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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Katherine Levac : humoriste

De Saint-Bernardin à Montréal, Katherine Levac en a fait du chemin ces dernières années : l’école nationale de l’humour, SNL Québec et son premier gala Juste pour rire…
La jeune humoriste franco-ontarienne fait tourner les têtes, autant pour ses prestations au petit écran que sur scène.



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

GISÈLE QUENNEVILLE rencontre des personnalités francophones et francophiles; des politiciens, des artistes, des entrepreneurs ou des scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invitée, des extraits vidéos de performances de KATHERINE LEVAC défilent à l'écran.


GISÈLE QUENNEVILLE

De Saint-Bernardin à Montréal,

Katherine Levac a fait du

chemin ces dernières années.

L'École nationale de l'humour,

SNL Québec et son premier gala

Juste pour rire. La jeune

humoriste franco-ontarienne

fait tourner les têtes. De sa

jeunesse sur une ferme de

l'Est ontarien... à sa condition de

Franco-Ontarienne.


KATHERINE LEVAC (hors champ)

Ça, un Franco-Ontarien, c'est

comme un Ontarien normal, mais

qui regarde L'auberge du

chien noir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle puise dans son vécu pour

raconter ses histoires.

(GISÈLE QUENNEVILLE et KATHERINE LEVAC sont maintenant assises l'une face à l'autre.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Katherine Levac, bonjour.


KATHERINE LEVAC

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Katherine Levac, ces deux

dernières années ont été

absolument incroyables pour

toi. Est-ce que t'es en train

de vivre ton rêve en ce moment?


KATHERINE LEVAC

Bien, vivre mon rêve... ça

serait pas... ça serait mentir

un peu de dire ça.

Parce que ça a jamais

vraiment été mon rêve.

Je suis en train de vivre

quelque chose de

nice, quelque chose que,

en ce moment, je

veux, que j'ai décidé et... bon,

de faire ça. Mais quand j'étais

jeune, même avant, j'avais

jamais pensé faire ça de ma

vie. Vivre mon rêve, non.

Mais... en train de développer

un rêve, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quel a été le moment le

plus... important, le

high pour toi de

cette dernière année?


KATHERINE LEVAC

De cette dernière année, c'est

une bonne question, là.

Je pense que c'est juste quand

je me mets... t'as beau faire

plein de projets, on travaille

beaucoup, tout ça, puis quand

t'es dans le... le bain de tout

ça, dans le tourbillon, tu te

rends pas trop compte de ce qui

se passe. C'est quand tu

rencontres les gens après, c'est

là que j'ai le high. Que les

gens me parlent de... ce qui

les touche dans ce que je fais,

ce qu'ils ont aimé, ce qu'ils

ont pas aimé. Juste rencontrer

les gens, c'est tout le temps

ça, mon high.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, toi, t'es une

conteuse. Tu montes sur scène,

tu racontes des histoires.

D'où viennent ces histoires-là

que tu racontes?


KATHERINE LEVAC

Moi, j'ai toujours beaucoup,

beaucoup lu. Beaucoup...

Dans ma jeunesse,

tout ce qui est Anne

aux pignons verts, puis tout

ça, je lisais, j'aimais ça. Je

me racontais des histoires à

moi-même. Ma mère écrivait

des pièces de théâtre pour nous

à l'école. On les montait avec

elle. Ça a toujours fait partie

de moi de... de raconter,

communiquer, je pense, aussi.

Donc... je sais pas. Tout ce

que je raconte, c'est pas mal

vrai. C'est rare que... J'ai

déjà essayé d'en inventer des

anecdotes, puis c'est quand même

dur d'inventer des affaires. Je

comprends pas le monde qui font

ça. C'est ça. J'aime ça

raconter des choses qui sont

vraies. Je pense que les gens,

c'est là qu'ils se

reconnaissent, c'est là que je

réussis à toucher le monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as pas peur de t'afficher

comme Franco-Ontarienne. Est-ce

que tu dirais que c'est un

atout pour toi ici au Québec,

ici à Montréal?


KATHERINE LEVAC

Au début, je me disais pas...

j'avais pas vraiment réfléchi

même à ça. Je me disais, je

parle français comme eux

autres. Ils vont comprendre ce

que... ils vont comprendre ce

que je veux dire. Puis... même

au début, c'était plus pour me

défendre, dans le sens où...

mettons, je sais pas, on

faisait des shows dans les bars,

peu importe. Alors les gens me

présentaient: "La prochaine

humoriste est ontarienne, mais

on l'aime pareil, Katherine

Levac." Joke de même.

