Image univers Carte de visite Image univers Carte de visite

Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Partager

Afin de visionner le contenu, il est nécéssaire d'installer un plugin

https://get.adobe.com/flashplayer/

Janine Griffore : sous-ministre

Janine Griffore a été enseignante, directrice d’école, conseillère pédagogique, surintendante et directrice de l’éducation. Toutes des étapes qui ont mené au rôle qu’elle occupe aujourd’hui : sous-ministre adjointe à l’éducation de langue française de l’Ontario.
C’est elle qui gère l’éducation des francophones à l’échelle de la province.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2014

Accessibilité
Déterminer le comportement de la visionnneuse vidéo:

VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invitée, JANINE GRIFFORE, sous-ministre adjointe au ministère de l'Éducation de l'Ontario, on montre des images de l'école secondaire de Pain Court, ainsi que de la ville de CHATHAM. L'entrevue a lieu dans un grand salon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle avait à peine 14 ans

quand elle a mis les pieds dans

cette école pour la première

fois comme élève, elle y est

retournée quelques années plus

tard pour enseigner le français.

Par la suite, elle est devenue

la directrice.

Janine Griffore a grandi à

Grande Pointe, elle est allée à

l'école à Pain Court.

Aujourd'hui, elle habite

Chatham, juste à côté. Elle aime

sa région comme elle aime sa

profession d'enseignante, de

directrice d'école, de

surintendante et de directrice

de l'éducation. Toutes des

étapes qui ont mené au rôle

qu'elle occupe aujourd'hui:

sous-ministre adjointe à

l'éducation en langue française

de l'Ontario. C'est elle qui

gère l'éducation des

francophones à l'échelle de la

province.


JANINE GRIFFORE

Il faut vraiment développer

dès l'élémentaire ce sentiment

d'appartenance à une

francophonie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Janine Griffore, bonjour.


JANINE GRIFFORE

Bonjour, Gisèle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que ça fait, au

juste, la sous-ministre adjointe

à l'éducation en langue

française?


JANINE GRIFFORE

Bien, une sous-ministre

adjointe fait équipe avec ses

collègues au ministère de

l'Éducation. Puis moi, je suis

vraiment choyée parce que j'ai

l'occasion également de

travailler avec le ministère de

la Formation Collèges et

Universités. Donc j'ai

l'occasion de voir le plein

continuum de l'éducation en

langue française.

Vraiment, une sous-ministre

adjointe s'occupe d'aider à

développer les politiques,

l'encadrement pour l'éducation

en langue française.

Je travaille étroitement avec le

sous-ministre, avec la ministre,

pour essayer de mettre en place

vraiment tout ce dont on a

besoin, les initiatives, les

stratégies pour faire en sorte

que nos élèves francophones

puissent bien réussir dans notre

système scolaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, vous apportez à ce

poste-là un bagage qui est assez

unique, je pense, dans le sens

que vous avez toujours fait

carrière dans le sud-ouest de

l'Ontario, entre London, Chatham

et Windsor. Alors que vos

prédécesseurs venaient surtout,

je pense, du nord ou de l'est de

l'Ontario. Comment transférer

vos expériences d'ici à un

niveau provincial?


JANINE GRIFFORE

Bien, il faut dire aussi,

comme directrice de l'éducation,

à l'époque, d'un conseil

scolaire, j'avais l'occasion de

côtoyer mes collègues directeurs

et directrices de l'éducation

d'autres coins de la province.

Donc on a toujours eu... le

réflexe de travailler ensemble.

Donc je sens que je connaissais

quand même très bien les

questions de l'heure de

l'éducation dans le nord, dans

l'est... parce que comme

francophones, on est toujours

appelés à collaborer ensemble.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que votre perspective,

diriez-vous, venant du sud-ouest

de l'Ontario, est différente?


JANINE GRIFFORE

C'est sûr qu'on a des

particularités dans le sud-

ouest. On a les défis qui sont

propres à nous. Mais il y a

beaucoup de ressemblances.

Lorsqu'on voyage la province, on

voit que les défis en éducation

de langue française se

ressemblent beaucoup.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quel est, diriez-vous, le plus

grand défi auquel font face les

écoles de langue française en ce

moment?


