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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Michel Prévost : archiviste en chef, Université d'Ottawa

L’archiviste en chef de l’Université d’Ottawa n’est pas un archiviste comme les autres.
Michel Prévost va vers la population, multiplie les conférences et les visites guidées; il connaît l’est ontarien et l’Outaouais comme pas un.
Églises, ponts couverts, croix de chemin, vieilles prisons, tout le passionne et il ne refuse jamais une bataille quand il s’agit de sauver un bien patrimonial.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2014

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


DANIEL LESSARD fait une brève présentation biographique de MICHEL PRÉVOST. Pendant la présentation, on présente des images de l'Université d'Ottawa, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur des murs.


DANIEL LESSARD (Narrateur)

Michel Prévost, l'archiviste

en chef de l'Université

d'Ottawa, n'est pas un

archiviste comme les autres.

Au contraire, il va vers la

population, multiplie les

conférences et les visites

guidées, il connaît l'Est

ontarien et l'Outaouais

comme pas un.

Églises, ponts couverts, croix

de chemin, vieilles prisons,

tout le passionne. Et il ne

refuse jamais une bataille quand

il s'agit de conserver un cachet

original.


MICHEL PRÉVOST (Narrateur)

Pourquoi est-ce qu'on n'irait

pas, nous, les archivistes,

rencontrer les gens, montrer

nos... trésors?


Dans une des salles contenant les archives à l'Université d'Ottawa, DANIEL LESSARD rencontre MICHEL PRÉVOST, archiviste en chef de l'Université d'Ottawa.


DANIEL LESSARD

Monsieur Prévost, bonjour.


MICHEL PRÉVOST

Bonjour, monsieur Lessard.


DANIEL LESSARD

Vous allez bien?


MICHEL PRÉVOST

Je vais très bien, merci.


DANIEL LESSARD

Vous êtes pas supposé

être à la retraite, vous?


MICHEL PRÉVOST

Ah! Depuis 2011, mais le

recteur de l'Université d'Ottawa

m'a demandé de rester en poste

jusqu'en 2020. Déjà, le temps

passe vite, déjà 2015!


DANIEL LESSARD

Vous vous êtes pas fait prier?


MICHEL PRÉVOST

Ah! Pas du tout. Je pense que

ça aurait été une erreur de

quitter en 2011, parce qu'il y a

eu des projets tellement

extraordinaires ici, aux

archives de l'université.

Par exemple, le monument

de la Francophonie.

En 2012, le père Guindon qui est

décédé. Alors, j'ai pu préparer

des expositions, collaborer aux

funérailles. Alors, beaucoup

de beaux projets. Alors,

je regrette pas du tout, du tout

d'être toujours l'archiviste en

chef de l'Université d'Ottawa.


DANIEL LESSARD

Comment on devient archiviste,

monsieur Prévost?


MICHEL PRÉVOST

En fait, aujourd'hui, c'est

bien différent, parce que,

aujourd'hui, même, on peut

faire des maîtrises, des

doctorats en archivistique,

en gestion des documents.

Mais si on remonte à

il y a 40 ou 50 ans--


DANIEL LESSARD

Comment vous, vous l'êtes devenu?


MICHEL PRÉVOST

Bien, à l'époque, la voie

royale pour devenir archiviste,

surtout pour les archives

historiques, c'était une

formation en histoire. Alors,

soit un baccalauréat...

Moi, j'ai une maîtrise en histoire

canadienne. Mais, à l'époque,

y avait quand même des petits

certificats en archivistique

qui se faisaient. Alors, j'ai

aussi un petit certificat en

archivistique. Mais aujourd'hui,

je vous dirais que...

mon cheminement serait différent,

parce que maintenant, par exemple,

on a des règles de description des

documents d'archives. Alors, une

bonne formation pour quelqu'un

qui s'intéresse particulièrement

aux archives historiques, une

formation en histoire ou dans

ces domaines-là, mais aussi

une bonne formation

en archivistique.