Fait que moi, j'avais pas

vraiment le choix de casser ça

avec un gag là-dessus, puis de

fil en aiguille, j'ai comme été

un peu reconnue pour ça. Puis

le pire, c'est que les gens me

disent: "On aime vraiment ton

numéro de l'Ontario, c'est très

drôle quand tu parles... quand

tu fais ton numéro sur

l'Ontario." Puis j'en ai pas

de numéro sur l'Ontario,

j'en ai aucun. C'est juste

que c'est tellement une

toile de fond de ma vie que les

gens... Évidemment, j'en parle

puis tout ça, mais

spécifiquement, un numéro sur

l'Ontario, y en a aucun.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ils sont tous un peu sur

l'Ontario jusqu'à un

certain point.


KATHERINE LEVAC

Un peu parce que c'est là

d'où je viens. Si par exemple je

parle d'éducation, j'ai un

bit sur le cégep que moi, je

suis pas allée, puis ce que je

pense de ça. C'est... j'ai un

numéro sur ma relation avec les

femmes. Je parle d'une fille

qui vient d'une famille très

conservatrice d'Ottawa. Ça,

ça... c'est toujours collé à

mes histoires dans le fond.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je pense que ton personnage

le plus connu jusqu'à

maintenant, c'est Paige

Beaulieu.


KATHERINE LEVAC

Oui, c'est Paige.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui est Paige et d'où

vient-elle?


KATHERINE LEVAC

Paige, précisément, c'est une

fille de Timmins.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah oui?


KATHERINE LEVAC

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle existe pour vrai?


KATHERINE LEVAC

Elle existe. Au début, je le

disais pas, mais là, je le dis.

Je l'ai trop dit à des places

que là, je ne peux plus faire

semblant, je le dis que c'est

une fille de Timmins. Paige,

elle a une personnalité bien à

elle de fille un peu

space, que dans sa tête,

elle a toujours raison.

Tout ce qu'elle dit,

c'est super important. Puis

c'est elle et personne d'autre.

C'est dans son monde. Même

elle jase avec quelqu'un au

comptoir, mais... c'est plus

elle, c'est ses affaires. Puis

cette fille-là était vraiment

comme ça. Je me suis dit: ça,

ça va être drôle parce que...

C'est drôle parce qu'au Québec,

les gens font l'accent acadien,

on niaise l'accent français, on

niaise l'accent québécois,

mais pas tant l'accent

franco-ontarien. Puis c'est même

pas si loin que ça.

(Un extrait d'un sketch de KATHERINE LEVAC jouant PAIGE BEAULIEU joue alors pendant quelques secondes.)


PAIGE BEAULIEU

Une fois que tu vas avoir

trouvé ta girlfriend, tu vas

pouvoir tricher sur elle pendant

trois mois pour ensuite la

dumper par texte message parce

que t'es un piece of shit.

I hate you, Mark.

But please come back.

(GISÈLE QUENNEVILLE et KATHERINE LEVAC sont maintenant assises l'une face à l'autre.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, je sais que Paige

Beaulieu me fait rire pour des

raisons qui sont bien à moi en

tant que Franco-Ontarienne.


KATHERINE LEVAC

Absolument.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que les Québécois

rient de Paige Beaulieu pour les

mêmes raisons?


KATHERINE LEVAC

Moi, je pense pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Non?


KATHERINE LEVAC

Non.

Peut-être qu'ils rient aux mêmes

places, c'est des gags. Outre

l'accent puis tout ça, c'est

des jokes. Mais... Par exemple,

des fois, je fais un petit

bout, une petite ligne d'accent

franco-ontarien dans un de mes

numéros et ça réagit vraiment

pas de la même façon en Ontario

puis au Québec. Au Québec, y a

deux secondes de délai. Et là,

ils rient. Comme ah oui, c'est

vrai, ça existe. Puis là, ils

rient. Même plus c'est loin,

ils rient pas de la même

manière. Mais en Ontario, c'est

instantané. Le rire est tout de

suite, tout de suite, ils

comprennent ça. Certains le

font, certains l'ont, sont là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça peut offusquer?