JANINE GRIFFORE

Je dirais que, en effet, c'est

toute la question de

construction identitaire pour

nos jeunes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et ça veut dire quoi, ça?


JANINE GRIFFORE

La construction identitaire!

C'est vraiment de s'approprier

qui on est vraiment en tant que

minoritaires dans la province.

Puis c'est sûr que j'aime pas

trop le terme, je vais vous le

dire, de minoritaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

(Sarcastique)

C'est horrible.


JANINE GRIFFORE

C'est ça. Mais en effet, c'est

le fait que le jeune se voit pas

nécessairement partout où il est

en train des se promener. Donc

il faut quand même avouer qu'on

habite dans un milieu qui est

majoritairement anglophone.

Et donc lorsqu'il cherche à

vivre sa culture, à vivre sa

langue, parfois, il doit aller

activement à la recherche de cet

élément-là. Et donc pour

parfaire sa langue, c'est

difficile pour certains jeunes.

Et donc je dirais que c'est

probablement le plus grand défi.

Puis aussi donner le goût d'être

francophone, surtout à l'âge

adolescent. Donc je pense que

c'est probablement un des plus

grands défis pour nos jeunes en

Ontario.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment est-ce qu'on leur

donne ce goût-là?


JANINE GRIFFORE

Je pense que nos écoles de

langue française font un très

beau travail à ce niveau-là.

Avec la politique d'aménagement

linguistique qui a été

développée en 2004, on a mis sur

pied plusieurs initiatives où on

est en train de donner le goût

du leadership en français à nos

jeunes par l'entremise

d'activités en animation

culturelle, où on fait également

des camps, des cours de

leadership pour que le jeune

Franco-Ontarien se voie vraiment

comme développer son estime de

soi, sa confiance en soi, et lui

montrer qu'il peut réussir aussi

bien, si pas mieux, que ses

homologues anglophones.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand on parle de ce que vous

appelez la construction

identitaire, c'est quoi

l'identité d'un jeune Franco-

Ontarien? Parce que quand on

regarde dans nos écoles, cette

culture-là n'est pas une

culture... qu'il y avait quand

nous, on était à l'école

élémentaire. Par exemple, la

culture de ces jeunes-là, elle

vient de partout. Alors un jeune

Franco-Ontarien s'identifie à

quelle culture?


JANINE GRIFFORE

Je pense qu'il faut réaliser

qu'il y a pas

une culture. Donc

quand on parle de culture

franco-ontarienne, ou culture

francophone, je pense qu'il faut

y mettre un "s". Parce qu'il y a

une multitude de cultures, et

c'est la diversité qui enrichit

notre culture de nos jours. Donc

quand je regarde maintenant le

visage francophone en Ontario,

c'est un visage qui est très

différent, comme vous avez dit,

de ce qu'on a vécu peut-être il

y a 40, 50 ans passés. Mais

c'est ce qui rend la

francophonie moderne. C'est

qu'on a pu accepter, on est en

train d'accueillir plein de

cultures différentes, mais quand

même il y a une langue qui nous

réunit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum. Vous avez parlé du

fait que c'est surtout difficile

pour les jeunes, quand les

jeunes sont des adolescents, de

les garder dans ce milieu

franco-ontarien.

Et je pense... à moins que les

statistiques aient changé, c'est

qu'on perd dans le système

francophone, beaucoup d'élèves

quand on fait le passage au

secondaire.

Comment les garder davantage?


JANINE GRIFFORE

Je pense que c'est vraiment

leur donner un sentiment

d'appartenance. Ça passe par là.

Donc il faut vraiment développer

dès l'élémentaire ce sentiment

d'appartenance à une

francophonie. C'est sûr que

c'est pas facile parce qu'en

Ontario, on est encore en train

de bâtir notre réseau d'écoles.

Et donc on sait que la proximité

à l'école est souvent un choix

qui entre dans la décision de où

est-ce que je vais fréquenter...

ou quelle école je vais

fréquenter lors du secondaire.