DANIEL LESSARD

C'est pas... le cliché éculé,

probablement, dépeint souvent

l'archiviste comme le vieux

monsieur à la grande barbe dans

le fond de son bureau avec les

mains toutes sales à force

de... de classer des vieux

documents. C'est pas ça?


MICHEL PRÉVOST

Moi, j'ai toujours été un

archiviste qui aime aller vers

les gens, qui aime aller vers

la communauté, qui aime faire

connaître--


DANIEL LESSARD

Vous donnez des tonnes

de conférences...


MICHEL PRÉVOST

Oui, des visites guidées sur

les trésors des archives, le

quadrilatère historique de

l'Université, des visites à

Ottawa, à Gatineau, dans l'Est

ontarien, en Outaouais. Parce

que moi, je me dis souvent:

On a beau avoir les plus beaux

documents d'archives, les plus

belles ressources, mais si on

nous connaît pas? Alors

pour moi, c'est très important

de faire connaître... ces trésors.

Pourquoi est-ce qu'on n'irait pas,

nous, les archivistes, rencontrer les

gens, montrer nos trésors? Parce

que, des fois, des gens disent:

"Ah! Tu as apporté ça à

l'extérieur de ton centre

d'archives!" Je me dis:

Oui, mais si on garde ça puis c'est

caché puis y a jamais personne

qui les voit... Si on garde tout

ça, d'après moi, c'est pour que

ce soit vu, pour que ce soit

apprécié, pour que ce soit

utilisé.


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce que vous aimez le

plus... les vieux documents,

la monnaie ancienne, les objets

religieux d'il y a un siècle

ou deux, les documents

électroniques? Est-ce qu'il y a

un truc qui vous rend comme

passionné? Vous dites:

"Oh! Je suis excité de

ce que je viens de trouver!"


MICHEL PRÉVOST

Oui, moi, j'aime beaucoup les

artefacts. Alors... par exemple,

à l'Université d'Ottawa, ici,

on a beaucoup, beaucoup

d'artefacts, tout ce qui retrace

l'histoire de l'Université,

par exemple. On a les clés

du premier collège;

on a des pièces de morceaux

de bois du premier collège.

Les pères oblats, les missionnaires

de Marie-Immaculée, ont dirigé

l'Université de 1848 à 1965.

Et entre autres, on a le père

Tabaret, qui est le bâtisseur

de l'Université.


DANIEL LESSARD

D'où le pavillon Tabaret,

la rue Tabaret...


MICHEL PRÉVOST

Oui, la rue Tabaret, à Ottawa,

le magazine Tabaret. Mais dans

mon bureau, y a une immense

peinture du père Tabaret qui

me regarde à tous les jours.

Et le père Tabaret, tous les

oblats portaient une croix,

ils avaient un ceinturon et

une croix qui est très, très

lourde. Mais nous, ici, dans

notre collection, on a cette

croix-là. Alors, quand j'ai

cette croix-là dans les mains et

je me dis: Notre bâtisseur a

porté cette croix-là de 1850 à

sa mort, en 1886, y a beaucoup

de symboles...


On montre le portrait du père Tabaret pour illustrer le propos. Puis on revient au face à face entre MICHEL PRÉVOST et DANIEL LESSARD.


MICHEL PRÉVOST

C'est presque comme

si ces objets-là étaient

vivants. Ici, on a des

trophées, aussi, extraordinaires.

Parce que, à l'Université d'Ottawa,

depuis le XIXe siècle,

on a des équipes sportives

et c'est souvent les meilleures.

Donc, on a hérité

de très beaux trophées. Mais,

des fois, c'est des petits

artefacts, et les gens me

disent: "Mais pourquoi tu

considères que ça, c'est un

trésor?" Et, par exemple, on a

deux règles mathématiques,

mais, en arrière, y a toutes

sortes de formules. C'est un

étudiant qui a été pris à tricher.