KATHERINE LEVAC

Moi, je pensais... au début,

j'étais comme... ah, ça va-tu

offusquer? Mais moi, je pense

que si ça t'offusque, c'est que

t'as quelque chose à craindre.

Puis visiblement, ils ont rien

à craindre parce que personne...

En tout cas, j'ai pas eu de

messages de gens offusqués

ou... rien. Surtout que moi,

dans mes numéros, c'est rare

que... je vais pas, je vais pas

basher l'Ontario. À l'inverse,

je ris plus des Québécois que

des Ontariens dans mes numéros,

ça, c'est certain.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y a une

différence entre un Québécois

puis un Franco-Ontarien?


KATHERINE LEVAC

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est quoi?


KATHERINE LEVAC

Bien...

Je sais pas, y a une dame qui

est venue me voir après un

numéro, elle me disait: "On vous

comprend, les Franco-Ontariens,

on lutte pour la même chose,

la langue." Oui, c'est vrai.

Mais c'est pas le même niveau de

tenir à un fil. C'est pas la

même chose du tout. J'explique

que nous, si moi, si mes

parents sont le moindrement...

ils s'en foutent un peu de la

langue, que moi, je vais

étudier à Ottawa comme tout le

monde, que je rencontre un gars

bien cool, que j'aime beaucoup,

qui s'appelle Luke, qu'on se

marie, qu'on déménage à

Gloucester, qu'on a des

enfants, ils vont à l'école en

anglais parce que c'est moins

de trouble. Ils ont des amis en

anglais, c'est moins de

trouble. Oh, une génération aux

poubelles. C'est un peu comme

ça que je le vois parce que je

le vois aussi dans mes amis,

dans mon entourage, y en a que

ça arrive. Je les revoie après,

je fais: Hou!... C'est fini, tu

ne parles plus. Tes enfants ne

parleront pas. Ça arrive.


GISÈLE QUENNEVILLE

Toi, pour faire carrière, faut

que tu sois ici à Montréal.

Comment tu trouves ça, Montréal?

La petite fille de l'Est

ontarien qui se ramasse dans la

grande ville?


KATHERINE LEVAC

Au début, j'aimais pas trop

ça, Montréal. Y avait plein de

monde, mais y avait pas

personne. Puis j'habitais dans

un coin aussi assez... très

Montréal, j'étais dans

Rosemont. Je trouvais ça

cool, je trouvais ça

nice, mais je

faisais pas partie. C'est comme

si c'était un gros party que

j'étais pas dedans. C'était

comme ça que je me sentais

à Montréal.

(Un autre extrait vidéo de PAIGE BEAULIEU joue pendant quelques secondes.)


PAIGE BEAULIEU

OK, pour les garçons, je pense

que le soir de ton date, tu

devrais peut-être préparer un

petit quelque chose, une petite

attention, petit cadeau pour

prouver à ton date que tu care.

Comme je sais pas,

like, a MacBook Air avec

un case mauve.


GISÈLE QUENNEVILLE

Katherine, est-ce que toi et

Paige Beaulieu, vous avez

beaucoup de choses en commun?

Je sais que Paige, c'est pas

toi, mais...


KATHERINE LEVAC

C'est une bonne question.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous avez des

choses en commun?


KATHERINE LEVAC

On a une chose en commun,

c'est que quand on va parler de

l'Ontario, ça va toujours être

nous, les gagnants. C'est ce

qu'on a en commun, je pense,

Paige et moi. Aucunement la même

attitude, le même background,

les mêmes intérêts non plus.

Je pense qu'on a juste un point

en commun.


GISÈLE QUENNEVILLE

As-tu un MacBook Air avec

un case mauve?


KATHERINE LEVAC

Non, j'ai un MacBook Pro

pas de case.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est plate.


KATHERINE LEVAC

Plate.


GISÈLE QUENNEVILLE

As-tu un Mini Cooper

couleur ivoire?


KATHERINE LEVAC

Pas de Mini Cooper couleur

ivoire. Rien de ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Va falloir que tu travailles

là-dessus.


KATHERINE LEVAC

Mais peut-être que c'est des

messages que je lançais aux

gens. C'est quelque chose que

j'aimerais qu'on m'offre, tu

sais. Je pense que c'est ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que Paige pense de

Katherine Levac?


KATHERINE LEVAC

Les filles comme moi, je pense

qu'elle me trouve fade. Elle me

trouve pas assez bien habillée.