Et tant qu'on n'a pas vraiment

le plein réseau, peut-être

nécessaire partout en Ontario,

c'est sûr que la rétention, ou

la fidélisation au système est

un défi de taille.


GISÈLE QUENNEVILLE et JANINE GRIFFORE sont sur le bord d'une rivière.


GISÈLE QUENNEVILLE

Janine, on est au bord de la

rivière Thames, qui traverse la

ville de Chatham. Je pense que

votre région est très importante

pour vous. Vous êtes toujours

restée ici; faire vos études à

l'université de Windsor...

et vous avez toujours travaillé

dans cette région-là.

Parlez-moi de l'attachement que

vous avez pour cette région.


JANINE GRIFFORE

C'est là où vraiment, j'ai

vécu ma vie. Donc j'ai

commencé... à un très jeune âge

à aimer vraiment la région.

J'accompagnais mon père dans les

champs, donc j'étais en train de

le suivre... Donc ça fait partie

de qui je suis.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, vous travaillez à

Toronto, votre bureau est à

Toronto. Il était pas question

de déménager à Toronto?


JANINE GRIFFORE

Euh... Bien, disons que j'ai

le meilleur des deux mondes

parce que sur semaine, je suis à

Toronto. Donc j'ai l'occasion de

prendre avantage de tout ce que

la grande ville a à offrir.

Mais comme vous pouvez voir, on

est loin de Toronto ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et le voyagement, est-ce que

c'est difficile? Parce que vous

faites ça quand même toutes les

fins de semaine.


JANINE GRIFFORE

Oui. Oui, ça épuise.

Je vais avouer quand même que le

déplacement, c'est peut-être ce

que j'aime le moins de tout ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous faites ça comment, vos

déplacements?


JANINE GRIFFORE

Souvent par train. Des fois,

je conduis, mais la majorité du

temps par train.


L'entrevue se poursuit au salon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Janine Griffore, en devenant

enseignante et ensuite

directrice d'école, je pense que

vous avez suivi dans les pas de

votre maman, n'est-ce pas?


JANINE GRIFFORE

Oui, c'est ça. Donc moi,

lorsque je grandissais, maman

était enseignante et conseillère

pédagogique, et ensuite est

devenue directrice d'école.

C'est une tradition familiale.


GISÈLE QUENNEVILLE

À quel point est-ce qu'elle a

été un modèle pour vous?


JANINE GRIFFORE

Elle a été un modèle très

puissant. Maintenant, lorsque je

contemple vraiment ce que j'ai

accompli, ce que j'ai pu faire,

je vois que vraiment, mes deux

parents étaient des modèles très

forts pour moi. Parce que du

côté de ma mère, j'ai suivi dans

le domaine de l'éducation, j'ai

suivi dans ses traces.

Et puis lorsque je regarde du

côté de mon père, qui était

agriculteur, ça explique peut-

être un peu mon amour pour le

jardinage, travailler dans les

plates-bandes, dans les fleurs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous aviez déjà

pensé faire autre chose dans la

vie?


JANINE GRIFFORE

Non. Réellement, lorsque je

regarde ça... Maman "faisait ses

cours", on disait toujours, le

soir, elle faisait les

préparations pour le lendemain.

Elle était assise à la table de

cuisine et puis je me rappelle,

j'étais très très jeune, j'avais

3 ans, 4 ans, puis moi aussi, je

griffonnais sur une page et

j'étais en train de préparer mes

cours pour le lendemain, juste à

côté d'elle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez passé, je pense, 6

ans à peu près, à enseigner en

salle de classe. Puis après ça,

vous vous êtes assez rapidement

tournée vers l'administration.

Est-ce que ça faisait partie de

vos projets, ça? Vous vouliez

passer de l'autre côté?


JANINE GRIFFORE

Non. Puis je pourrais vous

dire que toute ma carrière a été

un hasard de parcours.

Parce que ce qui est arrivé...

je suis passée d'enseignante à

directrice d'école lorsque le

parachèvement scolaire a eu lieu

en Ontario.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, ça veut dire qu'on n'avait

plus besoin de payer pour les

11e, 12e, 13e années au

catholique.


JANINE GRIFFORE

C'est ça, exactement.

