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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Marie-France Kenny : ancienne présidente, FCFA

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada termine son dernier mandat.
Marie-France Kenny en a mené des batailles pour la défense de sa chère langue française; des batailles qui lui ont parfois tiré les larmes et qui, le plus souvent, l’ont déçue de la petite politique qui se joue à Ottawa et ailleurs…



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


DANIEL LESSARD fait une courte présentation biographique de MARIE-FRANCE KENNY, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, sur des images de la ville de Ottawa.


DANIEL LESSARD (Narrateur)

Marie-France Kenny, la

présidente de la Fédération des

communautés francophones et

acadiennes du Canada

effectue son dernier mandat.

Elle en a mené des batailles

pour la défense de sa chère

langue française, des

batailles qui lui ont parfois

attiré des larmes et qui, plus

souvent, l'ont déçue de la

petite politique qui se joue à

Ottawa. Elle ne partage pas le

pessimisme de ceux qui

s'inquiètent de l'avenir de la

francophonie. La survie passe

par les jeunes et elle est

impressionnée par leur volonté

de sauver la langue et la

culture française partout

au Canada.


MARIE-FRANCE KENNY est debout dans son bureau à l'association. Puis on présente l'espace où aura lieu l'entrevue : bureau décoré avec goût.


MARIE-FRANCE KENNY (Narratrice)

La Loi sur les langues officielles,

elle serait efficace dans la mesure

où quelqu'un se lèverait un jour

et dirait: faut l'appliquer.


DANIEL LESSARD commence l'entretien avec Mme MARIE-FRANCE KENNY, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, tous les deux assis dans un bureau.


DANIEL LESSARD

Madame Kenny, bonjour.


MARIE-FRANCE KENNY

Bonjour.


DANIEL LESSARD

Madame Kenny, vous quittez la

Fédération en juin. Avec regrets?


MARIE-FRANCE KENNY

Oui, oui. Bien regrets, c'est

un bien grand mot, mais je

dirais avec de la tristesse.


DANIEL LESSARD

Un pincement au coeur.


MARIE-FRANCE KENNY

Oui, oui, ça va être difficile

de laisser d'abord un

secrétariat extraordinaire.

Quand on travaille au quotidien

avec une équipe et que du jour

au lendemain, cette équipe-là...

c'est sûr que je vais leur

parler encore, les côtoyer

encore, mais pas de la même

façon et pas de façon quotidienne.

Donc ça va être difficile. C'est

une déchirure si on veut et un

conseil d'administration

extraordinaire aussi des

communautés partout au pays.

Quoique je vais rester dans le

giron de la francophonie,

mais... oui, un pincement

au coeur.


DANIEL LESSARD

Vous êtes capable de dire

mission accomplie?


MARIE-FRANCE KENNY

Je pense que on a jamais

cette impression. On a tout le

temps l'impression de ne pas en

avoir fait suffisamment. On

veut tout le temps faire plus.

Malheureusement, les moyens, le

temps nous manquent. Est-ce que

j'ai accompli... des choses?

Oui. Mais encore là, c'est pas

moi qui ai accompli les choses,

c'est la Fédération, c'est le

conseil d'administration, le

bureau de direction, le secrétariat.

J'étais la porte-parole, mais cette

parole-là, elle venait pas

uniquement de moi.


DANIEL LESSARD

Plus que la porte-parole,

vous étiez aussi la bagarreuse

qui allait revendiquer des

droits, se battre avec les

députés quand il le fallait.


MARIE-FRANCE KENNY

Oui, oui. J'ai mon franc-parler,

ça, je l'ai toujours eu. J'ai tout le temps

été un peu rebelle. J'ai des

valeurs fondamentales qui sont

la justice et l'équité et quand

y en a pas, ça vient me

chercher et c'est plus fort que

moi, je dois... je réagis.