Elle me trouve... Oui, c'est

ça. Elle me trouve que je suis

pas assez belle. Je suis pas

assez... nan, nan, nan. C'est

ça qu'elle pense de moi. Je

pense qu'on pourrait être

amies, on vient quand même les

deux... on vient pas du même

endroit, mais quand même. Comme

si elle était au Québec, si

Paige habitait au Québec, je

pense que je pourrais être amie

avec Paige. Je pense que je

serais divertie d'être

son amie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Katherine, j'aimerais qu'on

parle de Saint-Bernardin dans

l'Est ontarien, la ferme de ton

père. Ça ressemble à quoi?


KATHERINE LEVAC

Bien, c'est une ferme, c'est

typique vraiment de

Saint-Bernardin, même de l'Est.

Y a presque que ça dans le coin.

C'est que des champs. T'arrives

chez nous, y a juste des

champs. J'ai vraiment aimé ça

grandir sur une ferme. Ça, ça

fait partie de moi. Mais quand

t'es là, tu te dis: c'est pas

cool. Même quand tu pars à

l'université, tu dis:

bon débarras.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais une fois rendu en ville,

c'est drôlement cool.


KATHERINE LEVAC

Après ça, tu fais: all right!

Puis là, tu vois, tu vois aussi

d'autres enfants. Moi... Hé,

moi, quand je vois des enfants

dans le métro, je suis comme...

ah, ça, c'est plate. Ils vivent

d'autres choses. Ils ont

d'autres affaires le fun dans

leur vie que moi, j'ai pas eues,

mais moi, je me dis: ah,

qu'est-ce que vous avez fait

aujourd'hui? Vous êtes pas en

bicycle? Vous êtes pas dans la

boîte du truck? Vous êtes pas

dans la grange? Vous avez pas

sauté dans le foin? Fait que

j'ai comme pitié d'eux. Mais en

même temps, on parlait de

Montréal, comment maintenant

j'aime ça. Là, je me rends

compte des choses que j'ai pas

eu accès aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as fait de l'impro à

l'école.


KATHERINE LEVAC

Hum-hum.


GISÈLE QUENNEVILLE

À un moment donné, t'as écrit

sur ton blogue que t'avais fait

une tournée dans les écoles

secondaires de l'Ontario. Je

sais pas si c'était tout...

partout en Ontario ou juste dans

l'Est. Et tu avais senti que

les jeunes à l'école semblaient

étouffer.


KATHERINE LEVAC

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans quel sens, étouffer?


KATHERINE LEVAC

Bien, des fois, moi, je suis

pas, je suis pas la

Franco-Ontarienne qui va te

rentrer le français dans la

gorge, OK? Je pense même...

bien, peut-être qu'on

le fait trop.

C'est facile pour moi de dire

ça parce que je le dis, j'ai

grandi dans un milieu où c'était

vraiment acquis, ou c'était là.

C'est certain que tu vas parler

en français. Tout le monde le

parle. Dans les corridors. On

allait faire des... tu changes

de trois villages, là, je suis

à Saint-Bernardin, oh, tu te

rends à Alexandria, déjà là, la

réalité est complètement

différente. On est là dans les

corridors, puis: OK, tout le

monde, parlez en français,

parlez en français. J'étais

comme, hé, sont donc bien

rushants, eux autres,

parlez en français, on

parle français. Qu'est-ce que

tu veux que je fasse de plus?

Mais là, je le voyais dans les

corridors, par exemple, que

non, les gens, ils ne parlaient

pas en français. Il y avait des

affiches sur le mur: "On ne dit

pas "je suis fini", on dit "j'ai

fini". Je me disais, c'est-tu

une joke? J'ai pas vécu la même

chose qu'eux. Mais des fois,

j'ai l'impression que c'est

juste... mettons, on faisait de

l'impro, on est en création,

c'est dur pour les jeunes de

faire de l'impro. Ça demande du

courage, ça demande tellement

de courage quand t'es... quand

t'as 11 ans, d'aller en avant.

Puis la prof va faire:

"Punition, t'as dit toaster au

lieu de grille-pain." Non!

Laisse-le donc. Laisse-le

vivre, laisse-le faire son

affaire. Oui, il a dit toaster.

Tout le monde dit toaster. J'en

ai connu, moi, des enseignants

que c'est comme... ça, c'est en

anglais, c'est le mal. Ça, c'est

en français, c'est le bien.

