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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Richard Tremblay : psychologue et professeur

Dans toutes les cours d’école, il y a toujours au moins un enfant qui perturbe, qui est agressif, voire même violent.
Il y a une trentaine d’années, le docteur Richard Tremblay a voulu savoir pourquoi. Son objectif : trouver des façons de prévenir la violence.
Aujourd’hui, le travail de Richard Tremblay est reconnu mondialement…



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Début générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Carte de visite

Fin formation à l'écran

Fin générique d'ouverture

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, on montre des images d'une école primaire ainsi que des photos qui illustrent des moments de la vie de RICHARD TREMBLAY, professeur et chercheur à l'Université de Montréal.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans toutes les cours d'école,

il y a toujours au moins un

enfant qui perturbe, qui est

agressif, voire même violent.

Il ya une trentaine d'années, le

Dr Richard Tremblay a voulu

savoir pourquoi. Il a donc

commencé à suivre des enfants

tout jeunes pour voir ce qui

contribuait à l'agressivité

chez certains. L'objectif:

trouver des façons de prévenir

la violence.

Aujourd'hui, le travail de

Richard Tremblay est reconnu

mondialement. Pourtant, rien ne

présageait une illustre

carrière de chercheur pour ce

jeune adepte des sports.

C'est un roman qui a changé

sa façon de voir le monde.

Il s'est embarqué dans des

études en psychologie, et

aujourd'hui, ses découvertes

permettent au gouvernement de

mettre en place des politiques

et des programmes pour les

enfants.

(L'entrevue suivante se déroule dans le bureau de RICHARD TREMBLAY et en d'autres endroits, à l'intérieur et à l'extérieur de l'Université de Montréal.)


GISÈLE QUENNEVILLE

Richard Tremblay, bonjour.


RICHARD TREMBLAY

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Docteur Tremblay, dans les

années 80, vous avez commencé

à étudier des enfants du

quartier Hochelaga, ici à

Montréal, vous étiez jeune

psychologue, je pense,

à l'époque. Qu'est-ce qu'on vous

a demandé de faire au juste?


RICHARD TREMBLAY

À l'époque, la commission

scolaire de l'Île de Montréal

voulait comprendre...

les problèmes qu'avaient les

enfants à l'école dès la

maternelle.

Et on a décidé de faire une

première étude en regardant

les problèmes de comportement

de ces enfants-là. Mais en

faisant ça, j'ai compris qu'on

pouvait les suivre à long terme

pour essayer de comprendre

comment ces enfants de

maternelle qui avaient des

problèmes de comportement

devenaient des adolescents

délinquants.


GISÈLE QUENNEVILLE

On parle de quels genres de

problèmes de comportement?


RICHARD TREMBLAY

À la maternelle, les problèmes

qui dérangent le plus, comme

dans les garderies, en fait,

ce sont les problèmes

d'agression. Les enfants

s'agressent souvent et ça

dérange beaucoup

l'environnement. Alors les

problèmes d'agression,

d'hyperactivité, d'opposition

sont les problèmes qui dérangent

le plus le milieu scolaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et dans ces premières

recherches que vous avez

faites, qu'est-ce que vous avez

découvert chez les jeunes?


RICHARD TREMBLAY

En suivant les jeunes,

l'hypothèse, à l'époque,

c'était que les jeunes enfants

apprennent de leur

environnement à agresser. Et

que... On s'attendait à ce que

plus ils vieillissent, plus ils

utilisent l'agression et qu'il

y en ait un certain nombre qui

deviennent des adolescents

violents. On a eu la surprise

d'observer que plus ils

vieillissaient, moins souvent

ils agressaient. Et donc en les

suivant jusqu'à la fin de

l'adolescence, on a mis en

lumière que ce n'était pas vrai

que les enfants apprenaient

à agresser, avec l'âge, de leur

environnement, mais que la

fréquence des agressions

diminuait avec l'âge.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous les avez

étudiés uniquement ou est-ce

que vous avez pu...

instaurer des plans

d'intervention dès un jeune âge?