Alors, le père oblat s'en est rendu

compte, a saisi les règles,

et c'est comme ça

que ça s'est retrouvé aux

archives. Mais je trouve que

c'est une petite part de

l'histoire... de l'Université

d'Ottawa.


DANIEL LESSARD

Juste une note biographique.

Monsieur Prévost, vous avez

grandi Hull, Alfred, Treadwell,

qui est aussi dans l'Est ontarien.

Est-ce que votre enfance,

votre adolescence vous

ont préparé à ce que vous

êtes aujourd'hui?


MICHEL PRÉVOST

En fait, j'ai eu une enfance

assez difficile. J'ai perdu

mon père à l'âge de six ans.

Mon père avait 29 ans. Ma mère

s'est retrouvée veuve à 24 ans.

Imaginez-nous, une femme seule

qui se retrouve avec une ferme

et avec des enfants de six ans,

de trois ans et de neuf mois.

Alors, ma mère a trouvé ça très,

très difficile. Ce qui fait que,

pendant un certain temps,

la famille a été séparée. Et

c'est là que je suis allé vivre

chez mon grand-père, à Treadwell.

Treadwell, c'est une toute,

toute petite communauté

franco-ontarienne sur le bord

de la rivière des Outaouais,

pas tellement loin de

Papineauville, Montebello.

Mais heureusement, ma mère

s'est rétablie. Alors, on est

allé s'installer, la famille,

à Alfred. Et en 1970, ma mère

s'est remariée avec quelqu'un

d'extraordinaire, qui est

aujourd'hui mon père. Ce qui

fait, par contre, que, pendant

mon primaire, j'ai changé

quatre fois d'écoles, quatre

fois de communauté. C'est pas

juste l'école puis le professeur,

les professeurs.

Alors, ça a été très difficile.

à un tel point que j'ai même

échoué ma deuxième année du

primaire. Mais heureusement que

j'ai été quand même... mon

grand-père Drouin, William

Drouin, et ma grand-mère Drouin

ont été là à un moment très,

très important de ma vie.

Et même quand je suis retourné

vivre avec ma mère, à toutes les

fins de semaine, l'été...

Alors, je pense que j'ai été

très, très chanceux d'avoir mon

grand-père Drouin. Et il m'a

beaucoup influencé. Mon

grand-père Drouin était un

conteur. Lui, il avait été

bûcheron, il me parlait du

grand... la grande figure

légendaire, Jos Montferrand.

Tout ça, c'est mon grand-père.

Il avait été trappeur. Il avait

fait tous les métiers. Et il en

était fier. Alors, il me

parlait beaucoup, beaucoup du

passé. Et je pense que c'est

lui qui m'a donné ce... ce

goût-là. Mais je vous dirais,

le fait d'avoir changé d'écoles,

de milieux, je pense que ça

donne un peu de la--


DANIEL LESSARD

Ça forme le caractère.


MICHEL PRÉVOST

... la résilience et...

certainement que ça m'a aidé

dans la vie.


MICHEL PRÉVOST amène DANIEL LESSARD dans les voûtes des archives de l'université.


MICHEL PRÉVOST

Alors, j'ai mis mes beaux gants

blancs d'archiviste pour vous

présenter le plus ancien

artefact des archives de

l'Université d'Ottawa. C'est

les clés du premier collège de

Bytown, qui était situé dans la

basse-ville, près de la cathédrale

Notre-Dame. Et ces clés-là

datent de 1848. Alors,

imaginez-vous, un jour, y a plus

de 165 ans, y a quelqu'un au

collège de Bytown qui utilisait

ces clés-là pour ouvrir ou

barrer la porte. Alors, c'est

un artefact très précieux pour

moi et pour les archives de

l'Université d'Ottawa.


Des dessins représentant le Collège de Bytown sont aussi présentés pour illustrer le propos.


On revient à l'entretien entre MICHEL PRÉVOST et DANIEL LESSARD dans une salle d'archives.


