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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Maurice Guibord : historien et guide

Lorsque l’on cherche un francophone qui connait tout et tout le monde à Vancouver, le nom de Maurice Guibord est sur toutes les lèvres!
Ce Franco-ontarien d’origine est installé à Vancouver depuis 25 ans.
Il est passionné d’histoire et passe ses journées à se promener avec des touristes dans les rues de Vancouver, pour faire découvrir le passé souvent inconnu de la Colombie-Britannique.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION


Début générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Fin générique d'ouverture


Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, MAURICE GUIBORD, historien et guide, on montre des photos qui rappellent la fondation de Vancouver, des images de la ville ainsi que de la Maison Mackin, un lieu historique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les hommes qui ont fondé la

Colombie-Britannique étaient

pour la plupart des

Britanniques.

Mais il s'agit de fouiller dans

l'histoire de la province pour

découvrir que les francophones

sont ici depuis longtemps.

Maurice Guibord en sait quelque

chose. Ce Franco-Ontarien

d'origine est installé à

Vancouver depuis 25 ans.

Il est passionné d'histoire et

passe ses journées à se

promener dans les rues de

Maillardville, de Gastown et

d'autres quartiers

de Vancouver pour faire

découvrir le passé souvent

inconnu de sa ville d'adoption.


MAURICE GUIBORD

(Citation tirée de l'entrevue)

Ça a 125 ans, Vancouver. Et y

a 125 ans, ce n'était que

la forêt.


L'entrevue suivante se déroule dans différentes pièces de la Maison Mackin. L'entrevue débute dans un salon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maurice Guibord, bonjour.


MAURICE GUIBORD

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maurice, quand on pense à la

Colombie-Britannique, on pense

à une province anglophone et ça

l'est une province anglophone.

Mais la présence francophone,

française en fait, à Vancouver,

date depuis plusieurs années,

des premiers explorateurs.

À quel moment est-ce que les

Français ont mis les pieds ici

pour la première fois?


MAURICE GUIBORD

On parle en particulier de

Canadiens-français, qu'on

appelait des Canadiens, à ce

moment-là, qui ont accompagné

les trois premiers

explorateurs européens.

Donc par voie terrestre.

Ce n'était pas par voie

maritime. On parle de 1793

avec Alexander Mackenzie.

Suivi de près par David

Thompson et Alex...

Simon Fraser, pardon.

Et donc qui ont été accompagnés

sur plusieurs voyages par six,

10, 15, 25 Canadiens-français.

Qui sont reconnus pour leur

juste participation à ces

voyages, par les explorateurs

eux-mêmes. Pourquoi on ne les

connaît pas aujourd'hui?


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est ça, c'est la première

fois que j'en entends parler.


MAURICE GUIBORD

Et voilà. Ils ne sont même

pas dans les manuels historiques

canadiens. C'est parce que, en

grande partie, ils étaient

illettrés, ces hommes-là.

D'accord? Ils n'ont laissé

aucun écrit, aucun journal,

aucune lettre envoyée aux

leurs. On ne les retrouve que

dans les journaux d'exploration

de ces trois hommes-là. Et par

la suite, dans les dossiers de

la Compagnie de la Baie

d'Hudson.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce qu'ils faisaient

en expédition avec ces

explorateurs-là?


MAURICE GUIBORD

Bien voilà. C'était nos

célèbres voyageurs. C'est eux

qui ont rendu possibles ces

voyages d'exploration. Donc les

historiens comme Bruce Watson

et Jean Barman, aujourd'hui dans

les deux dernières années,

finalement reconnaissent

l'importance de ces hommes-là

dans la découverte, si vous

voulez, entre guillemets, parce

que les autochtones y étaient

depuis 7 millions d'années,

dans l'ouverture du territoire

pour le peuplement européen.

Ils étaient là d'abord comme

pagayeurs, pour faciliter le

tout de l'expédition. Et

ensuite, on a vu arriver vague

sur vague de Canadiens encore,

d'hommes canadiens, pour établir

la traite des fourrures.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que ça, les Canadiens-

français étaient très

présents dans la traite des

fourrures, même ici.