RICHARD TREMBLAY

On a aussi, en plus de suivre

ces 1000 garçons de milieu

défavorisé, on a fait un...

programme de prévention avec un

sous-groupe des enfants qui

avaient des problèmes

d'agression. Programme intensif

de prévention, visites à la

maison pour aider les parents

à régler les problèmes dans la

famille, soutien aux

enseignants et...

entraînement aux habiletés

sociales avec les autres

enfants de leur classe.

Et on a montré que ce type de

programme intensif, pendant

deux ans, avait des effets

à long terme. Alors ces garçons,

on les suit toujours, ils vont

avoir 40 ans bientôt, et puis on

a montré que les enfants qui

avaient bénéficié du programme

d'intervention, lorsqu'on le

compare à leurs semblables

qui n'ont pas bénéficié du

programme d'intervention,

ont mieux réussi à l'école, ils

ont eu moins de problèmes de

consommation d'alcool et de

drogue à l'adolescence, et

moins de criminalité, adultes.

On a décidé qu'on allait aller

au bout de la chose, et donc

on est retourné avec un

échantillon d'enfants à la

naissance. Et on a suivi des

enfants à partir de la

naissance - ils sont maintenant

de jeunes adultes - et on a

observé que les enfants étaient,

en termes de fréquence

d'agression, à leur pire entre

deux et quatre ans. Alors ces

études nous montrent assez bien

que les humains, tous les

humains naissent avec...

cette tendance à utiliser

l'agression très tôt.

À partir de six mois, les

enfants vont mordre, les

enfants vont pousser...


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc on naît agressif?


RICHARD TREMBLAY

On naît agressif, oui, on naît

capable de survivre dans

notre environnement.

Et ce qu'on apprend,

c'est à ne pas agresser.


GISÈLE QUENNEVILLE

(Surprise)

Hum!


RICHARD TREMBLAY

Ce qui est tout à fait

l'inverse de ce qu'on

pensait... au moins

depuis Rousseau.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, vous avez fait vos

recherches d'abord et avant

tout dans le quartier

Hochelaga, qui est un quartier

défavorisé, vous l'avez dit

vous-même que c'était dans les

familles défavorisées.

Est-ce que... Si on naît tous

agressifs, pourquoi faire des

études dans les familles

défavorisées?


RICHARD TREMBLAY

On n’a pas utilisé uniquement le

quartier Hochelaga-Maisonneuve,

on a utilisé toutes les

écoles... de l'Île de Montréal

en milieux défavorisés. C'est

55 écoles. L'idée, à l'époque,

c'était... bien, c'est de là que

viennent les enfants qui ont des

problèmes d'agression.

Et c'est là qu'ils apprennent.

Mais avec l'étude qu'on a faite

par la suite, avec un

échantillon représentatif des

enfants de la province de

Québec, on a observé que...

en fait, tous les enfants

utilisaient l'agression

physique tôt,

et qu'il y en avait qui

n'apprenaient pas à se

contrôler, à utiliser des

alternatives à l'agression. Et

ça, c'est clair que les enfants

de milieux défavorisés sont...

moins susceptibles d'apprendre.

Il y a à peu près 4% des

enfants de milieux défavorisés

qui ont des problèmes sérieux

d'agression... qu'on appelle

chroniques.


GISÈLE QUENNEVILLE

(Acquiesçant)

Hum.


RICHARD TREMBLAY

Si on a un problème

d'agression, on ne peut pas

réussir très bien dans la vie...

si on ne contrôle pas ce

problème-là. Alors ces enfants

deviennent des adultes pauvres

qui ont eux-mêmes des enfants.

Et quand on... Il y a un aspect

génétique, c'est clair qu'il y a

un aspect génétique.


GISÈLE QUENNEVILLE

(Acquiesçant)

Hum hum.


RICHARD TREMBLAY

Mais l'environnement est

nécessaire pour apprendre à

ne pas agresser. Et si on naît

dans un environnement où

il y a beaucoup d'agressions,

c'est extrêmement difficile

d'apprendre à ne pas agresser.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre recherche est faite sur

des garçons principalement.

Alors si on naît agressif et on

apprend à ne pas devenir

agressif, est-ce que les filles

naissent agressives,

elles aussi?


RICHARD TREMBLAY

Oui, les filles naissent

agressives, elles aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elles apprennent mieux

à ne pas l'être?


