Denis à Montréal, et

la voisine d'en face de palier

était la tante d'André Mathieu.


RACHEL DESAULNIERS

Le musicien.


ROBERT LEMAY

Et le compositeur. Et

pianiste. Et donc ma mère...

elle me fait prendre des cours

de piano. Mais bon,

comme elle m'a fait prendre des

cours d'équitation... toutes

sortes de trucs. Mais j'ai pas

vraiment aimé ça. J'étais pas...

Je me cachais en dessous du lit

pour pas avoir mes leçons de

piano. Je détestais ça. Et puis

donc... Mais on a gardé le

piano à la maison et lorsque

j'avais 16 ans, j'avais des

amis puis on voulait se partir

un groupe de rock. Et puis

bon, j'ai dit: on a le piano

dans la maison, donc je vais

jouer du piano. Et donc je me

suis réinscrit pour des cours

de piano. Et je me suis inscrit

dans une école de musique dans

un centre d'achats à Rosemère.

Donc... Et puis... Mais très

rapidement, la prof de piano

qui était là m'a dit: bon, je

peux voir que t'as du talent

et tout, donc j'aimerais te

prendre en élève privé plutôt

que de passer par le magasin de

musique du centre d'achats.

Et là, on a pu suivre des cours

beaucoup plus structurés.

Donc voilà.


RACHEL DESAULNIERS

Mais le passage entre

l'intérêt, le passe-temps

et la carrière, ça s'est fait

comment, ça?


ROBERT LEMAY

Ça s'est fait plus au

niveau... J'ai fait d'abord un

cégep en sciences sociales.

Je voulais m'en aller en

histoire. Pour moi, la musique,

c'était... bon, je m'amusais

avec mes amis le week-end.

Mais tout à coup, ça a pris

beaucoup d'importance et puis...

Et je m'apercevais rapidement

que je comprenais la musique.

C'est ça que j'ai toujours

trouvé dès le début. Même si

j'avais pas le vocabulaire pour

vraiment toujours bien nommer

les choses, j'avais une

compréhension de la musique qui

fait que mon prof de piano à

l'époque, qui s'appelait Sylvie

Lemay... me disait: bien, tu

mémorises très rapidement les

sonates de Beethoven, par

exemple. Mais parce que je les

comprenais. Donc à la fin de

mon cégep, je me suis dit:

je vais peut-être aller en

musique.


RACHEL DESAULNIERS

Et puis votre toute première

composition a été remarquée.


ROBERT LEMAY

Oui, ce qui est drôle. C'est

parce qu’au début, moi, je

voulais devenir pianiste. Je

voulais jouer du piano. Je

faisais de l'orgue aussi dans

les églises. J'ai gagné ma vie

en tant qu'étudiant à faire des

mariages, des funérailles, le

service du dimanche matin...

Donc je faisais... Et puis...

Donc moi, je voulais devenir

pianiste. Mais je faisais un

petit peu de composition,

mais encore une fois, quelque

chose de... personnel.

Je pensais pas m'en aller...

faire ça. Et puis tout à coup,

il y avait un cours de trois

crédits, à l'Université Laval:

« Introduction à la composition ».

Bof, je me suis dit: j'ai

quelques pièces, donc je vais

m'inscrire à ce cours. Et

puis... Et dès la première

année, j'ai écrit une œuvre et

le prof m'a dit: c'est très,

très bien ce que vous avez

écrit. Vous devriez le suggérer

à Radio-Canada... à Québec.

Donc j'ai envoyé ma partition

à un producteur, qui m'a rappelé

puis qui m'a dit: oui, oui,

votre pièce est très, très bien,

on va l'enregistrer.


RACHEL DESAULNIERS

Du premier coup?


ROBERT LEMAY

Du premier coup. Aujourd'hui,

j'aimerais bien retourner dans

les archives de Radio-Canada

pour pouvoir détruire

cet enregistrement.


RACHEL DESAULNIERS

Pourquoi?


ROBERT LEMAY

Bah, c'est une œuvre

d'étudiant, de débutant, il y a

des gaucheries qui sont là.

Bon, peut-être que les

musicologues, plus tard,

verront déjà des traces de mon

langage, mais bon, c'est...

Je crois qu'il y a beaucoup

d'artistes, leurs premières

œuvres, ils veulent peut-être

les garder dans leurs tiroirs.