MAURICE GUIBORD

Ils l'avaient déjà fait. Ils

savaient comment faire, c'est

comme ça justement, la Compagnie

de la Baie d'Hudson, qui

s'étalait du territoire qui est

aujourd'hui la

Colombie-Britannique jusqu'au

sud du Washington d'aujourd'hui,

où était le centre, le Fort

Vancouver. Pas la ville de

Vancouver, mais le Fort

Vancouver, à la frontière

aujourd'hui avec l'Oregon.

C'était là qu'ils étaient

situés. Aujourd'hui, si on

déambule n'importe où en

Colombie-Britannique et dans le

Washington, on trouve pas des

dizaines, des centaines de

noms de lieux francophones.

Souvent mal prononcés. Mais

voilà, ce sont des vestiges de

ces lieux d'habitation et des

francophones, des Canadiens qui

y étaient. Les Canadiens qui

sont arrivés là ont établi ces

forts et ces traites de

fourrure partout sur le

territoire et c'est dans ces

forts de traite, puisque plus

de 60% des ouvriers étaient

francophones, la langue de

travail était le français.


GISÈLE QUENNEVILLE

Wow!


MAURICE GUIBORD

Tellement qu'on disait que si

tu ne parlais pas français,

jusque vers les années 1860, tu

ne pouvais tout simplement pas

travailler ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

À quoi ressemblaient les

relations entre les

francophones, les anglophones

puis les autochtones, bien sûr?


MAURICE GUIBORD

C'était très bien, simplement

du fait que pour les

autochtones, ils savaient que

c'était bon pour eux, au niveau

d'échanges monétaires et pour

leur donner des pièces qu'ils

pouvaient utiliser dans leur

quotidien, de faire affaire avec

les postes de traite des

Blancs. On parle de la Compagnie

de la Baie d'Hudson, que ça

soit francophone ou anglophone,

les chefs étaient anglophones,

les ouvriers étaient en grande

partie francophones. Ou

Écossais. Ou Hawaiiens même.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors si à cette époque, il y

avait 60% de la population--


MAURICE GUIBORD

D'Européens.


GISÈLE QUENNEVILLE

...européenne qui était

francophone, qu'est-ce qui

s'est passé?


MAURICE GUIBORD

Et voilà! La première

d'une suite de ruées vers l'or.

En 1859, dans la vallée du

Fraser, tout près de Vancouver,

ça a amené plus de 40 000 hommes

dans un mois et demi à peu près,

de partout au monde - des

États-Unis, de l'Europe, de

l'Amérique du Sud, de la Chine -

qui sont venus via Victoria et

donc ensuite à Vancouver. Et

nous avons été transportés par

cette vague humaine. Faut dire

que les francophones qui

étaient là, on peut en nommer

aujourd'hui à peu près 2200.

D'accord? Donc c'était pas

énorme. Les Canadiens sont

restés. Pour qu'ils restent ici

et qu'ils s'établissent dans

ce que sont devenus maintenant

toutes les villes et villages,

en grande partie de ce qui est

la Colombie, ils devaient se

marier. Il n'y avait que des

femmes autochtones. Donc

qu'est-ce qui arrive de ces

alliages? D'accord? C'est une

génération métisse. Mais le

concept métis n'existait pas

en Colombie-Britannique. Ça,

c'est du Manitoba. Donc au fur

et à mesure que ces jeunes

grandissaient, ils devaient

choisir: suis-je autochtone ou

suis-je européen? Par exemple le

premier ministre Tolmie, de la

province, n'a jamais donné aucun

signe que ses antécédents

étaient un couple français -

Canadien et autochtone -

Parce qu'on n'en parlait pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Gastown est probablement le

quartier ou un des quartiers

touristiques les plus connus à

Vancouver.


MAURICE GUIBORD

Tout à fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis je pense que les

francophones ont même leur

petite histoire à Gastown

également.


MAURICE GUIBORD

Absolument, absolument.

Établi en 1867, faut y penser.

L'année de la Confédération

canadienne, c'était la forêt

ici. N'existait qu'une scierie.