RICHARD TREMBLAY

Elles apprennent...

En général, les filles

apprennent beaucoup plus

rapidement que les garçons à ne

pas agresser. Mais la chose

qu'elles apprennent, c'est à

agresser indirectement.

Et agresser indirectement,

ça veut dire: si je n'aime pas

quelqu'un, je m'organise

pour que les autres

ne jouent pas avec.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je vais pas la frapper,

mais je vais l'ignorer,

mettons.


RICHARD TREMBLAY

Alors, on apprend tous

l'agression indirecte, et on le

voit en politique, il y a

beaucoup d'agressions

indirectes, alors on est tous

plus ou moins agressifs. Nos

travaux, actuellement, nous

font comprendre que, en fait, la

clé au problème d'agression chez

les garçons, ce sont les

filles. Dans le sens où les

filles qui ont des problèmes de

contrôle de soi, si on les aide,

si elles réussissent à l'école,

elles vont retarder l'âge

auquel elles ont des enfants,

elles vont choisir des

partenaires, les pères, qui sont

mieux adaptés. Et elles vont

créer un environnement qui va

faire en sorte que leurs

enfants n'auront pas de

problèmes. Alors si on veut

régler les problèmes

d'agression chez les garçons,

la meilleure cible, en termes

d'intervention, c'est d'aider

les filles qui ont des problèmes

d'agression. Et de cette

façon-là, on va aider la

prochaine génération d'enfants

à ne pas avoir de problèmes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Docteur Tremblay, quand vous

faites vos études, vous rentrez

chez les gens, vous rencontrez

les gens. Comment est-ce que

vous êtes accueillis?


RICHARD TREMBLAY

Les gens nous accueillent

bien... dans la mesure où ce

sont des gens qui ont accepté

de participer à l'étude.

Il y a d'abord un premier

contact qui est fait avec eux.

C'est pas toutes les familles

qui acceptent de participer,

mais c'est surprenant, il y a...

la majorité des familles

acceptent de participer.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous faites

auprès des familles?


RICHARD TREMBLAY

On fait de tout.

On fait... On fait des

observations à l'intérieur

des familles, on... Pour les

adolescents justement, à

15 ans, on avait organisé - en

laboratoire - une voiture rouge

décapotable qu'ils pouvaient

venir conduire. On faisait

des tests... physiologiques sur

eux, mais dans le cadre de

conduire une voiture.

Alors il y a toutes sortes de

choses que l'on fait au cours

des années. Ça varie selon les

années, selon les intérêts.

Mais on essaie de mesurer à peu

près tout dans ces études-là,

autant les aspects cognitifs,

les aspects loisirs, les

aspects santé physique, santé

mentale, alimentation...


GISÈLE QUENNEVILLE

Docteur Tremblay, des grandes

études en psychologie, c'est

pas quelque chose auquel vous

rêviez depuis un très jeune

âge, je pense. Vous, vous étiez

plutôt sportif, hein?


RICHARD TREMBLAY

Oui. Je suis né dans une

famille... de sportifs.

Mon père était joueur de

football pour les Rough Riders

d'Ottawa. Et puis jusqu'à l'âge

de 20 ans, à peu près, il n'y

avait à peu près que le sport

qui m'intéressait.

Et j'ai fait un bac en éducation

physique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous étiez un joueur

de hockey, je pense?


RICHARD TREMBLAY

J'ai joué au hockey, oui,

j'ai joué au hockey... pour

l'Université d'Ottawa et j'ai...


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez...


RICHARD TREMBLAY

J'ai pratiqué avec le

Canadien Hull-Ottawa.

C'était clair pour moi que

j'étais bon, mais pas assez

bon, et... j'avais vu la

carrière de mon père qui...

qui avait duré quand même

longtemps pour un joueur de

football, 12 ans,

puis à

20 ans, je me disais: est-ce que

je vais m'en aller dans une

voie où ça va se terminer...

peut-être à 25 ans, peut-être

à 30 ans?


GISÈLE QUENNEVILLE

Il paraît que c'est un livre,

un roman, en fait, qui vous a

fait bifurquer vers la

psychologie. Quel roman?