DANIEL LESSARD

Monsieur Prévost, dans votre

longue carrière, y a plusieurs

dossiers qui vous ont fasciné.

Un en particulier qu'on connaît

pas beaucoup, j'avoue

personnellement mon ignorance,

même si j'habite la région

depuis le début des années 70,

Caledonia. Qu'est-ce que

c'était? Où c'était? Et

pourquoi c'est important?


MICHEL PRÉVOST

Caledonia Springs, c'est dans

l'Est ontarien. Pour situer les

gens, c'est entre Alfred et

L'Orignal. Mais il faut savoir

qu'aujourd'hui, c'est un village

fantôme. Alors, ne cherchez pas

sur une carte Caledonia Springs.

Mais, au XIXe siècle, en fait de

1835 à 1915, c'est la plus

importante station thermale au

Canada. Alors, y avait des

hôtels, dont un grand hôtel, qui

était un hôtel princier.


Des photos d'archives de l'hôtel et des hôtes reçus à l'hôtel Caledonia sont présentées pour illustrer le propos.


MICHEL PRÉVOST (Narrateur)

Alors, on recevait les évêques,

archevêques, l'élite de

l'époque, gouverneur général,

Lord Elgin est allé là. Des

gens qui avaient de l'argent et,

souvent, qui souffraient de

rhumatismes. Alors, on allait à

cet endroit-là. Y avait des

sources d'eau sulfureuse, mais

aussi, y avait des bains. On

faisait de l'exercice. Alors,

y avait un volet thérapeutique,

de curisme, mais aussi, comme

dans toutes les stations d'eau,

les stations thermales, y avait

aussi énormément de loisirs.

Et là, on voit que c'est une

clientèle qui est très cultivée:

des nuits de poésie, des pièces

de théâtre, des chasses à courre...


DANIEL LESSARD (Narrateur)

Et pourquoi à Caledonia?

Parce qu'il y avait

les ressources...


Des extraits d'archives montrent les sources d'eau minérale pour illustrer le propos. Et des photos s'ajoutent ensuite.


MICHEL PRÉVOST (Narrateur)

Oui, y avait quatre sources

d'eau minérale, dont deux

étaient très célèbres, la

sulfureuse pour le rhumatisme

et la saline pour les problèmes

digestifs. Alors, les gens qui

avaient ces problèmes-là

allaient à Caledonia Springs,

mais aussi, pendant l'année,

pouvaient continuer à boire de

l'eau. Parce que c'était aussi

le plus gros embouteilleur d'eau

de source et d'eau minérale au

Canada. Ce qui fait que, y a un

siècle, 15% de la population

était américaine. Enfin, je dis:

un siècle, parce que le Grand

Hôtel a fermé ses portes en

1915. Puis là, ça va être

le déclin--


On revient à l'entrevue dans une salle des archives de l'université d'Ottawa.


DANIEL LESSARD

Pourquoi? Pourquoi ça a fermé?


MICHEL PRÉVOST

Y a plusieurs raisons, mais

je vous dirais, une des

principales, c'est

l'emplacement. Caledonia

Springs, c'est à l'intérieur

des terres. Y a aucun relief.

Ça, ça correspondait à l'ère

victorienne. Au début du XXe

siècle, les endroits qui se

développent, c'est Cacouna,

c'est Pointe-au-Pic, sur le

bord du fleuve Saint-Laurent,

dans les montagnes. Et je vous

dirais, le meilleur exemple, en

1929, on va ouvrir, tout près

de Caledonia Springs, le

château Montebello, le

Seigneurie Club. Mais regardez

où il est situé, le château

Montebello! Au pied... sur les

rives de la rivière des

Outaouais, au pied de

montagnes. L'endroit est

magnifique.

Caledonia Springs a vraiment

un relief sans intérêt.

Ensuite, c'était une mode.