Et donc à ce moment-là, parce

que l'École secondaire de Pain

Court relevait du conseil public

anglophone, à l'époque, ça,

c'était dans le temps où il y

avait des sections de langue

française dans les conseils

scolaires.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'était à l'époque où les

écoles secondaires étaient

publiques et les écoles

élémentaires étaient la plupart

catholiques.


JANINE GRIFFORE

C'est ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça avait pas de sens, hein?


JANINE GRIFFORE

Non, c'est sûr. Et puis même,

il faut dire rapidement, parce

que j'ai fréquenté également

l'École secondaire de Pain

Court, puis c'était une école

supposément publique, mais on

accueillait les soeurs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah.


JANINE GRIFFORE

Donc c'était une anomalie que

l'on retrouverait pas

aujourd'hui. Mais c'était, à

cette époque-là, ce qui se

passait dans les petits

villages. Et donc avec le

parachèvement scolaire, les

enseignants et les enseignantes

qui oeuvraient là sont restés du

côté du conseil public. Et donc

je me retrouvais à être la seule

enseignante qui a fait le saut,

qui est allée du conseil public

au conseil catholique, à

l'époque.


GISÈLE QUENNEVILLE

Après ça, il y a eu un poste

de conseillère pédagogique...

surintendante, directrice de

l'éducation, du conseil scolaire

et maintenant sous-ministre;

comment est-ce qu'on garde le

lien avec la salle de classe

quand on est dans des postes

administratifs, quand on n'est

plus forcément dans l'école?

Et maintenant, en tant que sous-

ministre adjointe, vous êtes

probablement pas très souvent

dans une école. Alors comment

est-ce qu'on se garde ancrée

dans cette réalité-là?


JANINE GRIFFORE

Je pense que c'est important.

Dans mes postes, par exemple de

surintendante et de directrice

de l'éducation, j'étais souvent

dans les écoles. Donc il était

essentiel pour moi de rencontrer

les enseignantes et les

enseignants, les directions

d'écoles. Je me promenais, je

"marchais" les écoles, comme on

disait. Parce que c'est

important de connaître les

réalités que vivent les écoles.

Et c'est vraiment les réalités

au pluriel parce que lorsqu'on

regarde... à nos conseils

scolaires de langue française,

l'étendue géographique, la

région est très large et vaste.

Et donc les réalités, par

exemple dans mon cas, de

Windsor, n'étaient pas

nécessairement les réalités de

London ou de Woodstock ou de

Sarnia ou de la région de

Chatham-Kent. Souvent, lorsqu'on

regarde l'éducation, on examine

uniquement qu'est-ce qui se

passe en salle de classe. Mais

vraiment, l'éducation, c'est

l'affaire de toute une

communauté. Donc les services

d'appui de Windsor, les

regroupements francophones, sont

parfois très différents de ce

que l'on retrouve à Owen Sound.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y en a peut-être plus à

Windsor qu'il y en a à Owen

Sound.


JANINE GRIFFORE

C'est ça. Par exemple.

Et c'est important pour nous de

composer avec ces ressources-là

pour voir qu'est-ce qu'on peut

offrir aux jeunes comme

expérience d'éducation à

l'intérieur de l'école, mais

aussi à l'extérieur. Parce que

vraiment, pour que l'éducation

soit pertinente, pour que

l'élève se sente bien dans sa

peau, faut qu'il y ait également

un sentiment d'appartenance à sa

communauté.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il faut faire des

sacrifices pour être francophone

en Ontario?


JANINE GRIFFORE

C'est sûr que pour vivre en

français, c'est intentionnel, il

faut le chercher dans le sud-

ouest. Et donc les jeunes te

diraient probablement que oui,

c'est un sacrifice.

Mais aussi, ça peut être le fun.

Parce qu'ils ont l'occasion de

venir à connaître des jeunes

d'un peu partout. Puis je sais

que chez un adolescent ou une

adolescente, c'est très

alléchant de venir à connaître

des gens d'un peu partout.

Ça fait partie de leur monde.