Non, c'est pas ça. Puis

l'anglais, c'est pas le mal.

L'anglais, c'est l'ouverture.

L'anglais, c'est... c'est les

voyages, l'anglais. C'est...

regarder des films, regarder

des stand-up anglophones puis

de m'inspirer de ça. Moi, je

pense qu'il faut aller plus

loin que ça. Mais... je sais en

même temps que c'est difficile

de le faire. Donc...


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est pas facile.


KATHERINE LEVAC

C'est pas facile, non.


GISÈLE QUENNEVILLE

Toi, t'as fait tes études en

lettres françaises à

l'Université d'Ottawa.


KATHERINE LEVAC

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui t'as fait

bifurquer vers l'humour?


KATHERINE LEVAC

Euh... bien, dans le fond,

moi, je faisais mon bac.

J'allais à l'université...


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour aller à l'université.


KATHERINE LEVAC

Pour revenir. Hein, c'est ça

que le monde ils font chez nous.

Ils vont à l'université

dans le but de revenir.

Moi, mon grand-père,

à Noël, il me disait pas: "Puis

t'aimes-tu ça?" Il me disait:

"Combien de temps il te reste?"

C'est ça qu'il me disait.

J'allais là dans le but d'être

prof. Fait que j'étudiais

lettres françaises, théâtre,

deux matières enseignables. OK.

Quand t'es jeune aussi, la

seule chose que t'as vécue...

que t'as vu un peu, c'est des

profs. T'es allé à l'école toute

ta vie, tu sais. J'aimais ça

aussi communiquer. C'est pas

tant différent de ce que je

fais. Je suis quand même devant

des gens. Je communique quelque

chose, je communique une idée

qui est drôle, pas drôle. Je

veux tout d'abord juste que tu

comprennes. Puis il faut que

j'aille toucher tout le monde

puis tout le monde a sa propre

vision, a sa propre vie, son

histoire. Puis faut que j'aille

toucher tout le monde, un peu

comme les profs font avec

les élèves. Pour moi, c'est

pas super éloigné de ce que je

fais. En même temps, je me suis

rendu compte que j'avais des

cours de création littéraire.

J'écrivais des nouvelles.

C'était souvent humoristique.

Des fois, ça avait pas sa

place. Quand t'as un cours

de... J'avais pris... Y en pas

beaucoup de cours de création

littéraire. Y en peut-être cinq

dans le bac. Y en a pas plein

à chaque année. Moi, je les

prenais tous. Puis y en avait

un, c'était des polars, des

énigmes puis tout ça. Puis je

disais: je vais le prendre

pareil. Je voulais trop écrire.

Moi, c'était des jokes puis la

madame des polars était comme:

"Oui, bien nous autres ici, on

écrit des polars". J'étais

comme: "Je sais, madame."

Puis finalement, puis même...

en théâtre, j'aimais jouer la

comédie, mais dans le drame,

j'étais comme... ah, ça me

tentait moins, genre. Puis fait

que là, j'ai pensé faire une

maîtrise en création

littéraire. Dans le fond, un

truc plus humoristique.

Là, faut que tu trouves

quelqu'un qui est... willing de

faire ça avec toi. Si tu

trouves un prof de maîtrise qui

est pas tant down avec ton

projet, ça peut être un deux

ans très, très long de ta vie.

Finalement, j'avais un ami

d'Orléans, Éric Trottier qui,

lui, était déjà à l'École de

l'humour. Il m'a dit: "Kat, tu

devrais venir, c'est le fun. On

écrit des choses puis on les

joue. On joue ce qu'on veut.

On joue ce qu'on est."

Ça, ça semble banal, mais c'est

vraiment un privilège. Quand

t'as fait du théâtre... Pas que

le théâtre, j'aimais pas ça,

mais y a une partie que

j'aimais pas, c'était de jouer

des choses que... des fois,

je ne pensais pas, que j'étais

pas, qui me touchaient pas. Dans

le fond, je suis bébé lala.

Nous autres, les humoristes, on

est bébés lala. "Hé, pouvez-vous

jouer ce personnage-là?" "Ouan,

ça ne me touche pas, ça me

tente pas." Les comédiens sont

tellement bons eux autres. Sont

comme: "Oui, j'ai un passé de

russe puis je fais de la

claquette, parfait, ça va

paraître dans mes yeux que je

fais de la claquette". Sont

tellement tight, sont tellement

bons. Nous autres, on aime mieux

jouer des affaires qui nous

touchent. Mais bon, c'est

là-dedans qu'on est bons,

j'imagine. Fait que je me suis

inscrite aux auditions puis ça

a fonctionné.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes des bêtes de scène,

chez vous.