D'accord? Donc Gassy Jack. Gassy

parce qu'un peu comme moi, il

aimait raconter des histoires,

c'est comme ça qu'on dit Gassy

Jack. Il arrive et il établit

son premier saloon. D'accord?

C'est de ce saloon

qu'est né Vancouver. Gastown,

le lieu ou la petite

agglomération, qui est né comme

le premier quartier non

résidentiel, mais industriel, si

vous voulez, commercial qui

deviendra Vancouver.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça nous amène à l'endroit où

nous sommes en ce moment,

à Maillardville. Maillardville a

vu le jour il y a une centaine

d'années à peu près.

Peut-être un peu plus.


MAURICE GUIBORD

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et encore une fois, un

quartier francophone.


MAURICE GUIBORD

C'est ça. Là, on retourne en

1909, 1910. On est juste à côté

du fleuve Fraser, là où il y

avait une scierie qui devenait

rapidement la plus importante de

l'Empire britannique. On sait

qu'on va faire croître la

scierie qui est tout près, la

Fraser Mills, et on ne veut

qu'une main-d'oeuvre bien

formée. Y avait quand même

quelques hommes canadiens qui

étaient là. Ils disent: En

passant, au Québec puis en

Ontario, y a justement une

main-d'oeuvre formée. Ils sont

en pleine chute de l'industrie

forestière à ce moment-là.

Cette décennie-là. Un

francophone, un anglophone sont

partis d'ici, ils sont allés à

Hull, qui est maintenant

Gatineau, à Sherbrooke et à

Rockland tout près d'Ottawa,

côté ontarien, pour recruter non

seulement des ouvriers, mais

pour... Mais leur famille

entière, pour qu'ils viennent

s'installer. Ils ont créé, sur

la berge et la colline

environnante, un vrai petit

Québec, d'accord? Et ont nommé

le village en l'honneur de leur

curé, le père Léon Maillard. Un

Français qui est resté ici

quelques années par la suite.


L'entrevue se poursuit dans une chambre de la Maison Mackin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maurice, où sommes-nous

en ce moment?


MAURICE GUIBORD

Nous sommes à l'étage, donc,

dans la maison Mackin, ainsi

nommée de par les gens qui y

ont vécu. On parle de 1909,

Henry Mackin et sa femme Mary,

qui étaient dans l'un des deux

manoirs sur la colline, qu'on

disait. Parce qu'on était au

sommet de la colline qui

surplombait le site de

travail de la scierie Canadian

Lumber, qui devient la Fraser

Mills. Là, nous sommes dans

la chambre principale où était

le couple Mackin. Les deux

premières de quatre filles

vivaient aussi dans cette

maison et aussi il y avait une

chambre pour le locataire. Parce

que c'était quand même assez

courant qu'on loue une chambre

pour un homme célibataire qui

n'avait aucun autre endroit

où vivre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, ici, on est au

coeur, cette maison est au

coeur de ce qui est devenu

Maillardville.


MAURICE GUIBORD

Tout à fait. Mais c'était une

maison des plus anglophones.

C'était les patrons anglais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il reste d'autres

vestiges de Maillardville ou

est-ce que c'est pas mal ce

qui reste?


MAURICE GUIBORD

Non, il en reste quand même

un bon nombre. Il y a peut-être

une quarantaine, disons, de

maisons originales des

Canadiens de l'époque, et c'est

dans des styles qu'on reconnaît

typiquement du Québec. Y a

l'église Notre-Dame-de-Lourdes,

il y a le presbytère. Donc

l'église, le presbytère; ces

deux maisons sont des maisons

patrimoniales de la ville de

Coquitlam qui englobe maintenant

ce qui était Maillardville. Le

reste, c'est tout du nouveau.


L'entrevue reprend dans le salon de la Maison Mackin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maurice, il y a combien

de francophones en

Colombie-Britannique?


MAURICE GUIBORD

Ça dépend quelles statistiques

vous utilisez. On va à peu près

à 2% de la population. Certains

vont dire, si on tient compte

des gens qui participent aux

programmes d'immersion, donc

ils sont francophiles...

On est vers le 300, 350 000.