DANIEL LESSARD

Comment vous en êtes arrivée

là? Dans vos notes biographiques,

on dit que vous êtes née

au Québec, vous avez vécu

un bon bout de temps à

Moncton et maintenant votre

pied à terre, c'est la Saskatchewan,

vous êtes québécoise, acadienne,

fransaskoise, un peu de tout ça?


MARIE-FRANCE KENNY

En fait, un peu de tout ça.

Les gens ont souvent dit, je

sais pas pourquoi, quand j'ai

été élue à la FCFA, les gens

disaient l'Acadienne, la

Fransaskoise d'origine

acadienne et j'ai jamais démenti.

Je me sens acadienne,

mon père est acadien. Ma mère

est québécoise, j'ai grandi au

Québec. Je suis partie à 25

ans. J'ai passé... j'ai 51 ans,

j'ai passé plus de temps à

l'extérieur du Québec qu'au

Québec, mais je suis

fransaskoise et je vous dirais

que je suis franco-manitobaine

aussi et franco-ontarienne.

Et partout où je vais dans nos

communautés, je me sens chez

moi et j'ai cette fierté-là et

je le vois chez nos Franco-Ontariens,

nos Acadiens et je le partage. Je le

partage, pour moi, c'est... Et

nos communautés sont comme ça.

Elles sont accueillantes. Elles

sont inclusives.


DANIEL LESSARD

Elles sont francophones

avant tout.


MARIE-FRANCE KENNY

Elles sont francophones avant

tout et je vous dis pas que ça

a toujours été le cas au niveau

de l'inclusivité. Parce que

longtemps on m'a dit que je

n'étais pas fransaskoise.

J'étais même présidente à

l'Assemblée communautaire

fransaskoise et on avait fait

une commission sur l'inclusion

et je pense que la meilleure

leçon qu'on a eue, c'était nos

jeunes justement qui nous

avaient dit: "Mais si vous

parlez d'inclusion, c'est que

nécessairement, il y a

exclusion." Et la commission

avait reçu des mémoires, avait

fait des audiences publiques et

à la fin, on est arrivés à une

définition où, finalement,

j'étais reconnue comme étant

fransaskoise et pour moi, ça

avait été un moment très

touchant parce que jusque-là,

on me disait: "T'es pas née ici.

On sait bien, toi, t'es québécoise".


DANIEL LESSARD

Déracinée.


MARIE-FRANCE KENNY

Oui, c'est ça. "Nous, on est

nés ici, on est de souche". On

ne voit plus ça dans nos

communautés. Je vous dis pas

qu'il n'y en a pas du tout, mais

ce n'est plus le cas comme ça

l'était auparavant.


DANIEL LESSARD

Pourquoi vous avez quitté

le Québec?


MARIE-FRANCE KENNY

Pour le travail d'abord.

J'avais accepté un poste à

Moncton comme traductrice. Ça a

été mon premier emploi à titre

de traductrice après mes

études. J'ai quitté à 25 ans

pour aller travailler dans une

firme de traduction à Moncton.

Et je suis pas restée là longtemps

dans cette entreprise-là, j'ai quitté

pour une autre entreprise, toujours

à Moncton. Je suis restée cinq

ans à Moncton pour le travail.

Et là, j'ai accepté un poste

ensuite dans une société

d'État fédéral à Regina. Et

ensuite, j'ai fait un peu le

yo-yo. Je suis partie deux ans

à Regina, on m'a mutée, on

m'avait offert de retourner

soit à Québec, soit d'aller à

Moncton et j'avais choisi

d'aller à Moncton. Je connaissais

pas vraiment de gens à Québec.

J'avais vécu quand même

cinq ans à Moncton.

Pour moi, c'était... Et j'ai

beaucoup de famille à Moncton,

mon père est acadien. J'ai

beaucoup de cousins, cousines

qui sont rendus maintenant

aujourd'hui à Moncton.


DANIEL LESSARD

Est-ce qu'on peut vivre aussi

bien en français dans l'Est du

pays, en Acadie en particulier,

que dans l'Ouest du pays en

Saskatchewan où vous êtes?