KATHERINE LEVAC

Quand même. C'est vrai.


GISÈLE QUENNEVILLE

Faut dire que tes frères

sont...


KATHERINE LEVAC

Sont Pandaléon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le groupe de musique

Pandaléon.


KATHERINE LEVAC

Y a aucun de nous trois qui

s'est dit: "Hé, nous autres, on

veut faire ça de notre vie."

Quand on grandissait, jamais

personne parlait de ça. Mon

frère, je me souviens, mon

frère, à un moment donné, il

voulait travailler dans le

bois. Moi, je voulais faire...

je voulais être journaliste.

À un moment donné, je voulais

être prof, à un moment donné,

je voulais être vétérinaire. On

voulait tous des affaires, mais

pas ça. Ça s'est pas imposé dans

notre vie parce que je peux pas

dire que c'est arrivé par

hasard. C'est pas des hasards

quand tu travailles fort puis

quand tu... persévères et quand

tu fais les choses, c'est pas

un hasard. Mais... je pense pas

que personne s'attendait à ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que tes parents

pensent de ce que tu fais, de

ce que vous faites tous

les trois?


KATHERINE LEVAC

Ah bien, ils nous

encouragent. Mes parents, c'est

les... oui, oui, nos parents

nous encouragent vraiment. Chez

nous, mon père a fait rénover

une vieille grange qu'il a

transformée en studio. Mes

parents, l'École de l'humour,

ils ont fait: "Oui, oui,

vas-y." Ils étaient pas... c'est

pas qu'ils m'encourageai--

Au début, ils étaient surpris.

Ils étaient comme: "OK...

Qu'est-ce que tu vas faire?" Mes

grands-parents étaient plus

inquiets. Je me souviens de ma

grand-mère était comme: OK...

Je pensais que tu faisais ta

maîtrise. Fait que les gens

étaient comme: OK...

Mais finalement, ça a bien été.


GISÈLE QUENNEVILLE

Katherine, qui est ton auteur-e

ou quel est ton livre préféré?


KATHERINE LEVAC

Euh... y en a plusieurs.

J'aime la poésie. C'est punché,

la poésie. Hein, faut condenser

des petites choses. Nous, c'est

ça qu'on fait. Maurice

Maeterlinck, Serres chaudes,

recueil de poésie,

Éric Charlebois aussi, tous ses

recueils. Les livres, mon Dieu,

j'en ai plein. Matthieu Simard,

des petites nouvelles. Pas

drôles, mais oui, drôles. En

tout cas, je me suis beaucoup

inspirée de ça. Harry Potter.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum!... Film préféré.


KATHERINE LEVAC

Les films de Wes Anderson.

Fantastic Mr. Fox, Life Aquatic.

C'est des films dans lesquels

c'est drôle tout le long. Ils

te disent pas où rire. Moi,

j'aime ça faire ça sur scène.

Pas tant... les gens rient tout

le long. Que ça soit pas, comme:

OK, pause, là, vous riez. Que

ça soit un délire tout le long.

C'est comme ça, ces films-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ta cuisine préférée.


KATHERINE LEVAC

L'indien. Oui, j'aime vraiment

ça. Le matin, n'importe quand.

Je peux tout le temps

en manger.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un samedi soir, t'es libre,

tu vas au restaurant ou tu

restes à la maison?


KATHERINE LEVAC

Je reste à la maison.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'as une semaine de vacances,

qu'est-ce que tu fais?


KATHERINE LEVAC

Je viens en Écosse, en

Irlande, en Angleterre. J'ai

fait des pays plus latins. Là,

je veux faire, je veux

découvrir autre chose. Ça

m'intrigue. Les gens

m'intriguent là-bas, je trouve

ça beau, je trouve ça

mystérieux.

(Un extrait vidéo d'un stand-up de KATHERINE LEVAC joue pendant quelques secondes.)


KATHERINE LEVAC

Je veux que 6 h le matin soit

synonyme de je me lève pour

aller travailler et forcer de

tout mon être. Pas je me couche

parce que je reviens d'un

rave puis j'ai un glow stick

dans les fesses.