Avec les médias sociaux, de nos

jours, avec la technologie, on

peut être en train de clavarder

avec quelqu'un qui est juste à

côté de nous, aussi bien que

quelqu'un qui se retrouve peut-

être en Europe ou ailleurs. Donc

les petites distances de peut-

être 25, 30 minutes, les jeunes

peuvent quand même surmonter ces

obstacles-là assez facilement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand on est francophone dans

le sud-ouest de l'Ontario, est-

ce qu'on se sent parfois...

mal compris, oublié?

Oublié... dans le sens, par

rapport aux anglophones du sud-

ouest de l'Ontario?

Mal compris, oublié par rapport

aux francophones du reste de la

province?


JANINE GRIFFORE

Il y a quand même un travail à

faire pour accroître davantage

notre visibilité. Parfois, c'est

une incompréhension.

On connaît mal la réalité

francophone lorsqu'on est

majoritaires... parce que

parfois, on l'a pas côtoyée

cette minorité-là. Donc c'est

sûr que comme francophones, on a

quand même un travail à faire

d'accroître cette visibilité

pour élargir notre espace

francophone.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et quand on est francophone

par rapport au reste de la

francophonie de l'Ontario?

On est loin quand on est dans le

sud-ouest de l'Ontario.


JANINE GRIFFORE

Oui. Parfois, on se sent loin.

Mais je te dirais que, avec

l'arrivée de la gouvernance en

éducation, depuis 1998, il y a

quand même eu un rapprochement

entre les francophones dans le

domaine de l'éducation. Parce

qu'on est appelés à travailler

de beaucoup plus près avec les

autres. Et donc je pense que ça

nous a aidés, dans le sud-ouest,

à venir à connaître les

ressources, à connaître les gens

de l'est ontarien, du nord de

l'Ontario... parce que vraiment,

on fait front commun, en

Ontario, pour faire connaître

les réalités de la francophonie.


GISÈLE QUENNEVILLE et JANINE GRIFFORE sont dans la salle de classe d'une école.


GISÈLE QUENNEVILLE

Janine, on est à l'École

secondaire de Pain Court,

l'école que vous avez fréquentée

comme étudiante, école où vous

avez enseigné, école où vous

avez été directrice d'école;

qu'est-ce que ça vous fait de

rentrer ici?


JANINE GRIFFORE

Ça me rappelle des doux

souvenirs. Donc on est ici dans

la salle de classe où

j'enseignais le cours de

français, à l'époque. Donc quand

je rentre dans la salle de

classe, je vois déjà des élèves

à qui j'ai enseigné dans le

passé. Donc c'est vraiment des

doux souvenirs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous étiez enseignante de

français ici, qu'est-ce que vous

aimiez enseigner aux jeunes?


JANINE GRIFFORE

J'aimais vraiment présenter

les romans, parce que

j'aimais... C'est monde où les

jeunes peuvent aller

s'imaginer... les dénouements de

romans, ou parfois, je

présentais des pièces de

théâtre. Donc... c'est vraiment

ça, j'aimais vraiment la

littérature.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez également fréquenté

cette école comme élève.

C'était comment ici, à cette

époque-là?


JANINE GRIFFORE

L'école, vraiment, est restée

grosso modo pareille. C'est sûr

qu'on a ajouté des salles de

classe, on a ajouté des

installations, comme une plus

grande bibliothèque, des

laboratoires de science, mais je

me vois également comme

étudiante marchant les

corridors... Donc c'est vraiment

le même emplacement, donc c'est

la même école.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est une grande école ici?


JANINE GRIFFORE

Pas tellement grande.

Présentement, on accueille à peu

près 275 élèves, je crois.

Donc... Mais à l'époque où moi

je suis devenue directrice

d'école ici, il n'y avait que 56

élèves.


L'entrevue se poursuit au salon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Janine Griffore, les

francophones de l'Ontario gèrent

leurs propres écoles depuis une

bonne quinzaine d'années

maintenant.

Quelle est selon vous la plus

grande réussite de ces 15

dernières années?


JANINE GRIFFORE

Je pense que la plus grande

réussite, c'est la collaboration

qu'on voit entre les 12 conseils

scolaires de langue française.

Et c'est cette collaboration,

selon moi, qui a mené aux

résultats de nos élèves

présentement.