À Vancouver proprement dit,

c'est 70 000.

Donc quand on se promène

dans la rue, on se rend

compte qu'il y a une énorme

population asiatique ici.

Et oui, dans la Colombie pour le

moment, y a plus de gens

d'origine du Sud-Est asiatique

que de francophones.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien justement, qui sont les

francophones de la

Colombie-Britannique? D'où

viennent-ils? Que font-ils ici?


MAURICE GUIBORD

D'accord. Nous avons bien

sûr des descendants des

pionniers francophones d'ici.

Nous avons beaucoup de Québécois

et de francophones de l'Ontario,

du Manitoba, qui nous arrivent

soit pour l'emploi, soit pour

s'assurer que leurs enfants

apprennent l'anglais, qui

s'intègrent au Conseil scolaire

francophone par la suite, qui

restent ou qui parfois

retournent aussi chez eux. On

voit quand même depuis une

dizaine d'années, beaucoup de

jeunes Français, des gens de

France, qui nous arrivent pour

des raisons économiques. C'est

ici qu'on trouve du boulot.

Il y a, et depuis les années 70

quand même, plus de 70

communautés noires francophones

qui sont ici. Donc nous, on est

en train de parler avec eux

pour essayer d'établir leur

propre histoire. Ça fait 50 ans

qu'ils sont là. Avant que ça

s'oublie. Eux sont ici pour

diverses raisons. Parfois pour

s'échapper de troubles

politiques, financiers,

économiques, tout ce que vous

voulez. Mais reste que la

francophonie ici est vraiment

mélangée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Justement, une francophonie

qui est très disparate comme

ça, est-ce qu'on peut parler

d'une communauté francophone

ou est-ce que chacun est à

son affaire?


MAURICE GUIBORD

C'est fort intéressant parce

que si on parle de lieux qui

rassembleraient cette

francophonie, y en a deux,

disons. Y a l'Alliance française

qui est l'immeuble, la

présence physique depuis les

années 50, et qui rassemble donc

les gens qui veulent apprendre

le français. Mais de plus en

plus, on voit dans ce lieu des

non-Français si vous voulez.

Des gens autres que de la

France ou de leurs

départements. Et ensuite, y a

la Maison de la francophonie,

qui incorpore aussi le Centre

culturel francophone, où on

retrouve tous les gens. Un vrai

mélange, c'est hétéroclite.

C'est vraiment, je crois, le

lieu qui représente le mieux la

francophonie en

Colombie-Britannique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment est-ce que les

francophones sont perçus par la

population anglophone de la

Colombie-Britannique? Est-ce

qu'ils ont leur place ici?


MAURICE GUIBORD

C'est intéressant si on parle

de francophones ou on parle de

français, d'accord? Les écoles

d'immersion, par exemple, sont

les plus courues de toute la

province. Elles n'arrivent pas

à fournir les places. On

fonctionne même par loterie

ici. Pour obtenir des places,

les gens campent sur le bord de

la rue pendant deux jours. Voilà

pour l'accès à la langue.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les anglophones ou autres

veulent que leurs enfants

parlent le français.


MAURICE GUIBORD

Tout à fait. Et ça, c'est

merveilleux. Si on s'adonne à

dire bonjour en rentrant dans

n'importe quel commerce, c'est

fort probable qu'on va vous

répondre en français. Même des

jeunes qui maintenant sont

adultes veulent pratiquer le

français qu'ils ont acquis déjà

dans un système qui est vieux

d'une quinzaine, vingtaine

d'années. D'accord? Pour les

francophones, si on parle de

l'histoire qu'on met en valeur,

qu'on met en relief, beaucoup

sont des descendants, des

pionniers britanniques de ce

qui deviendrait la

Colombie-Britannique, en effet.

D'accord? Donc y en a qui

rouspètent quand même, qui

sont peu heureux de voir que

tout d'un coup, ils doivent

partager les racines de cette

province avec une communauté

qui jusqu'à présent n'était...

pas anéantie au niveau

historique, mais simplement

inconnue.