(GISÈLE QUENNEVILLE et KATHERINE LEVAC sont maintenant assises l'une face à l'autre.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Katherine, ça ressemble à

quoi, la vie d'un humoriste

ou d'une humoriste?


KATHERINE LEVAC

C'est jamais pareil, c'est ça

que j'aime. Moi, ma vie, ça

ressemble... moi, en sortant de

l'école, ça a tout de suite

commencé. Ce qui est

pas courant.

Je pense que c'est

une question de timing.

Y a eu des beaux projets qui

sont arrivés. Des gens m'ont

donné une chance. Et des

chances, je crois que t'en as

juste une dans ce milieu-là.

Faut être digne de ces

chances-là. Moi, j'ai jamais

vécu la vie de l'humoriste

super pauvre. Je veux le dire

parce que y a toujours des

jokes de... les humoristes de

la relève, on est pauvres. On

mange du beurre de pinottes.

Pas tout le monde. Puis des

gens gagnent leur vie, plusieurs

personnes. Des gens que vous

avez jamais vus à la télé sont

auteurs, sont... ils gagnent

leur vie en corpo, et ils

gagnent leur vie. Mais la vie

d'humoriste, c'est ça, ça

dépend. C'est vraiment... ça va

par périodes. Moi, c'est

vraiment par périodes que ça va.

C'est des gros, gros rushs.

Des fois, c'est des... mettons,

l'été, c'est les festivals,

c'est tout ça. C'est préparer

les numéros. Avec ça, y a des

tournages parce que moi, je

fais aussi de la télé, c'est de

jumeler les deux, essayer de

faire autant de la télé. C'est

facile de faire de la télé parce

que t'arrives là, c'est le fun,

tout est installé pour toi,

c'est payant, c'est... tout est

là. Tandis que roder des numéros

dans des bars, faut le faire.

Bien moi, il faut que je le

fasse. Puis... pour vivre. Faut

que je le fasse, faut que

j'écrive. Mais ça, y a personne

qui va cogner à ta porte:

excuse-moi, Katherine,

faudrait que t'écrives un numéro

aujourd'hui. Bye. Personne fait

ça. Oui, OK, on est entourés, on

a des agences, des boîtes, des

gérants, mais faut que ça

vienne de toi, c'est de

l'initiative. C'est ça, être

humoriste, c'est de

l'initiative tout le temps.

T'écris, tu vas tester ton

matériel dans les bars. C'est

la tournée aussi, il faut que

t'aimes ça. Si tu fais l'École

de l'humour puis tu fais: "Ah,

je pense que j'aime pas bien,

bien ça", change tout de suite.

Essaie pas d'aimer ça. C'est

pas comme du vin, le goût va

pas se développer, je le crois

pas. Si t'aimes pas ça, puis

t'hais ça être là, je pense que

ça peut être long.

Fais d'autre chose.


GISÈLE QUENNEVILLE

Être une femme humoriste,

est-ce que ça pose des défis

en particulier?


KATHERINE LEVAC

Hum...

Professionnellement, moi, j'en

ai pas rencontré des défis.

Souvent, on me dit: est-ce que

c'est difficile d'être une femme

en humour? Je fais: je sais

pas, moi, je l'ai pas vécue,

cette difficulté-là. Des gens

avant moi ont tracé la route,

j'ai l'impression. La vraie

difficulté, c'est au niveau de

ta vie personnelle parce que le

métier d'humoriste, c'est pas

fait pour une femme. Partir en

tournée. Tu peux pas... à l'âge

où, dans ma vie, j'avais

planifié accoucher d'un bébé,

j'accouche d'un show. C'est ça

qui va se passer, c'est ça, la

réalité. Il faut que tu sois...

quand t'es un homme, tu peux

partir deux semaines. Moi, je

te parle, je suis pas Katy

Perry, je fais pas des

tournées à Tokyo. Mais quand

même, je m'en vais pas avec mon

bébé à Val-d'Or. Puis c'est pas

ça, la vie que je veux. En ce

moment, moi, je suis juste dans

un moment où j'ai envie de

faire le plus d'affaires

possibles. Puis je m'en fous des

bébés. Je veux juste faire le

plus d'affaires possibles. Mais

je sais qu'à un moment donné, ça

sera pas ça. Puis je sais pas

ce qui va se passer.

Puis l'autre affaire aussi,

être en couple avec quelqu'un.