Au XIXe siècle, les gens croyaient

beaucoup, beaucoup au

thermalisme. Alors que, à

partir de la fin du XIXe, début

du XXe, c'est beaucoup remplacé

par la thalassothérapie.

C'est-à-dire l'eau salée, l'air

marin. D'ailleurs, c'est là

qu'on va construire, à

Pointe-au-Pic, le Manoir

Richelieu. Et on dit aux gens:

"Notre piscine est remplie d'eau

du fleuve. Si vous souffrez de

rhumatismes, venez chez nous."

Alors, y a aussi une question

de mode.


On montre de vieilles bouteilles d'eau avec leur étiquette originale.


MICHEL PRÉVOST (Narrateur)

Une autre raison, y avait

quand même une usine

d'embouteillage, là, qui

fonctionnait à plein régime,

parce que, d'une part pour ceux

qui étaient malades, mais

aussi, à l'époque, dans les

grandes villes, que ce soit

Ottawa, Toronto, Montréal,

l'eau était contaminée, surtout

au printemps. Les gens qui

avaient de l'argent le savaient,

achetaient de l'eau embouteillée.

Mais entre 1910 et 1920,

on commence à filtrer l'eau,

on commence à utiliser le

chlore. Ce qui fait qu'il n'y a

plus de danger de boire l'eau

du robinet. Et toutes les

petites villes d'eau, la

production cesse presque du

jour au lendemain.


DANIEL LESSARD poursuit son entretien avec MICHEL PRÉVOST dans une salle d'archives.


DANIEL LESSARD

Le patrimoine religieux.

Est-ce que vous allez réussir -

ma question va vous sembler

ironique, mais je vous la pose

comme ça - réussir à sauver

toutes ces vieilles églises

au Québec et en Ontario qu'on

devrait conserver?


MICHEL PRÉVOST

On aimerait bien. Je vais être

très franc avec vous, monsieur

Lessard: je pense pas qu'on va

pouvoir préserver tout notre

patrimoine religieux. De là

l'importance - et là, si on

parle des lieux de culte

- il faut absolument faire des

évaluations patrimoniales et

historiques. C'est fait au

Québec; on l'a pas encore fait

en Ontario. On a fait des

inventaires, mais au Québec,

on a quand même un peu d'avance

là-dessus, parce qu'on a fait

une évaluation, et déjà, au

Québec, y a le Conseil du

patrimoine religieux. Et on

vient en aide seulement aux

églises qui ont une cote A, B

ou C. Les autres églises, même

si elles sont importantes pour

la communauté ou les lieux de

culte, à la longue, je crois

qu'on va en perdre. Souvent, on

va les perdre pour le lieu de

culte, mais c'est intéressant

de voir qu'il y a souvent des

nouvelles vocations pour

les églises.


DANIEL LESSARD

Elles sont recyclées,

d'une certaine façon.


MICHEL PRÉVOST

Oui. Ça, je pense que c'est

la voie... de plus en plus

des exemples comme ça.

Par contre, y a des choses qui

m'encouragent. Par exemple, les

croix de chemin. Ça, les croix

de chemin, c'est unique; on

voit des croix de chemin seulement

où est-ce qu'il y a des francophones.

Alors beaucoup au Québec,

Nouveau-Brunswick, Ontario,

Manitoba. Et on est en train de

toutes les perdre. Mais là, on

voit des communautés qui

restaurent ou refont les croix

de chemin. Y a comme un éveil

pour les croix de chemin. Puis

moi, j'en suis très, très content.

Parce que je trouve que,

quand on se promène dans

nos campagnes, les ponts

couverts, les croix de chemin,

tout ça, c'est des éléments qui

embellissent notre paysage.

Puis je trouve que ça

contribue... On dit: "Ah!"

On fait un arrêt puis on trouve

ça beau. Alors, c'est des belles

choses, les croix de chemin.


DANIEL LESSARD

Mais les ponts couverts...

dans les deux cas, ça me semble

des espèces en voie

d'extinction. Je me trompe?