MARIE-FRANCE KENNY

C'est sûr que c'est plus

facile d'avoir des services en

français à Moncton qu'à Regina.

Par contre, c'est vraiment différent.

Quand je suis partie de...

quand je suis arrivée à Moncton,

c'est là que j'ai eu mon déclic

parce que jusque-là,

j'avais vécu à Montréal où

j'avais tout ou pratiquement

tout en français. J'allais au

cinéma en français, au dépanneur,

etc., mais quand je suis arrivée

à Moncton et que la première

fois, on m'a dit à une banque:

(Propos en anglais)

Get back in line, I don't speak french.

Vraiment carrément bête, et que j'ai

dit, non, ça fait dix minutes

que j'attends, c'est à mon tour

puis je vais parler français.

J'ai demandé à parler au

gérant, c'est là que j'ai

compris que ma langue, elle

était en péril. Et c'est là que

je me suis impliquée d'abord

avec la "SAMB" quand j'étais là.

Mais j'avais l'impression à

Moncton et souvent dans

différents emplois que

j'ai occupés, si je parlais

à une collègue en français

et qu'il y avait un collègue

anglophone de me faire

dire: "Quand je suis là, tu vas

parler anglais dorénavant."

Évidemment, ça, ça venait me

chercher. Et c'était: "Quand je

voudrai te parler, je vais te

parler en anglais. Je sais que

tu parles pas français, mais

là, je te parle pas à toi, je

parle à quelqu'un d'autre. Je

vais lui parler dans la langue

que je veux. On est tous les

deux francophones, on va pas se

mettre à parler anglais parce

que t'es là." Et ça, j'ai vécu

ça beaucoup à Moncton.

Faut dire que j'étais là dans

le même temps où y avait ce

gros mouvement du "Corp Party".

Et ça, j'ai trouvé ça difficile.

Je sentais cette menace-là

encore plus. Quand je suis

arrivée dans l'Ouest, étonnamment,

je travaillais pour une société d'État

fédérale. Y avait des obligations

en vertu de la loi.

Mais j'arrive là, y a plein

d'anglophones qui me parlent

français. Et là, moi, je... je

me dis, mon Dieu, on est dans

l'Ouest, on est en Saskatchewan

et je leur demande

pourquoi. Et ils me disent:

parce que je trouve ça

intéressant, parce que c'est

sexy, le français, parce que

c'est le fun, parce que ça m'a

aidé à avoir un meilleur emploi.

Je me disais, comment

ça se fait qu'à Moncton où y a

une population francophone

beaucoup plus importante, y a

pas cet esprit-là? Donc c'était

vraiment différent pour moi

quand je suis arrivée dans

l'Ouest, et la façon de militer

en francophonie était différente

également.


DANIEL LESSARD et Mme KENNY sont debout près d'une fenêtre pour un portion anecdotique de l'entretien.



DANIEL LESSARD

Madame Kenny, vous avez été,

à une époque pas si lointaine,

Mme Poivre. Expliquez-moi.


MARIE-FRANCE KENNY

Mme Poivre, c'était... En

fait, j'ai animé une chronique

bouffe à Radio-Canada à Regina

puis après dans les trois

provinces de l'Ouest. Une

chronique pendant, je pense, six

ans. Mais on avait créé ce

personnage-là. Je sais pas

pourquoi c'était venu comme ça.

On avait décidé de m'appeler

Mme Poivre et l'animateur à

l'époque, Richard Gervais,

avec qui on avait une complicité

extraordinaire, lui, c'était

M. Sel. C'était Mme Poivre et M.

Sel. Et Mme Poivre avait...

c'était vraiment une conversation

qu'on avait. Oui, on parlait bouffe,

je donnais des recettes,

comment apprêter certains aliments.

Y avait un aliment vedette, mais c'était

vraiment les conversations

qu'on avait qui étaient fort

agréables et Richard avait un

following incroyable. Moi, je

me déplaçais et les gens

connaissaient Mme Poivre.