Donc moi, je me rappelle,

lorsque les premiers résultats

de l'OQRE...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, c'est les tests

standardisés, les résultats.

Vous, en éducation, vous parlez

un jargon, hein?


JANINE GRIFFORE

C'est ça, exactement.


GISÈLE QUENNEVILLE

(À la blague)

Heureusement que je suis là

pour vous traduire.


JANINE GRIFFORE

Donc les premiers tests qui

avaient été administrés avaient

généré des résultats que,

vraiment, on voulait améliorer.

Donc là, moi je regarde les

résultats de nos jeunes depuis

les cinq, six, sept dernières

années, et on voit que nos

jeunes francophones réussissent

très bien. Donc pour moi, c'est

une source de fierté en tant que

francophone, puis je pense que

c'est le plus grand

accomplissement. Parce que,

pendant longtemps, nos parents

avaient toujours l'impression

qu'ils étaient en train de faire

un sacrifice lorsqu'ils étaient

en train d'inscrire leur enfant

dans nos écoles de langue

française. Mais maintenant, le

jour est venu où on peut quand

même dire que la qualité des

programmes et des services que

nous offrons génère chez nos

jeunes des résultats qui sont

encore plus forts que nos

homologues anglophones. Donc

c'est quand même pour moi une

source de fierté.


GISÈLE QUENNEVILLE

S'il y avait une chose à

changer, ou à réparer, parce que

je suis sûre que le monde est

pas parfait encore, qu'est-ce

que ce serait, ça?


JANINE GRIFFORE

Réparer peut-être... Je vous

dirais que c'est dommage qu'on

ait pas eu notre gouvernance un

peu plus tôt. Peut-être qu'on

aurait connu les résultats qu'on

connaît présentement plus tôt.

On a présentement des services

de garde, et c'est sûr qu'on est

en train de rapprocher ces

services de garde au milieu de

l'éducation, donc avec le

transfert du ministère des

Services à l'enfance et à la

jeunesse au ministère de

l'Éducation. Mais aussi avec le

continuum au post-secondaire.

Donc je pense qu'on a un travail

encore à faire pour assurer

cette fluidité afin que ces

transitions se fassent sans

heurts pour les jeunes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais ça, c'est deux dossiers

complètement différents.

Commençons avec la petite

enfance. C'est sûr que les

enfants, en français, commencent

l'école à l'âge de 4 ans. Mais

il y a ces 4 ans avant l'école

où ça prend des services de

garde. Les services de garde en

français sont pas disponibles

partout, d'une part, et des

services de garde, c'est pas

comme l'école, c'est pas

gratuit. Alors comment

encourager les jeunes

francophones à fréquenter les

services de garde en français?


JANINE GRIFFORE

La communauté francophone

s'est penchée sur cette question

et ça fait quand même depuis bon

nombre d'années que comme

francophones, on réalise que si

on va pas chercher nos jeunes

même avant la rentrée scolaire,

ils risquent de s'assimiler dans

un système anglophone. Donc

quand on examine nos écoles de

langue française, on s'était

fixé un but, une cible de 75%.

Donc 75% de nos écoles

élémentaires offrent

présentement un service de

garde. Donc la disponibilité est

la première chose.

Également, maintenant il faut

regarder à la programmation.

Donc il faut s'assurer qu'il y a

une transition fluide entre les

services de garde et

l'inscription dans nos

programmes scolaires.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais avoir des garderies dans

les écoles, ça pose des

problèmes également; il y a pas

assez d'espace dans certaines

écoles.


JANINE GRIFFORE

Et c'est ça qu'on doit

examiner. Comment on a construit

des services de garde dans des

écoles. Donc... Puis ça, c'est

vraiment grâce à l'expansion en

éducation en langue française.

Donc on voit quand même que

l'éducation en langue française

est toujours en expansion.

On a franchi le seuil du 100 000

élèves tout récemment.

Et ça continue à grandir. Donc

c'est une histoire à succès.

Mais c'est sûr qu'on doit

examiner les services de garde.