MICHEL PRÉVOST

Bien, en fait, je suis plus

inquiet pour les ponts

couverts. Parce que, en

Ontario, il en reste un seul.


DANIEL LESSARD

Il en reste un seul?


MICHEL PRÉVOST

Juste un.


DANIEL LESSARD

Il est où?


MICHEL PRÉVOST

Il est dans... en fait,

c'est dans le coin de...

Guelph. Il en reste un seul.

C'est un pont rouge. Il est

heureusement désigné en vertu

de la Loi sur le patrimoine de

l'Ontario. Mais si, un jour, un

vandale allait mettre le feu,

ça serait le dernier. Au Québec,

autrefois, il y en avait plus

de 1000. Il en reste à peu près,

ça diminue à chaque année,

mais entre 85... à peu près 85.


DANIEL LESSARD

Et dans l'Outaouais, on a

cette chance-là, il y en a

encore un bon nombre,

et de très beaux.


MICHEL PRÉVOST

Oui.


DANIEL LESSARD

Enfin, le plus long peut-être.


MICHEL PRÉVOST

Bien, le plus long...


DANIEL LESSARD

Chez nous, en Beauce, on dit

que c'est celui de

Notre-Dame-des-Pins.

On va pas--


MICHEL PRÉVOST

Naturellement, comme président

de la Société d'histoire de

l'Outaouais, je vais vous dire

que c'est celui de... C'est

celui sur la rivière Coulonge,

à Mansfield-et-Pontefract.


DANIEL LESSARD

Dans le Pontiac.


MICHEL PRÉVOST

Oui, exactement. C'est dans

le Pontiac. C'est le pont Marchand.

C'est le plus long au Québec.

Autrefois, en Outaouais,

y en avait plus de 100,

et on n'en a même plus 10.

Alors, y a deux choses.

Heureusement, le gouvernement

du Québec a fait... On ne

détruit plus, maintenant, les

ponts couverts, comme on

faisait autrefois. Mais y a

deux phénomènes: le vandalisme

et aussi le changement climatique.

On a des ponts qui étaient là

depuis un demi-siècle, un siècle

- pas toujours le même,

parce qu'on fait les réparations

- bien, qui sont emportés

par la crue des eaux.

Alors, c'est la preuve

qu'il y a des changements.

Pourquoi est-ce que ces

ponts-là avaient toujours été là

et là, crue des eaux printanières

et le pont part. Comme vous me

posez la question sur les ponts

couverts. Les gens me demandent

souvent: "Pourquoi un pont

couvert?" Et on pense que c'est

pour la neige. C'est pas du

tout. C'est pour protéger le

tablier contre les intempéries:

la neige, la glace--


DANIEL LESSARD

Parce que c'était en bois,

à l'époque.


MICHEL PRÉVOST

Oui. Puis la durée de vie

d'un tablier en bois est à peu

près de 25 ans. Une fois qu'on

couvre le pont, la durée de vie

peut être de plus de 100 ans,

puis à ce moment-là, c'est

souvent la toiture qu'on doit--


DANIEL LESSARD

C'est très ingénieux.


MICHEL PRÉVOST

Et dites-vous que nos ancêtres

ne faisaient pas ces belles

choses-là pour le développement

touristique ou pour embellir

les paysages.


DANIEL LESSARD

Ils avaient le sens pratique.


MICHEL PRÉVOST

C'était soit pour des croyances

religieuses, pour les

croix de chemin, soit pour des

causes... des raisons pratiques,

comme les ponts couverts.


Sur des images de clochers d'églises, on passe à la section anecdotique.


MICHEL PRÉVOST (Narrateur)

À Ottawa, y a un lieu qui me

touche particulièrement, c'est

la cathédrale Notre-Dame-d'Ottawa.

C'est la plus vieille église de la

ville. Et c'est aussi la

cathédrale, depuis 1847. Et j'ai

aucune hésitation à dire que

c'est sans doute le plus beau

bâtiment du patrimoine

religieux de l'Ontario français.