RICHARD TREMBLAY

Ouais. C'était... un roman qui

s'appelle « Lilith ».

Et... Moi, j'ai lu ça par hasard

à l'adolescence... quand j'étais

en éducation physique, je pense

que c'est l'été avant ma

dernière année en éducation

physique. C'est un roman qui

décrivait la vie d'un...

un type qui était spécialiste de

la récréation et qui

travaillait en milieu

psychiatrique.

Et... il devenait amoureux d'une

patiente qui avait inventé un

langage, de là le nom de

Lilith. En fait, il y a le

roman et le fait que quand je

suis arrivé, au mois de

septembre, à l'Université

d'Ottawa, je regardais pour

les emplois qu'on offrait,

parce que je terminais cette

année-là, et j'ai vu que

l'Hôpital psychiatrique de

Joliette offrait un poste

d'éducateur physique. L'Hôpital

venait d'être créé et puis on

voulait quelqu'un qui allait

développer le programme

d'éducation physique et de

loisirs, alors... je comprenais

ce que c'était parce que

j'avais lu le livre. Aucun autre

de mes amis étudiants...

Quand je leur ai dit:

« je suis allé faire ça »,

ils comprenaient

pas de quoi je parlais.

Et finalement, je suis allé.

J'ai eu l'emploi et c'est comme

ça que je suis entré en

psychologie. Mais rapidement, au

bout de trois mois dans ce

travail, je suis allé voir le

directeur de l'hôpital puis

j'ai dit: « Écoutez, ce que ces

patients-là ont besoin... moi,

je n'ai pas la formation pour

leur donner. » Et il m'a dit:

« Bien, ça tombe bien, il y a un

nouveau programme de subvention

pour les employés des hôpitaux,

au Québec, qui veulent

poursuivre leurs études, on peut

te payer tes études. »

Alors je suis allé faire

une maîtrise au

département de psychologie,

dans la section

psychoéducation.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que toute la notion de

l'agressivité et la violence

vous a intéressé dès le début?


RICHARD TREMBLAY

Quand j'ai fait ma maîtrise en

psychoéducation, j'ai fait un

stage dans un internat de

rééducation pour les

délinquants, et là, j'ai

compris que... c'était un

gros problème et que c'était un

problème intéressant. Et une

fois que j'ai terminé en

psychoéducation, je suis allé

travailler à l'Hôpital...

à l'Institut Philippe-Pinel,

où là, j'étais avec des malades

mentaux dangereux.

La majorité avait tué.

Et là, j'ai eu une autre chance,

à l'époque, dès que j'ai

commencé à travailler là,

l'Université de Montréal a

décidé qu'elle voulait créer

un département de

psychoéducation - la

psychoéducation faisait

partie de psychologie - et ils

avaient besoin des diplômés en

psychoéducation qui

accepteraient d'aller faire un

doctorat... pour revenir

comme professeur.

Et ils m'ont offert...

ils m'ont offert de me payer mes

études de doctorat, là où je

voulais aller dans le monde.

J'ai choisi d'aller étudier

en Angleterre.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est à Londres, en

Angleterre, que vous avez

appris sur cette façon de faire

les choses, ces études

longitudinales. Qu'est-ce que

c'est, ça, au juste?


RICHARD TREMBLAY

Une étude longitudinale, ça

veut tout simplement dire qu'on

suit des gens à long terme et

qu'on les évalue périodiquement.

On va comprendre le

développement des humains

uniquement si on les suit à

long terme. Et quand je suis

revenu à Montréal...

j'avais cette idée que j'allais

faire dans études

longitudinales. Et j'ai eu la

chance de me retrouver dans une

situation où la commission

scolaire voulait comprendre les

problèmes des enfants, alors

j'ai réussi à avoir les fonds

qu'il fallait pour faire ces

études longitudinales.


GISÈLE QUENNEVILLE

Depuis ce temps-là, vous avez

étudié des enfants un peu

partout dans le monde, que ce

soit ici, aux États-Unis, en

Irlande, au Brésil... Est-ce que

les enfants sont différents d'un

pays à l'autre?