La petite enfance, c'est là,

vraiment, où ça commence le

développement langagier, la

construction identitaire dont on

parlait tantôt.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons de l'autre bout

maintenant, allons à l'autre

bout, ça, c'est l'éducation

post-secondaire. Je sais que

c'est un dossier

particulièrement chaud en ce

moment dans le sud de l'Ontario,

parce que les jeunes dans le sud

ont accès à 1%, 2%, 3% de ce à

quoi les anglophones dans le sud

ont accès.

Ça se parle beaucoup en ce

moment... Vous, vous

souhaiteriez que ça aille où, ce

dossier-là?


JANINE GRIFFORE

Commençons par accroître

l'accès aux programmes post-

secondaires, surtout dans la

région du centre-sud-ouest.

Parce que pour le volet post-

secondaire, on se rend compte,

comme vous êtes en train de

dire, qu'il y a très peu de

services post-secondaires

offerts. Et donc on est en train

de voir qu'est-ce qu'on peut

faire pour accroître l'accès à

la programmation.

Parce qu'on constate que

beaucoup de nos diplômés de nos

écoles secondaires francophones

se retrouvent dans des

institutions post-secondaires

anglophones.

Donc quand on regarde à la

vitalité d'une communauté, c'est

sûr qu'il faudrait quand même

que nos jeunes continuent à

étudier en français pour créer

les réseaux, pour approfondir

leurs connaissances, leur

compréhension, leurs compétences

dans un réseau francophone.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais en quelque part, on sait

que les francophones de

l'Ontario sont bilingues.

Ça fait que... pour... aller

vers un programme en langue

française, particulièrement dans

le sud et dans le centre de

l'Ontario... faut vraiment qu'il

y ait quelque chose là pour les

attirer. Parce que ce jeune-là

peut facilement aller à U of T,

à Ryerson, à Waterloo, et c'est

peut-être drôlement plus

prestigieux, quand on prépare sa

carrière, de faire... d'aller

dans cette voie-là, que d'aller

fréquenter un programme en

langue française qui a peut-être

pas fait ses preuves encore.


JANINE GRIFFORE

Et un n'exclut pas l'autre.

Parce que c'est sûr qu'on doit

quand même admettre que dans le

monde du travail, une grande

proportion de nos diplômés

seront appelés à oeuvrer en

anglais. Et donc il faudra

s'assurer que peu importe la

structure qu'on voudra se

donner, peu importe comment

cette expansion du post-

secondaire se vivra, il faudra

s'assurer que nos jeunes soient

également compétents en français

et en anglais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait, je pense, 30, 35

années que vous êtes en

enseignement; qu'est-ce qui a le

plus changé dans ces 30 ou 35

dernières années?


JANINE GRIFFORE

Oh, mon doux. La technologie.

Je pense que l'intégration de la

technologie dans nos salles de

classe, dans notre vie

quotidienne, fait en sorte que,

vraiment, on est en train de

transformer le monde.

On parlait tantôt de comment la

distance géographique maintenant

n'est plus un obstacle. Donc

grâce aux systèmes de

vidéoconférences, grâce aux

systèmes de courriels, la

communication est instantanée

avec n'importe qui dans le

monde. Donc je pense que

maintenant, nos jeunes ont accès

à toutes sortes de ressources, à

toutes sortes d'experts... qu'on

n'avait pas dans le passé. Donc

je pense que ça vient enrichir

davantage les expériences que

peuvent vivre nos jeunes, et

même notre personnel scolaire.

Parce que maintenant, trouver

les ressources, c'est quand même

aller naviguer souvent à

l'internet, ou aller voir à TFO

qu'est-ce qui a été produit, ou

aller voir au Centre franco-

ontarien de ressources

pédagogiques. Donc comme

francophones, on s'est donné

quand même plusieurs outils,

plusieurs ressources pour être

capables de nous aider.


GISÈLE QUENNEVILLE

Janine Griffore, merci

beaucoup.


JANINE GRIFFORE

Merci.


Générique de fermeture

Épisodes

>Choisissez une option de filtrage par âge, fiction, ou saison

  • Catégorie Saison
  • Catégorie Documentaire
  • Catégorie Reportage

Résultats filtrés par