Personnellement, j'ai contribué

à préserver ce joyau du

patrimoine en participant, en

2005, au comité pour la

sauvegarde de la cathédrale

Notre-Dame, qui a oeuvré afin

que l'on ne touche pas au

sanctuaire de ce joyau, qui est

une oeuvre du chanoine Georges

Bouillon, où on retrouve

plusieurs sculptures du grand

Louis-Philippe Hébert. Alors

aujourd'hui, quand j'entre dans

la cathédrale et que je vois

l'intégrité, et je vois la

beauté du sanctuaire, je

remercie le comité, mais

surtout la population, qui a

répondu entre autres en envoyant

20 000 cartes postales à

l'archevêché. Alors, merci,

merci.


On revient à l'entrevue principale avec MICHEL PRÉVOST.


DANIEL LESSARD

Monsieur Prévost, un cliché

pour commencer cette troisième

partie. C'est vrai que

l'histoire se répète?


MICHEL PRÉVOST

Souvent, hélas. Pas toujours.

Mais on a souvent des exemples.

On n'a qu'à penser à tous les

conflits mondiaux qu'il y a

actuellement. On peut se

demander: comment se fait-il

qu'en 2015, on règle tant de

conflits, encore, par les armes?

Et c'était comme ça dans

le temps de Napoléon, c'était

comme ça dans le temps de

César. On espère toujours

qu'un jour, les humains vont

régler leurs conflits par la

parole, en se fiant à des

documents, des traités, et non

par les armes. Alors, quand on

me demande si l'histoire se

répète, je trouve que,

malheureusement, les humains ont

tendance souvent à répéter les

erreurs des gens des

générations avant nous.


DANIEL LESSARD

C'est vrai, et c'est l'autre

cliché que je voulais vous

soumettre, c'est vrai qu'on

détruit tout et qu'on ne

conserve rien?


MICHEL PRÉVOST

Non. Ça... Je dis toujours aux

gens: "Vous n'aidez pas les

défenseurs du patrimoine quand

vous dites ça." On a énormément

détruit, c'est vrai, mais quand

on regarde ici, dans la région

de la capitale fédérale, on a

encore beaucoup, beaucoup de...

de beaux bâtiments. On a

beaucoup détruit, mais y a un

phénomène particulier, je pense,

qui est dû à notre histoire et

notre géographie et tout ça,

c'est que nous, on a construit

beaucoup, beaucoup en bois.

Alors que beaucoup, beaucoup de

nos églises, soit qu'elles ont

été construites totalement en

bois ou y a beaucoup, beaucoup

de bois à l'intérieur. Alors

que quand nous amis européens,

français, viennent nous

visiter, eux ont des églises

qui datent de siècles et de siècles,

mais quand on entre dans

ces églises-là, y a

presque pas de bois. Alors,

nous ici, on a été victimes...

Et le meilleur exemple, c'est

l'Université d'Ottawa. Le grand

bâtiment de l'Université a

brûlé en 1903. La grande

majorité de nos archives ont

brûlé en 1903. Et quand on se

promène de ville en ville,

y a pratiquement pas une ville

en Ontario, au Québec, à un

moment donné, qui ont connu de

grands feux. Mais de là à dire

qu'on a tout détruit, ça, je

suis tout à fait en désaccord.

Je dis toujours aux gens:

"Venez faire des visites guidées

avec moi, puis vous allez voir, que

quand même..." Ici, par

exemple, à Ottawa, puis jusqu'à

Kingston, on a quand même le

canal Rideau qui est site

du Patrimoine mondial.


DANIEL LESSARD

Vous avez contribué à ça.


MICHEL PRÉVOST

Bien, en fait, Parcs Canada a

très bien défendu le dossier.