RACHEL DESAULNIERS

Cette composition, vous

l'avez écrite lorsque vous étiez

à la formation. Quelle est

l'importance d'avoir de bons

profs, ou des maîtres à penser

autour de vous pour vous aider

dans votre cheminement?


ROBERT LEMAY

J'ai eu la chance dans ma vie

de rencontrer des profs, des

personnes qui m'ont aidé.

Par exemple, lorsque j'ai voulu

aller au cégep, j'avais pas une

formation assez solide en piano.

Parce que si vous commencez

pas le piano à sept ou huit ans,

oubliez de faire une carrière

comme pianiste.

Même chose pour le violon.

Donc moi, j'avais commencé

sérieusement à 16 ans.

Et puis donc j'avais été refusé

à deux cégeps.

Et puis donc comme troisième

choix, à Drummondville, c'est

un M. Gilles Fortin qui m'a

dit: bon, je peux voir que vous

avez du talent, mais vous avez

pas assez de... vous avez pas

une base assez solide, donc ça

se peut que vous preniez plus

de temps pour faire votre

cégep. Et puis donc il m'a

donné une chance; moi, j'ai

sauté sur cette chance-là. Et la

même chose lorsque je suis

arrivé à l'Université Laval,

j'ai rencontré François Morel,

qui a été pour moi... même

encore aujourd'hui, je

considère que c'est mon mentor.

Et même encore aujourd'hui - il

est encore vivant, il a 88,

je crois, il demeure dans une

résidence - et puis je

l'appelle de façon régulière.

Donc c'est quelque part mon

maître. Et puis aussi, j'ai

rencontré un saxophoniste

français qui s'appelle

Jean-Marie Londeix, qui est un

des grands, grands maîtres du

saxophone international, et qui

m'a beaucoup aidé dans ma

carrière en me donnant des

chances d'être joué. Le fait

d'écrire pour lui a été pour

moi boule de neige; d'autres

saxophonistes m'ont demandé

d'écrire des pièces. Donc...

Mon directeur de thèse, Michel

Longtin, pour ma thèse de

doctorat, qui m'a ouvert

l'esprit sur le pourquoi

composer, sur les sources

d'inspiration... d'aller plus en

profondeur qu'uniquement un

côté technique des œuvres.

Donc qu'est-ce qu'on veut dire

avec une œuvre? Qu'est-ce que

tu veux exprimer? Ce qui chez

moi était jamais là. Et puis

qui m'a permis de développer

une esthétique beaucoup plus

dramatique avec lui. Donc c'est

des personnes comme ça qui

m'ont... qui m'ont guidé, qui

m'ont fait changer d'idée sur

beaucoup de choses et puis...

Et je me considère très, très

chanceux de ce côté-là.


RACHEL DESAULNIERS

On se retrouve dans votre

salle de travail. C'est ici

où vous vous installez pour

composer. D'abord, qu'est-ce qui

allume le processus de

créativité chez vous?

Comment ça commence?


CHRISTIAN ROBINSON

Bien, c'est quelque chose de

très complexe. Je vais

prendre l'exemple d'une pièce

que j'ai écrite pour le quatuor

Silver Birch, qui est le quatuor

dans lequel Christian joue.

Donc une œuvre pour quatuor à

cordes et piano. Donc C'était

une commande de Christian. Et

puis bon, pour moi, c'est une

formation que je connais pas

beaucoup. Et je fais souvent

ça avec des formations pour

lesquelles j'ai pas beaucoup

écrit; j'écoute. J'écoute du

répertoire. Donc j'ai passé,

pour cette œuvre-là, au moins

un mois à écouter tout le

répertoire pour quatuor à

cordes et piano. Et ensuite, le

deuxième aspect pour moi, c'est

l'inspiration. Et tout à coup,

pour ce quatuor-là, j'ai décidé

que ce serait un des... dans ma

série d'hommages à des

réalisateurs de cinéma, et j'ai

choisi Bernard Émond, qui est

un réalisateur québécois,

canadien. Et dans toute ma série

d'hommages que j'ai, je fais

toujours une anagramme des

noms des gens pour lesquels

je fais un hommage. Donc par

exemple, je fais une série de

notes basées sur le nom de la

personne, et ça, ça va me donner

le matériel de base de ma

composition. Donc si vous voyez

dans mes titres « Hommage à »,

vous savez qu'il y a une petite

anagramme à partir du nom.