Est-ce que tu prends quelqu'un

qui fait ça ou tu prends

quelqu'un qui a une vie bien

normale? Parce que moi, c'est

dur d'aller en date avec

quelqu'un, genre: "C'est ça,

salut, je suis bien cool,

mais... le soir, je ne suis pas

disponible. Puis le jour non

plus. On peut luncher des fois."

Ça marche pas ça, tu sais.


GISÈLE QUENNEVILLE

As-tu des modèles, des

mentors dans ce métier-là?


KATHERINE LEVAC

Hum... justement, les gens

qui ont des familles sont mes

modèles. Je sais pas, je pense

à Jean-Michel Anctil. Je pense

à Martin Petit, c'est du monde

qui ont des familles, qui ont

des femmes, tout va bien,

c'est normal.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est des gars.


KATHERINE LEVAC

C'est des gars. Un modèle

que... quelqu'un que j'aime

beaucoup, c'est Ariane Moffatt.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


KATHERINE LEVAC

Elle fait pas ce que je fais,

mais je la trouve tellement

intègre, ça, c'est un modèle

pour moi, Ariane Moffatt.

Elle est toujours la même

personne. Je l'ai déjà

rencontrée. Elle est tout le

temps elle, elle est tellement

vraie. Puis elle, elle en a une

famille. Elle a eu des bébés

puis elle essaie, elle sort un

album en même temps qu'elle a

sorti des bébés, fait...

Mais c'est pas elle qui les a

eus en même temps. Mais tu sais,

je sais pas, c'est un peu un

modèle auquel je peux me

rattacher pour l'instant.


GISÈLE QUENNEVILLE

La Katherine Levac qu'on voit

sur scène, est-ce que c'est la

même Katherine Levac qui est

ici devant moi aujourd'hui?


KATHERINE LEVAC

C'est la même, mais elle est

exagérée. C'est sûr que sur

scène, je vais dire des choses

que dans la vie, je ne pourrais

jamais me permettre de dire.

C'est ça, le but, de faire ça.

Tout ce que je dis, je le

pense, tout ce que je dis,

c'est... c'est pas mal tout

vrai, c'est moi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les choses vont tellement

bien pour toi en ce moment.

Est-ce que tu crains parfois

que ça soit éphémère?


KATHERINE LEVAC

Non, jamais. Parce qu'on

dirait que... moi, je le

sais... Je dis pas que toute ma

vie, je vais faire de la télé.

Y a des choses que là, je

touche, mettons, au jeu. Je

fais du jeu, OK. J'aime ça,

c'est cool. Dans ma tête, je ne

vais peut-être pas faire ça

toute ma vie, mais je sais que

je vais toujours créer. Ça,

c'est certain. Je vais toujours

écrire. Toujours, toujours

écrire. Si tu me donnais le

choix entre être à la télé,

nan, nan, nan, ou juste écrire,

c'est sûr que je prends

l'écriture. C'est là que ça se

passe pour moi. Le moment où

j'écris la joke, puis je la

trouve bonne, il est plus fort

que le moment, je pense, où je

la dis. Quand je la dis, je me

dis: vous riez, hein, je le

sais, je l'ai vécu, moi, hier.

Hier, c'est ça, c'était ça, le

moment que j'ai aimé. Donc c'est

comme si t'as quelque chose...

Tu sais, les gens me demandent:

Est-ce que t'as peur de la...

c'est pas stable comme job. Mais

c'est tellement... Moi, avoir

une job, mettons, de 9 à 5,

c'est ça qui me ferait

angoisser. Fait que moi, ma

stabilité, c'est justement de

pas être stable. Mon réconfort,

je le trouve là-dedans, dans le

fait que je sais pas ce qui va

arriver. Quand je sais

exactement, là, je suis

comme... Là, c'est plate.

L'ennui, tout embarque. Mais

quand on sait pas, bien là, on

le sait pas, tu sais. Moi, c'est

ça que j'aime. C'est ça que

j'aime en ce moment, tu sais.

Je vais faire d'autres choses.

Je vais toujours continuer à

créer. Je dis pas que je vais

toujours être à la télé. Peu

importe, je sais pas. Ça, j'ai

aucune idée, mais c'est sûr que

la création, ça ne va

jamais arrêter.


GISÈLE QUENNEVILLE

Katherine Levac, merci

beaucoup.


KATHERINE LEVAC

Merci.

(Générique de fermeture)

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