À l'époque, j'étais aussi

présidente de l'Assemblée

communautaire fransaskoise.

Les gens connaissaient pas la

présidente de l'ACF, mais

connaissaient Mme Poivre. Quand

je me déplaçais, il arrivait

souvent qu'on me parle de mon

père ou ma mère parce que

j'avais créé des personnages de

mes parents. Et ce sont des

personnages, mais j'avais

amplifié si on veut. C'était

des belles années. J'ai très

bien travaillé avec Richard.


DANIEL LESSARD

C'était vos recettes?


MARIE-FRANCE KENNY

C'était mes recettes. Je vous

dirais des recettes qui m'ont

été transmises de mes parents.

Quand c'était une bonne

recette, c'était tout le temps

mon père, quand y avait un fait

cocasse, c'était ma mère.

C'était les personnages que

j'avais créés. Mon père est un

homme beaucoup plus calme, donc

il est pris avec trois femmes,

j'ai une soeur, trois femmes

volubiles comme moi. Mon père

est beaucoup plus calme. J'avais

décidé que les bonnes recettes,

c'était mon père. Mais mon père

cuisine très bien. Mon père

vient chez moi faire la pâte à

tarte, j'en fais pas.


DANIEL LESSARD

Quelle est la meilleure

recette de votre père que vous

avez récupérée?


MARIE-FRANCE KENNY

Je vous dirais la croustade

aux pommes. La croustade

aux pommes de mon père,

quand il vient chez

moi, il vient habituellement un

mois pendant l'été, mes amis

vont en réclamer de la

croustade aux pommes de

mon père.


MARIE-FRANCE KENNY

(Extrait audio de Mme Poivre)

Les recettes de Mme Poivre.


On revient à l'entretien entre DANIEL LESSARD et MARIE-FRANCE KENNY.


DANIEL LESSARD

Mme Kenny, pendant tout ce

temps passé à la tête de la

Fédération, y a plusieurs

dossiers qui vous tenaient à

coeur pour lesquels vous vous

êtes battue. Et souvent avec

des gros mots. Commençons par

l'immigration. La dernière

bataille que vous avez faite,

c'est pour que il y ait plus

d'immigrants francophones qui

viennent dans le reste du Canada

et pas seulement au Québec.

Pourquoi c'est important?


MARIE-FRANCE KENNY

En fait, autant l'immigration

est importante pour l'ensemble

du Canada pour assurer la

vitalité, l'essor économique du

Canada, autant l'immigration

francophone l'est pour nos

communautés pour assurer

l'essor économique, la prospérité,

la vitalité de nos communautés.

Ce qui est inquiétant, je vous dirais,

c'est qu'avec la loi actuelle,

on nous offre des services là

où la demande le justifie et on

mesure ça en terme de 5000 ou

5% dépendant des régions. Dans

certaines régions, si on continue

à faire entrer, comme

on le fait maintenant, plus de

98% d'anglophones et 2%

de francophones--


DANIEL LESSARD

Seulement 2%?


MARIE-FRANCE KENNY

Moins de 2% en fait de

francophones, bien c'est sûr

qu'éventuellement, on va tomber

sous le seuil du 5%.


DANIEL LESSARD

Ça, ça veut dire plus

d'écoles, plus de services.


MARIE-FRANCE KENNY

En fait, plus de services

fédéraux pour commencer et dans

certaines provinces où on a pas

de loi sur les services en

français, comme chez moi en

Saskatchewan, on a une

politique qui dit: Là où le

nombre le justifie. Bien si le

fédéral retire ses services,

pensez-vous que la province va

continuer à les offrir? Fort

probablement que non. Et quand

on va tomber sous le seuil de

2%, est-ce qu'on va pas

remettre en question nos

écoles et les autres acquis

qu'on a?


DANIEL LESSARD

Est-ce que vous avez

l'impression, madame Kenny, sur

l'immigration ou sur les

langues officielles ou sur

Radio-Canada, que les

politiciens vous écoutent?