GISÈLE QUENNEVILLE

On sait que dans des provinces

comme le Nouveau-Brunswick,

l'Ontario, le Manitoba, les

francophones sont plus nombreux

et on sait également que dans

ces provinces-là, c'est pas

toujours facile d'être

francophone.


MAURICE GUIBORD

Bien sûr.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment est-ce que c'est en

Colombie-Britannique? Ça doit

pas être facile d'être

francophone en

Colombie-Britannique.


MAURICE GUIBORD

Il faut faire ses efforts,

c'est sûr. D'accord? Mais on a

quand même les médias

francophones, y a quand même le

théâtre, y a des activités

culturelles, des grands

festivals communautaires qui se

présentent plusieurs fois

l'année. Y en a qui vivent

une vie francophone ici.

Le Conseil scolaire francophone

est là pour assurer que les

jeunes l'apprennent. C'est sûr

que du fait que les jeunes sont

dans un milieu anglophone,

souvent, c'est l'anglais qu'ils

vont parler à la récréation, par

exemple, d'accord?

Mais si on le veut, si on fait

l'effort, on maintient son

français ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un dossier qui s'est retrouvé

jusqu'en Cour suprême du Canada

récemment, c'est la fameuse

école Rose-des-vents ici de la

Colombie-Britannique.


MAURICE GUIBORD

Tout à fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

La Cour suprême a décrété que

les francophones avaient droit

aux mêmes installations que les

petits anglophones dans leurs

écoles. Est-ce qu'il y avait une

grosse différence entre les

deux? Puis est-ce que cette

décision de la Cour suprême va

changer quelque chose?


MAURICE GUIBORD

Ce qui est intéressant, c'est

que quand la province a accepté,

selon la loi en fin de compte,

de créer, à la création d'un

Conseil scolaire francophone...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, ça fait déjà

quelques années.


MAURICE GUIBORD

Ça fait à peu près 15 ans.

D'accord? Tout était égal.

Cependant, les écoles

francophones se sont vues

reléguées à des... comme l'école

des Pionniers de Maillardville,

qui est juste à l'extérieur de

Maillardville, donc à

s'installer dans des écoles,

dans des immeubles abandonnés

par les autres conseils

scolaires. D'accord? Donc les

deniers n'y étaient pas pour

d'une part construire les

nouvelles écoles et d'autre

part ensuite, on a... la

province a commencé à retirer

des fonds. La société

francophone a fait des

recherches pour établir la

juste histoire des francophones,

prouver que nous y avions

droit en tant que nombre et

présence. Et voilà, c'est pour

ces raisons que la victoire a

été remportée par la communauté.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quel est le plus gros défi ou

le plus grand défi pour un

francophone de la

Colombie-Britannique?


MAURICE GUIBORD

C'est peut-être de se faire

servir en français. Même dans

des installations qui devraient

être tout à fait bilingues, des

services gouvernementaux, par

exemple, Air Canada... C'est

probablement là où on retrouve

la plus grande pénurie de

services qui nous sont dus. Ça

choque, ça froisse. Il faut

quand même s'attarder à ces

lacunes pour voir à ce que nos

droits soient respectés.


On montre des images de la plage de English Bay et de la statue de pierres dont parle MAURICE GUIBORD.


MAURICE GUIBORD

Mon lieu préféré à Vancouver,

c'est l'inukshuk qu'on retrouve

sur la plage de English Bay.

L'inukshuk est relié au peuple

inuit, qui construirait ces

hommes de pierre simplement

comme effigie qui signifierait

qu'on a un lieu de repère ou

on a un endroit où on peut

trouver des provisions en cas

d'urgence.

L'inukshuk, ça a été le symbole

des Jeux olympiques de

Vancouver. C'est un homme de

pierre qui n'a vraiment aucune

place historique à Vancouver

parce qu'on le retrouvait dans

les Territoires du Nord-Ouest

et au Yukon. C'était une

structure que les Inuits

créaient comme un lieu pour

indiquer, voici c'est par ici

que vous passez.