Moi, c'est plus en faire la

promotion, appuyer. Et moi, je

connais toutes les écluses et

communautés entre Ottawa et

Kingston. Et allez à Merrickville,

à Jones Falls, à Kingston,

vous allez voir qu'on

a gardé beaucoup de choses du

XIXe siècle. Et même ici, à

Ottawa, on a gardé quand même

l'intendance, où on mettait

tout, les pics, les pelles, pour

le canal Rideau. Bytown est

fondé en 1826, puis on a quand

même un bâtiment de 1827. Mais

c'est vrai que, juste en face,

on avait un bâtiment pareil et

on l'a démoli. Aujourd'hui,

il reste seulement les fondations.

Ici, on est quand même

une des capitales néo-gothiques

du monde. Les édifices du Parlement -

peut-être que nous, on les a à

tous les jours quand on habite

dans la région de la capitale,

mais c'est de super...

L'Édifice de l'Est, l'Édifice de

l'Ouest, la Bibliothèque! Est-ce

qu'on se rend compte que c'est

un des plus beaux bâtiments

néo-gothiques au monde? Et je

trouve qu'on n'a pas assez la

fierté de dire qu'on a des

belles choses. Quand on va dans

l'Est ontarien, on parlait

de Rockland, y a des

Sainte-Anne-de-Prescott, ils

ont des magnifiques églises.

Le petit village de L'Orignal,

qui est un autre village sur le

bord de la rivière des Outaouais,

comme y avait une prison,

comme y avait une cour,

y avait des juges, des avocats.

Ces gens-là ont construit des

maisons victoriennes qui sont

extraordinaires, avec les

tourelles, les fioritures...

Dans le petit village de

L'Orignal, au centre, y a trois

temples, y a trois lieux de

culte. Alors, moi, je trouve

qu'il y a encore des richesses.

Mais j'admets, je suis pas naïf.

On a beaucoup démoli,

mais on n'a pas tout démoli.


DANIEL LESSARD

Mais, pour terminer, y a une

bourse en votre nom, y a des

prix en votre nom. Vous venez de

recevoir un doctorat honorifique

de l'Université Saint-Paul. C'est la

consécration!


MICHEL PRÉVOST

Je dois vous dire qu'un

doctorat honorifique, quand la

rectrice de Saint-Paul,

Mme Gauvin, m'a appelé, ce fut

toute une surprise. Et surtout

c'est un... un doctorat

honorifique pour le domaine du

patrimoine et en particulier le

patrimoine religieux. Alors, ça

m'a... beaucoup, beaucoup,

touché. Je dois vous dire que

Saint-Paul a fait une réception,

une journée exceptionnelle.

J'ai vécu une journée de rêve.

Et c'est incroyable, les

témoignages que j'ai reçus.


DANIEL LESSARD

Bien mérités, j'en suis certain.


MICHEL PRÉVOST

Mais je dois vous dire que

c'est... ça devient presque

gênant. Mais un doctorat

honorifique, oui, c'est quelque

chose auquel on pense jamais

obtenir. Alors, ça a été une

reconnaissance exceptionnelle.


DANIEL LESSARD

Et ça, ça va vous convaincre

de ne jamais prendre votre retraite.


MICHEL PRÉVOST

Oh! Tout le monde, un jour,

va prendre sa retraite. Mais

vous savez, pour moi, partir à

la retraite, c'est pas arrêter

de tout faire. Je vais continuer

mes visites guidées,

mes chroniques dans les médias.

J'espère pas avoir trop de

batailles pour la préservation

du patrimoine, parce que ça,

ça devient plus fatigant.

Je vais laisser ça plus--


DANIEL LESSARD

Aux plus jeunes.


MICHEL PRÉVOST

... aux jeunes, mais soyez

assuré que le jour où je vais

partir à la retraite, je vais

continuer à avoir le même

intérêt pour notre patrimoine.


DANIEL LESSARD

Monsieur Prévost, merci mille fois.


MICHEL PRÉVOST

Mais c'est moi qui vous

remercie.


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