J'ai lu quelque part et

corrigez-moi si je me trompe

que à votre dernière

comparution devant le comité

sur l'immigration, vous avez

pété les plombs et que vous

êtes rentrée chez vous en

pleurant ce soir-là. Est-ce que

c'est désespéré à ce point-là?

Est-ce que y a pas d'écoute du

côté des politiciens?


MARIE-FRANCE KENNY

En fait, c'est pas une question

de pas d'écoute. Et ça, je pense

que c'est ma critique de tout

l'appareil...


DANIEL LESSARD

Tout le système.


MARIE-FRANCE KENNY

...politique. C'est que on est

rendu avec des partis, des élus

qui doivent suivre une ligne de

parti. J'ai pas l'impression

que les élus nous représentent,

nous, les électeurs de leur comté,

mais qu'ils doivent suivre

une ligne de parti, qu'ils soient

d'accord ou non. Je parle

tous partis confondus.

On se retrouve avec un chef qui

a tout le pouvoir, avec un

parti qui a tout le pouvoir et

mon député à moi a pas

nécessairement son mot à dire.


DANIEL LESSARD

Et un comité parlementaire,

c'est une perte de temps.


MARIE-FRANCE KENNY

Pour moi, le comité parlementaire

fait énormément de partisanerie.

Vous savez quand on se pointe là

puis qu'on se fait dire: Ah, bien

c'est pas important ce que vous

allez dire. C'est important ce

que vous allez dire, mais on en

tiendra pas compte parce qu'eux

autres, ils veulent pas. Et là,

l'autre qui répond: Non, nous on

veut, c'est vous autres qui ne

faites pas votre travail. Toi,

t'es assis là, t'es parti de la

Saskatchewan pour venir

comparaître et tu t'es préparé,

on a de petites équipes. Ça

demande de la préparation, une

allocution, ensuite se préparer

à répondre à des questions, on

sait pas c'est quoi, les questions,

à toutes éventualités. Et t'es assis là

et là, t'as cette espèce de

guéguerre-là. Et le dossier de

l'immigration pour moi en est

un critique pour l'ensemble des

communautés et j'avais été

écouter la semaine d'avant des

collègues, y compris la

commissaire aux langues

officielles du Nouveau-Brunswick

qui était là, comparaître et là,

y a cette guéguerre-là partisane.

Je me dis, on est en train

de mourir à petit feu puis

vous êtes plus intéressés

par vos chicanes partisanes.

Vous voulez faire

dire au témoin que les

Conservateurs sont meilleurs,

non, c'est les Libéraux puis si

les Néo-Démocrates ont un jour

le pouvoir, ça va être eux

autres les meilleurs.

Puis on le fera pas. On est non

partisan. Et mais vous passez

votre temps à faire ça. Puis

nous autres, pendant ce temps-là,

vous faites étude après étude,

on est rendu...

Ils venaient d'avoir une étude

sur l'immigration. Fait que

c'est quoi qu'on fait? On l'a

dit au comité déjà, on l'a dit

au secrétaire parlementaire, on

l'a dit au président du comité,

on l'a dit à tous les membres

du comité. Vous faites une

étude alors que Patrimoine

vient de faire la même étude.

Là, vous faites une étude sur

l'immigration alors que le

sénat vient d'en faire une.


DANIEL LESSARD

Est-ce que vous en avez

parlé, la Loi sur les langues

officielles, elle est encore

efficace?


MARIE-FRANCE KENNY

La Loi sur les langues officielles,

elle serait efficace dans la mesure où

quelqu'un se lèverait un jour

et dirait: faut l'appliquer de

façon intégrale.


DANIEL LESSARD

On l'applique pas?


MARIE-FRANCE KENNY

Pas du tout. Pas du tout.

Est-ce qu'il y a des conséquences

aux manquements répétés

d'Air Canada? Aux manquements

répétés de certains ministères?

Moi-même, ça fait plainte

après plainte que je fais

contre l'aéroport de Regina.