RACHEL DESAULNIERS

Vous vous êtes retrouvé à un

moment donné à Buffalo, et il y

a plein de choses qui ont

changé pour vous à ce

moment-là. Comme quoi?


ROBERT LEMAY

Bien, j'ai été à Buffalo pour

un programme d'échange,

donc je faisais ma maîtrise à

l'Université Laval et je me suis

dit: ça serait peut-être

intéressant d'aller voir

un petit peu ailleurs.

Donc je me suis inscrit à un

programme d'échange. Puis

aussi, je voulais apprendre

l'anglais. Je parlais pas

beaucoup anglais lorsque j'ai

terminé mon bac.

Et puis donc je me suis retrouvé

là-bas, à Buffalo, qui est

étonnamment un des grands

centres de la musique

contemporaine en Amérique du

Nord, et il y avait un prof qui

enseignait là-bas, Morton

Feldman, qui est un des

grands, grands compositeurs

américains, et qui est décédé,

qui est tombé malade en août et

qui est décédé au début du mois

de septembre. Donc ils ont

décidé d'avoir des professeurs

invités, mais de calibre

international. Et puis donc ça a

été... En même temps, ce qu'ils

faisaient, c'est qu'ils

passaient une audition pour

remplacer le prof. Donc ça m'a

permis de rencontrer, et de

travailler avec des très gros

noms de la musique

contemporaine. Donc tout à

coup, de se retrouver là à

rencontrer des figures majeures

de la musique contemporaine

mondiale, ça a été... Moi, le

petit gars de Québec, je

débarquais dans le vrai monde.


RACHEL DESAULNIERS

Et vous avez fait une

rencontre déterminante

également?


ROBERT LEMAY

Aussi. C'est à ce moment-là

que j'ai rencontré mon épouse,

donc Kyoko Hirota, qui était là

elle aussi comme étudiante.

Et puis bon... on est ensemble

depuis ce temps-là.


RACHEL DESAULNIERS

Elle est d'origine japonaise;

est-ce que sa culture influence

votre musique?


ROBERT LEMAY

Il y a des gens qui disent que

oui. Moi, je dis que non.

Et puis... Parce que je vais

souvent au Japon. Donc moi, j'ai

pas une image... un peu

pittoresque du Japon. Pour moi,

le Japon, c'est des villes

modernes, c'est une vie active,

c'est... Moi, Tokyo, ça, c'est

intéressant. C'est une ville

trépidante. Donc le côté zen du

Japon... c'est pas trop...

c'est pas trop mon fort,

disons. Et puis donc... Mais il

y a des gens qui disent qu’on

peut voir certains... des gens

qui ont fait des analyses de

mes pièces, qui disent qu'on

peut voir des trucs. Mais faut

dire aussi que... jusqu'à

tout récemment, lorsque

j'écrivais avec voix, donc pour

la voix chantée, je n'utilisais

que des textes japonais.

Donc pour plusieurs raisons.

Principalement parce que y a

personne en Amérique du Nord

qui comprend le japonais.

Donc moi, ce qui m'intéressait,

c'était la sonorité des mots et

non leur signification. Donc le

fait d'avoir des trucs en

japonais... Le japonais, ça

sonne très, très bien comme

langue, c'est très facile à

prononcer. Et donc je pouvais

plus jouer avec les sonorités.

Donc les spectateurs ici ou en

Europe n'écoutent que le...

la sonorité des mots, et non

leur sens. Et... Bon, c'est

peut-être la seule influence

japonaise que je trouve dans ma

musique, c'est le fait que j'aie

écrit plusieurs œuvres qui

sont chantées en japonais.


RACHEL DESAULNIERS

Avec le temps, vos chemins

vous ont mené à Sudbury, depuis

une quinzaine d'années;

qu'est-ce qui vous a attiré

dans le nord?