Pourquoi c'est là? Parce qu'on

en avait construit un, justement

celui-là, devant le pavillon des

Territoires du Nord-Ouest à

l'Expo 86, qui célébrait le

centenaire de la ville de

Vancouver. Et je suis un grand

adepte des expositions

universelles. Et donc voilà

d'une part, ça représente et

l'Expo, que j'ai adorée, et les

Jeux olympiques, au cours

desquels j'étais bénévole.

C'est un... un double sentiment

pour moi qui me ramène toujours

à ce lieu-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maurice, vous, vous n'êtes pas

de la Colombie-Britannique.

Vous connaissez la

Colombie-Britannique de long en

large, mais vous n'êtes pas de

la Colombie-Britannique. Vous

êtes d'Ottawa, je pense.


MAURICE GUIBORD

Exactement. Ça fait... j'ai

passé les premières 25 années,

à peu près, de ma vie là-bas.

J'ai passé... ça fait 25 ans

que je suis là.

J'ai passé huit ans à Calgary

avant ça. Plus de la moitié de

ma vie, ça s'est passé dans

l'Ouest.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment vous vous êtes

retrouvé dans l'Ouest, à

Vancouver en particulier?


MAURICE GUIBORD

D'abord, Calgary, c'était

pour faire des études en

archéologie. Bien sûr.

Parce que c'est là qu'était le

programme que je voulais.

Ensuite, j'ai fait un parcours

muséal au musée Glenbow. Et tout

bon Calgarien, au printemps, on

s'échappe du brun de Calgary,

plutôt, puis on vient faire un

pèlerinage vers Vancouver. Et

je suis tombé amoureux de la

ville. D'accord? J'adore

Vancouver. Et j'ai eu

l'occasion, j'ai suivi une

relation d'antan et je me suis

installé ici. Et voilà, depuis

ce temps-là, j'ai travaillé dans

divers musées ici à Vancouver.

Et maintenant, je suis

semi-retraité, mais plus occupé

que je l'ai jamais été.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que l'histoire vous a

toujours passionné?


MAURICE GUIBORD

Toujours. Toujours. En

grandissant à Ottawa, c'était

les... c'était les musées, bien

sûr, c'est la ville de musées.

J'ai grandi dans les musées. Et

j'ai toujours été passionné par

ça. Les dinosaures d'abord. Et

pour ça mon parcours en

archéologie. J'ai fait des

fouilles archéologiques. Mais

finalement, c'est les musées

eux-mêmes qui l'ont emporté.

J'ai travaillé en histoire

matérielle, l'histoire

culturelle et européenne.

D'accord? Et la francophonie,

c'est venu par la suite.

Donc quand j'ai quitté en fin de

compte, les musées du grand

Vancouver, c'est là que je me

suis intégré dans la Société

historique francophone de la

Colombie-Britannique. Il avait

existé auparavant une autre, une

ancienne société semblable à

Vancouver. Mais nous avons

hérité de celle-là. Les

archives. À peu près 250

caisses d'archives sur les

francophones et c'est là que

j'ai déniché des choses inouïes.

Et nous avons participé à cet

essor de reconnaissance de la

francophonie dans la province.


GISÈLE QUENNEVILLE

Faut dire que un francophone

de la région d'Ottawa, j'ai

l'impression que c'était

peut-être pas commun pour un

francophone de la région

d'Ottawa de se retrouver à

Calgary pour ses études.


MAURICE GUIBORD

Non, mais j'y suis allé

simplement parce que le

programme en archéologie

latino-américaine que je

voulais faire s'offrait soit à

Calgary soit à l'Université de

Trent. Puis moi, je voulais

vraiment aller vers l'ouest et

voilà, je me suis retrouvé un

petit peu plus loin de chez

nous. Et le reste, vous le

connaissez maintenant. Pour ce

qui est de l'Ouest et des

francophones, et même beaucoup

de gens à Vancouver par exemple

quand on leur demande d'où...

es-tu d'ici? C'est rarissime.

Vancouver, c'est une de ces

villes où tu viens d'ailleurs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et tout le monde, pas juste

les francophones.


MAURICE GUIBORD

Presque tout le monde. Voilà.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes passé de

l'archéologie à l'histoire,

des spécialités qui se

ressemblent, mais pourquoi

choisir l'une plus que l'autre?