Air Canada, les services

de sécurité à l'aéroport de Regina.

Y a aucune conséquence.

Ce que je me fais dire, c'est:

ah, y a un nouveau PDG, je suis

pas sûre qu'il veut plus, lui,

à l'aéroport de Regina. Puis

c'est quoi, mon recours?

On a une loi, y a aucune

conséquence si on la suit pas.

Quelle autre loi au Canada, à

part la Loi pour les premières

nations, n'est pas respectée

comme ça? Et là, c'est est-ce

que c'est de dire que si t'es

pas un Blanc anglophone, t'es

un citoyen de seconde classe.

Et c'est vraiment triste. Mais

on parle... c'est pas juste les

citoyens francophones

à l'extérieur du Québec,

c'est les citoyens québécois aussi.

La Loi sur les langues officielles

leur garantit à eux aussi des

services en français partout au

pays. Leur garantit certaines

choses, c'est à eux aussi qu'on

manque de respect. C'est aux

10 millions de parlant français

au pays, c'est un tiers de la

population à qui on manque de

respect puis année après année,

on le voit dans le rapport

du commissaire, y a pas

d'améliorations. Puis je

voudrais pas laisser croire que

c'est l'ensemble des ministères

parce qu'il y en a qui réussissent

très bien. Simplement parce

qu'il y a une volonté politique.

Parce qu'il y a un ministre,

parce qu'il y a un PDG

d'une société d'État qui

a dit: il faut que ça marche.

C'est pas une question

d'argent. C'est une question de

dire ça suffit.


DANIEL LESSARD

De volonté.


MARIE-FRANCE KENNY

Et la seule personne qui a ce

pouvoir-là au sein de

l'appareil fédéral, c'est le

premier ministre et en 45 ans,

y a pas un premier ministre qui

s'est levé puis qui a dit: ça

suffit, on doit appliquer cette

loi-là de façon intégrale.


Un autre segment anecdotique est présenté devant les affiches des Rendez-vous de la Francophonie.


DANIEL LESSARD

Madame Kenny, vous avez eu

l'occasion de rencontrer un

personnage exceptionnel de la

francophonie, Abdou Diouf,

ancien président du Sénégal,

secrétaire de la francophonie,

comment vous l'avez rencontré

et parlez-moi de lui?


MARIE-FRANCE KENNY

En fait, je préside une mission

à l'OIF, la mission A

de la Conférence des OING. J'ai

eu l'occasion de le rencontrer

à plusieurs reprises. Un grand

homme, pas seulement

physiquement parce que il est

effectivement très grand. Mais

quelqu'un qui dégage, qui a

une aura. Un homme avec des

valeurs fondamentales, mais d'un

calme posé. à chaque fois que

je l'ai rencontré, c'est comme

si je rentrais dans une bulle

très zen. Et pour moi, c'est...

je vous dirais, pratiquement une

idole. M. Diouf a fait un

travail remarquable pour la

francophonie au niveau

international. Et ç'a été un

privilège pour moi de pouvoir

le côtoyer pendant quelques

années.


Une photo de Mme KENNY et M. Diouf apparaît pendant l'anecdote.


On revient à l'entretien principal.


DANIEL LESSARD

Madame Kenny, vous parliez des

jeunes en début d'entrevue.

Est-ce à tort que nous avons

l'impression qu'ils s'assimilent

très rapidement à

la culture anglophone, qu'ils

vivent plus en anglais qu'en

français, qu'ils parlent plus

anglais que français et quand

ils ont vraiment pas le choix,

leurs parents les envoient à

l'école anglaise?


MARIE-FRANCE KENNY

En fait, oui, je pense que

c'est à tort. Je vous dirais,

de mon expérience, de ce que je

vois, nos jeunes parlent

beaucoup plus français qu'on le

croit. Est-ce qu'ils parlent anglais?

Absolument. Ils sont dans

des provinces qui sont

majoritairement anglophones.