RICHARD TREMBLAY

Il y a certainement beaucoup

de différences, mais les

différences sont... sont

superficielles. Les accents

sont différents. Mais lorsqu'on

regarde...

l'aspect psychologique,

lorsqu'on regarde par exemple le

développement des problèmes

d'agression, les types de

personnalités, les problèmes

d'adaptation, les maladies

mentales, les maladies

physiques, on retrouve

essentiellement la même chose

dans tous les pays. Il y a des

différences, mais il y a plus

de ressemblances qu'il y a de

différences.


GISÈLE QUENNEVILLE

Docteur Tremblay, ça fait

des années que vous vivez

à Montréal, mais vous, vous

êtes un Franco-Ontarien.


RICHARD TREMBLAY

Je suis un Franco-Ontarien de

naissance. Je suis né à Barrie.


GISÈLE QUENNEVILLE

À Barrie?! Comment ça,

vous êtes né à Barrie?


RICHARD TREMBLAY

Mon père, pendant la guerre,

1944, il était au camp Borden,

il faisait l'entraînement

physique des soldats.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et votre père, lui, a grandi

à Windsor?


RICHARD TREMBLAY

Il a grandi à Windsor. Et il

est né à Hull, mais très jeune,

ses parents ont déménagé

à Windsor. Il a fait ses études

à Windsor et il est venu dans

la région Hull-Ottawa pour

jouer pour les Rough Riders

d'Ottawa.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors vous avez des souches

ontariennes, hein, très...

très profondes.


RICHARD TREMBLAY

J'ai beaucoup de cousins et

cousines qui vivent en Ontario.

Docteur Tremblay, la recherche

que vous faites, les recherches

que vous faites vous permettent

de faire des constats, mais une

fois que vous avez fait ces

constats-là, j'imagine qu'il

faut une intervention, des

programmes, des politiques.

Est-ce qu'il est difficile

d'aboutir à des politiques?


GISÈLE QUENNEVILLE

Euh... oui, c'est difficile

d'aboutir à des politiques.

On calcule que ça prend...

quand on regarde en médecine,

entre le moment où il y a

une découverte fondamentale

et son application, ça prend

à peu près 30 ans. Mon

expérience, c'est que... on

arrive difficilement à passer à

l'action à l'intérieur de la

carrière d'un chercheur.


RICHARD TREMBLAY

Restons en petite enfance,

prenons un exemple. Il y a

peut-être une douzaine

d'années, le gouvernement est

allé de l'avant avec une

politique d'un congé de

maternité d'un an, par exemple.

À quel point est-ce qu'une

politique comme ça peut venir

en aide aux jeunes, aux enfants

que vous avez étudiés durant

les années 80, 90?


GISÈLE QUENNEVILLE

La majorité des politiques

sont faites pour... la majorité.


RICHARD TREMBLAY

La classe moyenne,

la fameuse classe moyenne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour la classe moyenne.

Enfin, c'est que la classe

moyenne est la majorité.

Ce qu'on a constaté,

particulièrement avec les

milieux de garde au Québec,

la politique concernant les

milieux de garde au Québec,

nos travaux ont joué un rôle

important dans la mise

au point de...


RICHARD TREMBLAY

Des fameuses garderies à 7$.


GISÈLE QUENNEVILLE

De ces politiques. Et on a

évalué les effets... de...

l'implantation de ce système de

garde au Québec. Et on a montré

que quand les enfants de

milieux défavorisés vont en

milieu de garde, ils ont

beaucoup moins de problèmes

de comportement.

Mais ce que l'on constate,

c'est que les familles qui ont

besoin, qui ont ce besoin,

les mères ne travaillent pas,

les mères qui ont eu des

problèmes de comportement

pendant leur enfance, qui sont

dépressives, qui... qui ont

échoué à l'école, elles ne

travaillent pas. Elles restent

à la maison. Et donc, elles

n'envoient pas les enfants

en milieu de garde.


GISÈLE QUENNEVILLE

(Acquiesçant)

Hum hum.


RICHARD TREMBLAY

On devrait faire en sorte de

soutenir ces familles-là et de

les convaincre d'envoyer les

enfants en milieu de garde pour

qu'ils puissent profiter de cet

environnement-là plutôt que

de rester à la maison avec une

mère qui est en difficulté.