MAURICE GUIBORD

Quand j'étais à Calgary et

je travaillais, j'ai travaillé

sur divers sites archéologiques

dans la région de Calgary,

aussi dans le Sud-ouest

américain, j'adorais faire

cela, mais reste qu’à Calgary,

comme ailleurs aussi souvent,

c'est une industrie particulière

qui va affecter le terrain. Là,

c'est l'industrie pétrolière.

Aussitôt qu'ils affectaient le

terrain, par la loi, ils

devaient faire venir les

archéologues. Mais là, quand y

avait des chutes et c'est les

montagnes russes en Alberta,

cette industrie, on était en

pleine chute libre. Donc il

n'y avait plus d'emploi et j'ai

postulé pour un poste en

muséologie à... au Glenbow, qui

est un musée vraiment de calibre

mondial au niveau ethnologique,

historique et artistique aussi.

Et j'y ai passé parmi les

meilleures années de ma vie

professionnelle en histoire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez travaillé dans des

musées, vous avez donné des

cours à l'université, vous êtes

aussi aujourd'hui guide

touristique historique à

Vancouver. Quand vous

rencontrez des touristes,

qu'est-ce qui les surprend le

plus de Vancouver?


MAURICE GUIBORD

C'est... d'une part que c'est

une ville qui a grandi si

rapidement. D'accord? Ça a 125

ans, Vancouver. Et y a 125 ans,

ce n'était que la forêt. Ça nous

surprend qu'on a quand même du

français ici aussi. Ce qu'ils

adorent, bien sûr, c'est

l'alliage montagne, mer, la

beauté du paysage.


GISÈLE QUENNEVILLE

On parle beaucoup des gens

qui viennent à Vancouver pour

des raisons économiques, mais y

a aussi toute cette population

qui vient à Vancouver pour le

style de vie de Vancouver.

Est-ce que ça a été votre cas?


MAURICE GUIBORD

Je suis venu un peu pour les

deux. D'accord? J'avais vécu

pendant huit ans à Calgary. Je

pensais quand même avoir...

exploré la province de long en

large et c'est ce que j'ai fait.

J'adore la province. Mais il

était temps pour moi de visiter

la côte, de venir m'installer

dans cette ville qui me

paraissait absolument

excitante. Et je n'ai jamais

regretté mon choix. J'adore

toujours la ville de Vancouver

et je regarde les montagnes

chaque matin et je me compte

chanceux d'être là.

Pour ce qui est des gens qui

viendraient ici en général pour

justement prendre une retraite

ou pour vraiment profiter de ce

style de vie, c'est quand même

souvent ceux que je retrouve

sur mes visites parce que c'est

la façon pour eux de découvrir

de façon agréable les quartiers

qui sont maintenant les leurs.

Mais qu'ils ne connaissent

pour rien.


GISÈLE QUENNEVILLE

On voit que vous êtes un

passionné de votre ville.


MAURICE GUIBORD

Pas du tout, hein.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a des choses que vous

n'aimez pas de Vancouver?


MAURICE GUIBORD

Que je n'aime pas? Ça, c'est

rare. C'est très, très rare. Du

fait que c'est si cher.

D'accord? Faut vraiment avoir

des deniers pour vivre ici. Je

suis dans un... condo.

Maintenant, j'aimerais avoir

une maison patrimoniale, je ne

peux tout simplement pas me le

permettre. On parle d'une

bicoque qu'il faudrait payer un

million au moins. Et on le

voit, on voit ça empirer

d'année en année. Donc ce qui me

déplaît aussi, c'est que ça

tarde toujours qu'on

établisse des règlements pour

la... la préservation du

patrimoine bâti. On commence à

le faire depuis l'an passé

seulement. Donc ça tarde quand

même qu'on établisse les

règlements, les lois

municipales, provinciales et

fédérales qui établiraient la

réalité de façon plus plausible,

s'établir ces gens-là pour

qu'ils reconnaissent la valeur

du patrimoine ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maurice Guibord,

merci beaucoup.


MAURICE GUIBORD

Ça m'a fait plaisir.


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