Est-ce qu'ils vont à l'école

anglaise? Parfois. Parfois par

nécessité parce que soit qu'il

n'y a pas d'école francophone

dans leur région. Ils vont soit

aller à l'immersion, où ils

vont aller à l'école anglaise.

Je vous dirais largement aussi

parce que on a des écoles qui

ne sont pas encore comparables

aux écoles de la majorité.

Je m'explique. Y a certaines

écoles, par exemple, chez moi

à Regina, y avait une école où

on allait de la maternelle à la

12e année à la même école

francophone.

C'était une petite école, un

centre scolaire communautaire

où on avait pas la possibilité

ni les moyens d'offrir

l'ensemble des programmes

qu'on offre. Tout ce qui sont les

sports, la musique. Oui, y

avait des cours de musique, mais

c'était très petit. On avait

pas ça. Aujourd'hui, on a une

école secondaire qui est

équipée, qui est comparable aux

écoles de la majorité. On se

bat aujourd'hui grandement. Y a

une époque, on se battait pour

la gestion scolaire.

Aujourd'hui, on se bat pour

avoir cette équité-là au niveau

des infrastructures. Mais nos

jeunes... je participais à une

entrevue hier où j'écoutais la

fin d'une entrevue avant moi

où c'est pas seulement nos

jeunes qui parlent français,

c'est les jeunes qui sortent de

l'immersion. Les jeunes qui

sortent de l'immersion qui

sont dans nos communautés,

dans nos organismes jeunesse

et qui... Y en a un qui disait

hier: "Je capote sur la langue

française". Eh oui, il parle

anglais et... Mais ils sont

impliqués au niveau politique,

au niveau des organismes, au

niveau culturel, ils écoutent de

la musique en français. Est-ce

qu'ils en écoutent en anglais?

Oui. Puis je vais vous dire que

moi aussi, j'en écoute de la

musique en anglais.


DANIEL LESSARD

Oui, oui.


MARIE-FRANCE KENNY

Moi aussi, ça m'arrive

d'écouter la télé en anglais.

J'ai fait une partie de mes

études en anglais. Je suis pas

moins francophone pour autant.

Et ça veut pas dire que nos

jeunes sont assimilés non plus.

Nos jeunes ont parfois un

accent anglophone je vous

dirais parce qu'ils sont issus

de famille exogame. Mais

l'accent, c'est rien. Moi, j'ai

des wipers après ma voiture.

Je suis québécoise, j'ai des

wipers. Mais les jeunes dans

nos communautés, ils ont des

essuie-glace. Peut-être avec un

accent anglophone, mais ils

parlent très bien français.

Quand on dit que nos jeunes

parlent pas bien ou qu'on a

perdu notre langue, on est tous

assimilés, ça m'insulte

d'entendre ça et de penser que

y a un seul accent qui prévaut

au Canada français, c'est

l'accent québécois ou l'accent

montréalais comme le mien. Notre

francophonie, elle en a mille

et un accents. Que ce soit

du Saguenay ou de la

Colombie-Britannique, c'est

insultant de se faire dire, toi,

t'as un accent. On a tous un

accent. On a tous un accent.


DANIEL LESSARD

Y a eu récemment, madame

Kenny, une sortie de Jean-Marc

Fournier, le leader parlementaire

à Québec, pour s'opposer

à une demande importante

des francophones du Canada.

Est-ce que vous avez l'impression

que les dirigeants québécois

vous méprisent?


MARIE-FRANCE KENNY

Non. Non, je parlerais

vraiment pas de mépris.


DANIEL LESSARD

Le mot est trop fort.


MARIE-FRANCE KENNY

Oui. Est-ce qu'il y a une

incompréhension parfois? Je

vous dirais que oui. Est-ce que

on fait... nécessairement

exprès pour mettre les bâtons

dans les roues? Absolument pas.

Puis je vous dirais, peu

importe le parti qui était là.

Est-ce que c'est plus difficile

parfois? Oui. Est-ce qu'on va

s'entendre sur tout? Non. Nos

réalités sont totalement

différentes. On le reconnaît.