Alors ce genre de soutien-là à

une politique qui est... qui est

très bien, le système est bien

organisé, mais il ne bénéficie

pas à ceux qui en ont

le plus besoin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors qu'est-ce qu'il faudrait

faire pour aller rejoindre ces

gens-là?


RICHARD TREMBLAY

Bon. On sait assez bien ce

qu'il faudrait faire, parce

qu'il y a un bon nombre

d'expériences qui ont été

faites. C'est un... Ça prend un

programme de soutien aux...

femmes, aux jeunes femmes, dès

leur première grossesse, qui

ont été en échec dans la vie,

qui ont pas réussi à l'école,

qui ne travaillent pas.

Alors on a besoin de programmes

d'intervention intensifs de

soutien à ces femmes-là pour

régler les problèmes de

développement de leurs enfants

à long terme.

On avait calculé que ça coûtait

100 millions par année pour

avoir un programme comme ça

pour toutes les mères

adolescentes du Québec.

On a réussi à avoir 25 millions.

Les 25 millions pouvaient servir

un quart des filles qui avaient

ces problèmes-là... et on a donc

décidé: bien, on va au hasard...

donner un service à un quart et

on va pouvoir comparer les

effets avec ceux qui ne

reçoivent pas les services.

Et malheureusement, le jour où

on est arrivé avec cette idée,

les 25 millions ont été

répartis également sur

l'ensemble du territoire du

Québec. Il y a des territoires

où il y a... pas de mères

adolescentes, des territoires

où il y en a très peu et des

territoires où il y en a

beaucoup plus. Ça n'a aucun

effet et on dépense 25 millions

à faire des choses qui ne

donnent aucun effet.

Et ça... on peut multiplier ça

par beaucoup beaucoup de

millions qui sont... investis

de cette façon-là.

Et la population croit que ça

donne quelque chose. Mais quand

on évalue, on se rend compte que

ça ne donne absolument rien.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez étudié des gens

pendant une trentaine d'années.

J'imagine que le souhait, c'est

de continuer d'étudier ces

gens-là et de recommencer

à étudier des plus jeunes.

Est-ce que ce travail-là va

pouvoir se poursuivre?


RICHARD TREMBLAY

Souvent, comme on le fait pour

les politiques, les services,

on donne des petits montants

d'argent à beaucoup de monde,

à beaucoup de chercheurs...

et personne ne peut faire la

chose qu'il faut. Alors il y a

cette... Les organismes de

subvention sont un peu... comme

des politiciens, ou comme...

des... des gens des services

publics; ils veulent plaire à la

majorité, ils veulent que

l'argent soit réparti sur

l'ensemble du territoire au

Canada, dans l'ensemble des

universités. Ce qui fait que...

il y a des petits montants qui

s'en vont... qui sont

distribués. Puis la seule façon

qu'on peut arriver à faire les

choses, c'est en réunissant les

chercheurs de différents

endroits pour qu'on ait assez

d'argent, en groupe, pour

pouvoir réussir à faire ce que

l'on veut faire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous étudiez des

jeunes à long terme comme ça,

sur une période de 30, 40, 50

ans, avez-vous l'impression que

votre travail ne se termine

jamais?


RICHARD TREMBLAY

Ce n'est pas du travail.

C'est du plaisir. Je...

Je dis toujours: je ne peux pas

prendre ma retraite parce que

je n'ai jamais travaillé.

Ça a toujours été un grand

plaisir de faire... ce que l'on

fait. La recherche... on est...

Il y a toujours quelque chose

de nouveau qui se passe. Faire

de la recherche, la même chose

tout le temps, ça doit être

extrêmement ennuyant. Mais

quand on suit les nouvelles

découvertes puis on va plus

loin, plus loin, plus loin...

on n'a pas l'impression qu'on

travaille, on a l'impression

qu'on s'amuse à découvrir

quelque chose qui a jamais

été... qui a jamais été

découvert. Alors c'est une

redécouverte constante de ce

qu'est la vie des humains.


GISÈLE QUENNEVILLE

Richard Tremblay,

merci beaucoup.


RICHARD TREMBLAY

Je vous remercie.

(Générique de fermeture)

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