ROBERT LEMAY

L'emploi à l'Université

Laurentienne. Donc en fin de

compte, c'est mon épouse qui a

eu un poste à l'Université

Laurentienne et en même temps,

bon bien, les gens étaient

très contents d'avoir un

compositeur, quelqu'un qui

puisse enseigner les matières

théoriques, surtout les matières

théoriques de quatrième année,

qui demandent beaucoup

de spécialités, donc il y avait

un « package », il y avait

un 2 pour 1 lorsqu'on est venus

ici. Donc moi, j'enseigne à

temps partiel, ce qui me

satisfait beaucoup parce que ça

me donne... j'ai pas de travail

administratif à faire à

l'université, donc je vais

enseigner mes cours et ça me

laisse beaucoup de temps pour

composer, pour mes autres

activités. Parce que le

travail compositeur, c'est pas

uniquement de composer, il faut

organiser sa carrière, c'est

presque un travail d'agent de

carrière aussi, il faut

négocier des contrats, il faut

faire des demandes de bourse,

les rapports de bourse. Et en

plus, pendant 10 ans, j'ai eu

une société de concerts ici

à Sudbury.


RACHEL DESAULNIERS

Oui, le Five Penny New Music.


ROBERT LEMAY

Que je traduis en français par

Les concerts de musique

contemporaine Five Penny.


RACHEL DESAULNIERS

Voilà.


ROBERT LEMAY

Donc... Et même j'avais un

projet de monter un ensemble de

musique contemporaine ici. Donc

tout ça, ça demande énormément

de travail.


RACHEL DESAULNIERS

Il y a un proverbe qui dit que

« nul n'est prophète dans son

propre pays ». Avec la musique

contemporaine, avez-vous ce

sentiment, parfois, d'être en

marge des autres courants?


ROBERT LEMAY

Bien, la musique

contemporaine est un... est un

monde un peu fermé,

malheureusement. Ça a pas

beaucoup de... On n'en voit pas

beaucoup dans les médias.

Contrairement à l'art visuel

contemporain, où on va faire

beaucoup de... pas beaucoup,

mais au moins, parfois, on va

parler d'une exposition

importante.

(Propos en anglais et en français)

Ici au Canada,

mais c'est un peu partout

pareil dans le monde, il n’y a

pas beaucoup d'exposure,

on n'en voit pas beaucoup.

La seule manière que les gens

peuvent entendre un peu de

musique contemporaine,

c'est souvent via des films,

où on l'utilise, et c'est des

remarques souvent que les gens

me font lorsqu'ils entendent de

mes œuvres, ils disent: ça

sonne beaucoup comme de la

musique de film. Ouais, bon,

c'est pas de la musique de

film, mais c'est parce que

probablement que la personne,

c'est le seul moment où elle a

entendu un peu de musique

contemporaine. Donc...

Mais bon, le Canada n'est pas

un joueur majeur dans le monde,

principalement parce qu'on n’a

pas les budgets... Les budgets

pour les commandes sont

ridicules ici. Les droits

d'auteur sont ridicules.

Et puis donc il y a une

industrie... Il y a pas beaucoup

d'éditeurs au Canada. Moi, j'ai

la chance aussi d'avoir un

éditeur aux États-Unis, et

jusqu'à tout récemment un

éditeur en France, qui fait

qu’eux ont des visées beaucoup

plus commerciales. Donc ils

veulent vendre des partitions.

Donc ils font de la promotion

et tout. Donc ça aide

beaucoup. Ce qui n'existe pas

ici au Canada.


RACHEL DESAULNIERS

Justement, si vous pouviez

habiter n'importe où sur la

planète, une ville qui vous

parle, qui a une belle scène

musicale, où est-ce que

vous voudriez habiter?


ROBERT LEMAY

Paris. Oui, y a pas de...

Pour moi, Paris, c'est...

le centre de la musique

contemporaine dans le monde.

J'ai passé six semaines cet

été à Paris, grâce à une bourse

du Conseil des arts de

l'Ontario, pour aller faire un

stage de ressourcement

artistique, donc il y avait un

festival à l'IRCAM, qui est

un institut de recherche à

Paris, donc j'ai passé six

semaines là-bas, j'ai entendu

des concerts, j'ai entendu des

œuvres tout à fait nouvelles,

qu'on n’a jamais la chance

d'entendre ici, en Amérique

du Nord. Donc Paris, c'est

vraiment un des centres

importants de la musique

contemporaine.


RACHEL DESAULNIERS

Merci beaucoup, Robert Lemay.


ROBERT LEMAY

Merci.

(Générique de fermeture)

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