Reste que on s'attend du Québec

que ça soit un partenaire qui

ne nous nuira pas. à tout le

moins ne nous nuira pas.

On s'attend, quand il peut, que

le Québec va nous appuyer. Mais

quand il ne peut pas qu'il ne

nous nuira pas. Et c'est ce qui

s'est passé dans la cause du

Yukon. La sortie du Québec, la

comparution du Québec,

l'intervention du Québec a nui

à notre intervention, à notre

demande et on est toujours pas

d'accord avec la position du

Québec. On la comprend toujours

pas puisque y aurait été très

facile pour le Québec de parler

d'asymétrie. Y a eu des

jugements antérieurs qui

auraient permis justement et

qui parlaient d'asymétrie et le

Québec a choisi de ne pas

parler d'asymétrie et simplement

dire, rejeter du revers la

demande du Conseil scolaire

du Yukon et l'intervention

de la FCFA, la Fédération

des conseils scolaires en disant,

on est pas d'accord puis on parlera pas

d'asymétrie. Ça, pour nous, ça a

été un coup très dur.

Y a eu des discussions franches

avec l'ensemble de notre réseau

et le ministre par la suite. Le

ministre est venu rencontrer le

réseau et s'est pas soustrait

aux questions puis aux

commentaires qui... J'ai pas de

doute, ça a été très difficile

pour lui. Reste que c'est très

difficile pour nous. Pour nous,

c'était vraiment, je vous

dirais, ça a été un coup

de couteau.


DANIEL LESSARD

C'est blessant.


MARIE-FRANCE KENNY

Ça a été très blessant pour

l'ensemble... Est-ce qu'on va

s'en remettre? On va attendre

le jugement. Est-ce qu'on va

s'en remettre émotionnellement?

Oui. Je rencontre le cabinet du

ministre régulièrement.


DANIEL LESSARD

Il vous reste un peu de méfiance.


MARIE-FRANCE KENNY

C'est pas tant de la méfiance

que je pense que c'est important.

Je pense que on a réalisé

maintenant... Parce que

ça faisait un bout qu'on

essayait de parler au ministère

de la justice et là, on s'est

rendu compte... Le ministre

Fournier, je dois vous dire

nous a aidés dans une autre

cause par la suite. Mais ils se

sont rendu compte que ce qu'on

fait nous dépasse largement que

le cabinet du ministre Fournier.

Et que ça a un impact sur

le ministère de

l'Éducation, la Justice, etc.

Donc y a des rencontres

maintenant régulières pour

qu'on se tienne au courant de

ce qui s'en vient, les causes

qui s'en viennent, quels seront

nos besoins pour qu'on arrive

pas à la dernière minute comme

ça a été le cas dans certaines

des dernières causes.


DANIEL LESSARD

Le temps est écoulé

malheureusement. Madame Kenny.

En terminant, j'imagine que

vous retournez à vos affaires

à Regina et qu'il n'y est pas

question pour vous de carrière

politique, vous serez pas

candidate pour aucun parti?


MARIE-FRANCE KENNY

Pas du tout. Pas du tout. J'ai

aucune ambition politique. Je

pourrais pas. Je vous ai parlé

des partisans, la partisanerie,

je ne pourrais pas suivre une

ligne de parti qui est contre

mes valeurs fondamentales. Non

seulement, je pourrais pas la

suivre, je la dénoncerais.

Évidemment, je me ferais tasser

rapidement. Et ça, c'est pour

l'ensemble des partis. J'aime

faire de la politique, mais je

pense que je vais rester de ce

côté-ci et tenter d'influencer

les politiques publiques plutôt

que d'être de l'autre côté et

d'être obligée de... suivre une

ligne de parti qui serait

contre mes valeurs.


DANIEL LESSARD

Continuez à influencer. Vous

le faites très, très bien. Et

je suis sûr que vous allez

continuer à le faire.

Merci infiniment.


MARIE-FRANCE KENNY

Merci à vous.


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